Les sorties de la semaine

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samedi 27 juin 2026

La bataille de Gaulle : partie 2



Synopsis :

De Gaulle tente d'incarner la France résistante, celle qui a refusé la défaite de 40. S'il trouve une oreille plutôt bienveillante du côté de Churchill, il doit s'imposer auprès des Américains qui comptent bien "libérer" la France selon leurs conditions...


Commentaire :

Antonin Baudry, pour un grandiose incarné

Antonin Baudry s'attaque à un monument français : le Général de Gaulle. Pour le film le plus cher à ce jour du cinéma français (si on prend en compte les deux parties), Baudry cherche à réaliser un film épique et grand public. Clair dans l'intrigue, impressionnant par ses batailles et riche en action, le film est facile d'accès. Malgré le sujet, les scènes violentes et de torture restent très soutenables. Le film propose logiquement une mise en scène narrative, ce qui n'empêche pas un beau travail sur certains plans (des plans symboliques, avec souvent un travail sur la symétrie). Le rythme est très soutenu pour un film relativement long, qui enchaîne plusieurs moments marquants de la constitution de la France libre. L'attention du spectateur est maintenue par un montage alterné qui renforce la tension et qui souligne l'intrication des événements. Les différents événements narrés sont d'égale qualité, que cela soit les scènes de bataille, restreintes, mais très bien filmées, ou les scènes plus intimistes avec De Gaulle, incarné par le très juste Simon Abkarian. Le personnage capte le spectateur par son sens moral, mais également par son côté grandiloquent, apportant quelques tonalités humoristiques. L'ensemble de l'œuvre est porté par l'excellente musique de Théo Cascio. Cette musique orchestrale contribue fortement à la dimension épique de l'œuvre lors des scènes à enjeux et s'impose de manière magistrale dans une des dernières scènes pendant laquelle est lu un poème. C'est donc techniquement un film de très belle facture, peut-être un peu sage, mais très efficace. 

Un film historique pour mettre en lumière certains faits

Ce film historique n'a pas de réflexion proprement ontologique. Sa vocation est de mettre en lumière certains faits historiques demeurés dans l'ombre dans le cinéma américain ou dans le roman national français. En effet, ce film souligne que la montée en puissance de De Gaulle n'avait rien d'évident pendant l'Occupation. Personne ne sait qui il est en 1940. Il est tout au plus une voix à la BBC. C'est bien une trajectoire jonchée d'obstacle qui est décrite, qui cherche à éviter toute téléologie dans une démarche historique. Ainsi, il faut une personnalité affirmée et déterminée pour s'imposer et représenter la France combattante. Si Churchill est généralement du côté de Gaulle, le film souligne l'opposition américaine de Roosevelt. Selon le film, l'allié américain souhaite en effet établir un protectorat américain en Europe (l'AMGOT) et redessiner une partie du continent. Tout ce qui est mentionné dans le film s'appuie sur des sources ; il reste à savoir maintenant si les événements narrés ont eu une telle importance à l'époque. La problématique du film peut toutefois expliquer en partie cet angle de narration, car le film choisit le point de vue de la France Libre et de de Gaulle. Cela peut expliquer ce prisme déformant ; par exemple, le débarquement en Normandie a une place réduite puisque la France libre y a une place mineure - peut-être aurait-il fallu aborder alors le débarquement en Provence (problème de moyens ?) ? Toutefois, même en ayant en tête ce parti-pris, nous aurions pu croire à une hagiographie sur le grand Charles... si le film n'était pas inspiré du livre de l'historien britannique Julian Jackson,  En effet, malgré son côté grandiloquent, c'est avant tout sa droiture morale qui ressort de l'œuvre. Un homme passionné par la France et sa souveraineté. La volonté de faire de ce film une œuvre grand public et épique peut également expliquer une orientation plutôt favorable à de Gaulle. Le film demeure intéressant sur le fond du fait du recentrage de l'événement sur le point de vue français, tout en soulignant la difficulté pour de Gaulle à s'imposer dans le contexte de la défaite de 40. 


En définitive, La Bataille de Gaulle réussit à conjuguer spectacle et intérêt historique pour le grand public. En choisissant le point de vue de la France libre, Antonin Baudry met sous les projecteurs la difficile affirmation de la souveraineté française au sein du camp allié.


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mercredi 24 avril 2024

Civil War

 


Synopsis :

Dans un futur proche, les Etats-Unis sont en guerre civile. L'Etat fédéral est en difficulté face à deux Etats sécessionnistes, la Californie et le Texas. Dans ce chaos, la photographe de guerre Lee tente de documenter le conflit…


Commentaire :

Magnifier l'horrible 

La réalisation d'Alex Garland est teintée de froideur comme le sujet qu'il tente de dépeindre. En effet, pour sa dystopie, Alex Garland a choisi une image documentaire, la plus réaliste possible car si son film est bien une fiction, il a l'ambition de décrire avec réalisme la nature humaine et sa face la plus sombre. Ainsi, le film n'épargnera aucune vision au spectateur ; les morts et les blessés sont légions dans le film mais présentés sans aucun sensationnalisme ou effusion de sang superflue. Le son de la guerre, de balles et d'obus sont parfaitement retranscrits. Les plans les plus beaux et les plus marquants, autant au niveau du contexte que de la photographie sont réservés aux sujets tragiques voire sordides. A ce titre, un plan est consacré à une forêt en feu, détruite par la guerre. Le plan est sublime de part la cendre incandescente virevoltante autour de la voiture. Le deuxième plan d'une beauté assumée et en même temps d'un tragique terrible est la jeune Jessie filmée en plongée dans un charnier où les corps ont été probablement recouverts de chaux. La vision est morbide et pourtant la photographie par le cadrage et les couleurs est belle. L'humanité dans ce qu'elle a de plus répugnante est sublimée par la photographie. C'est également le message du film. Côté musique, le film reste minimaliste la plupart du temps, l'image devant rester la plus "pure" possible. La bande musicale reprend de l'ampleur à certains moments et redonne un côté cinématographique à certaines scènes Néanmoins, c'est bien le son ambiant de la guerre qui rythme le film. 


Film politique sur les conséquences de l'absence de politique [spoilers]

Civil War est particulièrement riche en thématiques, la guerre étant comprise comme la conséquence de la politique ou plus précisément de l'absence de politique. Cette dystopie improbable n'est pour autant pas impossible dans un Etat fédéral qui reste fort mais où les polarités deviennent exacerbées... comme ailleurs dans le monde au XXIème siècle. L'origine du conflit reste floue dans le film et même les protagonistes l'ignorent pour certains (nous verrons par la suite que ça n'a pas vraiment d'importance de toutes façons). Toutefois, le film a été écrit avant l'assaut pro-Trump du Capitol, c'est à dire que ce contexte de tension est perceptible depuis un certain temps aux Etats-Unis pour un fin observateur comme Alex Garland. En effet, la division entre progressistes et réactionnaires court depuis au moins une décennie et le souvenir de la guerre civil (la guerre de sécession) reste bien présent aux Etats-Unis. L'irruption d'une guerre civile alors que Trump cherche une nouvelle fois le pouvoir en cette année d'élection n'est donc pas totalement illusoire. Dans le film, le président au pouvoir est autoritaire et a changé la constitution, cela déclenchant la guerre civile : nous restons dans le domaine du possible. Ainsi comme toute dystopie, celle-ci reste un avertissement. 
Ce film nous dit d'ailleurs autre chose, l'origine du conflit importe peu. C'est ce que nous dit la scène d'affrontement entre deux snipers. Peu importe qui est en face, de quel camp il vient. A partir du moment où il représente une menace, il est à éliminer. Les soldats ne savent plus pourquoi ils se battent si ce n'est pour leur survie. L'instinct primaire des Hommes revient et nous montre une nouvelle fois la nécessité d'un Etat (le Léviathan de Hobbes), car sinon l'Homme est un loup pour l'Homme (d'autant plus que les Américains sont lourdement armés, pas loin de 400 millions d'armes en circulation). Vengeances, exécutions sommaires, le pire de l'humanité est montré dans le film. La notion de Justice a complètement disparu. Au delà des groupes de soldat, même les deux camps ont perdu cet impératif comme le montre l'exécution sans procès du Président (peu importe qu'il soit un responsable autoritaire et probablement auteur de crimes de guerre). Le camp de l'Ouest ne vaut probablement pas mieux. La justice fédérale a disparu comme la notion de Justice. Elle disparait avec la démocratie qui est pensée, à l'origine, pour éviter les rapports de force armés, l'opposition devant se faire dans les urnes. Rien ne contrôlant les Hommes, leurs pires démons ressortent. Le racisme revient évidemment sur le devant de la scène, avec la séquence du charnier, où un soldat (probablement) exécute les non-américains. Paradoxalement, il reconnait encore les Etats-Unis comme une entité.
Les Etats-Unis sont en lutte face à leurs pires démons mais qui pour face aux Etats-Unis si ce n'est les Etats-Unis eux-mêmes. Il est vrai que la géopolitique actuelle n'offre pas de protagonistes vraiment à la hauteur dans un rapport de force (35% des dépenses militaires du monde). 
Le dernier sujet est la place des journalistes de guerre. Figures positives du film au départ, la conclusion de l'intrigue vient planter le dernier clou du cercueil. Lee est une figure positive ; elle a couvert les conflits à l'étranger pour éviter que cela ne se produise aux Etats-Unis. Elle devient toutefois apathique après tant d'horreur. Sammy est lui le journaliste d'expérience gardant une certaine éthique journalistique. Tous deux sont des figures positives mais connaissent leur place de journaliste. Les journalistes restent neutre pour couvrir les conflits, ils jouissent par ailleurs d'une certaine reconnaissance aux Etats-Unis, étant présentés comme le 4ème pouvoir. Toutefois, ils doivent alors garder une posture de spectateur impuissant face aux horreurs pour parler à n'importe quel camp. Et en effet, les différents camps les respectent (sauf les individus/soldats isolés). Cette posture en fait toutefois des robots, car ils transfèrent leur capacité de jugement aux citoyens, eux se contentant d'être des témoins. Posture impossible à tenir, Lee et Sammy finissent par sortir de leur rôle, ce qui leur coûte la vie... Il reste alors le journaliste en recherche d'adrénaline, Joel, et celle cherchant la carrière et la gloire, le jeune Jessie. Le film ne nous laisse rien, toute figure humaine est définitivement corrompue à la fin.  


En définitive, Civil War est une dystopie glaçante sur la nature humaine, dystopie ayant des racines profondes dans notre monde réel... 




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lundi 16 mai 2022

The Northman

 


Synopsis :

Amleth, fils du Roi Horvendil voit son père tué par son oncle et est obligé à l'exil. Il promet alors de revenir un jour venger son père et libérer sa mère... 


Commentaire : 

Film stylisé à outrance ?

Robert Eggers s'attaque à la fresque historique tout en souhaitant apporter une vision artistique très loin du réalisme. Sa vision est poétique, mais au sens de la poésie des sagas Vikings ; brutal et sans concession. Les combats présentés, sur un rythme lent (pour une fois au cinéma) et dans de longs plans séquences léchés sont visuellement intéressants. La photographie est l'atout principal du film. Il y a manifestement une patte graphique affirmée, teintée de la mise scène de l'horreur, genre sur lequel le réalisateur a fait ses premières armes. Ce film est un objet hybride par son visuel particulièrement stylisé (encore plus pendant les scènes d'hallucination) et sa volonté de produire un film historique sur les Vikings pour lequel de nombreux experts de la période ont été consultés. En effet, l'époque dans sa matérialité et ses superstitions semblent bien maîtrisée. Toutefois, c'est un défi particulièrement audacieux qui n'est malheureusement pas complètement satisfaisant dans son rendu final. En effet, le cadre réaliste se voit totalement anéanti par l'histoire d'une violence crue qui joue avec les clichés de cette société plus que d'en proposer une vision pertinente et nuancée. La mise en scène ultra-violente et horrifique ne rend donc pas grâce à ce peuple fantasmé. Elle renforce au contraire le fantasme jusqu'à le rendre émétique. Fort dommage! La musique de Carolan et de Gainsborough continue dans le cliché avec les tambours de guerre et les chants à voix graves, bien que l'utilisation de plusieurs instruments d'époque offrent un rendu intéressant. Le résultat technique de cette œuvre osée est un shot de virilité sans dérision et au premier degré. Une tragédie sérieuse, intéressante parfois lorsque ses origines théâtrales se signalent à l'écran. Certes, cette vision viriliste pourrait correspondre aux fantasmes des populations de l'époque Viking mais l'histoire manque de souffle et le personnage principal de nuance pour que cette proposition présente un intérêt de nos jours.

Adapter Hamlet ?

Robert Eggers offre un film intéressant dans sa volonté d'adapter la plus fameuse pièce de Shakespeare à l'époque Viking, car Shakespeare s'est probablement inspiré d'un évènement de l'époque Viking pour produire sa pièce au XVIIème siècle. Robert Eggers a, dans un sens, rendu ce fait à son époque, autrement dit a rendu à ce fait, sa primitivité originelle. Toutefois, plus que de recontextualiser cet évènement, Robert Eggers l'a restitué à son époque par le prisme fantasmé de notre époque sur le Xème siècle Viking. 

Le fatalisme antique 

Shakespeare, élève des auteurs antiques, et les Vikings croient au Destin. Le Destin ne peut être évité : c'est le fatalisme. Ainsi Amleth devra se venger. Cette nécessité guidée par les dieux est bien présente dans l'histoire. Le personnage, élevé par son père, croit dur comme fer à son destin. Le film semble, approchant le climax, prendre une voie plus pertinente en proposant une explication des raisons qui ont poussé l'oncle d'Amleth à agir. Il est alors possible, à cet embranchement du film, de dépasser le fatalisme et les valeurs d'époque. La masculinité toxique (ultra-violente à l'époque) est dénoncée, le film semble amorcer un propos critique. Toutefois, le héros n'ayant que faire de cette révélation ne semble pas appuyé cet axe du film. A la fin, il reste alors juste l'impression d'avoir vu une ode à la bestialité.


En définitive, The Northman est une proposition audacieuse de renvoyer la pièce d'Hamlet à ses origines Vikings. Visuellement intéressante, cette proposition fantasme trop son sujet pour en faire un film d'époque pertinent. 




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samedi 25 janvier 2020

1917


Synopsis :

Les caporaux Blake et Scofield sont envoyés prévenir le bataillon Devon que les Allemands leur tendent un piège. S'ils échouent à délivrer le message, 1600 hommes périront. 


Commentaire :

L'immersion de Sam Mendes

Impossible de parler de 1917 de Sam Mendes sans parler du plan-séquence comme choix de réalisation pour l'ensemble du film. Il ne s'agit pas d'un vrai plan-séquence au tournage mais l'illusion du plan-séquence pour le rendu final est parfaite. Au delà de la prouesse technique à saluer, l'intérêt ici est d'accentuer l'expérience combattante qui ne peut être réellement rendue par la rupture du bataille, le champ de combat n'offrant pas répit. L'immersion est donc totale, l'expérience prenante voire angoissante, se rapprochant parfois de l'expérience du jeu vidéo. Ainsi, l'absence de montage n'est pas l'absence de mise en scène car il reste pour le réalisateur toute la palette du déplacement de caméra, des angles de la prise de vue, du choix du cadre ou de l'utilisation de la lumière. A ce titre, la scène de course de Scofield à travers un bataillon lançant une offensive offre une leçon de mise en scène sans montage, avec un travelling rapide en pied à très forte profondeur de champ qui permet de comprendre l'immensité de la manoeuvre. La contrainte (du plan-séquence) force à la créativité dans un Hollywood très normé. La faiblesse issue de l'absence de montage pourrait être un rythme parfois plus lent, notamment lors des temps faibles. Néanmoins, la musique de Thomas Newman permet d'accompagner le film, en soutenant ou en accentuant chaque étape de l'aventure. Les scènes de tension sont mises en valeur par des motifs très courts et répétés dans le style de Hans Zimmer alors que d'autres scènes, parfois plus calmes ou aussi épiques ont une écriture plus travaillée, plus classique. 

Thématique : la guerre sans fin des britanniques

L'épisode narré n'est pas un épisode précis, il s'agit pour Sam Mendes de retranscrire l'esprit de cette guerre à travers un épisode qui aurait pu se passer chaque jour de 1917. Le Colonel McKenzie le confirme d'ailleurs à la fin, cette guerre est un éternel recommencement. Toutefois, pour les participants de l'épisode, c'est bien souvent un aller sans retour. A comprendre que la mort est le quotidien de la guerre et que les soldats, qui ont tous une singularité et une histoire qui mérite d'être racontée ne sont que des données dans un évènement qui les dépassent. Le message est clair, en plus d'être historiquement juste, la nation ayant à l'époque une valeur supérieure à l'individu. Le message est également efficace parce-que le film est plutôt juste d'un point historique que cela soit par les décors ou les tenues des personnages. Un des exemples est la reconstitution des tranchées, avec des constructions plus organisées côtées allemands que du côté anglais (les tranchées françaises étant similaires aux anglaises). De même, l'ennemi, haï, est également peu vus par les troupes. C'est une guerre où pour la première fois on tue sans voir; et le film s'attache à montrer le moins possible les Allemands, parfois simplement représentés par de simples silhouettes. La seule critique qui peut être fait sur ce film est à nouveau une vision anglo-saxone de la guerre, la Première guerre mondiale semblant être menée en premier lieu par les Britanniques. 


En définitive, Sam Mendes avec 1917 arrive à retranscrire l'expérience combattante à travers un film en plan-séquence prenant et angoissant. 


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dimanche 23 juillet 2017

Dunkerque


Synopsis :

Mai 1940, les alliés sont acculés par l'Allemagne à Dunkerque. Les Britanniques optent pour la retraite afin de pouvoir mener la bataille d'Angleterre. Les Français résistent tant bien que mal pour permettre l'évacuation... 


Commentaire : 

Une réalisation âpre 

Nolan est le maître du réalisme et cela se voit d'abord dans son image rugueuse. L'image est terne, non sublimée et sert à montrer l’âpreté d'un théâtre de guerre. Toutefois, le film ne prend jamais le chemin trop facile du gore pour marquer les esprits. Ici, ce sont les continuelles péripéties qui s'enchaînent et ne finissent jamais qui soulignent combien la guerre est difficile pour le mental des protagonistes. Certaines images, notamment aériennes, n'en sont pas moins très belles et rappellent que Nolan sait également trouver les cadres, tout cela en limitant au plus l'ajout numérique. Concernant la réalisation et notamment le montage, Christopher Nolan ne prend pas le chemin de la simplicité. Sa mise en scène est fonctionnelle, peu symbolique, ce qui n'est pas étonnant venant d'un cartésien comme lui. En revanche, la narration à l'échelle du film est alambiquée. En effet, ce ne sont pas les mêmes échelles de temps qui sont mis à l'oeuvre, sur la jetée (une semaine), sur mer (un jour) et dans le ciel (une heure). Ce qui fait que le montage alterné (des actions qui se passent en même temps) qui suit plusieurs groupes de personnages n'est en réalité pas un montage alterné mais un montage parallèle (les actions sont mis en relations mais ne sont pas concomitantes dans le temps). Cette petite extravagance tranche avec le blockbuster classique mais provoque une confusion déconcertante. Une mise en scène travaillée est appréciable mais cela ne doit pas se faire au détriment de la clarté de la narration. Peut-être que cela sert à souligner le chaos de la guerre du point de vue des protagonistes, mais cela reste une hypothèse. Au delà de la narration, le reste de la technique est, comme toujours chez Nolan, proche de la perfection. Le mixage sonore est très réussi et force à l'immersion sur le champ de bataille. Tout cela est soutenu par la bande musicale de son partenaire habituel Hans Zimmer. Ce dernier travaille particulièrement l'ambiance avec une musique fondée sur des bruits de montre et des bruits d'avion répétés de manière mécanique qui donnent une atmosphère pesante. La question du temps s'entend et se ressent avec Hans Zimmer. L'image de Nolan s'appuie à ce titre beaucoup sur la bande son de son compositeur. A noter qu'il n'y a pas de grands thèmes d'orchestre symphonique. La musique est en effet, également sobre, âpre et volontairement peu engageante. 

Un point de vue britannique de l'Histoire

Le point de vue de l'Histoire de l'évacuation de Dunkerque est incontestablement britannique. Tout d'abord, parce-que les adversaires sont pratiquement invisibles. Il n'y a aucun plan sur un visage allemand, à la rigueur quelques rares formes floues de casques en fin de film. Lorsque les adversaires sont les plus visibles, ce sont leurs machines qui le sont (les différents avions), cela contribuant à la dépersonnalisation des Allemands. Peut-être là encore une intention : la guerre n'est-elle pas un processus de déshumanisation de l'autre ? Une hypothèse que l'on ne peut confirmer. Le sort réservé aux alliés est tout aussi étonnant. Les Belges passent à la trappe et les Français sont dépeints de façon peu valorisante, alors qu'ils ont en réalité permis le retrait britannique en résistant vaillant aux Allemands en surnombre. Pire, une des dernières phrases d'un haut gradé anglais "Je reste pour les Français" laisse supposer que les Anglais sont les seuls artisans de cette opération. Choisir un point de vue n'est en soi pas nécessairement mauvais, mais cela contribue à construire des représentations oubliant une partie de la réalité.

Un film sans message ? 

Les films de Christopher Nolan sont en général meilleurs lorsque ce dernier est associé à son frère Jonathan pour le scénario. Ici, Christopher est tout seul. Le scénario, qui est le cœur des films de Nolan, est paradoxalement absent, presque dans une volonté de réduire cette histoire à une description de la guerre. L'histoire s'en retrouve moins prenante et reste au niveau du survival. Cela se ressent également dans l'attachement aux personnages sans profondeur et pourtant interprétés pour certains par des acteurs fétiches de Nolan (Tom Hardy, Cillian Murphy). Cela peut correspondre à la volonté du réalisateur mais nous regrettons que l'histoire ne tienne finalement que du fait du suspens et non de l'intrigue.
Si le film n'a qu'un maigre scénario, celui-ci a t-il un message ? Les Batman ou encore Interstellar avaient un message - ou plus humblement une réflexion - sur la société et le monde. Dunkerque à l'image de son scénario, n'en a pas vraiment. Seul le groupe de marins civils délivre quelques pensées : la persévérance dans l'accomplissement de la mission, la vérité parfois non nécessaire (ne pas dire au soldat que le jeune de 17 ans est mort). Cela est tout de même un peu décevant pour un film de Nolan. Toutefois, si son intention n'allait pas au-delà de la description du chaos et de l'imprévisibilité de la guerre, sa mission est accomplie. 

En définitive, Nolan réalise un film âpre sur la guerre à partir de points de vue singuliers de soldats britanniques. Le film est techniquement réussi mais un scénario plus charnu et une réflexion sur le propos étaient également attendus pour un réalisateur de cet acabit.  



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mercredi 25 novembre 2015

Hunger Games : La Révolte Partie 2


Synopsis :

Alors que la Rébellion a réussi à récupérer Peeta, ce dernier garde toujours des traces du formatage que lui a fait subir le Capitole. Katniss, aussi affectée physiquement que psychologiquement, doit continuer à soutenir la Rébellion pour mettre à bas la dictature...


Commentaire :

Réalisation propre

Francis Lawrence termine la saga avec un film très bien ficelé. La réalisation reste classique mais fait parfaitement son travail. Beaucoup de gros plans sont présents afin d'insister sur le ressenti des personnages, le travail sur la psychologie des protagonistes étant particulièrement important dans cet épisode. Ce que l'on pouvait reprocher au précédent volet au niveau du rythme est absent ici. En effet, le film est dense avec beaucoup d'action et de tension, notamment dans ses premiers trois quart. Un passage rappelle même des scènes de films tels que The Descent ou Alien, tant le film monte en tension. La dernière partie est plus calme du fait du travail sur les messages du film que l'on décrira en dernière partie. Même si la fin est un peu longue, il ne faut perdre de vue que le Hunger Games, La Révolte Partie 2 doit conclure les quatre films. La musique de James Newton Howard est excellente et pallie les scènes qui pourraient paraître trop longues (la dernière scène du film en est un exemple). Nous pouvons également dire quelques mots des décors, très photos réalistes et réussis. Ivry sur Seine, Noisy-le-Grand et le Château de Voisins sont des éléments du décor qui rendent très bien à l'écran pour représenter Le Capitole. En définitive, ce dernier épisode est très bien réalisé et fait aboutir de manière très clair toutes les intrigues. 

Acteurs excellents 

L'ensemble des acteurs est excellent. Julianne Moore et Donald Sutherland sont très bons dans leur second rôle, ainsi que le regretté Philip Seymour Hoffman dans son dernier rôle au cinéma. Jennifer Lawrence est toujours aussi sublime et d'une justesse impressionnante. Elle porte toute seule la franchise depuis le début. Par ailleurs, son personnage est tourmenté dans ce dernier film, parfois dépité, triste, en pleine réflexion ou déterminé et Jennifer Lawrence est toujours parfaite dans son interprétation.

Les messages : conclusion du questionnement politique

La conclusion des différentes intrigues permet de constater la réelle profondeur de la saga.
Il y a tout d'abord la question politique qui est le thème principal d'Hunger Games. Cette dystopie est l'histoire de la révolte contre un pouvoir tyrannique. La question de la propagande est au centre de l'intrigue puisque Katniss Everdeen est constamment instrumentalisée par les deux partis. Katniss n'est pas différente des autres, elle n'est pas un super-soldat, mais elle est un symbole construit capable de soulever les foules. D'ailleurs, elle comprends elle même la situation ; sa seule destinée possible se trouve malheureusement pour elle dans les clips de propagande de la rébellion, alors qu'elle critique de plus en plus les moyens utilisés pour atteindre la victoire. La réalisation insiste constamment sur les écrans dans l'écran afin de montrer la bataille de propagande entre les deux camps. La grande force de ce dernier épisode est qu'il montre que la Rébellion n'est pas si parfaite que cela. Autrement dit, Katniss et le spectateur font la critique du camp présenté comme gentil depuis le début.  Le renversement du pouvoir tyrannique devra amener un changement du système politique sinon les batailles menées auront été inutiles. Le problème n'était pas tant une question de personne (Snow) que de système politique. 
Le deuxième élément particulièrement mis en valeur dans cet épisode est la trace de la guerre sur les hommes. En cela, Katniss, très affectée, montre qu'elle n'est qu'une simple humaine. La guerre n'est pas seulement une tragédie de l'instant mais un désastre à long terme pour les esprits. Montrer la guerre et les conséquences de la guerre est un choix très intéressant. 
Enfin, le dernier message se trouve dans la conclusion de l'intrigue du trio amoureux, qui était auparavant un élément du scénario assez ennuyant du fait qu'il ralentissait l'intrigue principale. Néanmoins, cet épisode réussit à donner un sens à cet enjeu qui ne se trouve pas être juste un élément pour adolescents. Elle délivre une véritable conception de l'amour. Katniss remettra constamment en doute son choix au regard des actions de Peeta et de Gale pour choisir celui qui possède l'éthique de vie la plus juste.

En définitive, ce dernier Hunger Games se trouve être le meilleur épisode de la saga. L'action et la tension sont constantes et la psychologie des personnages est très travaillée. Ce dernier épisode délivre un véritable message sur la politique et les moyens de la guerre en concluant l'intrigue qui courait sur les quatre films.



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mercredi 4 juin 2014

Edge of Tomorrow



Synopsis :

Dans un avenir proche, la Terre fait face à une violente invasion extraterrestre. L'Europe est presque totalement perdue mais un espoir demeure après l'exploit à Verdun du soldat Rita Vrataski. Le Major Bill Cage est lui sommé de prendre part au débarquement de Normandie qui est censé renverser définitivement le rapport de force en faveur des humains. Malgré son refus, Bill Cage doit débarquer dans la boucherie de Normandie et meurt après quelques minutes de combats. Il se réveille alors la veille du débarquement...


Commentaire :

Un film du genre "Tom Cruise"

La présence de Tom Cruise au générique d'un film signifie deux choses : le film sera de bonne qualité (une réalisation classique mais soignée) mais le déroulement de l'histoire et le rôle du personnage est plutôt prévisible. Tom Cruise, symbole d'une nation à vocation universelle, à la tâche de sauver le monde. Ce type de personnage correspond parfaitement à l'ambition du cinéma américain qui produit des histoires aux enjeux globaux. Sans se renouveler, Tom Cruise est évidemment excellent, mais soulignons que la personnalité lâche de son personnage en début de film est assez amusante. Elle tranche avec le personnage habituel bien que l'on sache que Bill Cage est amené à évoluer. Un plan particulièrement signifiant, pendant le débarquement, montre Bill Cage avec le casque qui lui tombe sur le nez, ce qui est assez cocasse sur Tom Cruise. Par son charisme, ce dernier a la fâcheuse habitude d'étouffer tous les autres protagonistes (dont le rôle est bien souvent atrophié) mais ici, la ravissante Emily Blunt apporte un réel vent de fraîcheur. Son personnage, héroïne au caractère froid, propose un pendant féminin à Tom Cruise, ce qui permet de centrer l'histoire sur un couple de personnages plutôt que sur un seul. Bien que Tom Cruise reste et soit la véritable star, Emily Blunt fait plaisir à voir dans un rôle "badass" qu'elle interprète superbement.

L'année des 70 ans du débarquement

Cette histoire, située dans un avenir proche, rappelle très fortement l'Histoire du XXème siècle. C'est peut-être pour cela que la sortie française se fait après bien d'autres, afin de se rapprocher de l'anniversaire du 6 Juin. La menace du film, quant à elle, rappelle fortement l'Allemagne Nazi, du fait que son épicentre soit le coeur de l'Europe et se propage vers l'Ouest. Alors que la France est presque totalement envahie, les dernières forces libres se sont réfugiées en Angleterre. Cette dernière est alors sous une menace directe d'invasion depuis le continent. A l'Est, les Russes et les Chinois tiennent difficilement leur front. Le débarquement en Normandie doit donc soulager le front Est et mener à la victoire. Le parallèle, déjà évident, est rappelé par une scène dans laquelle des personnages âgés se remémorent les années 40. Quant à la référence de Verdun, si elle rappelle la guerre 14-18, son utilisation contribue à ancrer l'histoire du film dans le passé, qui dans tous les cas renvoie à une menace venant de l'Europe orientale. Dans l'imaginaire collectif mondial, il n'est d'ailleurs pas dit que Verdun soit explicitement une référence de la Première guerre. En définitive, les parallèles sont voyants mais selon nous, ne servent pas un propos particulier. Nous ne savons pas pourquoi de tels parallèles ont été choisis. Concernant les reconstitutions des plages de Normandie, elles sont véritablement réussies, le spectateur est plongé dans un débarquement moderne. Le Paris apocalyptique est quant à lui un peu cliché pour un parisien (La Tour Eiffel tombée impeccablement sur le côté) mais la reconstitution  semble être "à point" pour un public mondial. 

Science-fiction

En plus d'être un film de guerre, ce long-métrage est bien évidemment un film de science-fiction. A l'origine, l'histoire est tirée du roman d'Hiroshi Sakurazaka. Pas étonnant lorsque l'on connait l'habilité des japonais à manier les sujets futuristes. L'exo-squelette est la trace la plus signifiante de l'origine japonaise, d'autant plus que l'exo-squelette de Bill Cage se bloque dans une interface en langue japonaise. Le fait que l'héroïne se batte avec une grande épée est également un indice allant en ce sens pour qui a déjà lu un manga. Soulignons ici que la science rejoint bientôt la fiction puisque les américains et les français ont développé des exo-squelettes pour leurs soldats, pour le moment moins perfectionnés que ceux dans le film. Quoi qu'il en soit, le design des exo-squelettes donnent un côté crédible au film, annonciateur des technologies à venir. Toutefois, le genre science-fiction est réellement confirmé avec deux éléments ; la boucle temporelle et les extraterrestres. Si les extraterrestres sont bien conçus au niveau du design, leur histoire est elle peu développée. Origine, intentions, rien n'est dit. Ils sont simplement les ennemis et à vrai dire, ils paraissent être plus un prétexte à la guerre et au voyage dans le temps qu'un élément de première importance. Néanmoins, cela n'est pas forcément un défaut car l'intérêt du film est ailleurs. L'intérêt se trouve donc principalement dans le voyage dans le temps qui, de par sa nature de boucle temporelle à court terme, ne pose pas de problème de cohérence. La seule question de crédibilité pourrait se situer autour de la capacité du cerveau à emmagasiner sans réel repos tant d'informations. 

Un film rythmé

Le principe de la boucle temporel est difficile à mettre en scène, le spectateur pouvant se lasser. Toutefois, le montage est bien pensé et grâce à l'incorporation de nombreuses ellipses et des indices laissant comprendre le recommencement interminable (sans que tout soit montré), le film reste rythmé et intéressant. Ainsi il s'agit d'un film où le montage est tout aussi important que le scénario et c'est à ce titre que le réalisateur Doug Ligman se distingue plutôt que dans une mise en scène uniquement fonctionnelle. Le petit bémol provient des batailles, qui nécessairement se succèdent à certaines périodes, à cause d'un mixage sonore écrasant/dérangeant constitué de rafales de tirs et de pilonnement. Heureusement, plus le film progresse plus il devient prenant. L'évènement final, classique, est très bien réalisé. 


16/20



jeudi 13 mars 2014

Monuments Men



Synopsis :

Alors que la Seconde Guerre mondiale touche à sa fin, les nazis entreprennent une entreprise de pillage systématique avant leur départ des pays occupés. Il s'en prennent notamment aux oeuvres d'art, volent celles de genre classique et brulent l'art déviant. La majorité des pièces est transportée en Allemagne où le Führer avait, pendant un temps, l'attention de créer le plus grand musée du monde. Pour éviter encore plus de destruction et retrouver les oeuvres volées, les Monuments Men sont dépêchés en Europe...


Commentaire :

Inscription dans une grande lignée de film de guerre

George Clooney rend hommage aux grands films de guerre sur la Seconde Guerre Mondiale tel Le Jour le plus long, avec son casting 5 étoiles agrémentés de locaux tels Jean Dujardin. Les acteurs sont tous excellents, particulièrement Cate Blanchett, Matt Damon et Jean Dujardin. George Clooney est quant à lui très plaisant et a une classe rappelant Clark Gable. Concernant le trop rare Bill Murray, il prouve qu'il est toujours un excellent acteur. Un grand soin a été porté à la reconstitution des décors et des costumes, ce qui constitue également un des points forts du film. Ainsi, l'ancrage historique est parfaitement reconstitué. 

Excellent sujet mais traité avec trop légèreté 

Choisir de traiter de la place des oeuvres d'art dans la guerre est une excellente idée, la Seconde Guerre Mondiale ayant été de nombreuses fois tournée mais pas sous cet angle. Quelques répliques de George Clooney permettent de bien saisir l'importance de cet enjeu. Pourtant, malgré une mise en scène plutôt intéressante de Clooney, le ton choisi, plus ou moins comique, ne rend pas hommage au sujet choisi. A vouloir être dramatique, épique et comique à la fois, le film finit par ne remplir que très vaguement ses objectifs. Ce sujet et cette période de l'histoire demandent de l'intensité mais le film ne prend jamais au sérieux les évènements qu'il traite. Cela est renforcé par la musique d'Alexandre Desplat qui choisit d'accompagner les scènes d'une musique légère et gaie. Il était surement possible de faire un film léger, mais l'enjeu est trop fortement appuyé pour laisser partir le film en ce sens. Certains sketchs font mouche mais d'autres désamorcent la tension. La dernière partie est plus rythmée, mais pas autant qu'elle aurait pu l'être. Elle ne suffit finalement pas à relever l'ensemble. En définitif, le film est trop lisse que cela soit en comédie ou en tension. La promesse d'un grand film n'est pas tenue.

Reste que le film est intéressant pour le sujet traité, les Monuments Men, et permet de découvrir leur rôle dans la guerre. Néanmoins, il faut garder à l'esprit que l'intention des Etats-Unis, d'un point de vue historique, était loin d'être aussi angélique. 


13/20