Wade Wilson alias Deadpool rêve de faire équipe avec Wolverine. Malheureusement, Wolverine est mort dans son univers... Heureusement, Deadpool fait maintenant partie du MCU et de son multivers!
Commentaire :
Réalisation simple et narrative
La réalisation reste le parent pauvre de cette saga mais elle n'a jamais été un argument de vente contrairement à la classification R, aux interprétations de Ryan Reynolds et au "brisage de quatrième mur". Shawn Levy continue la tradition avec une mise en scène efficace et narrative mais sans originalité. La photographie est quelconque voire peu travaillée, l'esthétisme n'étant pas un enjeu de réalisation. Les effets de surprise et les ralentis sont en revanche maîtrisés, ainsi que les chorégraphies de combat toujours soignées. Les décors (exceptés ceux de la côte Est) sont eux sans grand intérêt car plutôt vides et pauvres... La musique orchestrale de Rob Simonsen est quant à elle réussie avec ses thèmes de tension ou héroïques, et participe à la réussite narrative de l'ensemble.
Les atouts affichés et cachés
Tout l'intérêt du personnage de Deadpool réside dans la dimension méta du personnage qui s'adresse sans cesse aux spectateurs et plus précisément aux fans. Une connaissance minutieuse de l'univers cinématographique Marvel (Fox et Disney) est nécessaire. De plus, il est préférable de connaître les questions de droits entre studios (ce qui va de soi pour un fan). L'atout premier et annoncé est évidemment le retour de Hugh Jackman en Wolverine et son interaction avec le personnage de Ryan Reynolds. Hugh Jackman crève l'écran par son physique et sa présence mais le scénario et les dialogues ne permettent pas de mettre en avant les qualités d'acteur de l'acteur australien. Ryan Reynolds a en revanche des répliques plus intéressantes (avant tout parce qu'elles sont métas) mais des connaissances sur l'acteur lui-même sont également nécessaires pour comprendre l'intégralité des références. Ces deux personnages centraux sont le plat principal mais c'est un véritable buffet surprise et nostalgique qui est servi tout au long de l'intrigue avec un hommage appuyé à l'univers Marvel de la Fox, désormais racheté par Disney. Le film sert à expliquer en quoi l'univers de la Fox doit prendre fin (qui correspond au monde Deadpool), Disney ayant ici ironiquement le rôle du méchant avec M. Paradoxe. Ryan Reynolds ressort alors une dernière fois des figurines d'une caisse de jouets oubliée pour rappeler leur existence et leur offrir un dernier tour de piste dans le multivers du MCU.
Des thématiques, malgré tout
Si le film a avant tout l'idée, confirmée par le générique de fin, de rendre hommage à la période Fox avant d'offrir ces personnages à Disney, le film propose tout de même une thématique propre au personnage de Deadpool. Deadpool, anti-héros singulier, cherche sa place dans l'univers des super-héros et souhaite en devenir un. Néanmoins, comme le lui rappelle le personnage de Jon Favreau, un super-héros ne souhaite pas son statut. Deadpool a besoin de devenir un Avenger pour des raisons personnelles, mais un Avenger n'a jamais souhaité le devenir. C'est le monde qui a eu besoin des Avengers. Pour que Deadpool devienne un vrai super-héros, il devra comprendre la notion de sacrifice.
En définitive, Deadpool & Wolverine est une sucrerie pour les amateurs forcenés de films de Super-héros. Fortement méta, il n'a d'autre intérêt que ses références, effectivement de niche, et sa petite dose de nostalgie.
Arthur, Roi de l'Atlantide se retrouve avec des pouvoirs limités et des responsabilités énormes, lui qui n'a jamais souhaité être roi. C'est alors que Black Manta refait surface avec des technologies atlantes pour se venger d'Arthur...
Commentaire :
La valeur sûre James Wan
James Wan reprend son rôle de réalisateur après le succès du premier Aquaman. Malgré un pouvoir relatif sur le scénario et le montage, James Wan a pu s'exprimer sur la mise en scène et l'univers toujours aussi fouillé. La réalisation est bien sûr toujours extrêmement soignée de part les mouvements de caméra, les plans, la composition des plans et les transitions. Les combats et certaines scènes d'action ont la grande qualité de bénéficier en majorité de plan séquence. La mise en scène de l'horreur est également présente ici ; il était certain que le maître en matière allait apporter sa petite touche personnelle. Les divers références à d'autres films populaires rajoutent un petit plus méta en début de film. Il n'y a définitivement pas de "Yes men" derrière la caméra. Seul petit bémol, quelques effets spéciaux sont un peu trop voyants au début. La musique de Rupert Gregson-Williams (de Narnia oui!) est particulièrement réussie avec des séquences de James Wan qui laissent aussi habilement de la place à la bande musicale. Techniquement, le film est donc plutôt réussi. Le jeu de Jason Momoa est en revanche un peu lourd et le personnage d'Amber Heard un peu trop en retrait. Heureusement, Patrick Wilson (acteur fétiche de James Wan) est présent et porte le film et son duo avec Jason Momoa
Des thématiques : mine de rien!
Si le film reste plutôt une réussite, c'est parce qu'il est plus qu'une coquille vide grâce à des messages, certes simples mais clairs. James Wan fait en effet le choix d'inclure des thématiques comme dans le premier épisode afin que le film ne soit pas un simple film d'aventure. Si le premier Aquaman parlait de la pollution des océans, celui-ci a pour thème le réchauffement climatique engendré par les humains et le futur effondrement écologique. Les Atlantes ont eux-mêmes failli changer le climat par le passé avant d'utiliser des technologies plus respectueuses de l'environnement. Arthur est donc prompt à pardonner les humains (soit dit en passant le film s'oppose au réchauffement climatique tout en défendant le style d'alimentation américain riche en viande), car les Atlantes du passé sont une métaphore des humains du présent. Autre message, la définition du bon souverain donner à la fin du film [Spoiler]. Le bon souverain doit faire le bien même quand cela lui porte préjudice, il doit demander de l'aide quand celle-ci lui paraît nécessaire. Ainsi Aquaman est plus apte que son frère car n'ayant jamais voulu le pouvoir, il n'est pas aveuglé par son égo. Les messages sont ainsi plutôt pertinents.
En définitive, le dernier film de l'univers DCEU est une réussite relative, portée par une bonne mise en scène de James Wan et un jeu convaincant de Patrick Wilson compensant celui de Jason Momoa.
Barry Allen est un héros, membre de la Justice League. Malgré cette notoriété, il est toujours habité par le passé et la mort de sa mère. Toutefois, Barry trouve de l'espoir dans le fait qu'il est désormais capable de remonter dans le passé. Peut-être est-il alors capable de le changer...
Commentaire :
Montage éclair
Andy Muschietti récupère un projet depuis longtemps dans les tuyaux. Il choisit une mise en scène très dynamique, notamment dans le montage mais aussi dans le rythme. En ce sens, le choix correspond à la nature du personnage. Néanmoins, le film souffre de l'absence de temps faibles qui permettraient de poser les enjeux et de développer les personnages. A ce titre, la première scène d'action arrive par exemple très tôt dans le film et a peu d'impact du fait qu'elle ne repose sur aucun enjeu et n'en entraîne aucun (des caméos). Pourtant, lorsque le film prend le temps de travailler ses personnages, l'alchimie fonctionne, notamment du fait d'un bon jeu d'Ezra Miller lorsqu'il est dans le registre de l'émotion. Quelques beaux plans sont également à signaler lorsque Flash se déplace à toute vitesse. Néanmoins, le film a également quelques défauts techniques, notamment au niveau des effets spéciaux. La "scène des bébés" est horrible mais d'autres éléments comme le costume de Flash font tâche. Il est aussi possible de mentionner la bulle du temps avec des visages de synthèse même s'il s'agit là d'un choix de réalisation. Peut-être aurait-il fallu opter pour une autre technique comme l'animation quitte à s'éloigner vraiment de la réalité car l'entre deux n'est pas une réussite. Heureusement, la composition vient redonner du souffle à l'aventure avec la réutilisation des thèmes iconiques de Danny Elfman pour le retour du Batman de Michael Keaton. Benjamin Wallfish ne se distingue pas particulièrement mais son arrangement des thèmes passés est plutôt réussi.
Sous-dimensionné
Si les effets spéciaux ne rendent pas grâce au budget, il en va de même pour les décors ou plus exactement les lieux d'action. Le retour de Zod annonce une menace planétaire, mais la confrontation contre Zod ressemble plutôt à une escarmouche. En effet, l'espace est vide (un désert) et plutôt restreint, là où Man of Steel savait retranscrire un phénomène à une toute autre échelle. Le manque de travail sur Zod lui même ajoute encore à cette impression. Si l'on rajoute à cela le fait que les combats sont plutôt très classiques dans leur chorégraphie et leur réalisation (on est très loin de James Gunn ou de Zack Snyder), le film parait malheureusement assez fade.
Nietzche parmi nous [spoilers]
S'il y a une chose à sauver, c'est certainement le message du film. Le film choisit la thématique de la résilience et de l'acceptation là où le multivers ouvrait au contraire sur le champ des possibles. Il est alors assez audacieux de défendre le réel et le tragique plutôt que l'espoir. Tout l'enjeu du film est en effet que Flash renonce au passé et à la mort de sa mère... lui qui peut retourner dans le passé! Les conséquences de ce non-renoncement sont catastrophiques dans le film car elles impliquent la destruction de réalités parallèles. Il n'est pas clair en revanche de savoir si toutes les remontées dans le temps provoquent la création d'une réalité parallèle où si parfois, le fait de remonter dans le temps change simplement la même ligne du passé. Selon l'explication donnée dans le film, chaque remontée dans le temps provoquerait plutôt la création d'un autre univers (le multivers étant la solution pour éviter les paradoxes temporels). Ainsi, Flash a détruit un nombre incalculable d'univers par ses actions : le film n'insiste pourtant pas là dessus et fait comme si Flash avait sauvé son univers et par là même les autres. Mais peut-il revenir sur la création d'un univers en retournant dans le passé et en empêchant une modification déjà faite (le film semble dire que cela est possible mais cela n'a rien d'évident). Si Flash abandonne l'espoir de sauver sa mère en bon nietzschéen, il n'a toutefois pas totalement compris la leçon car il essaye alors de sauver son père dans le passé, ce qui le mène inévitablement dans une nouvelle réalité à la fin. Malgré des apparences de sérieux (explication intéressante avec les pâtes pour montrer que le temps n'est pas nécessairement linéaire - l'explication des nœuds est plus difficile à rationaliser), ce film sur le voyage dans le temps manque de rigueur et n'évite pas les paradoxes. Plus que ça, en voulant sauver son père après avoir renoncé à sauver sa mère, le film ne va pas totalement au bout de son message. Le bon message est pourtant là... délivré par le Batman de Ben Affleck au début du film...
En définitive, The Flash est sauvé par la retour de Michael Keaton et la musique de Danny Elfman mais est décevant au regard de son ambition.
Les nouveaux super-héros de Philadelphie commencent à gagner notoriété. Toutefois, ils sont encore maladroits alors qu'un danger antique vient de se réveiller...
Commentaire :
Un deuxième épisode dans la veine du premier
David F. Sandberg poursuit sur sa lancée après un premier épisode plutôt réussi. L'envergure toutefois change d'échelle de part le visuel, les décors, les costumes et les effets spéciaux proposés, toujours emmené par un Zachary Levi convaincu. La mise en scène est plutôt classique et narrative mais tout comme le premier épisode, la rythmique est parfois celle de la comédie, Shazam détonnant dans l'univers DC. Ajoutons néanmoins un côté DC plus marqué que le premier avec une photographie travaillée qui icônise le super-héros et l'inclusion de la mythologie, ADN chez DC. Il y a d'ailleurs une petite référence à Jason et les Argonautes! Le montage peut toutefois manqué un peu de dynamisme sur certaines scènes prolongeant inutilement les scènes d'action. L'ensemble reste toutefois de bonne facture. A la musique, Christopher Beck livre une partition aboutie, orchestrale et épique qui pâtit néanmoins d'un thème central marquant, bémol dans l'ensemble des bandes musicales de Beck.
Thématique : un héros légitime [spoilers]
Le film choisit de traiter habilement de la question de la légitimité, question logique et appropriée étant donné l'histoire de ce super-héros. La légitimité est traitée à deux niveaux. La première dimension est le prolongement du premier film à savoir trouver sa famille légitime. Si le héros avait résolu en partie cette question dans le premier opus, ce film conforte la légitimité de la famille d'adoption de Billy Batson. La confirmation se trouve dans le fait qu'il appelle sa mère d'adoption Maman (élément primordial alors que la mère biologique a été défaillante) et se traduit par le sacrifice du Super-héros pour sauver sa famille. Les deux films Shazam sont assez audacieux en ce sens puisqu'ils affirment que la notion de famille n'est pas liée à une question de sang. La deuxième dimension de la question de la légitimité se situe au niveau du syndrome de l'imposteur ; syndrome tout à fait pertinent ici alors que ces super-héros sont encore des enfants. La film souligne que la grande sagesse n'est pas nécessairement de tout savoir mais l'humilité et la remise en cause. Billy Batson est digne de son pouvoir car il doute et se laisse guider par sa sensibilité (protéger sa famille). Nous pourrions émettre un bémol dans le sens où la sensibilité seule ne recouvre pas complètement l'éthique mais le film spécifie que l'Homme parfait n'existe pas et en ce sens Billy Batson est probablement un bon choix du fait de ses caractéristiques. Le film est par ailleurs assez optimiste car il affirme que tout individu peut être méritant en cherchant le meilleur en chacun d'entres nous. Si la narration et l'action noient légèrement le propos, il n'en reste pas moins une thématique pertinente et bien traitée.
En définitive, Shazam : la Rage des Dieux tient ses promesses dans le prolongement du premier épisode. Plus impressionnant visuellement, il est un bon film de divertissement avec cette fois-ci un caméo abouti!
Scott Lang est le héros "normal", un avenger mais avant tout un père de famille. Toutefois, sa fille Cassy a bien changé depuis "l'éclipse" et Scott a du mal à accepter que cette dernière n'est plus une petite fille...
Commentaire :
Une belle photo, une mise en scène classique
Si Peyton Reed se distingue par la photographie, aidé en ce sens par un univers modulable à souhait, la réalisation ne se distingue en rien des autres films de la saga. Pourtant, le genre comique ou la dimension space opéra pouvaient permettre de varier les procédés. Le jeu des échelles ne débouchent pas non plus sur une quelconque originalité de mise en scène. Il n'était pas toutefois impossible de retranscrire à certaines occasions les sensations de grandeurs ou de petitesse. Seul le design du monde quantique expose quelques idées nouvelles. Le film est alors simplement narratif avec malheureusement un manque rythme au début ce qui ne rend pas nécessairement le film passionnant. Certaines références dans les décors et l'univers à Star Wars ou Valérian viennent toutefois de temps en temps éveiller la curiosité.
A la musique, Christophe Beck délivre une partition calibrée au genre mais en aucun cas marquante... à l'image du travail visuel.
Quelques idées bien cachées! [Spoilers]
La thématique centrale du film repose sur l'opposition des idées de Cassy, bercées par les idéaux de jeunesse et les positions du père Scott, qui se repose sur ses hauts faits et a arrêté de se battre pour les plus démunis. Tout l'enjeu est alors que Ant-Man, orientée par sa fille, retrouve sa place de super-héros par les causes qu'il entreprend de défendre. Le plus beau geste pour lui serait alors le sacrifice personnel au bénéfice du bien, dans son cas, un acte de pure bonté au profit du plus grand nombre mais qui le couperait de sa fille, chose qui compte le plus dans sa vie. Le film semble prendre le chemin de cette rédemption et trouver enfin une certaine dimension dramatique, avant de tout désamorcer... dommage.
Une autre thématique plus intéressante car moins classique dans un film de super-héros semblait poindre le bout de son nez avec le symbolise des fourmis. Hank Pym explique leur succès (dans le film elles atteignent le stade de civilisation de type II sur l'échelle de Kardachev) du fait de leur organisation "socialiste", de laquelle Pym (figure de sagesse et d'autorité) s'émerveille. Lors de la lutte finale, les fourmis interviennent contre la dictature de Kang prenant ainsi part à la révolution. Les fourmis portent la couleur rouge alors que le pouvoir autocratique et fasciste est symbolisé par la couleur bleu. D'ailleurs, certains plans de l'armée de Kang rappelle l'Attaque de Clone dans un clin d'œil qui ne peut que confirmer la nature du régime. Cette orientation du propos, en soubassement, paraît intéressante mais ne peut être confirmée car trop peu d'éléments viennent l'appuyer. Or ce choix aurait donné une autre dimension au film avec un parti pris politique.
En définitive, cet énième épisode Marvel toujours visuellement impressionnant n'a de véritable intérêt que dans la perspective de pouvoir suivre la longue narration menant aux futurs films Avengers...
T'Challa n'est plus. Le Wakanda est en deuil et sans protecteur, Killmonger ayant brûlé toutes fleurs permettant de devenir un Black Panther...
Commentaire :
Une réalisation toujours aussi soignée de Ryan Coogler
Ce nouvel épisode mettant en scène le héros du Wakanda bénéficie d'une mise en scène soignée de Ryan Coogler. Par leurs thématiques les Black Panther recèlent une certaine gravité mais celui-ci avait en plus à traiter la disparition de l'acteur principal Chadwick Boseman. Il en résulte un film trés sérieux pour un Marvel ; exit donc les blagues récurentes et la dédramatisation régulière d'un Thor : Love an Thunder. Le film prend le temps de traiter ses sujets en ménageant des temps faibles. Cette qualité peut aussi être un défaut sur certains passages car le film a une durée certaine et certains éléments de l'intrigue évidente mettent du temps à advenir. Au delà du rythme, la caméra est virtuose dans ce monde presque exclusivement composé en numérique. Les mouvements et les angles de caméra varient constamment et ce, pas uniquement pour les scènes d'action. La photographie est également réussie, toutefois dans la mise en scène, rien n'est particulièrement original pour un film avant tout narratif. Le casting, presque exclusivement féminin fait un bon travail (mention spéciale à Angela Bassett - la Reine mère - et Danaï Gurira - Okoye -) sans toutefois faire oublier l'absence de Chadwick Boseman. La bande musicale de Ludwig Göransson de retour fait beaucoup pour ancrer l'univers du Wakanda et soutient également les temps faibles de la réalisation. Toutefois, le film ne possède pas de scène d'exposition ou contemplative permettant à la composition de se mettre aussi en valeur que dans le premier épisode.
Thématique : la Justice par la paix ou la violence : une redite du premier ?
L'antagoniste de cet opus est Namor, chef du peuple des mers issu des civilisations précolombiennes (Maya). Pour pouvoir garder la thématique de la critique du monde occidental, Marvel a donc transformé le héros de l'Atlantide (grec) en héros d'origine d'amérindienne, il reste toutefois quelques traces de l'ancienne origine dans les chants de sirènes séduisant les marins. Il s'agit comme pour le premier opus d'un film communautaire (sans connotation négative) mettant en avant d'autres cultures. Ici, le monde du peuple de la mer issu de la civilisation maya est assez travaillé et intéressant visuellement et culturellement (langue utilisée). Il en demeure toutefois un problème pour l'intrigue : le film oppose les civilisations mais ne peut réellement décrire les ennemis du Wakanda comme des méchants (car cela manquerait de délicatesse pour les peuples d'Amérique centrale). Il en résulte que la résolution de l'intrigue n'est pas pleinement satisfaisante. En revanche, le fait d'avoir un antagoniste ambigu est intéressant car ses motivations sont compréhensibles voire partageables. Un bon méchant est un gage de qualité pour un film de super-héros.
Le film affiche une volonté cathartique, dans la veine du premier épisode. En intrigue secondaire, il en profite pour mettre une petite claque (bien méritée) aux anciennes puissances coloniales toujours à la recherche de plus de ressources à exploiter. Toutefois, la description géopolitique actuelle est un petit peu simpliste car les politiques impérialistes en Afrique aujourd'hui (au Mali par exemple) ne sont plus simplement le fait du monde occidental. Les charniers au XXIème siècle sont plutôt le fait de puissances illibérales, bien que la politique capitaliste de l'occident soit encore critiquable. Dans le même ordre d'idée, appelé les "blancs" par le sobriquet de "colonisateurs" est oublier que d'autres peuples ont déjà eu ces mêmes aspirations (avec moins de moyens certes) et que tous les peuples caucasiens n'ont pas forcément eu des empires coloniaux. Ross (Martin Freeman) en tant qu'américain peut être le représentant d'une politique impérialiste, toutefois les Américains n'ont pas eu d'empire colonial. Pendant la guerre froide avec l'URSS, les deux superpuissances étaient en faveur de la décolonisation. Néanmoins, Marvel ne peut prétendre donner un cours de géopolitique et le film joue habilement sur la crête de la démagogie avec certaines communauté, à la manière du dernier Black Adam de DC. Fait habilement, cette catharsis n'est pas forcément un mal.
Toutefois, la faiblesse thématique de ce film n'est pas la justesse du propos mais le fait qu'il s'agisse d'une redite des enjeux du premier Black Panther. En effet, le premier Black Panther était un réinvestissement du duel théorique entre Martin Luther King et Malcom X. Le but est la Justice mais les moyens d'action diffèrent. Ici, la même opposition voit de nouveau le jour entre le Wakanda et le Prince Namor. Toutefois, la réponse a déjà été apportée dans l'opus précédent. Le film rate en plus cette fois-ci le symbole car Shuri porte les couleurs de Killmonger, même après avoir renoncé à la vengeance. Elle aurait dû reprendre les couleurs de son frère après la résolution de son dilemme, ainsi le message aurait été clair et l'héritage de T'Challa intact.
En définitive, Black Panther Wakanda Forever est un bon épisode marvélien, sans toutefois se hisser au même niveau que le premier épisode. Si l'inclusion de la culture maya est incontestablement un succès, le dilemme thématique entre la violence et la non-violence dans un idéal de Justice est une redite du premier opus.
L'ancien esclave devenu héros Tedh Adam, de l'antique pays du Kahndaq est invoqué après avoir dormi 5000 ans. Le monde a bien changé mais les habitants du Kahndaq n'ont toujours pas goûté à la liberté...
Commentaire :
Réalisation sans répit de Jaume-Collet Serra
Jaume-Collet Serra est un habitué de l'action mais se voit confier pour la première fois un film de super-héros. Il réinvestit son style testostéroné dans le genre avec pour conséquence des scènes d'action plutôt bien définies et lisibles mais également un rythme trop soutenu et une faible place laissée au travail des personnages. Il en résulte une réalisation manquant de respiration, notamment dans la seconde partie, dans le traditionnel final DC gavé de CGI plus ou moins convaincants. La mise en valeur du héros et la teinte mythologique par la mise en scène (plan, angle de caméra) est en revanche agréable à voir, à contrario de la mise en scène Marvel qui tend à ringardiser constamment ses personnages et désamorcer toute dimension épique à ses films. La mise en scène peut rappeler la vision de Zach Snyder sans toutefois atteindre la même maîtrise. La musique de Lorne Bafle a la qualité d'être très présente et de définir clairement un thème aux personnages dans la tradition wagnérienne des leitmotivs. La bande musicale permet même de relancer de la tension et de l'épique là où la mise en scène peine à le faire. Toutefois, cette présence ultradominante (à l'image des scènes d'action) donne là encore l'impression que le film force pour obtenir l'attention du spectateur autrement que par le scénario.
Un sentiment de déjà vu
Si l'action est la dominante du film avec une mise en image honorable, elle ne peut malheureusement s'appuyer sur un scénario solide et innovant. En effet, tout est prévisible et anticipable du fait d'un manque de subtilité d'écriture. Le spectacle est là ; le visuel (notamment des personnages) est abouti mais l'intrigue peine à trouver de l'intérêt. Dwayne Johnson campant le personnage principal, Black Adam n'est pas réellement un personnage ambigu et loin d'être un anti-héros voire un super-vilain (comme il l'est dans le comics). Il protège les faibles et tue des méchants (qui sont ultra-violents et dépourvus d'humanité). Il n'y a donc que peu d'incertitudes et d'intérêt autour du personnage et il est prévisible de comprendre qu'il fera les bons choix. Par ailleurs, Dwayne Johnson d'habitude plein d'humour est d'un sérieux un peu triste pour incarner son héros, à qui il veut donner une dimension mythologique. Autre élément peu original au delà du scénario : la Justice Society. Cette dernière, dans les décors et la mise en scène est un copier-coller des X-Men, sans développement, ce qui n'a donc que peu d'intérêt.
L'interventionnisme contre le sentiment de fierté nationale
L'intérêt et l'originalité du film se tient peut-être dans sa thématique grossière mais encore assez originale et juste. Le film apporte un regard très critique sur l'interventionnisme occidental dans les pays de Moyen-Orient (le Kahndaq ; pays fictif) en défendant le point de vue de la population locale. Cette population est représentée par une mère et son fils ainsi que par Black Adam qui est le héros attendu de ce pays exploité. Il incarne ainsi le retour de la fierté nationale dans un pays humilié. L'état du pays en situation de quasi-colonie est expliquée par la présence d'une ressource rare qui a pour conséquence la présence de milices étrangères (occidentales). Cette description de la situation des pays en développement, riches en ressource, est très basique mais a le mérite de porter un regard critique et décentré sur l'interventionnisme occidental. Toutefois, le film enfonce des portes-ouvertes : un tel propos aurait été plus subversif au début des années 2000.
En définitive, Black Adam est un film DC plutôt divertissant mais assez paresseux dans l'écriture. Pour les amateurs d'action.
Après la victoire contre Thanos, Thor a retrouvé sa force d'antan mais pas le moral. Il lui manque un sens à sa vie. C'est alors qu'un certain Gorr "le boucher des dieux" apparaît, obligeant Thor a reprendre du service...
Commentaire :
Du Waititi, à outrance
Taika Waititi est une nouvelle fois derrière la caméra pour filmer le dieu Viking. Il imprègne très fortement l'univers sur certains points. L'humour, déjà présent chez les Marvel, est encore plus poussé pour cet épisode, si bien que le personnage principal Thor n'a plus qu'une fonction comique. La tragédie est entretenue par les personnages secondaires Jane Foster et Gorr, tous deux campés par des Nathalie Portman et Christian Bale très bons dans le jeu. Toutefois, l'atmosphère du film garde une très forte tonalité comique dont le rythme est celui du gag. Malheureusement, le film de Waititi est ici à contre-temps. Les gags ne font pas tous mouche et ont pour effet de désamorcer la gravité de l'intrigue. Ce faux rythme comique peut procurer un sentiment de longueur alors même que le montage est lui plutôt classique (dynamique) pour un film du genre. La mise en scène ne se signale que par sa belle photographie pour un univers, il faut le reconnaître, créatif. La séquence en noir et blanc avec simplement quelques ajouts de couleurs sur certains objets est également plutôt réussie. La bande musicale est composée de plusieurs musiques des années 80 plutôt bien choisies ainsi que de la musique orchestrale de Michael Giacchino qui ne se signale par aucun nouveau thème notable, ni même aucune réutilisation des thèmes précédents. Dommage.
Profiter de la vie et choisir l'amour
Taika Waititi a toujours à cœur d'inclure une morale dans l'histoire. C'est ici une morale assez bateau ; il s'agit de l'amour. La vie n'a de sens que lorsque l'on aime, et cette quête sera autant celle de Thor que de son antagoniste Gorr. Il s'agit aussi d'une pensée du présent car Thor choisit à la fin l'amour (Love) plutôt que le tonnerre (thunder), autrement dit la bataille à venir. L'important est donc le présent et non ce qui adviendra, voire en extrapolant, il est possible de dire que le présent est plus important que l'arrière-monde des religions. Il y a en effet une critique assez ouverte de la croyance (pour le moins païenne). En effet, les dieux n'ont que faire des croyants dans le film, ces derniers (Gorr et même Thor face à Zeus) étant représentés comme de grands naïfs. Pourquoi s'intéresseraient aux êtres inférieurs? Il faut donc se consacrer au présent et faire les choses par soi-même ; voilà la morale du film.
D'autres questions sont abordées en filagramme comme l'homosexualité car le film représente un amour gay et un personnage lesbien. Cela n'est pas appuyé mais revient à plusieurs reprises.
En définitive, Thor Love and Thunder est un film de comédie avant d'être un film d'aventure, car les gags plus ou moins réussis ont pour conséquence de désamorcer le tragique et de diminuer le côte épique. Pour les amateurs de Waititi plutôt qu'aux amateurs de Marvel.
Steven Strange fait des rêves étranges, qui paraissent plus vrais que nature. Mais ces rêves sont-ils simplement une simple illusion du cerveau ou une fenêtre sur d'autres univers ?
Commentaire :
Sam Raimi, le maître de l'horreur
Sam Raimi retourne aux superhéros après sa prestigieuse décennie 2000. Loin de se laisser cadenasser par Marvel, il impose sa patte en imbibant Marvel de son genre favori : l'horreur. Genre par excellence pour travailler la mise en scène grâce au travail sur le hors-champs et le ressenti du spectateur, le genre horrifique apporte un style bien particulier à cet épisode de Doctor Strange. Steven Strange et Wanda Maximoff deviennent alors les muses horrifiques de Sam Raimi. Par ailleurs, chaque plan revêt une idée de mise en scène et chaque transition est travaillée. Notons en particulier une caméra dynamique avec des plans débullées, qui peut très bien passer à travers les murs ou utiliser les reflets pour continuer la séquence. Certains éléments reflètent directement le cinéma de Raimi comme la scène de corniche dans New York lors du combat contre le premier monstre (la bête aux tentacules). Les scènes de combats - d'action sont particulièrement bien filmées avec enfin des plans en pied, plus larges laissant respirer l'image. La scène la plus réussie sera évidemment le combat "aux notes de musique", parfaitement en symbiose avec la bande musicale de Danny Eflman, le compositeur favori de Sam Raimi. Si Elfman n'apporte pas de thème particulièrement reconnaissable - retenable, il excelle à mettre en place une ambiance angoissante, à mettre en valeur les scènes grâce au mickeymousing ou tout simplement à donner au film une autre envergure grâce à une musique symphonique et orchestrale classique et classieuse. Le film est réussi car il s'agit d'un film de Sam Raimi avant d'être un film de la "série" Marvel.
Le scénario, petit point faible
Si le scénario est convenu et tient la route, l'inévitable recours au multivers crée immanquablement quelques problèmes. Par exemple, Doctor Strange s'adressant à un double maléfique prend pour acquis qu'ils ont vécu un même évènement dramatique dans leur enfance. Premièrement, la séparation des lignes de réalité n'est-elle pas trop récente (série Loki) pour que 2 Strange si différents puissent exister ? Deuxièmement, s'il existe bien une infinité d'univers parallèles, comment Strange peut-il penser qu'un double a forcément vécu la même expérience que lui ? Il manque peut-être un chef d'orchestre général chez Marvel pour établir des règles communes aux productions sur ce fameux multivers. Le scénario fait alors ce qui l'arrange. Notons à côté des problèmes du multivers, quelques éléments également là encore peu subtiles. L'utilisation des générateurs de mémoire dans un monde du multivers par Strange et America Chavez est un procédé un peu facile pour amener des flashbacks qui arrangent le scénario. Toutefois, l'ensemble reste encore acceptable pour une production de ce type.
La thématique : l'acceptation
L'existence du multivers est pour Doctor Strange et Scarlet Witch la possibilité d'obtenir ce qu'ils souhaitent, car ce qu'ils cherchent (son ex-femme pour Strange et ses enfants pour Wanda) existe forcément quelque part. Le dénouement ne peut ainsi avoir lieu que dans le renoncement, car le multivers est la métaphore de l'éternel désir. Wanda doit accepter l'état de son existence et Strange accepter de ne pas tout contrôler. Au début du film, Strange est bloqué dans le passé, symbolisé judicieusement par une montre cassée... quand choisira t-il alors de dépasser sa frustration et de symboliquement faire réparer sa montre ? Il doit apprendre d'abord à lâcher prise. Le film utilise à ce propos, encore, quelques éléments scénaristiques un peu convenus - faciles comme le fait que Strange doive se résoudre à placer sa confiance dans une fillette dont le succès ou l'échec déterminera le destin de l'univers... de tout le multivers! Un homme si sage peut-il faire ce pari ? Ou est est-il plutôt un homme de foi qu'un homme sage ? Toutefois, la morale est entendable voire plutôt intéressante venant d'outre atlantique. Doctor Strange doit en effet apprendre à laisser faire et à accepter le monde tel qu'il est. Le self-made man américain est enfin opposée à une proposition bouddhiste (ou nietzschéenne - chacun choisira) qui parait plus raisonnable et surtout plus propice à la paix intérieure. Doctor Strange n'est-il pas avant tout un grand sage aux inspirations orientalistes ?
En définitive, Doctor Strange in the Multivers of Madness est un excellent film de l'écurie Marvel parce qu'il est un film transpirant la patte de Sam Raimi.
Gotham City est gangréné par la pègre et la corruption. Batman incarne alors la vengeance dans une ville où la Justice n'est pas rendue. Toutefois, il est mis à l'épreuve par une série de meurtres impliquant un certain homme mystère...
Commentaire :
Une mise en scène classieuse de film noir
Matt Reeves, connu pour avoir brillamment terminé la saga de la Planète des Singes, s'attaque avec réussite au genre du Super-héros. Toutefois, le film s'inscrit avant tout dans le genre du film noir, avec son atmosphère très glauque, une tonalité visuelle très sombre avec un travail sur les ombres et une photographie léchée jouant sur les lumières artificielles de la ville de nuit. C'est en effet la photographie qui marque du fait du grand nombre de plans travaillés. Les plans sur Batman, particulièrement en pied sont souvent mémorables dans l'iconisation du super-héros, mais les plans sur la ville, personnage à part entière sont également marquants. La profondeur de champ dans la ville (notamment sur les plans de rue) avec des lignes qui s'étirent, sert à dépeindre Gotham City en ogre étouffant. On retrouve la ville américaine délabrée des années 80-90 qui écrase les honnêtes gens. Ce qui fait de ce Batman un bon film, même avant d'être un bon Batman est le sens donner à la mise en scène qui sert souvent à décrire la thématique de la scène. La mise en scène est ainsi loin d'être uniquement fonctionnelle, elle souligne le propos (voir le plan où Batman devient un symbole d'espoir en guidant les citoyens de Gotham). Le point faible du film peut se situer au niveau de son montage et du rythme, notamment dans la première partie du film. Toutefois, le scénario à tiroirs, point fort en revanche de ce thriller, finit par apporter un réel dynamisme. La musique est également de très bonne facture avec Michael Giacchino dans un style beaucoup moins orchestral qu'à l'habitude. Les violons stridents du film noir et du film d'horreur font beaucoup pour l'ambiance générale. Michael Giacchino arrive également à donner un thème mémorable (en 2 notes, comme the Dark Knight) à ce nouveau Batman. Il faut dire qu'il est répété abondamment. Giacchino utilise également le mickeymousing pour souligner l'action par la bande sonore. Un vrai travail a été ainsi réalisé autour de la bande musicale, qui a par ailleurs été écrite avant le tournage des scènes. En fin de film, Giacchino retrouve un style plus symphonique qu'on lui connait mieux. Le défi de la bande musicale est parfaitement relevé.
Des thèmes traités et exploités ? [Spoilers]
Les films autour de Batman, chez DC, sont très riches en thématiques depuis plusieurs décennies. Les Batman chez Nolan proposaient une philosophie politique, le Batman Vs Superman de Snyder (la Snyder's cut) proposait une métaphysique alors que le dernier Joker de Phillips proposait une approche sociologique de Gotham. Malheureusement, le Batman de Reeves n'a pas la même puissance thématique bien que différents sujets des précédents Batman se retrouvent dans le film. L'approche social du Joker est limité du fait que la critique structuraliste des super-riches n'aillent pas complètement au bout, en épargnant ou en ménageant pour le moins Thomas Wayne, même s'il semble que le film ait failli prendre ce chemin. Par ailleurs, le questionnement autour de la légitimé de l'action de Batman reste amoindri au regard du film de Snyder du fait que le Batman de Reeves présente un jeune Batman qui lui même ne sait pas vraiment en vertu de quelle valeur il agit. Il pense agir au nom de la vengeance, ce qui est d'ailleurs l'appellation qu'il se donne lui-même. Le film traite plutôt intelligemment ce premier aspect du personnage qui finit par voir les limites de sa légitimité, lorsque des groupuscules d'extrême-droite reprennent cette appellation. L'antagoniste principal du film, leader de ces groupuscules pense d'ailleurs travailler avec Batman et le guide à travers la corruption dans la ville. Certes Batman se bat aux côtés des plus faibles mais il n'utilise pas les mêmes méthodes ni n'a le même objectif que ces individus radicaux. Lorsque Batman se rend compte qu'il peut servir de bannière à la folie, il choisit de changer de symbolique. Il choisit alors d'incarner l'espoir, ce qui est quelque peu regrettable puisqu'il s'agit d'une vieille valeur transcendante - religieuse, de plus associée à Superman. Elle n'est par ailleurs pas suivie d'effet en tant que simple croyance contrairement à la Vengeance et la Justice. Le choix de la Justice comme symbolique aurait été plus judicieux puisqu'elle aurait permis de corriger l'action de vengeance et expliquer que la mesure intrinsèque à la Justice permet d'éviter les dérives et les récupérations douteuses. C'est par ailleurs la Justice qui fait défaut à Gotham du fait de la corruption. Toutefois, ce Batman étant jeune, cette orientation sera peut être un sujet des prochains films. Si la symbolique est un peu décevante, la description presque sociologique des milieux d'extrême-droite est en revanche plutôt fouillée et pertinente notamment dans son rapport aux réseaux sociaux. Il est intéressant de noter que leurs revendications premières sont d'ailleurs entendables voire légitimes et que le capitalisme, qui plus est corrompu, offre le parfait terreau à l'émergence de tels groupes.
En définitive, The Batman de Matt Reeves remet DC à l'honneur en proposant un film noir, sombre à souhait pour le héros de la nuit. Espérons que cette proposition de cinéma trouve un large public.
Le monde sait qui est Spiderman. Peter voit sa vie radicalement changée alors que l'opinion publique est divisée sur le super-héros, accusé entre autres, d'avoir tué Mysterio. Pire que sa réputation, Peter voit également la vie de ses proches irrémédiablement bouleversée...
Commentaire :
Une mise en scène qui manque de fulgurance
Jon Watts, critiqué pour ce film, rend toutefois une copie convenable. Certes, la photographie et le travail des couleurs manquent d'originalité. Toutefois, c'est avant tout le climax décevant qui marque le spectateur, du fait que la scène soit très sombre et que montage soit trop rapide. Cela ne permet pas de bien distinguer les protagonistes. Pour autant la scène finale de combat qui suit (dans le bouclier retourné) est bien filmée et bénéficie d'un montage plus lent qui respecte la chorégraphie du combat. De même, la scène de combat avec Doctor Strange est visuellement impressionnante avec toutes les possibilités offertes dans le monde miroir. La scène de déplacement, du début du film, dans la ville avec MJ en plans rapprochés est également réussies. Le film est plutôt fluide et agréable grâce à un montage dynamique mais qui ménage des temps faibles. L'ensemble est donc plutôt bien équilibré. Finalement, c'est la réalisation médiocre de deux scènes primordiales, celle du pont et celle du climax qui ne pardonnent pas au film et laissent l'impression d'avoir vu un blockbuster très banal au niveau de la mise en scène.
A la partition Michael Giacchino réalise comme à son habitude une jolie composition orchestrale, qui a l'occasion de s'exprimer pendant certains plans plus contemplatifs, ce qui est à mettre au crédit de la réalisation. Le compositeur a la délicatesse de reprendre également certains thèmes des sagas spiderman précédentes. Il est presque regrettable que la composition ne les cite uniquement que sur quelques secondes. Les hommages aux sagas précédentes étant plus qu'importants, il aurait été justifié de dépasser la simple citation. Par ailleurs, l'ensemble des morceaux originaux est composé avec soin, il n'y a toutefois pas de thème véritablement marquant et donc pas de signature spécifique à cet épisode, ni à la saga Marvel-Disney.
L'usage de la nostalgie - encore [Spoilers]
Encore une fois, Hollywood fait usage de la nostalgie, ce qui suffit aux amateurs des anciennes sagas pour être comblés. Et comment ne pas l'être alors qu'on ne pensait jamais revoir Tobey Maguire ni Andrew Garfield sous le costume de Spiderman. Associés à leur thème (responsability theme pour Maguire), l'apport émotionnel est important. Andrew Garfield a même le droit de conclure son arc narratif (scène de la chute) dans cet épisode. Les clins d'oeil aux scènes passés sont appuyés, comme la scène de la sécrétion de la toile d'araignée, allégorie de l'adolescence chez Sam Raimi (Spiderman 1). Toutefois, une fois encore, Hollywood se sert de la puissance des films passés pour rehausser un film qui est lui juste bon, voire dans certains passages un peu facile (May qui cite la fameuse phrase d'oncle Ben sans nuance ni subtilité "de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités"). Force est de constater que la recette fonctionne tout de même, avec un humour en plus bien dosé.
Ou va la saga ? [Spoiler]
Spiderman est rentré dans le MCU pour faire parti des nouveaux Avengers. Le second épisodeFar From Home, en fait même le successeur à Tony Stark. Ce troisième épisode le sort des Avengers, pour en faire semble t-il un nouveau héros solo... ou peut-être, pour en terminer avec les Spiderman Disney... Cela rappelle les Star Wars Disney sans cohérence entre eux.
Les thématiques : le fardeau du super-héros [Spoilers]
Il s'agit d'un film thématique, à enjeux ; c'est donc un film avec certaines qualités de part les sujets abordés. La question des responsabilités n'est pas nouvelle chez Spiderman. La même question revient à chaque épisode avec plus ou moins d'innovation. Toutefois, cet épisode se permet de supprimer un des personnages cultes de chez Spiderman (Tante May) pour faire passer son message. Le choix est d'autant plus surprenant que le personnage est relativement jeune (contrairement aux anciennes versions) et un des ressorts humoristiques des précédents Spiderman Disney. Peter Parker apprend donc que faire le bien a un prix, ou plus précisément, que la vie exige de faire des choix et qu'il est impossible de tout obtenir. En ce sens, le film critique le rêve de liberté absolue qui impliquerait qu'il soit possible d'obtenir tout sans contrepartie. Il aurait été intéressant que Tobey Maguire périsse également pour cet idéal (une scène ouvre cette possibilité), ce qui aurait confirmer de manière irrémédiable ce message. Toutefois, le héros comprend tout de même le message et intègre la leçon. Si Peter Parker continue à défendre l'idéal du bien, il prendra à l'avenir des précautions en n'impliquant plus aucun de ses proches. C'est le prix de l'idéal, pour lui, cela est la solitude.
En définitive, Spiderman No Way Home joue de manière irrésistible la carte bien connue de la nostalgie. Et cela fonctionne! La thématique de la responsabilité est bien traitée mais sans réelle nouveauté pour un Spiderman.
Eddie Brock est toujours associé à Venom avec qui la relation oscille entre amitié, complicité et agacement. Toutefois, il faudra que les deux comparses soient parfaitement en osmose pour affronter un nouvel ennemi : Carnage...
Commentaire :
Montage trop dynamique
Andy Serkis opte pour un montage au service du rythme ou est-ce le studio qui a remonté ou élagué le film ? En tout cas, le montage ne fait place qu'à l'action en faisant le minimum pour travailler les personnages et le enjeux. Les relations entre les personnages sont très peu mis à l'honneur si bien que le film, très court, se retrouve être une succession de scènes d'action. Ainsi, le film n'est constitué que de temps forts mais sans réelle tension puisque aucune scène ne travaille vraiment leur venue. Pourtant le film avait beaucoup de relations à travailler ; entre Eddie et Venom, Eddie et Anne ou encore Eddie et Cletus, pour ne citer que les relations où Eddie est impliqué. L'origine de Carnage est également peu compréhensible, comme le fait qu'il soit rouge ce qui est censé vouloir signifier quelque chose. Rien n'est expliqué. Le scénario manque donc globalement de développement et de finesse. Aucun arc narratif n'est réellement conclu ou concluant... La petite dose d'humour dans le "couple" Eddie-Venom fonctionne plutôt bien mais c'est très peu pour sauver l'ensemble. Au-delà du scénario, on sent qu'Andy Serkis avait l'ambition d'utiliser quelques éléments de la mise en scène horrifique (l'origine de Cletus Kasady, l'apparition de Carnage), mais le film n'est pas assez posé pour que les éléments horrifiques prennent. Un ou deux plans se détachent sans que l'ensemble ne paraissent véritablement travaillé. C'est donc un film assez décevant. Seule la scène post-générique a un intérêt. A la musique, Marco Beltrami est assez effacé et ne se signale que pour certains éléments rappelant le film d'horreur. Toutefois, aucun thème ne se détache, et pour cause, le film n'offre pas d'espace à la musique du fait de son rythme infernal.
Film sans thématique
Si l'histoire est rudimentaire, les grandes thématiques sont absentes. Le déterminisme (l'origine de Cletus), la peine de mort ou les relations de couple ou d'amitié ; toutes ces thématiques étaient pourtant exploitables. Mais là encore, la durée et le rythme du film n'offrent aucune possibilité de développement. Un film sans thématique ne peut être un bon film.
En définitive, Venom 2 est un film dont le scénario manque de développement, ce qui était évident étant donné la durée du film. Une succession de scènes d'action sans grand intérêt.
Il y a deçà un millénaire Xu Wenwu récupéra les 10 anneaux lui permettant de vaincre tous ses ennemis et d'asseoir son pouvoir sur le monde. Il y a quelques années, son fils Shang-Chi fuit pour éviter de suivre la voie de son père. Aujourd'hui simple carrossier à San Francisco, son passé et son héritage ne tardent pas à le rattraper...
Commentaire :
Forte inspiration du cinéma chinois et hong-kongais
Destin Daniel Cretton rend hommage aux différents genres du cinéma chinois, en passant des films épiques en début de film (Les Trois Royaumes, Hero), au cinéma hong-kongais d'arts martiaux (notamment les films de Jacky Chan et ceux de Zhang Yimou Le secret des poignards volants). A cela, il rajoute tout le bestiaire mythologique chinois (dragon, qilin, lion chinois, renard à neuf queues) pour donner à son film une teinte définitivement particulière. Il s'agit visuellement d'un film très généreux pour les amateurs du cinéma chinois. Par ailleurs, Marvel aime aller chercher des acteurs prestigieux pour apporter une garantie de sérieux à ses films (Michelle Pfeiffer, Michael Douglas, Robert Redford, Tilda Swinton). Ici, Marvel réussit à récupérer Tony Leung et Michelle Yeoh, deux des plus grosses stars du cinéma de l'empire du milieu. A noter l'audace pour un film américain d'avoir une partie de ses dialogues en mandarin. La mise en scène en elle-même prend également beaucoup au cinéma chinois d'action avec des plans en plongée totale et des plans pieds pour montrer l'ensemble des corps en action. Elle se permet aussi des scènes moins cutés qui respectent mieux les chorégraphies d'arts martiaux. Ces dernières sont d'ailleurs parfaitement travaillées et exécutées, cela étant dû à l'expertise de Brad Allan, ancien de l'équipe de Jacky Chan, ici superviseur des cascades et second réalisateur. Les combats au corps à corps sont donc mieux filmés que dans la plupart des Marvels bien que le montage ne laisse pas encore totalement se déployer la majesté des chorégraphies, comme le fait le cinéma hong-kongais. Ce qui tient à la mise en scène de Marvel vient finalement quelque peu parasiter les combats que cela soit les cuts mais également les effets spéciaux (ralentis, effets numériques pour les pouvoirs etc.). Toutefois, certaines scènes s'en sortent particulièrement bien comme les scènes d'arts martiaux dans le bus, sur les échaudages en bambou, ou encore dans la forêt de bambous. La scène finale très marvelienne de part ses effets spéciaux est en revanche plus confuse. En effet, les effets numériques, que cela soit pour les véhicules ou le bestiaire ne sont pas des plus aboutis et les plans trop rapprochés ne permettent pas tout le temps de suivre le déroulement de l'action. Point très positif, Shang-Chi bénéficie d'une des plus belles bandes musicales des derniers Marvels avec le travail de Joel P. West, très fortement imprégné de la musique chinoise. Le film par ses quelques temps faibles permet également la mise en valeur de la bande musicale.
Thématiques limitées sur la famille
Destiné au marché chinois, Shang-Chi ne bénéficie pas de thématiques si fortes que celles de Black Panther, autre film communautaire de l'univers Marvel. Les thématiques sont plus classiques et héritées également du cinéma chinois. Il s'agit du traitement de l'héritage et du passage de relais entre le père et le fils. La thématique du féminisme très secondaire ici (avec la sœur) ne mérite pas d'être abordée tant le déploiement dans le film est limité. En revanche, il est constamment fait mention du rapport entre le père et le fils, ce dernier ne sachant que faire de son héritage. Bien que l'aspect philosophique de la question soit insuffisamment développé, tout le parcours du fils réside dans l'acceptation de son identité qui est à la fois le produit de son père et de sa mère. La philosophie chinoise (bouddhiste, taoïste ou confucianiste) prône la résilience et l'acceptation (à la manière d'un Nietzsche en occident). Ce n'est qu'une fois que le héros aura accepté pleinement son passé qu'il pourra dépasser son père. Paradoxalement, son père chute en adoptant une pensée transcendante (caractéristique de l'occident) en espérant récupérer sa femme dans l'arrière-monde. Il n'est donc pas dans l'acceptation mais dans le combat permanent, ce qui le mènera à sa perte. Le personnage du père est par ailleurs plutôt réussit du fait de sa complexité. Il évite ainsi le cliché du super-vilain de comics. Malheureusement, il faut plusieurs flasbacks pour poser l'histoire et ses motivations, ce qui entraîne une mise en tension des problématiques un peu tardive.
En définitive, Shang-Chi est un hommage généreux aux différents genres du cinéma chinois. La sauce marvelienne est presque de trop au regard des scènes strictement d'arts martiaux.
Une nouvelle Suicide Squad est montée afin d'intervenir au Corto Maltese, île indépendante d'Amérique latine venant de subir un coup d'Etat. Les nouveaux dirigeants hostiles aux Etats-Unis sont en possession d'une arme secrète, particulièrement dangereuse...
Commentaire :
James Gunn apporte son côté pop
James Gunn débarque chez DC Comics après avoir travaillé chez Marvel. Il apporte à l'univers sa touche humoristique, sa rythmique du gag et ses goûts musicaux. L'inclusion des nombreux tubes musicaux donnent au film son côté pop et décalé. Le DC univers se retrouve en plus égayé par les gags mais également par une tonalité visuelle plus flashy mais des couleurs marquées et plus intenses (ce qui rompt avec le sombre de Zack Snyder). James Gunn s'attache en outre à redonner de l'ampleur visuelle à ce spin-off, après le décevant Suicide Squad de David Ayer. Loin d'être simplement narrative, la réalisation s'attache à travailler l'esthétique des scènes en y apportant du sens. Par exemple, la scène dans laquelle Harley Quinn s'évade de sa prison représente l'action à travers la vision d'Harley Quinn (le sang et les douilles sont remplacées par des fleurs). En plus d'être un choix esthétique, cette décision de mise en scène apporte une information sur le personnage. Il existe également un split screen intéressant réalisé dans la vitre d'un bus, servant à représenter un flashback narré par un personnage assis à côté de la vitre. Cette recherche visuelle témoigne du soin apporté à la réalisation. L'action est par ailleurs plutôt bien filmée, avec des plans variés et un montage maîtrisé. Un des éléments expliquant la qualité visuelle de certaines séquences se trouve dans le fait que la bande musicale de John Murphy précède à l'image. Ainsi la scène est rythmée et organisée en fonction de la bande musicale, l'image ne faisant alors que donner plus de force à la composition. Techniquement, le film ne commet ainsi aucune fausse note.
La politique étrangère américaine comme thème [Spoilers]
Si le premier Suicide Squadn'avait pas de thématique particulière, ce second épisode a la qualité d'avoir une thématique et de la traiter respectueusement. En effet, la Suicide Squad est ici montée pour intervenir dans un pays d'Amérique latine après que celui-ci ait subit un coup d'Etat. Les Américains emploient donc des barbouzes pour intervenir selon leur intérêt stratégique (référence aux changements de régimes soutenus par les Américains en Amérique Latine). Dans l'histoire, l'objectif est de détruire une arme destructrice aux mains du nouveau régime. Alors que le film semblait vouloir se limiter au divertissement, celui-ci vient dénoncer certains modes opératoires des américains dans son dernier l'acte. Il y est en effet révélé que l'ancien régime était soutenu par les Américains pour faire des expériences humaines qui n'auraient jamais pu avoir lieu sur le sol américain. La bannière étoilée effectue donc ces expériences en les délocalisant (référence au droit extraterritorial symbolisé par Guantanamo). Peu importe pour les USA que ce régime soit élu démocratiquement. Si les USA envoient la Suicide Squad, ce n'est pas pour aider le peuple face à la junte militaire mais simplement pour détruire l'arme et les archives tombées entre les mains des nouveaux hommes forts du pays. Les personnages représentant les autorités américaines ne se soucient jamais des civils dans le film. Pire; les autorités américaines sont présentées comme plus cyniques et froides que les membres de la Suicide Squad. Ainsi, le film dénonce une certaine politique étrangère américaine qui a souvent été la norme en Amérique Latine, chasse gardée des USA.
En définitive, The Suicide Squad est un bon rebond pour la licence après la déception de 2016. James Gunn apporte une réalisation soignée, Pop et sa touche humoristique à ce spin-off du DC Univers.
Dans les années 80, Wonder Woman continue sa quête pour la Justice et la Vérité. Archéologue le jour, justicière la nuit, Diana a une vie palpitante, bien que la solitude lui pèse et qu'elle garde toujours au fond d'elle le souvenir de Steve...
Commentaire :
Une réalisation s'inspirant des années 80
Pour l'immersion, Patty Jenkins adopte un style des années 80, avec une colorimétrie très flashy et un format cinéma, ce qui rompt avec le style grave et austère de Zack Snyder. Le ton est également plus léger, du moins au départ lors des scènes d'action, ce qui n'est pas sans rappeler les comédies d'époque. De manière générale, un grand soin est apporté aux cadres et la composition des plans ce qui apporte une réelle plus value à l'œuvre. En revanche, les effets spéciaux lors des combats (excepté la scène en Egypte) et les scènes dans le ciel sont moins convaincantes que dans les autres films DC. [Spoiler] La scène dans laquelle Wonder Woman apprend à voler est beaucoup moins puissante que le premier vol de Superman, de par les effets spéciaux mais aussi du fait de la musique moins marquante et originale [Spoiler]. Hanz Zimmer est à la partition, offrant globalement une jolie musique d'accompagnement mais sans produire de thème ici particulièrement marquant. En revanche, le style musical des années 80 marche très bien pour l'immersion.
Un scénario parfois désarticulé [Spoilers]
Le scénario manque à plusieurs reprises de liant pour des éléments parfois peu pertinents. Toutefois, ces imperfections produisent une impression de manque de soin dans l'écriture. Prenons deux exemples dans une même séquence; la scène de la fuite vers l'Egypte. Première facilité : le fait que Diana soit capable de rendre invisible un objet, ce qui est introduit en une seule phrase et sert facilement le scénario pour la fuite de l'aéroport (même si c'est un hommage à la série des années 70). Deuxième élément dans la même séquence : le jour où Steve reprend son rôle du pilote est également le jour de la fête nationale (4 juillet), ce qui tombe bien pour faire une scène, il est vrai visuellement impressionnante, mais dont l'introduction est trop facile. Deux facilités sont donc introduites, une pour un hommage, l'autre pour faire joli, ce qui dessert le film pour des éléments négligeables.
Citons également le fait que le président possède des posters, visibles à la vue de tous dans son bureau, d'un projet ultra secret particulièrement utile pour le projet du méchant. De même, la présence d'un descendant Maya deux minutes à l'écran pour faciliter la compréhension du scénario au spectateur est particulièrement mal raccordée à l'histoire. Il existe en plus plusieurs éléments incohérents sur lesquels il n'est pas nécessaire de revenir (par exemple autour du personnage du Steve dans le corps d'un autre) mais c'est véritablement la facilité scénaristique qui est la plus dérangeante. Il y a ainsi un manque de finesse dans le déroulement de l'histoire comme si le scénario brut n'avait été que rapidement retravaillé. Un élément a tout de même été bien amené, preuve qu'il était possible d'introduire de nouveaux éléments de manière soignée. Il s'agit de l'arrivée de la nouvelle armure dont il est question tout au long du film avant qu'elle n'apparaisse finalement à l'écran.
Un autre problème, cette fois-ci méta, concerne la continuité du film dans le DC Univers. Le fait que l'Amazone puisse voler dans les années 80, alors qu'elle ne vole pas mais se projette puissamment dans les films se déroulant dans les 2010, pose problème. A la rigueur, il aurait fallu mettre ce pouvoir en relation avec la nouvelle armure mais éviter d'en faire une capacité intrinsèque de Wonder Woman.
Les thématiques : un film riche voire très riche ; le point fort [Spoilers]
Des messages intéressants viennent contrebalancer un scénario décevant. Le dilemme du personnage de Diana est très pertinent : le choix entre l'amour et la raison. Diana doit choisir entre son grand amour Steve et ses pouvoirs qui lui permettraient de sauver le monde. Le dilemme est fort, le choix est dur mais une héroïne a pour caractéristique de faire passer l'intérêt général avant le sien. Le dilemme fonctionne ainsi parfaitement. Dans lignée de ce dilemme, c'est évidemment la question du capitalisme qui est en jeu, car ce système consiste à penser que les égoïsmes personnels permettent de réaliser l'intérêt général. Rien de mieux que le secteur du pétrole pour représenter la contradiction de la volonté infinie dans un mode fini. Pedro Pascal (Max Lord) incarne le capitalisme. Il est cet homme d'affaire ambitieux et voulant se réaliser. Bien que le jeu d'acteur soit en roue libre sur la fin du film, le personnage reste cohérent, finalement, au regard d'un système il est vrai, tout aussi absurde. La raison fondamentale du fonctionnement du système capitalisme est la croyance et l'espoir (croyance dans la monnaie, espoir que les crédits seront remboursés), les deux étant liés. Autrement dit, le système fonctionne sur le principe du "toujours plus". Tant que le monde y croit, les marchés montent et le système perdure. Le problème montré dans le film est que les souhaits égoïstes de chacun ne vont pas dans le sens de l'intérêt général mais débouchent sur le chaos, le monde étant limité. Dans un sens, le film propose un exercice de pensée montrant que le postulat du libéralisme d'Adam Smith (l'égoïsme serait un bienfait) est erroné et ne fonctionne pas. Bien entendu, cela est fait de manière peu subtile.
Diana propose, face à ce modèle, la modestie et la résilience. Il faut accepter le monde tel qu'il est dans une vision nietzschéenne. C'est à dire vouloir ce que l'on a déjà comme le fils de Max Lord. Cette philosophie qui rejoint le stoïcisme est particulièrement séduisante venant d'une production américaine : c'est la fin du rêve américain. Ainsi, Diana représente dans ce film non plus la Justice (scène de Justice League sur la statue de la Justice) mais la Vérité, c'est à dire le réel. La limite de cette pensée reste toutefois que la réalité peut être dure. D'un certain point de vue, cette philosophie de l'acceptation est aussi une philosophie du renoncement. Elle débouche sur l'absence de lutte. Barbara Minerva doit-elle par exemple prendre sur elle et accepter les agressions masculines ? Une Diana allégorie de la Justice se bat pour le changement, alors qu'une Diana représentant la Vérité se bat pour le statut quo. Dilemme complexe que le film, pas plus que la philosophie d'ailleurs, n'a réussi à démêler. Il n'en reste pas moins que pour accepter de se projeter dans ces thématiques, il faut accepter également de suivre un scénario peu prenant.
En définitive, WonderWoman 1984 est desservi par un scénario ayant recours à beaucoup de facilités et par des effets spéciaux de temps en temps maladroits. Toutefois, les différentes thématiques traitant du fonctionnement du capitalisme restent intéressantes.
Superman, "l'homme d'acier", est mort. Il reste des héros pour protéger la Terre, mais la mort du plus puissant des gardiens terrestres attise les convoitises venues d'autres univers...
Commentaire :
La tant attendue direction de Snyder
La photographie justifie l'attente. Justice League retrouve son envergure épique avec ses nombreux plans symboliques dont bénéficient régulièrement les Superhéros. La raison de ce choix pour Snyder est assez simple : les Superhéros sont les nouveaux dieux, à l'image des anciens dieux présentés dans le flasback et comme le confirme Wonderwoman : "il faut croire". Le côté épique ne va pas sans le soin extrême apporté au cadrage, dans un film où chaque plan est lui même une peinture, tant du point de vue de la composition que de la colorimétrie. Ainsi, les ralentis trouvent parfaitement leur place dans des plans composés comme des toiles. Le format 1:33 lié historiquement à la télévision donne à l'ensemble un côté distingué, se singularisant vis à vis des formats larges du blockbuster. Ce choix entre en accord avec le rythme, parfois plutôt lent qui ne trouve plus sa place dans les grandes productions, composées exclusivement de temps forts sans respiration. La Snyder's cut est donc un objet cinématographique singulier dans laquelle l'emprunte du réalisateur se sent pleinement (si ce n'est pour les thématiques que nous aborderons en dernière partie). Toutefois, il faut reconnaître qu'un film d'une telle durée (4 h) n'aurait pas pu sortir en l'état au cinéma. Si cette version à la grande qualité de prendre son temps pour montrer ses enjeux, il n'en reste pas moins quelques longueurs qui ne s'expliquent pas par la nécessité de contre-balancer un temps fort. Il faut être plutôt fan et connaisseur du Snyder's verse ou de l'univers DC pour accepter toutes les scènes proposées.
Toutefois, force est d'admettre que la version de Snyder possède un véritable cachet au regard de la version de Joss Whedon, qui à sa décharge devait remplir un cahier des charges bien précis de la Warner dont une durée maximum de 2h agrémenté d'humour. A la musique, Junkie XL remplace Danny Elfman pour une orchestration plus cohérente dans la continuité de Batman Vs Superman et de Man of Steel. Toutefois, les thèmes iconiques/historiques de Batman (série animées des années 90) et de Superman (film de fin des années 70) disparaissent avec regret, avec le départ de Danny Elfman.
Réalisation exigeante [spoilers]
S'il va de soi qu'il est nécessaire d'avoir vu les précédents films DC de Zack Snyder, la réalisation adopte également l'adage du "show don't tell". A plusieurs reprises, le film évoquera le scénario visuellement sans qu'un dialogue vienne le confirmer, ou alors ce dernier arrivera bien plus tard. Ainsi, la mise en scène par elle-même doit faire comprendre des éléments de scénario, ce qui peut être déroutant pour le spectateur habitué au genre. Il en va ainsi pour la mort de Superman (et comprendre que son cri réveille les boîtes-mères), pour la prophétie amazone montrée au départ simplement par des mosaïques dans les souterrains, ou encore de la possibilité pour Flash de remonter le temps. Ces éléments ne sont jamais mentionnés directement par le dialogue alors qu'ils sont fondamentaux pour comprendre l'intrigue. Dans le même genre, les différentes villes visitées ne voient pas leur nom apparaître à l'écran comme le ferait Marvel, des géosymboles sont montrés à l'écran ; au spectateur de les situer. Ainsi, bien que certaines scènes soient longues elles demandent une attitude active du spectateur. Sans aller jusqu'à Nolan, qui lui peut parfois se retrancher derrière une mise en scène prétentieuse qui sanctionnera la moindre inattention, Snyder s'adresse respectueusement à ses spectateurs sans mâcher le travail.
Thématiquement moins ambitieux que Whedon
Si l'ensemble des enjeux scénaristiques est plus clair que chez Joss Whedon, la Snyder's cut est moins ambitieuse que la version Whedon dans ses thématiques. Cela peut d'ailleurs paraître étonnant pour le réalisateur de Watchmen et Batman Vs Superman (version longue) qui aborde sans crainte des thématiques philosophiques essentielles comme le déterminisme, la nature de Dieu, ou la vérité en démocratie. La faute ici aux caricatures de méchants, de Steppenwolf à Darkseid qui contrairement à un Thanos ne se réfugient pas derrière des arguments pouvant touchés le spectateur. Toutefois, le Steppenwolf de Joss Whedon n'était pas plus intéressant. En revanche, le réalisateur des Avengers avait su placer d'autres dilemmes comme l'utilisation de la technologie (ici Superman est ressuscité sans questionnement sérieux), ou le choix entre sauver des civils ou combattre Steppenwolf (la zone du combat final est ici inhabitée). Joss Whedon semblait également vouloir réaliser une transition entre Batman et Wonderman, en mettant une superhéroïne en avant et en interrogeant la place de ce superhéros vieillissant (une sorte de Ironman). Certes, la version de Snyder se distingue par sa mise en scène et ses symboliques (le Superman christique ressuscité avec les bras en T) mais sans amener de nouveaux questionnements, par rapport à ses films précédents. Le thème nietzschéen de la mort de Dieu semblait pourtant approprié ici. Un autre dilemme proposé par Znyder n'a malheureusement pas fait le chemin jusqu'à sa version finale. Il s'agissait d'une romance entre Bruce Wayne et Loïs Lane dans laquelle le retour de Superman signifiait la fin de cette liaison. Ainsi Bruce Wayne devait choisir entre l'Amour et la Raison. Il reste pour cette version l'idée assez simple que l'Union fait la force, et encore, l'Union sans Superman ne vaut rien. Dans un sens, Whedon avait mieux réussi à faire ressentir l'union de la Justice League grâce à ses scènes de dialogues re-shootées, dont les fameuses scènes humoristiques tant décriées. Dans tous les cas, que cela soit la version Snyder ou Whedon, il manquait au Supervilain une raison suffisamment sophistiquée pour agir afin de faire de Justice League un des meilleurs films du genre. La version de Snyder restera une œuvre visuelle avant d'être une œuvre intellectuelle.
En définitive, la Snyder's cut est incontestablement supérieure à la version de 2017, de par sa réalisation extrêmement léchée et plus cohérente avec les films précédents. Il manque toutefois, et encore pour cette version, un méchant moins archétypal.
Dani, une indienne cheyenne se réveille dans un hopital après une catastrophe ayant touché sa réserve. Le doctor Reyes lui révèle alors qu'elle est une mutante et qu'elle n'est pas la seule dans cet hôpital...
Commentaire :
Croiser les genres, la mise en scène horrifique [spoilers]
Josh Boone s'inscrit dans la politique de la Fox (avant le rachat par Disney) en rénovant audacieusement le genre du super-héros avec d'autres inspirations (Logan s'inspirait du genre du road movie). Les Nouveaux Mutants est un film d'épouvante tout autant qu'un film de super-héros. Cela est particulièrement identifiable à l'ambiance du film, avec par exemple le choix de l'hôpital (proche de l'asile ici) pour environnement principal de l'histoire, ce qui est tout l'inverse de l'école rassurante de Charles Xavier. Il s'agit par ailleurs quasiment d'un huit-clos, qui est souvent aussi la caractéristique du film d'horreur, les victimes ne pouvant échapper à la puissance nuisible. La musique angoissante de Mark Snow, outil essentiel et reconnaissable du film d'horreur, contribue à donner cet aspet au film. Les jump scares sont également utilisés, ces derniers étant le marqueur phare de la réalisation liée à l'horreur. L'impératif de ne pas montrer la menace est en général ce qui invite le plus à l'originalité dans la mise en scène, c'est ainsi que le film d'horreur est souvent intéressant pour sa réalisation. Pour autant, le hors-champ n'est pas tant utilisé, peut-être parce-qu'il était jugé trop angoissant pour un film classifié PG 13, mais reste présent pour certaines scènes, comme pour l'ours démon pendant une partie du film ou la main calcinée se posant dans le dos de Roberto. La menace est parfois également présente dans le champ mais invisible, soit au sens propre, soit dissimulée ou de dos (les hommes à masque). A noter que toutes les scènes horrifiques, certaines impressionnantes (et visibles dans les bandes-annonces) ne sont pas présentes dans le montage final. Ainsi, l'avantage du choix de l'épouvante est que Les Nouveaux Mutants présente une réalisation singulière et travaillée pour un film de super-héros, tout en n'oubliant pas l'action pure, faite de CGI dans l'acte final. De plus, soulignons un travail sur l'interfilmicité (les références entre oeuvres) puisque les actions à venir dans le film sont souvent annoncées par une citation dans la télévision que regarde les adolescents, à la manière de Joe Dante, cinéaste adepte de l'horreur.
Un scénario classique [spoilers]
Le scénario s'autorise quelques facilités d'écriture donnant par exemple l'impression que l'ensemble des personnages se découvre après l'arrivée de Dani (Roberto ignorant l'histoire de Sam, l'attirance naissante entre Roberto et Illyanna) alors que les adolescents se côtoyaient depuis quelque temps. Toutefois, l'ensemble fonctionne plutôt bien si ce n'est ces relations qui auraient dû être amorcées en amont. L'antagoniste Reyes est plutôt intéressante puisqu'elle n'est pas foncièrement méchante, quoiqu'il aurait été intéressant qu'elle se questionne plus sur les ordres qu'elle reçoit. Cela aurait permis d'étoffer le personnage et de renforcer sa crédibilité vis-à-vis du spectateur qui aurait alors été dans un dilemme moral.
Les X-Mens et les multiples thématiques [spoilers]
Les films X-Mens ont toujours été riches en thématiques du fait qu'ils présentent des individus différents (qui pouvaient renvoyer aux communautés noires ou homosexuelles). D'ailleurs, l'Eglise, institution conservatrice par essence, condamne ici les mutants, considérés comme une aberration à l'image des homosexuels. Toutefois, le fait que les adolescents soient mis dans un asile suggère que les mutants sont une métaphore des marginaux en général, les communautés très minoritaires comme les indiens pouvant y être associées. Le film Les Nouveaux Mutants s'inscrit plutôt bien dans notre époque par ses protagonistes; avec les rôles majeurs donnés à des femmes, que cela soit les héros ou vilains, en essayant d'inclure différentes ethniques (latinos, amérindiennes) et présentant des relations homosexuelles. L'ensemble des thématiques est adapté à l'époque décrite et est alors parfaitement recevable. Il s'agit ainsi d'une inclusion intelligente.
En définitive, les Nouveaux Mutants est le dernier projet de la Fox avant son rachat, visant à renouveler le genre du super-héros. Le résultat, sans être complètement original, réussit le pari de marier le genre du super-héros au genre de l'horreur. Une promesse qui restera sans suite.