Les sorties de la semaine

samedi 1 juin 2024

Furiosa: une saga Mad Max


Synopsis :

La petite Furiosa est capturée par la horde de Dementus et arrachée à sa terre natale. Désormais, la jeune fille va évoluer dans un monde d'hommes où la survie ne tient qu'au droit du plus fort...


Commentaire :

Une maîtrise du genre, cette fois-ci un peu plus numérique

George Miller revient avec une nouvelle proposition dans le même univers. Une nouvelle proposition car cet épisode a une dimension moins organique du fait de l'utilisation généralisée des CGI au détriment des cascades, cela étant toutefois justifié par un univers également plus mythique. La narration est également différente, par chapitre avec un montage plus lent sauf pour ce qui est des scènes d'action. Ce film délaisse l'aspect road movie et souhaite plutôt développer son univers ainsi qu'installer son personnage principal (à dimension prophétique). La caméra propose aussi des mouvements plus numériques et moins réalistes, toujours dans l'idée que ce film propose un mythe plutôt qu'une dystopie palpable. Car s'il s'agit bien d'une dystopie futuriste, cet épisode est en revanche un préquel et peut ainsi se prévaloir d'une dimension mythique. La photographie reste en revanche toujours aussi travaillée avec plusieurs plans iconiques, appropriés pour la tonalité de cet épisode. Il est tout de même possible de regretter le recours massif aux CGI dans la mesure où Fury Road avait convaincu par ses artifices organiques tout en cascade, le différenciant de tous les autres blockbusters. Il semble néanmoins ici que le propos le justifie. Un effet qui devrait toutefois faire l'unanimité est le visage d'Anya Taylor-Joy calqué sur son double enfant, bluffant de réalisme, même si l'on sait qu'il s'agit d'un artifice. Concernant la musique de Junkie XL, elle est évidemment de très bonne facture et sait maintenir la tension même si les leitmotivs sont beaucoup moins présents ici. Les motifs réapparaissent à la fin alors que le personnage de Furiosa devient la Furiosa de Fury Road. La bande musicale prend ici plus la forme d'une ambiance sonore à la Zimmer, avec un rappel de l'univers dans les sonorités utilisées. 

La permanence et la redondance des thématiques dans une dimension mythique

Les thématiques de la saga dystopique changent peu bien qu'elles soient abordées sous un nouvel angle dans cet épisode. Le monde dystopique est un monde d'hommes, où les valeurs de ces derniers ont complètement gagné avec une utilisation généralisée de la force. C'est ce que montre le conflit naissant entre Dementus et Immortan Joe, deux chefs de guerre se battant pour des ressources devenues une condition de survie et de leur pouvoir. Il ne reste dans ce monde que le conflit, le commerce et la valorisation du monde de la mécanique, valeur liée à la masculinité. Le monde des hommes est un monde guerre et de prédation, et l'a toujours été. Les femmes sont complètement soumises dans ce monde, devenues une denrée nourricière ou génétique (thématique de Fury Road). L'apport de ce film est de nous montrer le monde alternatif proposé par les femmes avec la vallée secrète d'où est issue Furiosa. Ce monde matriarcal est préservé de la perversion, que cela soit la chair des humains ou la nature. Hormis le prétorien Jack, aucun homme n'est une figure positive. Immortan Joe est homme de pouvoir sanguinaire. Quant à Dementus, c'est un petit chef grandiloquent ayant obtenu du pouvoir et se croyant supérieur aux autres. Il met en scène son pouvoir et se veut être un messie (voir sa tenue quand il apparaît pour la première fois). Toutefois, le vrai personnage prophétique est Furiosa. Il s'agit de la nouvelle dimension du film ; présenter le mythe de cet univers. Cela commence quand Furiosa est expulsée du jardin d'Eden après avoir goûté le fruit défendu. Sa mère est ensuite crucifiée pour sauver Furiosa. C'est le sacrifice christique. Bien qu'il s'agisse d'un film de vengeance, Furiosa se construit tout au long du film une figure prophétique comme le démontre le découpage du récit en chapitre (similaire à la Bible) ainsi que la narration de l'historien au cours du récit. Dans Fury Road, elle est celle qui fera échapper les esclaves femmes, dans la lignée de Moïse. Ici, elle lutte contre un Dementus sur char (comme les pharaons) avec sa troupe parcourant le désert. Il est évoqué une guerre de 40 jours, alors que les 40 jours sont une durée rappelée à plusieurs reprises dans la Bible. Il ne peut y avoir de doute, George Miller a souhaité ici créer la mythologie ou pour le loin, l'Odyssée de son monde. 


En définitive, dans un style renouvelé, George Miller donne une mythologie à son univers avec une cohérence des thématiques, en dénonçant une nouvelle fois la corruption et la décrépitude du monde au masculin.



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samedi 11 mai 2024

La Planète des Singes : Le Nouveau Royaume


Synopsis :

Plusieurs générations après César, ce dernier est devenu une légende. Mais comme toute légende, l'histoire est transformée et appropriée de façon différente selon les clans de singes et, le message de paix de César n'est pas forcément préservé...


Commentaire :

Entre le réel et le CGI, l'aspect technique toujours aussi impressionnant

Le nouveau réalisateur Wes Ball s'inscrit dans la lignée de la dernière trilogie avec une mise en scène efficace et narrative. L'enjeu est de produire un film à grand spectacle mais aussi de grande qualité comme l'est la saga depuis son retour au cinéma. Peu de plans sont particulièrement marquants, en revanche, l'ensemble est fluide et arrive parfaitement à articuler les temps forts et les temps faibles qui sont la marque de fabrique de la saga, qui propose toujours des temps de réflexion. La mise en scène arrive également à gérer les dialogues de manière dynamique alors qu'une partie se fait une nouvelle fois en langage des signes. L'aspect technique revient également sur le devant de la scène, avec un tour de force renouvelé. S'il est évident que les singes sont en CGI, leur intégration dans des décors naturels se fait sans aucune difficulté, ainsi que leurs interactions avec de vrais acteurs (les singes sont également joués par des acteurs, cela rendant plus simple l'interaction). L'univers est crédible, ce qui permet une projection du spectateur dans l'histoire. Seul bémol subjectif ; peut-être manque t-il une scène de forte émotion, le film se concentrant plus sur son intrigue que sur ses personnages. A musique, John Paesano reprend quelques anciens thèmes et effectue un excellent travail, la mise en tension et l'émotion reposant également sur une partition travaillée. Il n'y a pas nécessairement de grands thèmes marquants, mais plusieurs leitmotivs récurants. C'est le cas de celui des humains qui donne le sentiment d'exotisme (vis-à-vis des singes) mais aussi de soupçon... La musique est donc également narrative. 

Une histoire prenante avec de la profondeur [spoilers]

L'intrigue convainc car elle présente une profondeur, palpable ne serait-ce que par le décor. Les anciennes traces urbanistiques de l'humanité servent d'arrière-plan au film. Les singes de leur côté, suivent leur propre évolution en reprenant les grandes étapes de l'évolution de l'humanité. Tout l'enjeu pour les singes est de ne pas suivre exactement la même voie pour ne pas disparaître comme les humains et leur hubris. La légende autour de César, plus au moins triturée et la mémoire des singes de leur passé, finissent de convaincre de la profondeur de l'œuvre et donc de la crédibilité de l'univers. Ce passé est d'ailleurs le fil conducteur et est un des enjeux du film. Les références à la Bible et au mythe de Noé rajoutent de la pesanteur à l'histoire. Les références sont utilisées mais aussi bien exploitées dans le contexte du film. Ainsi, une partie du récit se passe dans un navire (qui d'ailleurs accueille ce qui semble à un moment les deux derniers représentants intelligents de l'espèce humaine) et l'eau finira par engloutir les "mauvais" singes, ceux utilisant la force et donnant la mort. Noah lui conduit son clan "juste" dans une structure où ils sont sauvés. Le film est assez bien fait pour que les références ne soient pas nécessaires mais les comprendre rajoute un cachet à l'œuvre. 

Les thématiques d'un récit biblique [Spoilers]

La Planète des Singes : Suprématie était une réécriture du mythe de Moïse. L'évocation du prénom du héros Noah (Noé) dans les premières minutes donne l'orientation de ce nouvel épisode. Cela montre également que cet épisode s'inscrit directement dans la lignée du précédent (tout en étant détaché du point de vue de l'intrigue, puisque se passant 300 ans après). Les thématiques seront donc celles de la Genèse mais également de l'interprétation de la religion. Dans ce monde, César est devenu le nouvel Adam. Il s'agit de l'ancêtre de tous les singes, le fondateur originel dont tous les singes se revendiquent, quand ils ne l'ont pas oublié... Toutefois, même le clan de Noah qui ignore qui est César, suit les règles établies par ce dernier. Les singes du clan de Noah ignorent l'origine des lois, mais ils les suivent comme leur a inculqué les anciens. Toutefois, Noah suit les règles car il sait aussi qu'elles sont justes, c'est ce qui le rapproche du personnage biblique de Noé. Le Noé biblique incarne l'idéal de justice et de bonté, il est celui qui montre de la compassion en sauvant les animaux et souhaite préserver la nature en accueillant des couples d'animaux pour assurer l'avenir. Noah montre sa douceur envers les animaux (les aigles), dans le respect de l'équilibre de la nature (il ne prend pas tous les œufs du nid) et même envers les curieux humains pourtant méprisés par les singes. Par ailleurs, il ne tue personne pendant l'ensemble de l'intrigue alors qu'il lutte face à des ennemis qui ne se privent pas de donner la mort. Noah propose donc le chemin de la réconciliation dans un monde où s'opposent Hommes et Singes. Il est la voie juste mais d'autres personnages présentent des visions du monde différentes. Raka l'orang-outan présente la sagesse, une version proche de celle de César et donc de Noah mais plus théorique et érudite avec toutefois une altération de l'Histoire puisque pour Raka, les singes ont toujours dominé les humains. Les vestiges du monde sont des vestiges de Singes. Il faut donc protéger les humains mais comme les humains aujourd'hui peuvent avoir de compassion pour le reste du monde animal. Il représente la voie juste mais un peu trop humaine ou naïve à certains égards. Il aide toutefois Noah à trouver et à savoir ce qui est juste. Face à lui, se trouve Proximus César, l'usurpateur, qui représente le fanatisme. Dans la figure de César, il ne retient que ce qui lui permet d'assurer sa domination. Il tord ainsi la figure prophétique à son profit. Dans la Genèse, il s'apparente aux descendants de Caïn qui sont des êtres violents. Paradoxalement, il est le singe le moins naïf de l'histoire car il connaît le véritable passé du monde contrairement à Raka. Il sait que l'humain en position de force exerce toujours un rapport de domination sur l'ensemble des autres êtres. Alors à l'âge de la Révolution agricole, Proximus César voit dans les connaissances humaines et leur armement, la manière de ne jamais se retrouver de nouveau sous la coupe humaine. Toutefois, en choisissant cette voie, Proximus César prend la voie de la violence... en "s'humanisant" trop fortement, il ne vaut alors pas mieux que les humains. Noah représente à côté la possibilité pour les singes de conquérir leur "humanité" (au sens cette fois-ci noble du terme, en renonçant au droit du plus fort). Il n'est pas prêt à suivre la loi de Proximus qui est une loi injuste et dévoyée. Il est celui qui peut trancher et réfléchir. Pourtant, le film nous dit habilement que Proximus est peut-être la seule voie réaliste face aux humains car l'humaine Nova, n'a de cesse de mentir sur ses intentions... Le dernier plan avec Nova et le pistolet dans le dos est à ce titre révélateur. Elle est une alliée de circonstance pour Noah contre l'oppression de Proximus, mais elle représente également le risque d'une future oppression humaine. Le suite de la Trilogie complètera le propos mais la complexité amenée ici est déjà satisfaisante. Ainsi, le film nous propose une relecture de Genèse (pour peu qu'on ait les références) tout en présentant une critique du fanatisme (accessible à tout le monde).
Le message du film semble alors être que pour que les Singes aient un avenir, ils doivent trouver leur propre voie en évitant celle prise par les humains, qui est certes simple mais aussi vouée à l'échec. Le fanatisme humain est tout sauf un modèle!


En définitive, dans le prolongement de la dernière Trilogie, ce nouvel épisode est fidèle à la saga en qualité visuelle et scénaristique. L'intrigue reprend habilement un nouvel épisode biblique tout en offrant une critique du fanatisme. 




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mercredi 24 avril 2024

Civil War

 


Synopsis :

Dans un futur proche, les Etats-Unis sont en guerre civile. L'Etat fédéral est en difficulté face à deux Etats sécessionnistes, la Californie et le Texas. Dans ce chaos, la photographe de guerre Lee tente de documenter le conflit…


Commentaire :

Magnifier l'horrible 

La réalisation d'Alex Garland est teintée de froideur comme le sujet qu'il tente de dépeindre. En effet, pour sa dystopie, Alex Garland a choisi une image documentaire, la plus réaliste possible car si son film est bien une fiction, il a l'ambition de décrire avec réalisme la nature humaine et sa face la plus sombre. Ainsi, le film n'épargnera aucune vision au spectateur ; les morts et les blessés sont légions dans le film mais présentés sans aucun sensationnalisme ou effusion de sang superflue. Le son de la guerre, de balles et d'obus sont parfaitement retranscrits. Les plans les plus beaux et les plus marquants, autant au niveau du contexte que de la photographie sont réservés aux sujets tragiques voire sordides. A ce titre, un plan est consacré à une forêt en feu, détruite par la guerre. Le plan est sublime de part la cendre incandescente virevoltante autour de la voiture. Le deuxième plan d'une beauté assumée et en même temps d'un tragique terrible est la jeune Jessie filmée en plongée dans un charnier où les corps ont été probablement recouverts de chaux. La vision est morbide et pourtant la photographie par le cadrage et les couleurs est belle. L'humanité dans ce qu'elle a de plus répugnante est sublimée par la photographie. C'est également le message du film. Côté musique, le film reste minimaliste la plupart du temps, l'image devant rester la plus "pure" possible. La bande musicale reprend de l'ampleur à certains moments et redonne un côté cinématographique à certaines scènes Néanmoins, c'est bien le son ambiant de la guerre qui rythme le film. 


Film politique sur les conséquences de l'absence de politique [spoilers]

Civil War est particulièrement riche en thématiques, la guerre étant comprise comme la conséquence de la politique ou plus précisément de l'absence de politique. Cette dystopie improbable n'est pour autant pas impossible dans un Etat fédéral qui reste fort mais où les polarités deviennent exacerbées... comme ailleurs dans le monde au XXIème siècle. L'origine du conflit reste floue dans le film et même les protagonistes l'ignorent pour certains (nous verrons par la suite que ça n'a pas vraiment d'importance de toutes façons). Toutefois, le film a été écrit avant l'assaut pro-Trump du Capitol, c'est à dire que ce contexte de tension est perceptible depuis un certain temps aux Etats-Unis pour un fin observateur comme Alex Garland. En effet, la division entre progressistes et réactionnaires court depuis au moins une décennie et le souvenir de la guerre civil (la guerre de sécession) reste bien présent aux Etats-Unis. L'irruption d'une guerre civile alors que Trump cherche une nouvelle fois le pouvoir en cette année d'élection n'est donc pas totalement illusoire. Dans le film, le président au pouvoir est autoritaire et a changé la constitution, cela déclenchant la guerre civile : nous restons dans le domaine du possible. Ainsi comme toute dystopie, celle-ci reste un avertissement. 
Ce film nous dit d'ailleurs autre chose, l'origine du conflit importe peu. C'est ce que nous dit la scène d'affrontement entre deux snipers. Peu importe qui est en face, de quel camp il vient. A partir du moment où il représente une menace, il est à éliminer. Les soldats ne savent plus pourquoi ils se battent si ce n'est pour leur survie. L'instinct primaire des Hommes revient et nous montre une nouvelle fois la nécessité d'un Etat (le Léviathan de Hobbes), car sinon l'Homme est un loup pour l'Homme (d'autant plus que les Américains sont lourdement armés, pas loin de 400 millions d'armes en circulation). Vengeances, exécutions sommaires, le pire de l'humanité est montré dans le film. La notion de Justice a complètement disparu. Au delà des groupes de soldat, même les deux camps ont perdu cet impératif comme le montre l'exécution sans procès du Président (peu importe qu'il soit un responsable autoritaire et probablement auteur de crimes de guerre). Le camp de l'Ouest ne vaut probablement pas mieux. La justice fédérale a disparu comme la notion de Justice. Elle disparait avec la démocratie qui est pensée, à l'origine, pour éviter les rapports de force armés, l'opposition devant se faire dans les urnes. Rien ne contrôlant les Hommes, leurs pires démons ressortent. Le racisme revient évidemment sur le devant de la scène, avec la séquence du charnier, où un soldat (probablement) exécute les non-américains. Paradoxalement, il reconnait encore les Etats-Unis comme une entité.
Les Etats-Unis sont en lutte face à leurs pires démons mais qui pour face aux Etats-Unis si ce n'est les Etats-Unis eux-mêmes. Il est vrai que la géopolitique actuelle n'offre pas de protagonistes vraiment à la hauteur dans un rapport de force (35% des dépenses militaires du monde). 
Le dernier sujet est la place des journalistes de guerre. Figures positives du film au départ, la conclusion de l'intrigue vient planter le dernier clou du cercueil. Lee est une figure positive ; elle a couvert les conflits à l'étranger pour éviter que cela ne se produise aux Etats-Unis. Elle devient toutefois apathique après tant d'horreur. Sammy est lui le journaliste d'expérience gardant une certaine éthique journalistique. Tous deux sont des figures positives mais connaissent leur place de journaliste. Les journalistes restent neutre pour couvrir les conflits, ils jouissent par ailleurs d'une certaine reconnaissance aux Etats-Unis, étant présentés comme le 4ème pouvoir. Toutefois, ils doivent alors garder une posture de spectateur impuissant face aux horreurs pour parler à n'importe quel camp. Et en effet, les différents camps les respectent (sauf les individus/soldats isolés). Cette posture en fait toutefois des robots, car ils transfèrent leur capacité de jugement aux citoyens, eux se contentant d'être des témoins. Posture impossible à tenir, Lee et Sammy finissent par sortir de leur rôle, ce qui leur coûte la vie... Il reste alors le journaliste en recherche d'adrénaline, Joel, et celle cherchant la carrière et la gloire, le jeune Jessie. Le film ne nous laisse rien, toute figure humaine est définitivement corrompue à la fin.  


En définitive, Civil War est une dystopie glaçante sur la nature humaine, dystopie ayant des racines profondes dans notre monde réel... 




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lundi 4 mars 2024

Dune : Deuxième Partie


Synopsis :

Paul Atréides et sa mère Jessica ont survécu à l'élimination de leur maison par les Harkonnens. Ils sont réfugiés chez les Fremens, le peuple du désert. La vengeance de Paul s'inscrit désormais dans la lutte des Fremens qui luttent contre le colonialisme des Harkonnens. La question qui se pose à Paul est alors de savoir s'il se bat en tant qu'Atréide ou en tant que Fremen...


Commentaire :

Denis Villeneuve récidive brillamment 

La mise en scène de Denis Villeneuve s'inscrit parfaitement dans la réalisation du premier épisode avec toujours la photographie incroyable de Greig Fraser. Cela reste la première qualité du film qui réussit à saisir l'ambiance de chaque monde mais également, pour cet épisode, à magnifier des évènements ou des personnages, là ou le premier épisode se limitait à de l'exposition. Denis Villeneuve joue également avec la notion d'échelle comme il l'a déjà fait, cela permettant de mettre en valeur le gigantisme dans un empire galactique. L'univers se trouve ainsi très incarné et particulièrement impressionnant. La grande différence avec l'épisode précédent se joue au niveau du rythme et de la tension. En effet, l'intrigue se déploie enfin dans ce deuxième épisode alors que certains nouveaux personnages rajoutent des enjeux et de la tension du fait de leur personnalité. Le montage est dense du fait des nombreux évènements à dépeindre. Le film comporte aussi de nombreuses ellipses ce qui rajoute au rythme mais tend presque parfois à rendre la narration moins fluide. Denis Villeneuve compte alors sur l'intelligence du spectateur pour faire les liens. Le film aurait presque gagner à être plus long malgré sa durée déjà plus qu'honorable (2h46). Certaines scènes de combats avec des personnages importants auraient à ce titre aussi gagné (sur la fin) à être plus développées. Seul petit bémol sur ce point, la chorégraphie des combats n'est pas forcément mise en valeur par une caméra trop mouvante et des séquences trop cutés. Il s'agit là du seul grief car le reste de la technique, tout autant les décors, le maquillage ou les effets spéciaux ne sont sujets à aucune fausse note. 
A la musique, Hans Zimmer est de retour. Le mixage sonore et la bande musicale font énormément pour l'ambiance du film et favorise l'ancrage dans les différents mondes. Toutefois, il est difficile de parler de partition pour la bande musicale car Hans Zimmer travaille avant tout sur l'ambiance en utilisant des sons de l'environnement de l'histoire. Il s'agit d'un travail extraordinaire sur les sonorités plus qu'une partition orchestrale. 

Les thématiques : de la géopolitique teintée du passée

Les thématiques de Dune traitées ici sont celles perceptibles dans le film et non celles des romans, évidemment plus foisonnantes et développées. Les thématiques sont néanmoins beaucoup plus développées que dans le premier film qui effleurait seulement son univers. Dans ce deuxième épisode, la géopolitique est au premier plan avec principalement deux aspects : la réalité du pouvoir et la dimension religieuse. La réalité du pouvoir est décrite comme un fatalisme. Paul ou sa mère Jessica ne souhaitent pas prendre de responsabilité chez les Fremens. Toutefois, face à la réalité de la situation (des rapports de force sur le  terrain), ils finissent par cesser de lutter et embrasser leur destin. Ce passage est symbolisé dans le film par l'eau de vie. Une fois cette eau bue, Jessica et encore plus Paul acceptent de faire ce qui doit être fait afin de défaire les Harkonnens et l'Empereur. Paul sait que cette quête de vengeance inscrite dans la lutte anticolonialiste des Fremens coûtera à la fin de très nombreuses vies. Toutefois, Paul ne pouvait pas renoncer à son destin car cela aurait conduit à la fin des Fremens. Il n'y avait pas d'autre choix. Le pouvoir n'est pas synonyme de liberté mais de contrainte... comme le symbolise son renoncement définitif à une vie aux côtés de Chani. Il devient donc le Messie. Cela amène la seconde thématique: la dimension religieuse de l'univers. Paul ne croît pas à la prophétie mais doit se résoudre à y participer afin de fédérer les Fremens contre les occupants. Les Fremens sont fortement inspirés par les peuples arabes ayant mené la révolte contre l'empire ottoman entre 1916 et 1918. Ils jouissent à ce titre d'une bonne image bien que l'aspect religieux voire fanatique soit menaçant. La prophétie du Messie a été répandue par les Bene Gesserit au cours des siècles et Paul doit s'en servir afin de pouvoir imposer son pouvoir. Il peut alors déclencher le Djihad (le terme est simplement utilisé dans les livres) contre les occupants. Le film nous montre ainsi la puissance de la Foi. Pour le moment cela bénéficie au héros mais il est clair que le film apporte un commentaire critique sur la religion comme le souligne les dialogues entre Paul et Chani. La religion est un instrument de contrôle. 


En définitive, Dune deuxième partie est un spectacle total et une réussite à tous les niveaux. L'aspect technique du film est parfait, le travail sur le son remarquable et les thématiques politiques extrêmement riches. Au dessus de la première partie. 



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samedi 3 février 2024

Argylle


Synopsis :

Argylle est en mission sur une île paradisiaque de Grèce. Il cherche alors à attraper Legrange, une femme fatale... Cette histoire est tout droit sortie de l'imagination d'Elly Conway, romancière d'espionnage à succès. 

Commentaire :

Matthew Vaughn, la maîtrise de l'action

Matthew Vaughn réemploit la recette qui a fait sa force au Box Office: à savoir la réalisation d'un film d'espionnage et d'action comique agrémenté de scènes de combat réglées au millimètre. Argylle peut être vu comme une réminiscence de Kingsman avec un ton encore plus léger. Toutefois, le montage du film et les multiples rebondissements en font un film toujours très dynamique, dont le rythme n'est pas altéré par l'humour. La mise en scène est généreuse par la photographie, le dynamisme de la caméra et l'éclairage et le soin des transitions. La caméra numérique se voit quelque peu mais n'est pas si dérangeante dans un univers loufoque, parfois presque parodique du genre d'espionnage. La surenchère visuelle et stylistique est manifestement pensée et voulue. Le point fort du film, comme la plupart des films de Vaughn, est la mise en scène des combats, qui en plus d'une chorégraphie toujours léchée, fait l'objet d'un soin tout particulier que cela soit en termes de rythme ou du mouvement de la caméra. Plus l'intrigue se déploie, plus les plus scènes de combat sont impressionnantes. Elles sont le principal atout du film. A la musique, Matthew Vaughn n'est pas accompagné d'Henry Jackman cette fois-ci mais de Lorne Bafle. Toutefois ce dernier s'en sort aussi bien, du fait d'une composition travaillée mais aussi d'une mise en scène très visuelle de Vaughn qui laisse toujours une place pour la composition. Pas de leitmotiv particulièrement mémorable toutefois.  

Là où le scénario éclipse la thématique 

Contrairement aux films Kingsman, il semble que le film n'ait pas véritablement de thématique cette fois-ci, même en toile de fond. A ce titre, le grand méchant n'a pas de motivation hormis celui de la recherche du pouvoir et d'être le méchant. Cela diffère des méchants certes caricaturaux de Kingsman mais dont la motivation pouvait prêter à réflexion. Ici, Matthew Vaughn est plutôt intéressé par le déroulement de son scénario et de l'enchainement des retournements de situation, pastiches du genre mais aussi parodiques jusqu'à la dernière intervention d'Henry Cavill qui vient définitivement montrer la volonté du réalisateur. Vaughn adore le genre tout en le moquant. Ce commentaire méta est peut être complété par l'autre commentaire méta sur la création ; l'aspiration du romancier, bien que cela soit finalement assez en retrait dans le film. Au delà de l'effet de style et de l'argument pour faire de la mise en scène (transition entre fiction et réalité): il n'y a pas nécessairement de profondeur sur la thématique de la création. La création n'est qu'une simple transformation de l'expérience vécue (c'est en tout cas le cas pour Elly Conway). C'est dommage que Matthew Vaughn ne creuse pas un peu plus son sujet.


En définitive, Argylle est la nouvelle réalisation de Matthew Vaughn, toujours très généreuse visuellement dans un pastiche presque parodique du genre d'espionnage. Film avant tout good vibes au casting XXL, les thématiques restent très anecdotiques.



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mercredi 27 décembre 2023

Les 3 Mousquetaires : Milady


 Synopsis:

D'Artagnan est à la recherche de Constance, enlevée après avoir entendue quelque chose qu'elle n'aurait pas dû entendre... 

Commentaire :

Une mise en scène brouillonne 

Les défauts de la première partie réapparaissent ici avec malheureusement encore plus d'ampleur. La mise en scène ne parvient pas à rendre l'intrigue claire. Cette dernière tout en étant complexe pourrait néanmoins rester lisible mais la mise en scène est bancale dans la narration. L'absence de point de vue mais encore plus d'explication des motivations rend l'ensemble confus. Seule intrigue claire, le souhait de d'Artagnan de retrouver Constance. Même si cette intrigue est mêlée au complot, elle ne permet pas de l'expliquer. D'autres aspects techniques sont également décevants. Les dialogues sont parfois mal écrits, le français soutenu n'étant pas toujours maintenu notamment chez D'Artagnan. La direction d'acteur est aussi compliquée, plutôt chez les têtes d'affiche. De plus, toutes les phrases ne sont pas forcément très audibles, problème que l'on retrouvait dans le premier. Cela n'aide pas un scénario déjà flou. Par ailleurs les chorégraphies intéressantes de combat en plan séquence sont meurtries par un cadrage aléatoire et des mouvements de caméra trop brutaux. Certes l'idée était de donner du rythme mais le résultat est peu concluant. Quelques incohérences et faux raccords sont également visibles. Quelques éléments sauvent néanmoins le film comme les costumes, les décors et les plans larges de demi-ensemble ; finalement l'atmosphère d'époque plutôt bien travaillée. La bande musicale est également au niveau de l'ambition et la mise en scène lui laisse quelques temps pour s'exprimer. Néanmoins, le bilan technique reste plutôt négatif. 

Thématiquement pauvre 

Alors que les thématiques étaient faibles mais néanmoins présentes dans le premier film, ici les intrigues floues ne semblent pas porter de message. Nous adoptons simplement le point de vue des royalistes catholiques contre les républicains; curieux choix même si une petite part de l'intrigue est ménagée pour les protestants... Rien de pertinent mais peut-être même ambigu. 


En définitive, le cinéma français de genre et d'époque n'y arrive pas. Les 3 Mousquetaires : Milady souffre de problèmes de réalisation et d'écriture que les costumes et les décors peinent à sauver.




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lundi 25 décembre 2023

Aquaman et le Royaume Perdu


Synopsis :

Arthur, Roi de l'Atlantide se retrouve avec des pouvoirs limités et des responsabilités énormes, lui qui n'a jamais souhaité être roi. C'est alors que Black Manta refait surface avec des technologies atlantes pour se venger d'Arthur...


Commentaire :

La valeur sûre James Wan

James Wan reprend son rôle de réalisateur après le succès du premier Aquaman. Malgré un pouvoir relatif sur le scénario et le montage, James Wan a pu s'exprimer sur la mise en scène et l'univers toujours aussi fouillé. La réalisation est bien sûr toujours extrêmement soignée de part les mouvements de caméra, les plans, la composition des plans et les transitions. Les combats et certaines scènes d'action ont la grande qualité de bénéficier en majorité de plan séquence. La mise en scène de l'horreur est également présente ici ; il était certain que le maître en matière allait apporter sa petite touche personnelle. Les divers références à d'autres films populaires rajoutent un petit plus méta en début de film. Il n'y a définitivement pas de "Yes men" derrière la caméra. Seul petit bémol, quelques effets spéciaux sont un peu trop voyants au début. La musique de Rupert Gregson-Williams (de Narnia oui!) est particulièrement réussie avec des séquences de James Wan qui laissent aussi habilement de la place à la bande musicale. Techniquement, le film est donc plutôt réussi. Le jeu de Jason Momoa est en revanche un peu lourd et le personnage d'Amber Heard un peu trop en retrait. Heureusement, Patrick Wilson (acteur fétiche de James Wan) est présent et porte le film et son duo avec Jason Momoa

Des thématiques : mine de rien!

Si le film reste plutôt une réussite, c'est parce qu'il est plus qu'une coquille vide grâce à des messages, certes simples mais clairs. James Wan fait en effet le choix d'inclure des thématiques comme dans le premier épisode afin que le film ne soit pas un simple film d'aventure. Si le premier Aquaman parlait de la pollution des océans, celui-ci a pour thème le réchauffement climatique engendré par les humains et le futur effondrement écologique. Les Atlantes ont eux-mêmes failli changer le climat par le passé avant d'utiliser des technologies plus respectueuses de l'environnement. Arthur est donc prompt à pardonner les humains (soit dit en passant le film s'oppose au réchauffement climatique tout en défendant le style d'alimentation américain riche en viande), car les Atlantes du passé sont une métaphore des humains du présent. Autre message, la définition du bon souverain donner à la fin du film [Spoiler]. Le bon souverain doit faire le bien même quand cela lui porte préjudice, il doit demander de l'aide quand celle-ci lui paraît nécessaire. Ainsi Aquaman est plus apte que son frère car n'ayant jamais voulu le pouvoir, il n'est pas aveuglé par son égo. Les messages sont ainsi plutôt pertinents. 


En définitive, le dernier film de l'univers DCEU est une réussite relative, portée par une bonne mise en scène de James Wan et un jeu convaincant de Patrick Wilson compensant celui de Jason Momoa.



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