Richard Jewell est un agent de sécurité aux Jeux Olympiques d'Atlanta en 1996. Il découvre un colis piégé et sauve ainsi de nombreuses vies. Devenu un héros, les agents du FBI commencent à le suspecter. Les médias leur emboîtent le pas et traînent Richard dans la boue...
Commentaire :
Réalisme de la mise en scène
Clint Eastwood se saisit d'une histoire inspirée de faits réels, exercice dans lequel il excelle. La narration est donc au centre de la mise en scène, cette dernière restant très sobre, utilisant principalement des gros plans ou des plans en taille pour les personnages. La caméra est parfois une caméra à épaule pour rendre l'histoire plus réaliste et plus intimiste, avec l'illusion d'être aux côtés du principal protagoniste Richard Jewell. Certaines scènes sont reprises de scènes réelles comme l'interrogatoire de Richard dont le FBI avait une copie, ou les plans d'époque diffusés à la télévision. L'utilisation des plans télévisuels concourent également à rajouter à l'authenticité du film. La teinte de l'image est moins flamboyante que pour la plupart des long-métrages avec ici en plus, la recherche du contraste pour rappeler le film noir. A la musique, Arturo Sandoval est logiquement à l'accompagnement pour laisser à la narration le premier rôle. Ici ce n'est pas la mise en scène qui signale véritablement que Clint Eastwood est à la manoeuvre. C'est l'histoire racontée.
Thématique : le héros détruit par les institutions
Clint Eastwood est toujours à la recherche du héros commun, celui présent dans tout Homme et qui un jour rejaillit lorsque la situation l'exige. Le héros connaît ici l'injustice ; la non-reconnaissance de son acte de bravour. Pire, il est dépeint comme un monstre, l'injustice suprême. En effet, avoir découvert la bombe fait de Richard Jewell le premier suspect. Une chasse aux sorcières est alors lancée par le FBI et les médias pour faire de Richard Jewell le suspect parfait. Le héros devient la cible des institutions que lui même respecte naïvement au plus au haut point. C'est ainsi l'histoire d'un homme broyé par un système qu'il a depuis toujours cherché à servir. Cette critique frontale envers les institutions policières et la voracité des médias pour le scoop est le principal message du film. Au-delà de ce thème, le sujet choisit ici intrigue. La temporalité de la sortie du film est intéressante parce-que Clint Eastwood défend ici un humain, réduit à ses caractéristiques d'homme blanc frustré, l'idéal suspect pour le FBI et encore plus pour les médias, déjà dans les années 90. Si Clint Eastwood montre la naïveté mais aussi parfois l'imbécilité de cet individu, il souligne aussi que ces attributs d'homme blanc ne peuvent lui dénier le droit à la Justice ni à son statut d'héros. Car ce n'est pas en tant qu'homme blanc qu'il mérite sa reconnaissance mais par ses actes, comme n'importe quel humain qui aurait agit de la même manière. Ainsi Eastwood cherche à rendre hommage à un homme ayant accompli des actes héroïques mais n'ayant rien du profil du héros aux yeux de la société.
En définitive, Clint Eastwood choisit une nouvelle fois de travailler l'image du héros, en rendant brillamment hommage cette fois-ci à un héros déchu.
Michael Pearson, Baron de la Marijuana, cherche à raccrocher et à vendre ses plantations et son commerce. Plusieurs parrains cherchent alors à prendre sa relève...
Commentaire :
Classissisme dans la mise en scène
Guy Ritchy priviligie la mise en scène pleinement narrative pour un film reposant avant tout sur son scénario et ses acteurs. La réalisation en elle-mêmene ne présente pas vraiment de singularité à Hollywood et cherche avant tout l'efficacité. Le montage, principal argument de réalisation ici, participe à la mise en place du suspense en révélant une partie du dénouement dans la première scène. Cet artifice permet à Guy Ritchy de prendre le temps de poser les bases de son scénario, une certaine tension étant maintenue pendant plusieurs scènes d'introduction. Christopher Benstead à la composition ne cherche pas non plus à dépasser la narration et accompagne les scènes sans si subsitituer. Les chansons extradiégétiques mais aussi intradiégétiques sont en revanche beaucoup plus prégnantes, puisqu'elles participent au scénario du film, toujours dans un but d'efficacité.
Guy Ritchy pour un discours sur le scénario
Si le film a un intérêt, ce n'est pas pour les thématiques développées par l'histoire des personnages dont le propos simple se résume au fait que le droit du plus fort, conjugué à la ruse est la seule loi valable dans cet anti-monde ; l'univers de l'illégalité dont fait partie le trafic de drogue. Il y a en outre certainement une critique de l'aristocratie anglaise mais trop peu creusée pour que l'on puisse en tirer un message particulier. Toute la force du film réside alors dans son propos méta sur le film de Gangsters apporté par le personnage de Fletcher. Ce personnage narrateur explique le fonctionnement du film et ses références cinématographiques. Les costumes des personnages laissent d'ailleurs planer le doute sur la temporalité de la diégèse comme si ce thriller contemporain essayait de s'accrocher aux films de Gangsters du XXème siècle. Fletcher (brillament interprété par Hugh Grant), principal narrateur, est l'alter-égo exalté de Guy Ritchy. Face à lui dans le rôle du spectateur, puis du narrateur, Ray (Charlie Hunnman) est un Guy Ritchy modéré plus réaliste. Ces deux personnages proposent successivement et de manière alternée un récit des évènements qui changent les scènes narrées. Celles-ci sont alors remontrées sous un nouveau jour, comme si des scénaristes rayaient et ré-écrivaient une scène. Si la scène n'est pas réécrite par le nouveau narrateur, celui-ci rajoute un détail ou un point de vue qui la modifie entièrement. Il en ressort un scénario "en mille-feuille" qui ne peut être compris que lorsque le dernier narrateur a parlé. Il y a donc chez Guy Ritchy une maîtrise totale de l'écriture du scénario à suspense, prenant même le temps d'en expliquer les subterfuges aux spectateurs. Pour son côté méta et cinéphilique, ce long-métrage est somme toute une réussite.
En définitive, Guy Ritchy brille avec The Gentlemen par l'écriture de son scénario à plusieurs niveaux. Le côté cinéphilique et méta apporté par le personnage de Fletcher est le véritable atout de ce film de Gangsters.
Séparée de Joker, Harley Quinn perd l'immunité dont elle jouissait. Tous les bandits de Gotham ayant un grief contre elle se mettent alors à sa poursuite...
Commentaire :
Une mise en scène dynamique et soignée
Cathy Yan choisit de travailler la mise en scène pour redorer le blason de DC après l'échec critique de Suicide Squad, film directement lié à Birds of Prey. La réalisatrice n'a à son crédit qu'un film indépendant. Elle reprend l'esthétique de l'univers DC mais propose une réalisation singulière. Par son montage, le film épouse la narration d'Harley Quinn. La structure du film est donc un peu décousue pour reproduire le désordre dans la psyché de l'anti-héroïne. Harley Quinn a également un côté enfantin et immature qui se lit dans l'interfilmicité avec la citation visuelle de Titi et Grosminet, constamment sur la télé de H. Quinn, mais aussi avec l'introduction du film réalisée sous la forme de cartoon. Il est possible également de noter des choix non-thématiques mais démontrant un soin particulier à la réalisation, comme par exemple un flash back en plan-séquence dont le changement de temporalité s'effectue via un déplacement de la caméra. Le cut aurait été plus évident mais beaucoup plus banal. Autre qualité de réalisation: la mise en scène des combats laisse voir la chorégraphie de l'action avec un recours modéré aux cuts et l'utilisation de plans en pied. Ce petit blockbuster a donc la qualité d'éviter la réalisation normée et pauvre de la plupart des films à grand spectacle. A la musique, Daniel Pemberton est discret, effacé derrière les nombreuses chansons d'artistes tels Sofi Tukker, Doja Cat, Whipped Cream et Baby Goth, Jucee Froot ou Halsey, ou des tubes tels Hit Me With Your Best Shot, Barracuda, Love Rollercoaster et I Hate Myself For Loving You.
Les thèmes : l'ère des femmes et la remise en cause du patriarcat
Chez DC, Cathy Yan est la seconde femme à pouvoir réaliser un film de super-héros mettant en scène une héroïne, le studio prenant ainsi de l'avance vis-à-vis de Marvel. Le film est une critique générale du patriarcat. Les héroïnes ont toutes subies des violences diverses de la part des hommes ou sont sous la menace d'en subir. Il y a un rapport de force lié au genre dans le film entre les personnages de sexe différent, toujours lié à un rapport de classe, ce qui ouvre la situation des personnages à l'universel. Ainsi c'est à la fois en tant qu'homme, patron ou supérieur que les personnages masculins exercent leur domination. Le système patriarcal permet aux hommes d'accéder au position de pouvoir comme cela est montré avec le policier, ce qui engendre une domination double. Il en ressort que la domination de classe est liée à la domination du genre dans un système partiarcal, et peut être d'une extrême brutalité, Harley Quinn comparant sa situation et celle de Black Canary à celle du maître et de l'esclave. Aucune figure masculine du film n'est d'ailleurs positive et aucune femme n'est menacante car en situation de dominée. En cela, le film est plutôt juste car la question du genre est articulée à l'ensemble d'un système et donc non essentialisée Le parcours d'Harley Quinn et de ses comparses est donc celui de l'émancipation, que cela soit dans la vie privée et sentimentale ou dans la vie professionnelle. Le film est monothématique mais clair dans son ambition, tout en conservant avant tout son côté divertissant.
En définitive, Birds of Prey est un bon divertissement, à la réalisation soignée, mettant en scène le combat pour l'émancipation de Harley Quinn et ses comparses.
Jojo est un petit allemand de 10 ans. Endoctriné par le régime Nazi, il s'imagine avoir Hitler comme meilleur ami...
Commentaire :
Esthétisme de Waititi
Loin de se contenter de la narration, Taika Waititi soigne sa mise en scène. L'objectif est de représenter le nazisme à travers le regard d'un petit garçon embrigadé, ce qui autorise quelques extravagances. C'est notamment le cas pour la teinte et les couleurs choisies, assez flambloyantes pour une époque de guerre. La photographie est travaillée, notamment pour les plans de demi-ensemble où l'on voit un véritable effort de composition dans le cadre. Il ne semble pas y avoir un sens particulier à ces plans, juste une recherche esthétique pour introduire une scène. Il est palpable que Waititi a pris du plaisir et du temps pour réaliser son film. La scène d'introduction d'Elsa, la jeune juive cachée, à la manière d'un film d'horreur est particulièrement réussie pour renvoyer à l'imaginaire du Juif dans la tête d'un jeune garçon endoctriné. L'ensemble de l'histoire a un ton assez léger, grâce à un humour moquant les grossièretés de l'idéologie Nazi. Cela demande, du côté de la mise en scène, une rythmique millimétrée pour que les gags, souvent visuels, fassent mouche. A la musique, Michael Giacchino, un des grands compositeurs d'Hollywood, est plutôt discret, effacé derrière des reprises forcenées de chants allemands de propagande qui participent au ton humoristique.
Réfléchir par l'humour
Le nazisme est peut-être un des sujets les plus délicats à traiter au cinéma pour éviter les retours polémiques. Toutefois, la simplicité et l'absurdité de la propagande nazi, notamment dans son contenu adressé aux enfants se prêtent également au rire. Le rire est un des moyens possibles pour montrer l'absurdité de cette idéologie et ses effets sur un enfant. A ce titre, Taika Waititi dans le rôle d'un Hitler imaginaire est particulièrement réussi. Il est dommage toutefois que le ton humoristique décline au cours du film pour que le drame attendu dans ce genre de sujet prenne le dessus. Waititi a affirmé qu'il cherchait à désarmer le spectateur pour lui montrer ensuite la vérité crue.C'est un choix honorable. Néanmoins ce point de vue laisse aussi penser que l'humour seul n'est pas suffisant pour faire réfléchir sur un sujet. Le choix de Waititi est celui de la sécurité, mais son talent pour l'humour rendait possible un traitement tout aussi pertinent par le biais de la comédie.
En définitive, Jojo Rabbit est une comédie dramatique plutôt réussie sur une thématique complexe. On est presque à regretter que Taika Waititi se retienne sur la comédie.
Les caporaux Blake et Scofield sont envoyés prévenir le bataillon Devon que les Allemands leur tendent un piège. S'ils échouent à délivrer le message, 1600 hommes périront.
Commentaire :
L'immersion de Sam Mendes
Impossible de parler de 1917 de Sam Mendes sans parler du plan-séquence comme choix de réalisation pour l'ensemble du film. Il ne s'agit pas d'un vrai plan-séquence au tournage mais l'illusion du plan-séquence pour le rendu final est parfaite. Au delà de la prouesse technique à saluer, l'intérêt ici est d'accentuer l'expérience combattante qui ne peut être réellement rendue par la rupture du bataille, le champ de combat n'offrant pas répit. L'immersion est donc totale, l'expérience prenante voire angoissante, se rapprochant parfois de l'expérience du jeu vidéo. Ainsi, l'absence de montage n'est pas l'absence de mise en scène car il reste pour le réalisateur toute la palette du déplacement de caméra, des angles de la prise de vue, du choix du cadre ou de l'utilisation de la lumière. A ce titre, la scène de course de Scofield à travers un bataillon lançant une offensive offre une leçon de mise en scène sans montage, avec un travelling rapide en pied à très forte profondeur de champ qui permet de comprendre l'immensité de la manoeuvre. La contrainte (du plan-séquence) force à la créativité dans un Hollywood très normé. La faiblesse issue de l'absence de montage pourrait être un rythme parfois plus lent, notamment lors des temps faibles. Néanmoins, la musique de Thomas Newman permet d'accompagner le film, en soutenant ou en accentuant chaque étape de l'aventure. Les scènes de tension sont mises en valeur par des motifs très courts et répétés dans le style de Hans Zimmer alors que d'autres scènes, parfois plus calmes ou aussi épiques ont une écriture plus travaillée, plus classique.
Thématique : la guerre sans fin des britanniques
L'épisode narré n'est pas un épisode précis, il s'agit pour Sam Mendes de retranscrire l'esprit de cette guerre à travers un épisode qui aurait pu se passer chaque jour de 1917. Le Colonel McKenzie le confirme d'ailleurs à la fin, cette guerre est un éternel recommencement. Toutefois, pour les participants de l'épisode, c'est bien souvent un aller sans retour. A comprendre que la mort est le quotidien de la guerre et que les soldats, qui ont tous une singularité et une histoire qui mérite d'être racontée ne sont que des données dans un évènement qui les dépassent. Le message est clair, en plus d'être historiquement juste, la nation ayant à l'époque une valeur supérieure à l'individu. Le message est également efficace parce-que le film est plutôt juste d'un point historique que cela soit par les décors ou les tenues des personnages. Un des exemples est la reconstitution des tranchées, avec des constructions plus organisées côtées allemands que du côté anglais (les tranchées françaises étant similaires aux anglaises). De même, l'ennemi, haï, est également peu vus par les troupes. C'est une guerre où pour la première fois on tue sans voir; et le film s'attache à montrer le moins possible les Allemands, parfois simplement représentés par de simples silhouettes. La seule critique qui peut être fait sur ce film est à nouveau une vision anglo-saxone de la guerre, la Première guerre mondiale semblant être menée en premier lieu par les Britanniques.
En définitive, Sam Mendes avec 1917 arrive à retranscrire l'expérience combattante à travers un film en plan-séquence prenant et angoissant.
La vie de quatre soeurs au XIXème siècle aux Etats-Unis, de leur enfance au passage à l'âge adulte...
Commentaire :
La mise en scène soignée de Greta Gerwing
Si la mise en scène est d'un certain académisme dans la narration, elle a la qualité d'être particulièrement léchée, notamment dans la composition du cadre. Le premier plan parfaitement symétrique en est l'exemple, le symétrisme revenant à plusieurs reprise. Quand ce n'est pas ce choix de composition, le plan est organisé tel un tableau impressionniste notamment pour les scènes ayant lieu en extérieur. Si l'esthétisme est certain, le sens est moins prégnant, la narration étant le principal objectif de la réalisation. Toutefois, notons là encore, un montage recherché, en paralèlle, permettant de lier deux temporalités. C'est un choix judicieux mais nécessaire du fait du manque de péripéties et d'enjeux dans la première partie du film, qui se contente de dépeindre des personnages. Malgré ce montage, le rythme du film est plutôt lent dans un style évocant le réalisme. Il faut alors être bon spectacteur pour s'intéresser à la vie de ces 4 filles d'une classe sociale assez aisée. Toutefois la performance des 4 actrices principales mais aussi des acteurs incarnant la famille Lawrence permet d'accepter la longue description de ce milieu. A la musique, Alexandre Desplat se signale dans un genre de film qui lui convient plutôt bien, plus à l'aise pour les drames et l'époque romantique par son usage préférentiel du piano que pour le grandiose orchestral.
Des thèmes énoncés mais non montrés [Spoilers]
Greta Gerwing à la manoeuvre, il était évident que la condition des femmes au XIXème siècle serait un des axes importants du film, d'autant plus lorsque certaines actrices engagées comme Emma Watson participent au projet. Dans le film, le patriarcat est immanent, il sous-tend les choix des personnages qui essayent de trouver leur voie, c'est à dire un choix de vie dans lequel ils pourront se réaliser. Si le film nous fait bien comprendre ce contexte oppressant par le biais des dialogues ou monologues des personnages, il ne nous montre pas de situations concrètes qui témoigneraient du pouvoir des hommes. En effet, toutes les figures masculines sont positives ; elles sont au pire neutres comme l'est l'éditeur. Ce personnage dit par ailleurs agir en raison de l'impératif commercial mais n'est lui-même pas particulièrement antipathique. S'attaquer à la question des femmes au XIXème siècle était enfoncer une porte ouverte mais le film est étonnament très léger sur la question, les protagonistes acceptant plus ou moins rapidement, mais en définitive plutôt bien leur sort. Le principal personnage défenseur de la norme est d'ailleurs une femme ; la tante March. En outre, le personnage le plus intéressant Jo (Saoirse Ronan), qui défend la situation du célibat pour une femme, qui peut se réaliser autrement qu'à travers son époux, finit elle aussi par vouloir se mettre en couple et le fait finalement. Certes ce n'est pas un mariage d'argent, c'est un mariage d'amour, et si cela contrevient à l'intérêt de la petite bourgeoisie d'époque, il n'est reste pas moins que Jo revient sur l'idée d'une possibilité pour une femme de trouver un épanouissement complet dans le célibat. Est-ce alors pour dénoncer une sorte de fatalisme et de mise en conformité avec l'époque ? Cette interprétation n'est toutefois pas évidente après le visionnage du film. Par ailleurs, le principal problème réside dans le fait que les protagonistes appartiennent à une petite bourgeoisie bien installée. Dans ce contexte, l'argent diminue grandement les rapports de force et fait que le patriarcat est beaucoup moins oppressant. Le personnage le plus en difficulté dans le film semble être Meg (Emma Watson), qui a elle aussi fait le choix d'un mariage d'amour. Toutefois, elle se prive d'une consommation superficielle (une belle robe) et non de nourriture.
Il reste alors la qualité pour ce film de mettre au centre de son histoire des femmes, sans que leur sort ne soit représentatif de la majorité des femmes de l'époque. Amy (Florence Pugh) résume à Jo (qui écrit son roman dans une sorte de mise en abîme) l'impression que peut laisser le film : qui s'intéresse à la description futile et banale d'une famille avec des femmes ? La réponse est sociologique : des femmes qui voient ici des figures dans lesquelles il est facile de se représenter dans un monde dominer par des hommes. C'est l'explication du succès du livre d'origine. C'est le cas également pour ce film aujourd'hui dans un monde où le cinéma est encore aux mains des hommes. Toutefois, le propos de fond est lui assez superficiel car c'est bien les intrigues amoureuses ou d'amitié qui portent finalement cette fiction. Dommage.
En définitive, Les filles du Docteur March fait la part belle à un quator de femmes du XIXème dans un monde d'hommes. Il en va de même pour ces quatre actrices de renom dans un hollywood masculin. Toutefois, le sujet de fond sur la situation des femmes est léger dans son développement.
Palpatine est de retour. Kylo Ren à la tête du Premier Ordre et Rey espoir de la Résitance tentent chacun de retrouver celui qui veut redevenir empereur de la galaxie...
Commentaire :
JJ Abrams, maître de la narration
Abrams reprend la mise en scéne dynamique de l'épisode VII avec ici un impératif majeur; conclure la trilogie en l'espace d'un film. En effet, Rian Johnson à la manœuvre pour l'épisode VIII avait complètement rebattu les cartes en fermant presque toutes les possibilités narratives ouvertes dans l'épisode VII. C'est donc une mise scéne exclusivement narrative avec peu de temps de respiration qui est choisie ici. A la sublime photographie de l'épisode VIII suit donc l'art de la narration, appuyé par une caméra très souvent en mouvement, un montage rapide et des gros plans sur les personnages pour les dialogues. Divertissement et efficacité narrative : pas de fioriture. Quelques nouveaux designs, réussis, sont toutefois à porter aux crédits de ce film comme ceux du temple sith. Au delà de l'aspect esthétique, les plans généraux manquent quelque peu, simplement parfois pour permettre de comprendre des actions mêlant énormément de protagonistes. Toutefois, le choix de l'efficacité ne nuit pas au divertissement, d'autant plus que l'image est soutenue par l'excellente bande musicale de John Williams. Aucun nouveau thème n'est entendu, mais les différents thèmes des personnages sont subtilement arrangés pour coller à leur évolution.
Un scénario chancelant
Si techniquement le film est irréprochable, le scénario souffre fortement de l'absence de trame scénaristique originale pour l'ensemble de cette trilogie, ainsi que, dans une moindre mesure, de la non compréhension profonde de l'univers de George Lucas. Ce dernier épisode est quasiment une suite au VII, revenant sur les choix scénaristiques du VIII qui lui même avait comme objectif d'en finir avec la nostalgie et le manque de nouveautés du VII. Plusieurs éléments flagrants témoignent de ce nouveau virage à 180° : Rey est finalement bien "une fille de" et non une inconnue, elle retrouve par ailleurs sa tenue du VII tout comme Kilo Ren retrouve son masque, Snoke est remplacé par Palpatine pour un rôle similaire, Luke Skywalker montre à nouveau du respect pour son sabre laser (ce qui ici peut être le signe d'une évolution du personnage et non simplement la marque d'une négation scénaristique), le personnage de Rose introduit dans le VIII disparaît presque complètement du récit ainsi que son histoire d'amour avec Finn, et Poe retrouve l'espérance cela allant à l'encontre de la leçon nihiliste de l'épisode VIII. Abrams essaye tant bien que mal de donner quelques justifications et de ré-ouvrir des intrigues pour conclure la trilogie, usant abusivement du petit texte d'introduction qui introduit le retour de Palpatine, puis laissant à ce dernier une scéne d'exposition pour expliquer son histoire et son plan. Au prix de ces scénes d'exposition poussées qui se poursuivent dans certains dialogues de la Résistance, le film réussit à retrouver une cohérence interne. Abrams tente également de réintrégrer des éléments de la prélogie, jusqu'alors honnie par Disney, grâce à quelques citations de personnages, voire leur retour (par le biais de voix). Malgré cet effort salutaire quelques éléments fondamentaux vont à l'encontre du monde original de George Lucas. Si Palpatine revient, alors la prophétie autour d'Anakin devant éliminer l'empereur et ainsi ramener l'équilibre dans la Force, enjeu des 6 premiers films, est caduque. Autre point important, la Force devient un artifice scénaristique, capable de miracles alors qu'elle était dans les deux premières trilogies assujeties à des règles. Certes Rey est finalement montrée en train de s'entraîner et Leia se voit transformer en Jedi pour être une Maître crédible mais la nature de la Force a changé dans cette trilogie. La Force était pour Lucas une force immanente que certains individus pouvaient appréhender suite à un fort travail sur soi. Elle devient une force transcendante pouvant être perçue par des individus non-initiés (des Stormtroopers sentent la Force les retenir face à des actions immorales) et capable de miracles (guérir intégralement, téléporter des objets). C'est le passage d'une vision orientale du monde (George a une bonne connaissance des philosophies orientales - asiatiques) à une vision judéo-chrétienne. Cette incompréhension chez les successeurs de Lucas est manifestement le pêché originel de cette nouvelle trilogie qui singe la saga de Lucas tout en la trahissant.
Des thématiques intéressantes... mais déjà vues [Spoilers]
Ce film revient sur une bonne idée de l'épisode VIII qui prétextait que la Force pouvait se manifester chez n'importe quel être. Rey, en se trouvant finalement une illustre ascendance, clot cette thématique. Il manquait de toute façon la dimension d'effort et de travail dans l'épisode VIII mais la fin des lignées (de sang) marquait tout de même une avancée par rapport à un déterminisme unicausal et donc mal pensé . Rey est alors la petite fille de Palpatine (nous ne reviendrons pas sur cette histoire qui arrive comme un cheveux sur la soupe). Le "sang parle" pour reprendre l'expression du film. L'aspect intéressant de ce choix est que la lignée apporte des pouvoirs particuliers, mais ne présage pas de quel côté va pencher l'individu, en l'occurance Rey, ceci nuançant le déterminisme du sang. Luke le dit, il n'y a pas que le sang. Rey Palpatine choisit donc le côté lumineux pour s'émanciper en partie du déterminisme du sang. Elle choisit même de reprendre le nom de Skywalker, ce qui montre qu'il est possible de choisir sa filiation. La morale est plutôt séduisante et plus subtile que si Rey était véritablement une Skywalker comme il a longtemps été supposé. Malheureusement, rien n'est véritablement nouveau car cette morale était déjà présente dans la première trilogie avec Luke choisissant de ne pas suivre son père dans le côté obscur. L'atout de la première trilogie est qu'elle mettait trois films pour installer ce choix alors que l'épisode IX doit le faire en un épisode. La première trilogie avait surtout pour elle l'originalité. Disney nous propose "Je suis ton grand-père" après "Je suis ton père". Laissons la conclusion à George Lucas : Il n'y a rien de nouveau. Dans chacun des films de la trilogie originale, il était important de présenter de nouveaux mondes, de nouvelles histoires, de nouveaux personnages et de nouvelles technologies. [Commentaire qu'il fait à la suite de l'épisode VII mais applicable ici].
Ce n'est pas simplement anecdoctique car pour Lucas, la nouveauté est également le cœur de Star Wars. Voici un autre incompris chez Disney.
En définitive, Star Wars : L'Ascension de Skywalker bénéficie de la mise en scène divertissante d'Abrams. Mais malgré quelques éléments d'explication forcée, la cohérence scénaristique sur l'ensemble de la saga fait défaut ainsi que les prises de risques en termes de nouveautés. Une trilogie décevante, loin d'égaler dans son écriture, celles de George Lucas.