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samedi 4 octobre 2025

Une bataille après l'autre

 

Synopsis :

Perfidia et Bob sont membres d'un groupe révolutionnaire qui combat les politiques autoritaires et liberticides mises en place aux Etats-Unis. La vie révolutionnaire est un engagement complet qui ne va pas sans risque, d'autant plus si un bébé entre dans l'équation...

Commentaire :

La recherche d'une réalisation maîtrisée

Paul Thomas Anderson utilise toute la puissance symbolique de la mise en scène, aidé en cela par un budget digne d'un blockbuster. En effet, le film, malgré l'ampleur narrée, ne semble pas souffrir de contraintes. Ainsi, Paul Thomas Anderson s'autorise le grain de la VistaVision, une caméra pellicule onéreuse, pour retrouver le cachet des films d'antan. Il s'appuie également sur une photographie sublime, avec une recherche à chaque plan. Les scènes de nuit et de profil sont probablement, à ce titre, les plus mémorables, sans oublier les plans de grand ensemble des vastes espaces américains. Plusieurs scènes restent en mémoire de par leur maîtrise et leur composition à l'instar de la première scène d'assaut des révolutionnaires ou de l'assaut des policiers/militaires du magasin latino. La scène de confrontation entre Willa et Lockjaw est parfaite dans sa progression en commençant par un plan marquant de demi ensemble dans l'église. S'il ne devait rester qu'une scène, ce serait la scène finale de course-poursuite avec une caméra donnant la vision de l'avant de la voiture, à hauteur de la plaque d'immatriculation. En plus d'être originale et apportant une sensation de vitesse sur les routes vallonnées, cette caméra sert pleinement au dénouement de la scène. Un vrai tour de force. 
A la musique, Jonny Greenwood apporte beaucoup à la mise en tension des scènes. Toutefois sa partition jazzy dissonante, appropriée pour certaines scènes, en devient presque désagréable après plusieurs utilisations. Si le sens des scènes justifie parfois une musique crispante, son abus nuit au ressenti procuré par les scènes.

Un casting pleinement investi

Si le cachet des acteurs explique en partie le budget démesuré du film, ils sont tous, ici, à l'origine d'une performance irréprochable. DiCaprio et Del Toro sont comme à leur habitude très justes dans des rôles presque opposés (la peur et la sérénité). Quant à Sean Penn, l'acteur doublement oscarisé crève l'écran par sa transformation physique et son interprétation intense d'un fasciste ambigu et dérangé. La révélation du film reste toutefois Chase Infinity de par le panel et la puissance de son jeu. La performance des acteurs s'associe ici au sans faute de la mise en scène.

Les thématiques : politiquement fort, peut-être trop ? [spoilers]

Le film est thématique au premier chef puisque la politique est le centre de l'intrigue. Le film voit s'opposer un groupe révolutionnaire d'extrême gauche à un Etat démocratique mais en voie d'illibéralisation, de plus en plus autoritaire, gangréné par des groupes fascistes voire nazis au sommet de la société. Là où le film est intéressant est que la figure de la révolution Perfidia est loin d'être irréprochable et à un goût pour la domination (alors que sa mission est de combattre la relation de domination) et que le colonel Lockjaw, sorte de proto-fasciste du groupe dominant aime être dominé. Cela apporte de la nuance et de la complexité à l'ensemble. Le film épouse toutefois, et bien entendu, d'abord le point de vue des révolutionnaires. Toutefois, le film dénonce avant tout les individus en haut de la société, le groupe des ultra-riches, manifestement nazi dans leurs discours, composés d'individus bien pires et plus radicalisés que le fascite Lockjaw. Cela pourrait presque s'apparenter à une caricature si l'Amérique trumpiste ne s'était pas imposé récemment, ainsi que les groupes d'ultra-droite dans les sociétés occidentales. Le message du film est clair et aurait été assez subtil s'il n'avait pas été sur-appuyé à la fin avec la scène du gazage et de la crémation. Le message en devient presque grossier dans la forme bien que restant pertinent sur le fond. 
Quelques autres thématiques secondaires sont également présentes comme la filiation, décrite au départ comme génétique ("grande lignée de révolutionnaires") avant de prendre une tournure bien plus pertinente puisque Willa fait le choix de la Révolution malgré la révélation sur ses origines. Le film est touchant car il est tout autant un film sur la famille que sur la révolution.


En définitive, Une bataille après l'autre est l'œuvre la plus aboutie de P.T Anderson de par sa mise en scène léchée et la performance de son casting. Le film vise thématiquement très juste, d'autant plus dans le contexte actuel. Dommage que la subtilité se perde à la toute fin.  


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