Les sorties de la semaine

samedi 21 mars 2026

Projet dernière chance

 


Synopsis :

Ryland Grace est un ancien grand nom de la biologie moléculaire reconverti dans une carrière plutôt tranquille de professeur de physique. Toutefois, il est appelé un jour à travailler sur la question de l'inquiétante déperdition du Soleil, qui menace l'humanité. Simple consultant au départ, il se retrouve envoyé dans un voyage interstellaire afin de trouver une solution pour sauver notre étoile...

Commentaire :

Lord et Miller sur de la hard fiction

Phil Lord et Christopher Miller ont reçu la mission d'adapter le roman d'Andy Weir, l'auteur de Seul sur sur Mars, adapté en 2015. Andy Weir, spécialiste de la hard fiction, a pour premier souci la crédibilité de l'œuvre. Bien que le récit laisse plus de place à l'imagination que dans Seul sur Mars, avec l'introduction des astrophages, les explications scientifiques restent très cadrées A l'image, cela se traduit par une colorimétrie assez sombre, voire terne pour un rendu réaliste et éviter tout effet de merveilleux. Cela se voit particulièrement à travers les plans dans le vaisseau spatial, particulièrement crédibles, très proches de ce qui se fait actuellement ou fondés sur des connaissances actuelles. La photographie est elle, esthétique mais garde toujours du sens et cherche le plus possible à montrer une réalité physique (la gravité, un ensemble large montrant les astres) ou scientifique (plans de microscope). Toutefois, la mise en scène n'est pas que narrative ou explicative, elle a aussi une vertu artistique tel le premier plan de Ryland Grace regardant à travers le hublot, qui laisse apparaître son reflet déformé (il vient alors de se réveiller et a perdu une partie de sa mémoire). C'est donc un film esthétiquement et techniquement pensé. Le talent de Ryan Gosling fait le reste. L'acteur/producteur porte en effet presque seul le film pendant 2h37. En effet, l'ensemble du film est narré de son point de vue, que cela soit le présent du film ou les flashbacks. Il est à noter que le film utilise la technique du montage parallèle (avec les flashbacks). Toutefois, contrairement à de nombreux films qui utilisent ce subterfuge pour créer artificiellement de la tension en commençant par une scène de fin, les flashbacks sont justifiés ici. D'une part, le film n'ouvre pas avec la fin de l'histoire, l'intrigue se déroule en effet encore longtemps après. De plus, une question de perte de mémoire, qui cache un secret sur la raison du départ de Ryland, justifie ce montage. 
A la musique Daniel Pemberton réalise une très belle composition. Celle-ci est assez puissante pour avoir un rôle central dans l'œuvre en renforçant la tonalité de certaines scènes comme l'ambiance plutôt joyeuse et optimiste de l'ensemble. Quelques morceaux sont à base de chœurs en langue inconnue, ce qui renforce le côté exotique de la rencontre avec un extraterrestre. La réalisation a également l'élégance de laisser des scènes plus lentes qui permettent à la composition de s'exprimer. La seule limite à la composition est peut-être l'absence d'un thème reconnaissable.  

Le sens du sacrifice [spoilers]

Les films de science-fiction sont toujours riches en thématiques. Ce film n'y fait pas exception à une nuance. Commençons peut-être par les thématiques dites de SF. En effet, ce film touche à beaucoup de sujets du genre, étant à la croisée entre Premier Contact, Seul sur Mars ou d'autres. La question de l'altérité est nécessairement présente bien que moins au centre que pour Premier Contact avec la question du langage et de l'intercompréhension. Le sujet de la physique et du voyage interstellaire est également présent mais moins central que pour Interstellar. De même, le sujet de la science expérimentale et de l'ingénierie est un des éléments importants du film mais moins que pour Seul sur Mars. A ce titre, le film serait d'ailleurs en deçà de ces autres grands films de SF pour le traitement de ces questions. Toutefois, de manière assez désarçonnante pour le genre, Projet dernière chance choisit un autre chemin et ne fait pas de ces questions une priorité. En effet, la SF n'est presque que la toile de fond. La thématique centrale est plus terre à terre et humaine : il s'agit du sens du sacrifice. L'humour ambiant, typiquement humain, nous donne d'ailleurs une indication sur l'inclinaison de l'œuvre. Les grandes questions ontologiques de science-fiction sont accessoires. Le cœur du film est de comprendre ce qui pousse un humain à se sacrifier, comprendre comment Ryland Grace a pu prendre part à cette mission suicide. Le film est d'ailleurs assez verbeux à ce sujet car un protagoniste finit par dire que la question n'est pas tant de savoir pourquoi un être est capable de se sacrifier. La vraie question est de savoir pour qui, il se sacrifie. Ryland est un homme solitaire, peu reconnu scientifiquement, sans famille proche, tout l'inverse du héros de Interstellar par exempleIl ne souhaite logiquement pas se sacrifier et est obligé de participer à la mission. Il ne possède pas les attaches émotionnelles pour être un héros. Pourtant, il va développer ses attaches plus tard avec son compagnon extraterrestre d'infortune. Les deux compagnons se sauveront mutuellement à tour de rôle dans des scènes poignantes. C'est un message d'espoir autour de l'amitié entre deux êtres complètement différents mais qui finissent par se comprendre sincèrement. Un film particulièrement optimiste et réjouissant. La question suivante se pose à la fin de la projection : si eux peuvent s'aimer, pourquoi pas nous, entre simples humains ?


En définitive, Projet dernière chance est un film de science-fiction réussi. Son succès tient tout autant aux thématiques de SF abordées qu'à la poignante histoire d'amitié narrée et à la réflexion sur le sens du sacrifice. 




******

dimanche 1 février 2026

Hamnet

Synopsis :

Will s'éprend de la belle Agnès, jeune femme mystérieuse ayant un lien particulier avec la forêt. Les deux jeunes gens finissent par se promettre l'un à l'autre. Agnès tombe rapidement enceinte de leur première fille. Will, lui, commence l'écriture de ses pièces de théâtre. Alors qu'Agnès est à nouveau enceinte, Will se rend à Londres afin de rejoindre une troupe de théâtre...

Commentaire :

Le cinéma contemplatif à l'ambition réaliste de Chloé Zhao

Chloé Zhao prend en charge la réalisation du roman narrant la vie fictive de Shakespeare. Une photographie extrêmement soignée est associée à une mise en scène très minimaliste afin de plonger le spectateur dans l'Angleterre du XVIème siècle. La photographie est, avec la performance d'acteur, la très grande réussite de ce film qui offre un tableau à chaque plan, avec un vrai travail de composition. Il y a également un jeu important avec la lumière naturelle dans les scènes extérieures ou avec la lumière des chandelles pour les scènes d'intérieur. Ainsi, le regard du spectateur est toujours porté par la lumière qui met au centre du plan les éléments importants, bien souvent les visages. En effet, le jeu d'acteur est le centre de la mise en scène et ils font l'objet très souvent de gros plans resserrés sur leur visage, en particulier Jessy Buckley et Paul Mescal. Le rythme du montage est plutôt lent, ce qui laisse le temps aux acteurs d'exprimer leur talent. Paradoxalement, la vie des personnages passe vite. D'importantes ellipses dans l'intrigue amènent directement le spectateur sur les moments forts de la vie des personnages sans que le sujet n'ait été développé plus en amont (la scène d'enterrement de l'aigle, ou la question de la violence du père de Will par exemple). Ce choix diminue l'impact émotionnel du film, hormis évidemment l'apothéose émotionnellle de fin. Si le final est une magnifique conclusion, il ne peut faire oublier un film finalement dans son ensemble plutôt lisse qui amène assez mécaniquement des tranches de vie des personnages. La composition musicale illustre assez bien l'ensemble de l'œuvre car la partition de Max Richter est plutôt minimaliste et discrète tout au long de l'œuvre. Le mixage sonore naturaliste prend même le dessus dans l'ambiance sonore. La bande musicale s'impose finalement et avec brio dans le moment d'émotion final. Il s'agit du seul thème reconnaissable du film mais il s'agit d'une réutilisation d'une ancienne composition de Max Richter, ce qui souligne la difficulté de faire émerger ici un thème propre et original à Hamnet

Vivre son deuil [spoilers]

Le film, comme le roman dont il est tiré, vise à chercher et à démontrer l'influence de la mort d'Hamnet, le fils de Shakespeare, sur l'œuvre du dramaturge anglais. Il n'y a toutefois aucune preuve historique ou philologique dans l'œuvre de Shakespeare qui permette d'appuyer cette hypothèse (notons que la mort d'un enfant est la norme à cette époque et un évènement de fait moins marquant qu'aujourd'hui). Si le film cherche notamment à mettre en lien Hamnet et la pièce Hamlet, l'intérêt du film se situe également dans l'histoire narrée autour d'Hamnet et de son amour pour sa sœur jumelle. Cette dimension est tout aussi touchante que les autres questions abordées. Toutefois, la notion de deuil reste bien présente dans l'œuvre avec deux attitudes diamétralement opposées présentées. Il y a d'abord celle d'Agnès, la mère. Celle-ci se laisse submerger par cet évènement de la vie, elle qui a affronté souvent seule le rôle de parent. William, quant à lui, est plus distant et semble vite passer à autre chose, lui qui ne vit pas avec sa famille. Toutefois, la proposition du film est que la mort d'Hamnet a nécessairement marqué William Shakespeare. Son deuil travaillerait dans son esprit d'artiste et finit par ressortir et s'exprimer dans sa tragédie d'Hamlet. Le film a l'avantage de vouloir proposer une matérialité au personnage de Shakespeare dont on ne sait que peu de choses sur sa vie, hormis ses textes. L'histoire est crédible, belle et touchante. Le projecteur est plus mis sur le personnage d'Agnès et c'est à travers ses yeux que le spectateur essaie de comprendre comment William surmonte son deuil. Il n'est pas dit que l'histoire se soit véritablement passée ainsi, mais la proposition est intéressante.


En définitive, Chloé Zhao propose un film tout en retenue sur la vie supposée du couple Shakespeare. La photographie et les performances d'acteurs sont les atouts premiers de ce drame assez sage, avant l'apothéose émotionnelle du final. 



******