En pleine guerre froide, les américains capturent une étrange créature aquatique humanoïde dont ils espèrent tirer des connaissances dans la course contre l'URSS. Elisa, une simple employée de ménage, muette, se prend alors d'intérêt pour cette créature, soumise à toutes sortes d'expériences...
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La camera immergée de Del Toro
Guillermo Del Toro nous offre un véritable film de cinéma avec une réalisation aboutie, de la caméra à la direction artistique. L'univers marin est au centre du film de part la gamme chromatique de tonalité vert/bleu. Le réalisateur utilise très justement une sorte de caméra flottante avec de longs plans, comme si elle était portée par un courant marin, caméra qui n'hésite pas à traverser les planchers comme pourrait le faire de l'eau. Le film est véritablement beau et travaillé, cela tout à fait en cohérence avec le talent de Del Toro. Le réalisateur est décelable à deux autres niveaux : le design de la créature qui ne va pas sans rappeler le personnage aquatique de Hellboy. Le fait qu'il ne s'agisse pas d'un personnage numérique (la plupart du temps) mais d'un costume-maquillage crée une continuité avec la plupart des monstres des autres films. En outre, le petit côté gore, dérangeant, marque là encore la présence du prodige mexicain. Si l’histoire en elle-même n'est pas si originale mais au contraire prévisible (comme le devenir des cicatrices d'Elisa), la réalisation de Del Toro en fait un film très agréable à regarder. Du côté musical, Alexandre Desplat réalise une belle partition qui ne prend jamais l'avantage sur l'image mais qui est donc difficilement mémorisable.
Une direction d'acteur impeccable
L'ensemble des acteurs est d'une justesse incroyable, ce qui permet de s'investir dans un conte assez convenu dans son schéma. Sally Hawkins (Elisa) au premier rôle est très convaincante avec un jeu juste et une figure (aspect) banale, à propos ici. Les seconds rôles campés par Michael Shannon (Richard Strickland), Olivia Spencer (Zelda) et Michael Stuhlbarg (Dr Hoffsteller) sont quant à eux parfaits.
Thématique : les héros marginaux
Si la romance semble être a priori le centre du récit, il s'agit en fait d'un simple ornement qui donne de la chair au drame, car l'histoire fonctionnerait sans. Ce conte nous parle de la différence et particulièrement des a-normaux; ceux mis en position de minorité dans la société. Tous les a-normaux ont le bon rôle dans le film. La créature est l'être le plus anormal de l'histoire et pourtant le plus merveilleux, presque dressée au rang de dieu. L'héroïne est muette et c'est cet handicap qui lui permet de comprendre la créature. Son ami Zelda est afro-américaine, ce qui, dans les années 50-60, n'est pas aisé aux Etats-Unis, des scènes de la télévision le rappelant. Même l'ami et voisin d'Elisa, Giles, qui a priori est dans la norme se révèle finalement homosexuel, ce qui est pareillement loin d'être facile. C'est uniquement lorsque ce trait du personnage est révélé qu'il devient véritablement bon. Enfin, le docteur Hoffsteller est lui un soviétique aux Etats-unis ce qui est aussi hors-norme. Toutefois, Del Toro ne fait pas des soviétiques les gentils en évitant de tomber dans une critique trop facile et erronée des Etats-Unis. En face de ces marginaux, le serveur blond du restaurant et le chef du service de recherche représentent parfaitement la norme américaine des années 50. Le chef Strickland a tout de la réussite, belle réussite professionnelle, belle famille, enfants, femme, maison, voiture. C'est pourtant le pire individu représenté. Il y a dans le film presque l'idée d'une convergence des luttes contre la tyrannie de la majorité "normale". Si le manichéisme est évité pour la guerre froide, en revanche, il est présent à travers les rôles des personnages dans leur sociologie (hommes blancs tyranniques contre le reste de la société). Ce qui pourrait être une limite du propos ne l'est pas ici car il s'agit bien d'un conte, genre qui se doit d'être clair dans son message. Message par ailleurs à propos sous la présidence Trump.
En définitive, Guillermo Del Toro nous offre un joli conte, réalisé d'une magnifique manière, à la morale simple mais non simpliste.
T'Challa, alias Black Panther doit devenir roi du Wakanda après la mort de son père lors des événements de la "Civil War" entre les Avengers. Il doit faire face à de nombreux défis entre les prétendants au trône et la défense de son pays, qui détient les uniques mines de Vibranium au monde, métal aux qualités infinies...
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Une mise en scène classique, riche en CGI
La mise en scène de Ryan Coogler est efficace, très dynamique au montage, notamment et logiquement pendant les scènes d'action qui sont les plus belles réussites du film (mention spéciale pour la course poursuite en Corée du Sud). Il faut dire que la chorégraphie de combat de Black Panther est extrêmement gracieuse, souple et rapide à l'image du félin. Sans compter le design du costume toujours aussi réussi. Les autres personnages possèdent également des chorégraphies de combats très abouties. Au-delà de ces qualités indéniables, la mise en scène reste narrative et fonctionnelle et n'est pas particulièrement singulière (hormis lors du renversement du Roi ou l'image renversée/inversée est très à propos). Ce qui est singulier est plutôt le cadre. Il y a de beaux plans de paysages "africains" ou du Wakanda mais exclusivement en CGI. Néanmoins, l'effort fait au niveau du décor des structures du Wakanda, futuristes tout en gardant une part de la singularité locale, est véritablement à saluer. Autre élément positif, la bande musicale de Ludwig Göransson, qui intègre des instruments africains à son orchestre et participe ainsi à l'ambiance. La partition est tout à fait rafraîchissante. Attention toutefois à ne pas réduire la musique africaine à une certaine idée que l'on s'en fait hors Afrique.
De bonnes performances d'acteur, notamment des actrices
Tous les personnages fonctionnent, tous ont une réelle personnalité et de réels dilemmes ce qui est particulièrement bien venu dans un film de super-héros. Exit les personnages lissés par un trait de caractère. Toutefois, au-delà des personnages eux-mêmes, il faut noter la performance de deux actrices qui relèguent presque Black Panther au second rôle; ce sont Lupita Nyong'o (Nakia) et Danai Gurira (Okoye). Il est presque dommage que les femmes n'aient pas le premier rôle ici étant donné la puissance de leurs personnages. Terminons par une petite mention pour Andy Serkis qui bien que peu présent, brille à chaque apparition.
Les thématiques : bien-pensant, mais bien pensé ?
Le contexte de la sortie de ce film est important, il s'agit d'un film sorti sous la présidence Trump et presque fait en réaction à cette présidence (voir la première scène post-générique pour la confirmation explicite). Il est donc question de mettre "l'Homme noir" au centre du récit. L'intention est bonne mais complexe voire impossible car y'aurait-il un Homme noir par définition ? Qu'y'a t-il de commun entre un Homme africain et un afro-américain aujourd'hui ? Ou même qu'y a t-il de commun entre les Hommes du continent africain, immense et d'une diversité folle. Passant par une essentialisation de "l'Africain", le film le réduit finalement à certains traits. Si le Wakanda est intéressant en tant qu'état avancé, la société africaine est renvoyée à un système tribal dans un style Masaï (peuple qui structure l'imaginaire occidental de l'Afrique) même si les personnages sont des figures positives et complexes. Les paysages présentés sont beaux, mais aucun n'est véritablement africain puisque fait en CGI et donc construit sur l'imaginaire occidental (grandes plaines, savanes, monde sauvage, cascades). Si le réalisateur est afro-américain ainsi qu'une grande partie du casting (ou africain), il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'un regard extérieur engagé et donc partial sur l'Afrique. Il s'agit précisément de la vision afro-américaine de l'Afrique, vision positive mais réductionniste. D'ailleurs, le film s'adresse aux communautés noires du monde occidental, plus qu'aux Africains, d'où les références nombreuses à l'esclavage et la situation des communautés noires dans le monde occidental. Cela étant dit, si on fait abstraction du background, il est plaisant d'avoir un héros noir bien écrit en premier rôle (pas en second rôle). Il semble que le film trouve une résonance particulière dans la communauté noire américaine mais également, par appropriation des représentations, dans la communauté noire européenne. L'opposition entre T'Challa et Killmonger est par ailleurs intéressante et est un miroir de l'opposition entre Martin Luther King et Malcom X. Si la cause est la même, les moyens sont différents (recours ou non à la violence tout azimut). En outre, la vision de Killmonger est racialiste, il y a les noirs (peut importe où ils sont et leur histoire) et les autres, alors que la vision de T'Challa pense l'humanité comme une seule tribu. L'approche de T'Challa est bien évidemment la plus juste, espérons alors que Killmonger et son discours ne résonne pas trop dans un monde communautaire.
En définitive, Black Panther redonne un intérêt à la saga Marvel tout en restant finalement très consensuel. Il a la grande qualité d'être un film pour lui même, sans besoin d'être inclus dans la saga de films. Le film possède une vraie personnalité mais est plus le produit d'une vision extérieure afro-américaine que véritablement africaine.
Le 21 Août 2015, un terroriste est interrompu par trois Américains dans le train du Thalys partant d'Amsterdam pour Paris. La chance et le courage de ces trois touristes sauvent la vie à plusieurs centaines de personnes...
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Faire un film avec une histoire de quelques minutes, pari en partie réussi
Clint Eastwood est un habitué des films portant sur de réels héros du quotidien. Toutefois, contrairement à American Sniper ou Sully, 15h17 To Paris repose sur un événement impressionnant mais très court et dans un contexte banal. Le film souffre ainsi d'un rythme moribond après les premières minutes réussies consacrées à l'enfance des trois héros. Ce problème en est un sans l'être véritablement car le but d'Eastwood est bien de montrer que ses protagonistes sont des gens comme nous tous et n'ont rien d'exceptionnel, en plus d'avoir bénéficier de la chance... Le cinéma est plus fort lorsqu'il arrive à nous faire voyager dans l'extraordinaire mais ici il n'en était pas question, pour rester cohérent avec l'intention de Clint Eastwood. Le film se regarde néanmoins, avec des plans variés et une caméra épaule pour renforcer l'immersion. Seul un grand réalisateur pouvait transformer ce fait historique très court en film, ce que parvient à faire Eastwood. La bande musicale se signale particulièrement lorsque le film rentre en tension et devient extraordinaire (dans le sens du non quotidien), c'est à dire à partir de la préparation de l'attentat.
Les vrais protagonistes
La vraie prouesse du film est de faire jouer les trois héros eux-mêmes. Les trois amis d'enfance y arrivent parfaitement et étaient semble t-il, les mieux placer pour se représenter à l'écran. Cela n'est pas si simple que cela en a l'air, car comme le dit Clint Eastwood, jouer son propre rôle est peut-être le rôle le plus difficile à jouer : "Je pense que le plus difficile pour un acteur, c’est de jouer son propre rôle. [...] Il est plus facile de se dissimuler derrière un personnage que de se dévoiler aux yeux de tous."
Les thématiques d'Eastwood, fidèle à lui même
Avec Sully et Americain Sniper, Clint Eastwood travaillait déjà sur le concept d'héroïsme. Mais cet intérêt remonte encore plus loin avec un film comme Mémoire de nos Pères, où le réalisateur montrait que le héros n'est qu'une construction du nationalisme. Toutefois, ici les héros existent véritablement mais sont d'une banalité terrible jusqu'à ce qu'un événement mette en exergue leurs qualités. La chance (la kalachnikov enraillée, bloquée par une balle, 1 chance sur 1 000 000) et la présence de soldats présents au bon moment au bon endroit, font que trois jeunes individus deviennent des héros. Les protagonistes et peut être même Clint Eastwood y voient l'oeuvre de Dieu. La Foi est ainsi, également une thématique importante du film, ce qui nuit un peu à l'ensemble. Cela traduit peut-être la réalité perçue des trois Américains. Toutefois, on aurait tout simplement pu dire d'un point de vue matérialiste/déterministe que, sans affirmer que cela relève du hasard, il n'y avait pas forcément de prédestinée divine dans cet événement. La vie met parfois les individus dans des situations particulière.
Autre thématique de Clint Easwood, la guerre et les armes à feu. Eastwood décrit plus qu'il ne commente. Toutefois on peut comprendre dans le film que c'est parce-que ces enfants s'intéressaient aux armes et à la guerre, qu'ils sont devenus (pour deux d'entre eux) soldats et qu'ils ont pu intervenir. Factuellement cela est vrai, attention à ne pas en tirer un message.
Il y a un message à retenir dans la thématique du héros, mais pas dans la thématique de Dieu ou des armes qui sont plus une description qu'une justification du mode de vie américain. Du moins, c'est la vision de cette critique.
En définitive, Clint Eastwood revient avec un thème qu'il maîtrise bien : l'héroïsme. Si la question est toujours finement traitée, la banalité de la vie des héros jusqu'à l'événement n'est pas toujours passionnante. Il ne pouvait en être autrement car un héros est, selon Clint Easwood, un individu comme un autre, jusqu'au jour où le destin se saisit de lui.
La guerre du Vietnam n'en finit pas. Pourtant le gouvernement américain sait la victoire impossible. Pour garder la face, les différents Présidents n'osent pas se retirer du conflit. Ce secret d'Etat finit par fuiter en 1972 dans les Pentagon Papers. Le Washington Post et sa directrice Katharine Graham hésitent un temps à publier les informations, intimidés par la présidence Nixon et la Justice fédérale.
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Mise en scène attrayante
Ce genre de film, un drame historique, ne mise pas tout son intérêt sur la réalisation. Toutefois Steven Spielberg s'est particulièrement impliqué dans la mise en scène. L'ouverture est celle d'un film de guerre : dès cet instant, le spectateur sait qu'il est devant un film historique et non un documentaire. Le spectateur pourra donc s'investir émotionnellement dans la narration. Les cadres, les angles, les mouvements de la caméra varient tout au long du film, Spielberg ne tombant nullement dans la facilité. Au delà, de la mise en scène de narration, les plans et séquences sur les machines d'imprimerie de la presse des années 70 sont la touche en plus du réalisateur. Ces séquences insistent sur l'enjeu de l’événement, en plus d'être intéressantes d'un point de vue mécanique. Plus généralement, la montée en tension est progressive, le film se regardant donc très facilement. Pour parachever à la fluidité de l'ensemble John Williams, à la musique, produit une partition tout en retenue mais d'excellente facture.
L'intérêt de ce film est véritablement sa richesse thématique et en réflexions. La réalité du patriarcat dans l'Amérique des années 70 ne fait aucun doute à travers l’œil de Steven Spielberg. La propriétaire du Washington Post, Katharine Graham n'est jamais prise au sérieux par l'ensemble des hommes autour d'elle, si bien qu'elle doute nécessairement toujours d'elle, malgré quelques bons soutiens masculins. Ce qui est véritablement intéressant dans le film est la progression de ce personnage qui s'affirme tout au long du film. Que cela soit la réalité ou un arrangement pour le film, le message est pertinent. Le plan de Katharine traversant une foule de femmes après le procès est en ce sens révélateur de l'intention louable de Spielberg. Le choix de se focaliser sur Mme Graham, au-delà de sa condition de femme, est intéressant. En plus de donner un point d'ancrage au récit et de permettre au spectateur de s'investir dans un personnage, ce choix de Spielberg permet d'aller au delà de la question du bien ou du mal, du juste ou de l'injuste, bref comme il est dit dans le film, de la théorie. En effet, une fois la validité de la cause arrêtée, quelqu'un doit prendre le risque de briser le silence pour dévoiler la vérité. La vérité peut avoir un prix, et il était judicieux de la part de Spielberg de montrer tout ce que peut perdre un lanceur d'alerte. La question de la Justice n'est donc pas que théorique.
Autre thématique bien évidemment, celle de la presse et plus largement des institutions américaines. Beaucoup de réflexions parcourent cette thématique. La première est celle de la rentrée en bourse des journaux qui implique une perte de contrôle et donc d'indépendance. Le Washington Post publie les Pentagon Papers juste après sa rentrée en bourse, ce qui pourrait signifier sa fin en cas de catastrophe (interdiction par la Justice Américaine). Bien que la bourse ne soit pas le principal problème dans le film (cela rajoute à la tension), ce point souligne néanmoins la question de la perte de l'indépendance de la presse (poids des actionnaires) et son obligation de rentabilité. Problème d'ailleurs prégnant dans le film car les journaux sont dans une situation de concurrence, or l'information la plus vendeuse n'est pas forcément la plus intéressante. Question : la presse doit-elle être rentable ? Ou autrement dit, le marché peut-il réguler les médias ?
Une autre question inhérente à la presse est particulièrement intéressante. La presse peut-elle tout dire ? Même si cela concerne la sécurité intérieure ? Les Pentagons Papers pouvaient être révélés, comme l'a tranchés la Cour suprême américaine. Cela reste toutefois un cas singulier. Dans une démocratie, l'information doit être libre pour que les citoyens puissent se forger une opinion. Le film dit très joliment "La presse sert les gouvernés, non les gouvernants". Il reste que la question se pose néanmoins, même au delà de la question de la légalité des révélations. Toute chose doit être dit mais pas nécessairement instantanément, notamment en matière de sécurité. Les Pentagons Papers étaient acceptables dans la mesure où ils portaient sur des événements passés et qu'ils ne mettaient pas en jeu directement des vies sur le terrain, bien au contraire. L'affaire des Pentagons Papers prouvent deux choses : que d'une part la Justice américaine est bien un contre-pouvoir à l'exécutif; elle est véritablement indépendante. Elle prouve d'autre part que la Constitution américaine est très bien écrite pour ce qui concerne la question de la presse car c'est sur elle que se fonde la Cour suprême. Attention toutefois à ne pas sacraliser la Constitution américaine qui a tout de même quelques défauts (armes à feu). Dans les mêmes précautions à mentionner, il est nécessaire de souligner que le rôle de la presse est déterminant, sans pour autant ériger cette dernière en guide à penser. La valeur d'un article de presse n'est pas celle d'un article scientifique et le point de vue peut être volontairement ou involontairement biaisé. La réflexion personnelle reste indispensable.
En définitive, Pentagon Papers est un grand film du genre historique. Les réflexions sur la presse, le féminisme, la liberté et la sécurité sont passionnantes, ainsi que le voyage dans le fonctionnement des institutions américaines.
Michael MacCauley est un habitué du boulot-métro-dodo à New York. Il se donne corps et âme pour sa famille et notamment pour son fils, afin qu'il puisse aller dans une grande école américaine. La routine de Michael est bouleversée le jour où il est licencié de son travail, sans chômage. Sur le chemin du retour, dans son train de banlieue, une étrange femme lui propose alors une obscure mission contre de l'argent...
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Réalisation immersive
Jaume Collet-Serra réalise un film dynamique, au montage rapide et à la caméra mouvante. Pour un film d'action a priori très basique, la réalisation est plutôt intéressante, cela étant visible dès l'introduction avec des coupures rapides et régulières pour montrer la routine de la vie du héros. Il s'agit d'une caméra numérique permettant des effets aussi bien dans la gare que dans le train. Travellings-compensés, long travelling à travers le train, valeurs de plans variés...The Passenger se révèle être un film soigné. Liam Neelson, souvent en gros plan, a les épaules pour porter le film en huit-clos tandis que les autres personnages, souvent en plan taille ou plan américain, sont écrasés par l'acteur irlandais. Les scènes d'action sont intenses et bien chorégraphiées lorsqu'il y a des combats et, le money shoot (avec le train en deuxième partie de film) est véritablement impressionnant. Notons aussi l'excellent travail de Roque Banos à la composition, présent de manière pesante dès la première scène d'exposition et qui donne un véritable élan au film. Il signal directement que cette vie quotidienne, banale et peu sensée sera bientôt le théâtre d'une aventure hors du commun.
A Liam Neelson Movie [Spoilers]
Liam Neelson a presque un genre à lui tout seul : un homme respectable sous tout aspect, membre des forces de police ou anciennement l'un des leurs et dont la famille est menacée. Très mauvaise idée de la part des méchants car cela se termine souvent mal. C'est le même schéma à chaque fois et pourtant le film est prenant grâce au charisme de Liam Neelson et à la réalisation de Jaume Collet-Serra. Les deux avaient d'ailleurs déjà collaboré pour Non-Stop, un film similaire dans un avion avec un ennemi presque omniscient et omnipotent. Le suspens et la tension allant crescendo, le film reste intéressant, même d'ailleurs si on connaît la fin car ce n'est pas tant le but mais la manière de raconter l'histoire qui est intéressante. A ce titre, ce thriller dans un train est beaucoup plus immersif que le dernier Crime de l'Orient-Express, car The Passenger ne repose pas que sur le scénario (rendu caduc pour l'Orient-Express si on connait le dénouement). Le scénario de The Passenger est classique pour ne pas dire schématique mais tient debout, tout étant pensé pour que le scénario soit fluide (par exemple : la climatisation joue un rôle important et les fortes températures sont introduites dès la scène d'exposition). On pourrait prétexter certaines "incohérences" pour le dénouement, notamment le fait que le témoin révèle à l'ensemble des passagers ce qu'il sait mettant tout le monde en danger. De même, le policer révèle aux passagers son implication. Peu importe, tout cela nuit peu à la dynamique du film.
Le Bonus : un film à message [Spoilers]
Jaume Collet-Serra ajoute un message à son film, ce qui était peu attendu étant donné le genre : un simple film d'action. Pourtant dès le départ, un léger message est transmis sur nos sociétés occidentales contemporaines, constituées d'individus luttant pour survivre dans un métier peu intéressant et qui peuvent être du jour au lendemain remerciés. Le fait que Collet-Serra soit espagnol explique peut-être cette prise de position. Dans le film, l'incarnation de ce système économique sans moral, jouant sur la flexibilité du droit du travail est Goldman Sachs.
L'accent est mis sur la réalité sociale des individus avec comme emblème le train quotidien (équivalent ReR ou Transilien), filmé dans un style réaliste (lumière terne, diversité des profils, abondance de passagers).
Le deuxième message est une volonté du réalisateur qui voulait cette fois-ci poser à son héros un dilemme moral (dans les autres films comme Non-Stop, le héros fait le bien de manière assez mécanique car le mal et le bien sont assez bien distingués). Ici le héros a le choix entre laisser mourir sa famille ou tuer un/une innocent-e. Il s'agit d'un dilemme car le bon choix n'existe pas et ne pas choisir consiste à laisser mourir sa famille. Liam Neelson est véritablement un super-héros car malgré cette impasse, il trouve la solution juste en refusant le meurtre d'un/une innocent-e, tout en sauvant sa famille. Peut-être qu'il aurait été intéressant que Liam Neelson soit véritablement mis face à ce dilemme pour tenter d'expliquer le nécessaire mauvaise choix qu'il aurait eu à faire. N'en demandons pas trop, la morale présentée est simple mais acceptable : même contre de l'argent, le héros reste intègre et lorsqu'on le pousse tout de même à agir, il refuse de rentrer dans le jeu.
En défintive, The Passenger est un plaisant film d'action. Ne jamais menacer la famille de Liam Neelson! Le schéma classique est à nouveau appliqué mais la mise en scène et le charisme de Liam Neelson font que le film est véritablement prenant, avec en plus, en toile de fond, un petit message fort juste sur nos sociétés contemporaines.
Bande-annonce à titre informatif. Il est préférable de ne pas la regarder avant d'avoir vu le film.
Hercule Poirot embarque dans l'Orient Express, voyage de trois jours vers l'Angleterre pendant lequel il compte bien se reposer. Malheureusement pour lui, un homme est tué dans son wagon. Un meurtre, treize suspects, le plus célèbre détective du monde doit rentrer en action...
Commentaire : Un sacré déploiement de moyens
Kenneth Branagh remet à jour le classique de l'Orient Express avec une impressionnante débauche de moyens. Toutes les valeurs de plans sont présentes dans le film, notamment des plans d'ensemble et de demi-ensemble qui témoignent des moyens mis à disposition que cela soit en décors ou en effets spéciaux. Les costumes et plus largement les décors d'intérieur sont très bien reconstitués. Une fois dans le train, les personnages bénéficient de gros plans, assez logiquement puisque que la recherche du coupable est en cours mais également pour marquer la réflexion de Poirot. Des plans en plongée totale montre l'espace étriqué dans lequel se joue l'intrigue et insiste sur le côté huit-clos. La présentation des suspects est faite avec un joli plan séquence, sans cut, ce qui est en soi un indice pour le spectateur concernant le dénouement. Le film regorge d'effets spéciaux, notamment en extérieur, sans que cela ne rajoute au film qui est avant tout un film d'intrigue. La sobriété des films ou séries d'antan sied tout aussi bien si ce n'est mieux à l'histoire. Concernant la bande musicale, K. Branagh est à nouveau accompagné de Patrick Doyle qui réalise un très bon travail.
Une histoire qui ne se voit qu'une fois
Le dénouement connu, cette histoire n'a que peu d'intérêt. C'est pourquoi cette adaptation a pour vocation de faire découvrir l'histoire d'Agatha Christie à une nouvelle génération. Elle ne contentera pas les lecteurs ou anciens spectateurs qui ne retrouveront sûrement pas le charme de l'orient express dans cette adaptation-ci. L'excellent casting ne change rien à cela d'autant plus que les têtes d'affiche ne dégagent rien de particulier, excepté K. Branagh en Poirot. Les changements de personnages opérés ne permettent pas de sauver le suspens puisque le dénouement est nécessairement le même. En revanche, l'ajout d'un Sud-américain, ou d'un Européen de couleur, comme le fait Branagh dans tous ses films : Thor, Cendrillon, colle encore une fois plutôt mal à la réalité de l'époque sans donner véritablement un nouvel enjeu à l'histoire. Pour le moins, pour ce film, on notera qu'une tentative de mise en contexte de la diversité a été faite. L'ajout du personnage de Pénélope Cruz fonctionne par contre plus tôt bien une fois son histoire révélée.
Les thèmes : la vengeance, la justice, la loi [Spoilers]
L'histoire et son dénouement posent en vérité un réel questionnement. Peut-on se faire justice soi-même ? Le film répond par l'affirmative pour ce cas particulier, mais avec tout de même pour conséquence la peine de mort. Certes la justice peut être non satisfaisante, parce que le résultat de lois . On retrouve l'opposition entre le légal et le légitime. Toutefois, la possibilité de se faire justice soi-même et donc de faire reposer les relations entre les Hommes sur le droit du plus fort (puisque plus de droit légal) est très questionnable. Hercule Poirot met certes à l'épreuve la principale coupable et découvre qu'il y a une zone grise entre le bien et le mal mais reste malgré tout que l'issue de l'histoire ne semble pas éthiquement ni moralement correcte.
En définitive, Kenneth Branagh fait découvrir à une nouvelle génération le grand classique d'Agatha Christie. L'adaptation contentera difficilement les connaisseurs du dénouement, d'autant plus que cette nouvelle version ne bénéficie pas du charme des anciennes versions.
La Résistance est prise en chasse par le Premier Ordre. Elle attend le retour de Luke Skywalker toujours reclus sur son île. Rey l'a retrouvé mais le dernier Jedi ne veut pas revenir; pour lui les Jedis doivent disparaître...
Commentaire :
Une mise en scène très soignée
Rian Johnson prend la suite de J.J Abrams dans un style moins frénétique, notamment au niveau du montage. La gamme de couleur est également plus sombre en accord avec l'ambiance générale du film. Le jeu entre l'obscurité et la lumière est constant au cours du long-métrage, ce qui témoigne d'un certain soin pour signifier l'équilibre dans la Force et les basculements possibles. Notons que le film, dans sa réalisation, se distingue particulièrement lors du dernier acte sur la planète de sel, avec des plans magnifiques, que cela soit en extérieur pour la grande bataille avec le revêtement en sel du sol et la terre rouge en dessous, ou en intérieur dans les grottes et carrières de cristaux. Il n'y a pas tant à dire sur la mise en scène qui reste narrative, classique mais qui est grandement efficace puisque l'histoire et la narration se déroule parfaitement avec comme résultat une immersion totale dès le titre Star Wars apparu à l'écran. Il faut dire que la présence de John Williams est plus pesante dans cet épisode que dans le précédent, ce qui a pour effet de donner de la puissance et de l'élan à la narration. Il ne semble pas y avoir de thèmes particulièrement nouveaux, mais la bande musicale est, comme il était attendu, d'excellente facture.
Rattraper les erreurs du passé [Spoilers]
Une suite à la première trilogie était hasardeuse, une suite à l'épisode VIInarrativement et thématiquement pauvre était très compliquée. A cela, il faut rajouter le cahier des charges terribles de LucasFilm qui oblige à une repompe de la première trilogie et notamment de l'épisode V. Toutefois, certaines mines sont désamorcées. Cela donne un nouvel élan à une histoire jusqu'alors embourbée dans la nostalgie. Rey n'est pas "la fille de", mieux, la révélation de cet épisode est qu'elle n'est la fille de personne, d'illustres inconnus peu dignes. Cela est à mettre en parallèle avec le fait que la révélation du lien entre Luke et Dark Vador est dévoilée dans l'épisode V. Un joli pied de nez à ce qui semblait être la volonté première de cette nouvelle saga. Deuxième déraillement par rapport à la première trilogie, l'élimination de Snoke, figure du nouvel empereur, qui permet là encore de s'extraire du schéma de la trilogie originelle. L'épisode VIII nous sauve également in-extremis de l'histoire d'amour Rey-Finn, qui n'est pas envisageable pour un jedi (Dark Vador est né de cette erreur, d'autres Jedi gris sont aussi concernés par cette interdiction Jedi). Enfin, le film essaye même d'expliquer des incohérences de l'épisode VII, comme la défaite de Kylo Ren contre Rey. Rian Johnson a donc tenté de libérer la nouvelle trilogie de son carcan dans laquelle l'avais mise Abrams, et cela pour le meilleur. Reste néanmoins quelques problèmes non résolus. La situation politique qui a débouché sur la Résistance et le Premier Ordre reste inexpliquée. Tout ce qui est dit sur le passé concerne uniquement Kylo Ren (et quid des chevaliers de Ren ?). Autre souci, la Force est traitée de manière toujours contestable. L'initiation à la Force reste le fait du hasard et la rigueur du travail pour la maîtriser passe à la trappe (puisque Luke n’entraîne pas Rey, contrairement à Yoda avec Luke ou Anakin dans l'école Jedi). La Force et les Jedis sont dépeints depuis l'épisode VII (et Rogue One) plus comme une religion transcendante qui tomberait du ciel sur l'élu que comme une philosophie, à l'image de ce que nous montrent les deux trilogies de George Lucas. Ce traitement est regrettable. D'autant plus que la Force offre de nouvelles aptitudes surprenantes dans cet épisode : contrôle, communication et hologramme à longue distance (en plus de lecture de pensées depuis le VII); capacités qui donnent trop de puissance à la Force. La Force peut désormais tout faire, ce qui semble contestable dans le principe, car le Force ne peut pas tout. La philosophie Jedi est justement d'accepter qu'on ne peut pas tout et l'accepter (cf les enseignement de Yoda). Leia paraît par ailleurs maîtriser la force à un niveau trop avancé pour une non-jedi, tout comme les enfants en fin de film (plus doués que le petit Anakin ?). Adieu la rigueur de l'initiation...
Une fidélité moins nostalgique [Spoilers]
Le film ne rate toutefois pas de remplir le cahier des charges malgré quelques risques pris. Cela se voit de manière évidente mais moins grossière que dans l'épisode VII. Ainsi la bataille sur la planète de glace en ouverture de l'épisode V est la bataille finale ici sur la planète de sel, ce qui rend visuellement bien sans être identique. Luke disparaît en vieux Jedi tel Yoda, Yoda qui réapparaît dans ce film sous sa forme de l'épisode V. Rey, comme Luke dans l'épisode V, fait l'expérience du côté obscur dans une sorte de grotte. Finn et Rose sont trahis comme Han Solo dans l'épisode V. Certes tout cela suit un schéma apparemment obligatoire mais la reprise du schéma de la trilogie originale est mieux amenée que dans l'épisode VII.
Les bonnes trouvailles narratives ? [Spoilers]
Le rôle de Luke Skywalker est inattendu dans l'histoire. Toutefois, les démons qui le hantent sont bien amenés et son dilemme est compréhensible. Le fait qu'il n'ait pas été formé jusqu'au bout et surtout trop tard, comme son père, peut expliquer qu'il ait failli dans son entreprise de restaurer l'ordre Jedi. Néanmoins, sa mort reste questionnable (quel message ?). Autre enjeu intéressant, la personnalité de Kylo Ren. Le personnage devient finalement intriguant après avoir été une interrogation dans l'épisode VII. Kylo Ren est torturé, indécis et pourtant à l'origine de beaucoup d’événements dans l'histoire. La voix d'Adam Driver se hisse par ailleurs presque à la hauteur de celle de Vador dans la pesanteur qu'elle fait ressentir. Pour ce qui est du personnage principal, Rey, son rôle dans l'histoire devient pertinent en tant qu'alter ego lumineux de Kylo Ren, une sorte de sœur dans la Force plus tôt que dans la réalité ; cela est beaucoup plus subtile. Reste une immense interrogation sur la narration prise dans son ensemble épisode VII + épisode VIII : l'histoire n'a pas avancé, comme le témoigne la scène de fin avec les enfants : la Résistance ne fait que commencer...
Les thématiques, enfin du nouveau dans cette trilogie [Spoilers]
C'est véritablement au niveau des thématiques que le film prend le plus de risques donnant un véritable intérêt à cet épisode. Ce film est un épisode sans héros ou plus exactement un épisode où les actes héroïques sont dépeints comme dangereux, ou pour le moins comme ayant des conséquences. La jolie scène d'ouverture montre la bravoure de Poe mais aussi les conséquences de cet acte avec de nombreuses pertes, merveilleusement soulignées par Leia. Le film force son message avec la quête de Finn et Rose, que beaucoup jugent inutile mais qui justement a pour intérêt de montrer que les actes héroïques peuvent échouer voire pire, mettre en jeu l'ensemble de la Résistance. Ceci a pour conséquence de changer la personnalité de Poe qui adopte une posture moins hollywoodienne et plus réaliste. Finn devrait peut-être en tirer les mêmes conséquences car son personnage est trop désinvolte par rapport à la gravité de la situation. Ce n'est pas sa quête qui est inutile mais son personnage lui même. Lui qui était l'atout du Réveil de la Force devient le boulet Des Derniers Jedi. Heureusement sa complice Rose vient délivrer un autre message : il faut se battre pour ce que l'on aime plutôt que contre ce que l'on haït. Cela permet de rester fidèle à sa cause (en évitant des sacrifices inutiles). Notons que la cause animale est une sous-thématique originale mais anecdotique du film, que cela soit pendant la scène de Chewbaka et les porgs ou plus manifestement lors de la quête de Finn et Rose sur la nouvelle planète. Anecdotique car ce thème ne concerne que quelques scènes et non l'ensemble du film contrairement au thème des actes héroïques. Le dernier message, également mineur dans l'enjeu du film, est délivré par Yoda himself. Un maître enseigne les échecs autant que les succès. La progression se fait aussi par les échecs. C'est une des rares informations sur la Force qui semble conforme à la philosophie originelle de George Lucas.
En définitive, Rian Johnson fait son possible pour sauver une trilogie en grand danger et y arrive en partie. En fermant de nombreuses portes ouvertes par l'épisode VII, Star Wars Les Derniers Jedi fournit une histoire originale, osée et thématiquement intéressante. Le résultat est satisfaisant compte tenu du cadeau d'Abrams.