Le Mandalorian, toujours accompagné de Grogu, travaille désormais pour la Nouvelle République. Il traque les anciens cadres de l'empire qui tentent de faire perdurer l'ancien régime dans certains recoins de la galaxie...
Le commentaire :
Jon Favreau, le choix de la continuité
Jon Favreau, déjà réalisateur sur la série, reprend la réalisation sous la supervision de Dave Filoni. Réalisateur efficace, Jon Favreau, a la tâche de transformer la saison 4 en film conclusif de la Saga The Mandalorian. Si la narration est bien abordée avec des enjeux clairs, presque simples, la mise en scène reste très proche de ce qui a été fait pour la série et n'offre aucune fulgurance (malgré une ouverture rappelant Apocalypse Now). Sans nouveauté, le film s'inscrit toutefois dans l'héritage de George Lucas à plusieurs titres. Les environnements sont variés, la narration proposant le classique parcours entre différents mondes. Ils ont la qualité d'être tous différents mais très proches (trop ?) de l'environnement de terrestre, si ce n'est le dernier monde qui possède quelques particularités. Les cuts entre les scènes ou les mondes, parfois abrupts, rappellent la mise en scène de Lucas. Par ailleurs certains renvois à l'Antiquité comme la scène de combat dans l'arène, rappellent aussi la Prélogie de Lucas (sans qu'il n'y ait ici de message politique associé). Enfin, la place laissée à la musique est peut-être le plus bel hommage à Lucas, car ce dernier aimait laisser une partie de la narration à John Williams, qui par ses thèmes savait raconter les histoires. C'est ainsi que Ludwig Göransson montre la plus belle considération à Lucas en reprenant les thèmes de la série de manière symphonique. Ses thèmes participent à la narration en étant pleinement présents, grâce à plusieurs leitmotivs reconnaissables et l'utilisation du mickeymousing pour décrire certains éléments à l'écran. La fulgurance de la musique fait ainsi oublier le manque de panache de la mise en scène ou de tension de l'intrigue.
Un film de side quest ?
Ce film devait s'émanciper de la dimension sérielle du matériau de base afin de conclure de manière honorable l'histoire du Mandalorien. Pendant une une heure, le film ressemble malheureusement plus à une série qu'à un film de part son intrigue assez linéaire et restreinte (le premier enjeu est conclu dans la première partie du film) et du fait d'un visuel assez convenu malgré une petite scène d'ouverture un peu plus impressionnante. Toutefois, le film prend un peu d'ampleur dans sa deuxième partie, d'ailleurs moins riche en action (si ce n'est le final) mais avec un enjeu plus important mettant au centre la relation du Mandalorien et de Grogu. C'était d'ailleurs le seul axe qu'il était possible d'utiliser pour donner plus de gravité à l'histoire. Paradoxalement, cette partie peu verbeuse est réussie, ce qui souligne le talent de narration de Jon Favreau. Il y a également une bonne rythmique du gag, ce qui ajoute des touches d'humour bien trouvées. Néanmoins, même si la relation personnelle entre les deux protagonistes est intéressante, l'histoire ne peut prendre l'ampleur des films de la saga Star Wars, dans le sens où l'enjeu n'impacte en rien le destin de la galaxie. Cette histoire annexe est distrayante mais dispensable.
La morale et les apparences
Le cœur du film est loin de mettre en avant des thématiques profondes, qu'elles soient d'ordre spirituel ou politique. Toutefois, la question de la morale est en partie abordée puisque le Mandalorien agit selon la morale du bien, lui qui n'est normalement qu'un chasseur de prime. Or à plusieurs reprises, il ignore le choix le plus simple pour prendre une décision au service du bien. Son statut de chasseur de prime indépendant a au moins le mérite de lui permettre d'agir selon sa propre morale.
Les apparences et en particulier le rapport aux différentes races sont également intéressants dans ce film. En effet, Star Wars est connu pour présenter un nombre important d'espèces intelligentes dans la galaxie. L'intrigue met en avant, pour la première fois, un membre d'une certaine race dans le camp du bien, ce qui est plutôt intéressant afin de décorréler apparence et personnalité (ou propension à faire le bien).
En définitive, The Mandalorian and Grogu est un film divertissant mais qui a du mal à s'extraire de sa dimension sérielle, notamment pendant sa première partie.
Paul Atréides et sa mère Jessica ont survécu à l'élimination de leur maison par les Harkonnens. Ils sont réfugiés chez les Fremens, le peuple du désert. La vengeance de Paul s'inscrit désormais dans la lutte des Fremens qui luttent contre le colonialisme des Harkonnens. La question qui se pose à Paul est alors de savoir s'il se bat en tant qu'Atréide ou en tant que Fremen...
Commentaire :
Denis Villeneuve récidive brillamment
La mise en scène de Denis Villeneuve s'inscrit parfaitement dans la réalisation du premier épisode avec toujours la photographie incroyable de Greig Fraser. Cela reste la première qualité du film qui réussit à saisir l'ambiance de chaque monde mais également, pour cet épisode, à magnifier des évènements ou des personnages, là ou le premier épisode se limitait à de l'exposition. Denis Villeneuve joue également avec la notion d'échelle comme il l'a déjà fait, cela permettant de mettre en valeur le gigantisme dans un empire galactique. L'univers se trouve ainsi très incarné et particulièrement impressionnant. La grande différence avec l'épisode précédent se joue au niveau du rythme et de la tension. En effet, l'intrigue se déploie enfin dans ce deuxième épisode alors que certains nouveaux personnages rajoutent des enjeux et de la tension du fait de leur personnalité. Le montage est dense du fait des nombreux évènements à dépeindre. Le film comporte aussi de nombreuses ellipses ce qui rajoute au rythme mais tend presque parfois à rendre la narration moins fluide. Denis Villeneuve compte alors sur l'intelligence du spectateur pour faire les liens. Le film aurait presque gagner à être plus long malgré sa durée déjà plus qu'honorable (2h46). Certaines scènes de combats avec des personnages importants auraient à ce titre aussi gagné (sur la fin) à être plus développées. Seul petit bémol sur ce point, la chorégraphie des combats n'est pas forcément mise en valeur par une caméra trop mouvante et des séquences trop cutés. Il s'agit là du seul grief car le reste de la technique, tout autant les décors, le maquillage ou les effets spéciaux ne sont sujets à aucune fausse note.
A la musique, Hans Zimmer est de retour. Le mixage sonore et la bande musicale font énormément pour l'ambiance du film et favorise l'ancrage dans les différents mondes. Toutefois, il est difficile de parler de partition pour la bande musicale car Hans Zimmer travaille avant tout sur l'ambiance en utilisant des sons de l'environnement de l'histoire. Il s'agit d'un travail extraordinaire sur les sonorités plus qu'une partition orchestrale.
Les thématiques : de la géopolitique teintée du passée
Les thématiques de Dune traitées ici sont celles perceptibles dans le film et non celles des romans, évidemment plus foisonnantes et développées. Les thématiques sont néanmoins beaucoup plus développées que dans le premier film qui effleurait seulement son univers. Dans ce deuxième épisode, la géopolitique est au premier plan avec principalement deux aspects : la réalité du pouvoir et la dimension religieuse. La réalité du pouvoir est décrite comme un fatalisme. Paul ou sa mère Jessica ne souhaitent pas prendre de responsabilité chez les Fremens. Toutefois, face à la réalité de la situation (des rapports de force sur le terrain), ils finissent par cesser de lutter et embrasser leur destin. Ce passage est symbolisé dans le film par l'eau de vie. Une fois cette eau bue, Jessica et encore plus Paul acceptent de faire ce qui doit être fait afin de défaire les Harkonnens et l'Empereur. Paul sait que cette quête de vengeance inscrite dans la lutte anticolonialiste des Fremens coûtera à la fin de très nombreuses vies. Toutefois, Paul ne pouvait pas renoncer à son destin car cela aurait conduit à la fin des Fremens. Il n'y avait pas d'autre choix. Le pouvoir n'est pas synonyme de liberté mais de contrainte... comme le symbolise son renoncement définitif à une vie aux côtés de Chani. Il devient donc le Messie. Cela amène la seconde thématique: la dimension religieuse de l'univers. Paul ne croît pas à la prophétie mais doit se résoudre à y participer afin de fédérer les Fremens contre les occupants. Les Fremens sont fortement inspirés par les peuples arabes ayant mené la révolte contre l'empire ottoman entre 1916 et 1918. Ils jouissent à ce titre d'une bonne image bien que l'aspect religieux voire fanatique soit menaçant. La prophétie du Messie a été répandue par les Bene Gesserit au cours des siècles et Paul doit s'en servir afin de pouvoir imposer son pouvoir. Il peut alors déclencher le Djihad (le terme est simplement utilisé dans les livres) contre les occupants. Le film nous montre ainsi la puissance de la Foi. Pour le moment cela bénéficie au héros mais il est clair que le film apporte un commentaire critique sur la religion comme le souligne les dialogues entre Paul et Chani. La religion est un instrument de contrôle.
En définitive, Dune deuxième partie est un spectacle total et une réussite à tous les niveaux. L'aspect technique du film est parfait, le travail sur le son remarquable et les thématiques politiques extrêmement riches. Au dessus de la première partie.
La grande maison des Atreides se voit confier par l'empereur l'exploitation d'Arrakis à place de la famille des puissants Harkonnen. Paul Atreides, héritier des Atreides, accompagne sa famille sur cette planète aride et désertique, regorgeant de la matière première la plus convoitée de l'univers : l'épice. Leto, duc des Atreides et père de Paul redoute que la mission de l'empereur soit en fait un cadeau empoisonné...
Commentaire :
Un grandiose désaturé
Cela fait plusieurs films que Denis Villeneuve démontre son soin dans la conception de l'image, dans l'idée à terme de pouvoir réaliser Dune. La réalisation est parfaite dans l'objectif recherché. Les plans d'ensemble ultra-larges sont légions pour rendre grâce au gigantisme de cet univers. Que cela soit les plans dans l'espace ou sur une planète, chaque lieu bénéficie d'un plan général d'introduction. Lorsque cela est possible, des véhicules ou des silhouettes humaines viennent donner une notion d'échelle dans un univers qui ne semble pas avoir de limite. Le point le plus travaillé est probablement la photographie, cette dernière étant mise en avant par un montage lent et des plans qui durent. Villeneuve recherche une photo réaliste (exploitation au maximum de décors réels) avec des couleurs désaturées, ce qui correspond par ailleurs à sa filmographie. Ce choix audacieux a la qualité de rendre ce space opéra singulier bien que peut être trop terre à terre pour l'univers décrit. Cela n'atteint toutefois pas le grandiose recherché, qui trouve toute sa puissance dans la projection Imax, Denis Villeneuve ayant pensé son film pour ce format. Les différents tableaux justifient sûrement à eux seuls le visionnage du film. Les designs et technologies ont un rendu tout à fait crédible et abouti qui renforce l'aspect très soigné de la réalisation. Certaines scènes d'action, filmer par exemple à l'échelle d'une ville, sont par ailleurs impressionnantes. Denis Villeneuve peut compter également sur un mixage sonore exceptionnel et une bande musicale (qu'il serait plus juste de qualifier de bande d'ambiance ici) singulière et innovante de Hans Zimmer pour installer l'univers dépaysant de Dune. Les nombreux temps faibles laissent se déployer l'univers auditif quand ces derniers comportent de la musique, car le film se risque également à de nombreux passages sans musique. Ce blockbuster a la très grande qualité de dénoter en comparaison des films du genre, de par ses temps faibles et son rythme assez lent.
Un monde vaste et immersif, une histoire désincarnée
La puissance de Dune est le monde de la diégèse allant bien au-delà de ce qui est narré et montré à l'écran. Le spectateur est d'ailleurs submergé d'informations notamment du fait de noms (lieux, maisons, sectes) particuliers et difficilement mémorisables à la première écoute. Énormément de contexte est mis en place pour donner de la profondeur au monde, toutefois, la présentation fait parfois un peu exposition universitaire (le héros Paul regarde des documentaires et des tutoriels). L'univers présenté, au delà de faire très terrestre comme il l'a été dit plus haut, paraît par ailleurs assez vide (même au-delà d'Arrakis). La photographie et le design sont épurés, ce qui est un choix artistique mais cela empêche la dépeinte d'un monde qui devrait être foisonnant - on est loin d'une planète comme Coruscant (Star Wars) qui permet de donner vie à un univers - . L'univers est ici aussi terne que la photographie. Et il peut être regretté un manque de diversité et d'exotisme des mondes montrés. C'est également le problème de l'histoire et des personnages. En effet, ils sont peu attachants du fait qu'ils soient assez stoïques au regarde de leurs péripéties, alors que l'histoire politique est elle assez prenante. La mère de Paul est la seule à montrer véritablement des émotions mais cela n'est montré que dans une scène. Cet élément associé à un rythme plutôt lent ne permet pas de réelle mise en tension de enjeux. Une majorité des éléments narratifs (à l'exception de l'attaque de la ville) se déroule alors sans réellement impacter le spectateur. Par ailleurs, les visions de Paul viennent désamorcer plus qu'introduire le déroulement de l'histoire.
Des bribes de thématiques disséminées dans l'immensité
Villeneuve s'était attaqué à des films très riches en réflexion récemment, en passant de Blade Runner 2049à Premier Contact. Ici quelques thématiques sont abordés mais seulement effleurées alors que le rythme du film était propice à la réflexion. Cette déception est due au fait que les dialogues sont finalement assez peu nombreux mais également qu'une grande partie de l'intrigue se jouera dans le second épisode. Villeneuve a d'ailleurs parlé de ce Dune comme une introduction à l'univers. Il reste alors quelques réflexions sur le pouvoir et la légitimité à gouverner, ce dont Paul et son père discutent. Un homme d'Etat ne cherche pas le pouvoir, c'est ainsi qu'il en est digne et est préservé de l'avidité (le contraire des Harkonnen). Il y a également un début de réflexion sur la religion et le fanatisme qui peut être intéressant. Toutefois, si Paul est véritablement l'élu, alors l'aspect religieux ne pourra être traité que de manière particulière puisqu'ici la religion aurait une base réelle et non mythologique. Le colonialisme et l'exploitation sont montrés sans que cela ne soit mis en réflexion. Pour un film si prometteur et ambitieux, la dimension philosophique est ainsi assez pauvre, en espérant une fulgurance dans le second film.
En définitive, le Dune de Denis Villeneuve est impressionnant de part sa photographie, son mixage sonore et le travail de Hans Zimmer. Il peut toutefois paraître du point de vue de son scénario comme un immense film d'exposition. Le monde est immersif mais l'histoire est désincarnée.
Palpatine est de retour. Kylo Ren à la tête du Premier Ordre et Rey espoir de la Résitance tentent chacun de retrouver celui qui veut redevenir empereur de la galaxie...
Commentaire :
JJ Abrams, maître de la narration
Abrams reprend la mise en scéne dynamique de l'épisode VII avec ici un impératif majeur; conclure la trilogie en l'espace d'un film. En effet, Rian Johnson à la manœuvre pour l'épisode VIII avait complètement rebattu les cartes en fermant presque toutes les possibilités narratives ouvertes dans l'épisode VII. C'est donc une mise scéne exclusivement narrative avec peu de temps de respiration qui est choisie ici. A la sublime photographie de l'épisode VIII suit donc l'art de la narration, appuyé par une caméra très souvent en mouvement, un montage rapide et des gros plans sur les personnages pour les dialogues. Divertissement et efficacité narrative : pas de fioriture. Quelques nouveaux designs, réussis, sont toutefois à porter aux crédits de ce film comme ceux du temple sith. Au delà de l'aspect esthétique, les plans généraux manquent quelque peu, simplement parfois pour permettre de comprendre des actions mêlant énormément de protagonistes. Toutefois, le choix de l'efficacité ne nuit pas au divertissement, d'autant plus que l'image est soutenue par l'excellente bande musicale de John Williams. Aucun nouveau thème n'est entendu, mais les différents thèmes des personnages sont subtilement arrangés pour coller à leur évolution.
Un scénario chancelant
Si techniquement le film est irréprochable, le scénario souffre fortement de l'absence de trame scénaristique originale pour l'ensemble de cette trilogie, ainsi que, dans une moindre mesure, de la non compréhension profonde de l'univers de George Lucas. Ce dernier épisode est quasiment une suite au VII, revenant sur les choix scénaristiques du VIII qui lui même avait comme objectif d'en finir avec la nostalgie et le manque de nouveautés du VII. Plusieurs éléments flagrants témoignent de ce nouveau virage à 180° : Rey est finalement bien "une fille de" et non une inconnue, elle retrouve par ailleurs sa tenue du VII tout comme Kilo Ren retrouve son masque, Snoke est remplacé par Palpatine pour un rôle similaire, Luke Skywalker montre à nouveau du respect pour son sabre laser (ce qui ici peut être le signe d'une évolution du personnage et non simplement la marque d'une négation scénaristique), le personnage de Rose introduit dans le VIII disparaît presque complètement du récit ainsi que son histoire d'amour avec Finn, et Poe retrouve l'espérance cela allant à l'encontre de la leçon nihiliste de l'épisode VIII. Abrams essaye tant bien que mal de donner quelques justifications et de ré-ouvrir des intrigues pour conclure la trilogie, usant abusivement du petit texte d'introduction qui introduit le retour de Palpatine, puis laissant à ce dernier une scéne d'exposition pour expliquer son histoire et son plan. Au prix de ces scénes d'exposition poussées qui se poursuivent dans certains dialogues de la Résistance, le film réussit à retrouver une cohérence interne. Abrams tente également de réintrégrer des éléments de la prélogie, jusqu'alors honnie par Disney, grâce à quelques citations de personnages, voire leur retour (par le biais de voix). Malgré cet effort salutaire quelques éléments fondamentaux vont à l'encontre du monde original de George Lucas. Si Palpatine revient, alors la prophétie autour d'Anakin devant éliminer l'empereur et ainsi ramener l'équilibre dans la Force, enjeu des 6 premiers films, est caduque. Autre point important, la Force devient un artifice scénaristique, capable de miracles alors qu'elle était dans les deux premières trilogies assujeties à des règles. Certes Rey est finalement montrée en train de s'entraîner et Leia se voit transformer en Jedi pour être une Maître crédible mais la nature de la Force a changé dans cette trilogie. La Force était pour Lucas une force immanente que certains individus pouvaient appréhender suite à un fort travail sur soi. Elle devient une force transcendante pouvant être perçue par des individus non-initiés (des Stormtroopers sentent la Force les retenir face à des actions immorales) et capable de miracles (guérir intégralement, téléporter des objets). C'est le passage d'une vision orientale du monde (George a une bonne connaissance des philosophies orientales - asiatiques) à une vision judéo-chrétienne. Cette incompréhension chez les successeurs de Lucas est manifestement le pêché originel de cette nouvelle trilogie qui singe la saga de Lucas tout en la trahissant.
Des thématiques intéressantes... mais déjà vues [Spoilers]
Ce film revient sur une bonne idée de l'épisode VIII qui prétextait que la Force pouvait se manifester chez n'importe quel être. Rey, en se trouvant finalement une illustre ascendance, clot cette thématique. Il manquait de toute façon la dimension d'effort et de travail dans l'épisode VIII mais la fin des lignées (de sang) marquait tout de même une avancée par rapport à un déterminisme unicausal et donc mal pensé . Rey est alors la petite fille de Palpatine (nous ne reviendrons pas sur cette histoire qui arrive comme un cheveux sur la soupe). Le "sang parle" pour reprendre l'expression du film. L'aspect intéressant de ce choix est que la lignée apporte des pouvoirs particuliers, mais ne présage pas de quel côté va pencher l'individu, en l'occurance Rey, ceci nuançant le déterminisme du sang. Luke le dit, il n'y a pas que le sang. Rey Palpatine choisit donc le côté lumineux pour s'émanciper en partie du déterminisme du sang. Elle choisit même de reprendre le nom de Skywalker, ce qui montre qu'il est possible de choisir sa filiation. La morale est plutôt séduisante et plus subtile que si Rey était véritablement une Skywalker comme il a longtemps été supposé. Malheureusement, rien n'est véritablement nouveau car cette morale était déjà présente dans la première trilogie avec Luke choisissant de ne pas suivre son père dans le côté obscur. L'atout de la première trilogie est qu'elle mettait trois films pour installer ce choix alors que l'épisode IX doit le faire en un épisode. La première trilogie avait surtout pour elle l'originalité. Disney nous propose "Je suis ton grand-père" après "Je suis ton père". Laissons la conclusion à George Lucas : Il n'y a rien de nouveau. Dans chacun des films de la trilogie originale, il était important de présenter de nouveaux mondes, de nouvelles histoires, de nouveaux personnages et de nouvelles technologies. [Commentaire qu'il fait à la suite de l'épisode VII mais applicable ici].
Ce n'est pas simplement anecdoctique car pour Lucas, la nouveauté est également le cœur de Star Wars. Voici un autre incompris chez Disney.
En définitive, Star Wars : L'Ascension de Skywalker bénéficie de la mise en scène divertissante d'Abrams. Mais malgré quelques éléments d'explication forcée, la cohérence scénaristique sur l'ensemble de la saga fait défaut ainsi que les prises de risques en termes de nouveautés. Une trilogie décevante, loin d'égaler dans son écriture, celles de George Lucas.
Le jeune Han et sa petite amie Qi'ra sont prisonniers sur la planète Corellia. Leur rêve est de s'échapper et de profiter de la liberté à deux...
Commentaire :
Ron Howard, l'assurance de la narration
Ron Howard est arrivé en poste en cours de tournage mais c'était l'assurance que le tournage irait à son terme. Ron Howard sait en effet raconter des histoires. Il s'agit d'une mise en scène moins magistrale que Lucas, plus réaliste, avec des plans rapprochés, parfois une caméra épaule, qui rappelle le ton de Rogue One. Il est intéressant que les spin-offs varient ainsi la mise en scène. Au-delà de cet aspect, la mise en scène est classique, au service de la narration, très fluide. Ron Howard est de ceux excellant dans la mise en scène narrative. La contre-partie est qu'elle ne sort pas du lot. Tout comme les autres films Lucas-Disney, la direction artiste est de qualité et les effets visuels de très bonne facture. A la musique John Powell réalise une très bonne performance, la tâche n'étant pas aisée étant donné l'importance de la musique dans un Star Wars (musique orchestrale, symphonique). Pour quelques thèmes, John Williams est également présent, notamment sur le thème de Solo. Une très bonne bande musicale.
Han Solo, l'acteur relève le défi
Alden Ehrenreich, dont le choix avait soulevé des inquiétudes auprès du public, réussit sa mission. Que cela soit le ton ou les mimiques, Alden Ehrenreich tient le personnage d'Han Solo. Sa prestation, au delà de la performance d'imitation, est par ailleurs bonne. Le reste du casting, composé de pointures, produit une performance tout à fait honorable.
L'histoire que personne n'avait demandé [Spoilers]
Disney s'est mis dans la tête de produire des spin-offs sans Jedi, plus proches de la première trilogie que de la prélogie. Ainsi est né Solo, tout comme Boba Fett devrait arriver. Han Solo étant inconnu avant l'épisode 4, son histoire ne pouvait être monumentale et devait être, par exemple, beaucoup moins importante en terme d'impact que Rogue One. Le film s'attache donc à construire le personnage d'Han Solo, comme il est connu dans la première trilogie ; le personnage est alors mis en relation avec Chewabacca, son porte-bonheur, son pistolet, le Faucon Millenium, et Lando etc. Il n'y a plus aucune inconnue sur le personnage, or, la fin du film n'est pas le début de l'épisode 4. Le personnage est donc narrativement figé pendant les années qui le séparent de la première trilogie. Autre petit problème, Han Solo est déjà bon dans le film, trop bon pour être le vaurien de l'épisode 4, c'est pourquoi il était hasardeux de faire un film sur Han Solo avec lui en héros. Malgré le fait que les scénaristes soient tombés dans le piège, l'histoire reste prenante, et possède un enjeu. La mise en scène fait le reste, le film fonctionne. Course poursuite, monstre géant de l'espace, cantina, tous les éléments recyclés ne sont pas passionnants. Cela a toutefois le mérite d'être bien amené et les nouveaux éléments (recrutement et guerres des soldats de l'empire + la petite surprise) permettent au film d'être assez prenant.
Une histoire sans réelle thématique
L'histoire est au cœur du film. Celui-ci n'a pas vraiment de propos en lui même. Toutefois, Disney a placé un droïde abolitionniste luttant pour ses droits, ce qui apporte une petite thématique au film. La limite est que ce sujet n'est pas traité sérieusement et que cette sous intrigue est plus abordée sous l'angle de l'humour que de la réflexion. Autre propos du film, cette fois concernant l'ensemble de l'intrigue : la méfiance, il ne faut faire confiance à personne ; cette affirmation n'est néanmoins pas débattue. A cela, on pourrait rajouter la présence d'un personnage féminin fort mais ce choix est devenu une banalité dans les Star Wars nouvelle mouture.
Il est clair que le film voulait d'abord raconter une histoire plutôt que de traiter d'un sujet (ce qui n'était pas le cas des films de Lucas, qui faisait les deux).
En définitive, Solo, le film que personne n'avait demandé est plutôt divertissant et bien réalisé. Alden Ehrenreich tient le rôle. Il n'en demeure pas moins que cette histoire était dispensable.
La Résistance est prise en chasse par le Premier Ordre. Elle attend le retour de Luke Skywalker toujours reclus sur son île. Rey l'a retrouvé mais le dernier Jedi ne veut pas revenir; pour lui les Jedis doivent disparaître...
Commentaire :
Une mise en scène très soignée
Rian Johnson prend la suite de J.J Abrams dans un style moins frénétique, notamment au niveau du montage. La gamme de couleur est également plus sombre en accord avec l'ambiance générale du film. Le jeu entre l'obscurité et la lumière est constant au cours du long-métrage, ce qui témoigne d'un certain soin pour signifier l'équilibre dans la Force et les basculements possibles. Notons que le film, dans sa réalisation, se distingue particulièrement lors du dernier acte sur la planète de sel, avec des plans magnifiques, que cela soit en extérieur pour la grande bataille avec le revêtement en sel du sol et la terre rouge en dessous, ou en intérieur dans les grottes et carrières de cristaux. Il n'y a pas tant à dire sur la mise en scène qui reste narrative, classique mais qui est grandement efficace puisque l'histoire et la narration se déroule parfaitement avec comme résultat une immersion totale dès le titre Star Wars apparu à l'écran. Il faut dire que la présence de John Williams est plus pesante dans cet épisode que dans le précédent, ce qui a pour effet de donner de la puissance et de l'élan à la narration. Il ne semble pas y avoir de thèmes particulièrement nouveaux, mais la bande musicale est, comme il était attendu, d'excellente facture.
Rattraper les erreurs du passé [Spoilers]
Une suite à la première trilogie était hasardeuse, une suite à l'épisode VIInarrativement et thématiquement pauvre était très compliquée. A cela, il faut rajouter le cahier des charges terribles de LucasFilm qui oblige à une repompe de la première trilogie et notamment de l'épisode V. Toutefois, certaines mines sont désamorcées. Cela donne un nouvel élan à une histoire jusqu'alors embourbée dans la nostalgie. Rey n'est pas "la fille de", mieux, la révélation de cet épisode est qu'elle n'est la fille de personne, d'illustres inconnus peu dignes. Cela est à mettre en parallèle avec le fait que la révélation du lien entre Luke et Dark Vador est dévoilée dans l'épisode V. Un joli pied de nez à ce qui semblait être la volonté première de cette nouvelle saga. Deuxième déraillement par rapport à la première trilogie, l'élimination de Snoke, figure du nouvel empereur, qui permet là encore de s'extraire du schéma de la trilogie originelle. L'épisode VIII nous sauve également in-extremis de l'histoire d'amour Rey-Finn, qui n'est pas envisageable pour un jedi (Dark Vador est né de cette erreur, d'autres Jedi gris sont aussi concernés par cette interdiction Jedi). Enfin, le film essaye même d'expliquer des incohérences de l'épisode VII, comme la défaite de Kylo Ren contre Rey. Rian Johnson a donc tenté de libérer la nouvelle trilogie de son carcan dans laquelle l'avais mise Abrams, et cela pour le meilleur. Reste néanmoins quelques problèmes non résolus. La situation politique qui a débouché sur la Résistance et le Premier Ordre reste inexpliquée. Tout ce qui est dit sur le passé concerne uniquement Kylo Ren (et quid des chevaliers de Ren ?). Autre souci, la Force est traitée de manière toujours contestable. L'initiation à la Force reste le fait du hasard et la rigueur du travail pour la maîtriser passe à la trappe (puisque Luke n’entraîne pas Rey, contrairement à Yoda avec Luke ou Anakin dans l'école Jedi). La Force et les Jedis sont dépeints depuis l'épisode VII (et Rogue One) plus comme une religion transcendante qui tomberait du ciel sur l'élu que comme une philosophie, à l'image de ce que nous montrent les deux trilogies de George Lucas. Ce traitement est regrettable. D'autant plus que la Force offre de nouvelles aptitudes surprenantes dans cet épisode : contrôle, communication et hologramme à longue distance (en plus de lecture de pensées depuis le VII); capacités qui donnent trop de puissance à la Force. La Force peut désormais tout faire, ce qui semble contestable dans le principe, car le Force ne peut pas tout. La philosophie Jedi est justement d'accepter qu'on ne peut pas tout et l'accepter (cf les enseignement de Yoda). Leia paraît par ailleurs maîtriser la force à un niveau trop avancé pour une non-jedi, tout comme les enfants en fin de film (plus doués que le petit Anakin ?). Adieu la rigueur de l'initiation...
Une fidélité moins nostalgique [Spoilers]
Le film ne rate toutefois pas de remplir le cahier des charges malgré quelques risques pris. Cela se voit de manière évidente mais moins grossière que dans l'épisode VII. Ainsi la bataille sur la planète de glace en ouverture de l'épisode V est la bataille finale ici sur la planète de sel, ce qui rend visuellement bien sans être identique. Luke disparaît en vieux Jedi tel Yoda, Yoda qui réapparaît dans ce film sous sa forme de l'épisode V. Rey, comme Luke dans l'épisode V, fait l'expérience du côté obscur dans une sorte de grotte. Finn et Rose sont trahis comme Han Solo dans l'épisode V. Certes tout cela suit un schéma apparemment obligatoire mais la reprise du schéma de la trilogie originale est mieux amenée que dans l'épisode VII.
Les bonnes trouvailles narratives ? [Spoilers]
Le rôle de Luke Skywalker est inattendu dans l'histoire. Toutefois, les démons qui le hantent sont bien amenés et son dilemme est compréhensible. Le fait qu'il n'ait pas été formé jusqu'au bout et surtout trop tard, comme son père, peut expliquer qu'il ait failli dans son entreprise de restaurer l'ordre Jedi. Néanmoins, sa mort reste questionnable (quel message ?). Autre enjeu intéressant, la personnalité de Kylo Ren. Le personnage devient finalement intriguant après avoir été une interrogation dans l'épisode VII. Kylo Ren est torturé, indécis et pourtant à l'origine de beaucoup d’événements dans l'histoire. La voix d'Adam Driver se hisse par ailleurs presque à la hauteur de celle de Vador dans la pesanteur qu'elle fait ressentir. Pour ce qui est du personnage principal, Rey, son rôle dans l'histoire devient pertinent en tant qu'alter ego lumineux de Kylo Ren, une sorte de sœur dans la Force plus tôt que dans la réalité ; cela est beaucoup plus subtile. Reste une immense interrogation sur la narration prise dans son ensemble épisode VII + épisode VIII : l'histoire n'a pas avancé, comme le témoigne la scène de fin avec les enfants : la Résistance ne fait que commencer...
Les thématiques, enfin du nouveau dans cette trilogie [Spoilers]
C'est véritablement au niveau des thématiques que le film prend le plus de risques donnant un véritable intérêt à cet épisode. Ce film est un épisode sans héros ou plus exactement un épisode où les actes héroïques sont dépeints comme dangereux, ou pour le moins comme ayant des conséquences. La jolie scène d'ouverture montre la bravoure de Poe mais aussi les conséquences de cet acte avec de nombreuses pertes, merveilleusement soulignées par Leia. Le film force son message avec la quête de Finn et Rose, que beaucoup jugent inutile mais qui justement a pour intérêt de montrer que les actes héroïques peuvent échouer voire pire, mettre en jeu l'ensemble de la Résistance. Ceci a pour conséquence de changer la personnalité de Poe qui adopte une posture moins hollywoodienne et plus réaliste. Finn devrait peut-être en tirer les mêmes conséquences car son personnage est trop désinvolte par rapport à la gravité de la situation. Ce n'est pas sa quête qui est inutile mais son personnage lui même. Lui qui était l'atout du Réveil de la Force devient le boulet Des Derniers Jedi. Heureusement sa complice Rose vient délivrer un autre message : il faut se battre pour ce que l'on aime plutôt que contre ce que l'on haït. Cela permet de rester fidèle à sa cause (en évitant des sacrifices inutiles). Notons que la cause animale est une sous-thématique originale mais anecdotique du film, que cela soit pendant la scène de Chewbaka et les porgs ou plus manifestement lors de la quête de Finn et Rose sur la nouvelle planète. Anecdotique car ce thème ne concerne que quelques scènes et non l'ensemble du film contrairement au thème des actes héroïques. Le dernier message, également mineur dans l'enjeu du film, est délivré par Yoda himself. Un maître enseigne les échecs autant que les succès. La progression se fait aussi par les échecs. C'est une des rares informations sur la Force qui semble conforme à la philosophie originelle de George Lucas.
En définitive, Rian Johnson fait son possible pour sauver une trilogie en grand danger et y arrive en partie. En fermant de nombreuses portes ouvertes par l'épisode VII, Star Wars Les Derniers Jedi fournit une histoire originale, osée et thématiquement intéressante. Le résultat est satisfaisant compte tenu du cadeau d'Abrams.
Valérian et Laureline sont des agents spatiaux du XXVIIIème siècle, au service de la fédération. L'histoire de la tragique disparition du peuple des Pearls 30 ans auparavant refait jour lors d'une mission des deux coéquipiers...
Commentaire :
Une direction artistique très travaillée
Luc Besson est un metteur en scène talentueux qui ne déçoit jamais au niveau de sa direction artistique. La bande dessinée avait un style graphique abouti, il en va de même pour le film. C'est avant tout le jeu sur les couleurs qui impressionne, autant au niveau des paysages que pour l'ensemble du bestiaire présent à l'écran. Les races extraterrestres sont foisonnantes et inventives alors que certains paysages, certes jolis (déserts, océans), rappellent l'univers d'autres films : il est vrai que Valérian arrive après beaucoup de films de SF et de Space opéra, bien que la BD les ait souvent elle-même inspirés. Quoiqu'il en soit, l'écran est toujours plein et très animé, ce qui renforce le caractère vivant de cet univers foisonnant. Les cadres sont également très bien choisis, ce qui témoigne d'une photographie réfléchie. Cara Delevingne est particulièrement mise en valeur par la mise en scène (en plus de ses costumes) : elle est toujours filmée avec attention (gros plans de profil ou de trois-quart) et ce n'est pas étonnant lorsqu'on sait que le personnage de Laureline est le premier amour de Luc Besson. Le montage est lui plutôt classique : c'est donc bien la beauté dans le cadre qui donne une réelle plus-value à cette super-production française (presque 200 millions d'euros) par rapport aux blockbusters américains. Le seul regret de mise en scène est parfois un montage trop rapide et une caméra bougeant trop rapidement lors des scènes d'action. Les plans sont parfois un peu courts, d'autant plus qu'il y a toujours quelque chose à voir dans dans le cadre. L'atmosphère du film est soutenue par la bande musicale d'Alexandre Desplat, fine et mesurée avec un orchestre symphonique. Toutefois, il n'y a pas de thème particulièrement marquant .
Une intrigue qui peine à accrocher
L'histoire des deux héros manque un peu de peps. Peut-être que les acteurs sont un peu trop jeunes pour être crédibles dans leur rôle, malgré une bonne performance. Les seconds rôles comme ceux de Rihanna ou d'Alain Chabat sont également bien interprétés mais trop peu exploités. Les personnages manquent de profondeur pour qu'on puissent réellement s'y attacher, à l'exception de la très bonne travaille des trois extraterrestres "canards" et des Pearls qui bénéficient d'un long temps d'écran. Toutefois, même l'univers n'est pas assez exploité et ne se dévoile pas de lui même, si bien que des scènes d'exposition sont parfois obligées de faire le travail (l'ordinateur Alex décrit la station Alpha lors de l'arrivée de Valérian et Laureline comme s'il lisait la description détaillée du scénario). L'univers demande à être vécu et non simplement vu ou décrit. Laureline est le personnage le plus intéressant, pilier de l'histoire, mais les autres manquent un peu de complexité et d'originalité, le méchant en particulier mais également le peuple Pearl (semblable aux Na'vis d'Avatar). Le méchant est d'ailleurs repérable trop rapidement. Il n'y a que peu de retournement de situation. Le scénario est alors trop mécanique, peu original et manque d'épaisseur sur certains aspects pour amener plus d'émotion. Il est donc difficile de s'investir pleinement tout au long de l'histoire (la deuxième partie notamment). Cela confirme que Luc Besson est plus doué au niveau des visuels que de l'écriture, voire que de la réflexion philosophique...
Les messages du film : justes mais assez convenus [Spoilers]
En effet, le film est plus un space opera qu'un film de science-fiction au niveau de ses questionnements, bien qu'étrangement, Luc Besson essaye dans la scène pré-titre de l'annoncer comme un film de SF. C'est en vérité un film assez proche du genre merveilleux car les technologies présentes ne témoignent pas d'une volonté de crédibilité mais bien d'un libre court à l'imagination. Il n'y a donc pas dans Valérian les grandes interrogations de société relatives aux films de science-fiction, ni les grandes questions métaphysiques qui hantent l'humanité (présentes par exemple dans Lucy, le dernier Besson). La faute sûrement à l'enjeu du film : il s'agit de la simple enquête de deux agents spatiaux. Un méchant trop manichéen empêche également de poser la réflexion plus loin : il représente une humanité destructrice et arrogante qui refuse de porter de l'importance aux autres créatures. En face, les Pearls sont des êtres parfaits, c'est la seule chose qui les caractérise. Mais il n'y pas de réflexion sur la perfection : ils sont à notre sens trop parfaits puisqu'ils assimilent l'ensemble des connaissances disponibles en seulement trente ans alors qu'ils ignoraient tout de l'univers avant : par exemple, ils ignoraient les mathématiques et la philosophie... Et comment des êtres peuvent-ils être parfaits et justes sans connaître la philosophie ? Bref, les groupes antagonistes sont schématiques et manquent de chair pour que leur confrontation pousse à la réflexion. Il s'agit d'une philosophie très primaire. Le seul questionnement intéressant mais non abouti naît de l'opposition entre Laureline qui représente la sensibilité et l'amour, et Valérian qui représente le respect de la loi. Etant tous les deux gentils, leur opposition a un intérêt pour le spectateur mais là encore, cela ne va pas assez loin. La conclusion est que le cœur doit avoir raison des règles. Pourquoi pas, mais il aurait plutôt été intéressant de montrer que les règles devraient être soumises à l'esprit critique, c'est à dire à la Raison, plutôt que de dire qu'elles doivent simplement s'effacer face à la sensibilité. Les règles peuvent être utiles et, de la sensibilité, ne sort pas nécessairement le bien et le juste.
En définitive, Luc Besson réalise une sublime oeuvre visuelle mais banale au niveau de l'intrigue et simpliste au niveau des réflexions.
Dans une galaxie lointaine, très lointaine, Galen Erso et sa famille sont recherchés par l'Empire. Galen arrive in extremis à cacher sa fille avant l'arrivée des troupes impériales...
Commentaire :
Une vraie patte graphique [Spoilers]
Gareth Edwards prouve une nouvelle fois qu'il sait filmer le gigantisme. Rogue One est un vrai film de cinéma avec sa propre patte graphique. Les vaisseaux, les planètes, les soldats ont déjà été filmés par plusieurs réalisateurs. Toutefois, jamais les Stormtroopers, l'Etoile Noire ou les TB-TT (quadripodes) n'ont été filmés de cette façon. Avec ces plans larges en contre-plongée, Gareth Edwards sait donner du volume à ses objets de cinéma et remettre l'humain à son échelle dans la galaxie, dépassé par les monstres d'acier de l'Empire (il est à noter qu'il est intéressant que Gareth Edwards ait filmé d'autres montres avant de faire ce film). Jamais une Etoile de la mort n'avait été montrée depuis une autre planète avec un œil d'humain, ainsi Gareth Edwars ramène une dimension terrienne à l'oeuvre. Par ailleurs, certaines scènes ont une réelle mise en scène au delà du fonctionnelle comme l'arrivée de Vador dans le vaisseau rebelle précédée d'un obscurcissement rampant qui envahit le cadre, symbole du côté obscur. Les effets spéciaux sont réussis, notamment les visages, certains connus, preuve que la technologie est désormais capable de reproduire des humains sans que cela ne fasse étrange. Il y a également, comme il est de coutume avec un Star Wars, beaucoup de décors en dur en référence à la plus ancienne trilogie qui donne une véritable crédibilité à l'environnement. Concernant la musique de Michael Giacchino, elle est assez présente, marquante, du niveau de John Williams, avec quelques reprises de thèmes joliment réadaptés.
Une réappropriation respectueuse [Spoilers]
Là où le Réveil de la Forcerendait un hommage à la première Trilogie sans rien apporter de nouveau, Rogue One réussit une réappropriation respectueuse. Tout d'abord, Rogue One accepte les deux trilogies et ne choisit pas de renier la prélogie, injustement décriée. Il en résulte un équilibre dans les ambiances, des environnements rappelant vaguement la trilogie mais inédits et des batailles aussi dynamiques que la prélogie. Rogue One fait parfaitement la jointure entre les deux trilogies tout en étant plus original que l'épisode VII qui lui avait quand même toute liberté en théorie puisqu'il n'avait à tenir compte que du passé. Les grandes étapes de la quête initiatique sont présentes, certains événements sont certes cousus de fil blanc mais le tout reste dynamique et rythmé. Les personnages ont de réelles motivations compréhensibles et leurs actions sont crédibles. Contrairement à Rey qui est embarquée dans une quête, forcée par les événements, Jyn, elle, cherche à sauver son père puis à honorer son esprit. Cette dernière est débrouillarde mais pas trop, n'a pas de pouvoir, doute, bref, est plus crédible, beaucoup plus humaine tandis que Rey est finalement un archétype, presque de machine.
Les thèmes, pour la fin d'une vision manichéenne
Rogue One apporte aussi une nouvelle vision de l'univers. Il devient plus complexe. Certains protagonistes de l'Empire sont nuancés voire passe du côté du bien à l'instar du pilote mais surtout de Galen Erso. En effet, ce dernier est face à une situation où il n'y a pas de bonnes solutions et fait donc un choix stratégique, qui peut être critiquable. Certains rebelles sont extrêmes, dits "fanatiques" mais même le capitaine Cassian montre des signes d'embrigadement. Les rebelles plus généralement sont les auteurs de crimes, ce qui est inédit. La guerre est sale même du côté du bien. Le film se veut donc plus réaliste, moins dans l'idéal que dans l'application pratique, concrète, imparfaite des grands idéaux. La représentation de la confrontation entre les deux camps est intéressante car la première grande bataille rappelle les combats de l'armée américaine au Moyen-orient contre des terroristes locaux avec le style de guérilla des guerres asymétriques. L'autre nouveauté concerne la Force. Il s'agit de l'accentuation du côté mystique de la Force dans la lignée de la première trilogie mais à un point où elle atteint presque une dimension religieuse, ce qui pour le coup tranche avec la prélogie qui en donnait une vision très rationnelle. D'une certaine façon, c'est peut être un petit dévoiement de l'idée de la Force qui était l'incarnation d'une sagesse bouddhiste plus profonde et pertinente qu'une vision proche de la foi abrahamique comme il est question ici. Cette vision religieuse, de "l'arrière-monde" s'accorde avec la conception de la Rébellion qui fonctionne sur l'espoir (une illusion), donc moins sur le réalisme que le rêve de victoire. Une vision donc éloignée de celle de Yoda - Bouddha mais justifiée dans le sens où les Jedis sont absents ; subsiste seulement un ersatz de l'idée de ce qu'ils étaient.
En définitive, Rogue One réussit là où le Réveil de la Force avait échoué. Faire un film respectueux de l'univers Star Wars, tout en ayant sa propre personnalité et une excellente mise en scène.