Les sorties de la semaine

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dimanche 1 février 2026

Hamnet

Synopsis :

Will s'éprend de la belle Agnès, jeune femme mystérieuse ayant un lien particulier avec la forêt. Les deux jeunes gens finissent par se promettre l'un à l'autre. Agnès tombe rapidement enceinte de leur première fille. Will, lui, commence l'écriture de ses pièces de théâtre. Alors qu'Agnès est à nouveau enceinte, Will se rend à Londres afin de rejoindre une troupe de théâtre...

Commentaire :

Le cinéma contemplatif à l'ambition réaliste de Chloé Zhao

Chloé Zhao prend en charge la réalisation du roman narrant la vie fictive de Shakespeare. Une photographie extrêmement soignée est associée à une mise en scène très minimaliste afin de plonger le spectateur dans l'Angleterre du XVIème siècle. La photographie est, avec la performance d'acteur, la très grande réussite de ce film qui offre un tableau à chaque plan, avec un vrai travail de composition. Il y a également un jeu important avec la lumière naturelle dans les scènes extérieures ou avec la lumière des chandelles pour les scènes d'intérieur. Ainsi, le regard du spectateur est toujours porté par la lumière qui met au centre du plan les éléments importants, bien souvent les visages. En effet, le jeu d'acteur est le centre de la mise en scène et ils font l'objet très souvent de gros plans resserrés sur leur visage, en particulier Jessy Buckley et Paul Mescal. Le rythme du montage est plutôt lent, ce qui laisse le temps aux acteurs d'exprimer leur talent. Paradoxalement, la vie des personnages passe vite. D'importantes ellipses dans l'intrigue amènent directement le spectateur sur les moments forts de la vie des personnages sans que le sujet n'ait été développé plus en amont (la scène d'enterrement de l'aigle, ou la question de la violence du père de Will par exemple). Ce choix diminue l'impact émotionnel du film, hormis évidemment l'apothéose émotionnellle de fin. Si le final est une magnifique conclusion, il ne peut faire oublier un film finalement dans son ensemble plutôt lisse qui amène assez mécaniquement des tranches de vie des personnages. La composition musicale illustre assez bien l'ensemble de l'œuvre car la partition de Max Richter est plutôt minimaliste et discrète tout au long de l'œuvre. Le mixage sonore naturaliste prend même le dessus dans l'ambiance sonore. La bande musicale s'impose finalement et avec brio dans le moment d'émotion final. Il s'agit du seul thème reconnaissable du film mais il s'agit d'une réutilisation d'une ancienne composition de Max Richter, ce qui souligne la difficulté de faire émerger ici un thème propre et original à Hamnet. 

Vivre son deuil [spoilers]

Le film, comme le roman dont il est tiré, vise à chercher et à démontrer l'influence de la mort d'Hamnet, le fils de Shakespeare, sur l'œuvre du dramaturge anglais. Il n'y a toutefois aucune preuve historique ou philologique dans l'œuvre de Shakespeare qui permette d'appuyer cette hypothèse (notons que la mort d'un enfant est la norme à cette époque et un évènement de fait moins marquant qu'aujourd'hui). Si le film cherche notamment à mettre en lien Hamnet et la pièce Hamlet, l'intérêt du film se situe également dans l'histoire narrée autour d'Hamnet et de son amour pour sa sœur jumelle. Cette dimension est tout aussi touchante que les autres questions abordées. Toutefois, la notion de deuil reste bien présente dans l'œuvre avec deux attitudes diamétralement opposées présentées. Il y a d'abord celle d'Agnès, la mère. Celle-ci se laisse submerger par cet évènement de la vie, elle qui a affronté souvent seule le rôle de parent. William, quant à lui, est plus distant et semble vite passer à autre chose, lui qui ne vit pas avec sa famille. Toutefois, la proposition du film est que la mort d'Hamnet a nécessairement marqué William Shakespeare. Son deuil travaillerait dans son esprit d'artiste et finit par ressortir et s'exprimer dans sa tragédie d'Hamlet. Le film a l'avantage de vouloir proposer une matérialité au personnage de Shakespeare dont on ne sait que peu de choses sur sa vie, hormis ses textes. L'histoire est crédible, belle et touchante. Le projecteur est plus mis sur le personnage d'Agnès et c'est à travers ses yeux que le spectateur essaie de comprendre comment William surmonte son deuil. Il n'est pas dit que l'histoire se soit véritablement passée ainsi, mais la proposition est intéressante.


En définitive, Chloé Zhao propose un film tout en retenue sur la vie supposée du couple Shakespeare. La photographie et les performances d'acteurs sont les atouts premiers de ce drame assez sage, avant l'apothéose émotionnelle du final. 



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mardi 30 décembre 2025

Avatar : de Feu et de Cendres

 


Synopsis :

Jack Sully et sa famille sont réfugiés dans la tribu de l'eau. Ils peinent à reprendre goût à la vie après la mort de leur fils aîné Neteyam. De plus, Quaritch sous sa forme d'avatar est toujours en vie, à la fois à recherche de Jack en tant que traître, et de Spider, son fils biologique, adopté par la famille Sully...


Commentaire :

Une mise en scène toujours à la pointe des effets spéciaux

James Cameron est celui qui à chaque sortie de film place la barre plus haut au niveau des effets spéciaux. Il ridiculise au passage tous les autres blockbusters par le réalisme de ses CGI. Le monde de Pandora est riche et foisonnant, toujours dynamique. Il s'agit d'un vrai écosystème comme le montrent chaque plan du film. Les plans d'ensemble ou demi-ensemble sont nombreux afin de montrer la profondeur de ce monde. La possibilité de s'immerger dans un monde crédible et complexe est encore une fois l'une des premières qualités de ce film, qui est techniquement irréprochable. La mise en scène est sinon assez classique dans sa construction avec un montage avant tout narratif et fonctionnel. Quelques plans référencés rajoutent un petit cachet à la mise en scène avec des clins d'œil à Apocalypse Now, 2001, l'Odyssée de l'Espace ou encore Titanic. C'est un film généreux en tout point. Cela peut également constituer son seul grief de mise en scène : les scènes d'action sont toujours impressionnantes mais nombreuses et d'une certaine longueur sur la fin, avec même un double climax qui comprend plusieurs retournements de situation. Pour autant, les moments les plus touchants se trouvent souvent en dehors des scènes d'action, qui constituent plus une gourmandise visuelle qu'un réel impératif de narration.
A la composition, Simon Franglen joue habilement avec les thèmes reconnaissables de James Horner. Il apporte de jolies variations sans pour autant créer de nouveaux thèmes reconnaissables. Toutefois, les thématiques ayant peu varié sur cet épisode, il était difficile d'inventer de nouveaux thèmes, si ce n'est peut-être pour la nouvelle tribu. Cela mis de côté, la composition est encore une fois un point fort de l'œuvre, aidée en cela par des plans d'exposition ou de longues scènes d'action laissant de la place pour la bande musicale.  

Des thématiques qui se suivent et... se nuancent [spoilers]

Les thématiques de la saga Avatar sont toujours intéressantes et pertinentes car elles sont des critiques légitimes et nécessaires du temps présent. La seule question qui se pose est celle de la redondance de celles-ci. La question du deuil avec la mort de Neteyam à la fin du deuxième film est, pour le coup, nouvelle et plutôt intéressante. Plusieurs attitudes sont décrites avec la réponse caractéristique et "masculine" du père Jack, qui s'occupe et ne laisse rien paraître. Ney'tiri, la mère, se replie sur les traditions et développe de la haine envers les humains. Enfin, Lo'ak, le frère, développe de la culpabilité et n'est aidé en rien par la fermeture d'esprit et l'absence d'intelligence émotionnelle de son père. A sa manière, chacun suit sa voie plus ou moins dangereuse mais c'est bien les liens au sein de la famille qui permettront de surmonter cette épreuve. 
En revanche, il est vrai que d'autres thématiques reviennent comme la critique profonde de l'extractivisme liée au capitalisme qui est la thématique première, et qui transcende toute la saga. Le corollaire pour les humains est l'absence d'empathie pour le vivant et les autres cultures, complètement reléguées après la nécessité de profits. Le capitalisme est ici guerrier et s'appuie sur des mercenaires pour faciliter l'exploitation. Le militaire prend même le dessus sur le business au cours de l'intrigue, ce qui est inédit ici. Chez les humains, les seuls à sauver sont les scientifiques qui, eux font l'effort de s'intéresser à "l'autre". L'humanité est critiquée pour son absence de spiritualité. Elle est formée d'êtres purement techniques (les avatars), mécaniques (multiples robots) et rationnels (recherche du profit). Les Na'vis eux sont des êtres spirituels avec toutefois un vrai argument de leur côté dans le sens ou Eywa, la mère nature, existe dans l'intrigue. La raison tombe donc du côté des Na'vis. Cette thématique est complétée dans le film car Jack, qui se prétend toujours marine (militaire), doit faire le choix entre la raison et la rationalité concernant le cas de Spider. [Cela semble un peu forcé du point de vue du scénario car il était manifeste que Jack avait choisi son camp, pour autant avait-il aussi changé sa façon de penser ?] Soit il l'exécute et sauve potentiellement Pandora de la colonisation, soit il épargne son fils adoptif. Ce choix presque abrahamique fait par Jack montre que la fin ne justifie pas les moyens. En sauvant son fils adoptif, il devient véritablement Na'vis : il est raisonnable plutôt que rationnel. Cela permet également de compléter la thématique de la famille élargie et recomposée en insistant sur le fait que l'important est le temps consacré à l'autre (pour Spider et Kiri) et non le lien génétique, bien que cela ait de l'importance pour Quaritch (qui n'est pas la figure à suivre dans l'œuvre). 
L'apport véritable au niveau des thématiques est l'arrivée d'une tribu Na'vi "hérétique". C'est une tribu athée et donc négative dans ce monde car Eywa existe. Elle apporte de la nuance à Pandora et atténue la version du "bon sauvage" manifeste dans l'œuvre. Toutefois, leur négativité dans l'intrigue est renforcée par leur porosité aux idées humaines. Cet apport s'inspire visiblement sur l'histoire humaine qui montre que les puissances impériales s'appuient souvent sur des minorités pour s'imposer dans une région. Cette nouveauté au récit est salutaire pour l'œuvre qui travaille souvent les mêmes thématiques. 

En définitive, Avatar de Feu et de Cendres est une nouvelle fois un tour de force technique de James Cameron et permet une vraie immersion sur Pandora. Les ressorts narratifs ne diffèrent pas profondément des précédents épisodes mais les thématiques sont complétées et nuancées (la nouvelle tribu antagoniste). 



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dimanche 26 octobre 2025

La vie de château, mon enfance à Versailles

 


Synopsis :

Violette est devenue pupille de la nation à la suite des attentats de 2015. Elle est alors placée chez son oncle Régis, agent d'entretien au château de Versailles. Violette et Régis vont alors apprendre à se découvrir, eux qui ne partagent rien...


Commentaire :

Dans la tradition de l'animation française

Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H'Limi réalisent un petit film d'animation touchant et épuré. C'est le dessin, presque simpliste, qui donne au film un ton léger malgré la gravité du sujet évoqué. Le point de vue de Violette, rêveuse, apporte également une dimension onirique qui enveloppe le drame tout en préservant l'émotion liée à celui-ci. Il est vrai toutefois que les possibilités permises par l'animation sont tout juste effleurées, le film restant très terre à terre malgré quelques visions/rêves de Violette parfois représentés (l'œil égyptien la nuit, la rencontre avec le Roi Soleil). La mise en scène est finalement assez lisse, ce qui est également un moyen d'atténuer le poids du drame. A la musique, Albin de la Simone réalise une partition simple et efficace, avant tout dominée par le piano. Avec le dessin, cela contribue à ancrer cette réalisation dans la tradition française dans une sorte de minimalisme percutant mais à moyens limités.

Surmonter le deuil et plus

Comment retrouver une vie normale, du moins supportable ? Là est la question centrale du film. Le film traite du changement de vie dramatique de Violette, une petite fille de 8 ans environ, après la mort de ses deux parents. De plus, elle est envoyée chez son oncle, qui n'a rien d'une famille d'accueil, que cela soit dans son mode de vie ou ses conditions matérielles. C'est là le défi de Violette, surmonter la mort de ses parents tout en apprenant à découvrir un oncle qu'elle n'a pas vu depuis plusieurs années. Ce drame est également l'occasion pour Régis, l'oncle  de Violette, de surmonter les blessures du passé et de reprendre contact avec sa famille. Il est aidé en cela par Violette qui guérit en même temps qu'elle aide son oncle. Là est le message du film, se reconstruire par l'amour. Surmonter son deuil, c'est accepter de commencer une nouvelle vie et de s'ouvrir à de nouvelles relations. Régis, derrière son air bourru, a un grand cœur fragile, dans lequel Violette a toute sa place. Ce drame s'est transformé en opportunité, c'était peut-être la seule façon d'avancer.


En définitive, La vie de château, mon enfance à Versailles est un film d'animation touchant aux dessins simples et épurés qui montre que tout drame, aussi tragique soit-il, peut être finalement surmonté. 

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samedi 4 octobre 2025

Une bataille après l'autre

 

Synopsis :

Perfidia et Bob sont membres d'un groupe révolutionnaire qui combat les politiques autoritaires et liberticides mises en place aux Etats-Unis. La vie révolutionnaire est un engagement complet qui ne va pas sans risque, d'autant plus si un bébé entre dans l'équation...

Commentaire :

La recherche d'une réalisation maîtrisée

Paul Thomas Anderson utilise toute la puissance symbolique de la mise en scène, aidé en cela par un budget digne d'un blockbuster. En effet, le film, malgré l'ampleur narrée, ne semble pas souffrir de contraintes. Ainsi, Paul Thomas Anderson s'autorise le grain de la VistaVision, une caméra pellicule onéreuse, pour retrouver le cachet des films d'antan. Il s'appuie également sur une photographie sublime, avec une recherche à chaque plan. Les scènes de nuit et de profil sont probablement, à ce titre, les plus mémorables, sans oublier les plans de grand ensemble des vastes espaces américains. Plusieurs scènes restent en mémoire de par leur maîtrise et leur composition à l'instar de la première scène d'assaut des révolutionnaires ou de l'assaut des policiers/militaires du magasin latino. La scène de confrontation entre Willa et Lockjaw est parfaite dans sa progression en commençant par un plan marquant de demi ensemble dans l'église. S'il ne devait rester qu'une scène, ce serait la scène finale de course-poursuite avec une caméra donnant la vision de l'avant de la voiture, à hauteur de la plaque d'immatriculation. En plus d'être originale et apportant une sensation de vitesse sur les routes vallonnées, cette caméra sert pleinement au dénouement de la scène. Un vrai tour de force. 
A la musique, Jonny Greenwood apporte beaucoup à la mise en tension des scènes. Toutefois sa partition jazzy dissonante, appropriée pour certaines scènes, en devient presque désagréable après plusieurs utilisations. Si le sens des scènes justifie parfois une musique crispante, son abus nuit au ressenti procuré par les scènes.

Un casting pleinement investi

Si le cachet des acteurs explique en partie le budget démesuré du film, ils sont tous, ici, à l'origine d'une performance irréprochable. DiCaprio et Del Toro sont comme à leur habitude très justes dans des rôles presque opposés (la peur et la sérénité). Quant à Sean Penn, l'acteur doublement oscarisé crève l'écran par sa transformation physique et son interprétation intense d'un fasciste ambigu et dérangé. La révélation du film reste toutefois Chase Infinity de par le panel et la puissance de son jeu. La performance des acteurs s'associe ici au sans faute de la mise en scène.

Les thématiques : politiquement fort, peut-être trop ? [spoilers]

Le film est thématique au premier chef puisque la politique est le centre de l'intrigue. Le film voit s'opposer un groupe révolutionnaire d'extrême gauche à un Etat démocratique mais en voie d'illibéralisation, de plus en plus autoritaire, gangréné par des groupes fascistes voire nazis au sommet de la société. Là où le film est intéressant est que la figure de la révolution Perfidia est loin d'être irréprochable et à un goût pour la domination (alors que sa mission est de combattre la relation de domination) et que le colonel Lockjaw, sorte de proto-fasciste du groupe dominant aime être dominé. Cela apporte de la nuance et de la complexité à l'ensemble. Le film épouse toutefois, et bien entendu, d'abord le point de vue des révolutionnaires. Toutefois, le film dénonce avant tout les individus en haut de la société, le groupe des ultra-riches, manifestement nazi dans leurs discours, composés d'individus bien pires et plus radicalisés que le fascite Lockjaw. Cela pourrait presque s'apparenter à une caricature si l'Amérique trumpiste ne s'était pas imposé récemment, ainsi que les groupes d'ultra-droite dans les sociétés occidentales. Le message du film est clair et aurait été assez subtil s'il n'avait pas été sur-appuyé à la fin avec la scène du gazage et de la crémation. Le message en devient presque grossier dans la forme bien que restant pertinent sur le fond. 
Quelques autres thématiques secondaires sont également présentes comme la filiation, décrite au départ comme génétique ("grande lignée de révolutionnaires") avant de prendre une tournure bien plus pertinente puisque Willa fait le choix de la Révolution malgré la révélation sur ses origines. Le film est touchant car il est tout autant un film sur la famille que sur la révolution.


En définitive, Une bataille après l'autre est l'œuvre la plus aboutie de P.T Anderson de par sa mise en scène léchée et la performance de son casting. Le film vise thématiquement très juste, d'autant plus dans le contexte actuel. Dommage que la subtilité se perde à la toute fin.  


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dimanche 4 mai 2025

Thunderbolts*

 


Synopsis :

Yelena enchaîne les missions secrètes pour la CIA, en particulier pour sa présidente, Mme De Fontaine, qui cherche à faire disparaître ses anciennes activités dans le secteur privé. Bientôt, Yelena rencontre d'autres mercenaires de Mme De Fontaine, ayant des missions similaires...


Commentaire :

Une qualité retrouvée

Jake Schreir hérite du projet du Suicide Squad marvélien, avec pour mission d'en faire d'une part une version plus marquante que le produit DC et d'autre part, de redonner un coup de peps à l'écurie Marvel empêtrée dans une phase 5 décousue à la qualité très inégale. Pour autant, ce film mettant en scène des seconds couteaux a peut-être un peu plus de liberté que les autres films. La scène d'ouverture de combat, en plan séquence et en plongée totale laissant apparaître les ombres des combattants (élément important pour la suite) donne le ton. Ce plan rappelle la séquence culte de Old Boy, le film d'action coréen. Si aucune scène de combat ne retrouve la classe de la première, elles ont le mérite d'être toutes bien chorégraphiées sans coupe excessive, ce qui les rend fluides. Les cascades sont pour la plupart réelles tout comme les décors, ce qui apporte de la pesanteur à l'ensemble. Le montage est globalement de bonne facture et calibré pour donner du rythme au film. Toutefois, il s'agit tout autant d'un drame que d'un film d'action, ce qui explique l'importance de dialogues qui ont toute leur place. Cela donne sa particularité au film, dont le genre de super-héros est épuisé. La dimension dramatique est donc bienvenue. Il manquera tout de même, peut-être, à l'ensemble un climax ou money time d'ampleur, porté par une musique orchestrale. Si cette scène est absente, il faut également souligner que la musique manquait peut-être aussi un peu d'ambition. Le compositeur Son Lux est en effet dans l'accompagnement, avec parfois quelques réminiscences bien trouvées d'Avengers, mais il ne propose jamais de leitmotiv fort et original. 

Un renouveau thématique : la dépression

Les thématiques ne sont pas le fort des films de super-héros en général, peut-être encore moins chez Marvel à quelques exceptions près. Le fait est que l'épuisement du genre n'est pas dû qu'à la mise en scène mais également aux thématiques traitées et retraitées par les différentes écuries. Et pendant un temps, il était à craindre que ce film retombe dans ces travers avec une nouvelle fois le thème de l'Etat profond devant être combattu par des individus ; la démocratie étant incapable de régler le problème par elle-même (bureaucratie bonne à rédiger des rapports et dotée de fonctionnaires pliant bagage à 4h de l'après-midi). Bref, une vision libérale voire ultra-libérale encore portée par un blockbuster américain. A ce titre, le personnage de Mme Fontaine, malgré la bonne performance de l'actrice Julia Louis-Dreyfus, est peu intéressant. Quelques références méta viennent redonner un peu d'intérêt au film avec la lassitude évoquée des fans de super-héros. Toutefois, c'est surtout l'apparition de l'antagoniste de l'intrigue qui redonne un souffle au film et à la saga. Bob est autant un personnage qu'un concept. Il représente la dépression dans ses différentes phases. Le film est intéressant puisque le concept de super-héros est appliqué à la dépression qui devient une super dépression. Or ici, ce ne sont pas les poings qui pourront résoudre le problème mais bien l'écoute et la compréhension. Le film souligne par ailleurs habilement qu'il faut être passé par un état dépressif pour se rendre véritablement compte des enjeux et du sérieux de l'état dépressif. Le sujet est loin d'être pris à la légère. Ainsi, Yelena est la meilleure oreille possible pour Bob. Cette thématique explique peut-être l'absence de climax qui aurait pour autant pu être émotionnel à défaut d'être dans l'action. Quitte à vouloir changer, la dimension dramatique aurait gagné à être appuyée pour vraiment emporter le spectateur. 


En définitive, Thunderbolts* est une bonne surprise pour conclure la 5ème phase Marvel. La mise en scène comme les thématiques viennent donner un nouveau souffle à la saga. Sans être une révolution, ce film choral montre que le studio Marvel Disney sait encore produire de la qualité. 



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dimanche 12 janvier 2025

L'Amour au présent


Synopsis :

Tobias et Almut vivent une vie paisible jusqu'au jour où le cancer vient remettre en cause l'idylle de ce couple. Que faire face à cette épreuve ? Profiter des derniers mois ou lutter contre la maladie ?


Commentaire : 

Une classique mise en tension

John Crowley réalise L'Amour au Présent, un drame romantique, porté par des acteurs phares : Florence Pugh et Andrew Garfield. La mise en scène repose ainsi essentiellement sur les dialogues en champ - contrechamp et sur la performance de ses acteurs ainsi que sur la relation qu'ils parviennent à représenter à l'écran. La photographie est classique. Hormis le paysage où se trouve la maison de famille, l'environnement montré est très basique. La colorimétrie vise à s'approcher du réel. La seule singularité de la mise en scène réside dans le montage croisant les temporalités. Il s'agit d'un procédé assez efficace pour créer de la tension et des rebondissements pour une histoire très lisse. L'intrigue, certes tragique, manquait toutefois peut-être un peu de relief pour être intéressante car, mis à part son aspect tragique, l'histoire est attendue et linéaire, ce qui impliquait ce nécessaire artifice du montage. Paradoxalement, le film se retient énormément dans la construction du drame évitant la dimension tire-larme avec un final tout en retenue. Toutefois, ce choix honorable qui évite un mélodrame qui n'aurait été que trop évident, prive ce film d'un de ses seuls outils pouvant apporter de l'émotion. Reste la romance, secondaire, mais plus convaincante que le drame. A la musique, Bryce Dessner accompagne discrètement l'image sans dégager de leitmotiv particulier.

Thématique : profiter ou lutter [Spoilers]

La thématique sera celle de la posture à adopter face au cancer, tout en admettant qu'il n'y a aucune posture évidente. Almut choisit assez vite, mais non sans mal, l'idée de profiter de ses derniers mois de vie (plutôt que de partir dans une chimio incertaine et destructrice) en partant du principe que le traitement échouera, d'où le titre français plutôt bien choisi. En tant que spectateur, il n'y a aucun moyen de juger sur le fond cette décision. Tout au plus, il peut essayer de comprendre la décision d'Almut et se mettre à la place de Tobias qui doit accepter cette décision... pour autant que Almut lui communique son choix. Le personnage principal est pour autant Almut, qui prend parfois des décisions contestables que le spectateur ou Tobias ne peuvent qu'accepter car la rationalité n'a plus lieu face à l'abysse de la mort et au néant. Le film est ainsi plutôt juste et nuancé sur le traitement du sujet. Le réel est complexe et l'humain se démène au mieux pour y faire face.


En définitive, John Crowley nous livre un mélodrame tout en retenu avec l'Amour au Présent, porté par deux acteurs convaincants, mais à la mise en scène minimaliste et présentant une intrigue un peu trop convenue.



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dimanche 17 novembre 2024

Gladiator II


Synopsis :

Hanno vit une vie paisible avec sa femme en Numidie. Toutefois, cette paix est de courte durée car Rome compte bien reprendre cette région rebelle. La femme d'Hanno est tuée tandis que lui même est fait prisonnier et emmené en tant qu'esclave à Rome...

Commentaire :

Ridley Scott, toujours le maître du blockbuster historique

Ridley Scott revient plus de 20 ans après son premier Gladiator dans un genre évidemment identique mais avec une mise en scène agrémentée des évolutions des effets spéciaux. En effet, si ce n'est l'ampleur de la mise en scène et les CGI, ce deuxième opus emprunte énormément dans la structure du film, dans les thématiques, ou dans les dialogues au premier film. Les références sont constantes si bien que même si l'histoire est quasiment un reboot du premier, il est nécessaire d'avoir vu le film de 2000 pour comprendre le film de 2024. Sans arriver à la hauteur du premier film, ce nouveau péplum a des qualités certaines. La reconstitution de Rome est superbe à travers les décors et les plans d'échelle variée. La ville vit et est foisonnante. Des monuments et des espaces sont en travaux montrant son perpétuel renouvellement, chaque recoin est habité et propose une activité. Les costumes sont également de très grande qualité, crédibles tout en étant flamboyants ; l'immersion est totale. Les moments de vie à Rome ou les dialogues sur la romanisation sont également tout à fait à leur place et rajoutent à la crédibilité de l'œuvre. Paradoxalement, ce sont les CGI, pourtant de dernière génération qui peuvent parfois sembler faux, que cela soit les navires pour les plans généraux ou les animaux, à l'instar de la scène avec les babouins. La tentation de surenchère peut, pour certaines scènes, desservir le film. Heureusement, Ridley Scott a la maîtrise du rythme pour son film de 2h30. Les relances épiques, les scènes d'action ou de tension sont parfaitement agencées. Le réalisateur de 86 ans a toujours la science de la narration ce qui lui permet de faire passer les facilités scénaristiques au second plan, derrière la nostalgie, les émotions et le grandiose. A la composition, Harry Gregson-Williams réalise un travail impressionnant tant la bande musicale est prenante et se fait entendre. La composition a toutefois le même défaut que le film dans son manque d'originalité car ce sont les incroyables thèmes d'Hans Zimmer qui finissent de prendre le dessus. Ils sont néanmoins parfaitement réagencés, parfois sublimés (écouter le thème "The Dream is lost") et de nouveaux thèmes comme celui d'Acacius sont tout en subtilité à défaut d'être marquants. L'ensemble est loin d'être déplaisant au niveau de la composition mais comme le reste, un peu facile. Mais pouvait-il en être autrement au vue de l'aura du premier film ?

Un film de genre mais pas historique

Ridley Scott adore les films de genre historique mais pas le film historique en lui-même. Il se saisit  d'une époque, d'une ambiance et de personnages ayant existé pour réaliser l'histoire qui lui convient quitte à parfois (souvent ?) tordre fortement la réalité historique. Ce n'est pas si grave tant que le film est de bonne facture. Toutefois, tout comme pour le film sur Napoléon, Ridley Scott s'éloigne de la réalité historique à plusieurs moments. La première scène en Numidie, soi-disant rebelle, semble inventée de toutes pièces tout comme l'aspect des populations berbères jouées parfois par des acteurs d'origine subsaharienne. De même, la manière dont sont décrits les empereurs rappelle la manière dont Ridley Scott dépeignait Napoléon, pour l'un inspiré de la légende noire anglo-saxonne pour les autres inspirés inspirés des auteurs romains pro-républicains qui forcent les traits autocratiques des personnages. Il est vrai que Caracalla était un empereur sanglant mais son portrait est ici exagéré au-delà caricature. Dans tous les cas, les nouvelles recherches en Histoire ne l'intéresse pas. Autre exemple ; les représentations navales dans le Colisée ou d'autres arènes étaient possibles (la naumachie) mais rares et pas des requins. Il existe une pléthore d'autres éléments incorrects comme l'utilisation des animaux face aux gladiateurs, l'exécution massive de gladiateurs alors qu'ils étaient des denrées précieuses, le signe de pouce pour l'exécution ou la vie, la mention de la bataille de Salamine opposant les Perses aux Troyens, la mention à Poséidon plutôt qu'à Neptune, les actualités présentes dans un journal etc. Nous aurions aimé parfois un petit effort de rigueur. Quand cela ne sert pas l'intrigue, autant s'attacher à faire preuve de plus d'authenticité. Il y a un peu de facilité historique, tout comme dans l'écriture. Certains pourraient parler de paresse. 

Les thématiques : une simple redite... ou presque [spoilers]

Le point noir du film reste ses thématiques et donc son intérêt. En effet, le film est tellement inspiré du premier qu'il en est finalement une simple redite, ce qui a pour effet en plus d'annuler la prouesse de Maximus dans le premier film. Ce dernier a donc échoué à restaurer "le rêve de Rome". Son sacrifice en devient inutile. Lucius, Acacius et Lucilla ont donc, à nouveau, la mission de faire tomber la tyrannie pour rendre le pouvoir au Sénat, ce qui était l'ambition de Marc-Aurèle, l'empereur philosophe. Celui qui est le mieux placé pour exercer ce transfert de pouvoir est celui qui n'en veut pas. Idée qui reste vraie à travers le temps. Rien de nouveau, si ce n'est l'ajout du personnage de Macrinus qui ajoute un nouveau type de protagoniste. En plus de l'empereur (ou des empereurs ici) fou et presque dégénéré, il y a la figure de l'opportuniste, autre antagoniste et opposant au rêve d'une Rome républicaine. Macrinus, joué par l'incroyable Denzel Washington qui écrase de sa présence tous les autres acteurs, représente l'individu avide de pouvoir, fin et habile, et qui comprend les rapports de force. Il représente le réel alors que Lucius et ses alliés représentent l'espoir dans une dimension transcendante presque chrétienne. D'ailleurs Macrinus dit mépriser les chrétiens. Maximus se sacrifiait tel le Christ pour offrir l'avenir aux Romains. Ici une fois encore, Acacius puis Lucilla doivent se sacrifier pour que Lucius, fils du Christ puisse ramener l'espoir. Le penchant religieux de Ridley Scott ressurgit à nouveau et fait triompher l'espoir face à la vision plus réaliste et cynique de Macrinus. Beau pour l'histoire, mais peut-être pas si pertinent, d'autant plus que la vision de Marc-Aurèle, le stoïcien serait historiquement plus proche de celle de Macrinius que celle de Maximus/Lucius ; une idéologie reposant sur l'espoir.


En définitive, Gladiator II remplit son office dans une suite/reboot impressionnante mais loin d'être originale. Si la science de la narration de Ridley Scott en fait un vrai spectacle prenant de blockbuster, les quelques facilités d'écriture et les inexactitudes historiques outrancières l'empêchent de se hisser au niveau du premier. 



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dimanche 13 octobre 2024

Joker : Folie à deux

 


Synopsis :

Arthur Fleck est en prison et en attente de son procès. Le Joker en lui a disparu, effacé par les médicaments. Il doit bientôt faire face à son procès dans lequel la peine de mort sera demandée. Arthur n'a aucune lueur d'espoir jusqu'au jour où il rencontre Harley, jeune femme semblant fascinée par le Joker...


Commentaire :

La réalisation duale de Todd Phillips 

Après le succès mérité du premier film, Joker, Todd Philipps revient sur le deuxième volet. Si thématiquement, le film ne sera que peu différent, le réalisateur opte pour inclure ici le genre de la comédie musicale au drame. Ce choix audacieux et qui permet de justifier un deuxième épisode s'aliénera toutefois une partie du public rétif à cette forme d'art total, où l'image se conjugue avec la musique et le chant, voire avec la danse. Ce film presque en huit-clos (la prison et le tribunal) possède ainsi deux tonalités. La réalité est sombre et terne, brutale dans les interactions montrées alors que les scènes dans l'imaginaire d'Arthur (autre huit-clos) sont lumineuses, ou pour le moins présentent des couleurs contrastées. Ces scènes musicales, nombreuses, portées par un Joaquin Phoenix et une Lady Gaga irréprochables sont la plus-value du film. Elles sont néanmoins intégrées à côté de l'intrigue, et non au cœur même de l'intrigue. En effet, les scènes sont également montrées hors imaginaire d'Arthur, ce qui n'est pas le cas dans les comédies musicales classiques qui assument des scènes chantées comme parties intégrantes du film et faisant avancer l'intrigue. Le spectateur a donc les deux points de vue (Arthur et la réalité), ce qui n'est pas toujours nécessaire et qui peut nuire aussi au rythme, plutôt lent dans la première partie. Toutefois, ces scènes sont autant d'échappatoires pour Arthur que pour le spectateur à l'étroit dans cette prison et ce huit-clos et la redondance peut accentuer ce besoin de liberté. Notons aussi quelques facilités scénaristiques  dans les petits bémols. Toutefois, la mise est en scène est de très bonne facture tout au long du film avec en particulier le jeu sur les lumières qui varient en fonction des émotions d'Arthur Fleck. Les cadrages, sur-cadrages (avec les écrans), et citations sont légions. Le film est recherché dans sa réalisation. La scène dans l'imaginaire d'Arthur sont logiquement celles avec la scénographie la plus poussée. Le ton est donné dès le début avec l'apparition furtive des parapluies de Cherbourg. La bande musicale de Hilgur Gudnadottir, lente, toute en lourdeur, et parfois stridente rentre en opposition avec les scènes musicales; elles, rythmées, riches en instruments et aux arrangements joyeux. La musique participant à l'ambiance, se greffe parfaitement sur les deux tonalités du film.

Les thématiques : le Joker, victime mais non symbole [spoilers]

Le premier film était un drame social brillant qui montrait comment l'Etat défaillant avait produit le Joker, anti-héros qui suscitait compassion et empathie. Il était pourtant devenu le symbole d'une révolution anarchiste au message démagogique et populiste, plutôt à droite de l'échiquier politique, tant dans le film qu'en dehors du film. Si le choix de la comédie musicale avait déjà détourné une bonne partie des spectateurs, le choix de déconstruire ce symbole, ou pour le moins de montrer que ce symbole est profondément négatif, finit de rebuter les derniers partisans du film. Car en effet, Arthur Fleck est de nouveau la victime ici. Il est victime du système pénitentiaire dont les traitements infligés aux prisonniers sont inhumains. Du fait de son trouble psychiatrique, il ne devrait d'ailleurs pas être en prison. Il est également victime du système judiciaire qui cherche à le faire reconnaître coupable et le condamné à mort malgré sa maladie. Cette dernière n'est d'ailleurs que très peu évoquée par le système, qui soit cherche à la cacher avec des médicaments en prison, soit à la nier lors du procès pour faire condamner Arthur. Le système médiatique et capitaliste cherche de plus à exploiter la notoriété du Joker et donc son malaise, en réalisant des séries sur lui ou en lui accordant des interviews. Cela contribue par ailleurs à attiser la passion de ses fans. La première est Harley Quinn qui cherche ici aussi à l'exploiter et à tirer parti de son image de Joker, même si cela se fait au détriment d'Arthur (sa santé mentale mais aussi son procès). Finalement, rien n'a véritablement changé pour lui, personne ne le remarque ni ne fait attention à lui et à ses véritables besoins (si ce n'est pendant un court moment son avocate). Arthur lui même souffre de son double et des crimes qu'il lui a fait faire. Il renonce finalement de lui-même à son personnage dans un dernier moment de lucidité. Cela déçoit non seulement ses soutiens dans le film mais aussi les fans du premier film, qui comprennent que Joker ne peut être un symbole. Todd Phillips explique avec fatalisme la création d'un méchant dans un Etat (ville) failli mais ne le défend pas pour autant. Sa révolte est compréhensible, voire peut-être légitime mais pas dans la manière employée. Arthur finit par être assassiné par un de ses fans, probablement avec la complicité des gardiens. Si cela est inhabituel pour Joker, et frustrant pour les fans du personnage, il faut comprendre que ce n'est qu'Arthur Fleck qui meurt. Joker, en étant que symbole nihiliste du chaos survit. Il survit toutefois uniquement chez les fous et les violents. Même le double d'Arthur Fleck lui aura été volé, victime d'une société qui l'a totalement détruit, exploité et humilié.


En définitive, Todd Phillips prend le pari audacieux de revenir avec une comédie musicale pour Joker Folie à deux, avec une histoire qui vient désacraliser celui qui avait été érigé en symbole. Habilement réalisé, ce parti-pris sera frustrant pour certains...


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samedi 5 octobre 2024

 

Synopsis :

César est un inventeur et urbaniste de génie de la nouvelle Rome. Utopiste, il pense être capable de guérir la ville par l'urbanisme...

Commentaire :

L'Histoire de la réalisation

Oeuvre testamentaire de Francis Ford Coppola, Megalopolis y concentre sa science de la réalisation. L'ensemble des artifices du cinéma y est présent. Du traveling compensé, à l'incrustation, en passant par les split-screens et les œillets, peu de films présentent autant d'effets pré-CGI. Le film présente à certains moments des influences expressionnistes comme les scènes où les ombres sont projetées sur les murs. Les plans sont constamment très riches du fait d'un décor foisonnant et des effets spéciaux. Si le réalisme de l'environnement n'est pas toujours convaincant, nous garderons en tête qu'il s'agit d'une fable de science-fiction et qu'à ce titre, la réalisation possède nécessairement une dimension onirique et poétique. Toutefois, la mise en scène s'apparente plus à un hommage érudit de l'Hollywood passé qu'à une proposition nouvelle pour le cinéma de science-fiction. Un cachet presque daté. Le montage est lui particulier, parfois décousu, dans des scènes qui le justifient mais cela ne rend pas nécessairement le film toujours facile à suivre, d'autant que l'intrigue semble arriver aussi parfois par fragments. La musique, confiée à Golijov et VanderWaal, évoque parfois les péplums des années 60 mais sait également se fondre dans les scènes moins théâtrales. Ainsi le film est techniquement riche et intéressant, il s'agit incontestablement d'une vraie proposition de cinéma bien que la narration n'aide pas à l'immersion. 

De nombreuses thématiques peu creusées ou peu lisibles

Si la narration n'aide pas à la compréhension générale, l'univers de la nouvelle Rome demande en plus de bonnes connaissances sur l'antiquité romaine dans sa période impériale afin de pouvoir s'accrocher au contexte. Il reste toutefois la possibilité de comprendre le fonctionnement de cette ville décadente avec d'autres références comme la ville de New York des années 80, voire même Gotham en tant que mégapole dystopique. Une fois cela dit, la grande thématique est celle de la ville "empire" au bord du précipice qui voit difficilement cohabiter la masse et les élites. L'élite est richissime, plurielle et en rivalité et se compose des banquiers, politiciens ou bien intellectuels, toutes ces différentes catégories étant plus ou moins liées. Vivant dans leur monde et proposant des jeux au bas peuple, cette élite pose la question de l'équilibre de cette civilisation car la chute de Rome guette. Elite critiquée certes, mais sans pour autant que la fable ne la condamne totalement. En effet, Cicéron n'est que partiellement ambigu, il est un père aimant tout au plus conservateur. Toutefois, le héros et celui venant apporter une solution aux méfaits du capitalisme et à la décadence est César, lui même issu de l'élite. Il est certes un génie et un philosophe utopiste, il semble tout de même assez éloigné des préoccupations réelles du peuple bien que moins hypocrite que Cicéron qui est dans l'optique "du pain et des jeux". Pourtant, c'est lui qui trouvera une solution miracle pour la Cité, faisant de ce film une œuvre profondément technophile. Adepte du progrès, Coppola est finalement un homme de son temps. Le seul se préoccupant en revanche du peuple pour ses propres intérêts est Claudio, sorte de Donald Trump, démagogue et agitant les plus bas instincts des foules, proche par ailleurs des milieux d'extrême droite. Il est le vrai représentant de l'élite critiquée et punie dans la fable. La fable étant un genre à morale, Coppola adopte une position plus aristocratique que pro-démocratique. César trouve une solution grâce à son génie et non en s'appuyant sur la réalité des masses, quand Claudio se réjouit lui, de réunir les masses incultes. 
Au-delà du message technophile et aristocratique (au sens noble du terme comme pourrait le définir Aristote), plusieurs thématiques sont rapidement abordées par César. Elles sont toutefois sans réel lien avec l'intrigue, sortes d'interludes dispatchées dans l'œuvre. Il est fait mention de Dieu ou des dieux, inventions humaines, permettant le contrôle des foules par certains. Toutefois, ces inventeurs ont besoin de cet intermédiaire imaginaire pour manipuler les foules. Le pouvoir vient des Dieux, eux mêmes issus des humains, mais les humains ne peuvent exercer directement le pouvoir. César s'interroge aussi sur l'art et sa nature profonde et sa relation au temps. L'art n'est finalement qu'un instant figé du temps. D'autres thématiques sont également disséminées de manière plus ou moins convaincantes.


En définitive, cette vraie proposition de cinéma signée Coppola n'accrochera pas tout le monde, tant la dimension ésotérique de cette fable et sa dimension onirique au détriment de la fluidité de la narration rendent l'immersion difficile.  


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jeudi 4 juillet 2024

Le Comte de Monte-Cristo

 

Synopsis :

Edmond Dantès va enfin pouvoir se marier avec Mercédès alors qu'il va être nommé capitaine. En effet, Edmond devait devenir officier afin d'avoir l'autorisation de se lier à une des plus grandes familles du Sud de la France. Toutefois, cette future promotion sociale, qui se fait au détriment d'autres intéressés, lui attire rapidement de très gros ennuis...

Commentaire :

Une mise en scène narrative linéaire mais efficace

Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière se mettent derrière la caméra après avoir pu travailler sur le diptyque Pathé des Trois Mousquetaires qui laissait, notamment à cause de la deuxième partie, un goût amer. Ici le scénario est bien équilibré et bien adapté depuis le roman de Dumas pour le format cinéma. S'il est vrai qu'il y avait matière à faire deux parties, le film a été pensé pour se tenir d'un seul tenant avec la montée progressive de la tension. En effet, il s'agit d'un drame dont l'intrigue se tend progressivement et dont la résolution aurait été probablement moins satisfaisante si elle n'était arrivée que dans un second temps. Dans la période actuelle où la saga est reine, il est à saluer le choix de produire un film structuré qui se suffit à lui-même. Concernant la réalisation, la colorimétrie est recherchée dans un ton terne, accordé au drame mais également à la dissimulation (intentions, identités). La mise en scène est en elle-même classique et narrative, sans fulgurance mais soignée avec une photographie travaillée. Cette dernière est aidée par des décors et des paysages particulièrement réussis car en très grande partie construits en dur, ce qui apporte un cachet que la plupart des films américains n'ont plus. Ainsi, l'ouverture du film pourrait s'apparenter au premier Pirates des Caraïbes. La direction d'acteur, contrairement aux Trois Mousquetaires, est ici irréprochable avec de grands acteurs de la comédie française tels que Niney ou Lafitte. La seule réserve du film est peut-être un dernier acte un peu rapide, ou du moins qui n'apporte pas pleine satisfaction au regard de la longue construction de la tension. La mise en scène très linéaire maintient la tension du fait d'un bon scénario mais l'absence de montage alterné, parallèle ou flashback ne permet pas de rappel des enjeux. Le film étant déjà long, c'est certainement la plus sage des solutions qui a été retenue mais le dernier combat manque tout de même un peu de tension ou panache. Il est, pour le coup, moins bien filmé que les combats des Mousquetaires. A la musique, Jérôme Rebotier réalise une bande musicale digne d'un blockbuster avec des thèmes reconnaissables et travaillés de musique orchestrale. La mise en scène laisse s'exprimer la bande musicale mais celle-ci s'impose aussi parfois face aux images du fait de l'efficacité des thèmes.

Les thématiques de Dumas : Justice ou Vengeance ? [Spoiler]

Les thématiques sont sans surprise celles du roman. La grande question est celle de l'opposition entre la Justice au sens philosophique et la vengeance. La question n'est pas simple pour Edmond Dantès car la justice étatique a failli. Il va donc devoir définir ce qu'est la vraie Justice. Dès le début, l'Abbé Faria l'avertit de ne pas confondre sa quête avec celle de la vengeance, car la vengeance, en plus d'être injuste n'apporte pas satisfaction à celui qui l'exécute. Comme l'histoire le laissait présager, Edmond Dantès, devenu le comte de Monte-Cristo, finit par être aveuglé par sa quête et a pour projet de tuer un innocent, le fils d'un homme lui ayant porté préjudice. Par ailleurs, les complices qu'il implique dans cette quête destructrice se voient eux aussi ronger par la haine. Le Comte de Monte-Cristo se rendra finalement compte des risques de la vengeance quand son protégé ira plus loin que ce qui était prévu. C'est donc un équilibre difficile à atteindre qui porte en lui-même une certaine frustration. Le Comte ne trouvera cet équilibre que parce-que son premier amour, en allant chercher l'homme qui l'était avant, et en jouant donc sur la fibre émotive, viendra lui montrer l'injustice de la vengeance et donc sa propre trahison par rapport à son projet de Justice. Sa Justice ne doit pas être la Justice Divine qui, elle, est cruelle et impitoyable. Elle est par ailleurs incontestable par essence et le Comte ne peut prétendre manier l'épée divine. Edmond Dantès doit se contenter d'une justice humaine et raisonnable sans pour autant qu'il ne lui soit demandé d'aller jusqu'au pardon. 


En définitive, Le Comte de Monte-Cristo est une adaptation réussie, portée par une mise en scène efficace, des acteurs convaincants et des décors et costumes à la hauteur de ce blockbuster à la française. 


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samedi 11 mai 2024

La Planète des Singes : Le Nouveau Royaume


Synopsis :

Plusieurs générations après César, ce dernier est devenu une légende. Mais comme toute légende, l'histoire est transformée et appropriée de façon différente selon les clans de singes et, le message de paix de César n'est pas forcément préservé...


Commentaire :

Entre le réel et le CGI, l'aspect technique toujours aussi impressionnant

Le nouveau réalisateur Wes Ball s'inscrit dans la lignée de la dernière trilogie avec une mise en scène efficace et narrative. L'enjeu est de produire un film à grand spectacle mais aussi de grande qualité comme l'est la saga depuis son retour au cinéma. Peu de plans sont particulièrement marquants, en revanche, l'ensemble est fluide et arrive parfaitement à articuler les temps forts et les temps faibles qui sont la marque de fabrique de la saga, qui propose toujours des temps de réflexion. La mise en scène arrive également à gérer les dialogues de manière dynamique alors qu'une partie se fait une nouvelle fois en langage des signes. L'aspect technique revient également sur le devant de la scène, avec un tour de force renouvelé. S'il est évident que les singes sont en CGI, leur intégration dans des décors naturels se fait sans aucune difficulté, ainsi que leurs interactions avec de vrais acteurs (les singes sont également joués par des acteurs, cela rendant plus simple l'interaction). L'univers est crédible, ce qui permet une projection du spectateur dans l'histoire. Seul bémol subjectif ; peut-être manque t-il une scène de forte émotion, le film se concentrant plus sur son intrigue que sur ses personnages. A musique, John Paesano reprend quelques anciens thèmes et effectue un excellent travail, la mise en tension et l'émotion reposant également sur une partition travaillée. Il n'y a pas nécessairement de grands thèmes marquants, mais plusieurs leitmotivs récurants. C'est le cas de celui des humains qui donne le sentiment d'exotisme (vis-à-vis des singes) mais aussi de soupçon... La musique est donc également narrative. 

Une histoire prenante avec de la profondeur [spoilers]

L'intrigue convainc car elle présente une profondeur, palpable ne serait-ce que par le décor. Les anciennes traces urbanistiques de l'humanité servent d'arrière-plan au film. Les singes de leur côté, suivent leur propre évolution en reprenant les grandes étapes de l'évolution de l'humanité. Tout l'enjeu pour les singes est de ne pas suivre exactement la même voie pour ne pas disparaître comme les humains et leur hubris. La légende autour de César, plus au moins triturée et la mémoire des singes de leur passé, finissent de convaincre de la profondeur de l'œuvre et donc de la crédibilité de l'univers. Ce passé est d'ailleurs le fil conducteur et est un des enjeux du film. Les références à la Bible et au mythe de Noé rajoutent de la pesanteur à l'histoire. Les références sont utilisées mais aussi bien exploitées dans le contexte du film. Ainsi, une partie du récit se passe dans un navire (qui d'ailleurs accueille ce qui semble à un moment les deux derniers représentants intelligents de l'espèce humaine) et l'eau finira par engloutir les "mauvais" singes, ceux utilisant la force et donnant la mort. Noah lui conduit son clan "juste" dans une structure où ils sont sauvés. Le film est assez bien fait pour que les références ne soient pas nécessaires mais les comprendre rajoute un cachet à l'œuvre. 

Les thématiques d'un récit biblique [Spoilers]

La Planète des Singes : Suprématie était une réécriture du mythe de Moïse. L'évocation du prénom du héros Noah (Noé) dans les premières minutes donne l'orientation de ce nouvel épisode. Cela montre également que cet épisode s'inscrit directement dans la lignée du précédent (tout en étant détaché du point de vue de l'intrigue, puisque se passant 300 ans après). Les thématiques seront donc celles de la Genèse mais également de l'interprétation de la religion. Dans ce monde, César est devenu le nouvel Adam. Il s'agit de l'ancêtre de tous les singes, le fondateur originel dont tous les singes se revendiquent, quand ils ne l'ont pas oublié... Toutefois, même le clan de Noah qui ignore qui est César, suit les règles établies par ce dernier. Les singes du clan de Noah ignorent l'origine des lois, mais ils les suivent comme leur a inculqué les anciens. Toutefois, Noah suit les règles car il sait aussi qu'elles sont justes, c'est ce qui le rapproche du personnage biblique de Noé. Le Noé biblique incarne l'idéal de justice et de bonté, il est celui qui montre de la compassion en sauvant les animaux et souhaite préserver la nature en accueillant des couples d'animaux pour assurer l'avenir. Noah montre sa douceur envers les animaux (les aigles), dans le respect de l'équilibre de la nature (il ne prend pas tous les œufs du nid) et même envers les curieux humains pourtant méprisés par les singes. Par ailleurs, il ne tue personne pendant l'ensemble de l'intrigue alors qu'il lutte face à des ennemis qui ne se privent pas de donner la mort. Noah propose donc le chemin de la réconciliation dans un monde où s'opposent Hommes et Singes. Il est la voie juste mais d'autres personnages présentent des visions du monde différentes. Raka l'orang-outan présente la sagesse, une version proche de celle de César et donc de Noah mais plus théorique et érudite avec toutefois une altération de l'Histoire puisque pour Raka, les singes ont toujours dominé les humains. Les vestiges du monde sont des vestiges de Singes. Il faut donc protéger les humains mais comme les humains aujourd'hui peuvent avoir de compassion pour le reste du monde animal. Il représente la voie juste mais un peu trop humaine ou naïve à certains égards. Il aide toutefois Noah à trouver et à savoir ce qui est juste. Face à lui, se trouve Proximus César, l'usurpateur, qui représente le fanatisme. Dans la figure de César, il ne retient que ce qui lui permet d'assurer sa domination. Il tord ainsi la figure prophétique à son profit. Dans la Genèse, il s'apparente aux descendants de Caïn qui sont des êtres violents. Paradoxalement, il est le singe le moins naïf de l'histoire car il connaît le véritable passé du monde contrairement à Raka. Il sait que l'humain en position de force exerce toujours un rapport de domination sur l'ensemble des autres êtres. Alors à l'âge de la Révolution agricole, Proximus César voit dans les connaissances humaines et leur armement, la manière de ne jamais se retrouver de nouveau sous la coupe humaine. Toutefois, en choisissant cette voie, Proximus César prend la voie de la violence... en "s'humanisant" trop fortement, il ne vaut alors pas mieux que les humains. Noah représente à côté la possibilité pour les singes de conquérir leur "humanité" (au sens cette fois-ci noble du terme, en renonçant au droit du plus fort). Il n'est pas prêt à suivre la loi de Proximus qui est une loi injuste et dévoyée. Il est celui qui peut trancher et réfléchir. Pourtant, le film nous dit habilement que Proximus est peut-être la seule voie réaliste face aux humains car l'humaine Nova, n'a de cesse de mentir sur ses intentions... Le dernier plan avec Nova et le pistolet dans le dos est à ce titre révélateur. Elle est une alliée de circonstance pour Noah contre l'oppression de Proximus, mais elle représente également le risque d'une future oppression humaine. Le suite de la Trilogie complètera le propos mais la complexité amenée ici est déjà satisfaisante. Ainsi, le film nous propose une relecture de Genèse (pour peu qu'on ait les références) tout en présentant une critique du fanatisme (accessible à tout le monde).
Le message du film semble alors être que pour que les Singes aient un avenir, ils doivent trouver leur propre voie en évitant celle prise par les humains, qui est certes simple mais aussi vouée à l'échec. Le fanatisme humain est tout sauf un modèle!


En définitive, dans le prolongement de la dernière Trilogie, ce nouvel épisode est fidèle à la saga en qualité visuelle et scénaristique. L'intrigue reprend habilement un nouvel épisode biblique tout en offrant une critique du fanatisme. 




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mercredi 24 avril 2024

Civil War

 


Synopsis :

Dans un futur proche, les Etats-Unis sont en guerre civile. L'Etat fédéral est en difficulté face à deux Etats sécessionnistes, la Californie et le Texas. Dans ce chaos, la photographe de guerre Lee tente de documenter le conflit…


Commentaire :

Magnifier l'horrible 

La réalisation d'Alex Garland est teintée de froideur comme le sujet qu'il tente de dépeindre. En effet, pour sa dystopie, Alex Garland a choisi une image documentaire, la plus réaliste possible car si son film est bien une fiction, il a l'ambition de décrire avec réalisme la nature humaine et sa face la plus sombre. Ainsi, le film n'épargnera aucune vision au spectateur ; les morts et les blessés sont légions dans le film mais présentés sans aucun sensationnalisme ou effusion de sang superflue. Le son de la guerre, de balles et d'obus sont parfaitement retranscrits. Les plans les plus beaux et les plus marquants, autant au niveau du contexte que de la photographie sont réservés aux sujets tragiques voire sordides. A ce titre, un plan est consacré à une forêt en feu, détruite par la guerre. Le plan est sublime de part la cendre incandescente virevoltante autour de la voiture. Le deuxième plan d'une beauté assumée et en même temps d'un tragique terrible est la jeune Jessie filmée en plongée dans un charnier où les corps ont été probablement recouverts de chaux. La vision est morbide et pourtant la photographie par le cadrage et les couleurs est belle. L'humanité dans ce qu'elle a de plus répugnante est sublimée par la photographie. C'est également le message du film. Côté musique, le film reste minimaliste la plupart du temps, l'image devant rester la plus "pure" possible. La bande musicale reprend de l'ampleur à certains moments et redonne un côté cinématographique à certaines scènes Néanmoins, c'est bien le son ambiant de la guerre qui rythme le film. 


Film politique sur les conséquences de l'absence de politique [spoilers]

Civil War est particulièrement riche en thématiques, la guerre étant comprise comme la conséquence de la politique ou plus précisément de l'absence de politique. Cette dystopie improbable n'est pour autant pas impossible dans un Etat fédéral qui reste fort mais où les polarités deviennent exacerbées... comme ailleurs dans le monde au XXIème siècle. L'origine du conflit reste floue dans le film et même les protagonistes l'ignorent pour certains (nous verrons par la suite que ça n'a pas vraiment d'importance de toutes façons). Toutefois, le film a été écrit avant l'assaut pro-Trump du Capitol, c'est à dire que ce contexte de tension est perceptible depuis un certain temps aux Etats-Unis pour un fin observateur comme Alex Garland. En effet, la division entre progressistes et réactionnaires court depuis au moins une décennie et le souvenir de la guerre civil (la guerre de sécession) reste bien présent aux Etats-Unis. L'irruption d'une guerre civile alors que Trump cherche une nouvelle fois le pouvoir en cette année d'élection n'est donc pas totalement illusoire. Dans le film, le président au pouvoir est autoritaire et a changé la constitution, cela déclenchant la guerre civile : nous restons dans le domaine du possible. Ainsi comme toute dystopie, celle-ci reste un avertissement. 
Ce film nous dit d'ailleurs autre chose, l'origine du conflit importe peu. C'est ce que nous dit la scène d'affrontement entre deux snipers. Peu importe qui est en face, de quel camp il vient. A partir du moment où il représente une menace, il est à éliminer. Les soldats ne savent plus pourquoi ils se battent si ce n'est pour leur survie. L'instinct primaire des Hommes revient et nous montre une nouvelle fois la nécessité d'un Etat (le Léviathan de Hobbes), car sinon l'Homme est un loup pour l'Homme (d'autant plus que les Américains sont lourdement armés, pas loin de 400 millions d'armes en circulation). Vengeances, exécutions sommaires, le pire de l'humanité est montré dans le film. La notion de Justice a complètement disparu. Au delà des groupes de soldat, même les deux camps ont perdu cet impératif comme le montre l'exécution sans procès du Président (peu importe qu'il soit un responsable autoritaire et probablement auteur de crimes de guerre). Le camp de l'Ouest ne vaut probablement pas mieux. La justice fédérale a disparu comme la notion de Justice. Elle disparait avec la démocratie qui est pensée, à l'origine, pour éviter les rapports de force armés, l'opposition devant se faire dans les urnes. Rien ne contrôlant les Hommes, leurs pires démons ressortent. Le racisme revient évidemment sur le devant de la scène, avec la séquence du charnier, où un soldat (probablement) exécute les non-américains. Paradoxalement, il reconnait encore les Etats-Unis comme une entité.
Les Etats-Unis sont en lutte face à leurs pires démons mais qui pour face aux Etats-Unis si ce n'est les Etats-Unis eux-mêmes. Il est vrai que la géopolitique actuelle n'offre pas de protagonistes vraiment à la hauteur dans un rapport de force (35% des dépenses militaires du monde). 
Le dernier sujet est la place des journalistes de guerre. Figures positives du film au départ, la conclusion de l'intrigue vient planter le dernier clou du cercueil. Lee est une figure positive ; elle a couvert les conflits à l'étranger pour éviter que cela ne se produise aux Etats-Unis. Elle devient toutefois apathique après tant d'horreur. Sammy est lui le journaliste d'expérience gardant une certaine éthique journalistique. Tous deux sont des figures positives mais connaissent leur place de journaliste. Les journalistes restent neutre pour couvrir les conflits, ils jouissent par ailleurs d'une certaine reconnaissance aux Etats-Unis, étant présentés comme le 4ème pouvoir. Toutefois, ils doivent alors garder une posture de spectateur impuissant face aux horreurs pour parler à n'importe quel camp. Et en effet, les différents camps les respectent (sauf les individus/soldats isolés). Cette posture en fait toutefois des robots, car ils transfèrent leur capacité de jugement aux citoyens, eux se contentant d'être des témoins. Posture impossible à tenir, Lee et Sammy finissent par sortir de leur rôle, ce qui leur coûte la vie... Il reste alors le journaliste en recherche d'adrénaline, Joel, et celle cherchant la carrière et la gloire, le jeune Jessie. Le film ne nous laisse rien, toute figure humaine est définitivement corrompue à la fin.  


En définitive, Civil War est une dystopie glaçante sur la nature humaine, dystopie ayant des racines profondes dans notre monde réel... 




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mardi 20 décembre 2022

Avatar : La voie de l'eau

Synopsis :

Jake Sully désormais Na'vi à part entière comprend que le répit sur Pandora ne sera que de courte durée après le retour des exploitations humaines. Cette fois-ci, il a en plus une famille à défendre...

Commentaire :

James Cameron toujours maître de la narration

Si les scénarii chez Cameron sont toujours assez simples (ou ont la qualité de la clarté diraient d'autres), la mise en scène est en revanche à chaque fois une leçon de cinéma. Cameron maîtrise comme personne le cinéma narratif si bien qu'il est capable de proposer un spectacle de 3h12 parfaitement dosé en temps forts et en temps faibles pour maintenir l'intérêt du spectateur. Les temps faibles justement servent à travailler les personnages, toujours importants chez le réalisateur. Ici le levier émotionnel est trouvé grâce à un travail sur la famille et les relations au sein de cette famille, dans un schéma d'une simplicité incontestée (quoi qu'il s'agisse d'une famille recomposée) mais diablement efficace. Par ailleurs, il est à noter que si les scénarii de Cameron paraissent simples, ce n'est pas tant du fait de leur pauvreté mais de l'habilité de Cameron à rendre le propos clair, fluide et limpide par un développement de l'intrigue parfaitement pensée et une mise en scène qui sait mettre en valeur les éléments importants de narration. Toutefois, il est impensable ici de ne pas mentionner la qualité visuelle du film et la caméra virtuose dans cet environnement qui fait énormément pour l'immersion. Le film est graphiquement et visuellement riche à chaque plan, dont certains éléments ne sont pas relevés verbalement mais simplement montrés. C'est cela le Cinéma. A titre d'exemple, les Na'vis des îles ont des membres supérieurs plus larges ainsi qu'une queue plus massive pour servir de gouvernail. Jamais les personnages ne le disent directement mais la mise en scène insiste grâce à certains plans sur ces éléments. Le monde est donc plus large que ce qui est dit et en cela le monde est crédible et cohérent... en plus d'être un personnage à part entière. Pour les fans de la filmographie de James Cameron, certains retrouveront aisément des références au premier Avatar (par les dialogues, les phases initiatiques) mais également à d'autres films comme Abysse en encore à plusieurs scènes de Titanic. James Cameron aime la mer / l'océan comme lieu où se déploie une intrigue. Pour en terminer avec l'aspect technique, la bande musicale est ici l'œuvre de Simon Franglen, collègue du regretté James Horner qui reprend habilement et logiquement les thèmes du premier film pour garder une réelle cohérence d'ensemble. Certains thèmes sont nouveaux mais toutefois peu marquants, ne pouvant éclipser la puissance des thèmes de 2009.

Une variante thématique du premier opus

Seul petit défaut du premier Avatar : un message juste mais un peu trop manichéen, si tenté que les Na'vis renvoient aux peuples indigènes terrestres (nouveau renvoi ici aux Amérindiens avec une scène d'attaque de train). Le mythe du bon sauvage a vécu mais comprenons que James Cameron ne cherche pas tant à défendre nécessairement les indigènes qu'à critiquer le modèle capitaliste poussé à son paroxysme lorsqu'il s'allie au militaire. Cameron décrit simplement mais justement les dérives si ce n'est même la nature du capitalisme. Le premier épisode pointait du doigt l'extractivisme (avec un minerai au potentiel incroyable). Dans cet opus, ce n'est plus le minerai qui est recherché mais le vivant, qui est symboliquement le liquide cérébrale d'êtres intelligents. Les humains viennent alors marchandiser le vivant après avoir exploiter les ressources inertes de l'île. Tout peut être réduit à des chiffres. Propos qui n'a jamais été aussi juste. Néanmoins, il est possible d'avoir un regret sur ce cet épisode. Le message et les enjeux ne changent guère entre les deux épisodes, il s'agit uniquement d'une variante qui manque un peu d'originalité contrairement à l'exploration visuelle et culturelle des nouveaux biomes et cultures montrés. 


En définitive, Avatar : la voie de l'eau est une nouvelle plongée visuellement incroyable dans l'univers de Pandora, aidée en cela par une mise scène qui est un modèle de narration. Seul bémol, la thématique (et donc le scénario) n'est qu'une variante du premier épisode. 


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dimanche 13 novembre 2022

Black Panther : Wakanda Forever



Synopsis : 

T'Challa n'est plus. Le Wakanda est en deuil et sans protecteur, Killmonger ayant brûlé toutes fleurs permettant de devenir un Black Panther...

Commentaire : 
 
Une réalisation toujours aussi soignée de Ryan Coogler

Ce nouvel épisode mettant en scène le héros du Wakanda bénéficie d'une mise en scène soignée de Ryan Coogler. Par leurs thématiques les Black Panther recèlent une certaine gravité mais celui-ci avait en plus à traiter la disparition de l'acteur principal Chadwick Boseman. Il en résulte un film trés sérieux pour un Marvel ; exit donc les blagues récurentes et la dédramatisation régulière d'un Thor : Love an Thunder. Le film prend le temps de traiter ses sujets en ménageant des temps faibles. Cette qualité peut aussi être un défaut sur certains passages car le film a une durée certaine et certains éléments de l'intrigue évidente mettent du temps à advenir. Au delà du rythme, la caméra est virtuose dans ce monde presque exclusivement composé en numérique. Les mouvements et les angles de caméra varient constamment et ce, pas uniquement pour les scènes d'action. La photographie est également réussie, toutefois dans la mise en scène, rien n'est particulièrement original pour un film avant tout narratif. Le casting, presque exclusivement féminin fait un bon travail (mention spéciale à Angela Bassett - la Reine mère - et Danaï Gurira - Okoye -) sans toutefois faire oublier l'absence de Chadwick Boseman. La bande musicale de Ludwig Göransson de retour fait beaucoup pour ancrer l'univers du Wakanda et soutient également les temps faibles de la réalisation. Toutefois, le film ne possède pas de scène d'exposition ou contemplative permettant à la composition de se mettre aussi en valeur que dans le premier épisode.

Thématique : la Justice par la paix ou la violence : une redite du premier ? 

L'antagoniste de cet opus est Namor, chef du peuple des mers issu des civilisations précolombiennes (Maya). Pour pouvoir garder la thématique de la critique du monde occidental, Marvel a donc transformé le héros de l'Atlantide (grec) en héros d'origine d'amérindienne, il reste toutefois quelques traces de l'ancienne origine dans les chants de sirènes séduisant les marins. Il s'agit comme pour le premier opus d'un film communautaire (sans connotation négative) mettant en avant d'autres cultures. Ici, le monde du peuple de la mer issu de la civilisation maya est assez travaillé et intéressant visuellement et culturellement (langue utilisée). Il en demeure toutefois un problème pour l'intrigue : le film oppose les civilisations mais ne peut réellement décrire les ennemis du Wakanda comme des méchants (car cela manquerait de délicatesse pour les peuples d'Amérique centrale). Il en résulte que la résolution de l'intrigue n'est pas pleinement satisfaisante. En revanche, le fait d'avoir un antagoniste ambigu est intéressant car ses motivations sont compréhensibles voire partageables. Un bon méchant est un gage de qualité pour un film de super-héros. 
Le film affiche une volonté cathartique, dans la veine du premier épisode. En intrigue secondaire, il en profite pour mettre une petite claque (bien méritée) aux anciennes puissances coloniales toujours à la recherche de plus de ressources à exploiter. Toutefois, la description géopolitique actuelle est un petit peu simpliste car les politiques impérialistes en Afrique aujourd'hui (au Mali par exemple) ne sont plus simplement le fait du monde occidental. Les charniers au XXIème siècle sont plutôt le fait de puissances illibérales, bien que la politique capitaliste de l'occident soit encore critiquable. Dans le même ordre d'idée, appelé les "blancs" par le sobriquet de "colonisateurs" est oublier que d'autres peuples ont déjà eu ces mêmes aspirations (avec moins de moyens certes) et que tous les peuples caucasiens n'ont pas forcément eu des empires coloniaux. Ross (Martin Freeman) en tant qu'américain peut être le représentant d'une politique impérialiste, toutefois les Américains n'ont pas eu d'empire colonial. Pendant la guerre froide avec l'URSS, les deux superpuissances étaient en faveur de la décolonisation. Néanmoins, Marvel ne peut prétendre donner un cours de géopolitique et le film joue habilement sur la crête de la démagogie avec certaines communauté, à la manière du dernier Black Adam de DC. Fait habilement, cette catharsis n'est pas forcément un mal. 
Toutefois, la faiblesse thématique de ce film n'est pas la justesse du propos mais le fait qu'il s'agisse d'une redite des enjeux du premier Black Panther. En effet, le premier Black Panther était un réinvestissement du duel théorique entre Martin Luther King et Malcom X. Le but est la Justice mais les moyens d'action diffèrent. Ici, la même opposition voit de nouveau le jour entre le Wakanda et le Prince Namor. Toutefois, la réponse a déjà été apportée dans l'opus précédent. Le film rate en plus cette fois-ci le symbole car Shuri porte les couleurs de Killmonger, même après avoir renoncé à la vengeance. Elle aurait dû reprendre les couleurs de son frère après la résolution de son dilemme, ainsi le message aurait été clair et l'héritage de T'Challa intact. 


En définitive, Black Panther Wakanda Forever est un bon épisode marvélien, sans toutefois se hisser au même niveau que le premier épisode. Si l'inclusion de la culture maya est incontestablement un succès, le dilemme thématique entre la violence et la non-violence dans un idéal de Justice est une redite du premier opus. 


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dimanche 3 juillet 2022

Elvis

 

Synopsis :

Elvis, jeune garçon élevé dans la culture et la musique afro-américaine, bouleverse le monde de la musique en mêlant la country au rhythm and blues. Dans une Amérique divisée par la question raciale, le prodige du Rock'n'roll unit les Etats-Unis dans la musique...


Commentaire :

La mise en scène rock 'n' roll de Baz Luhrmann 

Baz Luhrmann cherche une mise en scène rock 'n' roll qu'il transcrit à l'écran à l'aide d'un montage très rythmé. Les effets visuels, notamment d'incrustation de texte sont pléthores. Les mouvements de camera (numériques ou réels) permettant les transitions sont également nombreux. Si on ne peut que reconnaître l'attention portée à la mise en scène, l'accumulation d'effets (mentionnons également les split-screens) nuit à la fluidité de l'histoire, du fait d'effets trop voyants et d'un rythme qui n'offre aucun temps faible (de repos). Néanmoins, la mise en scène correspond bien à la musique dépeinte et au personnage qu'elle souhaite présenté. Par ailleurs, certaines scènes semblent inventées pour correspondre à une certaine thématique, et donc réaliser de la mise en scène. Par exemple, lorsqu'Elvis est perdu dans sa vie, cela est transcrit par une scène dans un labyrinthe de miroirs. Ainsi un grand nombre de scènes parait présent dans un objectif thématique et de réalisation sans avoir de réalité historique. La musique est essentiellement composée d'un medley des meilleures musiques d'Elvis Presley selon la période narrée. Il est dommage à ce titre que les morceaux d'Elvis soient sous forme d'extraits, rarement en entier. La musique orchestrale d'Elliott Wheeler est à côté très discrète et n'a d'autre fonction que d'accompagner l'histoire.

Biopic très largement romancé 

Si ce biopic correspond dans les grandes lignes à la vie d'Elvis Presley (puisqu'un bon nombre de scènes sont thématiques et non historiques), les péripéties du chanteur semblent amplifiées pour coller à certains sujets. En effet, la cause noire, - la ségrégation et la discrimination - semble très appuyée comme si Elvis avait été un pond entre ces deux Amériques dans les années 60. Etait-il si politique, dans le sens proche de la culture afro-américaine ou le film choisit-il de faire correspondre la vie du chanteur à une thématique actuelle mais également plus prenante pour le scénario ? Plus largement, les moments de rébellion face au monde qui entoure Elvis, ou face à son manager Tom Parker, sont-ils si épiques à l'image des scènes du film ? Le film prend en tout cas un parti pris et l'interprétation magistrale d'Austin Butler et de Tom Hanks permet d'y croire. 


En définitive, Elvis est un film à la réalisation rock 'n' roll dont il faut être capable de suivre le rythme effréné. 


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