Les sorties de la semaine

samedi 27 juin 2026

La bataille de Gaulle : partie 2



Synopsis :

De Gaulle tente d'incarner la France résistante, celle qui a refusé la défaite de 40. S'il trouve une oreille plutôt bienveillante du côté de Churchill, il doit s'imposer auprès des Américains qui comptent bien "libérer" la France selon leurs conditions...


Commentaire :

Antonin Baudry, pour un grandiose incarné

Antonin Baudry s'attaque à un monument français : le Général de Gaulle. Pour le film le plus cher à ce jour du cinéma français (si on prend en compte les deux parties), Baudry cherche à réaliser un film épique et grand public. Clair dans l'intrigue, impressionnant par ses batailles et riche en action, le film est facile d'accès. Malgré le sujet, les scènes violentes et de torture restent très soutenables. Le film propose logiquement une mise en scène narrative, ce qui n'empêche pas un beau travail sur certains plans (des plans symboliques, avec souvent un travail sur la symétrie). Le rythme est très soutenu pour un film relativement long, qui enchaîne plusieurs moments marquants de la constitution de la France libre. L'attention du spectateur est maintenue par un montage alterné qui renforce la tension et qui souligne l'intrication des événements. Les différents événements narrés sont d'égale qualité, que cela soit les scènes de bataille, restreintes, mais très bien filmées, ou les scènes plus intimistes avec De Gaulle, incarné par le très juste Simon Abkarian. Le personnage capte le spectateur par son sens moral, mais également par son côté grandiloquent, apportant quelques tonalités humoristiques. L'ensemble de l'œuvre est porté par l'excellente musique de Théo Cascio. Cette musique orchestrale contribue fortement à la dimension épique de l'œuvre lors des scènes à enjeux et s'impose de manière magistrale dans une des dernières scènes pendant laquelle est lu un poème. C'est donc techniquement un film de très belle facture, peut-être un peu sage, mais très efficace. 

Un film historique pour mettre en lumière certains faits

Ce film historique n'a pas de réflexion proprement ontologique. Sa vocation est de mettre en lumière certains faits historiques demeurés dans l'ombre dans le cinéma américain ou dans le roman national français. En effet, ce film souligne que la montée en puissance de De Gaulle n'avait rien d'évident pendant l'Occupation. Personne ne sait qui il est en 1940. Il est tout au plus une voix à la BBC. C'est bien une trajectoire jonchée d'obstacle qui est décrite, qui cherche à éviter toute téléologie dans une démarche historique. Ainsi, il faut une personnalité affirmée et déterminée pour s'imposer et représenter la France combattante. Si Churchill est généralement du côté de Gaulle, le film souligne l'opposition américaine de Roosevelt. Selon le film, l'allié américain souhaite en effet établir un protectorat américain en Europe (l'AMGOT) et redessiner une partie du continent. Tout ce qui est mentionné dans le film s'appuie sur des sources ; il reste à savoir maintenant si les événements narrés ont eu une telle importance à l'époque. La problématique du film peut toutefois expliquer en partie cet angle de narration, car le film choisit le point de vue de la France Libre et de de Gaulle. Cela peut expliquer ce prisme déformant ; par exemple, le débarquement en Normandie a une place réduite puisque la France libre y a une place mineure - peut-être aurait-il fallu aborder alors le débarquement en Provence (problème de moyens ?) ? Toutefois, même en ayant en tête ce parti-pris, nous aurions pu croire à une hagiographie sur le grand Charles... si le film n'était pas inspiré du livre de l'historien britannique Julian Jackson,  En effet, malgré son côté grandiloquent, c'est avant tout sa droiture morale qui ressort de l'œuvre. Un homme passionné par la France et sa souveraineté. La volonté de faire de ce film une œuvre grand public et épique peut également expliquer une orientation plutôt favorable à de Gaulle. Le film demeure intéressant sur le fond du fait du recentrage de l'événement sur le point de vue français, tout en soulignant la difficulté pour de Gaulle à s'imposer dans le contexte de la défaite de 40. 


En définitive, La Bataille de Gaulle réussit à conjuguer spectacle et intérêt historique pour le grand public. En choisissant le point de vue de la France libre, Antonin Baudry met sous les projecteurs la difficile affirmation de la souveraineté française au sein du camp allié.


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mercredi 24 juin 2026

Jim Queen


Synopsis :

Jim est un influenceur très connu de la scène gay. Rien ne peut arrêter son ascension, si ce n'est un virus inconnu qu'il vient de contracter : l'hétérose. Alors que le monde lui tourne progressivement le dos, le jeune Lucien décide d'aider son idole à lutter contre cette maladie qui risque de le rendre très rapidement hétérosexuel...

Commentaire :

Une animation colorée et dynamique

Marco Nguyen et Nicolas Athane s'associent pour réaliser un film d'animation dynamique et audacieux. Le rythme est très soutenu, l'intrigue étant riche en péripéties. La mise en scène est également très riche dans la construction des plans, car chaque plan, ou presque, recèle une petite blague. Il peut s'agir d'un jeu de mots écrit ou d'un élément visuel qui peut être évident ou mis simplement au second plan. L'humour n'est donc pas uniquement dans l'histoire ou dans les dialogues mais il est également  omniprésente à travers le visuel. Le style du dessin est lui plutôt simple, dans la tradition du cinéma d'animation français. L'intérêt de l'animation réside également dans la puissance de la réinterprétation du réel. Ici, l'histoire se déroule en partie à travers le regarde de Lucien, jeune homosexuel, qui reste en dehors de la communauté gay. Le spectateur découvre alors un univers plus ou moins fantasmé que l'animation peut aisément traduire à l'image. L'animation permet également d'inclure de nombreuses références ou citations dans un style comique, qui donne toute la saveur de l'œuvre (par exemple "je vois des gens qui sont morts" devient "Je vois des gens qui sont gays"). Ainsi, le film maintient en permanence l'intérêt du spectateur. Kirosen est lui à la bande musicale, à quoi il faut ajouter deux petites séquences musicales chantées très réussies.

Thématique : l'inversion des normes pour aller dans les nuances

Jim Queen est autant une comédie qu'un film politique ayant pour vocation de représenter la communité gay. Du fait du contexte politique, il a progressivement acquis une dimension politique militante, qui a été intégrée à son intrigue par les deux réalisateurs. Ainsi,  ce côté militant est appuyé par l'intrigue du film. L'intransigeance envers les personnes LGBTQIA+ est dénoncée avec l'antagoniste du film, ce qui en fait le premier thème du film. Le film est donc éminemment politique, sans pour autant se placer dans une posture de donneur de leçons, ce qui aurait amoindri sa dimension comique.

En effet, le postulat du film est une simple inversion des regards. L'intrigue part du principe que l'homosexualité est la norme et que l'hétérosexualité est une orientation minoritaire (l'orientation, mais également tout ce qui est peut y être rattaché : vie avec enfant, football, et en particulier la culture "beauf"). L'hétérose est alors cette maladie qui peut changer cette situation et inverser à terme les normes. L'hétérose renvoie autant à l'homosexualité de notre monde, qui a, un temps, été présentée comme une maladie, mais également au VIH, qui a été aussi renvoyée à une maladie touchant les homosexuels (il est question ainsi dans le film "d'hétéropositivité"). Ce qui est particulièrement intéressant (et amusant) est de montrer la panique des personnages face au fait de voir les normes hétérosexuelles prendre le dessus, miroir de notre monde où une frange réactionnaire de la société panique à l'idée de l'arrivée de la culture woke. Ce décalage est à la fois amusant mais aussi empathique par le renversement des regards imposé. 

Au-delà de cette posture assumée, le film se veut pédagogique pour montrer toute la diversité de la culture gay, en se mettant dans la peau du jeune Lucien, qui découvre ainsi ce monde. Il est vrai que pour la population majoritaire, la communauté queer est diverse mais obscure. Ici, le film ne choisit que le G, de la communauté LGBTQIA+ mais montre la variété qu'il y a déjà à l'intérieur de la communauté gay.  La plongée dans cet univers est intéressante mais également amusante car les traits et les dérives de cette communauté sont présentés avec humour. Cet univers ne laisse que présager de la richesse de l'ensemble de la communauté queer. L'intérêt pédagogique disparaît pour le spectateur informé, mais l'humour distillé demeurera très certainement pour tous. 


En définitive, Jim Queen est un film d'animation réussi sur la communauté gay. Plein d'humour et parfois même irrévérencieux, le film joue sur l'inversion des normes, en faisant de la culture gay, la culture dominante. 



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samedi 13 juin 2026

Disclosure Day


Synopsis :

Daniel est poursuivi par une organisation de l’État profond américain qui cherche à l’empêcher de révéler des informations classifiées confidentielles. Les extraterrestres existent, nous les avons déjà rencontrés. Le monde ne sera plus jamais le même après cette révélation...


Le commentaire :


Le retour de Spielberg à la science-fiction (SF)

Steven Spielberg retourne à la SF après deux décennies plutôt tournées vers les films historiques, si ce n’est Ready Player One, oubliable. La mise en scène est incontestablement la grande force du film, mais également peut-être son unique point fort. Spielberg sait composer ses plans pour y glisser subtilement une double lecture, qu’il s’agisse des ombres, des angles ou des focales de caméra. Nous retrouvons aussi la marque du réalisateur par une colorimétrie bleutée et les lens flares. Le bleu a en effet un sens dans le film, que ce soit dans les yeux des personnages ou dans l’évocation de la nuit. Les lens flares peuvent parfois évoquer des étoiles, ce qui est une référence au genre. Les mouvements de caméra sont également variés, allant des travellings aux travellings rotatifs ou aux shaky cams. Le travail de l’image, probablement peu décelable après seulement un visionnage, reste ce qui se fait de mieux à Hollywood dans le cadre d’un cinéma narratif.

Le petit bémol, au niveau de la technique, est peut-être le rythme du film, ce qui est en partie dû à un scénario qui met du temps à dévoiler les enjeux. En effet, même si les actions défilent, l’histoire met du temps à se révéler, avant une deuxième partie plus prenante, mettant en avant les enjeux propres à la science-fiction.
À la musique, nous avons l’immense honneur, et le plaisir indescriptible, de retrouver le vétéran John Williams, sorti de sa retraite à 94 ans. Ses notes et ses partitions, soigneusement travaillées, sont immédiatement reconnaissables, bien qu’il n’y ait pas de thème fort. Sa musique, toujours interprétée par un orchestre symphonique, ancre le film dans les années 90, à une époque où la grande bande musicale hollywoodienne n’était pas encore épurée de sa richesse post-romantique.

Un film daté

Spielberg retourne ainsi à la SF, comme s’il ne l’avait jamais quittée, en reprenant des histoires qui lui sont chères et qu’il a lui-même popularisées au cinéma. Toutefois, d’autres réalisateurs sont passés entre-temps, comme Villeneuve ou Nolan pour ne citer que les plus marquants du genre. Ressusciter les extraterrestres de Roswell, notamment dans leur design des années 40-50, permet d’ancrer le récit autour de théories populaires. Cependant, cela confère également à ce film un côté un peu simple, voire ringard, tant le sujet de l’altérité a été travaillé entre-temps. Le langage des extraterrestres en est un autre exemple. En effet, l’idée que les mathématiques soit la langue universelle des espèces supérieures a déjà été mainte fois utilisée. Le film peut, peut-être, être une introduction pour le spectateur n’étant pas coutumier du genre ou du sujet. Un spectateur plus averti restera alors probablement sur sa faim.

Des thématiques à explorer [Spoilers]

Ce film de SF est, sans surprise, riche en thématiques. Mais là encore, le spectateur pourra également rester sur sa faim. Pourtant, les promesses sont riches, avec un ancrage géopolitique convaincant en toile de fond, évoquant une probable Troisième Guerre mondiale. Cependant, cet aspect est vite délaissé au profit de la question de la vie extraterrestre et des conséquences qui en découleraient.

La question de la place de la religion est abordée sans être pour autant traitée jusqu’au bout. Il est en effet dit que l’humanité pourrait ainsi remettre en cause l’ordre issu des religions. Pourtant, le film ne se pose pas la question de l’opportunité de cette issue. Peut-être que l’effondrement des croyances n’est pas une mauvaise chose ? De plus, le film n’insiste pas sur l’opposition des religions à cette découverte, car les religieux montrés à l’écran acceptent facilement cette découverte. Au contraire, comme bien souvent, les religieux parviennent à adapter l’interprétation des textes sacrés pour les faire correspondre à une nouvelle vérité. Si le film souligne cette possibilité, il ne semble pas critiquer ni questionner cette capacité à toujours conserver la foi, quelles que soient les preuves apportées à l’esprit humain. Mais si c’est cette possibilité qui advient, alors cette nouvelle n’est pas une menace pour l’humanité. Le film n’arrive donc pas à positionner son sujet par rapport à la question religieuse.

Une autre thématique est l’État profond américain, thème assez actuel, avec D. Trump. Toutefois, il s’agit toujours de la vision américaine antiétatiste, qui doute constamment du bien-fondé de l’État. Si cette question est légitime, elle est en revanche assez banale dans le cinéma américain. De surcroît, le film confirme ici des théories complotistes, certes anciennes, mais qui donnent du poids à une posture de défiance envers les institutions.

L’altérité est bien entendu abordée ici, mais plus pour questionner l’humanité (sur le point d’entrer en guerre mondiale) que pour apporter à l’esprit une réflexion originale sur l’altérité. Il est dit, par l’intermédiaire de Hugo, que ces extraterrestres défendent l’empathie comme stade supérieur de l’évolution, remettant en cause le chemin suivi par l’humanité. Toutefois, il n’y a pas de démonstration de ce point. Le film fait narrer cet argument par un personnage, mais ne le montre jamais à l’écran. Tout au plus, nous savons que les extraterrestres utilisent des images d’animaux pour ne pas choquer et entrer en contact. Pourtant, la question de l’altérité devrait être au fondement d’un film traitant le genre de l’ovni.

Enfin, le film ne répond finalement pas à la grande question posée : En quoi le monde changerait-il suite à la révélation de l’existence des extraterrestres ? Le film s’arrête au moment de la révélation. Le message extraterrestre n’est pas traduit. Ici, l’auteur ne prend pas position sur sa vision de l’altérité. Il ne prend pas position non plus sur le changement que cela amènerait. La guerre mondiale est-elle évitée ? Ou l’humanité retourne-t-elle à ses occupations habituelles après le choc des premiers jours ?  N’est-ce qu’une information prise dans le flux incessant de l’information ?
Steven Spielberg et David Koepp ont voulu raconter une histoire menant à cette révélation ; ce faisant, ils ont privilégié la narration aux thématiques. Or, les grandes questions ontologiques et/ou technologiques sont pourtant tout l’intérêt du genre de la SF.


En définitive, 
Disclosure Day marque le grand retour de Spielberg à la SF. Le père de la SF moderne semble cependant avoir épuisé son sujet, car si le film est plaisant, il semble par certains côtés déjà un peu daté.



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