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mercredi 24 juin 2026

Jim Queen


Synopsis :

Jim est un influenceur très connu de la scène gay. Rien ne peut arrêter son ascension, si ce n'est un virus inconnu qu'il vient de contracter : l'hétérose. Alors que le monde lui tourne progressivement le dos, le jeune Lucien décide d'aider son idole à lutter contre cette maladie qui risque de le rendre très rapidement hétérosexuel...

Commentaire :

Une animation colorée et dynamique

Marco Nguyen et Nicolas Athane s'associent pour réaliser un film d'animation dynamique et audacieux. Le rythme est très soutenu, l'intrigue étant riche en péripéties. La mise en scène est également très riche dans la construction des plans, car chaque plan, ou presque, recèle une petite blague. Il peut s'agir d'un jeu de mots écrit ou d'un élément visuel qui peut être évident ou mis simplement au second plan. L'humour n'est donc pas uniquement dans l'histoire ou dans les dialogues mais il est également  omniprésente à travers le visuel. Le style du dessin est lui plutôt simple, dans la tradition du cinéma d'animation français. L'intérêt de l'animation réside également dans la puissance de la réinterprétation du réel. Ici, l'histoire se déroule en partie à travers le regarde de Lucien, jeune homosexuel, qui reste en dehors de la communauté gay. Le spectateur découvre alors un univers plus ou moins fantasmé que l'animation peut aisément traduire à l'image. L'animation permet également d'inclure de nombreuses références ou citations dans un style comique, qui donne toute la saveur de l'œuvre (par exemple "je vois des gens qui sont morts" devient "Je vois des gens qui sont gays"). Ainsi, le film maintient en permanence l'intérêt du spectateur. Kirosen est lui à la bande musicale, à quoi il faut ajouter deux petites séquences musicales chantées très réussies.

Thématique : l'inversion des normes pour aller dans les nuances

Jim Queen est autant une comédie qu'un film politique ayant pour vocation de représenter la communité gay. Du fait du contexte politique, il a progressivement acquis une dimension politique militante, qui a été intégrée à son intrigue par les deux réalisateurs. Ainsi,  ce côté militant est appuyé par l'intrigue du film. L'intransigeance envers les personnes LGBTQIA+ est dénoncée avec l'antagoniste du film, ce qui en fait le premier thème du film. Le film est donc éminemment politique, sans pour autant se placer dans une posture de donneur de leçons, ce qui aurait amoindri sa dimension comique.

En effet, le postulat du film est une simple inversion des regards. L'intrigue part du principe que l'homosexualité est la norme et que l'hétérosexualité est une orientation minoritaire (l'orientation, mais également tout ce qui est peut y être rattaché : vie avec enfant, football, et en particulier la culture "beauf"). L'hétérose est alors cette maladie qui peut changer cette situation et inverser à terme les normes. L'hétérose renvoie autant à l'homosexualité de notre monde, qui a, un temps, été présentée comme une maladie, mais également au VIH, qui a été aussi renvoyée à une maladie touchant les homosexuels (il est question ainsi dans le film "d'hétéropositivité"). Ce qui est particulièrement intéressant (et amusant) est de montrer la panique des personnages face au fait de voir les normes hétérosexuelles prendre le dessus, miroir de notre monde où une frange réactionnaire de la société panique à l'idée de l'arrivée de la culture woke. Ce décalage est à la fois amusant mais aussi empathique par le renversement des regards imposé. 

Au-delà de cette posture assumée, le film se veut pédagogique pour montrer toute la diversité de la culture gay, en se mettant dans la peau du jeune Lucien, qui découvre ainsi ce monde. Il est vrai que pour la population majoritaire, la communauté queer est diverse mais obscure. Ici, le film ne choisit que le G, de la communauté LGBTQIA+ mais montre la variété qu'il y a déjà à l'intérieur de la communauté gay.  La plongée dans cet univers est intéressante mais également amusante car les traits et les dérives de cette communauté sont présentés avec humour. Cet univers ne laisse que présager de la richesse de l'ensemble de la communauté queer. L'intérêt pédagogique disparaît pour le spectateur informé, mais l'humour distillé demeurera très certainement pour tous. 


En définitive, Jim Queen est un film d'animation réussi sur la communauté gay. Plein d'humour et parfois même irrévérencieux, le film joue sur l'inversion des normes, en faisant de la culture gay, la culture dominante. 



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