Les sorties de la semaine

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dimanche 6 juillet 2025

Materialists


Synopsis :

Lucy est une entremetteuse professionnelle. Particulièrement douée dans son travail, une question demeure. Qui conviendrait à la Reine du matchmaking ?

Commentaire :

Celine Song au petit soin

Conformément au genre des comédies dramatiques, la mise en scène de Celine Song est sobre. Toutefois, cela ne signifie pas que la réalisation est paresseuse. En plus d'être fonctionnelle, quelques petites intentions rendent l'ensemble très élégant. Il y a d'une part un petit montage parallèle avec la préhistoire pour signifier l'intemporalité du sentiment amoureux. Cela paraît presque superflu au récit mais montre tout de même une volonté de réaliser un film de cinéma. D'autre part, plusieurs regards caméra viennent interpeller le spectateur pendant les rendez-vous professionnels de Lucy, ce qui montre que les dialogues sont plus que de simples champs - contre-champs. La mise en scène, centrée autour des protagonistes, parvient parfaitement à inclure ou séparer les personnages selon le propos narré. Seul regret, le triangle amoureux manque peut-être d'interactions à trois, le film privilégiant les scènes à deux. La tension dramatique est alors plus faible que ce à quoi on pourrait s'attendre. Concernant les décors et costumes, ils sont de grande qualité et permettent l'immersion dans le New York bourgeois. Rien n'est révolutionnaire mais la technique est dans l'ensemble de qualité. A la musique, Daniel Pemberton réalise un discret travail d'accompagnement. 

Les thématiques : l'amour plus fort que le matérialisme ? [Spoilers]

Le titre renseigne sur la thématique, mais précisons qu'il s'agit bien ici du matérialisme au sens de l'attachement à un bien dans le système capitaliste et non du matérialisme philosophique qui est l'inverse de l'idéalisme. Le personnage de Lucy est le symbole du système capitaliste qui donne de la valeur aux individus en fonction d'un certain nombre de critères. Trouver l'âme-sœur est donc une question mathématique, le plus simple étant de favoriser l'endogamie pour limiter le nombre de variables problématiques. La question est toutefois avant tout financière puisque l'argent permet de changer certains caractères physiques (cheveux et taille pour les hommes, visage, seins et IMC pour les femmes) et donc permet de gagner de la valeur sur le marché des célibataires. Là où le film est intéressant est qu'il montre que chaque genre demande des critères presque impossibles à satisfaire (dans son ensemble). La critique du capitalisme va avec une critique du patriarcat (les deux étant néanmoins liés) puisque les hommes recherchent des femmes beaucoup plus jeunes qu'eux (question de fertilité mais aussi de "péremption" de la beauté de la femme, les hommes perdant moins de valeur que la femme avec l'âge). Il s'agit donc d'une description assez crue mais juste de la réalité.

Harry (Pedro Pascal) a tout de l'homme parfait selon ces critères, il apporte le confort matériel. John (Chris Evans) est à l'inverse, il est le loser et ne vaut rien dans ce monde. On ajoutera tout de même qu'en tant que blanc et bel homme, il part avec des avantages indéniables que le film ne souligne pas. Evidemment et de manière très convenue, Lucy se rend compte qu'elle sera plus heureuse avec l'homme qu'elle aime, John, cette dernière privilégiant l'amour à l'argent. L'ensemble est toutefois très idéaliste et simpliste puisque Harry paraissait être un homme très bien et gentil avec de l'esprit (au-delà de sa richesse) alors que John paraît parfois presque instable et son amour presque obsessionnel et donc malsain. Pourtant Lucy fait le choix de John car l'amour, valeur et sentiment indépassable doit triompher.... Ce revirement s’inscrit dans une logique très idéaliste, presque naïve : Harry est pourtant présenté comme un homme bien, sincère et généreux, tandis que John frôle parfois l’instabilité émotionnelle, son attachement confinant à l’obsession.

Le film assume ce romantisme jusqu’au bout : Lucy est prête à tout quitter, y compris son emploi, pour vivre modestement avec John. Ce choix, bien qu’émouvant, semble déconnecté des réalités sociales : un minimum de stabilité matérielle étant essentiel au bonheur. D’autant plus que le film prétend inscrire l’amour dans une universalité anthropologique, remontant jusqu’aux premiers hommes. Or, imaginer que les femmes des premières tribus vivaient un amour libre et égalitaire relève du fantasme : la réalité des sociétés primitives était souvent autrement brutale. Le mythe rousseauiste a vécu. Le film verse ainsi dans un idéalisme un peu bourgeois et une vision manichéenne : le capitalisme et ses dérives d’un côté, l’amour pur et éternel de l’autre. 


En définitive, Celine Song s'appuie sur un casting 5 étoiles pour délivrer une histoire très convenue. Plus que le propos, ce sont Dakota Johnson, Chris Evans et Pedro Pascal qui tirent le film vers le haut. Ironie du sort : ce sont les stars, donc le capital symbolique du film, qui deviennent son principal argument — une réalité bel et bien... matérialiste.



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dimanche 12 janvier 2025

L'Amour au présent


Synopsis :

Tobias et Almut vivent une vie paisible jusqu'au jour où le cancer vient remettre en cause l'idylle de ce couple. Que faire face à cette épreuve ? Profiter des derniers mois ou lutter contre la maladie ?


Commentaire : 

Une classique mise en tension

John Crowley réalise L'Amour au Présent, un drame romantique, porté par des acteurs phares : Florence Pugh et Andrew Garfield. La mise en scène repose ainsi essentiellement sur les dialogues en champ - contrechamp et sur la performance de ses acteurs ainsi que sur la relation qu'ils parviennent à représenter à l'écran. La photographie est classique. Hormis le paysage où se trouve la maison de famille, l'environnement montré est très basique. La colorimétrie vise à s'approcher du réel. La seule singularité de la mise en scène réside dans le montage croisant les temporalités. Il s'agit d'un procédé assez efficace pour créer de la tension et des rebondissements pour une histoire très lisse. L'intrigue, certes tragique, manquait toutefois peut-être un peu de relief pour être intéressante car, mis à part son aspect tragique, l'histoire est attendue et linéaire, ce qui impliquait ce nécessaire artifice du montage. Paradoxalement, le film se retient énormément dans la construction du drame évitant la dimension tire-larme avec un final tout en retenue. Toutefois, ce choix honorable qui évite un mélodrame qui n'aurait été que trop évident, prive ce film d'un de ses seuls outils pouvant apporter de l'émotion. Reste la romance, secondaire, mais plus convaincante que le drame. A la musique, Bryce Dessner accompagne discrètement l'image sans dégager de leitmotiv particulier.

Thématique : profiter ou lutter [Spoilers]

La thématique sera celle de la posture à adopter face au cancer, tout en admettant qu'il n'y a aucune posture évidente. Almut choisit assez vite, mais non sans mal, l'idée de profiter de ses derniers mois de vie (plutôt que de partir dans une chimio incertaine et destructrice) en partant du principe que le traitement échouera, d'où le titre français plutôt bien choisi. En tant que spectateur, il n'y a aucun moyen de juger sur le fond cette décision. Tout au plus, il peut essayer de comprendre la décision d'Almut et se mettre à la place de Tobias qui doit accepter cette décision... pour autant que Almut lui communique son choix. Le personnage principal est pour autant Almut, qui prend parfois des décisions contestables que le spectateur ou Tobias ne peuvent qu'accepter car la rationalité n'a plus lieu face à l'abysse de la mort et au néant. Le film est ainsi plutôt juste et nuancé sur le traitement du sujet. Le réel est complexe et l'humain se démène au mieux pour y faire face.


En définitive, John Crowley nous livre un mélodrame tout en retenu avec l'Amour au Présent, porté par deux acteurs convaincants, mais à la mise en scène minimaliste et présentant une intrigue un peu trop convenue.



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jeudi 4 juillet 2024

Le Comte de Monte-Cristo

 

Synopsis :

Edmond Dantès va enfin pouvoir se marier avec Mercédès alors qu'il va être nommé capitaine. En effet, Edmond devait devenir officier afin d'avoir l'autorisation de se lier à une des plus grandes familles du Sud de la France. Toutefois, cette future promotion sociale, qui se fait au détriment d'autres intéressés, lui attire rapidement de très gros ennuis...

Commentaire :

Une mise en scène narrative linéaire mais efficace

Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière se mettent derrière la caméra après avoir pu travailler sur le diptyque Pathé des Trois Mousquetaires qui laissait, notamment à cause de la deuxième partie, un goût amer. Ici le scénario est bien équilibré et bien adapté depuis le roman de Dumas pour le format cinéma. S'il est vrai qu'il y avait matière à faire deux parties, le film a été pensé pour se tenir d'un seul tenant avec la montée progressive de la tension. En effet, il s'agit d'un drame dont l'intrigue se tend progressivement et dont la résolution aurait été probablement moins satisfaisante si elle n'était arrivée que dans un second temps. Dans la période actuelle où la saga est reine, il est à saluer le choix de produire un film structuré qui se suffit à lui-même. Concernant la réalisation, la colorimétrie est recherchée dans un ton terne, accordé au drame mais également à la dissimulation (intentions, identités). La mise en scène est en elle-même classique et narrative, sans fulgurance mais soignée avec une photographie travaillée. Cette dernière est aidée par des décors et des paysages particulièrement réussis car en très grande partie construits en dur, ce qui apporte un cachet que la plupart des films américains n'ont plus. Ainsi, l'ouverture du film pourrait s'apparenter au premier Pirates des Caraïbes. La direction d'acteur, contrairement aux Trois Mousquetaires, est ici irréprochable avec de grands acteurs de la comédie française tels que Niney ou Lafitte. La seule réserve du film est peut-être un dernier acte un peu rapide, ou du moins qui n'apporte pas pleine satisfaction au regard de la longue construction de la tension. La mise en scène très linéaire maintient la tension du fait d'un bon scénario mais l'absence de montage alterné, parallèle ou flashback ne permet pas de rappel des enjeux. Le film étant déjà long, c'est certainement la plus sage des solutions qui a été retenue mais le dernier combat manque tout de même un peu de tension ou panache. Il est, pour le coup, moins bien filmé que les combats des Mousquetaires. A la musique, Jérôme Rebotier réalise une bande musicale digne d'un blockbuster avec des thèmes reconnaissables et travaillés de musique orchestrale. La mise en scène laisse s'exprimer la bande musicale mais celle-ci s'impose aussi parfois face aux images du fait de l'efficacité des thèmes.

Les thématiques de Dumas : Justice ou Vengeance ? [Spoiler]

Les thématiques sont sans surprise celles du roman. La grande question est celle de l'opposition entre la Justice au sens philosophique et la vengeance. La question n'est pas simple pour Edmond Dantès car la justice étatique a failli. Il va donc devoir définir ce qu'est la vraie Justice. Dès le début, l'Abbé Faria l'avertit de ne pas confondre sa quête avec celle de la vengeance, car la vengeance, en plus d'être injuste n'apporte pas satisfaction à celui qui l'exécute. Comme l'histoire le laissait présager, Edmond Dantès, devenu le comte de Monte-Cristo, finit par être aveuglé par sa quête et a pour projet de tuer un innocent, le fils d'un homme lui ayant porté préjudice. Par ailleurs, les complices qu'il implique dans cette quête destructrice se voient eux aussi ronger par la haine. Le Comte de Monte-Cristo se rendra finalement compte des risques de la vengeance quand son protégé ira plus loin que ce qui était prévu. C'est donc un équilibre difficile à atteindre qui porte en lui-même une certaine frustration. Le Comte ne trouvera cet équilibre que parce-que son premier amour, en allant chercher l'homme qui l'était avant, et en jouant donc sur la fibre émotive, viendra lui montrer l'injustice de la vengeance et donc sa propre trahison par rapport à son projet de Justice. Sa Justice ne doit pas être la Justice Divine qui, elle, est cruelle et impitoyable. Elle est par ailleurs incontestable par essence et le Comte ne peut prétendre manier l'épée divine. Edmond Dantès doit se contenter d'une justice humaine et raisonnable sans pour autant qu'il ne lui soit demandé d'aller jusqu'au pardon. 


En définitive, Le Comte de Monte-Cristo est une adaptation réussie, portée par une mise en scène efficace, des acteurs convaincants et des décors et costumes à la hauteur de ce blockbuster à la française. 


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dimanche 26 novembre 2023

Napoléon


 Synopsis :

Révolution française : un jeune capitaine assiste à l'exécution de la reine Marie-Antoinette. Le jeune Napoléon ignore encore quelle place il doit prendre dans l'histoire mais la guerre lui offre une occasion de briller auprès des révolutionnaires...

Commentaire :

Une histoire élaguée

Du vrai film de Ridley Scott d'une durée de plus de 4h30, nous ne savons encore rien. Pour le moment, nous avons la version cinéma de 2h30 dans un format logiquement bien élagué. Difficile de savoir s'il est encore possible de lire les intentions du réalisateur tant les équilibres peuvent changer en fonction des versions. Entre les étapes obligées de l'histoire de Napoléon et les choix narratifs de Ridley Scott, le film dans sa forme actuelle a une dimension batarde. Des ellipses lourdes sont visibles à l'écran, alors que le film veut traiter une durée de vie importante du personnage. Il en résulte alors une impression de succession d'étapes sans explication et avec très peu de contexte. Ainsi par exemple, le couronnement de Napoléon semble arriver nul part. La photographie n'en reste pas moins sublime, inspirer parfois des tableaux faisant la "communication" de l'empereur (Gérôme, David, Delacroix). Un immense travail a été également fait sur les costumes, qui sont pour le coup très fidèles à l'histoire à l'inverse de plusieurs évènements narrés. Que dire également des plans de batailles avec le recours aux figurants plutôt qu'aux effets numériques. A ce titre, la bataille d'Austerlitz est probablement la plus belle scène du film d'un point de la mise en scène. Il manque peut-être néanmoins un petit côté épique au film, cela du fait d'une musique de Martin Philips assez transparente mais aussi d'un manque d'incarnation sur le champ de bataille. 

Les thématiques : Napoléon et Joséphine moteur de l'Histoire ?

Il est difficile de savoir ce que voulait mettre en avant Ridley Scott dans cette version de 2h30. La relation Napoléon et Joséphine est au centre de l'intrigue avec paradoxalement un problème majeur au niveau de l'âge des deux acteurs, Joséphine étant normalement bien plus âgée (plus de 6 ans) que Napoléon. Ce choix d'entrée sur le personnage peut être néanmoins intéressant et original pour traiter de Napoléon si toutefois l'interprétation du réalisateur ne vient pas trop recouvrir la vérité. Or ici, l'ascension de Napoléon, ses guerres et les grands tournants de sa vie (le retour d'Egypte, le retour de l'île d'Elbe) semblent uniquement liés à Joséphine. La dimension politique et ses manipulations, sa vision de la France et de l'Europe ou bien même son habilité stratégique disparaissent. L'interprétation de Napoléon par Joaquin Phoenix n'aide pas. Le personnage n'est pas nuancé même s'il fallait mettre évidemment ses faiblesses en avant. Le personnage n'est donc pas attachant comme si Ridley Scott n'aimait pas son personnage et se contentait d'une version monochrome de celui-ci. Peut être que Joséphine aurait dû être le cœur du récit. Dans cette version de 2h30 qui passe rapidement par toutes les étapes de la vie de Napoléon, on ne retient pas grand chose hormis la petitesse du personnage et son obsession pour Joséphine. Le dernier plan met sur le dos de Napoléon l'ensemble des morts en Europe. Nous comprenons alors que l'idée était de dénoncer les actes du personnage. Néanmoins le contexte géopolitique est tellement peu développé dans le film que ce dernier plan ne semble pas à sa place... sauf si l'idée est de dire que par amour, Napoléon a retourné l'Europe... Le choix initial du réalisateur est intéressant mais la réalisation est bancale pour provoquer un vrai intérêt et ce qui est autour de la relation centrale est trop peu développé pour maintenir l'intérêt.


En définitive, Le Napoléon de Ridley Scott a peu d'intérêt, en tout cas dans sa version de 2h30 tant le réalisateur ne semble que peu intéressé par son protagoniste. Pourtant Napoléon recèle un fort potentiel pour le drame, la tragédie, l'épique ou la romance. Le résultat est donc décevant. On se consolera avec quelques scènes de batailles, les costumes et la photographie.  


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dimanche 20 février 2022

Marry me

 

Synopsis :

Kat Valdez est une superstar américaine, icône de la chanson. Elle et Bastian ont prévu de faire leur demande de mariage sur scène, suivis par près de 20 millions de spectateurs. A quelques instants de la demande, une vidéo de Bastian embrassant l'assistante de Kat fuite sur les réseaux... 


Commentaire :

Mise en scène classique

Kat Coiro réalise un film classique et efficace. La mise en scène est essentiellement fonctionnelle mais plutôt soignée avec la particularité de bien filmer les scènes de concert. Ces scènes bénéficient de légers contre-plongées afin de mettre Kat Valdez en avant et de créer l'illusion que le spectateur suit un concert à la télévision. Il est un peu regrettable toutefois qu'il n'y ait pas d'innovation dans la manière de filmer un concert mais l'objectif ici était bien de faire croire à la réalité de la représentation. Néanmoins, plus que la réalisation c'est l'équipe artistique de Jennifer Lopez et encore plus Jennifer Lopez elle-même qui donnent l'illusion que l'on a faire à de vrais spectacles d'une reine de la pop. Quelques petites particularités sont les split-screens et les surimpressions montrant les écrans des smartphones et les réactions des "followers" suivant en direct la vie de Kat Valdez. Au-delà de ces éléments, le film reste très classique dans sa mise en scène. Au niveau de la musique, l'écriture et l'interprétation des chansons par Jennifer Lopez est un des éléments forts du film. La musique d'orchestre de John Debney est plutôt discrète et moins marquante à côté. 

Un feel good movie

Cette comédie dramatique, bien écrite et bien jouée est en fait très banale dans ses ressorts. En général, le genre implique que les amants qui en apparence semblent n'avoir rien en commun finissent par se questionner sur ce qui est vraiment important dans une relation amoureuse et dépassant leurs différences, finissent ensembles. C'est exactement le développement que prend le film avec la rencontre entre deux univers ; la petite classe moyenne New-Yorkaise et le monde hyperconnecté d'une popstar internationale. Charlie essaye de rappeler et de montrer à Kat ce qui est important pour être heureux dans la vie, c'est à dire pour lui une sorte de rapport stoïcien à la vie. Kat doit comprendre qu'elle n'est pas obligée de vivre pour les autres et ne pas attendre les honneurs et les récompenses pour être heureuse dans sa vie. Charlie est là pour lui rappeler la valeur des choses alors que Bastian représente la superficialité et le matérialisme consumériste. C'est ainsi que les spectateurs souhaitent que, contre toute attente, cette relation fonctionne. Un message aussi classique que la mise en scène mais cela est mené intelligemment et est agréable à suivre. 


En définitive, Marry Me est une comédie romantique menée par Jennifer Lopez tenant toutes ses promesses. Un feel-good movie. 




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samedi 27 novembre 2021

Amants

 

Synopsis :

Simon et Lisa sont deux jeunes amants vivant à Paris. Alors que Lisa poursuit ses études, Simon a investi le monde obscure de la nuit parisienne. Lisa sent que ce mode de vie finira par mettre leur relation en danger...

Commentaire :

Une mise en scène du film noir

La qualité du film de Nicole Garcia est avant tout formelle. En effet, le film est soigné du premier au dernier plan, dans son cadre mais également dans son étalonnage. Le genre du film noir, par l'image terne au niveau des couleurs mais contrastée dans l'opposition noir/blanc, s'impose très vite. Le ton du film est directement décelable par teinte de l'image, nous faisant comprendre que la romance montrée et narrée sera un drame voire une tragédie. Les mouvements de caméra sont également extrêmement travaillés comme le signal plusieurs petits plans séquences au cours du film. La photographie est pensée avec soin et le principal point fort du film, celle-ci étant aidée par des environnements visuellement marquant (l'environnement de la haute bourgeoisie). La musique est distinguée mais n'exploite pas toute la puissance orchestrale, cela correspond toutefois plutôt bien au genre. Grégoire Hetzel choisit ainsi habilement une certaine retenue. C'est donc un film techniquement irréprochable. Les acteurs, et Benoît Magimel en premier lieu, délivrent tous également une grande performance.

Les thématiques, d'un classicisme ennuyant [spoilers]

Le schéma du trio amoureux tragique ne permet pas de rendre le fond véritablement intéressant. Le film est avant tout un exercice de style mais n'a pas grand chose à raconter ou de sujet sur lequel faire réfléchir. La description tout au plus de la très haute bourgeoisie naviguant à travers l'archipel métropolitain mondial est à saluer. Toutefois, la thématique de l'argent et notamment la question de savoir si l'argent peut véritablement tout à acheter est très banale. Le film répond naïvement ou peut-être angéliquement par la négative ; l'amour et ses corolaires (passion et haine) n'étant pas perméables à la Raison. Une réponse inverse, plus cynique, aurait pu faire gagner en âpreté (réalisme du pouvoir de l'argent) plutôt qu'à travailler le tragique (romanesque mais peu intéressant dans la description du pouvoir). Le film parait finalement assez artificiel au-delà de son scénario fonctionnel, celui-ci ne nous disant fondamentalement rien. Le film manque d'un point de vue novateur sur l'argent et l'amour. 

En définitive, Amants est un film noir réussi dans l'exercice formel mais sans réel propos de fond ou point de vue original sur la question de l'argent et de l'amour. Loin d'être transcendant. 



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samedi 18 juillet 2020

La voix du succès


Synopsis :

Maggie est l'assistante, autremendit la personne à tout à faire, de la grande star de la chanson, Grace Davis. Si être aux côtés de son idole est déjà un accomplissement, elle aspire à autre chose : parler de musique avec elle et devenir sa productrice... 


Commentaire :

Une réalisation classique et musicale

La réalisation de Nisha Ganatra est exclusivement au service de l'histoire de Maggie qui est à la poursuite d'un rêve. La mise en scène se concentre donc sur le personnage de Maggie et sur les quelques personnages secondaires tels Grace Davis et David. Il s'agit donc d'une mise en scène utilisant préférentiellement le plan rapproché sur des visages ou les plans poitrines qui mettent en avant les émotions des personnages. La spécificité de la mise en scène se situe logiquement et intelligemment sur le travail réalisé avec la bande-musicale qui oscille entre musique intradiégétique et musique extradiégétique. Ainsi par exemple, musiciens et chanteurs commencent à jouer dans une scène pour que la musique continue d'être jouée dans une autre scène. La musique est donc le liant de la mise en scène et du montage. Soulignons que les musiques/chansons du film sont d'excellente facture et qu'elles constitueraient des tubes indépendamment du film. En effet, des noms connus de la chanson américaine comme le producteur Darkchild et l'autrice Corinne Bailey sont derrière plusieurs morceaux présents dans le film. Si les points précédents consituent des aspects positifs, soulignons toutefois le côté assez évident du scénario qui pour la belle histoire se retrouve plutôt simpliste.

Des personnages bourgeois à l'intersection de plusieurs luttes

Le film met en scène des femmes limitées ou rabaissées dans leur ambition par des hommes : Maggy par le producteur de Grace, et Grace par les hommes de sa maison de disque. Elles font face à des contraintes limitant leur projet, la première pour devenir productrice et la seconde pour continuer à chanter passé quarante ans. Pour Grace, la question de la discrimination fondée sur l'âge rentre jeu, associée à son statut de femme. En outre, il faut rajouter pour cette dernière sa condition de femme noire. Cela en fait une personne à l'intersection de trois luttes et donc une particulièrement sujette à la discrimination. Le film cherche ainsi à mettre en exergue les injustices que subissent ses personnages, thématique très actuelle. Toutefois, il s'agit d'une histoire positive et peu violente dans les rapports de force montrés. En effet, l'ensemble des individus présentés appartiennent à la classe bourgeoise, ou s'y rapportent avec un mode vie bourgeois. Ainsi, même si Maggie perd son travail d'assistante, elle ne se trouve jamais démunie - sans parler des situations de Grace (au pire recyclant ses tubes à Las Vegas) et de David (vivant dans une villa). Sans lutte de classe, les différentes luttes présentées paraissent plus anodines  ; mais éviter la lutte de classe permet de mettre en avant le rêve américain : avec de la passion et du talent, on finit toujours par aller au bout de ses rêves. Hollywood fidèle à lui-même. 

En définitive, La Voix du Succès est un bon drame musical dont l'atout premier est ses chansons. L'histoire est elle tout ce qu'il y a de plus classique tout comme les thématiques, désormais très consensuelles. 



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dimanche 12 janvier 2020

Les filles du docteur March


Synopsis :

La vie de quatre soeurs au XIXème siècle aux Etats-Unis, de leur enfance au passage à l'âge adulte...


Commentaire :

La mise en scène soignée de Greta Gerwing

Si la mise en scène est d'un certain académisme dans la narration, elle a la qualité d'être particulièrement léchée, notamment dans la composition du cadre. Le premier plan parfaitement symétrique en est l'exemple, le symétrisme revenant à plusieurs reprise. Quand ce n'est pas ce choix de composition, le plan est organisé tel un tableau impressionniste notamment pour les scènes ayant lieu en extérieur. Si l'esthétisme est certain, le sens est moins prégnant, la narration étant le principal objectif de la réalisation. Toutefois, notons là encore, un montage recherché, en paralèlle, permettant de lier deux temporalités. C'est un choix judicieux mais nécessaire du fait du manque de péripéties et d'enjeux dans la première partie du film, qui se contente de dépeindre des personnages. Malgré ce montage, le rythme du film est plutôt lent dans un style évocant le réalisme. Il faut alors être bon spectacteur pour s'intéresser à la vie de ces 4 filles d'une classe sociale assez aisée. Toutefois la performance des 4 actrices principales mais aussi des acteurs incarnant la famille Lawrence permet d'accepter la longue description de ce milieu. A la musique, Alexandre Desplat se signale dans un genre de film qui lui convient plutôt bien, plus à l'aise pour les drames et l'époque romantique par son usage préférentiel du piano que pour le grandiose orchestral. 

Des thèmes énoncés mais non montrés [Spoilers]

Greta Gerwing à la manoeuvre, il était évident que la condition des femmes au XIXème siècle serait un des axes importants du film, d'autant plus lorsque certaines actrices engagées comme Emma Watson participent au projet. Dans le film, le patriarcat est immanent, il sous-tend les choix des personnages qui essayent de trouver leur voie, c'est à dire un choix de vie dans lequel ils pourront se réaliser. Si le film nous fait bien comprendre ce contexte oppressant par le biais des dialogues ou monologues des personnages, il ne nous montre pas de situations concrètes qui témoigneraient du pouvoir des hommes. En effet, toutes les figures masculines sont positives ; elles sont au pire neutres comme l'est l'éditeur. Ce personnage dit par ailleurs agir en raison de l'impératif commercial mais n'est lui-même pas particulièrement antipathique. S'attaquer à la question des femmes au XIXème siècle était enfoncer une porte ouverte mais le film est étonnament très léger sur la question, les protagonistes acceptant plus ou moins rapidement, mais en définitive plutôt bien leur sort. Le principal personnage défenseur de la norme est d'ailleurs une femme ; la tante March. En outre, le personnage le plus intéressant Jo (Saoirse Ronan), qui défend la situation du célibat pour une femme, qui peut se réaliser autrement qu'à travers son époux, finit elle aussi par vouloir se mettre en couple et le fait finalement. Certes ce n'est pas un mariage d'argent, c'est un mariage d'amour, et si cela contrevient à l'intérêt de la petite bourgeoisie d'époque, il n'est reste pas moins que Jo revient sur l'idée d'une possibilité pour une femme de trouver un épanouissement complet dans le célibat. Est-ce alors pour dénoncer une sorte de fatalisme et de mise en conformité avec l'époque ? Cette interprétation n'est toutefois pas évidente après le visionnage du film. Par ailleurs, le principal problème réside dans le fait que les protagonistes appartiennent à une petite bourgeoisie bien installée. Dans ce contexte, l'argent diminue grandement les rapports de force et fait que le patriarcat est beaucoup moins oppressant. Le personnage le plus en difficulté dans le film semble être Meg (Emma Watson), qui a elle aussi fait le choix d'un mariage d'amour. Toutefois, elle se prive d'une consommation superficielle (une belle robe) et non de nourriture.
Il reste alors la qualité pour ce film de mettre au centre de son histoire des femmes, sans que leur sort ne soit représentatif de la majorité des femmes de l'époque. Amy (Florence Pugh) résume à Jo (qui écrit son roman dans une sorte de mise en abîme) l'impression que peut laisser le film : qui s'intéresse à la description futile et banale d'une famille avec des femmes ? La réponse est sociologique : des femmes qui voient ici des figures dans lesquelles il est facile de se représenter dans un monde dominer par des hommes. C'est l'explication du succès du livre d'origine. C'est le cas également pour ce film aujourd'hui dans un monde où le cinéma est encore aux mains des hommes. Toutefois, le propos de fond est lui assez superficiel car c'est bien les intrigues amoureuses ou d'amitié qui portent finalement cette fiction. Dommage. 


En définitive, Les filles du Docteur March fait la part belle à un quator de femmes du XIXème dans un monde d'hommes. Il en va de même pour ces quatre actrices de renom dans un hollywood masculin. Toutefois, le sujet de fond sur la situation des femmes est léger dans son développement. 



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samedi 24 février 2018

La Forme de l'eau


Synopsis :

En pleine guerre froide, les américains capturent une étrange créature aquatique humanoïde dont ils espèrent tirer des connaissances dans la course contre l'URSS. Elisa, une simple employée de ménage, muette, se prend alors d'intérêt pour cette créature, soumise à toutes sortes d'expériences...


Commentaire :

La camera immergée de Del Toro 

Guillermo Del Toro nous offre un véritable film de cinéma avec une réalisation aboutie, de la caméra à la direction artistique. L'univers marin est au centre du film de part la gamme chromatique de tonalité vert/bleu. Le réalisateur utilise très justement une sorte de caméra flottante avec de longs plans, comme si elle était portée par un courant marin, caméra qui n'hésite pas à traverser les planchers comme pourrait le faire de l'eau. Le film est véritablement beau et travaillé, cela tout à fait en cohérence avec le talent de Del Toro. Le réalisateur est décelable à deux autres niveaux : le design de la créature qui ne va pas sans rappeler le personnage aquatique de Hellboy. Le fait qu'il ne s'agisse pas d'un personnage numérique (la plupart du temps) mais d'un costume-maquillage crée une continuité avec la plupart des monstres des autres films. En outre, le petit côté gore, dérangeant, marque là encore la présence du prodige mexicain. Si l’histoire en elle-même n'est pas si originale mais au contraire prévisible (comme le devenir des cicatrices d'Elisa), la réalisation de Del Toro en fait un film très agréable à regarder. Du côté musical, Alexandre Desplat réalise une belle partition qui ne prend jamais l'avantage sur l'image mais qui est donc difficilement mémorisable.

Une direction d'acteur impeccable 

L'ensemble des acteurs est d'une justesse incroyable, ce qui permet de s'investir dans un conte assez convenu dans son schéma. Sally Hawkins (Elisa) au premier rôle est très convaincante avec un jeu juste et une figure (aspect) banale, à propos ici. Les seconds rôles campés par Michael Shannon (Richard Strickland), Olivia Spencer (Zelda) et Michael Stuhlbarg (Dr Hoffsteller) sont quant à eux parfaits. 

Thématique : les héros marginaux

Si la romance semble être a priori le centre du récit, il s'agit en fait d'un simple ornement qui donne de la chair au drame, car l'histoire fonctionnerait sans. Ce conte nous parle de la différence et particulièrement des a-normaux; ceux mis en position de minorité dans la société. Tous les a-normaux ont le bon rôle dans le film. La créature est l'être le plus anormal de l'histoire et pourtant le plus merveilleux, presque dressée au rang de dieu. L'héroïne est muette et c'est cet handicap qui lui permet de comprendre la créature. Son ami Zelda est afro-américaine, ce qui, dans les années 50-60, n'est pas aisé aux Etats-Unis, des scènes de la télévision le rappelant. Même l'ami et voisin d'Elisa, Giles, qui a priori est dans la norme se révèle finalement homosexuel, ce qui est pareillement loin d'être facile. C'est uniquement lorsque ce trait du personnage est révélé qu'il devient véritablement bon. Enfin, le docteur Hoffsteller est lui un soviétique aux Etats-unis ce qui est aussi hors-norme. Toutefois, Del Toro ne fait pas des soviétiques les gentils en évitant de tomber dans une critique trop facile et erronée des Etats-Unis. En face de ces marginaux, le serveur blond du restaurant et le chef du service de recherche représentent parfaitement la norme américaine des années 50. Le chef Strickland a tout de la réussite, belle réussite professionnelle, belle famille, enfants, femme, maison, voiture. C'est pourtant le pire individu représenté. Il y a dans le film presque l'idée d'une convergence des luttes contre la tyrannie de la majorité "normale". Si le manichéisme est évité pour la guerre froide, en revanche, il est présent à travers les rôles des personnages dans leur sociologie (hommes blancs tyranniques contre le reste de la société). Ce qui pourrait être une limite du propos ne l'est pas ici car il s'agit bien d'un conte, genre qui se doit d'être clair dans son message. Message par ailleurs à propos sous la présidence Trump. 

En définitive, Guillermo Del Toro nous offre un joli conte, réalisé d'une magnifique manière, à la morale simple mais non simpliste. 



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dimanche 12 novembre 2017

La Montagne Entre Nous


Synopsis :

Alex voit son vol pour Baltimore annulé du fait d'une tempête. Se mariant le lendemain, elle cherche une solution pour décoller dans la journée. Elle rencontre alors Ben qui lui aussi a une urgence en tant que chirurgien. Il décide à deux d’affréter un petit avion...


Commentaire :

Mise en scène minimaliste 

Abu-Assad réalise un film sans grand entrain visuel. Alors que le cadre était favorable aux belles prises de vue, on aurait pu s'attendre à une abondance de jolis plans de demi-ensembles ou généraux. La réalisation se concentre plutôt sur les personnages pour montrer leurs relations dans ces conditions particulières (usage de champs - contre-champs, ou plans les incluant tous les deux). Ces derniers restant plutôt inexpressifs, il n'y a pas grand chose à sauver visuellement. Pour redonner de l'élan à l'histoire, le film s'essaye à l'humour avec plus ou moins de succès, certains gags réussissant, d'autres moins. Malheureusement, le film manque de corps, il est incapable visuellement de faire ressentir la durée du périple, si bien que les dialogues doivent venir au secours de la réalisation. De même, les corps des acteurs et leur jeu ne rendent pas justice à l'épreuve qu'aurait dû être ce périple. La musique de Ramin Djawadi, quant à elle, peine à redonner du souffle à l'oeuvre. Le spectacle est donc plutôt morne, passé les vingts premières minutes. 

Elba et Winslet seuls dans la Montagne

Seuls parce-que, semble t-il, non dirigés. Le couple d'acteurs semble faire le minimum syndical pour donner de l'intensité à ce survival. Idris Elba est froid, ce que peut justifier le caractère singulier de son personnage mais il ne semble, par ailleurs, jamais atteint par le froid, la faim ou la fatigue. Kate Winslet y arrive un peu mieux sans que cela ne soit extraordinaire. La scène dénudée qui est censée se passer après plusieurs semaines sans nourriture ou presque montre des corps dans un état tout à fait normal, voire carrément athlétique pour Idris Elba. Le personnage le plus touchant est peut être le chien, pour qui on craint, puisque les humains pourraient avoir envie de le manger. Si sa bouille à l'écran fait son petit effet, on a dû mal à comprendre comment il peut toutefois sauter partout. Sur lui non plus, la faim, le froid et la fatigue ne se font guère sentir... 

Un homme et femme sont-ils obliger de terminer ensemble ? 

Que reste t-il alors dans ce film ? On le comprend en milieu de film. Toute cette histoire n'est censée être qu'une histoire d'amour. Le reste n'a pas d'intérêt. Et il n'y a d'ailleurs pas de message au-delà de cette romance, ce qui est un peu étonnant venant de Abu-Assad, réalisateur politique. Il n'y a même pas une description de l'humain et de ses état psychologique face à l'adversité. Cette volonté mono-linéaire de l'auteur (du livre) et du réalisateur est assez étrange... une femme et un homme ne peuvent donc pour eux que tomber amoureux et avoir des rapports sexuels. Encore que le rapport sexuel aurait pu se comprendre dans le sens où l'adversité aurait pu redonner un caractère bestial à ces individus, mais hormis la scène de sexe, cela ne se voit pas vraiment. Toutefois, cette épreuve commune aurait aussi pu déboucher sur une relation différente mais tout aussi forte qu'une histoire d'amour. Cela aurait sûrement été plus intéressant à montrer et à explorer. Autre parti pris étonnant (dans la partie pré-romance), le fait que le film insiste par le biais d'Alex, qu'il vaut mieux s'appuyer sur l'instinct que sur la raison et la logique pour survivre... ce qui n'a rien d'évident. Quoiqu'il en soit, le film n'a pas beaucoup d'intérêt puisque tout se cantonne à cette romance. L'épreuve du froid, de la solitude, de la faim, le choc post-traumatique du drame, la perte de dextérité des doigts du chirurgien... rien n'est exploré. Une chose à sauver ? Peut-être le fait que les protagonistes soient perdus dans l'immensité américaine comme s'ils étaient perdus dans les terres inhabitées du fin fond de l'Eurasie. Cela nous rappelle que les Etats-Unis sont un pays très vaste, avec des ensembles territoriaux marqués par de très faibles densités. 

En définitive, La Montagne Entre Nous, est un film sans grand intérêt, que cela soit au niveau de l'intrigue ou de la réalisation. 


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lundi 27 mars 2017

La Belle et la Bête


Synopsis :

Au XVIIIème siècle en France, un Prince refuse de venir en aide à une mendiante. Mais, cette vieille femme se révèle être en fait une fée, qui condamne alors le Prince et sa suite à une apparence monstrueuse. Le seul moyen de rompre le sort est qu'une femme tombe amoureuse du Prince, mais qui pourrait tomber amoureux d'une bête ?

Prologue en vidéo



Commentaire :

Une mise en scène aboutie

L'ambiance du film est réussie. Que cela soit le village, le château, la forêt ou les jardins du château, tous les décors évoquent plus ou moins le contexte français d'Ancien Régime au travers, bien entendu, d'un prisme féerique déformant (par contre, présenter le pudding comme de la gastronomie française : c'est non!). Effectivement, cela fonctionne, d'autant plus que l'ancrage français, bien que suggéré, n'était pas tant affirmé dans le dessin animé de 1991 dont cette version du conte est adaptée. Le film est également une réussite technique comme pratiquement tous les films de Disney, cela se traduisant ici par les objets animés particulièrement aboutis, d'ailleurs peut-être plus que la Bête dont le réalisme est limité. La mise en scène reste elle classique, fonctionnelle avec toutefois quelques plans étranges, travelling en gros plan tournant autour du personnage d'Emma Watson qui donne une impression de flou peu agréable en arrière plan. Les scènes de danse et de chant sont plutôt bien tournées, particulièrement dans l'organisation de l'espace et les chorégraphies ; Broadway, qui a repris le succès de 1992 sur les planches, n'est pas loin. 

Adaptation minimale

Comment adapter un des plus beaux films d'animation des studios Disney, le premier film d'animation à avoir été nominé dans la catégorie "Meilleur film" aux oscars ? Réponse : le reprendre tel quel. L'histoire est identique. Les personnages sont identiques et d'ailleurs d'une fidélité renversante; Emma Watson était presque une évidence pour jouer Belle. Du point de vue du scénario, le petit ajout de la référence à L'Oiseau Bleu, conte de Marie-Catherine d'Aulnoy, contemporaine de Perrault pour le contexte français est bien trouvé. Néanmoins, malgré l'arrivé d'un tout petit background sur la mère de Belle et de trois nouvelles chansons dont une à la hauteur des anciennes, l'originalité n'est pas au rendez-vous. Aucune plus-value (utilité?) pour cette adaptation. Certes, avec un matériau de base aussi bon et notamment la bande musicale, impossible de défaillir. Toutefois Maléfique, Le Livre de la Jungle, Alice au Pays des Merveilles, voire même Cendrillon avait su proposer quelque chose de nouveau, tout en restant plus ou moins fidèle selon les films à l'oeuvre Disney originale. Sur ce point, Le Livre de la Jungle est le plus réussi. La Belle est la Bête a donc choisi le chemin de la facilité mais avec moins d'efficacité que le dessin animé de 1991 qui était plus resserré. Et puis, la nouvelle adaptation flirte parfois avec l'original sans arriver à l'égaler, à l'image de Lumière dont Ewan McGregor n'arrive pas à égaler son interprète original Jerry Orbach et son accent français, qui lui rendait hommage à Maurice Chevalier. 

De nouveaux messages peu audacieux entre le bon et le moins bon

S'il y a bien un genre de film où les messages sont importants, c'est le conte. Le film reprend évidemment le message principal et indépassable du conte qui est celui de ne pas arrêter son jugement à l'apparence d'une personne. Ce message est essentiel et pertinent, encore mieux évoqué ici par le fait que Gaston soit moins repoussant physiquement que dans le film d'animation. Luke Evans qui est un des personnages ressemblant le moins à son personnage animé a pour le coup été bien choisi en ce sens. Deuxième bonne idée reprise : la femme forte, indépendante, curieuse et éduquée incarnée par Belle. Ce n'est jamais un message superflu. A cela, il est ajouté par contraste un village conservateur (cela est plus manifeste que dans le dessin animé), hostile à l'émancipation des femmes, qui fait parfaitement sens dans un petit village isolé de France du début du XVIIIème siècle. Il est en effet intéressant de montrer comment l'individu qui sort des clous et particulièrement celui-ci qui remet en cause un ordre établi est soumis à la pression sociale. Non pas qu'il faille être marginal coûte que coûte, mais le contexte social archaïque le justifie ici. Au-delà de Belle, la fée se présente toujours sous une forme marginale lorsque qu'elle n'est pas révélée. Cette histoire de fée cachant son identité par sonder les cœurs est une très vieille histoire européenne puisque cela remonte à l'Europe celtique, un folklore toujours vivace. 
En revanche, le choix de défendre la diversité est louable mais peu à propos ici. Il n'est en général pas nécessaire d'indiquer l'époque et le lieu dans un conte : "Il était une fois, dans un pays lointain" est beaucoup plus sage. Mais lorsque qu'il est précisé que le conte se passe dans un petit village perdu très conservateur de France, au début du XVIIIème siècle, la représentation de la diversité n'est pas pertinente. La représentation de la diversité passe un peu mieux dans le milieu nobiliaire, plus ouvert sur le monde mais cela reste ambigu (le racisme n'est pas encore conceptualisé à l'époque mais le contexte est tout de même celui du commerce triangulaire). Il n'est toutefois pas incongru de vouloir représenter un conte à l'image de la société contemporaine, mais dans ce cas, il est plus habile de ne pas préciser le contexte. Autre innovation dans les messages, l'homosexualité. Disney avait évoqué la transformation de LeFou en parangon de l'homosexualité, créant des polémiques de part le monde. Force est de constater que d'une part c'est à peine suggérée, d'autre part, la représentation est douteuse. En effet, si Disney n'avait pas décidé de communiquer sur ce sujet et de se vanter d'être l'avant-garde du progressisme, probablement que le personnage de LeFou n'aurait pas fait grand bruit. L'homosexualité du personnage est montré de manière plus ou moins explicite par deux plans (le suçon sur le ventre lors de la danse dans la taverne, et la danse de fin avec un autre homme) de moins d'une seconde! Et pourtant pour le coup, le contexte était favorable à la cause. En effet, le contexte est celui de l'Europe des libertins. En outre, la représentation du personnage est assez contestable car dépeint comme maniéré. Voilà un cliché de l'homosexualité : pas de quoi se prendre pour le chantre de l'évolution des mœurs. Et pourtant, ces nouveaux questionnements sont pertinents sur le fond. Ils sont la preuve qu'il était possible de proposer quelque chose de nouveau mais à condition d'avoir la volonté de se détacher du film de 1991 pour être bien amenés. 

En définitive, La Belle et la Bête est bon film, mais par le fait que le dessin animé dont le live-action est adapté, soit un chef d'oeuvre. Un peu trop facile.


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dimanche 5 février 2017

La La Land


Synopsis :

Mia et Sebastian ont tous deux des rêves. Mais la réalité ne se plie que rarement aux désirs des Hommes et oblige à faire des compromis. C'est dans ce contexte que les deux jeunes gens se rencontrent...


Commentaire : 

Un musical hommage

Damien Chazelle réalise un beau film musical en hommage au genre du Backstage musical des débuts du technicolor et aux réalisations de Jacques Demy. La réalisation est élaborée, évidemment allant au-delà du narratif comme tout film du genre mais avec une audace encore plus poussée. La mise en scène est travaillée d'abord parce-qu'il y a nécessité de filmer des chorégraphies de manière dynamique. Mais Damien Chazelle pousse la difficulté en filmant la plupart des chorégraphies en plan séquence riche en mouvements, parfois circulaire à la Max Ophüls, et cela avec la voix originale des acteurs chantant en temps réel. C'est audacieux et sophistiqué, la facilité n'est pas recherchée. L'objectif est l'authenticité. Les transitions sont aussi travaillées pour que visuellement cela se raccorde avec élégance. On remarque ainsi que la forme est au centre des préoccupations ; c'est un film visuel et auditif avant d'être un film intellectuel. Les hommages sont nombreux : les citations, références, allusions et clins d’œil vont au-delà du genre du musical, c'est toute une époque dorée et colorée qui est magnifiée. Il y a dans cette application, la trace de l'ancien étudiant, érudit sur son sujet, avec la passion nécessaire pour porter un projet qui relève d'un genre aujourd'hui abandonné.  

Des performances marquantes

Les performances des deux têtes d'affiche Ryan Gosling et Emma Stone sont de haut niveau. Les acteurs ne sont pas doublés et pour les scènes musicales ne sont pas coupées. Cela demande un énorme travail en amont. Emma Stone est bluffante au niveau de son interprétation dans les scènes chantées/dansées ainsi que dans les scènes plus classiques. Ryan Gosling est extraordinaire au piano, sachant qu'il a appris pour le film. Il joue lui même les partitions du film d'une traite dans ses scènes. C'est un investissement caractéristique des grands acteurs. Concernant la qualité du musical en tant que telle, la composition de Justin Hurwitz est très bonne. Les parties chantées (des deux héros) sont plutôt jolies sans être extraordinaires. Damien Chazelle voulait semble t-il plutôt donner à son film une dimension humaine, dans le sens où ses personnages principaux ne sont pas des spécialistes du chant et de la danse. La relation entre les personnages est plus importante que la performance en elle-même. Ce choix est compréhensible, mais au point où on en était, on était près à croire à des séquences musicales éblouissantes. C'est d'ailleurs un accord tacite du musical.

Thèmes : les sacrifices du rêve [Spoilers]

Comme il est dit plus haut, le film n'est pas conceptuel. Il fait place à la forme artistique et aux relations humaines. Néanmoins, il y a tout de même un message sur le rêve, plus généralement sur l'espoir. Les héros sont dans le désir de l'avenir et en vérité, malheureux de leur situation présente car il n'y a pas de désespoir sans espoir. Il est intéressant de noter que les héros réussissent finalement lorsque l'espoir disparaît. Le film le démontre bien, il ne s'agit pas d'abandonner ses rêves mais de ne plus être hanté par eux ; il faut simplement mettre toutes les chances de son côté en saisissant les opportunités de la vie. Néanmoins, comme le montre le dénouement, atteindre son rêve demande de faire le tri dans ses objectifs, autrement dit de faire des sacrifices. La rêve absolu aurait été la vie présentée dans le dernier flashback idéal, mais la vie est fait de compromis. L'objectif des héros demandait leur séparation sans pour autant regretter le passé, ni le présent, comme le témoigne le dernier sourire que s'échange les protagonistes. Cela apporte un petit côté romance tragique et amer qui donne une autre ampleur à cette histoire qui aurait été peut-être sinon un peu trop convenue. Il n'est pas inintéressant de faire un parallèle avec la réflexion sur le jazz dans le film, qui ne peut rester immuable, qui doit répondre, dans une certaine mesure, au temps présent. C'est peut être également le cas du genre du musical, cela donnant un côté métafilmique à cette oeuvre, qui ne peut être une pâle copie de l'époque dorée mais doit se réinventer tout en sachant d'où il vient.

En définitive, La La Land est un excellent musical qui touchera encore plus les amateurs du genre de l'époque dorée, ce film étant un hommage aux films hollywoodiens et français du genre.



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mercredi 26 mars 2014

Her



Synopsis : 

Theodore est un homme sensible, en pleine instance de divorce avec sa femme Catherine. Dans un avenir proche, un nouveau système d'exploitation intelligent est mis au point et proposé à la population. Theodore, par curiosité, en acquiert un. Son nouveau système, du nom de Samantha, se révèle être très intelligent et de manière plus surprenante, sensible et instinctif. Theodore et Samantha évoluent alors conjointement et finissent par tomber amoureux l'un de l'autre...


Commentaire : 

La forme et le fond

Peu importe l'angle sous lequel on envisage le film, le message est : le fond domine la forme. D'un point de vue de la réalisation, nous pouvons souligner quelques bonnes idées de mise en scène qui reflètent l'état d'esprit de Theodore, mais le film est avant tout narratif et ne se signale pas particulièrement par sa forme. Signalons tout de même l'effort qui a été fait pour représenter l'environnement crédible d'un avenir proche. Toutefois, c'est bien évidemment le fond avec le scénario ayant reçu l'Oscar du meilleur scénario original en 2014 qui est le coeur du film. Nous avons ici un grand film parce-que son fond est virtuose. Nous pourrions dire qu'il s'agit de l'anti-Gravity, qui se signalait par sa réalisation (sa forme) virtuose (images et mixage sonore, récompensés aux Oscars). Le scénario de Her est créatif, très bien écrit et actuel, en partant de la situation supposée de la société dans un avenir proche au regard du présent. Il s'agit là de la grande force du film puisque les questions soulevées tout au long de l'histoire sont des questions qui se poseront très certainement dans les décennies à venir, qui commencent à se poser ou ont déjà été posées d'un point de vue théorique. C'est justement sur ces questions que le thème du fond et de la forme est encore mis en avant. Peut-on tomber amoureux d'une intelligence sans forme, c'est à dire, d'une intelligence sans corps ? Le film semble nous dire que l'amour est avant tout la rencontre de deux consciences, et que même si la question de l'absence de corps peut poser problème, l'amour peut aller au-delà de la question de la matière (qu'il y ait un corps ou non, que l'être soit fait de chair ou non). Néanmoins, cette question ne peut être soulevée que par l'incroyable performance de Scarlett Johansson, qui se signale ici par son talent d'actrice et non pas par ses "formes". Sa puissance d'interprétation est telle qu'elle envahit constamment l'écran sans jamais y apparaître. Joaquin Phoenix est bien évidemment bon dans son interprétation en chair et en os mais c'est bien Scarlett qui brille dans ce film, tout un symbole, alors qu'elle n'y apparait pas sous une forme incarnée. 
La thèse du réalisateur Spike Jonze est définitivement appuyée lorsque le film passe pendant une courte séquence en écran noir avec juste les voix des acteurs : jamais le film ne sera plus intense qu'à cet instant, alors que la forme disparait, et jamais une scène n'aura été aussi érotique alors qu'on ne voit rien.  

Science-fiction sans critique

Pour une fois, la science fiction n'expose pas les risques potentiels de l'intelligence artificielle comme dans A.I Intelligence artificielle. Il décrit simplement ce qui pourrait en être sans tirer la sonnette d'alarme. Alors que nous communiquons de plus en plus entre humains par le biais de technologies et que nos rapport sont de moins en moins directs et de plus en plus déshumanisés, il n'est pas étonnant que le pas soit un jour franchi sans que cela ne choque personne. En effet, lorsque nous communiquons par internet, le corps de l'interlocuteur a disparu, il n'est plus qu'une intelligence. Alors, si la communication peut se faire avec une intelligence (non-humaine) et qui n'a pas de corps, en quoi cette relation est-elle différente ? Et allons plus loin, si cette entité avait un corps, en quoi cette intelligence qui nous comprend et se pense serait - elle différente de nous hormis par sa forme ? Peu importe de quoi nous sommes fait nous dit le film, l'important c'est comment notre pensée fonctionne. Si le propos est quelque peu déroutant aujourd'hui, il aurait été complètement absurde une décennie plus tôt. Les choses évoluent vites. Pour le film, cette situation n'est ni bonne ni mauvaise, elle fait partie de l'évolution d'une société toujours plus avancée et numérisée. D'ailleurs le film, ne s'arrête pas là et propose l'étape suivante de l'intelligence artificielle en fin de film. Quoiqu'il en soit, qu'il est reposant et appréciable de ne pas diaboliser à tout bout de champs notre avenir technologique, alors que nous avons du mal à appréhender les changements en cours. 

Réflexion sur l'intelligence artificielle

Le film aborde de manière extrêmement intelligente le sujet de l'intelligence artificielle. Celle-ci venant d'être inventée dans le film, le personnage, bien que moins surpris que nous du fait du contexte technologique dans lequel il vit, se pose néanmoins les questions que nous pourrions nous poser. Es - tu intelligente ? Es - tu sensible ? Comment peux tu l'être ? Il décrit avec une rare justesse la condescendance que nous éprouverions pour une de nos créations. Une fois intelligent et sensible, égal à nous humain, l'être numérique intelligent nous appartient - il toujours ? Et si cette intelligence était supérieure à nous ? parce-que bénéficiant d'une puissance numérique presque illimité et libérée des aléas de la forme auquel sont sujets nos corps. Et si nous créions la véritable intelligence, l'intelligence pure ? Un film riche en questions, qui plus est sans a priori, est nécessairement excellent.

18/20






samedi 22 mars 2014

La Légende D'Hercule



Synopsis :

La Reine Alcmène, femme du Roi Amphiltryon, donne naissance à Hercule afin qu'il mette un terme à la tyrannie du Roi. Le demi-frère d'Hercule, Iphicles, ne cesse de jalouser son frère, tout particulièrement depuis que la Princesse Hébé est tomber amoureuse de lui. Le Roi Amphiltryon souhaite marier Hébé à Iphicles afin d'unir le royaume de Grèce et le royaume de Crête. Pour cela, il fait exiler Hercule en Egypte afin de pouvoir arriver à ses fins. Le demi-dieu entame alors une quête pour retourner auprès d'Hébé et découvre progressivement sa vraie nature...


Commentaire :

Scénario pauvre

Avec un personnage si mythique, seul le scénario permettait de discriminer positivement le film parmi tous les autres. Malheureusement, celui-ci est très pauvre. Le film est très court et perd ainsi la possibilité de travailler les personnages et leurs relations, diminuant ainsi la tension et rendant difficile la dramatisation de l'histoire. En outre, le film arrive à avoir des moments de longueur, notamment dans les scènes de romance. Enfin, le scénario reprend toutes les étapes clichées d'un parcours initiatique, sans aucune originalité et cela à un tel point que lorsque la direction de l'histoire semble enfin assez originale, comme à la fin, le film finit par retomber dans un cliché par une pirouette confuse. Le parti pris du film, ici original, est d'avoir voulu faire un film mythologique dans le genre du péplum à la Gladiateur, sans aller jusqu'à pousser le réalisme comme avec Troie. Ainsi, le film cherche l'ancrage réaliste et n'a recours qu'à deux fois à l'intervention divine, très loin des Immortels ou d'un Choc des Titans.
A noter, que l'exactitude du récit mythologique est plus que contestable, mais il existe plusieurs versions grecques de l'histoire d'Hercule. L'histoire du film se rapproche d'une des versions antiques mais avec beaucoup de prises de liberté. Néanmoins, une mauvaise adaptation n'est pas forcément un mauvais film.

Réalisation excellente et superbe 3D

Partant sur cette base, il était difficile d'avoir, en définitive, un bon film. Pourtant quelques éléments sauvent littéralement La Légende D'Hercule. La réalisation est en effet très soignée et donne un résultat impressionnant compte-tenu du scénario. Les plans sont plutôt longs mais dynamiques avec de nombreuses idées pour faire passer les très simples intentions du scénario. Le réalisateur arrive à raconter son film d'un point de vue cinématographique (exemple : une surimpression sur une image de ciel pour traduire les pensées d'Hercule; technique simple mais aujourd'hui délaissé notamment dans les blockbusters). Les combats sont bien chorégraphiés et filmés dans un style à la 300 de Zach Snyder, sans atteindre tout de même la virtuosité des combats spartiates. La plus grande force du film est sa 3D, très immersive. Tous les plans ont été filmés dans un soucis de profondeur de champ, avec des vues en plongée et des travelling légèrement circulaires pour faire ressortir le volume. Notons l'ouverture du film en plan séquence, incroyable d'un point de vue de la 3D. Ce souci de 3D est si poussé que les effets numériques font peu naturels, les plans en plongée paraissant souvent issus d'un univers de jeu vidéo. Du coup, l'esthétique du film est contestable mais a été orientée ainsi pour faire ressortir le volume. 

Combats trop propres

En fait, le seul souci au niveau de la réalisation est d'avoir voulu faire de ce film d'action et de combats, une production tout publique. Les combats sont propres : rien de choquant, tout est montré en hors-champ. C'est pour cela que les combats de ce film sont moins jouissifs que les combats de 300. Etant donné que les combats sont le centre de ce film, ce choix est un peu décevant et empêche la réalisation de voiler le piètre scénario.

Acteurs moyens

Kellan Lutz est loin d'être mauvais et son film n'est pas un nanar, néanmoins sa figure de mannequin anglo-saxon passe difficilement pour interpréter ce personnage. Ici, Hercule ressemble à un modèle comme les autres, le personnage ne semblant pas incarné si caractérisé. En outre, ses simples sourires font penser à des photos de mode. Tout simplement, une beauté physique trop normée pour ce rôle. Concernant la Reine Hébé, la voix-française n'est pas crédible pour un sou. Peut-être que la voix anglaise passe beaucoup mieux mais nous ne pouvons pas en dire plus à ce niveau. Les autres acteurs tiennent bien leur rôle et ont généralement de très bons doubleurs.

13/20






mardi 25 février 2014

Pompéi



Synopsis :

Milos est un jeune enfant de la province britannique de l'Empire romain. La tribue celte, à laquelle il appartient, est décimée par les romains. Ce dernier est fait esclave et est emmené à Londinium. Il y devient un gladiateur de grande renommé et est alors envoyé, en l'an 79, dans une grande ville du Sud, Pompéi...


Commentaire :

Mélange de genres 

Paul W.S Anderson dont la réputation est justement écornée du fait de ses Resident Evil, réalise un blockbuster ambitieux sur Pompéi de l'an 79, mélangeant le genre du péplum au genre du film catastrophe. Bien que le film soit visuellement foisonnant et que les péripéties paraissent extraordinaires, le film est pensé dans un souci de réalisme, notamment au niveau du mode de vie des gens de l'époque et de l'architecture de la ville. En définitive, seul est fictionnelle l'histoire des héros, comme l'histoire de Jack et Rose sur le Titanic. Il y a donc un véritable travail de recherche derrière le film.
Si Titanic est une des références du film, on reconnaitra également Gladiator pour les scènes de combats en arène et n'importe quels films catastrophes comme 2012 pour les évènements naturels cataclysmiques. Les références sont assumées et plutôt bien utilisées, donnant une oeuvre assez cohérente.

Excellente 3D

La mise en scène d'Anderson est narrative et strictement fonctionnelle. Il n'y a donc pas de travail particulier à ce niveau et d'analyse à effectuer. Néanmoins, un des points forts du film est d'avoir été pensé en 3D. L'impératif 3D (et l'impact visuel) est intégré à la mise en scène, ce qui a pour conséquence de donner un film très réussi sur ce point, avec toujours le souci de la profondeur de champ.

Prévisible mais bien fait

Le scénario du film est fait de grosses ficèles et il très vite possible de comprendre ce qui l'adviendra. Néanmoins, plus ou moins conscient de cela, le film ne se perd pas dans la surenchère des retournements de situation. Le film déroule humblement son scénario et arrive à nous tenir en haleine. Si les ficèles sont grosses, le film est bien ficelé.

Casting intéressant

Le tour de force du film est sans doute son casting, fait d'acteurs populaires aux visages très reconnaissables. Certains sont montants, d'autres sont des stars des années passés. Si leur interprétation n'est pas transcendante, leur réunion devrait susciter la curiosité du public. Dans tous les cas, leurs rôles ne leur permettaient pas de se sublimer; ils s'en sortent tous très convenablement.

La musique du film est elle très efficace, prégnante, et accompagne parfaitement les images. En définitive, ce film qui suscite à juste titre beaucoup d'apprioris (Anderson, blockbuster, paraît ressembler aux films mythologiques ratés des dernières années) s'en sort plutôt bien et est un réel divertissement, ne prétendant pas être autre chose.


15/20



jeudi 13 février 2014

La Belle et la Bête



Synopsis :

Après le naufrage de ses trois navires, un vieux marchand est contraint de déménager à la campagne avec ses trois filles et trois fils. Par la suite, il est averti qu'un de ses bateaux a été retrouvé. Il se rend alors avec un de ses fils constater ce qu'il reste de ses biens. Sur le chemin du retour, le marchand se perd dans la forêt et rencontre une Bête dans un château abandonné. Le marchand ayant cueilli une rose pour sa fille Belle, la Bête lui propose un marché : "une vie contre une rose"...


Commentaire :

Un mélange d'influences réussi

Christophe Gans, grand maître pour associer harmonieusement différents genres et styles (Le Pacte des Loups), réussit une nouvelle fois à réaliser une oeuvre originale aux influences variées. De part l'ambition, son projet est certainement américain, la France ayant délaissé le merveilleux et les contes féériques depuis de bien trop nombreuses années. Néanmoins, Christophe Gans, en faisant ce "blockbuster à la française", ne cherche pas à imiter les américains mais à se référer à une grande époque du cinéma français, appelée la "qualité française". C'est à cette époque que fut réalisé La Belle et la Bête de Cocteau (1946). De ce fait, de part les costumes, certains dialogues et le style baroque du château, les références au maître sont marquées. Le choix de la colorimétrie du Technicolor des années 40 est manifestement, aussi, une référence réussie à cette époque, en plus d'être une réussite esthétique. Enfin, en tant que grand amateur du cinéma asiatique, Christophe Gans s'approprie avec grâce l'univers de Miyazaki, visible à travers les magnifiques paysages de montages verdoyantes, le dieu de la forêt, les géants et les petites créatures du château. Certains plans avec les géants, prenant la Bête dans leur main, peuvent même faire penser à la référence même de Miyazaki, Le Roi et l'Oiseau.
Christophe Gans veut montrer avec ce film que la France peut encore produire des films originaux: cela est réussi. Il s'agit d'un "film patriotique" comme le dit lui même le réalisateur, à l'image du bateau arborant un gigantesque drapeau français.


Bande musicale puissante

L'ambition d'un film se voit aussi dans sa bande musicale. Elle est très présente, pesante et appuie la mise en scène. Il s'agit d'une très bonne musique de type classique qui participe complètement à la féerie de ce conte. A certains moments, on croirait même entendre quelques notes de Joe Hisaishi, le compositeur de Miyazaki. Il ne s'agit pas probablement d'un hasard, Christophe Gans ayant surement donné pour consigne que l'hommage à l'univers de Miyazaki se dénote également dans les notes. 
A noter que la chanson de fin, interprétée par le gagnant de The Voice, est plutôt réussie, dans la tradition des grandes chansons de fin des films américains.


Une mise en scène à la Gans

Christophe Gans est un grand réalisateur. La mise en scène est prégnante, parfois virtuose lorsque la caméra se promène dans les airs, admirable lorsqu'il s'agit de faire des transitions. La mise en scène est notamment réussie pour le passage entre les différents mondes, entre le livre et l'histoire du conte et entre le passé et le présent dans les rêves de Belle. La touche de Christophe Gans se lie particulièrement dans les scènes d'actions, qui sont manifestement ses moment favoris, de part ses courts ralentis qui appuient sur les actions extraordinaires.


De bons acteurs

Il n'est pas étonnant de retrouver Vincent Cassel aux côtés de Christophe Gans. Son rôle de la Bête semble, de plus, aller de soi, l'acteur ayant un certain côté maniéré (royal) et mais également un physique plutôt animal, éloigné de l'image du prince charmant. Il incarne parfaitement le prédateur séducteur. On aurait peut-être aimé une voix constamment grave pour sa forme de Bête, comme lorsqu'il chuchote dans plusieurs scènes. Quant à Léa Seydoux, elle s'en sort particulièrement bien. Toutefois, on n'aurait peut-être aimé voir une autre jeune fille pour interpréter Belle, plus belle... Grâce au maquillage et à la comparaison avec ses soeurs, Léa Seydoux passe plutôt bien et réussi parfaitement à tenir son rôle. Et puis quels choix restent-il lorsque Pathé (dirigé par Jérôme Seydoux) produit le film  et que Jérôme Seydoux est directement producteur sur le film ? Ainsi, Josette Day (de Cocteau) n'a pas trouvé équivalent à sa beauté. Peut être qu'Emilie Dequenne du Pacte Des Loups était plus appropriée. Le reste du casting est bien trouvé.


Trop de retenue

Le film pâti malheureusement de quelques manques. De manière plus ou moins anecdotique, on regrette que Christophe Gans n'est pas plus utilisé les petites créatures du château qui avaient un réel potentiel. Elles sont très peu présentes alors qu'elles sont sensées, selon la voix-off, partager de réels moment de complicité avec Belle. De plus, les enfants auraient manifestement aimé (et pas qu'eux). Toutefois, si cet élément est plus ou moins important et peut être laissé de côté, on ne peut que regretter le trop peu de temps consacré à la psychologie des personnages et à l'évolution de leurs sentiments. Comme dans un conte, les personnages changent sans grandes explications. Néanmoins, Cocteau avait plutôt réussi à mettre la relation entre Belle et la Bête au centre de l'histoire, ce qui faisait la chair du conte (tout comme Disney). Et puis, si Christophe Gans a voulu mettre Belle au centre de l'histoire, l'histoire de la Bête reste plus intéressante. Belle est belle d'apparence et de coeur, l'ambiguité est plus intéressante chez la Bête. En définitive, le film manque un peu de poésie et les rares moments poétiques passent plus difficilement du fait que on ne puisse comprendre ou adhérer aux sentiments des personnages.

16/20