Jack Sully et sa famille sont réfugiés dans la tribu de l'eau. Ils peinent à reprendre goût à la vie après la mort de leur fils aîné Neteyam. De plus, Quaritch sous sa forme d'avatar est toujours en vie, à la fois à recherche de Jack en tant que traître, et de Spider, son fils biologique, adopté par la famille Sully...
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Une mise en scène toujours à la pointe des effets spéciaux
James Cameron est celui qui à chaque sortie de film place la barre plus haut au niveau des effets spéciaux. Il ridiculise au passage tous les autres blockbusters par le réalisme de ses CGI. Le monde de Pandora est riche et foisonnant, toujours dynamique. Il s'agit d'un vrai écosystème comme le montrent chaque plan du film. Les plans d'ensemble ou demi-ensemble sont nombreux afin de montrer la profondeur de ce monde. La possibilité de s'immerger dans un monde crédible et complexe est encore une fois l'une des premières qualités de ce film, qui est techniquement irréprochable. La mise en scène est sinon assez classique dans sa construction avec un montage avant tout narratif et fonctionnel. Quelques plans référencés rajoutent un petit cachet à la mise en scène avec des clins d'œil à Apocalypse Now, 2001, l'Odyssée de l'Espace ou encore Titanic. C'est un film généreux en tout point. Cela peut également constituer son seul grief de mise en scène : les scènes d'action sont toujours impressionnantes mais nombreuses et d'une certaine longueur sur la fin, avec même un double climax qui comprend plusieurs retournements de situation. Pour autant, les moments les plus touchants se trouvent souvent en dehors des scènes d'action, qui constituent plus une gourmandise visuelle qu'un réel impératif de narration. A la composition, Simon Franglen joue habilement avec les thèmes reconnaissables de James Horner. Il apporte de jolies variations sans pour autant créer de nouveaux thèmes reconnaissables. Toutefois, les thématiques ayant peu varié sur cet épisode, il était difficile d'inventer de nouveaux thèmes, si ce n'est peut-être pour la nouvelle tribu. Cela mis de côté, la composition est encore une fois un point fort de l'œuvre, aidée en cela par des plans d'exposition ou de longues scènes d'action laissant de la place pour la bande musicale.
Des thématiques qui se suivent et... se nuancent [spoilers]
Les thématiques de la saga Avatar sont toujours intéressantes et pertinentes car elles sont des critiques légitimes et nécessaires du temps présent. La seule question qui se pose est celle de la redondance de celles-ci. La question du deuil avec la mort de Neteyam à la fin du deuxième film est, pour le coup, nouvelle et plutôt intéressante. Plusieurs attitudes sont décrites avec la réponse caractéristique et "masculine" du père Jack, qui s'occupe et ne laisse rien paraître. Ney'tiri, la mère, se replie sur les traditions et développe de la haine envers les humains. Enfin, Lo'ak, le frère, développe de la culpabilité et n'est aidé en rien par la fermeture d'esprit et l'absence d'intelligence émotionnelle de son père. A sa manière, chacun suit sa voie plus ou moins dangereuse mais c'est bien les liens au sein de la famille qui permettront de surmonter cette épreuve.
En revanche, il est vrai que d'autres thématiques reviennent comme la critique profonde de l'extractivisme liée au capitalisme qui est la thématique première, et qui transcende toute la saga. Le corollaire pour les humains est l'absence d'empathie pour le vivant et les autres cultures, complètement reléguées après la nécessité de profits. Le capitalisme est ici guerrier et s'appuie sur des mercenaires pour faciliter l'exploitation. Le militaire prend même le dessus sur le business au cours de l'intrigue, ce qui est inédit ici. Chez les humains, les seuls à sauver sont les scientifiques qui, eux font l'effort de s'intéresser à "l'autre". L'humanité est critiquée pour son absence de spiritualité. Elle est formée d'êtres purement techniques (les avatars), mécaniques (multiples robots) et rationnels (recherche du profit). Les Na'vis eux sont des êtres spirituels avec toutefois un vrai argument de leur côté dans le sens ou Eywa, la mère nature, existe dans l'intrigue. La raison tombe donc du côté des Na'vis. Cette thématique est complétée dans le film car Jack, qui se prétend toujours marine (militaire), doit faire le choix entre la raison et la rationalité concernant le cas de Spider. [Cela semble un peu forcé du point de vue du scénario car il était manifeste que Jack avait choisi son camp, pour autant avait-il aussi changé sa façon de penser ?] Soit il l'exécute et sauve potentiellement Pandora de la colonisation, soit il épargne son fils adoptif. Ce choix presque abrahamique fait par Jack montre que la fin ne justifie pas les moyens. En sauvant son fils adoptif, il devient véritablement Na'vis : il est raisonnable plutôt que rationnel. Cela permet également de compléter la thématique de la famille élargie et recomposée en insistant sur le fait que l'important est le temps consacré à l'autre (pour Spider et Kiri) et non le lien génétique, bien que cela ait de l'importance pour Quaritch (qui n'est pas la figure à suivre dans l'œuvre).
L'apport véritable au niveau des thématiques est l'arrivée d'une tribu Na'vi "hérétique". C'est une tribu athée et donc négative dans ce monde car Eywa existe. Elle apporte de la nuance à Pandora et atténue la version du "bon sauvage" manifeste dans l'œuvre. Toutefois, leur négativité dans l'intrigue est renforcée par leur porosité aux idées humaines. Cet apport s'inspire visiblement sur l'histoire humaine qui montre que les puissances impériales s'appuient souvent sur des minorités pour s'imposer dans une région. Cette nouveauté au récit est salutaire pour l'œuvre qui travaille souvent les mêmes thématiques.
En définitive, Avatar de Feu et de Cendres est une nouvelle fois un tour de force technique de James Cameron et permet une vraie immersion sur Pandora. Les ressorts narratifs ne diffèrent pas profondément des précédents épisodes mais les thématiques sont complétées et nuancées (la nouvelle tribu antagoniste).
Violette est devenue pupille de la nation à la suite des attentats de 2015. Elle est alors placée chez son oncle Régis, agent d'entretien au château de Versailles. Violette et Régis vont alors apprendre à se découvrir, eux qui ne partagent rien...
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Dans la tradition de l'animation française
Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H'Limi réalisent un petit film d'animation touchant et épuré. C'est le dessin, presque simpliste, qui donne au film un ton léger malgré la gravité du sujet évoqué. Le point de vue de Violette, rêveuse, apporte également une dimension onirique qui enveloppe le drame tout en préservant l'émotion liée à celui-ci. Il est vrai toutefois que les possibilités permises par l'animation sont tout juste effleurées, le film restant très terre à terre malgré quelques visions/rêves de Violette parfois représentés (l'œil égyptien la nuit, la rencontre avec le Roi Soleil). La mise en scène est finalement assez lisse, ce qui est également un moyen d'atténuer le poids du drame. A la musique, Albin de la Simone réalise une partition simple et efficace, avant tout dominée par le piano. Avec le dessin, cela contribue à ancrer cette réalisation dans la tradition française dans une sorte de minimalisme percutant mais à moyens limités.
Surmonter le deuil et plus
Comment retrouver une vie normale, du moins supportable ? Là est la question centrale du film. Le film traite du changement de vie dramatique de Violette, une petite fille de 8 ans environ, après la mort de ses deux parents. De plus, elle est envoyée chez son oncle, qui n'a rien d'une famille d'accueil, que cela soit dans son mode de vie ou ses conditions matérielles. C'est là le défi de Violette, surmonter la mort de ses parents tout en apprenant à découvrir un oncle qu'elle n'a pas vu depuis plusieurs années. Ce drame est également l'occasion pour Régis, l'oncle de Violette, de surmonter les blessures du passé et de reprendre contact avec sa famille. Il est aidé en cela par Violette qui guérit en même temps qu'elle aide son oncle. Là est le message du film, se reconstruire par l'amour. Surmonter son deuil, c'est accepter de commencer une nouvelle vie et de s'ouvrir à de nouvelles relations. Régis, derrière son air bourru, a un grand cœur fragile, dans lequel Violette a toute sa place. Ce drame s'est transformé en opportunité, c'était peut-être la seule façon d'avancer.
En définitive, La vie de château, mon enfance à Versailles est un film d'animation touchant aux dessins simples et épurés qui montre que tout drame, aussi tragique soit-il, peut être finalement surmonté.
L'ombre du génie de l'informatique Kevin Flynn plane toujours sur le domaine des hautes technologies. La firme Dillinger spécialiste de l'armement et la légendaire firme Encom spécialiste des jeux vidéos sont au coude-à-coude pour trouver la nouvelle révolution technologique : amener la Grille numérique dans le monde réel...
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Immersion dans la grille ?
Joachim Ronning a été choisi pour réaliser le troisième film de la saga Tron, mission hasardeuse tant les visuels des deux premiers films ont été révolutionnaires. Pour autant, la réalisation est fidèle à la saga du fait d'une photographie aboutie et de visuels impressionnants, que cela soit dans la Grille ou le monde réel. Dans la Grille, la caméra ne souffre d'aucune limite et circule à travers des décors impressionnants grâce à des travelings numériques. D'ailleurs, les trois Grilles du film ont des univers propres et sont facilement identifiables du fait de leur code couleur (mais pas uniquement). Le grand intérêt du film est toutefois qu'il propose, contrairement aux deux premiers épisodes, la majorité des scènes d'action dans le monde réel, tout en gardant un certain sensationnalisme grâce à l'incarnation des I.A et de leurs machines dans notre monde. Les fameuses course-poursuites en moto sont tout aussi impressionnantes dans le monde physique, avec en plus la gravité liée à leur déroulement dans un monde peuplé d'humains. A ce titre, la mise en scène dans le monde réel, n'a rien à envier à la mise en scène dans la grille. La performance du personnage de Jared Leto fait beaucoup pour mêler et fusionner les deux mondes, en tant qu'I.A en voie de conscientisation. Néanmoins, l'écueil de cet opus est qu'il ne propose pas de visuel révolutionnaire contrairement aux films précédents qui détonnaient à leur époque. La mise en scène est très convenue dans un monde cinématographique plein de CGI. De plus, le scénario, bien qu'original pour la saga (puisque cette fois-ci c'est bien le numérique qui entre dans notre monde et non l'inverse) est en fait assez convenu pour un film de SF. La bande musicale, du groupe Nine Inch Nails est plutôt réussie et un élément fort du film mais ne se hisse pas au niveau de la B.O de Daft Punk pour le dernier opus. Toutefois, le voyage visuel et sonore reste le principal atout du film.
Les thématiques : raison et rationalité [Spoilers]
En tant que film de SF, quelques thématiques importantes sont mises en avant. Notons rapidement, l'évolution futuriste de l'imprimante 3D ou les sessions de thérapies menées par une I.A. Toutefois, c'est la spécificité de l'humain par rapport à l'I.A qui est le centre de l'œuvre. Elle se caractérise par une rationalité incomplète bousculée par des sensations et des émotions liées à la condition d'être vivant. Pour autant, le film est plus nuancé qu'il n'y paraît car si Kim est l'incarnation de l'humaine entière (intelligente, mais sensible et marquée par ses traumatismes) et Athéna du programme obéissant quoi qu'il en coûte, d'autres personnages sont dans une zone grise. Il y a bien entendu Arès qui s'humanise au fur et à mesure qu'il en apprend plus sur les humains (Kim en particulier) et qu'il découvre les sensations dans le monde physique. Sa volonté est de s'incarner pleinement dans le monde réel et d'embrasser la finitude qui est la caractéristique première d'un être vivant. Paradoxalement, s'incarner définitivement dans le monde réel implique la possibilité de mourir alors même que le monde numérique offre une vie possiblement infinie. Toutefois, la finitude vaut le coup d'être vécue car elle vient avec le libre-arbitre qui a tout son sens avec une existence limitée dans le temps. A l'inverse, le personnage Julian Dillinger agit presque comme un programme avec un unique objectif ; gagner le plus d'argent possible. Pour atteindre cet objectif, tous les moyens sont possibles. C'est la définition de la rationalité et non de la Raison, limitée par l'Ethique. Il agit ainsi comme une I.A et finit ironiquement dans le monde numérique. La frontière entre humain et I.A est d'autant plus fine qu'il semble qu'avec du temps, toutes les I.A du film aient la possibilité de prendre conscience d'elles-mêmes et de donc de questionner leurs ordres, après avoir passé assez de temps dans le monde réel. La réflexion est néanmoins un peu légère sur la conscientisation des I.A et le film un peu trop explicatif pour ne pas dire sur-explicatif (Arès expliquant une nouvelle fois l'impermanence de Kévin Flynn à Kim comme si le premier dialogue entre Arès et Flynn ne suffisait pas). La fin de l'histoire se conclut par un message technophile, une nouvelle fois un peu simpliste car assez vite expédié alors qu'une ville vient d'être partiellement détruite du fait des nouvelles technologies.
En définitive, Tron : Arès tient ses promesses visuelles et sonores. Il arrive en partie à se renouveler dans les thématiques abordées et son intrigue. Toutefois, l'aspect révolutionnaire des anciens opus en est absent et le scénario bien qu'original est plutôt léger.
Perfidia et Bob sont membres d'un groupe révolutionnaire qui combat les politiques autoritaires et liberticides mises en place aux Etats-Unis. La vie révolutionnaire est un engagement complet qui ne va pas sans risque, d'autant plus si un bébé entre dans l'équation...
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La recherche d'une réalisation maîtrisée
Paul Thomas Anderson utilise toute la puissance symbolique de la mise en scène, aidé en cela par un budget digne d'un blockbuster. En effet, le film, malgré l'ampleur narrée, ne semble pas souffrir de contraintes. Ainsi, Paul Thomas Anderson s'autorise le grain de la VistaVision, une caméra pellicule onéreuse, pour retrouver le cachet des films d'antan. Il s'appuie également sur une photographie sublime, avec une recherche à chaque plan. Les scènes de nuit et de profil sont probablement, à ce titre, les plus mémorables, sans oublier les plans de grand ensemble des vastes espaces américains. Plusieurs scènes restent en mémoire de par leur maîtrise et leur composition à l'instar de la première scène d'assaut des révolutionnaires ou de l'assaut des policiers/militaires du magasin latino. La scène de confrontation entre Willa et Lockjaw est parfaite dans sa progression en commençant par un plan marquant de demi ensemble dans l'église. S'il ne devait rester qu'une scène, ce serait la scène finale de course-poursuite avec une caméra donnant la vision de l'avant de la voiture, à hauteur de la plaque d'immatriculation. En plus d'être originale et apportant une sensation de vitesse sur les routes vallonnées, cette caméra sert pleinement au dénouement de la scène. Un vrai tour de force.
A la musique, Jonny Greenwood apporte beaucoup à la mise en tension des scènes. Toutefois sa partition jazzy dissonante, appropriée pour certaines scènes, en devient presque désagréable après plusieurs utilisations. Si le sens des scènes justifie parfois une musique crispante, son abus nuit au ressenti procuré par les scènes.
Un casting pleinement investi
Si le cachet des acteurs explique en partie le budget démesuré du film, ils sont tous, ici, à l'origine d'une performance irréprochable. DiCaprio et Del Toro sont comme à leur habitude très justes dans des rôles presque opposés (la peur et la sérénité). Quant à Sean Penn, l'acteur doublement oscarisé crève l'écran par sa transformation physique et son interprétation intense d'un fasciste ambigu et dérangé. La révélation du film reste toutefois Chase Infinity de par le panel et la puissance de son jeu. La performance des acteurs s'associe ici au sans faute de la mise en scène.
Les thématiques : politiquement fort, peut-être trop ? [spoilers]
Le film est thématique au premier chef puisque la politique est le centre de l'intrigue. Le film voit s'opposer un groupe révolutionnaire d'extrême gauche à un Etat démocratique mais en voie d'illibéralisation, de plus en plus autoritaire, gangréné par des groupes fascistes voire nazis au sommet de la société. Là où le film est intéressant est que la figure de la révolution Perfidia est loin d'être irréprochable et à un goût pour la domination (alors que sa mission est de combattre la relation de domination) et que le colonel Lockjaw, sorte de proto-fasciste du groupe dominant aime être dominé. Cela apporte de la nuance et de la complexité à l'ensemble. Le film épouse toutefois, et bien entendu, d'abord le point de vue des révolutionnaires. Toutefois, le film dénonce avant tout les individus en haut de la société, le groupe des ultra-riches, manifestement nazi dans leurs discours, composés d'individus bien pires et plus radicalisés que le fascite Lockjaw. Cela pourrait presque s'apparenter à une caricature si l'Amérique trumpiste ne s'était pas imposé récemment, ainsi que les groupes d'ultra-droite dans les sociétés occidentales. Le message du film est clair et aurait été assez subtil s'il n'avait pas été sur-appuyé à la fin avec la scène du gazage et de la crémation. Le message en devient presque grossier dans la forme bien que restant pertinent sur le fond. Quelques autres thématiques secondaires sont également présentes comme la filiation, décrite au départ comme génétique ("grande lignée de révolutionnaires") avant de prendre une tournure bien plus pertinente puisque Willa fait le choix de la Révolution malgré la révélation sur ses origines. Le film est touchant car il est tout autant un film sur la famille que sur la révolution.
En définitive, Une bataille après l'autre est l'œuvre la plus aboutie de P.T Anderson de par sa mise en scène léchée et la performance de son casting. Le film vise thématiquement très juste, d'autant plus dans le contexte actuel. Dommage que la subtilité se perde à la toute fin.
Le couple Warren pensait avoir laissé les enquêtes paranormales derrière eux. Toutefois, l'histoire de la famille Smurl est directement liée à leur fille Judith. Ils se doivent d'intervenir... une dernière fois.
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Michael Chaves, en retenue
Déjà coutumier de l'univers Conjuring, Michael Chaves revient sur la saga, cette fois-ci pour conclure les dossiers Warren. La qualité de ce film d'épouvante et de la saga Conjuring est l'attention portée à ce genre, bien souvent expédié. Ce film a la qualité de la lenteur. Il pose rigoureusement la structure de son histoire et n'a pas peur de s'attarder sur ses personnages. Bien souvent, les films du genre sacrifient la majorité des protagonistes, ce qui peut expliquer cette récurrence. La saga Conjuring aime ses personnages et les laisse se déployer dans la narration afin que tout enjeu n'en soit que plus marquant. La photographie très sombre et la lumière naturelle (extérieure ou avec des lampes diégétiques) donnent un côté grave et réaliste. Le travail sur l'horreur est satisfaisant en jouant sur l'horreur hors-champ ou alors dans le champ mais peu visible. Quelques jump scares sont à signaler ; peut-être sont-ils un peu trop récurrents pour une saga sachant éviter les facilités du genre. Les effets spéciaux sont le plus souvent en effets réels (sans CGI), ce qui donne de l'épaisseur et du réalisme à l'œuvre. Toutefois, la sobriété de la réalisation l'empêche d'atteindre la virtuosité de la mise en scène de James Wan. Même si la fin du film permet de voir une caméra plus libre et des mouvements plus amples, les premiers épisodes de Wan restent au-dessus en termes de réalisation. La bande musicale horrifique de Benjamin Wallfisch remplit son office et apporte beaucoup à l'ambiance horrifique, associée à un mixage sonore sans fausse note.
Un build-up narratif un poil décevant [spoilers]
Le film a la qualité de prendre son temps et de créer une tension qui va crescendo. Le final promet d'être du jamais vu. Le film nous annonce même que cette enquête sera la dernière des Warren, ce qui laisse présager un final funeste. Parallèlement, l'intrigue met en avant les problèmes cardiaques d'Ed et l'impossibilité pour lui de reprendre les enquêtes. Le final est alors presque décevant de ce point de vue car les éléments narratifs placés plus tôt ne prennent pas une place importante dans la résolution de l'intrigue. Le film reste finalement très sobre dans son climax alors qu'il devait s'agir du plus grand climax de la saga. Cette retenue, qui est le point fort du film pendant 90% de l'intrigue, est également son défaut à la fin.
Thématique : le sens du devoir et la nécessité de faire face
Conjuring : le jugement final n'est pas, premièrement, un film à message. Il s'agit d'un film à émotions et à intrigue, ce qui est déjà un élément satisfaisant pour le genre. Ici le scénario a plus de poids que le message. Le message, s'il devait exister, serait le sens du devoir. En effet, les Warren, après tant de temps passé au service des autres, ont pris leur retraite. Tout le film consiste à les faire changer d'avis. Toutefois, c'est avant tout pour leur fille qu'ils finissent par reprendre du service mais leur fille leur rappelle le sens de leur action, au service des gens dans le besoin. Ainsi, les bonnes personnes sont celles qui sont prêtes à se mettre en danger pour faire le bien, là est le vrai courage. Dans un second temps, l'intrigue souligne la nécessité d'affronter ses peurs sans quoi elles finissent toujours par gagner. De manière intéressante, affronter ses peurs signifie dans le film affronter le miroir, affronter son reflet. Ainsi, se libérer de ses peurs est avant tout un acte de courage contre soi, ou autrement dit un dépassement de soi. Toutefois, pour affronter ses démons intérieurs, le film souligne la nécessité de s'ouvrir (comme Judith qui, au départ, ne se confie pas) et de se faire accompagner. Le miroir est toujours un objet métaphorique intéressant pour un film. Conjuring a eu le goût de l'utiliser.
En définitive, Conjuring : le jugement final est, conformément à la saga, un très bon film d'épouvante et un bon film en général. Si le build-up conduit à une résolution un poil décevante, le film n'en reste pas moins de très bonne facture de part ses personnages travaillés.
Li déménage avec sa mère à New York pour commencer une nouvelle vie. Li promet de mettre de côté les arts martiaux et de se consacrer à ses études...
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Une réalisation dynamique
Johnathan Entwistle s'attaque à la saga Karaté Kid avec pour objectif d'amener de nouveaux personnages tout en ramenant les légendes de la saga jouées par Jacky Chan et Ralph Macchio. Cette donnée en fait un film dual puisque le film a finalement une partie centrée sur les nouveaux personnages et une seconde partie avec Li (le héros) et les personnages "légendaires". La mise en scène est également différente sur les deux parties puisque la première est dotée d'une mise en scène laissant du temps aux relations entre personnages. Il était nécessaire de les introduire et du temps leur est justement consacré. Quant à la seconde, elle paraît presque expédiée (avec des cuts très fréquents) tout en délaissant les éléments scénaristiques introduits en première partie. C'est d'autant plus dommage du fait que la première partie, bien que banale dans les enjeux, arrive à créer une vraie tension dramatique. Les combats sont plutôt bien chorégraphiés même si le montage ne laisse pas voir tout le travail sur les enchaînements en faisant le choix du dynamisme artificiel du montage alors que les chorégraphies se suffisent à elles-mêmes. Certaines scènes sont toutefois très bien réalisées à l'image de la scène de combat dans les ruelles. Les affrontements officiels, eux, manquent de souffle : trop courts et trop fragmentés, ils peinent à captiver, malgré quelques trouvailles de mise en scène, comme l’intégration d’effets visuels inspirés des jeux vidéo pour compter les points. A la musique, Dominic Lewis fait un travail honorable mais ce sont plutôt les chansons de variétés (lors des scènes d'entrainement) qui prennent le dessus. La composition originale est donc moins marquante que pour le Karate Kid de 2010 qui bénéficiait de la bande musicale marquante de James Horner.
Le dépassement plus que la morale
Le scénario et la morale sont assez classiques pour la saga puisque le fond de l'affaire est une question de racisme et d'injustice : le miroir des thématiques du film de 2010 mais inversé puisque cette fois-ci, il s'agit de racisme envers un asiatique. Encore une fois, le film fera triompher celui qui pratique les arts martiaux comme un art (après un sérieux entraînement auprès d'un maître) et non comme un moyen de domination. Autrement dit, il faut comprendre la pensée chinoise ou japonaise et la morale inhérente aux arts martiaux pour pouvoir les maîtriser pleinement. Un beau message de cinéma, à transmettre, qui malheureusement ne correspond pas à la réalité. Toutefois, un film peut aussi avoir comme fonction de montrer ce qui est juste. Le scénario n'est toutefois pas forcément satisfaisant sur cette question puisque la mère de Li, qui s'oppose à toute violence, se fait finalement forcer la main pour accepter que Li reprenne les combats. Et si elle est mise sur le fait accompli, il n'y a pas véritablement de justification morale. La mère de Li comprend que Li a besoin de gagner la compétition pour dépasser son deuil et aller de l'avant mais il n'y a pas de réponse sur la violence. On aurait pu attendre une réflexion plus claire sur la nécessité, parfois, de savoir répondre ou résister à la force. Malheureusement, le film est un peu léger au niveau de son message, à l'image de sa dernière partie.
En définitive, Karate Kid Legends est un film d'arts martiaux plutôt prometteur dans sa première partie mais assez expédié en seconde partie. Le retour des légendes de la saga fait tout de même son effet ainsi que certains combats.
Le monde a découvert Superman, un méta-humain de la planète Krypton ayant trouvé refuge sur Terre. Bien qu’il œuvre pour le bien, sa puissance hors norme et son origine extraterrestre suscitent méfiance et inquiétude...
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Une qualité James Gunn
DC a confié le reboot de son univers à James Gunn, le transfuge de chez Marvel. Le réalisateur des Gardiens de la Galaxie impose immédiatement sa marque de fabrique : visuels saturés, gags rythmés, anti-iconisme assumé, et usage appuyé de musiques populaires. Plus qu’une simple évolution de ton, Superman opère une refonte esthétique et narrative complète de l’univers DC. Cela reste pour autant un bon film de super-héros. L'ensemble est assez rythmé et les scènes d'action très nombreuses. Si elles sont toutefois extrêmement soignées (certaines offrent même des plans-séquences), le reste du film est également très travaillé, des dialogues jusqu'aux transitions. Si quelques effets spéciaux passent moins bien, l'ensemble est tout de même généreux. Par ailleurs, James Gunn sait se moquer de son personnage et le mettre dans des situations peu coutumières pour Superman. Il est tout de même iconisé à la fin mais sur quelques plans uniquement (ce qui est pourtant essentiel pour ce personnage). En effet, s'il est coutumier de ridiculiser Clark Kent, cela est beaucoup plus rare pour Superman. Quoiqu'il en soit, la mise en scène apporte un ton beaucoup plus léger au nouveau Superman. Le résultat évoque la grande époque du Marvel Cinematic Universe, mais que reste-t-il de la spécificité DC ? A la musique, John Murphy réussit à mettre en place une bande musicale héroïque, bien aidée par les thèmes de John Williams. Les thèmes originaux sont pour autant de qualité et les différents mickeymousings en font une vraie bande musicale de cinéma.
Des thématiques multiples : de l'étranger à la parentalité
Chez James Gunn les thématiques sont toujours multiples, variées et surtout justes. La question est parfois de savoir, s'il n'y en a pas trop. Certaines thématiques sont centrales au film, d'autres plus secondaires. La première thématique est celle de l'étranger. En effet, Superman est un alien, mot qui a deux sens en anglais : extraterrestre mais surtout étranger. Et si la question des méta-humains et de leurs pouvoirs incontrôlables est posée dans le film, elle est en fait secondaire. La question des méta-humains pose une vraie question aux sociétés démocratiques car ces individus entreprennent des actions qui ne découlent pas de la volonté générale ou plus classiquement des Etats. Ils remettent ainsi en cause la souveraineté des Etats. Toutefois, aucune réponse n'est apportée à cette question légitime car elle devient secondaire, bien que le choix "d'humaniser" Superman devrait poser la question de sa soumission aux lois.
Quoiqu'il en soit, seul Superman cristallise les inquiétudes : non pas à cause de ses pouvoirs, mais parce qu’il n’est pas de ce monde. Sa toute-puissance ne devient inquiétante que parce qu’elle est perçue comme étrangère. Superman incarne métaphoriquement l'étranger. Le milliardaire Lex Luthor attise la haine envers lui en mêlant vraies révélations et fake news (Superman est là pour envahir l'Amérique, la soumettre ainsi que pour se reproduire avec les Américaines). Lex Luthor est ici un homme frustré car faible face à Superman, déversant sa haine via sa ferme à trolls sur les femmes (copine et ex-petites amies) et les étrangers, il utilise par ailleurs une milice privée et s'allie aux dictateurs d'inspiration russo-soviétique en soutenant leurs ambitions impérialistes. Bref, l'antagoniste est un réactionnaire complet, autrement dit un fasciste. Tous ces éléments font ainsi fortement écho à notre monde. Néanmoins pour faire de Superman le symbole du migrant, James Gunn a dû rendre ce super-homme particulièrement humain. James Gunn aime les héros-losers qui doivent se dépasser pour triompher. Or son matériau de base était le Super-homme par définition qui subit là une sacrée désacralisation autant dans la mise en scène que par l'histoire. Cette rupture totale de ton laissera certains fans sur le côté. Toutefois, pour en faire un vrai américain comme les autres, il ne s'agissait pas simplement de le faire naître aux Etats-Unis, il devait "galérer" comme le commun des mortels. A cette condition, il devient le vrai américain essayant de faire du mieux qu'il peut jour après jour. Mission réussie au prix d'une icône écornée voire ridiculisée.
D'autres thématiques sont également présentes. La deuxième est celle de la parentalité déjà abordée par James Gunn dans son deuxième Gardiens de la Galaxie. Ici Superman est tiraillé entre ses parents biologiques et sa famille d'adoption. Mais quand il découvre que ses parents sont des suprémacistes kryptoniens, il fait le choix de sa famille adoptive. En effet, cette dernière a tout fait pour que Clark ait les outils intellectuels qui lui permettent de devenir l'homme qu'il veut être. Pour Jonathan Kent, être parent, c’est offrir à son enfant la possibilité de devenir ce qu’il choisit d’être, afin qu'il puisse se défaire de leur déterminisme.
Une autre thématique chère à James Gunn, déjà présente dans son dernier Gardiens de la Galaxie, est celle de la question animale. Sans jamais en faire un sujet explicite, il en tisse discrètement le fil, à travers le personnage de Krypto, chien loyal, héroïque et attendrissant. Le temps d'écran et les réactions du chien montrent une tendresse indéniable pour l'animal. A contrario, le méchant (Luthor) se caractérise par sa cruauté envers les animaux. Les expériences animales (comme dans son dernier Gardiens de la Galaxie) sont montrées et dénoncées à travers les expériences sur Krypto et des singes esclaves. Superman lui, sauve tous les humains mais également les animaux et, même s'il le peut, les monstres extraterrestres. Autrement dit Superman est bon car il a un grand cœur pour les Hommes et les animaux. Cela semble être un critère essentiel pour James Gunn.
En définitive, James Gunn opère une refonte complète de l'univers DC, à travers un Superman qui revient à ses origines : un homme d'origine étrangère au grand cœur. Le personnage mythique est désacralisé pour en faire un autre modèle, pas moins porteur d'espoir.
Amélie est une petite fille de 2 ans et demi grandissant au Japon. Le film se met à sa hauteur pour raconter le monde qui l'entoure.
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Une réalisation onirique
Mailys Vallade et Liane-Cho Han proposent un magnifique film à hauteur d'enfant qui oscille entre réalisme et vision onirique. Le film d'animation laisse une grande liberté d'action, et cela est pleinement exploitée à l'écran. Le visuel est ainsi toujours riche dans le plan et fluide par les transitions proposées. Le style laisse apparaître une influence de l'animation japonaise, ce qui a tout son sens pour l'histoire narrée. Par ailleurs, le fait de raconter l'histoire à travers le regard et les souvenirs d'Amélie permet de passer outre le réalisme et de laisser cours à la création. Les couleurs chaudes et vives donnent de la vie à un environnement découvert par une petite fille. Des métaphores visuelles sont présentes dans le film, cela donnant à l'œuvre une vraie originalité et souligne son aspect créatif. A la musique, la compositrice Mari Fukuhara réalise un magnifique travail avec des thèmes forts et prenants, qui font bien plus qu'accompagner le visuel. L'ensemble est un tour de force technique et créatif.
Les thématiques : la subjectivité d'un enfant
S'il est question de métaphysique ici, il s'agit de la métaphysique à hauteur d'enfant. D'ailleurs, peut-être faudrait-il parler ici de cosmogonie car pour une petite fille de 2 ans et demi, il est impossible de penser le début de toute chose avant sa propre naissance. Elle ne peut qu’envisager l’univers à partir de sa propre expérience, se plaçant, sans le vouloir, au centre de tout. A ce titre, elle est effectivement Dieu comme il est fait mention dans le film. Loin d'être une vision égocentrée, il s'agit tout simplement du seul point de vue possible. Et parce qu'il s'agit du point de vue d'un enfant, l'histoire est intéressante car le monde est dévoilé à travers un filtre déformant. Amélie, tout petit enfant, ne peut être qu'attachante, encore plus dans son rapport aux autres, notamment dans sa relation avec sa grand-mère et encore plus avec Nishio-san. Cette relation est le centre du récit et la plus touchante car Nishio-san devient en quelque sorte la nounou d'Amélie.
Le film est dédié à cette lointaine nounou et vise à faire perdurer ce souvenir. En effet, les souvenirs sont ce qui donne un sens à notre vie encore plus lorsqu'on parvient à s'en fabriquer de beaux. C'est en tout cas la leçon du film. Cette rencontre avec Nishio-san est un tournant fondateur pour Amélie. Le spectateur comprend aussi qu'il est question de la rencontre de deux cultures aux passés douloureux mais cela, la petite Amélie ne peut le comprendre. Elle peut toutefois demander "pourquoi" sans pour autant saisir le fond de la réponse des adultes. C'est donc bien aux adultes de se mettre à la hauteur d'Amélie pour pouvoir l'accompagner dans son développement. Le propos n'est en ce sens pas complexe mais d'une rare justesse et incroyablement touchant.
En définitive, Amélie et la métaphysique des tubes est un film d'animation visuellement très riche et inventif. Le monde à travers les yeux d'un enfant offre plein d'opportunités créatives. L'histoire est quant à elle particulièrement touchante.
Lucy est une entremetteuse professionnelle. Particulièrement douée dans son travail, une question demeure. Qui conviendrait à la Reine du matchmaking ?
Commentaire :
Celine Song au petit soin
Conformément au genre des comédies dramatiques, la mise en scène de Celine Song est sobre. Toutefois, cela ne signifie pas que la réalisation est paresseuse. En plus d'être fonctionnelle, quelques petites intentions rendent l'ensemble très élégant. Il y a d'une part un petit montage parallèle avec la préhistoire pour signifier l'intemporalité du sentiment amoureux. Cela paraît presque superflu au récit mais montre tout de même une volonté de réaliser un film de cinéma. D'autre part, plusieurs regards caméra viennent interpeller le spectateur pendant les rendez-vous professionnels de Lucy, ce qui montre que les dialogues sont plus que de simples champs - contre-champs. La mise en scène, centrée autour des protagonistes, parvient parfaitement à inclure ou séparer les personnages selon le propos narré. Seul regret, le triangle amoureux manque peut-être d'interactions à trois, le film privilégiant les scènes à deux. La tension dramatique est alors plus faible que ce à quoi on pourrait s'attendre. Concernant les décors et costumes, ils sont de grande qualité et permettent l'immersion dans le New York bourgeois. Rien n'est révolutionnaire mais la technique est dans l'ensemble de qualité. A la musique, Daniel Pemberton réalise un discret travail d'accompagnement.
Les thématiques : l'amour plus fort que le matérialisme ? [Spoilers]
Le titre renseigne sur la thématique, mais précisons qu'il s'agit bien ici du matérialisme au sens de l'attachement à un bien dans le système capitaliste et non du matérialisme philosophique qui est l'inverse de l'idéalisme. Le personnage de Lucy est le symbole du système capitaliste qui donne de la valeur aux individus en fonction d'un certain nombre de critères. Trouver l'âme-sœur est donc une question mathématique, le plus simple étant de favoriser l'endogamie pour limiter le nombre de variables problématiques. La question est toutefois avant tout financière puisque l'argent permet de changer certains caractères physiques (cheveux et taille pour les hommes, visage, seins et IMC pour les femmes) et donc permet de gagner de la valeur sur le marché des célibataires. Là où le film est intéressant est qu'il montre que chaque genre demande des critères presque impossibles à satisfaire (dans son ensemble). La critique du capitalisme va avec une critique du patriarcat (les deux étant néanmoins liés) puisque les hommes recherchent des femmes beaucoup plus jeunes qu'eux (question de fertilité mais aussi de "péremption" de la beauté de la femme, les hommes perdant moins de valeur que la femme avec l'âge). Il s'agit donc d'une description assez crue mais juste de la réalité.
Harry (Pedro Pascal) a tout de l'homme parfait selon ces critères, il apporte le confort matériel. John (Chris Evans) est à l'inverse, il est le loser et ne vaut rien dans ce monde. On ajoutera tout de même qu'en tant que blanc et bel homme, il part avec des avantages indéniables que le film ne souligne pas. Evidemment et de manière très convenue, Lucy se rend compte qu'elle sera plus heureuse avec l'homme qu'elle aime, John, cette dernière privilégiant l'amour à l'argent. L'ensemble est toutefois très idéaliste et simpliste puisque Harry paraissait être un homme très bien et gentil avec de l'esprit (au-delà de sa richesse) alors que John paraît parfois presque instable et son amour presque obsessionnel et donc malsain. Pourtant Lucy fait le choix de John car l'amour, valeur et sentiment indépassable doit triompher.... Ce revirement s’inscrit dans une logique très idéaliste, presque naïve : Harry est pourtant présenté comme un homme bien, sincère et généreux, tandis que John frôle parfois l’instabilité émotionnelle, son attachement confinant à l’obsession.
Le film assume ce romantisme jusqu’au bout : Lucy est prête à tout quitter, y compris son emploi, pour vivre modestement avec John. Ce choix, bien qu’émouvant, semble déconnecté des réalités sociales : un minimum de stabilité matérielle étant essentiel au bonheur. D’autant plus que le film prétend inscrire l’amour dans une universalité anthropologique, remontant jusqu’aux premiers hommes. Or, imaginer que les femmes des premières tribus vivaient un amour libre et égalitaire relève du fantasme : la réalité des sociétés primitives était souvent autrement brutale. Le mythe rousseauiste a vécu. Le film verse ainsi dans un idéalisme un peu bourgeois et une vision manichéenne : le capitalisme et ses dérives d’un côté, l’amour pur et éternel de l’autre.
En définitive, Celine Song s'appuie sur un casting 5 étoiles pour délivrer une histoire très convenue. Plus que le propos, ce sont Dakota Johnson, Chris Evans et Pedro Pascal qui tirent le film vers le haut. Ironie du sort : ce sont les stars, donc le capital symbolique du film, qui deviennent son principal argument — une réalité bel et bien... matérialiste.
La tendance des dinosaures est passée. Pourtant, ils cachent en eux encore bien des secrets. Une entreprise pharmaceutique est d'ailleurs intéressée par les performances cardiaques des plus gros dinosaures qui pourraient être la clef pour soigner les maladies cardiaques de personnes âgées. Une mission est alors montée pour récupérer des échantillons génétiques...
Commentaire :
Gareth Edwards toujours lié au gigantisme
Gareth Edwards est arrivé tardivement sur la production (l'écriture est à chercher du côté de David Koepp) mais sa patte est tout de même visible. En effet, Gareth Edwards est le spécialiste du jeu d'échelle pour donner une impression de grandeur (Monsters, Godzilla, Rogue One, The Creator). Le pari est une nouvelle fois réussi avec la saga Jurassic Park/World. Certes, l'équipe d'aventuriers a affaire aux plus grands dinosaures ayant jamais existé, mais la mise en scène, en jouant sur de légères contre-plongées ou en laissant hors cadre une partie de l'animal par exemple, arrive à rendre l'humain insignifiant dans le monde des dinosaures. C'est d'ailleurs le message de la saga. Certaines scènes d'action marquent à l'instar de celle avec le mosasaure par sa maîtrise et son dynamisme (même si Scarlett Johansson met du temps à tirer...). D'autres scènes, simplement de contemplation, comme celle des titanosaures impressionnent également, tout en faisant référence au premier film de 1993. Jeu avec le brouillard, la lumière ou les reflets ; plusieurs petites intentions de mise en scène émaillent l'ensemble de l'œuvre et en font un blockbuster de bonne facture. Les dinosaures eux-mêmes sont d'ailleurs superbement réalisés, avec parfois le recours aux animatroniques. Certains évoluent un peu par rapport aux films précédents pour se conformer aux recherches scientifiques mais les duvets (sans aller jusqu'aux plumes) sont absents. Sûrement ne fallait-il pas trop s'éloigner de l'imaginaire des films. En revanche, quelques éléments scientifiques sur les climats et l'adaptation des dinosaures viennent s'ajouter pour donner du corps au genre de la science-fiction. Au-delà de la mise en scène, l'intérêt de ce film par rapport aux autres films de la saga est peut-être le temps consacré aux personnages dans la première partie. Certaines scènes de dialogues prennent le temps de poser les personnages avant une fuite en avant inarrêtable en seconde partie. A la musique, Alexandre Desplat reprend habilement quelques thèmes iconiques de John Williams tout en délivrant un accompagnement honorable et original tout au long du film. Il n'y a malheureusement pas de nouveau thème marquant mais la bande musicale orchestrale avec ses chœurs reste de grande qualité et apporte beaucoup à l'atmosphère du film.
Des thématiques classiques légèrement renouvelées [spoilers]
L'histoire qui est ici le fait de David Koepp, scénariste du premier Jurassic Park, reste fidèle en grande partie aux thématiques de la saga. Le message général est inchangé et reste essentiellement une critique de l'hubris humain dont les technosciences, symptômes du capitalisme, sont le premier avatar. Sans surprise, ceux étant des symboles assez caricaturaux du capitalisme et du militarisme, deux personnages bien évidemment sans morale (mâles cis et blancs au passage), sont éliminés par les dinosaures. Toute l'ironie de l'histoire est que les dinosaures sont à la fois le produit puis les victimes du système capitaliste. Toutefois ces proies sont cette fois trop grosses pour le système. Là-dessus, David Koepp respecte la saga mais n'apporte rien de nouveau. L'idée de l'insignifiance de l'humain, développée par un dialogue et appuyée par la mise en scène de Gareth Edwards s'inscrit dans ce message. La question de l'avantage évolutif que serait l'intelligence va également avec cette thématique bien qu'elle soit cette fois-ci peut-être plus verbalisée. Il s'agit d'un avantage qui rend l'humanité dominante mais qui est également sur le point de causer sa perte de manière prématurée. Est-ce alors réellement un avantage pour perdurer ?
Deux éléments à la marge de cette thématique sont toutefois originaux dans la saga. Premièrement, la science ici n'est pas totalement négative car sortie des griffes du marché et laissée en "open source", elle peut être moteur de progrès pour l'humanité. C'est en effet ce qu'affirme le film puisque les protagonistes vont au bout de leur mission. La science est donc ici vue comme neutre et sa finalité dépend de l'éthique des Hommes qui l'utilisent. Le second élément original dans le film est l'idée de "trend" ou de mode évoquée dans le film. La mode des dinosaures est en effet passée dans le film à l'image de l'indifférence pour le brachiosaure agonisant dans New York (le sauropode est d'ailleurs tagué, ce qui souligne même un manque profond de respect). Comme les paléologues qui vivaient de cet engouement, les dinosaures sont swappés et envoyés aux oubliettes de l'histoire. Pourtant il s'agit là d'êtres vivants.
Et le climax rédempteur ?
Autant au niveau de la mise en scène que de la thématique, il manque peut-être pour ce film le clou du spectacle. En effet, on est presque à attendre que le T-Rex se manifeste plus. Il est le symbole de la nature, cruelle et vengeresse mais nécessaire et indomptable. Le T-Rex est le Deus Ex Machina qui amène le retour à l'équilibre. A l'image d'autres abominations transgéniques des épisodes précédents, le T-Rex était donc censé éliminer l'horrible D-Rex qui semble lui aussi sous-exploité et manquer alors de puissance symbolique.
En définitive, ce nouvel épisode Jurassic WorldRebirth est globalement une réussite par la mise en scène de Gareth Edwards et les thématiques évoquées. Seul regret, le D-Rex et ce qu'il représente est sous-exploité, cela impactant le climax.
Ethan Hunt doit impérativement gagner son combat contre l’Entité, une I.A ayant pour ambition de provoquer la dissension et une guerre nucléaire entre les humains…
Commentaire :
Christopher McQuarrie pour du spectacle visuel total
McQuarrie est de retour aux côtés de Tom Cruise afin de rendre ce nouveau volet toujours plus impressionnant. Le pari de la mise en scène est réussi. En effet, un rythme effréné emmène le film, avec d'ailleurs peut-être un rythme trop soutenu, notamment au début, avec le risque de n'être parfois qu’une succession de rebondissements d’action. L’objectif de mise en tension est en revanche réussi avec notamment l’utilisation de montages alternés fragmentant les lieux d’action. De plus, le plaisir coupable d’un Mission Impossible repose sur une scène d’action originale et époustouflante. Ce volet en propose deux. La volonté de Tom Cruise de réaliser ses cascades et de limiter le recours au CGI apporte encore une fois une vraie plus-value aux scènes. Le spectateur en a pour son argent. Les scènes du sous-marin et de l’avion feront date, et cela indépendamment de l’histoire et des autres scènes. En revanche, certaines scènes de combat ont un montage un peu trop rapide pour admirer les chorégraphies. Le mixage sonore, dont la qualité se fera particulièrement entendre lors de la scène sous-marine, est un des autres points forts du film. De même que la bande musicale, fidèle à la saga et qui accompagne et magnifie certaines scènes.
Un scénario peu lisible
La volonté de raccorder les deux derniers volets à l’ensemble de la saga pour montrer que cette dernière se dirigeait inexorablement vers cette fin rend l’ensemble de l’histoire complexe. Si l’intrigue reste compréhensible, l’histoire n’en est pas moins alambiquée et surtout narrée de manière peu fluide. Énormément d’informations sont envoyées, parfois rapidement et une seule fois. Cette volonté de vouloir donner de la cohérence à l'ensemble d'un point de vue scénaristique cache aussi peut-être le fait que cette suite n'était justifiée que par la volonté de proposer de nouvelles scènes d'action. A ce titre, ces dernières sont beaucoup plus léchées que l'écriture. Le film est ainsi peu "friendly" au niveau de la narration pour le spectateur, un sentiment que l'on peut retrouver dans les derniers Nolan. Cet aspect est une des faiblesses du film.
Les thématiques : si rien n'est impossible il n'y a pas de dilemme moral
Les thématiques peuvent être exprimées lors de dilemmes proposés au personnage principal. Il semble manifeste que Ethan Hunt fera toujours le choix du bien. Dans la tradition américaine, la puissance publique représente toujours un danger potentiel c'est pourquoi l'individualisme d'Ethan paraît toujours être une meilleure solution que l'Etat. Ainsi, contrairement à la Présidente américaine pour qui un vrai dilemme se pose (une frappe nucléaire préventive), Ethan n'a pas de vrai dilemme puisqu'il arrive toujours à trouver la solution parfaite, ce qui l'empêche d'avoir à faire un choix compliqué. Il est toujours plus facile de faire le bien, ce que le réel n'offre jamais aussi facilement. Sauf lorsqu'on est Ethan. C'est finalement sa réalité qui s'impose dans l'œuvre plutôt que celle de l'Entité. D'ailleurs cet antagoniste est particulièrement absent du récit et en définitive échoue à imposer un vrai dilemme au personnage principal. Les Etats ont ce dilemme mais pas Ethan. Ainsi, le film peine à faire émerger une morale hormis celle selon laquelle qu'Ethan Hunt peut réussir n'importe quelle mission impossible. C'est le principe de la saga mais cela condamne toute réflexion complexe.
En définitive, ce dernier volet de Mission Impossible impressionne grâce aux deux meilleures scènes d'action de la décennie, signées Tom Cruise. Néanmoins, l'intrigue parfois confuse, semble ne pas avoir eu la même considération que les scènes d'action.
Yelena enchaîne les missions secrètes pour la CIA, en particulier pour sa présidente, Mme De Fontaine, qui cherche à faire disparaître ses anciennes activités dans le secteur privé. Bientôt, Yelena rencontre d'autres mercenaires de Mme De Fontaine, ayant des missions similaires...
Commentaire :
Une qualité retrouvée
Jake Schreir hérite du projet du Suicide Squadmarvélien, avec pour mission d'en faire d'une part une version plus marquante que le produit DC et d'autre part, de redonner un coup de peps à l'écurie Marvel empêtrée dans une phase 5 décousue à la qualité très inégale. Pour autant, ce film mettant en scène des seconds couteaux a peut-être un peu plus de liberté que les autres films. La scène d'ouverture de combat, en plan séquence et en plongée totale laissant apparaître les ombres des combattants (élément important pour la suite) donne le ton. Ce plan rappelle la séquence culte de Old Boy, le film d'action coréen. Si aucune scène de combat ne retrouve la classe de la première, elles ont le mérite d'être toutes bien chorégraphiées sans coupe excessive, ce qui les rend fluides. Les cascades sont pour la plupart réelles tout comme les décors, ce qui apporte de la pesanteur à l'ensemble. Le montage est globalement de bonne facture et calibré pour donner du rythme au film. Toutefois, il s'agit tout autant d'un drame que d'un film d'action, ce qui explique l'importance de dialogues qui ont toute leur place. Cela donne sa particularité au film, dont le genre de super-héros est épuisé. La dimension dramatique est donc bienvenue. Il manquera tout de même, peut-être, à l'ensemble un climax ou money time d'ampleur, porté par une musique orchestrale. Si cette scène est absente, il faut également souligner que la musique manquait peut-être aussi un peu d'ambition. Le compositeur Son Lux est en effet dans l'accompagnement, avec parfois quelques réminiscences bien trouvées d'Avengers, mais il ne propose jamais de leitmotiv fort et original.
Un renouveau thématique : la dépression
Les thématiques ne sont pas le fort des films de super-héros en général, peut-être encore moins chez Marvel à quelques exceptions près. Le fait est que l'épuisement du genre n'est pas dû qu'à la mise en scène mais également aux thématiques traitées et retraitées par les différentes écuries. Et pendant un temps, il était à craindre que ce film retombe dans ces travers avec une nouvelle fois le thème de l'Etat profond devant être combattu par des individus ; la démocratie étant incapable de régler le problème par elle-même (bureaucratie bonne à rédiger des rapports et dotée de fonctionnaires pliant bagage à 4h de l'après-midi). Bref, une vision libérale voire ultra-libérale encore portée par un blockbuster américain. A ce titre, le personnage de Mme Fontaine, malgré la bonne performance de l'actrice Julia Louis-Dreyfus, est peu intéressant. Quelques références méta viennent redonner un peu d'intérêt au film avec la lassitude évoquée des fans de super-héros. Toutefois, c'est surtout l'apparition de l'antagoniste de l'intrigue qui redonne un souffle au film et à la saga. Bob est autant un personnage qu'un concept. Il représente la dépression dans ses différentes phases. Le film est intéressant puisque le concept de super-héros est appliqué à la dépression qui devient une super dépression. Or ici, ce ne sont pas les poings qui pourront résoudre le problème mais bien l'écoute et la compréhension. Le film souligne par ailleurs habilement qu'il faut être passé par un état dépressif pour se rendre véritablement compte des enjeux et du sérieux de l'état dépressif. Le sujet est loin d'être pris à la légère. Ainsi, Yelena est la meilleure oreille possible pour Bob. Cette thématique explique peut-être l'absence de climax qui aurait pour autant pu être émotionnel à défaut d'être dans l'action. Quitte à vouloir changer, la dimension dramatique aurait gagné à être appuyée pour vraiment emporter le spectateur.
En définitive, Thunderbolts* est une bonne surprise pour conclure la 5ème phase Marvel. La mise en scène comme les thématiques viennent donner un nouveau souffle à la saga. Sans être une révolution, ce film choral montre que le studio Marvel Disney sait encore produire de la qualité.
Mickey Barnes est contraint de quitter la Terre pour embarquer dans une mission de conquête spatiale. Sans compétences, il signe pour être un remplaçable : un humain dont la mémoire est conservée et, qui peut être exploité et réimprimé autant que nécessaire...
Le commentaire :
Bong Joon Ho fidèle à lui-même
Bong Joon Ho arrive à Hollywood et a carte blanche pour faire un blockbuster de science-fiction. Le casting est à majorité occidentale, tout comme l'ouvrage dont il est adapté. Toutefois, la patte de l'auteur est visible à plusieurs niveaux. Tout d'abord, le travail sur les plans et la photographie est plus léché et symbolique que la plupart des blockbusters classiques. Le rapport aux corps, (corps violentés, presque pris à la légère pendant certaines scènes) rappelle également le cinéma (ou séries) coréen. Mais plus que la mise en scène, c'est la relation entre les personnages et la satire qui en est faite qui rappellent le cinéma de Bong Joon Ho. Le réalisateur écrit lui-même ses dialogues. L'humour est toujours présent dans le cinéma de Bong Joon Ho, l'ironie est constante, mais ce n'est jamais un rire de joie. C'est un rire jaune, en raison de personnages ayant des traits caricaturaux. Les situations sont ironiques mais le contexte est toujours lourd et tragique. Il est nécessaire de saluer le casting talentueux, au premier rang duquel Robert Pattinson, Mark Ruffalo, Toni Collette et Naomie Ackie qui donnent vie aux dialogues de Bong Joon Ho. Au niveau musical, le travail est confié à Jaeil Jung qui livre une magnifique orchestration. Si les thèmes sont plutôt discrets, la musique trouver sa place et accompagne l'histoire tout du long. Ainsi, au niveau technique, le film est véritablement abouti.
Un vrai film de science-fiction... sur le capitalisme.
Les thématiques sont nombreuses, comme pour tout bon film de science-fiction. Il y a en plus ici une dimension politique. Les thématiques de science-fiction tournent autour de la mort et de la numérisation de la mémoire. Evite-t-on vraiment la mort si notre corps est détruit mais que notre pensée est sauvegardée ailleurs ? Pour la majorité des personnages du film, ce procédé évite la mort. Néanmoins, comme le laisse comprendre le film progressivement ; il y a bien un individu qui meurt à chaque fois. Cela est confirmé par la présence des multiples qui montre qu'il ne s'agit pas de clones mais d'individus à part entière. L'identité se traduit par la continuité. Copier une information crée un doublon identique mais ce dernier n'est pas la suite directe de l'original. L'original est un humain ayant conscience de sa mort et de sa finitude. Sa souffrance est certaine. Ainsi le traitement auquel est soumis Mickey pendant le film est plus qu'inhumain. Il est le produit rêvé du capitalisme, une main-d'œuvre humaine corvéable à merci et illimitée. Le fait de ne pas y voir un problème éthique n'est pas une erreur mais bien le choix du système en place. Ici la science-fiction rejoint le politique car toutes les thématiques du film sont le produit d'un capitalisme débridé. Il est incarné ici par une sorte de Trump du futur interprété par Mark Ruffalo. Ce chef vulgaire à l'intelligence moyenne ne pense qu'à lui et se voit en prophète de l'humanité. Il ne connaît que les rapports de force et n'a que faire de l'humain, en particulier des remplaçables. Il est à de multiples reprises raciste et misogyne car ces traits humains vont de pair avec la bêtise. Sa propagande personnel lui permet de contrôler les masses et de diffuser ses idées. Il brise finalement les règles établies, cela permettant de l'assimiler sans trop de doute à un fasciste. Mais si sa politique intérieure nous force ici à admettre que le fascisme et le vrai visage du capitalisme, sa politique extérieure le confirme. La mission spatiale n'est pas seulement une mission d'exploration mais bien (évidemment) de colonisation. Le capitalisme aboutit alors à l'impérialisme, ce qui implique de soumettre ou d'exterminer les populations locales aliens, assimilées à des êtres insignifiants. Le propos devient alors rapidement beaucoup plus politique que scientifique. Il s'agit finalement d'une dystopie politique, ou plus exactement d'une satire politique de notre époque (à quelques siècles près).
En définitive, Mickey 17 est autant un film de science-fiction qu'une satire politique sur le capitalisme. Bong Joon Ho réussit le mélange des genres en mêlant ironie et tragique.
Sam Wilson est le nouveau Captain America. Toujours au service de l'Amérique, il doit obéir à un nouveau Président qu'il n'apprécie guère, l'ancien général Thaddeus Ross, qui s'est longtemps opposé à Hulk...
Commentaire :
Mise en scène légère
La réalisation revient à Julius Onah, inconnu du grand public, dans un rôle qui est avant tout celui d'un "Yes men". Il n'y a en effet pas de direction artistique singulière ou de patte reconnaissable. La photographie est classique et la colorimétrie tire vers le gris pour symboliser la gravité du moment. Le film est en revanche plutôt bien rythmé que ce soit globalement ou au niveau des scènes de combat. Ces dernières sont certes moins impressionnantes au regard de ce qu'a pu faire le MCU par le passé mais les protagonistes ne sont plus des super-humains. Les combats sont donc à la hauteur des personnages impliqués, ce qui est cohérent. Le rythme du film est également aidé par un scénario plutôt bien ficelé, avec des personnages à plusieurs facettes. Même si l'architecture est immanquablement classique pour un Marvel, il y a un souci de sérieux conforme à la licence Captain America (à l'intérieur du MCU) et porté par des acteurs impliqués. La bande musicale de Laura Karpman est quant à elle en retrait et manque d'ampleur alors que des scènes étaient propices à faire émerger un nouveau motif ou à réutiliser un ancien. Même si quelques cuivres rappellent de temps en temps le Captain, l'accompagnement musical est plutôt moribond.
Le nouveau monde et quelques thématiques
Si ce nouveau Captain America apporte quelques nouvelles thématiques à la saga, c'est avant tout sa dimension méta qui en fait un objet intéressant. Même si la série avait introduit le nouveau Captain America Sam Wilson, c'est le premier film Captain America sans Steve Rogers. Le nouveau Captain America est donc afro-américain, tandis que le nouveau Faucon est lui latino-américain. Hollywood n'est certainement pas republican. Les personnages blancs, encore plus s'ils sont masculins, sont négatifs s'ils ont un rôle significatif. Même s'il n'y a pas de propos sur cet aspect dans l'intrigue, le film porte un message au travers de son casting. Il aurait peut-être alors été intéressant que le film mentionne clairement cette dimension plutôt que de l'effleurer.
L'identité et la légitimité sont des thématiques plus clairement abordées dans le film. Que ce soit Ross ou Sam Wilson, ces personnages se posent la question de leur légitimité au regard de leur passé et se demandent s'ils ont assez changé pour être à la hauteur de leur rôle. L'un était un militaire compulsif et aspire à être un président rassembleur (et un père) tandis que l'autre était un soldat d'élite et se demande s'il est désormais à la hauteur pour être un symbole. Le film est intéressant dans le sens où il suppose que les individus peuvent évoluer dans une note d'espoir au delà de tout fatalisme. Pour autant, les individus restent comptables dans leurs actes. Cette dernière dimension s'applique plus à Ross qu'à Sam car si Sam est aux prises avec son passé et sa fonction, c'est justement parce qu'il n'a pas changé qu'il est un personnage positif. En effet, il réussit a tenir son rang sans avoir recours au super-sérum. Sa volonté en fait un super-héros. Dans les deux cas, ces protagonistes aspirent être à la hauteur des enjeux.
La dernière thématique, la plus intéressante relativement au contexte actuel, est la géopolitique américaine. Dans le film, les Américains tentent d'aller vers le multilatéralisme après des années d'unilatéralisme. La vision américaine des studios de Californie est donc assez loin de la réalité car cette volonté de diplomatie est tout l'inverse de la politique à la Trump. Pire que ça, le président Trump est finalement plus inquiétant que le Président Ross, qui malgré son passé tente de faire au mieux. Houppette orange est plus menaçant que le Hulk rouge...
En définitive, ce Captain America Brave New World est un épisode respectable du MCU, intéressant dans la représentation progressiste des Etats-Unis , plus réjouissante que l'Amérique actuelle...
Tobias et Almut vivent une vie paisible jusqu'au jour où le cancer vient remettre en cause l'idylle de ce couple. Que faire face à cette épreuve ? Profiter des derniers mois ou lutter contre la maladie ?
Commentaire :
Une classique mise en tension
John Crowley réalise L'Amour au Présent, un drame romantique, porté par des acteurs phares : Florence Pugh et Andrew Garfield. La mise en scène repose ainsi essentiellement sur les dialogues en champ - contrechamp et sur la performance de ses acteurs ainsi que sur la relation qu'ils parviennent à représenter à l'écran. La photographie est classique. Hormis le paysage où se trouve la maison de famille, l'environnement montré est très basique. La colorimétrie vise à s'approcher du réel. La seule singularité de la mise en scène réside dans le montage croisant les temporalités. Il s'agit d'un procédé assez efficace pour créer de la tension et des rebondissements pour une histoire très lisse. L'intrigue, certes tragique, manquait toutefois peut-être un peu de relief pour être intéressante car, mis à part son aspect tragique, l'histoire est attendue et linéaire, ce qui impliquait ce nécessaire artifice du montage. Paradoxalement, le film se retient énormément dans la construction du drame évitant la dimension tire-larme avec un final tout en retenue. Toutefois, ce choix honorable qui évite un mélodrame qui n'aurait été que trop évident, prive ce film d'un de ses seuls outils pouvant apporter de l'émotion. Reste la romance, secondaire, mais plus convaincante que le drame. A la musique, Bryce Dessner accompagne discrètement l'image sans dégager de leitmotiv particulier.
Thématique : profiter ou lutter [Spoilers]
La thématique sera celle de la posture à adopter face au cancer, tout en admettant qu'il n'y a aucune posture évidente. Almut choisit assez vite, mais non sans mal, l'idée de profiter de ses derniers mois de vie (plutôt que de partir dans une chimio incertaine et destructrice) en partant du principe que le traitement échouera, d'où le titre français plutôt bien choisi. En tant que spectateur, il n'y a aucun moyen de juger sur le fond cette décision. Tout au plus, il peut essayer de comprendre la décision d'Almut et se mettre à la place de Tobias qui doit accepter cette décision... pour autant que Almut lui communique son choix. Le personnage principal est pour autant Almut, qui prend parfois des décisions contestables que le spectateur ou Tobias ne peuvent qu'accepter car la rationalité n'a plus lieu face à l'abysse de la mort et au néant. Le film est ainsi plutôt juste et nuancé sur le traitement du sujet. Le réel est complexe et l'humain se démène au mieux pour y faire face.
En définitive, John Crowley nous livre un mélodrame tout en retenu avec l'Amour au Présent, porté par deux acteurs convaincants, mais à la mise en scène minimaliste et présentant une intrigue un peu trop convenue.