Les sorties de la semaine

lundi 18 juillet 2022

Thor Love and Thunder

 

Synopsis :

Après la victoire contre Thanos, Thor a retrouvé sa force d'antan mais pas le moral. Il lui manque un sens à sa vie. C'est alors qu'un certain Gorr "le boucher des dieux" apparaît, obligeant Thor a reprendre du service... 

Commentaire : 

Du Waititi, à outrance 

Taika Waititi est une nouvelle fois derrière la caméra pour filmer le dieu Viking. Il imprègne très fortement l'univers sur certains points. L'humour, déjà présent chez les Marvel, est encore plus poussé pour cet épisode, si bien que le personnage principal Thor n'a plus qu'une fonction comique. La tragédie est entretenue par les personnages secondaires Jane Foster et Gorr, tous deux campés par des Nathalie Portman et Christian Bale très bons dans le jeu. Toutefois, l'atmosphère du film garde une très forte tonalité comique dont le rythme est celui du gag. Malheureusement, le film de Waititi est ici à contre-temps. Les gags ne font pas tous mouche et ont pour effet de désamorcer la gravité de l'intrigue. Ce faux rythme comique peut procurer un sentiment de longueur alors même que le montage est lui plutôt classique (dynamique) pour un film du genre. La mise en scène ne se signale que par sa belle photographie pour un univers, il faut le reconnaître, créatif. La séquence en noir et blanc avec simplement quelques ajouts de couleurs sur certains objets est également plutôt réussie. La bande musicale est composée de plusieurs musiques des années 80 plutôt bien choisies ainsi que de la musique orchestrale de Michael Giacchino qui ne se signale par aucun nouveau thème notable, ni même aucune réutilisation des thèmes précédents. Dommage. 

Profiter de la vie et choisir l'amour

Taika Waititi a toujours à cœur d'inclure une morale dans l'histoire. C'est ici une morale assez bateau ; il s'agit de l'amour. La vie n'a de sens que lorsque l'on aime, et cette quête sera autant celle de Thor que de son antagoniste Gorr. Il s'agit aussi d'une pensée du présent car Thor choisit à la fin l'amour (Love) plutôt que le tonnerre (thunder), autrement dit la bataille à venir. L'important est donc le présent et non ce qui adviendra, voire en extrapolant, il est possible de dire que le présent est plus important que l'arrière-monde des religions. Il y a en effet une critique assez ouverte de la croyance (pour le moins païenne). En effet, les dieux n'ont que faire des croyants dans le film, ces derniers (Gorr et même Thor face à Zeus) étant représentés comme de grands naïfs. Pourquoi s'intéresseraient aux êtres inférieurs? Il faut donc se consacrer au présent et faire les choses par soi-même ; voilà la morale du film. 
D'autres questions sont abordées en filagramme comme l'homosexualité car le film représente un amour gay et un personnage lesbien. Cela n'est pas appuyé mais revient à plusieurs reprises.

 

En définitive, Thor Love and Thunder est un film de comédie avant d'être un film d'aventure, car les gags plus ou moins réussis ont pour conséquence de désamorcer le tragique et de diminuer le côte épique. Pour les amateurs de Waititi plutôt qu'aux amateurs de Marvel. 


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dimanche 3 juillet 2022

Elvis

 

Synopsis :

Elvis, jeune garçon élevé dans la culture et la musique afro-américaine, bouleverse le monde de la musique en mêlant la country au rhythm and blues. Dans une Amérique divisée par la question raciale, le prodige du Rock'n'roll unit les Etats-Unis dans la musique...


Commentaire :

La mise en scène rock 'n' roll de Baz Luhrmann 

Baz Luhrmann cherche une mise en scène rock 'n' roll qu'il transcrit à l'écran à l'aide d'un montage très rythmé. Les effets visuels, notamment d'incrustation de texte sont pléthores. Les mouvements de camera (numériques ou réels) permettant les transitions sont également nombreux. Si on ne peut que reconnaître l'attention portée à la mise en scène, l'accumulation d'effets (mentionnons également les split-screens) nuit à la fluidité de l'histoire, du fait d'effets trop voyants et d'un rythme qui n'offre aucun temps faible (de repos). Néanmoins, la mise en scène correspond bien à la musique dépeinte et au personnage qu'elle souhaite présenté. Par ailleurs, certaines scènes semblent inventées pour correspondre à une certaine thématique, et donc réaliser de la mise en scène. Par exemple, lorsqu'Elvis est perdu dans sa vie, cela est transcrit par une scène dans un labyrinthe de miroirs. Ainsi un grand nombre de scènes parait présent dans un objectif thématique et de réalisation sans avoir de réalité historique. La musique est essentiellement composée d'un medley des meilleures musiques d'Elvis Presley selon la période narrée. Il est dommage à ce titre que les morceaux d'Elvis soient sous forme d'extraits, rarement en entier. La musique orchestrale d'Elliott Wheeler est à côté très discrète et n'a d'autre fonction que d'accompagner l'histoire.

Biopic très largement romancé 

Si ce biopic correspond dans les grandes lignes à la vie d'Elvis Presley (puisqu'un bon nombre de scènes sont thématiques et non historiques), les péripéties du chanteur semblent amplifiées pour coller à certains sujets. En effet, la cause noire, - la ségrégation et la discrimination - semble très appuyée comme si Elvis avait été un pond entre ces deux Amériques dans les années 60. Etait-il si politique, dans le sens proche de la culture afro-américaine ou le film choisit-il de faire correspondre la vie du chanteur à une thématique actuelle mais également plus prenante pour le scénario ? Plus largement, les moments de rébellion face au monde qui entoure Elvis, ou face à son manager Tom Parker, sont-ils si épiques à l'image des scènes du film ? Le film prend en tout cas un parti pris et l'interprétation magistrale d'Austin Butler et de Tom Hanks permet d'y croire. 


En définitive, Elvis est un film à la réalisation rock 'n' roll dont il faut être capable de suivre le rythme effréné. 


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mardi 14 juin 2022

Jurassic World : Le monde d'après

 


Synopsis :

Les dinosaures ne sont plus seulement dans le parc mais partout autour du globe : bienvenue à Jurassic World! Les expériences génétiques, pleines de promesses, ont toutefois crée un monde où l'avenir n'a jamais été aussi incertain...


Commentaire :

Le retour de Colin Trevorrow et du plan-plan

Si Bayona avait su redonner du souffle à la saga Jurassic World avec une mise en scène léchée, réfléchie et visuellement impressionnante, Colin Trevorrow vient replonger la saga dans ses premiers déboires avec une mise en scène purement fonctionnelle. Certes quelques plans sont symboliques mais d'une banalité confondante en comparaison de l'épisode précédent, à l'image du T-Rex passant sa tête dans un cercle pour reproduire le logo de la saga. Quelques idées restent intéressantes comme la pluie de sauterelles (référence aux dix plaies d'Egypte), visuellement aboutie mais quelque peu éloignée de ce que devrait proposer un Jurassic Park/World. Ainsi, aucun élément de la mise en scène n'est particulièrement innovant ou pertinent. L'action est plutôt bien filmée car fluide mais là encore, elle n'a pas forcément sa place dans un film qui est censé être un film d'aventure avant d'être un film d'action. A ce titre la course-poursuite dans l'île de Malte est visuellement réussie mais longue et inappropriée car elle ne sert ni le scénario ni les thématiques du film. Pourtant le premier Jurassic World mettait en garde contre la surenchère. En revanche, d'autres éléments liées aux effets spéciaux sont plus satisfaisants comme le retour massif aux animatroniques quand cela est possible et les décors en dur, ce qui a pour effet d'amener ou ramener de la pesanteur - de la crédibilité à cet univers.  
A la musique le talentueux Michael Giacchino suit la consigne d'accompagner un film d'action avec le classique recours aux violons rapides et répétitifs. Si la mission est remplie, on est loin de la belle partition de John Williams qu'il avait pourtant su reprendre avec habilité dans le premier Jurassic World. Non seulement les thèmes ne sont pas de retour (quelques notes seulement) mais aucun nouveau thème ne vient emporter l'histoire. Assez décevant de ce point de vue. 

Un scénario toujours bancal 

Si certains éléments critiquables tiennent à la crédibilité de l'histoire d'autres sont en lien à la structure globale du récit. Un film de science-fiction doit présenter des postulats solides, étant avant tout une extrapolation scientifique. Le premier problème réside dans le fait de donner vie au titre du film : Jurassic World. Ainsi les dinosaures ne sont plus isolés dans un parc mais bien présents sur l'ensemble de la Terre. Si le film est cohérent avec son titre, il n'est pas cohérent avec son postulat premier qui montrait des dinosaures confinés sans problème sur une petite île du Costa Rica pendant deux décennies. Bien qu'en partie sortis de l'île par les soins de l'Homme, les dinosaures se retrouvent présents en quelques années tout autour de la Terre et cela pour toutes les espèces! La vie trouve toujours un chemin certes, mais l'ellipse est trop facile. Passée cette révélation annoncée par une voix-off et quelques cartes dans les premières minutes, Jurassic World démarre. Le film commence mais traîne en longueur du fait qu'il aille chercher individuellement chaque protagoniste de l'ancienne et de la nouvelle trilogie. Les histoires ne se croisant que tardivement, le film peine à captiver alors que s'enchaînent les scènes d'action. Néanmoins, la partie concernant l'ancien casting est plus prenante du fait du retour de personnages attachants, à nouveau assez travaillés, alors que la nouvelle génération se perd dans les courses-poursuites. 

Des thématiques intéressantes pour un traitement bien veillant des animaux-dinosaures

Le point fort du film demeure ses thématiques, dans la tradition des Jurassic Park/World et plus largement des films de science-fiction. Si les dinosaures sont des dangers, le plus grand danger pour l'Homme et la planète reste l'Homme dans le film. Les dinosaures sont en fait une métaphore de nos animaux, à l'image des élevages de dinosaures exploités dans des fermes similaires à ce qui se fait pour les porcs et les vaches. Le marché noir des dinosaures confirme par la suite cette thèse de l'exploitation. Claire, dans ses méthodes, rappelle par ailleurs les militant.es de chez Peta ou L214. Jamais les dinosaures ne sont vraiment menaçants dans le film, en tout cas beaucoup moins que l'humanité elle-même. On sent même une certaine tendresse dans la réalisation puisqu'ils ne sont jamais montrés en train de mourir ou en situation de souffrance, à la manière dont les films grand-publics traitent les animaux aujourd'hui. La grande menace de l'humanité dans cet épisode est le fruit de recherches fait par une boîte pharmaceutique nommée Biosyn sur des sauterelles mangeuses de récoltes. L'humanité ou plus exactement le capitalisme est la cause de la perte pour l'Homme. Cette entreprise est gérée par une sorte de Tim Cook dont on ignore d'ailleurs s'il est aveuglé par les profits ou profondément méchant. Ses recherches semblent en effet lui avoir échappées mais cela constitue un avantage tout approprié pour les plantations OGM Biosyn épargnées par les sauterelles. Le film ne nous le dit pas. Acte volontaire ou involontaire, la science échappe en tout cas une fois encore des mains des humains, ce qui est dans la continuité des messages des Jurassic de Park/World. Le message aurait tenu sans le tout dernier acte, car c'est bien une dernière manipulation génétique qui sauve l'humanité... Ce retournement nuance l'avertissement sur la manipulation génétique en ne condamnant pas ainsi toute la cherche en la matière, ce qui est intéressant.
Sur un plan plus anecdotique, Colin Trevorrow a afin compris l'esprit du monde de Spielberg en proposant des dinosaures aux plus proches des connaissances scientifiques (duvet/plumes) à la place d'une réutilisation des modèles de 1993 voire de bestioles hybrides n'ayant jamais existé. Les dinosaures sont en effet assez intéressants en eux-mêmes et l'évolution de la recherche permet de présenter de nouveaux visuels réalistes innovants, ayant par ailleurs un certain intérêt de vulgarisation scientifique.  


En définitive, Colin Trevorrow nous livre son "Avengers" de la saga Jurassic Park/Jurassic World sans grand talent visuel ni histoire passionnante mais aux thématiques plutôt intéressantes. Loin toutefois des œuvres de Spielberg. 



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lundi 16 mai 2022

The Northman

 


Synopsis :

Amleth, fils du Roi Horvendil voit son père tué par son oncle et est obligé à l'exil. Il promet alors de revenir un jour venger son père et libérer sa mère... 


Commentaire : 

Film stylisé à outrance ?

Robert Eggers s'attaque à la fresque historique tout en souhaitant apporter une vision artistique très loin du réalisme. Sa vision est poétique, mais au sens de la poésie des sagas Vikings ; brutal et sans concession. Les combats présentés, sur un rythme lent (pour une fois au cinéma) et dans de longs plans séquences léchés sont visuellement intéressants. La photographie est l'atout principal du film. Il y a manifestement une patte graphique affirmée, teintée de la mise scène de l'horreur, genre sur lequel le réalisateur a fait ses premières armes. Ce film est un objet hybride par son visuel particulièrement stylisé (encore plus pendant les scènes d'hallucination) et sa volonté de produire un film historique sur les Vikings pour lequel de nombreux experts de la période ont été consultés. En effet, l'époque dans sa matérialité et ses superstitions semblent bien maîtrisée. Toutefois, c'est un défi particulièrement audacieux qui n'est malheureusement pas complètement satisfaisant dans son rendu final. En effet, le cadre réaliste se voit totalement anéanti par l'histoire d'une violence crue qui joue avec les clichés de cette société plus que d'en proposer une vision pertinente et nuancée. La mise en scène ultra-violente et horrifique ne rend donc pas grâce à ce peuple fantasmé. Elle renforce au contraire le fantasme jusqu'à le rendre émétique. Fort dommage! La musique de Carolan et de Gainsborough continue dans le cliché avec les tambours de guerre et les chants à voix graves, bien que l'utilisation de plusieurs instruments d'époque offrent un rendu intéressant. Le résultat technique de cette œuvre osée est un shot de virilité sans dérision et au premier degré. Une tragédie sérieuse, intéressante parfois lorsque ses origines théâtrales se signalent à l'écran. Certes, cette vision viriliste pourrait correspondre aux fantasmes des populations de l'époque Viking mais l'histoire manque de souffle et le personnage principal de nuance pour que cette proposition présente un intérêt de nos jours.

Adapter Hamlet ?

Robert Eggers offre un film intéressant dans sa volonté d'adapter la plus fameuse pièce de Shakespeare à l'époque Viking, car Shakespeare s'est probablement inspiré d'un évènement de l'époque Viking pour produire sa pièce au XVIIème siècle. Robert Eggers a, dans un sens, rendu ce fait à son époque, autrement dit a rendu à ce fait, sa primitivité originelle. Toutefois, plus que de recontextualiser cet évènement, Robert Eggers l'a restitué à son époque par le prisme fantasmé de notre époque sur le Xème siècle Viking. 

Le fatalisme antique 

Shakespeare, élève des auteurs antiques, et les Vikings croient au Destin. Le Destin ne peut être évité : c'est le fatalisme. Ainsi Amleth devra se venger. Cette nécessité guidée par les dieux est bien présente dans l'histoire. Le personnage, élevé par son père, croit dur comme fer à son destin. Le film semble, approchant le climax, prendre une voie plus pertinente en proposant une explication des raisons qui ont poussé l'oncle d'Amleth à agir. Il est alors possible, à cet embranchement du film, de dépasser le fatalisme et les valeurs d'époque. La masculinité toxique (ultra-violente à l'époque) est dénoncée, le film semble amorcer un propos critique. Toutefois, le héros n'ayant que faire de cette révélation ne semble pas appuyé cet axe du film. A la fin, il reste alors juste l'impression d'avoir vu une ode à la bestialité.


En définitive, The Northman est une proposition audacieuse de renvoyer la pièce d'Hamlet à ses origines Vikings. Visuellement intéressante, cette proposition fantasme trop son sujet pour en faire un film d'époque pertinent. 




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mercredi 11 mai 2022

Doctor Strange in the Multivers of Madness

 

Synopsis :

Steven Strange fait des rêves étranges, qui paraissent plus vrais que nature. Mais ces rêves sont-ils simplement une simple illusion du cerveau ou une fenêtre sur d'autres univers ?


Commentaire

Sam Raimi, le maître de l'horreur

Sam Raimi retourne aux superhéros après sa prestigieuse décennie 2000. Loin de se laisser cadenasser par Marvel, il impose sa patte en imbibant Marvel de son genre favori : l'horreur. Genre par excellence pour travailler la mise en scène grâce au travail sur le hors-champs et le ressenti du spectateur, le genre horrifique apporte un style bien particulier à cet épisode de Doctor Strange. Steven Strange et Wanda Maximoff deviennent alors les muses horrifiques de Sam Raimi. Par ailleurs, chaque plan revêt une idée de mise en scène et chaque transition est travaillée. Notons en particulier une caméra dynamique avec des plans débullées, qui peut très bien passer à travers les murs ou utiliser les reflets pour continuer la séquence. Certains éléments reflètent directement le cinéma de Raimi comme la scène de corniche dans New York lors du combat contre le premier monstre (la bête aux tentacules). Les scènes de combats - d'action sont particulièrement bien filmées avec enfin des plans en pied, plus larges laissant respirer l'image. La scène la plus réussie sera évidemment le combat "aux notes de musique", parfaitement en symbiose avec la bande musicale de Danny Eflman, le compositeur favori de Sam Raimi. Si Elfman n'apporte pas de thème particulièrement reconnaissable - retenable, il excelle à mettre en place une ambiance angoissante, à mettre en valeur les scènes grâce au mickeymousing ou tout simplement à donner au film une autre envergure grâce à une musique symphonique et orchestrale classique et classieuse. Le film est réussi car il s'agit d'un film de Sam Raimi avant d'être un film de la "série" Marvel.

Le scénario, petit point faible 

Si le scénario est convenu et tient la route, l'inévitable recours au multivers crée immanquablement quelques problèmes. Par exemple, Doctor Strange s'adressant à un double maléfique prend pour acquis qu'ils ont vécu un même évènement dramatique dans leur enfance. Premièrement, la séparation des lignes de réalité n'est-elle pas trop récente (série Loki) pour que 2 Strange si différents puissent exister ? Deuxièmement, s'il existe bien une infinité d'univers parallèles, comment Strange peut-il penser qu'un double a forcément vécu la même expérience que lui ? Il manque peut-être un chef d'orchestre général chez Marvel pour établir des règles communes aux productions sur ce fameux multivers. Le scénario fait alors ce qui l'arrange. Notons à côté des problèmes du multivers, quelques éléments également là encore peu subtiles. L'utilisation des générateurs de mémoire dans un monde du multivers par Strange et America Chavez est un procédé un peu facile pour amener des flashbacks qui arrangent le scénario. Toutefois, l'ensemble reste encore acceptable pour une production de ce type. 

La thématique : l'acceptation 

L'existence du multivers est pour Doctor Strange et Scarlet Witch la possibilité d'obtenir ce qu'ils souhaitent, car ce qu'ils cherchent (son ex-femme pour Strange et ses enfants pour Wanda) existe forcément quelque part. Le dénouement ne peut ainsi avoir lieu que dans le renoncement, car le multivers est la métaphore de l'éternel désir. Wanda doit accepter l'état de son existence et Strange accepter de ne pas tout contrôler. Au début du film, Strange est bloqué dans le passé, symbolisé judicieusement par une montre cassée... quand choisira t-il alors de dépasser sa frustration et de symboliquement faire réparer sa montre ? Il doit apprendre d'abord à lâcher prise. Le film utilise à ce propos, encore, quelques éléments scénaristiques un peu convenus - faciles comme le fait que Strange doive se résoudre à placer sa confiance dans une fillette dont le succès ou l'échec déterminera le destin de l'univers... de tout le multivers! Un homme si sage peut-il faire ce pari ? Ou est est-il plutôt un homme de foi qu'un homme sage ? Toutefois, la morale est entendable voire plutôt intéressante venant d'outre atlantique. Doctor Strange doit en effet apprendre à laisser faire et à accepter le monde tel qu'il est. Le self-made man américain est enfin opposée à une proposition bouddhiste (ou nietzschéenne - chacun choisira) qui parait plus raisonnable et surtout plus propice à la paix intérieure. Doctor Strange n'est-il pas avant tout un grand sage aux inspirations orientalistes ? 

En définitive, Doctor Strange in the Multivers of Madness est un excellent film de l'écurie Marvel parce qu'il est un film transpirant la patte de Sam Raimi. 




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samedi 23 avril 2022

Les Animaux Fantastiques : les secrets de Dumbledore

 


Synopsis : 

Grindelwald est pourchassé à travers le monde de la magie mais le grand attiseur de haine entre les moldus et le sorciers prépare son retour. De son côté, Dumbledore ne peut l'en empêcher, tenu par un pacte de sang avec son ancien amant. C'est alors que Robert Dragonneau rentre en jeu... 


Commentaire :

David Yates, toujours à la technique

L'équipe technique de la saga des Animaux Fantastiques ne change pas pour ce troisième épisode avec toujours David Yates à la tête. La réalisation est plutôt de qualité que cela soit les effets spéciaux ou les transitions, dépassant ainsi le simple objectif narratif (voir les transitions du passage du monde des sorciers au monde réel ou les scènes montrant l'utilisation des portoloins). Toutefois, la colorimétrie étant assez sombre dans certaines scènes (c'est d'ailleurs l'ambiance générale du film), certaines séquences d'action ne sont parfois pas toujours lisibles, cela étant accentué par un montage assez rapide. Les scènes bénéficiant de ralentis (que justifie la magie) sont en revanche beaucoup plus belles, d'autant plus si elles sont lumineuses. Le film est par ailleurs fortement soutenu par la musique de James Newton Howard qui reprend avec habilité les thèmes de la saga mais aussi ceux de la saga Harry Porter. Cela ne manque pas d'apporter un supplément d'âme et de nostalgie au film, qui du fait de son scénario, en a parfois bien besoin.

Le scénario sans ligne de force

Ce troisième épisode de la saga, fruit de l'écriture de J.K Rowling, étonne du fait que les enjeux n'impriment pas et que la mise en tension dramatique échoue à donner du relief à l'histoire. Ce problème réside dans le fait que ce film présente trois histoires dont aucune ne prend le pas sur l'autre, ou autrement dit, aucune n'assume de devenir le fil rouge dramatique. Il y a l'histoire de Dumbledore et Grindelwald, l'histoire de Norbert Dragonneau et l'histoire de Croyance et son ascendance. Les trois histoires s'effacent mutuellement dont certaines encore plus que d'autres comme celle de Croyance (pourtant préparée par le second épisode). Qui est finalement le personnage principal ? Dumbledore ? Quel projet l'unissait dans sa jeunesse à Grindelwald ? Le film ne le sait pas et ne désigne pas de personnage central. Le montage y fait peut être pour quelque chose mais le scénario ne fait que mettre en place des personnages à l'histoire linéaire, voire sans histoire. C'est le cas du petit groupe de Norbert dont tous semblent avoir une mission au début mais dont les trajectoires individuelles n'apportent rien au film. L'exemple le plus emblématique est de celui de Yusuf Kuma qui possède une mission qui dure presque tout le film mais dont l'utilité est nulle. Si la mission était coupée du film, elle ne changerait rien à l'histoire... comme la majorité des actions de la bande de Norbert. L'explication donnée est que cela sert à brouiller les pistes pour Grindewald mais cela est mal agencé au montage pour que l'ensemble de l'histoire soit intéressante à regarder. Autre exemple : le personnage de Santos devant qui le Qilin finit par se courber : aucune scène ne montre qu'elle a un cœur pur, si ce n'est l'interruption du sortilège du doloris sur Jacob. Cela prend 1 seconde montre en main dans le film... c'est bien mince comme preuve. Aucun personnage n'est finalement assez travaillé pour qu'une histoire puisse provoquer un attachement émotionnel. Ils sont même parfois atones, même Grindelwald qui laisse ses ennemis en vie et s'exprimer sans aucune raison logique (ou qui laisse Santos interrompt son doloris)... à part pour arranger le scénario. 

Les thématiques désamorcées [spoilers]

J.K Rowling a toujours à cœur d'ajouter et de dissimuler des thématiques politiques dans ses histoires. C'est également le cas dans cet épisode. Les sujets sont particulièrement intéressants : il s'agit de la question de la démocratie et de la liberté d'expression. A savoir si n'importe quelle idée doit pouvoir s'exprimer dans le champ démocratique, même les idées extrêmes. Censurer ces idées auraient-ils un effet contre-productif ? C'est en tout cas la question amenée par le président allemand de la confédération mondiale de la magie. Le peuple peut-il se prononcer sur les idées de Grindelwald et les rejeter ? Le président allemand semble faire le même pari que le président Hindenburg a fait pour Hitler. Cela ne serait pas illogique étant donné les parallèles que J.K Rowling aime faire avec l'Histoire. Malheureusement, J.K Rowling ne se prononce pas sur la démocratie car Grindelwald ne joue pas selon les règles. Le peuple est abusé puis découvre la supercherie. Toutefois, sans artifice, le peuple aurait-il quand même fait le bon choix ? Toute idée peut-elle être mise au débat. L'histoire ne nous le dira pas même si Dumbledore s'oppose tout de même à l'idée que les positions extrêmes puissent être soumises au vote du peuple. Après tout Hitler est bien arrivé au pouvoir par les urnes. Il reste regrettable que l'histoire désamorce cette thématique... comme finalement elle désamorce l'histoire de tous ses personnages...


En définitive, ce troisième épisode décevra certainement par son intrigue décousue et ses enjeux mal amenés. L'ambiance et les effets spéciaux pourront néanmoins consoler les amateurs de l'univers d'Harry Potter. 

lundi 7 mars 2022

The Batman

 


Synopsis :

Gotham City est gangréné par la pègre et la corruption. Batman incarne alors la vengeance dans une ville où la Justice n'est pas rendue. Toutefois, il est mis à l'épreuve par une série de meurtres impliquant un certain homme mystère...

Commentaire :

Une mise en scène classieuse de film noir

Matt Reeves, connu pour avoir brillamment terminé la saga de la Planète des Singes, s'attaque avec réussite au genre du Super-héros. Toutefois, le film s'inscrit avant tout dans le genre du film noir, avec son atmosphère très glauque, une tonalité visuelle très sombre avec un travail sur les ombres et une photographie léchée jouant sur les lumières artificielles de la ville de nuit. C'est en effet la photographie qui marque du fait du grand nombre de plans travaillés. Les plans sur Batman, particulièrement en pied sont souvent mémorables dans l'iconisation du super-héros, mais les plans sur la ville, personnage à part entière sont également marquants. La profondeur de champ dans la ville (notamment sur les plans de rue) avec des lignes qui s'étirent, sert à dépeindre Gotham City en ogre étouffant. On retrouve la ville américaine délabrée des années 80-90 qui écrase les honnêtes gens. Ce qui fait de ce Batman un bon film, même avant d'être un bon Batman est le sens donner à la mise en scène qui sert souvent à décrire la thématique de la scène. La mise en scène est ainsi loin d'être uniquement fonctionnelle, elle souligne le propos (voir le plan où Batman devient un symbole d'espoir en guidant les citoyens de Gotham). Le point faible du film peut se situer au niveau de son montage et du rythme, notamment dans la première partie du film. Toutefois, le scénario à tiroirs, point fort en revanche de ce thriller, finit par apporter un réel dynamisme. La musique est également de très bonne facture avec Michael Giacchino dans un style beaucoup moins orchestral qu'à l'habitude. Les violons stridents du film noir et du film d'horreur font beaucoup pour l'ambiance générale. Michael Giacchino arrive également à donner un thème mémorable (en 2 notes, comme the Dark Knight) à ce nouveau Batman. Il faut dire qu'il est répété abondamment. Giacchino utilise également le mickeymousing pour souligner l'action par la bande sonore. Un vrai travail a été ainsi réalisé autour de la bande musicale, qui a par ailleurs été écrite avant le tournage des scènes. En fin de film, Giacchino retrouve un style plus symphonique qu'on lui connait mieux. Le défi de la bande musicale est parfaitement relevé. 

Des thèmes traités et exploités ? [Spoilers]

Les films autour de Batman, chez DC, sont très riches en thématiques depuis plusieurs décennies. Les Batman chez Nolan proposaient une philosophie politique, le Batman Vs Superman de Snyder (la Snyder's cut) proposait une métaphysique alors que le dernier Joker de Phillips proposait une approche sociologique de Gotham. Malheureusement, le Batman de Reeves n'a pas la même puissance thématique bien que différents sujets des précédents Batman se retrouvent dans le film. L'approche social du Joker est limité du fait que la critique structuraliste des super-riches n'aillent pas complètement au bout, en épargnant ou en ménageant pour le moins Thomas Wayne, même s'il semble que le film ait failli prendre ce chemin. Par ailleurs, le questionnement autour de la légitimé de l'action de Batman reste amoindri au regard du film de Snyder du fait que le Batman de Reeves présente un jeune Batman qui lui même ne sait pas vraiment en vertu de quelle valeur il agit. Il pense agir au nom de la vengeance, ce qui est d'ailleurs l'appellation qu'il se donne lui-même. Le film traite plutôt intelligemment ce premier aspect du personnage qui finit par voir les limites de sa légitimité, lorsque des groupuscules d'extrême-droite reprennent cette appellation. L'antagoniste principal du film, leader de ces groupuscules pense d'ailleurs travailler avec Batman et le guide à travers la corruption dans la ville. Certes Batman se bat aux côtés des plus faibles mais il n'utilise pas les mêmes méthodes ni n'a le même objectif que ces individus radicaux. Lorsque Batman se rend compte qu'il peut servir de bannière à la folie, il choisit de changer de symbolique. Il choisit alors d'incarner l'espoir, ce qui est quelque peu regrettable puisqu'il s'agit d'une vieille valeur transcendante - religieuse, de plus associée à Superman. Elle n'est par ailleurs pas suivie d'effet en tant que simple croyance contrairement à la Vengeance et la Justice. Le choix de la Justice comme symbolique aurait été plus judicieux puisqu'elle aurait permis de corriger l'action de vengeance et expliquer que la mesure intrinsèque à la Justice permet d'éviter les dérives et les récupérations douteuses. C'est par ailleurs la Justice qui fait défaut à Gotham du fait de la corruption. Toutefois, ce Batman étant jeune, cette orientation sera peut être un sujet des prochains films. Si la symbolique est un peu décevante, la description presque sociologique des milieux d'extrême-droite est en revanche plutôt fouillée et pertinente notamment dans son rapport aux réseaux sociaux. Il est intéressant de noter que leurs revendications premières sont d'ailleurs entendables voire légitimes et que le capitalisme, qui plus est corrompu, offre le parfait terreau à l'émergence de tels groupes. 

En définitive, The Batman de Matt Reeves remet DC à l'honneur en proposant un film noir, sombre à souhait pour le héros de la nuit. Espérons que cette proposition de cinéma trouve un large public.  



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