De Gaulle tente d'incarner la France résistante, celle qui a refusé la défaite de 40. S'il trouve une oreille plutôt bienveillante du côté de Churchill, il doit s'imposer auprès des Américains qui comptent bien "libérer" la France selon leurs conditions...
Commentaire :
Antonin Baudry, pour un grandiose incarné
Antonin Baudry s'attaque à un monument français : le Général de Gaulle. Pour le film le plus cher à ce jour du cinéma français (si on prend en compte les deux parties), Baudry cherche à réaliser un film épique et grand public. Clair dans l'intrigue, impressionnant par ses batailles et riche en action, le film est facile d'accès. Malgré le sujet, les scènes violentes et de torture restent très soutenables. Le film propose logiquement une mise en scène narrative, ce qui n'empêche pas un beau travail sur certains plans (des plans symboliques, avec souvent un travail sur la symétrie). Le rythme est très soutenu pour un film relativement long, qui enchaîne plusieurs moments marquants de la constitution de la France libre. L'attention du spectateur est maintenue par un montage alterné qui renforce la tension et qui souligne l'intrication des événements. Les différents événements narrés sont d'égale qualité, que cela soit les scènes de bataille, restreintes, mais très bien filmées, ou les scènes plus intimistes avec De Gaulle, incarné par le très juste Simon Abkarian. Le personnage capte le spectateur par son sens moral, mais également par son côté grandiloquent, apportant quelques tonalités humoristiques. L'ensemble de l'œuvre est porté par l'excellente musique de Théo Cascio. Cette musique orchestrale contribue fortement à la dimension épique de l'œuvre lors des scènes à enjeux et s'impose de manière magistrale dans une des dernières scènes pendant laquelle est lu un poème. C'est donc techniquement un film de très belle facture, peut-être un peu sage, mais très efficace.
Un film historique pour mettre en lumière certains faits
Ce film historique n'a pas de réflexion proprement ontologique. Sa vocation est de mettre en lumière certains faits historiques demeurés dans l'ombre dans le cinéma américain ou dans le roman national français. En effet, ce film souligne que la montée en puissance de De Gaulle n'avait rien d'évident pendant l'Occupation. Personne ne sait qui il est en 1940. Il est tout au plus une voix à la BBC. C'est bien une trajectoire jonchée d'obstacle qui est décrite, qui cherche à éviter toute téléologie dans une démarche historique. Ainsi, il faut une personnalité affirmée et déterminée pour s'imposer et représenter la France combattante. Si Churchill est généralement du côté de Gaulle, le film souligne l'opposition américaine de Roosevelt. Selon le film, l'allié américain souhaite en effet établir un protectorat américain en Europe (l'AMGOT) et redessiner une partie du continent. Tout ce qui est mentionné dans le film s'appuie sur des sources ; il reste à savoir maintenant si les événements narrés ont eu une telle importance à l'époque. La problématique du film peut toutefois expliquer en partie cet angle de narration, car le film choisit le point de vue de la France Libre et de de Gaulle. Cela peut expliquer ce prisme déformant ; par exemple, le débarquement en Normandie a une place réduite puisque la France libre y a une place mineure - peut-être aurait-il fallu aborder alors le débarquement en Provence (problème de moyens ?) ? Toutefois, même en ayant en tête ce parti-pris, nous aurions pu croire à une hagiographie sur le grand Charles... si le film n'était pas inspiré du livre de l'historien britannique Julian Jackson, En effet, malgré son côté grandiloquent, c'est avant tout sa droiture morale qui ressort de l'œuvre. Un homme passionné par la France et sa souveraineté. La volonté de faire de ce film une œuvre grand public et épique peut également expliquer une orientation plutôt favorable à de Gaulle. Le film demeure intéressant sur le fond du fait du recentrage de l'événement sur le point de vue français, tout en soulignant la difficulté pour de Gaulle à s'imposer dans le contexte de la défaite de 40.
En définitive, La Bataille de Gaulle réussit à conjuguer spectacle et intérêt historique pour le grand public. En choisissant le point de vue de la France libre, Antonin Baudry met sous les projecteurs la difficile affirmation de la souveraineté française au sein du camp allié.
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