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mardi 8 juillet 2025

Superman


Synopsis :

Le monde a découvert Superman, un méta-humain de la planète Krypton ayant trouvé refuge sur Terre. Bien qu’il œuvre pour le bien, sa puissance hors norme et son origine extraterrestre suscitent méfiance et inquiétude...


Commentaire :

Une qualité James Gunn

DC a confié le reboot de son univers à James Gunn, le transfuge de chez Marvel. Le réalisateur des Gardiens de la Galaxie impose immédiatement sa marque de fabrique : visuels saturés, gags rythmés, anti-iconisme assumé, et usage appuyé de musiques populaires. Plus qu’une simple évolution de ton, Superman opère une refonte esthétique et narrative complète de l’univers DC. Cela reste pour autant un bon film de super-héros. L'ensemble est assez rythmé et les scènes d'action très nombreuses. Si elles sont toutefois extrêmement soignées (certaines offrent même des plans-séquences), le reste du film est également très travaillé, des dialogues jusqu'aux transitions. Si quelques effets spéciaux passent moins bien, l'ensemble est tout de même généreux. Par ailleurs, James Gunn sait se moquer de son personnage et le mettre dans des situations peu coutumières pour Superman. Il est tout de même iconisé à la fin mais sur quelques plans uniquement (ce qui est pourtant essentiel pour ce personnage). En effet, s'il est coutumier de ridiculiser Clark Kent, cela est beaucoup plus rare pour Superman. Quoiqu'il en soit, la mise en scène apporte un ton beaucoup plus léger au nouveau Superman. Le résultat évoque la grande époque du Marvel Cinematic Universe, mais que reste-t-il de la spécificité DC ? A la musique, John Murphy réussit à mettre en place une bande musicale héroïque, bien aidée par les thèmes de John Williams. Les thèmes originaux sont pour autant de qualité et les différents mickeymousings en font une vraie bande musicale de cinéma. 

Des thématiques multiples : de l'étranger à la parentalité

Chez James Gunn les thématiques sont toujours multiples, variées et surtout justes. La question est parfois de savoir, s'il n'y en a pas trop. Certaines thématiques sont centrales au film, d'autres plus secondaires. La première thématique est celle de l'étranger. En effet, Superman est un alien, mot qui a deux sens en anglais : extraterrestre mais surtout étranger. Et si la question des méta-humains et de leurs pouvoirs incontrôlables est posée dans le film, elle est en fait secondaire. La question des méta-humains pose une vraie question aux sociétés démocratiques car ces individus entreprennent des actions qui ne découlent pas de la volonté générale ou plus classiquement des Etats. Ils remettent ainsi en cause la souveraineté des Etats. Toutefois, aucune réponse n'est apportée à cette question légitime car elle devient secondaire, bien que le choix "d'humaniser" Superman devrait poser la question de sa soumission aux lois.
Quoiqu'il en soit, seul Superman cristallise les inquiétudes : non pas à cause de ses pouvoirs, mais parce qu’il n’est pas de ce monde. Sa toute-puissance ne devient inquiétante que parce qu’elle est perçue comme étrangère. Superman incarne métaphoriquement l'étranger. Le milliardaire Lex Luthor attise la haine envers lui en mêlant vraies révélations et fake news (Superman est là pour envahir l'Amérique, la soumettre ainsi que pour se reproduire avec les Américaines). Lex Luthor est ici un homme frustré car faible face à Superman, déversant sa haine via sa ferme à trolls sur les femmes (copine et ex-petites amies) et les étrangers, il utilise par ailleurs une milice privée et s'allie aux dictateurs d'inspiration russo-soviétique en soutenant leurs ambitions impérialistes. Bref, l'antagoniste est un réactionnaire complet, autrement dit un fasciste. Tous ces éléments font ainsi fortement écho à notre monde. Néanmoins pour faire de Superman le symbole du migrant, James Gunn a dû rendre ce super-homme particulièrement humain. James Gunn aime les héros-losers qui doivent se dépasser pour triompher. Or son matériau de base était le Super-homme par définition qui subit là une sacrée désacralisation autant dans la mise en scène que par l'histoire. Cette rupture totale de ton laissera certains fans sur le côté. Toutefois, pour en faire un vrai américain comme les autres, il ne s'agissait pas simplement de le faire naître aux Etats-Unis, il devait "galérer" comme le commun des mortels. A cette condition, il devient le vrai américain essayant de faire du mieux qu'il peut jour après jour. Mission réussie au prix d'une icône écornée voire ridiculisée. 

D'autres thématiques sont également présentes. La deuxième est celle de la parentalité déjà abordée par James Gunn dans son deuxième Gardiens de la Galaxie. Ici Superman est tiraillé entre ses parents biologiques et sa famille d'adoption. Mais quand il découvre que ses parents sont des suprémacistes kryptoniens, il fait le choix de sa famille adoptive. En effet, cette dernière a tout fait pour que Clark ait les outils intellectuels qui lui permettent de devenir l'homme qu'il veut être. Pour Jonathan Kent, être parent, c’est offrir à son enfant la possibilité de devenir ce qu’il choisit d’être, afin qu'il puisse se défaire de leur déterminisme. 

Une autre thématique chère à James Gunn, déjà présente dans son dernier Gardiens de la Galaxie, est celle de la question animale. Sans jamais en faire un sujet explicite, il en tisse discrètement le fil, à travers le personnage de Krypto, chien loyal, héroïque et attendrissant. Le temps d'écran et les réactions du chien montrent une tendresse indéniable pour l'animal. A contrario, le méchant (Luthor) se caractérise par sa cruauté envers les animaux. Les expériences animales (comme dans son dernier Gardiens de la Galaxie) sont montrées et dénoncées à travers les expériences sur Krypto et des singes esclaves. Superman lui, sauve tous les humains mais également les animaux et, même s'il le peut, les monstres extraterrestres. Autrement dit Superman est bon car il a un grand cœur pour les Hommes et les animaux. Cela semble être un critère essentiel pour James Gunn. 


En définitive, James Gunn opère une refonte complète de l'univers DC, à travers un Superman qui revient à ses origines : un homme d'origine étrangère au grand cœur. Le personnage mythique est désacralisé pour en faire un autre modèle, pas moins porteur d'espoir. 




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