Les sorties de la semaine

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dimanche 12 janvier 2025

L'Amour au présent


Synopsis :

Tobias et Almut vivent une vie paisible jusqu'au jour où le cancer vient remettre en cause l'idylle de ce couple. Que faire face à cette épreuve ? Profiter des derniers mois ou lutter contre la maladie ?


Commentaire : 

Une classique mise en tension

John Crowley réalise L'Amour au Présent, un drame romantique, porté par des acteurs phares : Florence Pugh et Andrew Garfield. La mise en scène repose ainsi essentiellement sur les dialogues en champ - contrechamp et sur la performance de ses acteurs ainsi que sur la relation qu'ils parviennent à représenter à l'écran. La photographie est classique. Hormis le paysage où se trouve la maison de famille, l'environnement montré est très basique. La colorimétrie vise à s'approcher du réel. La seule singularité de la mise en scène réside dans le montage croisant les temporalités. Il s'agit d'un procédé assez efficace pour créer de la tension et des rebondissements pour une histoire très lisse. L'intrigue, certes tragique, manquait toutefois peut-être un peu de relief pour être intéressante car, mis à part son aspect tragique, l'histoire est attendue et linéaire, ce qui impliquait ce nécessaire artifice du montage. Paradoxalement, le film se retient énormément dans la construction du drame évitant la dimension tire-larme avec un final tout en retenue. Toutefois, ce choix honorable qui évite un mélodrame qui n'aurait été que trop évident, prive ce film d'un de ses seuls outils pouvant apporter de l'émotion. Reste la romance, secondaire, mais plus convaincante que le drame. A la musique, Bryce Dessner accompagne discrètement l'image sans dégager de leitmotiv particulier.

Thématique : profiter ou lutter [Spoilers]

La thématique sera celle de la posture à adopter face au cancer, tout en admettant qu'il n'y a aucune posture évidente. Almut choisit assez vite, mais non sans mal, l'idée de profiter de ses derniers mois de vie (plutôt que de partir dans une chimio incertaine et destructrice) en partant du principe que le traitement échouera, d'où le titre français plutôt bien choisi. En tant que spectateur, il n'y a aucun moyen de juger sur le fond cette décision. Tout au plus, il peut essayer de comprendre la décision d'Almut et se mettre à la place de Tobias qui doit accepter cette décision... pour autant que Almut lui communique son choix. Le personnage principal est pour autant Almut, qui prend parfois des décisions contestables que le spectateur ou Tobias ne peuvent qu'accepter car la rationalité n'a plus lieu face à l'abysse de la mort et au néant. Le film est ainsi plutôt juste et nuancé sur le traitement du sujet. Le réel est complexe et l'humain se démène au mieux pour y faire face.


En définitive, John Crowley nous livre un mélodrame tout en retenu avec l'Amour au Présent, porté par deux acteurs convaincants, mais à la mise en scène minimaliste et présentant une intrigue un peu trop convenue.



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samedi 23 avril 2022

Les Animaux Fantastiques : les secrets de Dumbledore

 


Synopsis : 

Grindelwald est pourchassé à travers le monde de la magie mais le grand attiseur de haine entre les moldus et le sorciers prépare son retour. De son côté, Dumbledore ne peut l'en empêcher, tenu par un pacte de sang avec son ancien amant. C'est alors que Robert Dragonneau rentre en jeu... 


Commentaire :

David Yates, toujours à la technique

L'équipe technique de la saga des Animaux Fantastiques ne change pas pour ce troisième épisode avec toujours David Yates à la tête. La réalisation est plutôt de qualité que cela soit les effets spéciaux ou les transitions, dépassant ainsi le simple objectif narratif (voir les transitions du passage du monde des sorciers au monde réel ou les scènes montrant l'utilisation des portoloins). Toutefois, la colorimétrie étant assez sombre dans certaines scènes (c'est d'ailleurs l'ambiance générale du film), certaines séquences d'action ne sont parfois pas toujours lisibles, cela étant accentué par un montage assez rapide. Les scènes bénéficiant de ralentis (que justifie la magie) sont en revanche beaucoup plus belles, d'autant plus si elles sont lumineuses. Le film est par ailleurs fortement soutenu par la musique de James Newton Howard qui reprend avec habilité les thèmes de la saga mais aussi ceux de la saga Harry Porter. Cela ne manque pas d'apporter un supplément d'âme et de nostalgie au film, qui du fait de son scénario, en a parfois bien besoin.

Le scénario sans ligne de force

Ce troisième épisode de la saga, fruit de l'écriture de J.K Rowling, étonne du fait que les enjeux n'impriment pas et que la mise en tension dramatique échoue à donner du relief à l'histoire. Ce problème réside dans le fait que ce film présente trois histoires dont aucune ne prend le pas sur l'autre, ou autrement dit, aucune n'assume de devenir le fil rouge dramatique. Il y a l'histoire de Dumbledore et Grindelwald, l'histoire de Norbert Dragonneau et l'histoire de Croyance et son ascendance. Les trois histoires s'effacent mutuellement dont certaines encore plus que d'autres comme celle de Croyance (pourtant préparée par le second épisode). Qui est finalement le personnage principal ? Dumbledore ? Quel projet l'unissait dans sa jeunesse à Grindelwald ? Le film ne le sait pas et ne désigne pas de personnage central. Le montage y fait peut être pour quelque chose mais le scénario ne fait que mettre en place des personnages à l'histoire linéaire, voire sans histoire. C'est le cas du petit groupe de Norbert dont tous semblent avoir une mission au début mais dont les trajectoires individuelles n'apportent rien au film. L'exemple le plus emblématique est de celui de Yusuf Kuma qui possède une mission qui dure presque tout le film mais dont l'utilité est nulle. Si la mission était coupée du film, elle ne changerait rien à l'histoire... comme la majorité des actions de la bande de Norbert. L'explication donnée est que cela sert à brouiller les pistes pour Grindewald mais cela est mal agencé au montage pour que l'ensemble de l'histoire soit intéressante à regarder. Autre exemple : le personnage de Santos devant qui le Qilin finit par se courber : aucune scène ne montre qu'elle a un cœur pur, si ce n'est l'interruption du sortilège du doloris sur Jacob. Cela prend 1 seconde montre en main dans le film... c'est bien mince comme preuve. Aucun personnage n'est finalement assez travaillé pour qu'une histoire puisse provoquer un attachement émotionnel. Ils sont même parfois atones, même Grindelwald qui laisse ses ennemis en vie et s'exprimer sans aucune raison logique (ou qui laisse Santos interrompt son doloris)... à part pour arranger le scénario. 

Les thématiques désamorcées [spoilers]

J.K Rowling a toujours à cœur d'ajouter et de dissimuler des thématiques politiques dans ses histoires. C'est également le cas dans cet épisode. Les sujets sont particulièrement intéressants : il s'agit de la question de la démocratie et de la liberté d'expression. A savoir si n'importe quelle idée doit pouvoir s'exprimer dans le champ démocratique, même les idées extrêmes. Censurer ces idées auraient-ils un effet contre-productif ? C'est en tout cas la question amenée par le président allemand de la confédération mondiale de la magie. Le peuple peut-il se prononcer sur les idées de Grindelwald et les rejeter ? Le président allemand semble faire le même pari que le président Hindenburg a fait pour Hitler. Cela ne serait pas illogique étant donné les parallèles que J.K Rowling aime faire avec l'Histoire. Malheureusement, J.K Rowling ne se prononce pas sur la démocratie car Grindelwald ne joue pas selon les règles. Le peuple est abusé puis découvre la supercherie. Toutefois, sans artifice, le peuple aurait-il quand même fait le bon choix ? Toute idée peut-elle être mise au débat. L'histoire ne nous le dira pas même si Dumbledore s'oppose tout de même à l'idée que les positions extrêmes puissent être soumises au vote du peuple. Après tout Hitler est bien arrivé au pouvoir par les urnes. Il reste regrettable que l'histoire désamorce cette thématique... comme finalement elle désamorce l'histoire de tous ses personnages...


En définitive, ce troisième épisode décevra certainement par son intrigue décousue et ses enjeux mal amenés. L'ambiance et les effets spéciaux pourront néanmoins consoler les amateurs de l'univers d'Harry Potter. 

lundi 7 mars 2022

The Batman

 


Synopsis :

Gotham City est gangréné par la pègre et la corruption. Batman incarne alors la vengeance dans une ville où la Justice n'est pas rendue. Toutefois, il est mis à l'épreuve par une série de meurtres impliquant un certain homme mystère...

Commentaire :

Une mise en scène classieuse de film noir

Matt Reeves, connu pour avoir brillamment terminé la saga de la Planète des Singes, s'attaque avec réussite au genre du Super-héros. Toutefois, le film s'inscrit avant tout dans le genre du film noir, avec son atmosphère très glauque, une tonalité visuelle très sombre avec un travail sur les ombres et une photographie léchée jouant sur les lumières artificielles de la ville de nuit. C'est en effet la photographie qui marque du fait du grand nombre de plans travaillés. Les plans sur Batman, particulièrement en pied sont souvent mémorables dans l'iconisation du super-héros, mais les plans sur la ville, personnage à part entière sont également marquants. La profondeur de champ dans la ville (notamment sur les plans de rue) avec des lignes qui s'étirent, sert à dépeindre Gotham City en ogre étouffant. On retrouve la ville américaine délabrée des années 80-90 qui écrase les honnêtes gens. Ce qui fait de ce Batman un bon film, même avant d'être un bon Batman est le sens donner à la mise en scène qui sert souvent à décrire la thématique de la scène. La mise en scène est ainsi loin d'être uniquement fonctionnelle, elle souligne le propos (voir le plan où Batman devient un symbole d'espoir en guidant les citoyens de Gotham). Le point faible du film peut se situer au niveau de son montage et du rythme, notamment dans la première partie du film. Toutefois, le scénario à tiroirs, point fort en revanche de ce thriller, finit par apporter un réel dynamisme. La musique est également de très bonne facture avec Michael Giacchino dans un style beaucoup moins orchestral qu'à l'habitude. Les violons stridents du film noir et du film d'horreur font beaucoup pour l'ambiance générale. Michael Giacchino arrive également à donner un thème mémorable (en 2 notes, comme the Dark Knight) à ce nouveau Batman. Il faut dire qu'il est répété abondamment. Giacchino utilise également le mickeymousing pour souligner l'action par la bande sonore. Un vrai travail a été ainsi réalisé autour de la bande musicale, qui a par ailleurs été écrite avant le tournage des scènes. En fin de film, Giacchino retrouve un style plus symphonique qu'on lui connait mieux. Le défi de la bande musicale est parfaitement relevé. 

Des thèmes traités et exploités ? [Spoilers]

Les films autour de Batman, chez DC, sont très riches en thématiques depuis plusieurs décennies. Les Batman chez Nolan proposaient une philosophie politique, le Batman Vs Superman de Snyder (la Snyder's cut) proposait une métaphysique alors que le dernier Joker de Phillips proposait une approche sociologique de Gotham. Malheureusement, le Batman de Reeves n'a pas la même puissance thématique bien que différents sujets des précédents Batman se retrouvent dans le film. L'approche social du Joker est limité du fait que la critique structuraliste des super-riches n'aillent pas complètement au bout, en épargnant ou en ménageant pour le moins Thomas Wayne, même s'il semble que le film ait failli prendre ce chemin. Par ailleurs, le questionnement autour de la légitimé de l'action de Batman reste amoindri au regard du film de Snyder du fait que le Batman de Reeves présente un jeune Batman qui lui même ne sait pas vraiment en vertu de quelle valeur il agit. Il pense agir au nom de la vengeance, ce qui est d'ailleurs l'appellation qu'il se donne lui-même. Le film traite plutôt intelligemment ce premier aspect du personnage qui finit par voir les limites de sa légitimité, lorsque des groupuscules d'extrême-droite reprennent cette appellation. L'antagoniste principal du film, leader de ces groupuscules pense d'ailleurs travailler avec Batman et le guide à travers la corruption dans la ville. Certes Batman se bat aux côtés des plus faibles mais il n'utilise pas les mêmes méthodes ni n'a le même objectif que ces individus radicaux. Lorsque Batman se rend compte qu'il peut servir de bannière à la folie, il choisit de changer de symbolique. Il choisit alors d'incarner l'espoir, ce qui est quelque peu regrettable puisqu'il s'agit d'une vieille valeur transcendante - religieuse, de plus associée à Superman. Elle n'est par ailleurs pas suivie d'effet en tant que simple croyance contrairement à la Vengeance et la Justice. Le choix de la Justice comme symbolique aurait été plus judicieux puisqu'elle aurait permis de corriger l'action de vengeance et expliquer que la mesure intrinsèque à la Justice permet d'éviter les dérives et les récupérations douteuses. C'est par ailleurs la Justice qui fait défaut à Gotham du fait de la corruption. Toutefois, ce Batman étant jeune, cette orientation sera peut être un sujet des prochains films. Si la symbolique est un peu décevante, la description presque sociologique des milieux d'extrême-droite est en revanche plutôt fouillée et pertinente notamment dans son rapport aux réseaux sociaux. Il est intéressant de noter que leurs revendications premières sont d'ailleurs entendables voire légitimes et que le capitalisme, qui plus est corrompu, offre le parfait terreau à l'émergence de tels groupes. 

En définitive, The Batman de Matt Reeves remet DC à l'honneur en proposant un film noir, sombre à souhait pour le héros de la nuit. Espérons que cette proposition de cinéma trouve un large public.  



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dimanche 10 octobre 2021

Mourir peut attendre




Synopsis
: 

James Bond essaye d'oublier le passé et de profiter de la vie en compagnie de Madeleine. Toutefois, lorsque qu'on fut 007, le passé peut toujours venir troubler le présent... 


Commentaire :

Mise en scène entre le dynamisme de l'histoire et la travail des plans [spoilers]

Fukunaga arrive sur la saga en reprenant le travail des plans des derniers épisodes. Si le travail sur la lumière est moindre que chez Sam Mendes, de nombreux plans, notamment d'introduction aux scènes, bénéficient d'un beau travail de composition, avec pour cadre des paysages naturels grandioses. Les différents lieux parcourus et montrés ainsi que l'intensité de l'action font de ce James Bond un blockbuster classique au sens noble du terme. La volonté de relancer l'action, dans un film d'une durée conséquente, est palpable, pour éviter semble t-il tout ennui au spectateur. Par certains aspects, le film offre même trop d'action, trop de temps forts, alors que le film avait le potentiel de travailler plus en finesse les personnages et les relations entre eux. En effet, ce film s'intéresse plus à l'homme qu'à l'agent secret et il a manqué des temps faibles pour travailler l'émotion du spectateur en prévision du climax final, qui n'en aurait été que plus émouvant. Il était possible notamment, d'insister sur la relation entre Bond et 007 et la relation entre Bond et sa fille, à l'image de la relation entre Bond et Mathilde bien menée. La scène finale de la mort de James Bond, évènement unique puisque James Bond ne meurt jamais, aurait gagné aussi à ralentir pour laisser monter l'émotion, soit en insistant sur le dernier plan de Bond, soit en accentuant les plans sur les réactions des personnages autres que Mathilde. Toutefois à l'image des différentes scènes, le film se conclut un peu abruptement, comme si un James Bond se devait d'être rythmé, sans temps faible. A la musique, Hans Zimmer est à la direction avec une musique efficace mais peu originale, qui rappelle par exemple les thèmes de la trilogie Batman de Nolan. Il reprend toutefois habilement à certains moments le thème de la saga, avec un certain effet car Fukunaga ménage des scènes qui vise à ré-iconiser le personnage. 

Les thèmes : un héros du passé ?

Le film est avant tout un film d'action et son rythme n'est que peu propice à la réflexion. Toutefois, certaines thématiques finissent par apparaître. Il y a bien évidemment la question des armes biologiques gouvernementales dévoyées par des terroristes, ce qui souligne la dangerosité des projets à l'éthique douteuse développés en secret par les gouvernements. Toute innovation doit être pensée dans ses pires applications, même si l'objectif était acceptable au début (éviter les morts collatérales ici.). Un personnage assez passéiste comme James Bond voit d'un mauvais œil cette nouvelle technologie bien que le méchant lui rappelle que James Bond est également un tueur mais avec des méthodes anciennes. Le film ne rebondit pas sur cette argumentaire. Il nous invite à conclure qu'une espèce si peu enclin à l'éthique doit garder des moyens rudimentaires pour tuer, ne pouvant assumer la responsabilité de posséder des moyens mettant le génocide à portée de main de n'importe qui. Il s'agit de la longue question de la science sans conscience. Toutefois, la question du passé est plus large qu'une réflexion sur la façon de tuer. Tout dans le film rappel à James Bond sa place d'homme blanc approchant la cinquantaine. La nouvelle 007, une jeune femme noire sûre d'elle est là pour marquer la différence. Toutefois, le film n'arrive pas clairement à rendre le personnage dépassé (au contraire du dernier OSS 117). Il est au contraire toujours aussi doué dans ce qu'il fait et ré-iconisé régulièrement par la mise en scène. L'acte final montrant le sens du sacrifice et le combat homérique de Bond laisse à penser que le monde avait besoin de ce type de personnage. Loin d'être un personnage ringard, c'est ce James Bond non destructuré qui conclut la saga Craig. Il faut dire que le rapport aux femmes est plus apaisé dans les derniers épisodes et que rien de ce que fait James Bond n'est moralement choquant. Toutefois, cette conclusion surprenante, allant un peu à contre-courant du mouvement est intéressante. Il restera en effet toujours une certaine fascination pour les mythes qui peuvent servir tout autant de modèle que de contre-modèle.


En définitive, Mourir peut attendre est une conclusion réussie à la saga Craig. Un des épisodes qui s'intéresse le plus au personnage et qui aurait gagné peut-être à ralentir pour encore plus travailler le personnage de James Bond et ses relations aux autres.


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vendredi 9 juillet 2021

Black Widow

 


Synopsis :

Après les évènements de la Civil War, les Avengers sont séparés. Natasha Romanoff est pourchassée pour son implication du côté des Avengers rebelles mais doit également faire face à la chambre rouge, l'organisation soviétique responsable de sa formation dans ses jeunes années... 


Commentaire : 

Rythme endiablé 

Cate Shortland s'attaque au genre du super-héros marvelien en essayant de respecter le style associé. La réalisatrice ne réussit que trop bien son défi en fournissant un film très riche en action, dans une intention narrative et fonctionnelle. Seule originalité : l'introduction-crédit musicale. Ainsi, la réalisation n'a pas de personnalité en tant que telle mais remplit un des impératifs donnés par Scarlett Johansson, à savoir éviter l'hypersexualisation de Black Widow. En effet, malgré des tenues avantageuses et moulantes, la caméra ne s'arrête jamais sur cet aspect du personnage. Pour le reste, la mise en scène est celle d'un film de super-héros avec énormément de scènes d'action : avec des scènes de combats au corps à corps, des courses poursuites, en passant par les scènes aériennes de super-héros. Toutefois, un effort a été fait pour travailler les combats au corps à corps, spécialités de Black Widow, dont les cascades sont impressionnantes. Il y a un véritable travail sur le corps, notamment de Black Widow qui subit tous les chocs et contusions possibles. Le fait qu'elle semble insensible (malgré les bleus) à toutes ces violences la pose comme super-héroïne. Si la chorégraphie des combats est léchée, il est toutefois regrettable que la réalisation ne s'inspire pas de la mise en scène hong-kongaise qui aurait laissé se développer la magie de la chorégraphie sans avoir recours aux cuts incessants. Plus généralement, le film semble s'imposer un rythme endiablé qui certes maintient le spectateur sous tension mais peine à travailler les émotions et le ressenti dans une histoire tragique. Logiquement, le film qui ne se permet pas de temps faible ne laisse que peu s'exprimer la bande musicale de Lorne Balfe, qui réussit une partition orchestrale dans la lignée des bandes musicales Marvel. 

Un féminisme d'apparence [Spoilers]

Le sujet de Black Widow est classique et d'une limpidité sans pareil : la libération des femmes face au patriarcat blanc. En effet, Black Widow est confronté à un père incompétent (un super héros mythique - le Red Gardian- qu'il aurait été plaisant de plus fouiller), à l'incompétent et têtu général Ross, ainsi qu'à Dreykov l'incarnation du patriarcat dans un style qui rappelle Harvey Weinstein. Ce dernier contrôle les femmes par le biais d'une substance chimique qui est censé rappeler la manière dont le patriarcat tisse sa toile autour du corps féminin et de la femme plus généralement. La soumission qu'il exige, la violence physique qu'il exerce et son contrôle sur les femmes par le biais de phéromones ne rendent le propos que plus limpide (voir la scène de confrontation entre Dreykov et Romanoff). Il manque toutefois les violences sexuelles, arme principale du patriarcat pour que le propos soit complet. La résolution du film est littéralement la libération des femmes du système mondial mis en place par Dreykov (autrement dit le patriarcat). Par la suite, les femmes se soutiennent dans une sorte de sororité. Le seul homme ayant un rôle positif est le sidekick de Romanoff qui a pour vertu de ne pas être blanc et du coup d'être symboliquement meilleur que l'ancienne génération. Si le message est hautement d'actualité et efficace, il reste consensuel sans être révolutionnaire. En effet, Romanoff ne propose pas une vision du monde radicalement différente des autres Avengers. Le film est avant tout une succession de scènes de combat. Faut-il comprendre que subissant ce système, elle est obligée d'exercer autant de violence que les hommes ? Romanoff est rusée, elle utilise un stratagème face à Dreykov mais l'ultime alternative reste la violence. De même, d'un point de vue méta, la mise en scène de Shortland reste super dynamique, on pourrait presque la qualifier de virile, peut-être pour se fondre dans le monde marvélien. Mais est-ce qu'une vision radicalement féministe n'impliquerait pas une révolution du genre qui va au-delà du simple mimétisme des codes masculins ?


En définitive, Black Widow bénéficie enfin de son film solitaire. Elle y mène un combat ouvertement féministe qui manque toutefois de profondeur sur le sujet. Le tout reste distrayant de part son rythme très (trop ?) soutenu. 



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mardi 1 juin 2021

Falling


Synopsis :

John envisage de ramener son père Willis en Californie, ce dernier devenant de moins en moins autonome. Toutefois, John et sa sœur n'ont jamais vraiment apprécié leur père ; trop dur et trop dominant. Malgré le grand âge, il est toujours aussi compliqué à vivre, de part ses idées réactionnaires et son attitude outrancière... 


Commentaire : 

Viggo Mortensen, un premier passage dernière la caméra réussie

Si Viggo Mortensen est connu pour son interprétation magistrale de l'emblématique Aragorn, il est avant tout un acteur du cinéma d'auteur à l'instar de ses rôles avec David Cronenberg. Sa réalisation s'inspire donc des réalisateurs avec qui il a tourné. Toutefois, Viggo Mortensen se tourne également vers d'autres metteurs en scène spécialisés dans le drame familial comme Yosujiro Ozu, visant au réalisme par le minimalisme (plan fixe intégrant l'ensemble des protagonistes). Le résultat est réussi, le film étant doté d'un réel travail visuel. Cela est notable dans ses cadres et dans l'organisation des plans. Plus encore, le montage est le point fort du film, du fait de flashbacks en montage parallèle pour comprendre les relations Père-fils. Toutefois, l'état du père étant critique, la réalisation avait également un autre objectif : rendre sensible la démence et les absences du père. Ainsi, Mortensen a également recours à des similis de flashback avec parfois des plans très courts ou simplement des flashbacks sonores, le plan restant lui sur le père de John au présent. Il est alors parfaitement possible de ressentir les absences de l'âme qui voyage et se perd dans le passé. A la musique, nous retrouvons...Viggo Mortensen qui prouve qu'il a de multiples talents, avec une bande musicale principalement au piano, tout à fait à propos pour le genre. Le fait que le réalisateur s'occupe également de la bande musicale montre à quel point ce projet lui était personnel. 

La famille ; un lien dépassant la raison [spoilers]

Il est assez aisé de déterminer la thématique centrale du film : la famille. Toutefois, le film pose la question de savoir jusqu'à quel point la famille est une valeur sacrée, autrement dit jusqu'à quel point John doit aider un père ne faisant rien pour se rendre sympathique ou simplement supportable. Le lien familial est-il si sacré qu'il ne peut être rompu ? C'est ce que semble dire le film pendant une longue période même si John finit par se résigner dans une scène très touchante. Les idéologies étaient irréconciliables, John étant le portrait même du progressiste alors que son père coche tous les critères du réactionnaire. John finit par le comprendre alors que le spectateur l'a déjà compris depuis longtemps. Toutefois, le génie du film est de montrer que le constat est simple d'un point de vue extérieur mais presque impossible à accepter lorsqu'il nous concerne. Les liens amicaux et familiaux sont tisser sur le temps long et participent à la formation de notre identité. Couper ses liens, c'est alors renier une partie de soi, parfois pour le meilleur, mais le choix est terriblement difficile. Ainsi, la famille peut-être compliquée ; lorsque les choses tournent mal, il s'agit des liens les plus difficiles à rompre. Viggo Mortensen nous le fait comprendre parfaitement.


En définitive, Viggo Mortensen réussit son passage derrière la caméra dans un drame familial, nous montrant qu'il n'y a pas plus compliqué que de rompre avec sa famille. Ce film d'auteur, hautement personnel, est à éviter en période morose! 




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samedi 27 juin 2020

Radioactive


Synopsis :

L'histoire de Maria Sklodowska devenue Marie Curie, qui mis toute son énergie pour mener ses recherches et être reconnue en tant que scientifique dans une société dominée par les hommes.


Commentaire :

Un biopic à la réalisation travaillée, trop travaillée ?

Marjane Satrapi adapte un roman graphique retraçant la vie de Marie Curie. Le support original explique sûrement une image particulièrement travaillée et un montage parfois très dynamique. Le roman graphique autorise en effet le recours à des visuels forts par souci d'efficacité. Dans le même ordre d'idée, le film (de nationalité britannique) a recours à des géosymboles comme la tour Eiffel en arrière-plan, ce qui peut être beau dans la composition du plan tout en ancrant parfaitement le film pour un public international... cela étant cliché pour un Français. C'est à cette occasion que l'on peut noter que le film est doté d'un budget conséquent. Ainsi, aucun film français ne se serait autorisé par exemple à mettre en image les applications futures venant des découvertes de Marie Curie. Or ce film ne s'interdit rien visuellement.
Si le film adopte ainsi une mise en scène singulière, la forme prend parfois le pas sur le fond, comme si le film essayait pour certaines scènes de forcer la tension ou la peur. Or le genre du biopic historique (film biographique) préfère la sobriété pour des raisons de réalisme, de fidélité. Le propos du film reste néanmoins parfaitement audible et l'audace en termes de réalisation, parfois très belle dans la composition des plans, fait du projet une oeuvre originale pour le genre. 


Une myriade de thématiques

La qualité du film tient à ses thématiques. L'objectif premier du film est bien entendu de mettre en avant un personnage historique, et d'explorer des pans de l'Histoire moins connus comme l'engagement de Marie Curie pour la Première guerre mondiale. Toutefois, l'objectif du film va au-delà de l'Histoire, en témoigne le choix de partir du roman graphique et non de sources historiques.
Le choix du personnage indique déjà l'inscription du film dans la lutte féministe. Le traitement du sujet souligne toutefois encore plus la thématique. En effet, Marie Curie n'a de cesse de faire face à de vieux hommes blancs, représentant le conservatisme. Le film arrive particulièrement bien à souligner l'impossibilité pour une femme de s'épanouir dans une société patriarcale. De manière intrigante, seuls les hommes plus jeunes sont présentés sous un jour plus sympathiques quoiqu'ils sont dépeints légèrement lâches dans leur posture face au système. Le fait que Marie Curie réussisse finalement sa carrière témoigne de l'exceptionnalité du personnage tant du point de vue scientifique que de son caractère. Il faut un individu hors du commun pour pouvoir s'imposer en tant que femme à cette époque. Cela souligne encore plus crument l'injustice faite aux femmes, car même Marie Curie peine à être reconnue à sa juste valeur, sa reconnaissance imparfaite à l'époque étant le fruit d'une lutte et d'exploits incommensurables. 
Le féminisme est bien le propos principal mais d'autres thématiques s'ajoutent également à la thématique centrale. Le deuxième sujet est celui du progrès technologique et pose la question de l'utilisation des découvertes scientifiques. Car si Marie Curie est une chercheuse passionnée par la théorie scientifique et n'a d'autre ambition que d'enrichir les connaissances de l'humanité, ses découvertes ont eu des applications concrètes, tant positives (la radiographie, la radiothérapie) que négatives (le nucléaire : les bombes et les accidents des centrales nucléaires). Le film utilise habillement les flashforwards (les flashbacks pour le futur) pour montrer l'ambivalence des découvertes scientifiques. Notons toutefois que pour ce cas précis, Marie Curie ne pouvait pas imaginer la portée de ses découvertes. Il ne s'agissait pas de découvertes ambivalentes à l'origine. Sa responsabilité morale est donc très limitée bien que le film veuille forcer le trait sur ce point.
La troisième thématique est mineure mais ressort à certains moments. Il s'agit de la xénophobie dans un contexte de poussée de nationalisme dans lequel l'origine d'une personne dépend de son apport et de son image dans la société. Ainsi Marie Curie est française lorsqu'elle est une grande scientifique mais ramenée à son identité polonaise lorsqu'un scandale sur ses moeurs fait les gros titres de journaux à commérages. Ce passage montre également la quête de la liberté sexuelle des femmes qui n'en est alors qu'à ses prémices.
Quatrième et dernière thématique, le rationalisme de Marie Curie qui adopte une posture scientifique, athée pour tous les domaines de sa vie, lui permettant de se protéger des pseudo-sciences, contrairement à son mari. En revanche, il est regrettable que la fin du film, qui correspond à la fin du personnage, semble suggérer que Marie Curie est amenée au paradis par Pierre, son mari. Si cela rend la fin évidemment moins triste, presque heureuse, ce choix de conclusion rentre en contradiction avec le trait d'esprit de Marie Curie.


En définitive, Radioactive a pour grande qualité la richesse des thématiques explorées à travers l'exploration du personnage de Marie Curie. La limite du film se trouve certainement dans sa forme avec une réalisation qui manque parfois de simplicité.





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samedi 25 janvier 2020

1917


Synopsis :

Les caporaux Blake et Scofield sont envoyés prévenir le bataillon Devon que les Allemands leur tendent un piège. S'ils échouent à délivrer le message, 1600 hommes périront. 


Commentaire :

L'immersion de Sam Mendes

Impossible de parler de 1917 de Sam Mendes sans parler du plan-séquence comme choix de réalisation pour l'ensemble du film. Il ne s'agit pas d'un vrai plan-séquence au tournage mais l'illusion du plan-séquence pour le rendu final est parfaite. Au delà de la prouesse technique à saluer, l'intérêt ici est d'accentuer l'expérience combattante qui ne peut être réellement rendue par la rupture du bataille, le champ de combat n'offrant pas répit. L'immersion est donc totale, l'expérience prenante voire angoissante, se rapprochant parfois de l'expérience du jeu vidéo. Ainsi, l'absence de montage n'est pas l'absence de mise en scène car il reste pour le réalisateur toute la palette du déplacement de caméra, des angles de la prise de vue, du choix du cadre ou de l'utilisation de la lumière. A ce titre, la scène de course de Scofield à travers un bataillon lançant une offensive offre une leçon de mise en scène sans montage, avec un travelling rapide en pied à très forte profondeur de champ qui permet de comprendre l'immensité de la manoeuvre. La contrainte (du plan-séquence) force à la créativité dans un Hollywood très normé. La faiblesse issue de l'absence de montage pourrait être un rythme parfois plus lent, notamment lors des temps faibles. Néanmoins, la musique de Thomas Newman permet d'accompagner le film, en soutenant ou en accentuant chaque étape de l'aventure. Les scènes de tension sont mises en valeur par des motifs très courts et répétés dans le style de Hans Zimmer alors que d'autres scènes, parfois plus calmes ou aussi épiques ont une écriture plus travaillée, plus classique. 

Thématique : la guerre sans fin des britanniques

L'épisode narré n'est pas un épisode précis, il s'agit pour Sam Mendes de retranscrire l'esprit de cette guerre à travers un épisode qui aurait pu se passer chaque jour de 1917. Le Colonel McKenzie le confirme d'ailleurs à la fin, cette guerre est un éternel recommencement. Toutefois, pour les participants de l'épisode, c'est bien souvent un aller sans retour. A comprendre que la mort est le quotidien de la guerre et que les soldats, qui ont tous une singularité et une histoire qui mérite d'être racontée ne sont que des données dans un évènement qui les dépassent. Le message est clair, en plus d'être historiquement juste, la nation ayant à l'époque une valeur supérieure à l'individu. Le message est également efficace parce-que le film est plutôt juste d'un point historique que cela soit par les décors ou les tenues des personnages. Un des exemples est la reconstitution des tranchées, avec des constructions plus organisées côtées allemands que du côté anglais (les tranchées françaises étant similaires aux anglaises). De même, l'ennemi, haï, est également peu vus par les troupes. C'est une guerre où pour la première fois on tue sans voir; et le film s'attache à montrer le moins possible les Allemands, parfois simplement représentés par de simples silhouettes. La seule critique qui peut être fait sur ce film est à nouveau une vision anglo-saxone de la guerre, la Première guerre mondiale semblant être menée en premier lieu par les Britanniques. 


En définitive, Sam Mendes avec 1917 arrive à retranscrire l'expérience combattante à travers un film en plan-séquence prenant et angoissant. 


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vendredi 23 novembre 2018

Les animaux fantastiques : les crimes de Grindelwald


Synopsis :

Grindelwald s'est échappé lors d'un transfert vers l'Europe. Il est ainsi recherché par les Aurores américains et britanniques. Norbert Dragonneau, par l'intermédiaire d'un certain Dumbledore se retrouve à nouveau mêlé dans cette affaire... 


Commentaire : 

David Yates de retour

Après avoir œuvré sur les derniers Harry Potter et les Animaux Fantastiques 1, David Yates est de retour pour une mise en scène toujours aussi généreuse visuellement, que cela soit dans l'action ou pour le simple cadre. La mise en scène est narrative et fluide, donc classique mais efficace. Notons que certains plans, notamment en champ contre-champ sont assez travaillés, comme le premier entre Norbert et Leta où la mise en scène dépasse le simple fonctionnaliste. A noter que la 3D, dans cet univers visuel toujours très vivant et riche, fonctionne particulièrement bien. A la musique, John Newton Howard nous offre une partition travaillée, symphonique dans le respect des précédentes partitions de la saga et reprenant à propos certains thème du précédent épisode.

J.K Rowling, au scénario...

L'implication de J.K Rowling se voit à deux niveaux. La premier élément est la cohérence de l'ensemble de l'univers et notamment l'imbrication parfaite de ce second film dans l'ensemble de la saga. A ce titre, des liens sont parfois même trop flagrants pour faire réalistes. C'est notamment le cas pour Nagini. Le réel est complexe et des liens trop linéaires paraissent du coup artificiels. Le cadre doit être cohérent mais l'histoire n'a pas forcément à s'inscrire dans la causalité directe d'Harry Potter. Toutefois, hormis ce point, rien à redire. La présence de l'auteur phare permet d'avoir une cohérence certaine et une bonne écriture de scénario avec des rebondissements.

... et aux thématiques

La célèbre écrivaine est aussi décelable dans les thématiques avec un propos presque moralisateur. Ne pas rechercher le pouvoir, considérer les animaux, promouvoir le rôle des femmes et de la diversité. Il y a d'ailleurs beaucoup de minorités visibles pour l'époque de l'entre deux guerres en Europe, même s'il existe des justifications scénaristiques. La promotion de la tolérance est donc au centre de cet épisode. On saluera que le Némésis du film, Gindelwald, ne soit pas tant une caricature du méchant. Néanmoins, le propos derrière ce choix est à comprendre dans le fait que le mal peut prendre une apparence attrayante. Grindelwald aurait gagné à être encore plus ambigu, quitte à jeter le trouble chez le spectateur. Dumbledord reste en retrait vis à vis de Grindelwald mais pas pour une raison d'attirance dans le propos de son ami. Un peu dommage. Toutefois, la position très consensuelle de J.K Rowling vis à vis de ces thématiques reste juste.


En définitive, Les animaux fantastique : les crimes de Grindelwald est un bon film. Cela tient à la présence de Yates et de J.K Rowling à la manœuvre. Le scénario est bien ficelé, le propos lisse mais juste. Un très bon divertissement.



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mardi 17 octobre 2017

Kingsman : Le cercle d'or

Synopsis :

Eggsy, alias l'agent Galahad, est attaqué par Charlie, un ancien concurrent des sélections Kingsman. Charlie ne cherche toutefois pas la vengeance, il est au service d'une autre organisation... 


Commentaire :

Matthew Vaughn, maître du film narratif

Matthew Vaughn reste pour l'instant l'assurance d'un très bon film de divertissement. Il renouvelle l’exploit pour ce second Kingsman. Il n'y a actuellement pas meilleur réalisateur pour raconter une histoire à l'écran. Inclure des dilemmes très quotidiens à des héros hors-normes est sa façon de faire, afin de plonger le spectateur dans des enjeux qui lui parlent. Au-delà de cette astuce, il possède une science du montage qui lui permet de raconter des scènes de manière très fluide sans longueur mais toujours en prenant soin de l'image, du cadre et du mouvement dans le cadre. Les chorégraphies de combat sont à nouveau superbes. Matthew Vaughn ne remet pas en cause les règles du montage narratif; il excelle à les appliquer. Ainsi, ces films sont toujours immersifs, à défaut d'être réflexif : le film emporte le spectateur dans la narration. Matthew Vaughn est ici à nouveau accompagné de son compositeur fétiche, Henry Jackman, à qui il laisse toujours un temps pour exprimer sa musique orchestrale. Henry Jackman est actuellement un des plus doués à Hollywood et réitère dans la continuité du précédent Kingsman. Son rôle est tout à fait important pour la plupart des scènes, en amplifiant la volonté contenue dans l'image de Vaughn. Le compositeur nous gratifie même d'un des plus beaux thèmes qu'il avait utilisé sur X-Men Le commencement (Rage and Serenity). C'est tout à fait inédit de ramener un thème d'une autre saga, mais ce dernier est intégré avec brio. 

Ambiance rétro, maîtrise et rupture des codes

La marque de Matthew Vaughn est de faire référence aux années de la deuxième partie du XXème siècle (principalement 50-60-70). C'est le cas pour ce second épisode de Kingsman, toujours par le biais des Kingsmans, dans un style gentleman de l'aristocratie anglaise, mais également ici par le biais de l'univers de Poppy, ancré dans les Etats-Unis des années 50. Vaughn renvoie à l'imaginaire fantasmé des années passées et participent également à embellir visuellement ces périodes. Il leur donne un petit côté kitch sublimé. De plus, le réalisateur de X-Men le Commencement est également fan des films de cette période. Les films d’espionnage (et de super-héros) sont parodiés dans un style pastiche, comme pour le premier épisode, avec la reprise des codes et de la mise en scène mais pour des actions parfois risibles! Le contraste crée participe à l'humour. Il faut également mentionner que le film cite et pastiche certaines scènes du premier épisode! Il est donc conseillé de l'avoir vu pour ne pas passer à côté d'un ressort humoristique. 

Des thématiques au service de la narration

Chez Matthew Vaughn, les thématiques ne sont jamais primordiales. Elle sont présentes parce-qu'elles donnent du sens à la narration, mais on ne peut dire que Vaughn réalise des films à messages. Le but est avant tout de divertir. Ce qui est intéressant (et amusant en même temps) est que les méchants des Kingsmans ont de bonnes raisons pour agir, des raisons justes (mais les moyens pour arriver à cette fin laissent à désirer). Précédemment, Valentine pointait du doigt la surpopulation de la planète et son impact sur l'environnement. Ici, Poppy questionne le pourquoi de l'interdiction des drogues alors que d'autres substances dangereuses (alcool, sucre, tabac) débouchent sur plus de morts, tout en étant légales. C'est une opposition très simple et réductrice mais cela met en effet en lumière des incohérences de société. Le slogan de Poppy est de manière ironique "Save Life, Legalise" et souligne les effets négatifs de la prohibition. Toutefois Vaughn ne prend pas vraiment parti ici car l'objectif est simplement de créer un décalage entre les méchants et leurs nobles raisons d'agir. Par ailleurs, ceux censés être gentils ne sont jamais totalement blancs, que cela soit la société Kingsman dans le premier épisode ou le Président américain ici. Le fait que les raisons des méchants ne soient pas totalement extravagantes permet aux gentils de passer d'un camp à l'autre (Whiskey ici). De ce fait, le spectateur ne peut pas totalement en vouloir aux gentils "traites" qui finalement rejoignent une cause juste. La frontière entre le juste et l'injuste ne se détermine donc pas seulement à la cause mais aux moyens permettant de faire prévaloir la cause. Dans Kingsman, les méchants/ou traîtres se singularisent par le fait qu'ils sont prêts à tuer des millions d'individus pour y arriver. En ce sens, Kingsman est une bonne saga pour réfléchir à la question : est-ce que la fin justifie les moyens ? 

En définitive, Kingsman Le Cercle d'or est un excellent divertissement doté d'une réalisation soignée. L'ambition du film se limite au divertissement mais cela est fait avec brio. 


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dimanche 23 juillet 2017

Dunkerque


Synopsis :

Mai 1940, les alliés sont acculés par l'Allemagne à Dunkerque. Les Britanniques optent pour la retraite afin de pouvoir mener la bataille d'Angleterre. Les Français résistent tant bien que mal pour permettre l'évacuation... 


Commentaire : 

Une réalisation âpre 

Nolan est le maître du réalisme et cela se voit d'abord dans son image rugueuse. L'image est terne, non sublimée et sert à montrer l’âpreté d'un théâtre de guerre. Toutefois, le film ne prend jamais le chemin trop facile du gore pour marquer les esprits. Ici, ce sont les continuelles péripéties qui s'enchaînent et ne finissent jamais qui soulignent combien la guerre est difficile pour le mental des protagonistes. Certaines images, notamment aériennes, n'en sont pas moins très belles et rappellent que Nolan sait également trouver les cadres, tout cela en limitant au plus l'ajout numérique. Concernant la réalisation et notamment le montage, Christopher Nolan ne prend pas le chemin de la simplicité. Sa mise en scène est fonctionnelle, peu symbolique, ce qui n'est pas étonnant venant d'un cartésien comme lui. En revanche, la narration à l'échelle du film est alambiquée. En effet, ce ne sont pas les mêmes échelles de temps qui sont mis à l'oeuvre, sur la jetée (une semaine), sur mer (un jour) et dans le ciel (une heure). Ce qui fait que le montage alterné (des actions qui se passent en même temps) qui suit plusieurs groupes de personnages n'est en réalité pas un montage alterné mais un montage parallèle (les actions sont mis en relations mais ne sont pas concomitantes dans le temps). Cette petite extravagance tranche avec le blockbuster classique mais provoque une confusion déconcertante. Une mise en scène travaillée est appréciable mais cela ne doit pas se faire au détriment de la clarté de la narration. Peut-être que cela sert à souligner le chaos de la guerre du point de vue des protagonistes, mais cela reste une hypothèse. Au delà de la narration, le reste de la technique est, comme toujours chez Nolan, proche de la perfection. Le mixage sonore est très réussi et force à l'immersion sur le champ de bataille. Tout cela est soutenu par la bande musicale de son partenaire habituel Hans Zimmer. Ce dernier travaille particulièrement l'ambiance avec une musique fondée sur des bruits de montre et des bruits d'avion répétés de manière mécanique qui donnent une atmosphère pesante. La question du temps s'entend et se ressent avec Hans Zimmer. L'image de Nolan s'appuie à ce titre beaucoup sur la bande son de son compositeur. A noter qu'il n'y a pas de grands thèmes d'orchestre symphonique. La musique est en effet, également sobre, âpre et volontairement peu engageante. 

Un point de vue britannique de l'Histoire

Le point de vue de l'Histoire de l'évacuation de Dunkerque est incontestablement britannique. Tout d'abord, parce-que les adversaires sont pratiquement invisibles. Il n'y a aucun plan sur un visage allemand, à la rigueur quelques rares formes floues de casques en fin de film. Lorsque les adversaires sont les plus visibles, ce sont leurs machines qui le sont (les différents avions), cela contribuant à la dépersonnalisation des Allemands. Peut-être là encore une intention : la guerre n'est-elle pas un processus de déshumanisation de l'autre ? Une hypothèse que l'on ne peut confirmer. Le sort réservé aux alliés est tout aussi étonnant. Les Belges passent à la trappe et les Français sont dépeints de façon peu valorisante, alors qu'ils ont en réalité permis le retrait britannique en résistant vaillant aux Allemands en surnombre. Pire, une des dernières phrases d'un haut gradé anglais "Je reste pour les Français" laisse supposer que les Anglais sont les seuls artisans de cette opération. Choisir un point de vue n'est en soi pas nécessairement mauvais, mais cela contribue à construire des représentations oubliant une partie de la réalité.

Un film sans message ? 

Les films de Christopher Nolan sont en général meilleurs lorsque ce dernier est associé à son frère Jonathan pour le scénario. Ici, Christopher est tout seul. Le scénario, qui est le cœur des films de Nolan, est paradoxalement absent, presque dans une volonté de réduire cette histoire à une description de la guerre. L'histoire s'en retrouve moins prenante et reste au niveau du survival. Cela se ressent également dans l'attachement aux personnages sans profondeur et pourtant interprétés pour certains par des acteurs fétiches de Nolan (Tom Hardy, Cillian Murphy). Cela peut correspondre à la volonté du réalisateur mais nous regrettons que l'histoire ne tienne finalement que du fait du suspens et non de l'intrigue.
Si le film n'a qu'un maigre scénario, celui-ci a t-il un message ? Les Batman ou encore Interstellar avaient un message - ou plus humblement une réflexion - sur la société et le monde. Dunkerque à l'image de son scénario, n'en a pas vraiment. Seul le groupe de marins civils délivre quelques pensées : la persévérance dans l'accomplissement de la mission, la vérité parfois non nécessaire (ne pas dire au soldat que le jeune de 17 ans est mort). Cela est tout de même un peu décevant pour un film de Nolan. Toutefois, si son intention n'allait pas au-delà de la description du chaos et de l'imprévisibilité de la guerre, sa mission est accomplie. 

En définitive, Nolan réalise un film âpre sur la guerre à partir de points de vue singuliers de soldats britanniques. Le film est techniquement réussi mais un scénario plus charnu et une réflexion sur le propos étaient également attendus pour un réalisateur de cet acabit.  



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jeudi 29 juin 2017

The Last Girl

Synopsis :

Mélanie est une petite fille d'un étrange établissement militaire, qui la garde sous haute surveillance, tout comme ses petits camarades. Mélanie ignore ce qui se passe. La seule personne qui éprouve de la compassion pour elle dans cet univers est la maîtresse de classe... 


Commentaire : 

Une mise en scène classique 

The Last Girl est un film classique dans la forme. La mise en scène est fonctionnelle et très lisible mais ne témoigne d'aucune spécificité particulière. Le montage et le cadrage sont ainsi simplement narratifs sans scène ou séquence particulièrement marquante.

Sennia Nenua, pour porter le film

Le jeu d'acteur est en général assez bon mais la petite héroïne interprétée par Sennia Nennua éclipse absolument tout le monde. Gemma Arterton, tête d'affiche la plus connue est excellente et remplit sa part du contrat mais c'est sans conteste Sennia Nennua qui porte le film. Les enfants sont étrangement les plus performants dans ce long-métrage, il est vrai que le reste du casting adulte doit interpréter des soldats, par définition peu intéressants car très monolithes. 

Le message ambiguë du film [Spoilers]

Les films de zombies sont à part dans les films d'horreur. Depuis Romero, il est acquis que ces films peuvent être porteurs de critiques sociales. Celui-ci n'échappe pas à la règle. La réflexion est présente et dépasse le simple scénario qui s'apparente à un survival horror. La question est de savoir ici si les enfants de zombies qui ont une conscience et une capacité de réflexion ont le droit à la vie, contrairement aux zombies classiques. Tout le film tend à suggérer que c'est le cas ; la petite héroïne qui reçoit toute la sympathie des spectateurs est un zombie conscient. Elle est par ailleurs le personnage le plus intelligent du film. Lorsque l'intrigue expose ouvertement que la vie d'un zombie conscient vaut autant qu'une vie humaine, l'intrigue atteint son but, son apothéose du point de vue du sens. Le problème est que ce constat exposé par l'héroïne est contredit par sa dernière action. Peut-être faut-il mettre cela sur le compte qu'il s'agit d'un enfant (pourtant elle semble la plus fine d'esprit). En effet, sa dernière action a pour conséquence l'annihilation de tous les humains non infectés. Dans cette perspective, la vie des zombies conscients n’apparaît pas égale mais plus importante que la vie des humains. Peut-être que ces derniers méritent par leurs actions de disparaître mais on ne peut affirmer que tout Homme soit coupable. L'égalité du droit à la vie peut nécessité de mettre en avant dans les luttes les opprimés par rapport aux dominants mais cela ne peut déboucher sur l'éradication de l'autre partie. Le message aurait dû s'arrêter à : tout être conscient a un égal droit à la vie. La conclusion finale du film est donc surprenante et affaiblit la pertinence du propos.

En définitive, The Last Girl est un film de zombie intéressant à la conclusion étonnante, du moins au niveau du sens du message. 



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vendredi 26 août 2016

Dans Le Noir


Synopsis :

Martin n'arrive plus à dormir le soir, en effet, sa mère en dépression semble discuter toute seule la nuit. La grande sœur de Martin, Rebecca, qui a quitté la maison depuis des années prend connaissance des ennuis de Martin et décide de le prendre chez elle... 


Commentaire :

Une mise en scène aboutie

James Wan n'est pas à la caméra, seulement à la production. C'est David F. Sandberg, auteur du très court-métrage sorti sur Youtube Lights out,  qui a eu le droit d'adapter son travail au cinéma. La trace de Wan est tout de même visible avec l'idée de faire rentrer le spectateur directement dans l'ambiance sordide, même avant l'apparition du titre. On retrouve également l'âme de James Wan dans le dévoilement très rapide de la créature, bien qu'elle ne soit pas très visible. A regret, le jeu sur le hors-champ est alors plutôt pauvre pour un film d'horreur puisque la créature est dans le champ. Néanmoins, la mise en scène est tout de même excellente car si celle-ci ne joue pas avec le hors-champ, elle joue dans le champ avec la lumière. Et qui dit lumière dit ombre, l'un ne va pas sans l'autre, ce qui fait que le danger plane continuellement. Un gros travail est en effet réalisé autour du clair-obscur et la disposition des personnages dans le cadre par rapport à la lumière est riche de sens. C'est le côté jouissif du film d'horreur qui a nécessairement une mise en scène symbolique, qui doit être plus que fonctionnelle pour apporter le malaise. Le malaise est également entretenu par le design de l'esprit frappeur, c'est à dire la forme désarticulée du fantôme. Le film est parcouru de screamers (Jump Scares) bien placés arrivant aux moments fatidiques ; ce qui distingue cette réalisation d'une de James Wan qui fait tomber les screamers à contretemps. Quant au rythme du film, il est également très bon, insérant juste ce qu'il faut de temps faibles (autrement dit de temps sans angoisse) pour travailler les personnages et les rendre attachant. La relation entre Rebecca et Brett est à ce titre très bien gérée. 

Thème : aller au devant des peurs

Thématiquement, ce film d'horreur est classique. Chose assez intéressante, le film est débarrassé du carcan religieux car souvent le surnaturel du genre d'épouvante est lié aux mythes du monothéisme. Il y a effectivement un fantôme mais n'appartenant à aucun dogme. Avant tout, le film joue énormément avec les psychoses liées aux aléas de la vie ainsi que cette peur primaire qu'est le noir. La diégèse intègre effectivement le surnaturel mais sans ambiguïté, ce qui fait que le film abandonne dès le début le genre du fantastique pour prendre le chemin du merveilleux. La thèse rationnelle de la psychose de la mère liée à sa dépression est ainsi vite évacuée. En conséquence, il n'y a aucun message ici relevant du prosélytisme, ou pour le moins de la défense de la foi et de la croyance face à la raison. L'unique message du film concerne la confrontation de ses peurs. L'utilisation du noir comme symbole de la peur est pertinente car le noir n'a pas de visage, il peut représenter toutes les peurs. Les héros du film vont finir par se confronter au noir aider de la lumière, idée de l'introspection qui invite à éclaircir les zones d'ombre de notre existence. 

En définitive, Dans Le Noir est un film d'épouvante réussi, doté d'une mise en scène intelligente.



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mercredi 18 novembre 2015

James Bond : Spectre



Synopsis :

Bond, James Bond est en mission à Mexico lors de la fête des morts. Il est à la recherche d'un individu, Lucia Sciarra, qu'il doit éliminer. Néanmoins, l'agent 007 agit isolément, si bien que même ses supérieurs hiérarchiques actuels ne sont pas au courant de sa mission. Personne n'est digne de confiance...


Commentaire :

Réalisation et hommages impeccables 

En tant que plus gros budget de la saga James Bond, Spectre est effectivement impressionnant visuellement. Tous les plans sont pensés en terme d'esthétisme. La scène d'introduction ressemble (est?) à un plan séquence superbement chorégraphié. Cela est suivi par le magnifique générique de début, sur la sublime chanson de Sam Smith. Notons dans le registre musical que la partition de Thomas Newman respecte parfaitement le style des anciennes musiques de James Bond et ancre Spectre dans le mythe. Au-delà de la musique, énormément d'hommages en terme d'accessoires, de lieux et des effets de réalisations (parfois avec un résultat comique recherché) font référence aux premiers James Bond. Néanmoins, il faudra être un réel amateur de la saga pour tous les noter. Il sera également nécessaire d'avoir en tête les anciens James Bond version Daniel Craig pour se situer dans l'intrigue. Dans les très bons points, notons également les effets spéciaux qui ont privilégiés cascades, vraies explosions et décors en dur plutôt que d'avoir recours massivement aux effets numériques. Avec la pellicule 35 millimètres, cela contribue aussi à retrouver la patte des anciens James Bond. L'effet de crédibilité visuelle est là. Ainsi, en terme de réalisation pure, Sam Mendes a fourni un travail de qualité.

Scénario mécanique 

Le problème de Spectre réside dans le scénario. Peut-être que cela est dû au piratage dont a été victime Sony qui a obligé l'équipe à réécrire le scénario. Quoiqu'il en soit, la trame de l'histoire se déroule sans que l'on ne comprenne toujours pourquoi. Le film donne l'impression d'une succession de scènes, du fait que celui-ci n'ait pas assez appuyé les enjeux et les motivations des personnages. Cela n'empêche pas les scènes d'être bonnes isolément. Les explications sont donc un peu trop faibles pour justifier une progression logique de l'intrigue. Certaines scènes paraissent par ailleurs assez étranges d'un point de vue de la narration (dans une scène, James Bond subit "une expérience" qui aurait dû lui laisser des séquelles mais il semble en définitive n'avoir rien...). En outre, certains personnages sont anecdotiques ou sous exploités, comme Dave Bautista, Monica Bellucci et même Christopher Waltz, pourtant grand méchant de l'histoire et même de la saga selon le film. C'est assez dommage lorsqu'on connait le talent de ces acteurs. En conséquence, le scénario présente des faiblesses narratives qui tranchent avec la crédibilité visuelle. 

Des thématiques déjà vues et peu développées 

Le complot gouvernemental dans son ambition à contrôler tous les citoyens a déjà été abordé au cinéma, récemment particulièrement. Citons Captain America et le Soldat de l'hivers ou Mission Impossible: Rogue Nation. Spectre ne pousse pas plus le questionnement si bien que sa contribution sur le sujet est nul. Pourtant il y a des choses à dire sur la transparence ou le conflit entre despote éclairé/démocratie. La démocratie est posée comme un absolu indépassable alors les défenseurs du contrôle gouvernemental sont des méchants mégalomanes peu convaincants. En outre, on ne sait pas trop pourquoi la collaboration antiterroriste internationale est montrée comme une menace... bref, sur le fond, le film est plutôt faible.

En définitive, James Bond est un film de grand spectacle qui atteint la qualité visuelle attendue. Le scénario et les thèmes sont en revanche plutôt décevants, cela n'empêchant pas le moment de divertissement. 



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dimanche 14 juin 2015

Ex Machina


Synopsis:

Caleb, jeune ingénieur informatique, gagne un concours qui lui offre la chance de passer une semaine avec le génie mondial de la programmation, Nathan. Le lieu dans lequel se rend Caleb est isolé de tout et ultra-sécurisé. Nathan y développe en effet la première conscience artificielle...

Commentaire:

Une réalisation soignée

Alex Garland, au scénario et à la réalisation, réalise un excellent premier film. Sa mise en scène est épurée. Elle traduit parfaitement les rapports ambigus entre les personnages grâce aux angles de prises de vue. La localisation de l'histoire permet la présentation de magnifiques lieux naturels mais la teinte sombre du film produit malgré tout une atmosphère froide, ce qui est assez déconcertant. Il en va de même pour les lieux en intérieur, pourtant très beaux et élaborés mais qui sont du coup plus ou moins inquiétants. On doit sûrement comprendre que le film est froid à l'image de la machine. Quoiqu'il en soit, la réalisation rend bien compte de son sujet. Concernant le scénario, il est riche et complexe. Il maintient un flou constant, amène à de réels moments de tension et ouvrent différentes pistes. Dès le début, le malaise s'installe dans une maison où certaines pièces sont interdites et où tout est régi par la machine. Le film nous amène en eau trouble. Le mixage sonore est particulièrement bien réalisé et joue énormément pour rendre l'atmosphère pesante.  

Des personnages intéressants

Les personnages représentent des figures particulières mais sont loin d'être des archétypes. Ils sont particulièrement travaillés car toujours duales. Dans ce triangle relationnel en huis clos, chacun présente un visage différent à l'autre. Si le spectateur tend à adopter le point de vue de Caleb, il n'est pas sûr non plus de connaître parfaitement ce personnage. Chacun défend son propre intérêt et a de réelles raisons de le faire. Néanmoins, il est impossible, avant le dénouement, de connaître les intentions profondes protagonistes et donc de savoir ce que le film veut nous dire sur l'intelligence artificielle.

Les thématiques, de l'excellence à la déroute

La thématique la plus anodine du film est peut-être le soupçon. En effet, dans ce huis clos, tous les protagonistes ont une part de mystère, y compris Ava. Or, si Ava, une machine, est capable de cacher quelque chose, c'est quelle est un sujet, au même titre que tous les êtres pensants. Ceci confirme qu'il s'agit bien d'une intelligence artificielle. Un autre thème, qui est en fait plus une série de références, est la religion. Cela concerne les noms des personnages à la durée de l'intrigue (7 jours). Le titre est particulièrement révélateur avec Ex Machina, le "Deus" étant exit. L'Homme, à l'image de Dieu (postulat des monothéismes) rentre dans un processus créatif. Ainsi, créer une conscience artificielle, c'est reproduire un acte divin. La principale différence est que l'Homme ignore la nature de sa création et ses intentions. Ceci nous amène au thème principal de ce film de science fiction : l'intelligence artificielle, ou plus exactement la conscience artificielle. Les dialogues, magnifiquement travaillés, introduisent et questionnent le sujet. La vraie nature d'Ava est en suspend jusqu'à la fin et c'est le dénouement qui va infirmer ou confirmer les hypothèses de Nathan et Caleb. Malheureusement, la révélation de la nature de la conscience artificielle nous amène à penser qu'Alex Garland n'a pas saisi ce qu'était réellement la conscience artificielle. Le scénariste / réalisateur reprend en effet une vieille thèse de science fiction qui aujourd'hui ne semble plus totalement pertinente, bien que défendue encore par quelques grands noms. Des films comme Chappie ou Her, semblent être beaucoup plus proches de ce que pourrait être la conscience artificielle. Le film reste néanmoins très bon malgré ce parti-pris. 




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mercredi 11 février 2015

Imitation Game



Synopsis :

Alan Turing est un mathématicien hors pair, approché par les services secrets britanniques pour lutter contre l'Allemagne nazi. Avec ses collègues, sa mission est de déchiffrer les messages allemands codés par la redoutable machine Enigma. Tâche impossible pour l'homme, Alan Turing pense que seule la machine peut battre la machine...


Commentaire :

Un biopic passionnant

L'histoire de ce personnage longtemps cachée de la grande Histoire est passionnante. La personne d'Alan Turing est intéressante et intrigante et correspond parfaitement au génie incompris, ce génie dont l'esprit est au-dessus de toutes les futilités du quotidien mais aussi des codes sociaux. Toutefois, son inscription dans l'Histoire est encore plus passionnante car c'est l'originalité de sa personne qui va permettre la résolution d'un problème que n'importe quelle personne normale aurait jugée d'insolvable. Ce film permet de redonner à ce mathématicien oublié toute sa place l'Histoire. Bien que le commun des spectateurs ne puisse comprendre concrètement les recherches de Turing, le film arrive à montrer leurs importances fondamentales dans la guerre et plus globalement dans l'ère informatique.

Le biopic est somme  toute classique, au sens premier du terme, c'est à dire excellent. Aucune fulgurance ou originalité dans la forme, mais la mise en scène purement fonctionnelle est d'une efficacité redoutable. Le montage parallèle qui fait le lien entre trois périodes de la vie de Turing permet parfaitement de comprendre le personnage dans son époque. La musique d'Alexandre Desplat fait son oeuvre en mettant pleinement en relief les moments d'émotion. 

L'importance des acteurs

Les films américains comptent beaucoup sur les acteurs, les studios osant peu innover sur la forme. Ce biopic, comme beaucoup d'autres, est donc un film d'acteur. Toutefois ici, ils sont particulièrement bons, c'est à dire justes et efficaces. Leur interprétation est remarquable, Benedict Cumberbatch en tête. Il est à juste titre nominé pour l'oscar du meilleur acteur, confirmant tous les espoirs qui étaient placés en lui. Keira Knightley délivre également un jeu d'une grande force et mérite sa nomination dans la catégorie meilleure actrice dans un second rôle. Tous les acteurs sont généralement excellents mais le duo de tête est particulièrement impressionnant. Ils rendent leurs personnages intéressants et touchants et font donc du film une réussite.

Des messages bien soulignés

Ce biopic va au-delà de son rôle informatif et délivre de véritables messages. Ces idées étaient plutôt compréhensibles dans l'histoire, mais le film choisit de mettre les points sur les i à la fin, à l'aide de voix-off et de textes avant les crédits. C'est peut-être un peu trop poussé car l'histoire se suffisait à elle-même mais le film remplira ainsi clairement son ambition pédagogique. Les messages sont les suivants : Dieu ne peut sauver l'homme, dans le sens où l'homme est maître de son destin et c'est ainsi qu'il a pu surmonter l'épreuve de son époque. Deuxièmement, ce film souligne le droit à la différence, d'autant plus si la norme n'a pas de réel fondement logique et raisonnable. L'homme, pur esprit de raison, est définitivement libre, brisant l'idée du déterminisme divin (Dieu guide notre chemin) et naturel (la nature nous impose une conduite). 

En définitive, il s'agit d'un biopic très efficace qui rend hommage à des personnages longtemps marginalisés au regard de leur rôle dans l'Histoire. 



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mercredi 2 juillet 2014

Under the Skin


Synopsis :

Une jeune femme parcourt les rues d'Ecosse à bord de sa camionnette. Régulièrement, elle s'arrête pour demander son chemin à des hommes. Derrière une plastique parfaite, cette inconnue n'est rien de ce qu'elle paraît être...


Commentaire :

Ambiance réussie

Autant être franc, ce film de science-fiction / horreur ne nous a pas beaucoup plu. Pourtant, tout n'est pas à jeter. Commençons par le gros point fort du film; son ambiance. C'est particulièrement le mixage sonore aux cordes dissonantes qui est à saluer ici. La bande sonore met déjà mal à l'aise au premier abord, mais lorsque celle-ci est associée à une image choquante, rejouer par la suite, la même mélodie est encore plus efficace. C'est malheureusement la seule astuce du film, car de scènes choquantes, il n'y en a qu'une. Très crue et dérangeante, elle fait véritablement effet, aidée il est vrai par un jump scare. Elle fait partie de ces quelques scènes métaphoriques ou / et expressionnistes, on ne sait pas trop, pendant lesquelles l'environnement disparait et où seuls les corps (de Scarlett Johansson notamment) comptent. Dans un autre registre mais tout aussi intéressant, la scène d'introduction réussie parfaitement à présenter la singularité du film et du personnage principal, et à mettre sur la voie de l'origine extraterrestre des évènements du film (scènes travaillant les formes et dont une en particulier peut représenter une comète ou vaisseau spatial arrivant sur Terre). 

1h47 et c'est déjà bien long

Malheureusement, le caractère trop mystérieux du personnage de Scarlett Johansson et le rythme extrêmement lent du film, finissent par avoir raison de l'attention du spectateur (de nous pour le moins). En effet, l'étrangeté du film et le mystère de l'intrigue n'ont pas suffit à maintenir notre curiosité. En dehors des scènes d'angoisse, l'histoire n'avance pas : elle se répète pour terminer avec une fin sans réponse. Ce film est tout au plus une excursion sensorielle, mais nous n'avons pas compris son message et son intérêt, en dehors de l'exercice plastique/formel. Surement que le cinéaste Jonathan Glazer voulait nous montrer une autre manière de voir le monde et la société humaine. L'Ecosse est certes bien jolie, mais le scénario et la vision du réalisateur nous ont paru trop opaques. Il est néanmoins possible que certains aient les clefs pour comprendre le film et apprécier pleinement son esthétisme. 

8/20
   




dimanche 12 mai 2013

Trance



Simon est commissaire-priseur dans une société qu'il prévoit de voler avec l'aide d'un complice, Franck.  Néanmoins, dans le feu de l'action, Simon refuse de donner le tableau à son associé et reçoit un violent coup sur le crâne. Franck constate par la suite que Simon ne lui a pas donné la toile, seulement un cadre un vide. De son côté, Simon a perdu la mémoire et ignore tout du jour de l'incident. Ils engagent alors une hypnotiseuse, Elizabeth, pour tenter de retrouver le tableau.

Un film plutôt compliqué du fait que les indices régulièrement donnés au cours de l'intrigue se révèlent tour à tour mener à des fausses pistes. Même certaines scènes se révèlent être fictives, provenant de l'imaginaire des personnages. Une impression à la Inception se fait finalement ressentir au dénouement, sachant que le dénouement d'Inception laisse la place à l'interprétation. Que l'on comprenne ou pas le film, celui-ci est filmé de manière à ce que le rythme ne décélère jamais et maintienne ainsi le spectateur en haleine. Comme quoi, tout comprendre n'empêche pas d'apprécier.

Note: film vu en VO non-sous-titrée (enfin sous-titrée chinois...) ce qui a pu me rendre le film plus compliqué ce qu'il n'était.

17/20

samedi 31 décembre 2011

The Lady


Aung San Suu Kyi est jeune lorsque son père, le Général Aung San, héros national de l'indépendance birmane, est assassiné lors d'un punch. Des années plus tard, la Birmanie est toujours oppressée par la "Junte" militaire mais des mouvements de protestations se forment. Aung San Suu Kyi qui est alors mariée au professeur Arris, vit avec ses fils en Angleterre, sans nulle prétention. Mais, la santé de sa mère et les horreurs en Birmanie vont finir par la ramener sur ses terres...


L'histoire vraie du femme courageuse. Le film a pour vocation de faire prendre connaissance du sujet birman plus largement que par les simples médias. En effet, si ces derniers relaient partiellement la situation de ce pays plutôt méconnu, ce film nous livre aussi l'histoire personnelle de cette femme, ses choix, ses sacrifices dans la lutte pour la démocratie. Si le message passe bien, c'est peut-être la longueur qui est critiquable pour une durée de plus de deux heures. Pour ce type de film, on en attend un peu moins, surtout que le film nous tient en haleine pendant un bon bout temps. Ce rallongement est peut-être explicable par le fait que la situation de Aung San Suu Kyi ait évolué pendant le tournage même et que cela ait été inclu. La travail de Luc Besson est a salué. Film à voir, ne serait-ce que pour le sujet.


15/20