Les sorties de la semaine

dimanche 1 février 2026

Hamnet

Synopsis :

Will s'éprend de la belle Agnès, jeune femme mystérieuse ayant un lien particulier avec la forêt. Les deux jeunes gens finissent par se promettre l'un à l'autre. Agnès tombe rapidement enceinte de leur première fille. Will, lui, commence l'écriture de ses pièces de théâtre. Alors qu'Agnès est à nouveau enceinte, Will se rend à Londres afin de rejoindre une troupe de théâtre...

Commentaire :

Le cinéma contemplatif à l'ambition réaliste de Chloé Zhao

Chloé Zhao prend en charge la réalisation du roman narrant la vie fictive de Shakespeare. Une photographie extrêmement soignée est associée à une mise en scène très minimaliste afin de plonger le spectateur dans l'Angleterre du XVIème siècle. La photographie est, avec la performance d'acteur, la très grande réussite de ce film qui offre un tableau à chaque plan, avec un vrai travail de composition. Il y a également un jeu important avec la lumière naturelle dans les scènes extérieures ou avec la lumière des chandelles pour les scènes d'intérieur. Ainsi, le regard du spectateur est toujours porté par la lumière qui met au centre du plan les éléments importants, bien souvent les visages. En effet, le jeu d'acteur est le centre de la mise en scène et ils font l'objet très souvent de gros plans resserrés sur leur visage, en particulier Jessy Buckley et Paul Mescal. Le rythme du montage est plutôt lent, ce qui laisse le temps aux acteurs d'exprimer leur talent. Paradoxalement, la vie des personnages passe vite. D'importantes ellipses dans l'intrigue amènent directement le spectateur sur les moments forts de la vie des personnages sans que le sujet n'ait été développé plus en amont (la scène d'enterrement de l'aigle, ou la question de la violence du père de Will par exemple). Ce choix diminue l'impact émotionnel du film, hormis évidemment l'apothéose émotionnellle de fin. Si le final est une magnifique conclusion, il ne peut faire oublier un film finalement dans son ensemble plutôt lisse qui amène assez mécaniquement des tranches de vie des personnages. La composition musicale illustre assez bien l'ensemble de l'œuvre car la partition de Max Richter est plutôt minimaliste et discrète tout au long de l'œuvre. Le mixage sonore naturaliste prend même le dessus dans l'ambiance sonore. La bande musicale s'impose finalement et avec brio dans le moment d'émotion final. Il s'agit du seul thème reconnaissable du film mais il s'agit d'une réutilisation d'une ancienne composition de Max Richter, ce qui souligne la difficulté de faire émerger ici un thème propre et original à Hamnet

Vivre son deuil [spoilers]

Le film, comme le roman dont il est tiré, vise à chercher et à démontrer l'influence de la mort d'Hamnet, le fils de Shakespeare, sur l'œuvre du dramaturge anglais. Il n'y a toutefois aucune preuve historique ou philologique dans l'œuvre de Shakespeare qui permette d'appuyer cette hypothèse (notons que la mort d'un enfant est la norme à cette époque et un évènement de fait moins marquant qu'aujourd'hui). Si le film cherche notamment à mettre en lien Hamnet et la pièce Hamlet, l'intérêt du film se situe également dans l'histoire narrée autour d'Hamnet et de son amour pour sa sœur jumelle. Cette dimension est tout aussi touchante que les autres questions abordées. Toutefois, la notion de deuil reste bien présente dans l'œuvre avec deux attitudes diamétralement opposées présentées. Il y a d'abord celle d'Agnès, la mère. Celle-ci se laisse submerger par cet évènement de la vie, elle qui a affronté souvent seule le rôle de parent. William, quant à lui, est plus distant et semble vite passer à autre chose, lui qui ne vit pas avec sa famille. Toutefois, la proposition du film est que la mort d'Hamnet a nécessairement marqué William Shakespeare. Son deuil travaillerait dans son esprit d'artiste et finit par ressortir et s'exprimer dans sa tragédie d'Hamlet. Le film a l'avantage de vouloir proposer une matérialité au personnage de Shakespeare dont on ne sait que peu de choses sur sa vie, hormis ses textes. L'histoire est crédible, belle et touchante. Le projecteur est plus mis sur le personnage d'Agnès et c'est à travers ses yeux que le spectateur essaie de comprendre comment William surmonte son deuil. Il n'est pas dit que l'histoire se soit véritablement passée ainsi, mais la proposition est intéressante.


En définitive, Chloé Zhao propose un film tout en retenue sur la vie supposée du couple Shakespeare. La photographie et les performances d'acteurs sont les atouts premiers de ce drame assez sage, avant l'apothéose émotionnelle du final. 



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mardi 30 décembre 2025

Avatar : de Feu et de Cendres

 


Synopsis :

Jack Sully et sa famille sont réfugiés dans la tribu de l'eau. Ils peinent à reprendre goût à la vie après la mort de leur fils aîné Neteyam. De plus, Quaritch sous sa forme d'avatar est toujours en vie, à la fois à recherche de Jack en tant que traître, et de Spider, son fils biologique, adopté par la famille Sully...


Commentaire :

Une mise en scène toujours à la pointe des effets spéciaux

James Cameron est celui qui à chaque sortie de film place la barre plus haut au niveau des effets spéciaux. Il ridiculise au passage tous les autres blockbusters par le réalisme de ses CGI. Le monde de Pandora est riche et foisonnant, toujours dynamique. Il s'agit d'un vrai écosystème comme le montrent chaque plan du film. Les plans d'ensemble ou demi-ensemble sont nombreux afin de montrer la profondeur de ce monde. La possibilité de s'immerger dans un monde crédible et complexe est encore une fois l'une des premières qualités de ce film, qui est techniquement irréprochable. La mise en scène est sinon assez classique dans sa construction avec un montage avant tout narratif et fonctionnel. Quelques plans référencés rajoutent un petit cachet à la mise en scène avec des clins d'œil à Apocalypse Now, 2001, l'Odyssée de l'Espace ou encore Titanic. C'est un film généreux en tout point. Cela peut également constituer son seul grief de mise en scène : les scènes d'action sont toujours impressionnantes mais nombreuses et d'une certaine longueur sur la fin, avec même un double climax qui comprend plusieurs retournements de situation. Pour autant, les moments les plus touchants se trouvent souvent en dehors des scènes d'action, qui constituent plus une gourmandise visuelle qu'un réel impératif de narration.
A la composition, Simon Franglen joue habilement avec les thèmes reconnaissables de James Horner. Il apporte de jolies variations sans pour autant créer de nouveaux thèmes reconnaissables. Toutefois, les thématiques ayant peu varié sur cet épisode, il était difficile d'inventer de nouveaux thèmes, si ce n'est peut-être pour la nouvelle tribu. Cela mis de côté, la composition est encore une fois un point fort de l'œuvre, aidée en cela par des plans d'exposition ou de longues scènes d'action laissant de la place pour la bande musicale.  

Des thématiques qui se suivent et... se nuancent [spoilers]

Les thématiques de la saga Avatar sont toujours intéressantes et pertinentes car elles sont des critiques légitimes et nécessaires du temps présent. La seule question qui se pose est celle de la redondance de celles-ci. La question du deuil avec la mort de Neteyam à la fin du deuxième film est, pour le coup, nouvelle et plutôt intéressante. Plusieurs attitudes sont décrites avec la réponse caractéristique et "masculine" du père Jack, qui s'occupe et ne laisse rien paraître. Ney'tiri, la mère, se replie sur les traditions et développe de la haine envers les humains. Enfin, Lo'ak, le frère, développe de la culpabilité et n'est aidé en rien par la fermeture d'esprit et l'absence d'intelligence émotionnelle de son père. A sa manière, chacun suit sa voie plus ou moins dangereuse mais c'est bien les liens au sein de la famille qui permettront de surmonter cette épreuve. 
En revanche, il est vrai que d'autres thématiques reviennent comme la critique profonde de l'extractivisme liée au capitalisme qui est la thématique première, et qui transcende toute la saga. Le corollaire pour les humains est l'absence d'empathie pour le vivant et les autres cultures, complètement reléguées après la nécessité de profits. Le capitalisme est ici guerrier et s'appuie sur des mercenaires pour faciliter l'exploitation. Le militaire prend même le dessus sur le business au cours de l'intrigue, ce qui est inédit ici. Chez les humains, les seuls à sauver sont les scientifiques qui, eux font l'effort de s'intéresser à "l'autre". L'humanité est critiquée pour son absence de spiritualité. Elle est formée d'êtres purement techniques (les avatars), mécaniques (multiples robots) et rationnels (recherche du profit). Les Na'vis eux sont des êtres spirituels avec toutefois un vrai argument de leur côté dans le sens ou Eywa, la mère nature, existe dans l'intrigue. La raison tombe donc du côté des Na'vis. Cette thématique est complétée dans le film car Jack, qui se prétend toujours marine (militaire), doit faire le choix entre la raison et la rationalité concernant le cas de Spider. [Cela semble un peu forcé du point de vue du scénario car il était manifeste que Jack avait choisi son camp, pour autant avait-il aussi changé sa façon de penser ?] Soit il l'exécute et sauve potentiellement Pandora de la colonisation, soit il épargne son fils adoptif. Ce choix presque abrahamique fait par Jack montre que la fin ne justifie pas les moyens. En sauvant son fils adoptif, il devient véritablement Na'vis : il est raisonnable plutôt que rationnel. Cela permet également de compléter la thématique de la famille élargie et recomposée en insistant sur le fait que l'important est le temps consacré à l'autre (pour Spider et Kiri) et non le lien génétique, bien que cela ait de l'importance pour Quaritch (qui n'est pas la figure à suivre dans l'œuvre). 
L'apport véritable au niveau des thématiques est l'arrivée d'une tribu Na'vi "hérétique". C'est une tribu athée et donc négative dans ce monde car Eywa existe. Elle apporte de la nuance à Pandora et atténue la version du "bon sauvage" manifeste dans l'œuvre. Toutefois, leur négativité dans l'intrigue est renforcée par leur porosité aux idées humaines. Cet apport s'inspire visiblement sur l'histoire humaine qui montre que les puissances impériales s'appuient souvent sur des minorités pour s'imposer dans une région. Cette nouveauté au récit est salutaire pour l'œuvre qui travaille souvent les mêmes thématiques. 

En définitive, Avatar de Feu et de Cendres est une nouvelle fois un tour de force technique de James Cameron et permet une vraie immersion sur Pandora. Les ressorts narratifs ne diffèrent pas profondément des précédents épisodes mais les thématiques sont complétées et nuancées (la nouvelle tribu antagoniste). 



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dimanche 26 octobre 2025

La vie de château, mon enfance à Versailles

 


Synopsis :

Violette est devenue pupille de la nation à la suite des attentats de 2015. Elle est alors placée chez son oncle Régis, agent d'entretien au château de Versailles. Violette et Régis vont alors apprendre à se découvrir, eux qui ne partagent rien...


Commentaire :

Dans la tradition de l'animation française

Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H'Limi réalisent un petit film d'animation touchant et épuré. C'est le dessin, presque simpliste, qui donne au film un ton léger malgré la gravité du sujet évoqué. Le point de vue de Violette, rêveuse, apporte également une dimension onirique qui enveloppe le drame tout en préservant l'émotion liée à celui-ci. Il est vrai toutefois que les possibilités permises par l'animation sont tout juste effleurées, le film restant très terre à terre malgré quelques visions/rêves de Violette parfois représentés (l'œil égyptien la nuit, la rencontre avec le Roi Soleil). La mise en scène est finalement assez lisse, ce qui est également un moyen d'atténuer le poids du drame. A la musique, Albin de la Simone réalise une partition simple et efficace, avant tout dominée par le piano. Avec le dessin, cela contribue à ancrer cette réalisation dans la tradition française dans une sorte de minimalisme percutant mais à moyens limités.

Surmonter le deuil et plus

Comment retrouver une vie normale, du moins supportable ? Là est la question centrale du film. Le film traite du changement de vie dramatique de Violette, une petite fille de 8 ans environ, après la mort de ses deux parents. De plus, elle est envoyée chez son oncle, qui n'a rien d'une famille d'accueil, que cela soit dans son mode de vie ou ses conditions matérielles. C'est là le défi de Violette, surmonter la mort de ses parents tout en apprenant à découvrir un oncle qu'elle n'a pas vu depuis plusieurs années. Ce drame est également l'occasion pour Régis, l'oncle  de Violette, de surmonter les blessures du passé et de reprendre contact avec sa famille. Il est aidé en cela par Violette qui guérit en même temps qu'elle aide son oncle. Là est le message du film, se reconstruire par l'amour. Surmonter son deuil, c'est accepter de commencer une nouvelle vie et de s'ouvrir à de nouvelles relations. Régis, derrière son air bourru, a un grand cœur fragile, dans lequel Violette a toute sa place. Ce drame s'est transformé en opportunité, c'était peut-être la seule façon d'avancer.


En définitive, La vie de château, mon enfance à Versailles est un film d'animation touchant aux dessins simples et épurés qui montre que tout drame, aussi tragique soit-il, peut être finalement surmonté. 

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samedi 11 octobre 2025

Tron : Arès


Synopsis :

L'ombre du génie de l'informatique Kevin Flynn plane toujours sur le domaine des hautes technologies. La firme Dillinger spécialiste de l'armement et la légendaire firme Encom spécialiste des jeux vidéos sont au coude-à-coude pour trouver la nouvelle révolution technologique : amener la Grille numérique dans le monde réel...

Commentaire :

Immersion dans la grille ?

Joachim Ronning a été choisi pour réaliser le troisième film de la saga Tron, mission hasardeuse tant les visuels des deux premiers films ont été révolutionnaires. Pour autant, la réalisation est fidèle à la saga du fait d'une photographie aboutie et de visuels impressionnants, que cela soit dans la Grille ou le monde réel. Dans la Grille, la caméra ne souffre d'aucune limite et circule à travers des décors impressionnants grâce à des travelings numériques. D'ailleurs, les trois Grilles du film ont des univers propres et sont facilement identifiables du fait de leur code couleur (mais pas uniquement). Le grand intérêt du film est toutefois qu'il propose, contrairement aux deux premiers épisodes, la majorité des scènes d'action dans le monde réel, tout en gardant un certain sensationnalisme grâce à l'incarnation des I.A et de leurs machines dans notre monde. Les fameuses course-poursuites en moto sont tout aussi impressionnantes dans le monde physique, avec en plus la gravité liée à leur déroulement dans un monde peuplé d'humains. A ce titre, la mise en scène dans le monde réel, n'a rien à envier à la mise en scène dans la grille. La performance du personnage de Jared Leto fait beaucoup pour mêler et fusionner les deux mondes, en tant qu'I.A en voie de conscientisation. Néanmoins, l'écueil de cet opus est qu'il ne propose pas de visuel révolutionnaire contrairement aux films précédents qui détonnaient à leur époque. La mise en scène est très convenue dans un monde cinématographique plein de CGI. De plus, le scénario, bien qu'original pour la saga (puisque cette fois-ci c'est bien le numérique qui entre dans notre monde et non l'inverse) est en fait assez convenu pour un film de SF. La bande musicale, du groupe Nine Inch Nails est plutôt réussie et un élément fort du film mais ne se hisse pas au niveau de la B.O de Daft Punk pour le dernier opus. Toutefois, le voyage visuel et sonore reste le principal atout du film.

Les thématiques : raison et rationalité [Spoilers]

En tant que film de SF, quelques thématiques importantes sont mises en avant. Notons rapidement, l'évolution futuriste de l'imprimante 3D ou les sessions de thérapies menées par une I.A. Toutefois, c'est la spécificité de l'humain par rapport à l'I.A qui est le centre de l'œuvre. Elle se caractérise par une rationalité incomplète bousculée par des sensations et des émotions liées à la condition d'être vivant. Pour autant, le film est plus nuancé qu'il n'y paraît car si Kim est l'incarnation de l'humaine entière (intelligente, mais sensible et marquée par ses traumatismes) et Athéna du programme obéissant quoi qu'il en coûte, d'autres personnages sont dans une zone grise. Il y a bien entendu Arès qui s'humanise au fur et à mesure qu'il en apprend plus sur les humains (Kim en particulier) et qu'il découvre les sensations dans le monde physique. Sa volonté est de s'incarner pleinement dans le monde réel et d'embrasser la finitude qui est la caractéristique première d'un être vivant. Paradoxalement, s'incarner définitivement dans le monde réel implique la possibilité de mourir alors même que le monde numérique offre une vie possiblement infinie. Toutefois, la finitude vaut le coup d'être vécue car elle vient avec le libre-arbitre qui a tout son sens avec une existence limitée dans le temps. A l'inverse, le personnage Julian Dillinger agit presque comme un programme avec un unique objectif ; gagner le plus d'argent possible. Pour atteindre cet objectif, tous les moyens sont possibles. C'est la définition de la rationalité et non de la Raison, limitée par l'Ethique. Il agit ainsi comme une I.A et finit ironiquement dans le monde numérique. La frontière entre humain et I.A est d'autant plus fine qu'il semble qu'avec du temps, toutes les I.A du film aient la possibilité de prendre conscience d'elles-mêmes et de donc de questionner leurs ordres, après avoir passé assez de temps dans le monde réel. La réflexion est néanmoins un peu légère sur la conscientisation des I.A et le film un peu trop explicatif pour ne pas dire sur-explicatif (Arès expliquant une nouvelle fois l'impermanence de Kévin Flynn à Kim comme si le premier dialogue entre Arès et Flynn ne suffisait pas). La fin de l'histoire se conclut par un message technophile, une nouvelle fois un peu simpliste car assez vite expédié alors qu'une ville vient d'être partiellement détruite du fait des nouvelles technologies.


En définitive, Tron : Arès tient ses promesses visuelles et sonores. Il arrive en partie à se renouveler dans les thématiques abordées et son intrigue. Toutefois, l'aspect révolutionnaire des anciens opus en est absent et le scénario bien qu'original est plutôt léger.



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samedi 4 octobre 2025

Une bataille après l'autre

 

Synopsis :

Perfidia et Bob sont membres d'un groupe révolutionnaire qui combat les politiques autoritaires et liberticides mises en place aux Etats-Unis. La vie révolutionnaire est un engagement complet qui ne va pas sans risque, d'autant plus si un bébé entre dans l'équation...

Commentaire :

La recherche d'une réalisation maîtrisée

Paul Thomas Anderson utilise toute la puissance symbolique de la mise en scène, aidé en cela par un budget digne d'un blockbuster. En effet, le film, malgré l'ampleur narrée, ne semble pas souffrir de contraintes. Ainsi, Paul Thomas Anderson s'autorise le grain de la VistaVision, une caméra pellicule onéreuse, pour retrouver le cachet des films d'antan. Il s'appuie également sur une photographie sublime, avec une recherche à chaque plan. Les scènes de nuit et de profil sont probablement, à ce titre, les plus mémorables, sans oublier les plans de grand ensemble des vastes espaces américains. Plusieurs scènes restent en mémoire de par leur maîtrise et leur composition à l'instar de la première scène d'assaut des révolutionnaires ou de l'assaut des policiers/militaires du magasin latino. La scène de confrontation entre Willa et Lockjaw est parfaite dans sa progression en commençant par un plan marquant de demi ensemble dans l'église. S'il ne devait rester qu'une scène, ce serait la scène finale de course-poursuite avec une caméra donnant la vision de l'avant de la voiture, à hauteur de la plaque d'immatriculation. En plus d'être originale et apportant une sensation de vitesse sur les routes vallonnées, cette caméra sert pleinement au dénouement de la scène. Un vrai tour de force. 
A la musique, Jonny Greenwood apporte beaucoup à la mise en tension des scènes. Toutefois sa partition jazzy dissonante, appropriée pour certaines scènes, en devient presque désagréable après plusieurs utilisations. Si le sens des scènes justifie parfois une musique crispante, son abus nuit au ressenti procuré par les scènes.

Un casting pleinement investi

Si le cachet des acteurs explique en partie le budget démesuré du film, ils sont tous, ici, à l'origine d'une performance irréprochable. DiCaprio et Del Toro sont comme à leur habitude très justes dans des rôles presque opposés (la peur et la sérénité). Quant à Sean Penn, l'acteur doublement oscarisé crève l'écran par sa transformation physique et son interprétation intense d'un fasciste ambigu et dérangé. La révélation du film reste toutefois Chase Infinity de par le panel et la puissance de son jeu. La performance des acteurs s'associe ici au sans faute de la mise en scène.

Les thématiques : politiquement fort, peut-être trop ? [spoilers]

Le film est thématique au premier chef puisque la politique est le centre de l'intrigue. Le film voit s'opposer un groupe révolutionnaire d'extrême gauche à un Etat démocratique mais en voie d'illibéralisation, de plus en plus autoritaire, gangréné par des groupes fascistes voire nazis au sommet de la société. Là où le film est intéressant est que la figure de la révolution Perfidia est loin d'être irréprochable et à un goût pour la domination (alors que sa mission est de combattre la relation de domination) et que le colonel Lockjaw, sorte de proto-fasciste du groupe dominant aime être dominé. Cela apporte de la nuance et de la complexité à l'ensemble. Le film épouse toutefois, et bien entendu, d'abord le point de vue des révolutionnaires. Toutefois, le film dénonce avant tout les individus en haut de la société, le groupe des ultra-riches, manifestement nazi dans leurs discours, composés d'individus bien pires et plus radicalisés que le fascite Lockjaw. Cela pourrait presque s'apparenter à une caricature si l'Amérique trumpiste ne s'était pas imposé récemment, ainsi que les groupes d'ultra-droite dans les sociétés occidentales. Le message du film est clair et aurait été assez subtil s'il n'avait pas été sur-appuyé à la fin avec la scène du gazage et de la crémation. Le message en devient presque grossier dans la forme bien que restant pertinent sur le fond. 
Quelques autres thématiques secondaires sont également présentes comme la filiation, décrite au départ comme génétique ("grande lignée de révolutionnaires") avant de prendre une tournure bien plus pertinente puisque Willa fait le choix de la Révolution malgré la révélation sur ses origines. Le film est touchant car il est tout autant un film sur la famille que sur la révolution.


En définitive, Une bataille après l'autre est l'œuvre la plus aboutie de P.T Anderson de par sa mise en scène léchée et la performance de son casting. Le film vise thématiquement très juste, d'autant plus dans le contexte actuel. Dommage que la subtilité se perde à la toute fin.  


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samedi 20 septembre 2025

Conjuring : l'heure du jugement

Synopsis :

Le couple Warren pensait avoir laissé les enquêtes paranormales derrière eux. Toutefois, l'histoire de la famille Smurl est directement liée à leur fille Judith. Ils se doivent d'intervenir... une dernière fois. 

Commentaire :

Michael Chaves, en retenue

Déjà coutumier de l'univers Conjuring, Michael Chaves revient sur la saga, cette fois-ci pour conclure les dossiers Warren. La qualité de ce film d'épouvante et de la saga Conjuring est l'attention portée à ce genre, bien souvent expédié. Ce film a la qualité de la lenteur. Il pose rigoureusement la structure de son histoire et n'a pas peur de s'attarder sur ses personnages. Bien souvent, les films du genre sacrifient la majorité des protagonistes, ce qui peut expliquer cette récurrence. La saga Conjuring aime ses personnages et les laisse se déployer dans la narration afin que tout enjeu n'en soit que plus marquant. La photographie très sombre et la lumière naturelle (extérieure ou avec des lampes diégétiques) donnent un côté grave et réaliste. Le travail sur l'horreur est satisfaisant en jouant sur l'horreur hors-champ ou alors dans le champ mais peu visible. Quelques jump scares sont à signaler ; peut-être sont-ils un peu trop récurrents pour une saga sachant éviter les facilités du genre. Les effets spéciaux sont le plus souvent en effets réels (sans CGI), ce qui donne de l'épaisseur et du réalisme à l'œuvre. Toutefois, la sobriété de la réalisation l'empêche d'atteindre la virtuosité de la mise en scène de James Wan. Même si la fin du film permet de voir une caméra plus libre et des mouvements plus amples, les premiers épisodes de Wan restent au-dessus en termes de réalisation. La bande musicale horrifique de Benjamin Wallfisch remplit son office et apporte beaucoup à l'ambiance horrifique, associée à un mixage sonore sans fausse note. 

Un build-up narratif un poil décevant [spoilers]

Le film a la qualité de prendre son temps et de créer une tension qui va crescendo. Le final promet d'être du jamais vu. Le film nous annonce même que cette enquête sera la dernière des Warren, ce qui laisse présager un final funeste. Parallèlement, l'intrigue met en avant les problèmes cardiaques d'Ed et l'impossibilité pour lui de reprendre les enquêtes. Le final est alors presque décevant de ce point de vue car les éléments narratifs placés plus tôt ne prennent pas une place importante dans la résolution de l'intrigue. Le film reste finalement très sobre dans son climax alors qu'il devait s'agir du plus grand climax de la saga. Cette retenue, qui est le point fort du film pendant 90% de l'intrigue, est également son défaut à la fin. 

Thématique : le sens du devoir et la nécessité de faire face

Conjuring : le jugement final n'est pas, premièrement, un film à message. Il s'agit d'un film à émotions et à intrigue, ce qui est déjà un élément satisfaisant pour le genre. Ici le scénario a plus de poids que le message. Le message, s'il devait exister, serait le sens du devoir. En effet, les Warren, après tant de temps passé au service des autres, ont pris leur retraite. Tout le film consiste à les faire changer d'avis. Toutefois, c'est avant tout pour leur fille qu'ils finissent par reprendre du service mais leur fille leur rappelle le sens de leur action, au service des gens dans le besoin. Ainsi, les bonnes personnes sont celles qui sont prêtes à se mettre en danger pour faire le bien, là est le vrai courage. Dans un second temps, l'intrigue souligne la nécessité d'affronter ses peurs sans quoi elles finissent toujours par gagner. De manière intéressante, affronter ses peurs signifie dans le film affronter le miroir, affronter son reflet. Ainsi, se libérer de ses peurs est avant tout un acte de courage contre soi, ou autrement dit un dépassement de soi. Toutefois, pour affronter ses démons intérieurs, le film souligne la nécessité de s'ouvrir (comme Judith qui, au départ, ne se confie pas) et de se faire accompagner. Le miroir est toujours un objet métaphorique intéressant pour un film. Conjuring a eu le goût de l'utiliser.


En définitive, Conjuring : le jugement final est, conformément à la saga, un très bon film d'épouvante et un bon film en général. Si le build-up conduit à une résolution un poil décevante, le film n'en reste pas moins de très bonne facture de part ses personnages travaillés. 

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dimanche 24 août 2025

Karate Kid : Legends

 

Synopsis :

Li déménage avec sa mère à New York pour commencer une nouvelle vie. Li promet de mettre de côté les arts martiaux et de se consacrer à ses études...


Commentaire :

Une réalisation dynamique

Johnathan Entwistle s'attaque à la saga Karaté Kid avec pour objectif d'amener de nouveaux personnages tout en ramenant les légendes de la saga jouées par Jacky Chan et Ralph Macchio. Cette donnée en fait un film dual puisque le film a finalement une partie centrée sur les nouveaux personnages et une seconde partie avec Li (le héros) et les personnages "légendaires". La mise en scène est également différente sur les deux parties puisque la première est dotée d'une mise en scène laissant du temps aux relations entre personnages. Il était nécessaire de les introduire et du temps leur est justement consacré. Quant à la seconde, elle paraît presque expédiée (avec des cuts très fréquents) tout en délaissant les éléments scénaristiques introduits en première partie. C'est d'autant plus dommage du fait que la première partie, bien que banale dans les enjeux, arrive à créer une vraie tension dramatique. Les combats sont plutôt bien chorégraphiés même si le montage ne laisse pas voir tout le travail sur les enchaînements en faisant le choix du dynamisme artificiel du montage alors que les chorégraphies se suffisent à elles-mêmes. Certaines scènes sont toutefois très bien réalisées à l'image de la scène de combat dans les ruelles. Les affrontements officiels, eux, manquent de souffle : trop courts et trop fragmentés, ils peinent à captiver, malgré quelques trouvailles de mise en scène, comme l’intégration d’effets visuels inspirés des jeux vidéo pour compter les points. A la musique, Dominic Lewis fait un travail honorable mais ce sont plutôt les chansons de variétés (lors des scènes d'entrainement) qui prennent le dessus. La composition originale est donc moins marquante que pour le Karate Kid de 2010 qui bénéficiait de la bande musicale marquante de James Horner. 

Le dépassement plus que la morale

Le scénario et la morale sont assez classiques pour la saga puisque le fond de l'affaire est une question de racisme et d'injustice : le miroir des thématiques du film de 2010 mais inversé puisque cette fois-ci, il s'agit de racisme envers un asiatique. Encore une fois, le film fera triompher celui qui pratique les arts martiaux comme un art (après un sérieux entraînement auprès d'un maître) et non comme un moyen de domination. Autrement dit, il faut comprendre la pensée chinoise ou japonaise et la morale inhérente aux arts martiaux pour pouvoir les maîtriser pleinement. Un beau message de cinéma, à transmettre, qui malheureusement ne correspond pas à la réalité. Toutefois, un film peut aussi avoir comme fonction de montrer ce qui est juste. Le scénario n'est toutefois pas forcément satisfaisant sur cette question puisque la mère de Li, qui s'oppose à toute violence, se fait finalement forcer la main pour accepter que Li reprenne les combats. Et si elle est mise sur le fait accompli, il n'y a pas véritablement de justification morale. La mère de Li comprend que Li a besoin de gagner la compétition pour dépasser son deuil et aller de l'avant mais il n'y a pas de réponse sur la violence. On aurait pu attendre une réflexion plus claire sur la nécessité, parfois, de savoir répondre ou résister à la force. Malheureusement, le film est un peu léger au niveau de son message, à l'image de sa dernière partie. 


En définitive, Karate Kid Legends est un film d'arts martiaux plutôt prometteur dans sa première partie mais assez expédié en seconde partie. Le retour des légendes de la saga fait tout de même son effet ainsi que certains combats. 



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