Les sorties de la semaine

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samedi 27 juin 2026

La bataille de Gaulle : partie 2



Synopsis :

De Gaulle tente d'incarner la France résistante, celle qui a refusé la défaite de 40. S'il trouve une oreille plutôt bienveillante du côté de Churchill, il doit s'imposer auprès des Américains qui comptent bien "libérer" la France selon leurs conditions...


Commentaire :

Antonin Baudry, pour un grandiose incarné

Antonin Baudry s'attaque à un monument français : le Général de Gaulle. Pour le film le plus cher à ce jour du cinéma français (si on prend en compte les deux parties), Baudry cherche à réaliser un film épique et grand public. Clair dans l'intrigue, impressionnant par ses batailles et riche en action, le film est facile d'accès. Malgré le sujet, les scènes violentes et de torture restent très soutenables. Le film propose logiquement une mise en scène narrative, ce qui n'empêche pas un beau travail sur certains plans (des plans symboliques, avec souvent un travail sur la symétrie). Le rythme est très soutenu pour un film relativement long, qui enchaîne plusieurs moments marquants de la constitution de la France libre. L'attention du spectateur est maintenue par un montage alterné qui renforce la tension et qui souligne l'intrication des événements. Les différents événements narrés sont d'égale qualité, que cela soit les scènes de bataille, restreintes, mais très bien filmées, ou les scènes plus intimistes avec De Gaulle, incarné par le très juste Simon Abkarian. Le personnage capte le spectateur par son sens moral, mais également par son côté grandiloquent, apportant quelques tonalités humoristiques. L'ensemble de l'œuvre est porté par l'excellente musique de Théo Cascio. Cette musique orchestrale contribue fortement à la dimension épique de l'œuvre lors des scènes à enjeux et s'impose de manière magistrale dans une des dernières scènes pendant laquelle est lu un poème. C'est donc techniquement un film de très belle facture, peut-être un peu sage, mais très efficace. 

Un film historique pour mettre en lumière certains faits

Ce film historique n'a pas de réflexion proprement ontologique. Sa vocation est de mettre en lumière certains faits historiques demeurés dans l'ombre dans le cinéma américain ou dans le roman national français. En effet, ce film souligne que la montée en puissance de De Gaulle n'avait rien d'évident pendant l'Occupation. Personne ne sait qui il est en 1940. Il est tout au plus une voix à la BBC. C'est bien une trajectoire jonchée d'obstacle qui est décrite, qui cherche à éviter toute téléologie dans une démarche historique. Ainsi, il faut une personnalité affirmée et déterminée pour s'imposer et représenter la France combattante. Si Churchill est généralement du côté de Gaulle, le film souligne l'opposition américaine de Roosevelt. Selon le film, l'allié américain souhaite en effet établir un protectorat américain en Europe (l'AMGOT) et redessiner une partie du continent. Tout ce qui est mentionné dans le film s'appuie sur des sources ; il reste à savoir maintenant si les événements narrés ont eu une telle importance à l'époque. La problématique du film peut toutefois expliquer en partie cet angle de narration, car le film choisit le point de vue de la France Libre et de de Gaulle. Cela peut expliquer ce prisme déformant ; par exemple, le débarquement en Normandie a une place réduite puisque la France libre y a une place mineure - peut-être aurait-il fallu aborder alors le débarquement en Provence (problème de moyens ?) ? Toutefois, même en ayant en tête ce parti-pris, nous aurions pu croire à une hagiographie sur le grand Charles... si le film n'était pas inspiré du livre de l'historien britannique Julian Jackson,  En effet, malgré son côté grandiloquent, c'est avant tout sa droiture morale qui ressort de l'œuvre. Un homme passionné par la France et sa souveraineté. La volonté de faire de ce film une œuvre grand public et épique peut également expliquer une orientation plutôt favorable à de Gaulle. Le film demeure intéressant sur le fond du fait du recentrage de l'événement sur le point de vue français, tout en soulignant la difficulté pour de Gaulle à s'imposer dans le contexte de la défaite de 40. 


En définitive, La Bataille de Gaulle réussit à conjuguer spectacle et intérêt historique pour le grand public. En choisissant le point de vue de la France libre, Antonin Baudry met sous les projecteurs la difficile affirmation de la souveraineté française au sein du camp allié.


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dimanche 17 novembre 2024

Gladiator II


Synopsis :

Hanno vit une vie paisible avec sa femme en Numidie. Toutefois, cette paix est de courte durée car Rome compte bien reprendre cette région rebelle. La femme d'Hanno est tuée tandis que lui même est fait prisonnier et emmené en tant qu'esclave à Rome...

Commentaire :

Ridley Scott, toujours le maître du blockbuster historique

Ridley Scott revient plus de 20 ans après son premier Gladiator dans un genre évidemment identique mais avec une mise en scène agrémentée des évolutions des effets spéciaux. En effet, si ce n'est l'ampleur de la mise en scène et les CGI, ce deuxième opus emprunte énormément dans la structure du film, dans les thématiques, ou dans les dialogues au premier film. Les références sont constantes si bien que même si l'histoire est quasiment un reboot du premier, il est nécessaire d'avoir vu le film de 2000 pour comprendre le film de 2024. Sans arriver à la hauteur du premier film, ce nouveau péplum a des qualités certaines. La reconstitution de Rome est superbe à travers les décors et les plans d'échelle variée. La ville vit et est foisonnante. Des monuments et des espaces sont en travaux montrant son perpétuel renouvellement, chaque recoin est habité et propose une activité. Les costumes sont également de très grande qualité, crédibles tout en étant flamboyants ; l'immersion est totale. Les moments de vie à Rome ou les dialogues sur la romanisation sont également tout à fait à leur place et rajoutent à la crédibilité de l'œuvre. Paradoxalement, ce sont les CGI, pourtant de dernière génération qui peuvent parfois sembler faux, que cela soit les navires pour les plans généraux ou les animaux, à l'instar de la scène avec les babouins. La tentation de surenchère peut, pour certaines scènes, desservir le film. Heureusement, Ridley Scott a la maîtrise du rythme pour son film de 2h30. Les relances épiques, les scènes d'action ou de tension sont parfaitement agencées. Le réalisateur de 86 ans a toujours la science de la narration ce qui lui permet de faire passer les facilités scénaristiques au second plan, derrière la nostalgie, les émotions et le grandiose. A la composition, Harry Gregson-Williams réalise un travail impressionnant tant la bande musicale est prenante et se fait entendre. La composition a toutefois le même défaut que le film dans son manque d'originalité car ce sont les incroyables thèmes d'Hans Zimmer qui finissent de prendre le dessus. Ils sont néanmoins parfaitement réagencés, parfois sublimés (écouter le thème "The Dream is lost") et de nouveaux thèmes comme celui d'Acacius sont tout en subtilité à défaut d'être marquants. L'ensemble est loin d'être déplaisant au niveau de la composition mais comme le reste, un peu facile. Mais pouvait-il en être autrement au vue de l'aura du premier film ?

Un film de genre mais pas historique

Ridley Scott adore les films de genre historique mais pas le film historique en lui-même. Il se saisit  d'une époque, d'une ambiance et de personnages ayant existé pour réaliser l'histoire qui lui convient quitte à parfois (souvent ?) tordre fortement la réalité historique. Ce n'est pas si grave tant que le film est de bonne facture. Toutefois, tout comme pour le film sur Napoléon, Ridley Scott s'éloigne de la réalité historique à plusieurs moments. La première scène en Numidie, soi-disant rebelle, semble inventée de toutes pièces tout comme l'aspect des populations berbères jouées parfois par des acteurs d'origine subsaharienne. De même, la manière dont sont décrits les empereurs rappelle la manière dont Ridley Scott dépeignait Napoléon, pour l'un inspiré de la légende noire anglo-saxonne pour les autres inspirés inspirés des auteurs romains pro-républicains qui forcent les traits autocratiques des personnages. Il est vrai que Caracalla était un empereur sanglant mais son portrait est ici exagéré au-delà caricature. Dans tous les cas, les nouvelles recherches en Histoire ne l'intéresse pas. Autre exemple ; les représentations navales dans le Colisée ou d'autres arènes étaient possibles (la naumachie) mais rares et pas des requins. Il existe une pléthore d'autres éléments incorrects comme l'utilisation des animaux face aux gladiateurs, l'exécution massive de gladiateurs alors qu'ils étaient des denrées précieuses, le signe de pouce pour l'exécution ou la vie, la mention de la bataille de Salamine opposant les Perses aux Troyens, la mention à Poséidon plutôt qu'à Neptune, les actualités présentes dans un journal etc. Nous aurions aimé parfois un petit effort de rigueur. Quand cela ne sert pas l'intrigue, autant s'attacher à faire preuve de plus d'authenticité. Il y a un peu de facilité historique, tout comme dans l'écriture. Certains pourraient parler de paresse. 

Les thématiques : une simple redite... ou presque [spoilers]

Le point noir du film reste ses thématiques et donc son intérêt. En effet, le film est tellement inspiré du premier qu'il en est finalement une simple redite, ce qui a pour effet en plus d'annuler la prouesse de Maximus dans le premier film. Ce dernier a donc échoué à restaurer "le rêve de Rome". Son sacrifice en devient inutile. Lucius, Acacius et Lucilla ont donc, à nouveau, la mission de faire tomber la tyrannie pour rendre le pouvoir au Sénat, ce qui était l'ambition de Marc-Aurèle, l'empereur philosophe. Celui qui est le mieux placé pour exercer ce transfert de pouvoir est celui qui n'en veut pas. Idée qui reste vraie à travers le temps. Rien de nouveau, si ce n'est l'ajout du personnage de Macrinus qui ajoute un nouveau type de protagoniste. En plus de l'empereur (ou des empereurs ici) fou et presque dégénéré, il y a la figure de l'opportuniste, autre antagoniste et opposant au rêve d'une Rome républicaine. Macrinus, joué par l'incroyable Denzel Washington qui écrase de sa présence tous les autres acteurs, représente l'individu avide de pouvoir, fin et habile, et qui comprend les rapports de force. Il représente le réel alors que Lucius et ses alliés représentent l'espoir dans une dimension transcendante presque chrétienne. D'ailleurs Macrinus dit mépriser les chrétiens. Maximus se sacrifiait tel le Christ pour offrir l'avenir aux Romains. Ici une fois encore, Acacius puis Lucilla doivent se sacrifier pour que Lucius, fils du Christ puisse ramener l'espoir. Le penchant religieux de Ridley Scott ressurgit à nouveau et fait triompher l'espoir face à la vision plus réaliste et cynique de Macrinus. Beau pour l'histoire, mais peut-être pas si pertinent, d'autant plus que la vision de Marc-Aurèle, le stoïcien serait historiquement plus proche de celle de Macrinius que celle de Maximus/Lucius ; une idéologie reposant sur l'espoir.


En définitive, Gladiator II remplit son office dans une suite/reboot impressionnante mais loin d'être originale. Si la science de la narration de Ridley Scott en fait un vrai spectacle prenant de blockbuster, les quelques facilités d'écriture et les inexactitudes historiques outrancières l'empêchent de se hisser au niveau du premier. 



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dimanche 26 novembre 2023

Napoléon


 Synopsis :

Révolution française : un jeune capitaine assiste à l'exécution de la reine Marie-Antoinette. Le jeune Napoléon ignore encore quelle place il doit prendre dans l'histoire mais la guerre lui offre une occasion de briller auprès des révolutionnaires...

Commentaire :

Une histoire élaguée

Du vrai film de Ridley Scott d'une durée de plus de 4h30, nous ne savons encore rien. Pour le moment, nous avons la version cinéma de 2h30 dans un format logiquement bien élagué. Difficile de savoir s'il est encore possible de lire les intentions du réalisateur tant les équilibres peuvent changer en fonction des versions. Entre les étapes obligées de l'histoire de Napoléon et les choix narratifs de Ridley Scott, le film dans sa forme actuelle a une dimension batarde. Des ellipses lourdes sont visibles à l'écran, alors que le film veut traiter une durée de vie importante du personnage. Il en résulte alors une impression de succession d'étapes sans explication et avec très peu de contexte. Ainsi par exemple, le couronnement de Napoléon semble arriver nul part. La photographie n'en reste pas moins sublime, inspirer parfois des tableaux faisant la "communication" de l'empereur (Gérôme, David, Delacroix). Un immense travail a été également fait sur les costumes, qui sont pour le coup très fidèles à l'histoire à l'inverse de plusieurs évènements narrés. Que dire également des plans de batailles avec le recours aux figurants plutôt qu'aux effets numériques. A ce titre, la bataille d'Austerlitz est probablement la plus belle scène du film d'un point de la mise en scène. Il manque peut-être néanmoins un petit côté épique au film, cela du fait d'une musique de Martin Philips assez transparente mais aussi d'un manque d'incarnation sur le champ de bataille. 

Les thématiques : Napoléon et Joséphine moteur de l'Histoire ?

Il est difficile de savoir ce que voulait mettre en avant Ridley Scott dans cette version de 2h30. La relation Napoléon et Joséphine est au centre de l'intrigue avec paradoxalement un problème majeur au niveau de l'âge des deux acteurs, Joséphine étant normalement bien plus âgée (plus de 6 ans) que Napoléon. Ce choix d'entrée sur le personnage peut être néanmoins intéressant et original pour traiter de Napoléon si toutefois l'interprétation du réalisateur ne vient pas trop recouvrir la vérité. Or ici, l'ascension de Napoléon, ses guerres et les grands tournants de sa vie (le retour d'Egypte, le retour de l'île d'Elbe) semblent uniquement liés à Joséphine. La dimension politique et ses manipulations, sa vision de la France et de l'Europe ou bien même son habilité stratégique disparaissent. L'interprétation de Napoléon par Joaquin Phoenix n'aide pas. Le personnage n'est pas nuancé même s'il fallait mettre évidemment ses faiblesses en avant. Le personnage n'est donc pas attachant comme si Ridley Scott n'aimait pas son personnage et se contentait d'une version monochrome de celui-ci. Peut être que Joséphine aurait dû être le cœur du récit. Dans cette version de 2h30 qui passe rapidement par toutes les étapes de la vie de Napoléon, on ne retient pas grand chose hormis la petitesse du personnage et son obsession pour Joséphine. Le dernier plan met sur le dos de Napoléon l'ensemble des morts en Europe. Nous comprenons alors que l'idée était de dénoncer les actes du personnage. Néanmoins le contexte géopolitique est tellement peu développé dans le film que ce dernier plan ne semble pas à sa place... sauf si l'idée est de dire que par amour, Napoléon a retourné l'Europe... Le choix initial du réalisateur est intéressant mais la réalisation est bancale pour provoquer un vrai intérêt et ce qui est autour de la relation centrale est trop peu développé pour maintenir l'intérêt.


En définitive, Le Napoléon de Ridley Scott a peu d'intérêt, en tout cas dans sa version de 2h30 tant le réalisateur ne semble que peu intéressé par son protagoniste. Pourtant Napoléon recèle un fort potentiel pour le drame, la tragédie, l'épique ou la romance. Le résultat est donc décevant. On se consolera avec quelques scènes de batailles, les costumes et la photographie.  


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lundi 16 mai 2022

The Northman

 


Synopsis :

Amleth, fils du Roi Horvendil voit son père tué par son oncle et est obligé à l'exil. Il promet alors de revenir un jour venger son père et libérer sa mère... 


Commentaire : 

Film stylisé à outrance ?

Robert Eggers s'attaque à la fresque historique tout en souhaitant apporter une vision artistique très loin du réalisme. Sa vision est poétique, mais au sens de la poésie des sagas Vikings ; brutal et sans concession. Les combats présentés, sur un rythme lent (pour une fois au cinéma) et dans de longs plans séquences léchés sont visuellement intéressants. La photographie est l'atout principal du film. Il y a manifestement une patte graphique affirmée, teintée de la mise scène de l'horreur, genre sur lequel le réalisateur a fait ses premières armes. Ce film est un objet hybride par son visuel particulièrement stylisé (encore plus pendant les scènes d'hallucination) et sa volonté de produire un film historique sur les Vikings pour lequel de nombreux experts de la période ont été consultés. En effet, l'époque dans sa matérialité et ses superstitions semblent bien maîtrisée. Toutefois, c'est un défi particulièrement audacieux qui n'est malheureusement pas complètement satisfaisant dans son rendu final. En effet, le cadre réaliste se voit totalement anéanti par l'histoire d'une violence crue qui joue avec les clichés de cette société plus que d'en proposer une vision pertinente et nuancée. La mise en scène ultra-violente et horrifique ne rend donc pas grâce à ce peuple fantasmé. Elle renforce au contraire le fantasme jusqu'à le rendre émétique. Fort dommage! La musique de Carolan et de Gainsborough continue dans le cliché avec les tambours de guerre et les chants à voix graves, bien que l'utilisation de plusieurs instruments d'époque offrent un rendu intéressant. Le résultat technique de cette œuvre osée est un shot de virilité sans dérision et au premier degré. Une tragédie sérieuse, intéressante parfois lorsque ses origines théâtrales se signalent à l'écran. Certes, cette vision viriliste pourrait correspondre aux fantasmes des populations de l'époque Viking mais l'histoire manque de souffle et le personnage principal de nuance pour que cette proposition présente un intérêt de nos jours.

Adapter Hamlet ?

Robert Eggers offre un film intéressant dans sa volonté d'adapter la plus fameuse pièce de Shakespeare à l'époque Viking, car Shakespeare s'est probablement inspiré d'un évènement de l'époque Viking pour produire sa pièce au XVIIème siècle. Robert Eggers a, dans un sens, rendu ce fait à son époque, autrement dit a rendu à ce fait, sa primitivité originelle. Toutefois, plus que de recontextualiser cet évènement, Robert Eggers l'a restitué à son époque par le prisme fantasmé de notre époque sur le Xème siècle Viking. 

Le fatalisme antique 

Shakespeare, élève des auteurs antiques, et les Vikings croient au Destin. Le Destin ne peut être évité : c'est le fatalisme. Ainsi Amleth devra se venger. Cette nécessité guidée par les dieux est bien présente dans l'histoire. Le personnage, élevé par son père, croit dur comme fer à son destin. Le film semble, approchant le climax, prendre une voie plus pertinente en proposant une explication des raisons qui ont poussé l'oncle d'Amleth à agir. Il est alors possible, à cet embranchement du film, de dépasser le fatalisme et les valeurs d'époque. La masculinité toxique (ultra-violente à l'époque) est dénoncée, le film semble amorcer un propos critique. Toutefois, le héros n'ayant que faire de cette révélation ne semble pas appuyé cet axe du film. A la fin, il reste alors juste l'impression d'avoir vu une ode à la bestialité.


En définitive, The Northman est une proposition audacieuse de renvoyer la pièce d'Hamlet à ses origines Vikings. Visuellement intéressante, cette proposition fantasme trop son sujet pour en faire un film d'époque pertinent. 




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dimanche 28 juin 2020

De Gaulle


Synopsis :

En 1940, le colonel De Gaulle remporte une des rares victoires de l'armée française. Il est alors nommé sous-secrétaire d'Etat à la guerre et devient général. Il est le seul à vouloir fermement continuer la guerre alors que les partisans de l'armistice sont de plus en plus nombreux... 


Commentaire :

Un biopic soigné 

Gabriel Le Bomin est le premier à mettre en scène au cinéma le personnage de De Gaulle, presque sacralisé et donc intouchable. Le film bénéficie d'une mise en scène soignée mais au budget limité. Ainsi, c'est avant tout l'intimité de Charles de Gaulle ainsi que ses relations d'homme politique qui sont mises en scène. Il n'y a pas véritablement de scène de guerre. La réalisation met ainsi en image des dialogues et des paysages (pour la fuite de la famille De Gaulle). Les scènes les plus fortes en tension et probablement les plus réussies sont celles de la fuite de la famille car elles permettent une mise en contexte (la fuite des civiles) alors que le reste des scènes sont plutôt en huis clos. Cela n'empêche pas à l'ensemble du film d'être particulièrement soigné dans sa réalisation. Une attention particulière est réservée évidemment à De Gaulle, personnage grand et donc facilement mis en valeur dans le plan. Le film insiste également sur la ressemblance physique de Lambert Wilson bénéficiant de prothèses avec le personnage historique. Ainsi, de profil, et parfois en jouant sur le flou, l'illusion à l'image est frappante. Avec les scènes de fuite, cet artifice est la principale réussite visuelle du film. Pourtant, dans un contexte de guerre, il peut résider un regret / une frustration sur le fait qu'il n'y ait que l'environnement proche de De Gaulle qui soit mis en image. Concernant la musique, Romain Trouillet est parfaitement à la hauteur et réussit à rajouter de l'ampleur à l'histoire narrée. 


L'Histoire comme objectif

Le film traite du personnage historique sur une très courte période et de ce fait n'a pas un large spectre thématique à embrasser. Sans être hagiographique, quoique la mise en scène est clairement au profit de De Gaulle, le film souligne la droiture du personnage et met en avant ses convictions. Pourtant, il est difficile d'apprécier le personnage au-delà de son courage et de son patriotisme car c'est bien l'amour de la France, plus que des engagements éthiques profonds, qui le rend hermétique aux arguments parfois convaincants des défaitistes (la paix, le sacrifice inutile de soldats). Il n'est pas fait mention par De Gaulle de l'idéologie nazie à combattre et de la lutte pour la démocratie. Dans le film, c'est Churchill qui prend ce rôle de gardien des valeurs. C'est alors que le choix de traiter de la famille de De Gaulle se révèle intéressant. En effet, il est ainsi possible de mettre en avant son engagement pour sa famille et particulièrement pour sa fille Anne qui est trisomique. Charles et Yvonne De Gaulle font le choix de garder leur fille et la mette au centre de leur attention. C'est ainsi que Charles De Gaulle devient un personnage réellement appréciable par la mise en avant de son empathie pour un enfant fragile et différent. 
Toutefois, le film a également plusieurs qualités qui tiennent à la vulgarisation de l'Histoire. Il met en avant le De Gaulle peu connu, le De Gaulle illégitime des années 40. Car celui qui deviendra le héros de la Nation et le père de la Vème République n'est qu'un général dégradé et déchu de sa nationalité en 1940. Ainsi, celui qui deviendra un jour le plus grand des Français n'est, à un moment de l'Histoire, même plus français. Avant sa déchéance, le film informe que De Gaulle est un des rares à avoir connu des succès militaires en 1940 et que son personnage est persuadé qu'un changement de tactique militaire finira par avoir raison de l'Allemagne dans une guerre mondiale. La question qui demeure à cette période est de savoir qui incarnera la résistance, chose que De Gaulle n'accepte pas tout de suite. A Londres, ce qui frappe en effet est son incroyable isolement. Le choix de ce pan de l'Histoire est donc tout à fait intéressant à traiter car il est peu connu. Toutefois, l'intérêt historique n'est pas forcément judicieux narrativement (hormis pour les historiens et enseignants). Le film manque en effet d'élan et surtout d'une conclusion. Ici le manque de budget se fait sentir, car hormis par le biais de quelques lignes de texte, le film ne conclut pas par l'image l'aboutissement de l'engagement de De Gaulle. Il est certain qu'un film américain ne se serait pas privé d'une narration complète comportant une conclusion. Néanmoins, le grand intérêt de cette production est qu'elle soit justement française. Elle apporte un son de cloche différent sur la défaite de 40 que la version anglo-saxonne. Car si Dunkerque est présenté comme un succès britannique, c'est avant tout la fuite de l'armée anglaise du continent, permise par l'armée française laissant seule cette dernière face à l'Allemagne. Dernièré qualité du film : la politique en 1940. La tergiversation à la tête de l'Etat français est intéressante à narrer. En effet, le Président Reynaud, soutenu par De Gaulle, peine à imposer ses vues. Ainsi, cette période permet de comprendre la volonté de De Gaulle de mettre en place un exécutif fort, chose qu'il finira par faire bien plus tard en 1958 avec la Vème République. 

En définitive, De Gaulle a un réel intérêt historique en mettant en avant le De Gaulle illégitime de 1940 et en apportant une vision française et non plus anglo-saxonne sur la défaite de 1940. Toutefois, le film, concentré dans le temps et sur son personnage, manque d'ampleur.



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vendredi 9 février 2018

Pentagon Papers


Synopsis :

La guerre du Vietnam n'en finit pas. Pourtant le gouvernement américain sait la victoire impossible. Pour garder la face, les différents Présidents n'osent pas se retirer du conflit. Ce secret d'Etat finit par fuiter en 1972 dans les Pentagon Papers. Le Washington Post et sa directrice Katharine Graham hésitent un temps à publier les informations, intimidés par la présidence Nixon et la Justice fédérale.


Commentaire :

Mise en scène attrayante 

Ce genre de film, un drame historique, ne mise pas tout son intérêt sur la réalisation. Toutefois Steven Spielberg s'est particulièrement impliqué dans la mise en scène. L'ouverture est celle d'un film de guerre : dès cet instant, le spectateur sait qu'il est devant un film historique et non un documentaire. Le spectateur pourra donc s'investir émotionnellement dans la narration. Les cadres, les angles, les mouvements de la caméra varient tout au long du film, Spielberg ne tombant nullement dans la facilité. Au delà, de la mise en scène de narration, les plans et séquences sur les machines d'imprimerie de la presse des années 70 sont la touche en plus du réalisateur. Ces séquences insistent sur l'enjeu de l’événement, en plus d'être intéressantes d'un point de vue mécanique. Plus généralement, la montée en tension est progressive, le film se regardant donc très facilement. Pour parachever à la fluidité de l'ensemble John Williams, à la musique, produit une partition tout en retenue mais d'excellente facture. 

Richesse thématique : féminisme, liberté, sécurité 

L'intérêt de ce film est véritablement sa richesse thématique et en réflexions. La réalité du patriarcat dans l'Amérique des années 70 ne fait aucun doute à travers l’œil de Steven Spielberg. La propriétaire du Washington Post, Katharine Graham n'est jamais prise au sérieux par l'ensemble des hommes autour d'elle, si bien qu'elle doute nécessairement toujours d'elle, malgré quelques bons soutiens masculins. Ce qui est véritablement intéressant dans le film est la progression de ce personnage qui s'affirme tout au long du film. Que cela soit la réalité ou un arrangement pour le film, le message est pertinent. Le plan de Katharine traversant une foule de femmes après le procès est en ce sens révélateur de l'intention louable de Spielberg. Le choix de se focaliser sur Mme Graham, au-delà de sa condition de femme, est intéressant. En plus de donner un point d'ancrage au récit et de permettre au spectateur de s'investir dans un personnage, ce choix de Spielberg permet d'aller au delà de la question du bien ou du mal, du juste ou de l'injuste, bref comme il est dit dans le film, de la théorie. En effet, une fois la validité de la cause arrêtée, quelqu'un doit prendre le risque de briser le silence pour dévoiler la vérité. La vérité peut avoir un prix, et il était judicieux de la part de Spielberg de montrer tout ce que peut perdre un lanceur d'alerte. La question de la Justice n'est donc pas que théorique. 
Autre thématique bien évidemment, celle de la presse et plus largement des institutions américaines. Beaucoup de réflexions parcourent cette thématique. La première est celle de la rentrée en bourse des journaux qui implique une perte de contrôle et donc d'indépendance. Le Washington Post publie les Pentagon Papers juste après sa rentrée en bourse, ce qui pourrait signifier sa fin en cas de catastrophe (interdiction par la Justice Américaine). Bien que la bourse ne soit pas le principal problème dans le film (cela rajoute à la tension), ce point souligne néanmoins la question de la perte de l'indépendance de la presse (poids des actionnaires) et son obligation de rentabilité. Problème d'ailleurs prégnant dans le film car les journaux sont dans une situation de concurrence, or l'information la plus vendeuse n'est pas forcément la plus intéressante. Question : la presse doit-elle être rentable ? Ou autrement dit, le marché peut-il réguler les médias ? 
Une autre question inhérente à la presse est particulièrement intéressante. La presse peut-elle tout dire ? Même si cela concerne la sécurité intérieure ? Les Pentagons Papers pouvaient être révélés, comme l'a tranchés la Cour suprême américaine. Cela reste toutefois un cas singulier. Dans une démocratie, l'information doit être libre pour que les citoyens puissent se forger une opinion. Le film dit très joliment "La presse sert les gouvernés, non les gouvernants". Il reste que la question se pose néanmoins, même au delà de la question de la légalité des révélations.  Toute chose doit être dit mais pas nécessairement instantanément, notamment en matière de sécurité. Les Pentagons Papers étaient acceptables dans la mesure où ils portaient sur des événements passés et qu'ils ne mettaient pas en jeu directement des vies sur le terrain, bien au contraire.  L'affaire des Pentagons Papers prouvent deux choses : que d'une part la Justice américaine est bien un contre-pouvoir à l'exécutif; elle est véritablement indépendante. Elle prouve d'autre part que la Constitution américaine est très bien écrite pour ce qui concerne la question de la presse car c'est sur elle que se fonde la Cour suprême. Attention toutefois à ne pas sacraliser la Constitution américaine qui a tout de même quelques défauts (armes à feu). Dans les mêmes précautions à mentionner, il est nécessaire de souligner que le rôle de la presse est déterminant, sans pour autant ériger cette dernière en guide à penser. La valeur d'un article de presse n'est pas celle d'un article scientifique et le point de vue peut être volontairement ou involontairement biaisé. La réflexion personnelle reste indispensable. 


En définitive, Pentagon Papers est un grand film du genre historique. Les réflexions sur la presse, le féminisme, la liberté et la sécurité sont passionnantes, ainsi que le voyage dans le fonctionnement des institutions américaines. 


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mardi 5 février 2013

Zero Dark Thirty


Le récit de la traque d'Oussama Ben Laden depuis les attentats du 11 septembre 2001. Maya, toute nouvelle recrue, est envoyée dès 2003 dans les bureaux de la CIA au Pakistan et passe une dizaine d'années de sa vie à rechercher toutes les informations pouvant remonter à Ben Laden.

Un film tourné avec une grande habilité qui mêle réflexion et stress dans un thrilleur haletant dont l'action vient relever ce savoureux mélange en toute fin. Le film gagne en profondeur et en intensité lorsque l'on garde à l'esprit que celui-ci est basé sur la réelle traque de Ben Laden. De ce fait, pas de héros ou de moment spectaculaire, mais une histoire en tension constante sachant que chaque mort a supposément eut lieu. Les américains ne sont pas exemptés de leurs pêchés et de leurs violations du droit international qui se déroulent tout le long du film, bien que l'on nous incite à penser que cela fut fait dans un but d'efficacité. Au delà de toute polémique, ce film montre comment les Etats-Unis ont fusionné la notion de justice et celle de vengeance, au point d'ériger Ben Laden en criminel mondial n°1 et dont l'avenir d'Al Qaida y est complètement lié. Vision politique, simple et bien pensante. Toutefois, l'interprétation proposée par le film n'enlèvent rien à l'oeuvre cinématographique qui se voit admirablement soutenue par la bande musicale du français Alexandre Desplat.

17/20

jeudi 16 août 2012

Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires


Le jeune Abraham assiste jeune à l'assassinat de sa mère par un vampire. Dès lors, il ne cessera de vouloir se venger. Adulte, il fait la rencontre d'un certain Henry, chasseur de vampire. Celui ci va lui apprendre toutes les ficelles du métier. Toute l'histoire de la face cachée du premier président des Etats-Unis avec en arrière plan la Guerre de Sécession qui se révèle être aussi une guerre contre les vampires...

Merci à Hollywood pour la mise en lumière des zones sombres de l'Histoire... Un film qui manque de fluidité et dont l'intrigue et l'histoire sont cousues de fils blancs. Toutefois, il est quand même possible d'apprécier ce film d'action et notamment ses scènes de combats à partir du moment où l'on comprend que le réalisateur a tout tourné au second degré. L'arrière plan sur la traite des noirs est intéressant mais n'est mis en valeur finalement que très brièvement au début.

13/20