Les sorties de la semaine

samedi 13 juin 2026

Disclosure Day


Synopsis :

Daniel est poursuivi par une organisation de l’État profond américain qui cherche à l’empêcher de révéler des informations classifiées confidentielles. Les extraterrestres existent, nous les avons déjà rencontrés. Le monde ne sera plus jamais le même après cette révélation...


Le commentaire :


Le retour de Spielberg à la science-fiction (SF)

Steven Spielberg retourne à la SF après deux décennies plutôt tournées vers les films historiques, si ce n’est Ready Player One, oubliable. La mise en scène est incontestablement la grande force du film, mais également peut-être son unique point fort. Spielberg sait composer ses plans pour y glisser subtilement une double lecture, qu’il s’agisse des ombres, des angles ou des focales de caméra. Nous retrouvons aussi la marque du réalisateur par une colorimétrie bleutée et les lens flares. Le bleu a en effet un sens dans le film, que ce soit dans les yeux des personnages ou dans l’évocation de la nuit. Les lens flares peuvent parfois évoquer des étoiles, ce qui est une référence au genre. Les mouvements de caméra sont également variés, allant des travellings aux travellings rotatifs ou aux shaky cams. Le travail de l’image, probablement peu décelable après seulement un visionnage, reste ce qui se fait de mieux à Hollywood dans le cadre d’un cinéma narratif.

Le petit bémol, au niveau de la technique, est peut-être le rythme du film, ce qui est en partie dû à un scénario qui met du temps à dévoiler les enjeux. En effet, même si les actions défilent, l’histoire met du temps à se révéler, avant une deuxième partie plus prenante, mettant en avant les enjeux propres à la science-fiction.
À la musique, nous avons l’immense honneur, et le plaisir indescriptible, de retrouver le vétéran John Williams, sorti de sa retraite à 94 ans. Ses notes et ses partitions, soigneusement travaillées, sont immédiatement reconnaissables, bien qu’il n’y ait pas de thème fort. Sa musique, toujours interprétée par un orchestre symphonique, ancre le film dans les années 90, à une époque où la grande bande musicale hollywoodienne n’était pas encore épurée de sa richesse post-romantique.

Un film daté

Spielberg retourne ainsi à la SF, comme s’il ne l’avait jamais quittée, en reprenant des histoires qui lui sont chères et qu’il a lui-même popularisées au cinéma. Toutefois, d’autres réalisateurs sont passés entre-temps, comme Villeneuve ou Nolan pour ne citer que les plus marquants du genre. Ressusciter les extraterrestres de Roswell, notamment dans leur design des années 40-50, permet d’ancrer le récit autour de théories populaires. Cependant, cela confère également à ce film un côté un peu simple, voire ringard, tant le sujet de l’altérité a été travaillé entre-temps. Le langage des extraterrestres en est un autre exemple. En effet, l’idée que les mathématiques soit la langue universelle des espèces supérieures a déjà été mainte fois utilisée. Le film peut, peut-être, être une introduction pour le spectateur n’étant pas coutumier du genre ou du sujet. Un spectateur plus averti restera alors probablement sur sa faim.

Des thématiques à explorer [Spoilers]

Ce film de SF est, sans surprise, riche en thématiques. Mais là encore, le spectateur pourra également rester sur sa faim. Pourtant, les promesses sont riches, avec un ancrage géopolitique convaincant en toile de fond, évoquant une probable Troisième Guerre mondiale. Cependant, cet aspect est vite délaissé au profit de la question de la vie extraterrestre et des conséquences qui en découleraient.

La question de la place de la religion est abordée sans être pour autant traitée jusqu’au bout. Il est en effet dit que l’humanité pourrait ainsi remettre en cause l’ordre issu des religions. Pourtant, le film ne se pose pas la question de l’opportunité de cette issue. Peut-être que l’effondrement des croyances n’est pas une mauvaise chose ? De plus, le film n’insiste pas sur l’opposition des religions à cette découverte, car les religieux montrés à l’écran acceptent facilement cette découverte. Au contraire, comme bien souvent, les religieux parviennent à adapter l’interprétation des textes sacrés pour les faire correspondre à une nouvelle vérité. Si le film souligne cette possibilité, il ne semble pas critiquer ni questionner cette capacité à toujours conserver la foi, quelles que soient les preuves apportées à l’esprit humain. Mais si c’est cette possibilité qui advient, alors cette nouvelle n’est pas une menace pour l’humanité. Le film n’arrive donc pas à positionner son sujet par rapport à la question religieuse.

Une autre thématique est l’État profond américain, thème assez actuel, avec D. Trump. Toutefois, il s’agit toujours de la vision américaine antiétatiste, qui doute constamment du bien-fondé de l’État. Si cette question est légitime, elle est en revanche assez banale dans le cinéma américain. De surcroît, le film confirme ici des théories complotistes, certes anciennes, mais qui donnent du poids à une posture de défiance envers les institutions.

L’altérité est bien entendu abordée ici, mais plus pour questionner l’humanité (sur le point d’entrer en guerre mondiale) que pour apporter à l’esprit une réflexion originale sur l’altérité. Il est dit, par l’intermédiaire de Hugo, que ces extraterrestres défendent l’empathie comme stade supérieur de l’évolution, remettant en cause le chemin suivi par l’humanité. Toutefois, il n’y a pas de démonstration de ce point. Le film fait narrer cet argument par un personnage, mais ne le montre jamais à l’écran. Tout au plus, nous savons que les extraterrestres utilisent des images d’animaux pour ne pas choquer et entrer en contact. Pourtant, la question de l’altérité devrait être au fondement d’un film traitant le genre de l’ovni.

Enfin, le film ne répond finalement pas à la grande question posée : En quoi le monde changerait-il suite à la révélation de l’existence des extraterrestres ? Le film s’arrête au moment de la révélation. Le message extraterrestre n’est pas traduit. Ici, l’auteur ne prend pas position sur sa vision de l’altérité. Il ne prend pas position non plus sur le changement que cela amènerait. La guerre mondiale est-elle évitée ? Ou l’humanité retourne-t-elle à ses occupations habituelles après le choc des premiers jours ?  N’est-ce qu’une information prise dans le flux incessant de l’information ?
Steven Spielberg et David Koepp ont voulu raconter une histoire menant à cette révélation ; ce faisant, ils ont privilégié la narration aux thématiques. Or, les grandes questions ontologiques et/ou technologiques sont pourtant tout l’intérêt du genre de la SF.


En définitive, 
Disclosure Day marque le grand retour de Spielberg à la SF. Le père de la SF moderne semble cependant avoir épuisé son sujet, car si le film est plaisant, il semble par certains côtés déjà un peu daté.



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lundi 25 mai 2026

The Mandalorian and Grogu


Synopsis :

Le Mandalorian, toujours accompagné de Grogu, travaille désormais pour la Nouvelle République. Il traque les anciens cadres de l'empire qui tentent de faire perdurer l'ancien régime dans certains recoins de la galaxie...


Le commentaire : 

Jon Favreau, le choix de la continuité

Jon Favreau, déjà réalisateur sur la série, reprend la réalisation sous la supervision de Dave Filoni. Réalisateur efficace, Jon Favreau, a la tâche de transformer la saison 4 en film conclusif de la Saga The Mandalorian. Si la narration est bien abordée avec des enjeux clairs, presque simples, la mise en scène reste très proche de ce qui a été fait pour la série et n'offre aucune fulgurance (malgré une ouverture rappelant Apocalypse Now). Sans nouveauté, le film s'inscrit toutefois dans l'héritage de George Lucas à plusieurs titres. Les environnements sont variés, la narration proposant le classique parcours entre différents mondes. Ils ont la qualité d'être tous différents mais très proches (trop ?) de l'environnement de terrestre, si ce n'est le dernier monde qui possède quelques particularités. Les cuts entre les scènes ou les mondes, parfois abrupts, rappellent la mise en scène de Lucas. Par ailleurs certains renvois à l'Antiquité comme la scène de combat dans l'arène, rappellent aussi la Prélogie de Lucas (sans qu'il n'y ait ici de message politique associé). Enfin, la place laissée à la musique est peut-être le plus bel hommage à Lucas, car ce dernier aimait laisser une partie de la narration à John Williams, qui par ses thèmes savait raconter les histoires. C'est ainsi que Ludwig Göransson montre la plus belle considération à Lucas en reprenant les thèmes de la série de manière symphonique. Ses thèmes participent à la narration en étant pleinement présents, grâce à plusieurs leitmotivs reconnaissables et l'utilisation du mickeymousing pour décrire certains éléments à l'écran. La fulgurance de la musique fait ainsi oublier le manque de panache de la mise en scène ou de tension de l'intrigue. 

Un film de side quest ?

Ce film devait s'émanciper de la dimension sérielle du matériau de base afin de conclure de manière honorable l'histoire du Mandalorien. Pendant une une heure, le film ressemble malheureusement plus à une série qu'à un film de part son intrigue assez linéaire et restreinte (le premier enjeu est conclu dans la première partie du film) et du fait d'un visuel assez convenu malgré une petite scène d'ouverture un peu plus impressionnante. Toutefois, le film prend un peu d'ampleur dans sa deuxième partie, d'ailleurs moins riche en action (si ce n'est le final) mais avec un enjeu plus important mettant au centre la relation du Mandalorien et de Grogu. C'était d'ailleurs le seul axe qu'il était possible d'utiliser pour donner plus de gravité à l'histoire. Paradoxalement, cette partie peu verbeuse est réussie, ce qui souligne le talent de narration de Jon Favreau. Il y a également une bonne rythmique du gag, ce qui ajoute des touches d'humour bien trouvées. Néanmoins, même si la relation personnelle entre les deux protagonistes est intéressante, l'histoire ne peut prendre l'ampleur des films de la saga Star Wars, dans le sens où l'enjeu n'impacte en rien le destin de la galaxie. Cette histoire annexe est distrayante mais dispensable. 

La morale et les apparences 

Le cœur du film est loin de mettre en avant des thématiques profondes, qu'elles soient d'ordre spirituel ou politique. Toutefois, la question de la morale est en partie abordée puisque le Mandalorien agit selon la morale du bien, lui qui n'est normalement qu'un chasseur de prime. Or à plusieurs reprises, il ignore le choix le plus simple pour prendre une décision au service du bien. Son statut de chasseur de prime indépendant a au moins le mérite de lui permettre d'agir selon sa propre morale. 
Les apparences et en particulier le rapport aux différentes races sont également intéressants dans ce film. En effet, Star Wars est connu pour présenter un nombre important d'espèces intelligentes dans la galaxie. L'intrigue met en avant, pour la première fois, un membre d'une certaine race dans le camp du bien, ce qui est plutôt intéressant afin de décorréler apparence et personnalité (ou propension à faire le bien). 


En définitive, The Mandalorian and Grogu est un film divertissant mais qui a du mal à s'extraire de sa dimension sérielle, notamment pendant sa première partie. 


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samedi 21 mars 2026

Projet dernière chance

 


Synopsis :

Ryland Grace est un ancien grand nom de la biologie moléculaire reconverti dans une carrière plutôt tranquille de professeur de physique. Toutefois, il est appelé un jour à travailler sur la question de l'inquiétante déperdition du Soleil, qui menace l'humanité. Simple consultant au départ, il se retrouve envoyé dans un voyage interstellaire afin de trouver une solution pour sauver notre étoile...

Commentaire :

Lord et Miller sur de la hard fiction

Phil Lord et Christopher Miller ont reçu la mission d'adapter le roman d'Andy Weir, l'auteur de Seul sur sur Mars, adapté en 2015. Andy Weir, spécialiste de la hard fiction, a pour premier souci la crédibilité de l'œuvre. Bien que le récit laisse plus de place à l'imagination que dans Seul sur Mars, avec l'introduction des astrophages, les explications scientifiques restent très cadrées A l'image, cela se traduit par une colorimétrie assez sombre, voire terne pour un rendu réaliste et éviter tout effet de merveilleux. Cela se voit particulièrement à travers les plans dans le vaisseau spatial, particulièrement crédibles, très proches de ce qui se fait actuellement ou fondés sur des connaissances actuelles. La photographie est elle, esthétique mais garde toujours du sens et cherche le plus possible à montrer une réalité physique (la gravité, un ensemble large montrant les astres) ou scientifique (plans de microscope). Toutefois, la mise en scène n'est pas que narrative ou explicative, elle a aussi une vertu artistique tel le premier plan de Ryland Grace regardant à travers le hublot, qui laisse apparaître son reflet déformé (il vient alors de se réveiller et a perdu une partie de sa mémoire). C'est donc un film esthétiquement et techniquement pensé. Le talent de Ryan Gosling fait le reste. L'acteur/producteur porte en effet presque seul le film pendant 2h37. En effet, l'ensemble du film est narré de son point de vue, que cela soit le présent du film ou les flashbacks. Il est à noter que le film utilise la technique du montage parallèle (avec les flashbacks). Toutefois, contrairement à de nombreux films qui utilisent ce subterfuge pour créer artificiellement de la tension en commençant par une scène de fin, les flashbacks sont justifiés ici. D'une part, le film n'ouvre pas avec la fin de l'histoire, l'intrigue se déroule en effet encore longtemps après. De plus, une question de perte de mémoire, qui cache un secret sur la raison du départ de Ryland, justifie ce montage. 
A la musique Daniel Pemberton réalise une très belle composition. Celle-ci est assez puissante pour avoir un rôle central dans l'œuvre en renforçant la tonalité de certaines scènes comme l'ambiance plutôt joyeuse et optimiste de l'ensemble. Quelques morceaux sont à base de chœurs en langue inconnue, ce qui renforce le côté exotique de la rencontre avec un extraterrestre. La réalisation a également l'élégance de laisser des scènes plus lentes qui permettent à la composition de s'exprimer. La seule limite à la composition est peut-être l'absence d'un thème reconnaissable.  

Le sens du sacrifice [spoilers]

Les films de science-fiction sont toujours riches en thématiques. Ce film n'y fait pas exception à une nuance. Commençons peut-être par les thématiques dites de SF. En effet, ce film touche à beaucoup de sujets du genre, étant à la croisée entre Premier Contact, Seul sur Mars ou d'autres. La question de l'altérité est nécessairement présente bien que moins au centre que pour Premier Contact avec la question du langage et de l'intercompréhension. Le sujet de la physique et du voyage interstellaire est également présent mais moins central que pour Interstellar. De même, le sujet de la science expérimentale et de l'ingénierie est un des éléments importants du film mais moins que pour Seul sur Mars. A ce titre, le film serait d'ailleurs en deçà de ces autres grands films de SF pour le traitement de ces questions. Toutefois, de manière assez désarçonnante pour le genre, Projet dernière chance choisit un autre chemin et ne fait pas de ces questions une priorité. En effet, la SF n'est presque que la toile de fond. La thématique centrale est plus terre à terre et humaine : il s'agit du sens du sacrifice. L'humour ambiant, typiquement humain, nous donne d'ailleurs une indication sur l'inclinaison de l'œuvre. Les grandes questions ontologiques de science-fiction sont accessoires. Le cœur du film est de comprendre ce qui pousse un humain à se sacrifier, comprendre comment Ryland Grace a pu prendre part à cette mission suicide. Le film est d'ailleurs assez verbeux à ce sujet car un protagoniste finit par dire que la question n'est pas tant de savoir pourquoi un être est capable de se sacrifier. La vraie question est de savoir pour qui, il se sacrifie. Ryland est un homme solitaire, peu reconnu scientifiquement, sans famille proche, tout l'inverse du héros de Interstellar par exempleIl ne souhaite logiquement pas se sacrifier et est obligé de participer à la mission. Il ne possède pas les attaches émotionnelles pour être un héros. Pourtant, il va développer ses attaches plus tard avec son compagnon extraterrestre d'infortune. Les deux compagnons se sauveront mutuellement à tour de rôle dans des scènes poignantes. C'est un message d'espoir autour de l'amitié entre deux êtres complètement différents mais qui finissent par se comprendre sincèrement. Un film particulièrement optimiste et réjouissant. La question suivante se pose à la fin de la projection : si eux peuvent s'aimer, pourquoi pas nous, entre simples humains ?


En définitive, Projet dernière chance est un film de science-fiction réussi. Son succès tient tout autant aux thématiques de SF abordées qu'à la poignante histoire d'amitié narrée et à la réflexion sur le sens du sacrifice. 




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dimanche 1 février 2026

Hamnet

Synopsis :

Will s'éprend de la belle Agnès, jeune femme mystérieuse ayant un lien particulier avec la forêt. Les deux jeunes gens finissent par se promettre l'un à l'autre. Agnès tombe rapidement enceinte de leur première fille. Will, lui, commence l'écriture de ses pièces de théâtre. Alors qu'Agnès est à nouveau enceinte, Will se rend à Londres afin de rejoindre une troupe de théâtre...

Commentaire :

Le cinéma contemplatif à l'ambition réaliste de Chloé Zhao

Chloé Zhao prend en charge la réalisation du roman narrant la vie fictive de Shakespeare. Une photographie extrêmement soignée est associée à une mise en scène très minimaliste afin de plonger le spectateur dans l'Angleterre du XVIème siècle. La photographie est, avec la performance d'acteur, la très grande réussite de ce film qui offre un tableau à chaque plan, avec un vrai travail de composition. Il y a également un jeu important avec la lumière naturelle dans les scènes extérieures ou avec la lumière des chandelles pour les scènes d'intérieur. Ainsi, le regard du spectateur est toujours porté par la lumière qui met au centre du plan les éléments importants, bien souvent les visages. En effet, le jeu d'acteur est le centre de la mise en scène et ils font l'objet très souvent de gros plans resserrés sur leur visage, en particulier Jessy Buckley et Paul Mescal. Le rythme du montage est plutôt lent, ce qui laisse le temps aux acteurs d'exprimer leur talent. Paradoxalement, la vie des personnages passe vite. D'importantes ellipses dans l'intrigue amènent directement le spectateur sur les moments forts de la vie des personnages sans que le sujet n'ait été développé plus en amont (la scène d'enterrement de l'aigle, ou la question de la violence du père de Will par exemple). Ce choix diminue l'impact émotionnel du film, hormis évidemment l'apothéose émotionnellle de fin. Si le final est une magnifique conclusion, il ne peut faire oublier un film finalement dans son ensemble plutôt lisse qui amène assez mécaniquement des tranches de vie des personnages. La composition musicale illustre assez bien l'ensemble de l'œuvre car la partition de Max Richter est plutôt minimaliste et discrète tout au long de l'œuvre. Le mixage sonore naturaliste prend même le dessus dans l'ambiance sonore. La bande musicale s'impose finalement et avec brio dans le moment d'émotion final. Il s'agit du seul thème reconnaissable du film mais il s'agit d'une réutilisation d'une ancienne composition de Max Richter, ce qui souligne la difficulté de faire émerger ici un thème propre et original à Hamnet

Vivre son deuil [spoilers]

Le film, comme le roman dont il est tiré, vise à chercher et à démontrer l'influence de la mort d'Hamnet, le fils de Shakespeare, sur l'œuvre du dramaturge anglais. Il n'y a toutefois aucune preuve historique ou philologique dans l'œuvre de Shakespeare qui permette d'appuyer cette hypothèse (notons que la mort d'un enfant est la norme à cette époque et un évènement de fait moins marquant qu'aujourd'hui). Si le film cherche notamment à mettre en lien Hamnet et la pièce Hamlet, l'intérêt du film se situe également dans l'histoire narrée autour d'Hamnet et de son amour pour sa sœur jumelle. Cette dimension est tout aussi touchante que les autres questions abordées. Toutefois, la notion de deuil reste bien présente dans l'œuvre avec deux attitudes diamétralement opposées présentées. Il y a d'abord celle d'Agnès, la mère. Celle-ci se laisse submerger par cet évènement de la vie, elle qui a affronté souvent seule le rôle de parent. William, quant à lui, est plus distant et semble vite passer à autre chose, lui qui ne vit pas avec sa famille. Toutefois, la proposition du film est que la mort d'Hamnet a nécessairement marqué William Shakespeare. Son deuil travaillerait dans son esprit d'artiste et finit par ressortir et s'exprimer dans sa tragédie d'Hamlet. Le film a l'avantage de vouloir proposer une matérialité au personnage de Shakespeare dont on ne sait que peu de choses sur sa vie, hormis ses textes. L'histoire est crédible, belle et touchante. Le projecteur est plus mis sur le personnage d'Agnès et c'est à travers ses yeux que le spectateur essaie de comprendre comment William surmonte son deuil. Il n'est pas dit que l'histoire se soit véritablement passée ainsi, mais la proposition est intéressante.


En définitive, Chloé Zhao propose un film tout en retenue sur la vie supposée du couple Shakespeare. La photographie et les performances d'acteurs sont les atouts premiers de ce drame assez sage, avant l'apothéose émotionnelle du final. 



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