Synopsis :
Hanno vit une vie paisible avec sa femme en Numidie. Toutefois, cette paix est de courte durée car Rome compte bien reprendre cette région rebelle. La femme d'Hanno est tuée tandis que lui même est fait prisonnier et emmené en tant qu'esclave à Rome...
Commentaire :
Ridley Scott, toujours le maître du blockbuster historique
Ridley Scott revient plus de 20 ans après son premier Gladiator dans un genre évidemment identique mais avec une mise en scène agrémentée des évolutions des effets spéciaux. En effet, si ce n'est l'ampleur de la mise en scène et les CGI, ce deuxième opus emprunte énormément dans la structure du film, dans les thématiques, ou dans les dialogues au premier film. Les références sont constantes si bien que même si l'histoire est quasiment un reboot du premier, il est nécessaire d'avoir vu le film de 2000 pour comprendre le film de 2024. Sans arriver à la hauteur du premier film, ce nouveau péplum a des qualités certaines. La reconstitution de Rome est superbe à travers les décors et les plans d'échelle variée. La ville vit et est foisonnante. Des monuments et des espaces sont en travaux montrant son perpétuel renouvellement, chaque recoin est habité et propose une activité. Les costumes sont également de très grande qualité, crédibles tout en étant flamboyants ; l'immersion est totale. Les moments de vie à Rome ou les dialogues sur la romanisation sont également tout à fait à leur place et rajoutent à la crédibilité de l'œuvre. Paradoxalement, ce sont les CGI, pourtant de dernière génération qui peuvent parfois sembler faux, que cela soit les navires pour les plans généraux ou les animaux, à l'instar de la scène avec les babouins. La tentation de surenchère peut, pour certaines scènes, desservir le film. Heureusement, Ridley Scott a la maîtrise du rythme pour son film de 2h30. Les relances épiques, les scènes d'action ou de tension sont parfaitement agencées. Le réalisateur de 86 ans a toujours la science de la narration ce qui lui permet de faire passer les facilités scénaristiques au second plan, derrière la nostalgie, les émotions et le grandiose. A la composition, Harry Gregson-Williams réalise un travail impressionnant tant la bande musicale est prenante et se fait entendre. La composition a toutefois le même défaut que le film dans son manque d'originalité car ce sont les incroyables thèmes d'Hans Zimmer qui finissent de prendre le dessus. Ils sont néanmoins parfaitement réagencés, parfois sublimés (écouter le thème "The Dream is lost") et de nouveaux thèmes comme celui d'Acacius sont tout en subtilité à défaut d'être marquants. L'ensemble est loin d'être déplaisant au niveau de la composition mais comme le reste, un peu facile. Mais pouvait-il en être autrement au vue de l'aura du premier film ?
Un film de genre mais pas historique
Ridley Scott adore les films de genre historique mais pas le film historique en lui-même. Il se saisit d'une époque, d'une ambiance et de personnages ayant existé pour réaliser l'histoire qui lui convient quitte à parfois (souvent ?) tordre fortement la réalité historique. Ce n'est pas si grave tant que le film est de bonne facture. Toutefois, tout comme pour le film sur Napoléon, Ridley Scott s'éloigne de la réalité historique à plusieurs moments. La première scène en Numidie, soi-disant rebelle, semble inventée de toutes pièces tout comme l'aspect des populations berbères jouées parfois par des acteurs d'origine subsaharienne. De même, la manière dont sont décrits les empereurs rappelle la manière dont Ridley Scott dépeignait Napoléon, pour l'un inspiré de la légende noire anglo-saxonne pour les autres inspirés inspirés des auteurs romains pro-républicains qui forcent les traits autocratiques des personnages. Il est vrai que Caracalla était un empereur sanglant mais son portrait est ici exagéré au-delà caricature. Dans tous les cas, les nouvelles recherches en Histoire ne l'intéresse pas. Autre exemple ; les représentations navales dans le Colisée ou d'autres arènes étaient possibles (la naumachie) mais rares et pas des requins. Il existe une pléthore d'autres éléments incorrects comme l'utilisation des animaux face aux gladiateurs, l'exécution massive de gladiateurs alors qu'ils étaient des denrées précieuses, le signe de pouce pour l'exécution ou la vie, la mention de la bataille de Salamine opposant les Perses aux Troyens, la mention à Poséidon plutôt qu'à Neptune, les actualités présentes dans un journal etc. Nous aurions aimé parfois un petit effort de rigueur. Quand cela ne sert pas l'intrigue, autant s'attacher à faire preuve de plus d'authenticité. Il y a un peu de facilité historique, tout comme dans l'écriture. Certains pourraient parler de paresse.
Les thématiques : une simple redite... ou presque [spoilers]
Le point noir du film reste ses thématiques et donc son intérêt. En effet, le film est tellement inspiré du premier qu'il en est finalement une simple redite, ce qui a pour effet en plus d'annuler la prouesse de Maximus dans le premier film. Ce dernier a donc échoué à restaurer "le rêve de Rome". Son sacrifice en devient inutile. Lucius, Acacius et Lucilla ont donc, à nouveau, la mission de faire tomber la tyrannie pour rendre le pouvoir au Sénat, ce qui était l'ambition de Marc-Aurèle, l'empereur philosophe. Celui qui est le mieux placé pour exercer ce transfert de pouvoir est celui qui n'en veut pas. Idée qui reste vraie à travers le temps. Rien de nouveau, si ce n'est l'ajout du personnage de Macrinus qui ajoute un nouveau type de protagoniste. En plus de l'empereur (ou des empereurs ici) fou et presque dégénéré, il y a la figure de l'opportuniste, autre antagoniste et opposant au rêve d'une Rome républicaine. Macrinus, joué par l'incroyable Denzel Washington qui écrase de sa présence tous les autres acteurs, représente l'individu avide de pouvoir, fin et habile, et qui comprend les rapports de force. Il représente le réel alors que Lucius et ses alliés représentent l'espoir dans une dimension transcendante presque chrétienne. D'ailleurs Macrinus dit mépriser les chrétiens. Maximus se sacrifiait tel le Christ pour offrir l'avenir aux Romains. Ici une fois encore, Acacius puis Lucilla doivent se sacrifier pour que Lucius, fils du Christ puisse ramener l'espoir. Le penchant religieux de Ridley Scott ressurgit à nouveau et fait triompher l'espoir face à la vision plus réaliste et cynique de Macrinus. Beau pour l'histoire, mais peut-être pas si pertinent, d'autant plus que la vision de Marc-Aurèle, le stoïcien serait historiquement plus proche de celle de Macrinius que celle de Maximus/Lucius ; une idéologie reposant sur l'espoir.
En définitive, Gladiator II remplit son office dans une suite/reboot impressionnante mais loin d'être originale. Si la science de la narration de Ridley Scott en fait un vrai spectacle prenant de blockbuster, les quelques facilités d'écriture et les inexactitudes historiques outrancières l'empêchent de se hisser au niveau du premier.
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