Les sorties de la semaine

mardi 8 juillet 2025

Superman


Synopsis :

Le monde a découvert Superman, un méta-humain de la planète Krypton ayant trouvé refuge sur Terre. Bien qu’il œuvre pour le bien, sa puissance hors norme et son origine extraterrestre suscitent méfiance et inquiétude...


Commentaire :

Une qualité James Gunn

DC a confié le reboot de son univers à James Gunn, le transfuge de chez Marvel. Le réalisateur des Gardiens de la Galaxie impose immédiatement sa marque de fabrique : visuels saturés, gags rythmés, anti-iconisme assumé, et usage appuyé de musiques populaires. Plus qu’une simple évolution de ton, Superman opère une refonte esthétique et narrative complète de l’univers DC. Cela reste pour autant un bon film de super-héros. L'ensemble est assez rythmé et les scènes d'action très nombreuses. Si elles sont toutefois extrêmement soignées (certaines offrent même des plans-séquences), le reste du film est également très travaillé, des dialogues jusqu'aux transitions. Si quelques effets spéciaux passent moins bien, l'ensemble est tout de même généreux. Par ailleurs, James Gunn sait se moquer de son personnage et le mettre dans des situations peu coutumières pour Superman. Il est tout de même iconisé à la fin mais sur quelques plans uniquement (ce qui est pourtant essentiel pour ce personnage). En effet, s'il est coutumier de ridiculiser Clark Kent, cela est beaucoup plus rare pour Superman. Quoiqu'il en soit, la mise en scène apporte un ton beaucoup plus léger au nouveau Superman. Le résultat évoque la grande époque du Marvel Cinematic Universe, mais que reste-t-il de la spécificité DC ? A la musique, John Murphy réussit à mettre en place une bande musicale héroïque, bien aidée par les thèmes de John Williams. Les thèmes originaux sont pour autant de qualité et les différents mickeymousings en font une vraie bande musicale de cinéma. 

Des thématiques multiples : de l'étranger à la parentalité

Chez James Gunn les thématiques sont toujours multiples, variées et surtout justes. La question est parfois de savoir, s'il n'y en a pas trop. Certaines thématiques sont centrales au film, d'autres plus secondaires. La première thématique est celle de l'étranger. En effet, Superman est un alien, mot qui a deux sens en anglais : extraterrestre mais surtout étranger. Et si la question des méta-humains et de leurs pouvoirs incontrôlables est posée dans le film, elle est en fait secondaire. La question des méta-humains pose une vraie question aux sociétés démocratiques car ces individus entreprennent des actions qui ne découlent pas de la volonté générale ou plus classiquement des Etats. Ils remettent ainsi en cause la souveraineté des Etats. Toutefois, aucune réponse n'est apportée à cette question légitime car elle devient secondaire, bien que le choix "d'humaniser" Superman devrait poser la question de sa soumission aux lois.
Quoiqu'il en soit, seul Superman cristallise les inquiétudes : non pas à cause de ses pouvoirs, mais parce qu’il n’est pas de ce monde. Sa toute-puissance ne devient inquiétante que parce qu’elle est perçue comme étrangère. Superman incarne métaphoriquement l'étranger. Le milliardaire Lex Luthor attise la haine envers lui en mêlant vraies révélations et fake news (Superman est là pour envahir l'Amérique, la soumettre ainsi que pour se reproduire avec les Américaines). Lex Luthor est ici un homme frustré car faible face à Superman, déversant sa haine via sa ferme à trolls sur les femmes (copine et ex-petites amies) et les étrangers, il utilise par ailleurs une milice privée et s'allie aux dictateurs d'inspiration russo-soviétique en soutenant leurs ambitions impérialistes. Bref, l'antagoniste est un réactionnaire complet, autrement dit un fasciste. Tous ces éléments font ainsi fortement écho à notre monde. Néanmoins pour faire de Superman le symbole du migrant, James Gunn a dû rendre ce super-homme particulièrement humain. James Gunn aime les héros-losers qui doivent se dépasser pour triompher. Or son matériau de base était le Super-homme par définition qui subit là une sacrée désacralisation autant dans la mise en scène que par l'histoire. Cette rupture totale de ton laissera certains fans sur le côté. Toutefois, pour en faire un vrai américain comme les autres, il ne s'agissait pas simplement de le faire naître aux Etats-Unis, il devait "galérer" comme le commun des mortels. A cette condition, il devient le vrai américain essayant de faire du mieux qu'il peut jour après jour. Mission réussie au prix d'une icône écornée voire ridiculisée. 

D'autres thématiques sont également présentes. La deuxième est celle de la parentalité déjà abordée par James Gunn dans son deuxième Gardiens de la Galaxie. Ici Superman est tiraillé entre ses parents biologiques et sa famille d'adoption. Mais quand il découvre que ses parents sont des suprémacistes kryptoniens, il fait le choix de sa famille adoptive. En effet, cette dernière a tout fait pour que Clark ait les outils intellectuels qui lui permettent de devenir l'homme qu'il veut être. Pour Jonathan Kent, être parent, c’est offrir à son enfant la possibilité de devenir ce qu’il choisit d’être, afin qu'il puisse se défaire de leur déterminisme. 

Une autre thématique chère à James Gunn, déjà présente dans son dernier Gardiens de la Galaxie, est celle de la question animale. Sans jamais en faire un sujet explicite, il en tisse discrètement le fil, à travers le personnage de Krypto, chien loyal, héroïque et attendrissant. Le temps d'écran et les réactions du chien montrent une tendresse indéniable pour l'animal. A contrario, le méchant (Luthor) se caractérise par sa cruauté envers les animaux. Les expériences animales (comme dans son dernier Gardiens de la Galaxie) sont montrées et dénoncées à travers les expériences sur Krypto et des singes esclaves. Superman lui, sauve tous les humains mais également les animaux et, même s'il le peut, les monstres extraterrestres. Autrement dit Superman est bon car il a un grand cœur pour les Hommes et les animaux. Cela semble être un critère essentiel pour James Gunn. 


En définitive, James Gunn opère une refonte complète de l'univers DC, à travers un Superman qui revient à ses origines : un homme d'origine étrangère au grand cœur. Le personnage mythique est désacralisé pour en faire un autre modèle, pas moins porteur d'espoir. 




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dimanche 6 juillet 2025

Amélie et la métaphysique des tubes


Synopsis :

Amélie est une petite fille de 2 ans et demi grandissant au Japon. Le film se met à sa hauteur pour raconter le monde qui l'entoure.

Commentaire : 

Une réalisation onirique 

Mailys Vallade et Liane-Cho Han proposent un magnifique film à hauteur d'enfant qui oscille entre réalisme et vision onirique. Le film d'animation laisse une grande liberté d'action, et cela est pleinement exploitée à l'écran. Le visuel est ainsi toujours riche dans le plan et fluide par les transitions proposées. Le style laisse apparaître une influence de l'animation japonaise, ce qui a tout son sens pour l'histoire narrée. Par ailleurs, le fait de raconter l'histoire à travers le regard et les souvenirs d'Amélie permet de passer outre le réalisme et de laisser cours à la création. Les couleurs chaudes et vives donnent de la vie à un environnement découvert par une petite fille. Des métaphores visuelles sont présentes dans le film, cela donnant à l'œuvre une vraie originalité et souligne son aspect créatif. A la musique, la compositrice Mari Fukuhara réalise un magnifique travail avec des thèmes forts et prenants, qui font bien plus qu'accompagner le visuel. L'ensemble est un tour de force technique et créatif.

Les thématiques : la subjectivité d'un enfant

S'il est question de métaphysique ici, il s'agit de la métaphysique à hauteur d'enfant. D'ailleurs, peut-être faudrait-il parler ici de cosmogonie car pour une petite fille de 2 ans et demi, il est impossible de penser le début de toute chose avant sa propre naissance. Elle ne peut qu’envisager l’univers à partir de sa propre expérience, se plaçant, sans le vouloir, au centre de tout. A ce titre, elle est effectivement Dieu comme il est fait mention dans le film. Loin d'être une vision égocentrée, il s'agit tout simplement du seul point de vue possible. Et parce qu'il s'agit du point de vue d'un enfant, l'histoire est intéressante car le monde est dévoilé à travers un filtre déformant. Amélie, tout petit enfant, ne peut être qu'attachante, encore plus dans son rapport aux autres, notamment dans sa relation avec sa grand-mère et encore plus avec Nishio-san. Cette relation est le centre du récit et la plus touchante car Nishio-san devient en quelque sorte la nounou d'Amélie. 

Le film est dédié à cette lointaine nounou et vise à faire perdurer ce souvenir. En effet, les souvenirs sont ce qui donne un sens à notre vie encore plus lorsqu'on parvient à s'en fabriquer de beaux. C'est en tout cas la leçon du film. Cette rencontre avec Nishio-san est un tournant fondateur pour Amélie. Le spectateur comprend aussi qu'il est question de la rencontre de deux cultures aux passés douloureux mais cela, la petite Amélie ne peut le comprendre. Elle peut toutefois demander "pourquoi" sans pour autant saisir le fond de la réponse des adultes. C'est donc bien aux adultes de se mettre à la hauteur d'Amélie pour pouvoir l'accompagner dans son développement. Le propos n'est en ce sens pas complexe mais d'une rare justesse et incroyablement touchant.

En définitive, Amélie et la métaphysique des tubes est un film d'animation visuellement très riche et inventif. Le monde à travers les yeux d'un enfant offre plein d'opportunités créatives. L'histoire est quant à elle particulièrement touchante. 


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Materialists


Synopsis :

Lucy est une entremetteuse professionnelle. Particulièrement douée dans son travail, une question demeure. Qui conviendrait à la Reine du matchmaking ?

Commentaire :

Celine Song au petit soin

Conformément au genre des comédies dramatiques, la mise en scène de Celine Song est sobre. Toutefois, cela ne signifie pas que la réalisation est paresseuse. En plus d'être fonctionnelle, quelques petites intentions rendent l'ensemble très élégant. Il y a d'une part un petit montage parallèle avec la préhistoire pour signifier l'intemporalité du sentiment amoureux. Cela paraît presque superflu au récit mais montre tout de même une volonté de réaliser un film de cinéma. D'autre part, plusieurs regards caméra viennent interpeller le spectateur pendant les rendez-vous professionnels de Lucy, ce qui montre que les dialogues sont plus que de simples champs - contre-champs. La mise en scène, centrée autour des protagonistes, parvient parfaitement à inclure ou séparer les personnages selon le propos narré. Seul regret, le triangle amoureux manque peut-être d'interactions à trois, le film privilégiant les scènes à deux. La tension dramatique est alors plus faible que ce à quoi on pourrait s'attendre. Concernant les décors et costumes, ils sont de grande qualité et permettent l'immersion dans le New York bourgeois. Rien n'est révolutionnaire mais la technique est dans l'ensemble de qualité. A la musique, Daniel Pemberton réalise un discret travail d'accompagnement. 

Les thématiques : l'amour plus fort que le matérialisme ? [Spoilers]

Le titre renseigne sur la thématique, mais précisons qu'il s'agit bien ici du matérialisme au sens de l'attachement à un bien dans le système capitaliste et non du matérialisme philosophique qui est l'inverse de l'idéalisme. Le personnage de Lucy est le symbole du système capitaliste qui donne de la valeur aux individus en fonction d'un certain nombre de critères. Trouver l'âme-sœur est donc une question mathématique, le plus simple étant de favoriser l'endogamie pour limiter le nombre de variables problématiques. La question est toutefois avant tout financière puisque l'argent permet de changer certains caractères physiques (cheveux et taille pour les hommes, visage, seins et IMC pour les femmes) et donc permet de gagner de la valeur sur le marché des célibataires. Là où le film est intéressant est qu'il montre que chaque genre demande des critères presque impossibles à satisfaire (dans son ensemble). La critique du capitalisme va avec une critique du patriarcat (les deux étant néanmoins liés) puisque les hommes recherchent des femmes beaucoup plus jeunes qu'eux (question de fertilité mais aussi de "péremption" de la beauté de la femme, les hommes perdant moins de valeur que la femme avec l'âge). Il s'agit donc d'une description assez crue mais juste de la réalité.

Harry (Pedro Pascal) a tout de l'homme parfait selon ces critères, il apporte le confort matériel. John (Chris Evans) est à l'inverse, il est le loser et ne vaut rien dans ce monde. On ajoutera tout de même qu'en tant que blanc et bel homme, il part avec des avantages indéniables que le film ne souligne pas. Evidemment et de manière très convenue, Lucy se rend compte qu'elle sera plus heureuse avec l'homme qu'elle aime, John, cette dernière privilégiant l'amour à l'argent. L'ensemble est toutefois très idéaliste et simpliste puisque Harry paraissait être un homme très bien et gentil avec de l'esprit (au-delà de sa richesse) alors que John paraît parfois presque instable et son amour presque obsessionnel et donc malsain. Pourtant Lucy fait le choix de John car l'amour, valeur et sentiment indépassable doit triompher.... Ce revirement s’inscrit dans une logique très idéaliste, presque naïve : Harry est pourtant présenté comme un homme bien, sincère et généreux, tandis que John frôle parfois l’instabilité émotionnelle, son attachement confinant à l’obsession.

Le film assume ce romantisme jusqu’au bout : Lucy est prête à tout quitter, y compris son emploi, pour vivre modestement avec John. Ce choix, bien qu’émouvant, semble déconnecté des réalités sociales : un minimum de stabilité matérielle étant essentiel au bonheur. D’autant plus que le film prétend inscrire l’amour dans une universalité anthropologique, remontant jusqu’aux premiers hommes. Or, imaginer que les femmes des premières tribus vivaient un amour libre et égalitaire relève du fantasme : la réalité des sociétés primitives était souvent autrement brutale. Le mythe rousseauiste a vécu. Le film verse ainsi dans un idéalisme un peu bourgeois et une vision manichéenne : le capitalisme et ses dérives d’un côté, l’amour pur et éternel de l’autre. 


En définitive, Celine Song s'appuie sur un casting 5 étoiles pour délivrer une histoire très convenue. Plus que le propos, ce sont Dakota Johnson, Chris Evans et Pedro Pascal qui tirent le film vers le haut. Ironie du sort : ce sont les stars, donc le capital symbolique du film, qui deviennent son principal argument — une réalité bel et bien... matérialiste.



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samedi 5 juillet 2025

Jurassic World : Renaissance

 


Synopsis :

La tendance des dinosaures est passée. Pourtant, ils cachent en eux encore bien des secrets. Une entreprise pharmaceutique est d'ailleurs intéressée par les performances cardiaques des plus gros dinosaures qui pourraient être la clef pour soigner les maladies cardiaques de personnes âgées. Une mission est alors montée pour récupérer des échantillons génétiques...


Commentaire :

Gareth Edwards toujours lié au gigantisme 

Gareth Edwards est arrivé tardivement sur la production (l'écriture est à chercher du côté de David Koepp) mais sa patte est tout de même visible. En effet, Gareth Edwards est le spécialiste du jeu d'échelle pour donner une impression de grandeur (Monsters, Godzilla, Rogue One, The Creator). Le pari est une nouvelle fois réussi avec la saga Jurassic Park/World. Certes, l'équipe d'aventuriers a affaire aux plus grands dinosaures ayant jamais existé, mais la mise en scène, en jouant sur de légères contre-plongées ou en laissant hors cadre une partie de l'animal par exemple, arrive à rendre l'humain insignifiant dans le monde des dinosaures. C'est d'ailleurs le message de la saga. Certaines scènes d'action marquent à l'instar de celle avec le mosasaure par sa maîtrise et son dynamisme (même si Scarlett Johansson met du temps à tirer...). D'autres scènes, simplement de contemplation, comme celle des titanosaures impressionnent également, tout en faisant référence au premier film de 1993. Jeu avec le brouillard, la lumière ou les reflets ; plusieurs petites intentions de mise en scène émaillent l'ensemble de l'œuvre et en font un blockbuster de bonne facture. Les dinosaures eux-mêmes sont d'ailleurs superbement réalisés, avec parfois le recours aux animatroniques. Certains évoluent un peu par rapport aux films précédents pour se conformer aux recherches scientifiques mais les duvets (sans aller jusqu'aux plumes) sont absents. Sûrement ne fallait-il pas trop s'éloigner de l'imaginaire des films. En revanche, quelques éléments scientifiques sur les climats et l'adaptation des dinosaures viennent s'ajouter pour donner du corps au genre de la science-fiction. Au-delà de la mise en scène, l'intérêt de ce film par rapport aux autres films de la saga est peut-être le temps consacré aux personnages dans la première partie. Certaines scènes de dialogues prennent le temps de poser les personnages avant une fuite en avant inarrêtable en seconde partie. A la musique, Alexandre Desplat reprend habilement quelques thèmes iconiques de John Williams tout en délivrant un accompagnement honorable et original tout au long du film. Il n'y a malheureusement pas de nouveau thème marquant mais la bande musicale orchestrale avec ses chœurs reste de grande qualité et apporte beaucoup à l'atmosphère du film.  

Des thématiques classiques légèrement renouvelées [spoilers]

L'histoire qui est ici le fait de David Koepp, scénariste du premier Jurassic Park, reste fidèle en grande partie aux thématiques de la saga. Le message général est inchangé et reste essentiellement une critique de l'hubris humain dont les technosciences, symptômes du capitalisme, sont le premier avatar. Sans surprise, ceux étant des symboles assez caricaturaux du capitalisme et du militarisme, deux personnages bien évidemment sans morale (mâles cis et blancs au passage), sont éliminés par les dinosaures. Toute l'ironie de l'histoire est que les dinosaures sont à la fois le produit puis les victimes du système capitaliste. Toutefois ces proies sont cette fois trop grosses pour le système. Là-dessus, David Koepp respecte la saga mais n'apporte rien de nouveau. L'idée de l'insignifiance de l'humain, développée par un dialogue et appuyée par la mise en scène de Gareth Edwards s'inscrit dans ce message. La question de l'avantage évolutif que serait l'intelligence va également avec cette thématique bien qu'elle soit cette fois-ci peut-être plus verbalisée. Il s'agit d'un avantage qui rend l'humanité dominante mais qui est également sur le point de causer sa perte de manière prématurée. Est-ce alors réellement un avantage pour perdurer ?

Deux éléments à la marge de cette thématique sont toutefois originaux dans la saga. Premièrement, la science ici n'est pas totalement négative car sortie des griffes du marché et laissée en "open source", elle peut être moteur de progrès pour l'humanité. C'est en effet ce qu'affirme le film puisque les protagonistes vont au bout de leur mission. La science est donc ici vue comme neutre et sa finalité dépend de l'éthique des Hommes qui l'utilisent. Le second élément original dans le film est l'idée de "trend" ou de mode évoquée dans le film. La mode des dinosaures est en effet passée dans le film à l'image de l'indifférence pour le brachiosaure agonisant dans New York (le sauropode est d'ailleurs tagué, ce qui souligne même un manque profond de respect). Comme les paléologues qui vivaient de cet engouement, les dinosaures sont swappés et envoyés aux oubliettes de l'histoire. Pourtant il s'agit là d'êtres vivants. 

Et le climax rédempteur ?

Autant au niveau de la mise en scène que de la thématique, il manque peut-être pour ce film le clou du spectacle. En effet, on est presque à attendre que le T-Rex se manifeste plus. Il est le symbole de la nature, cruelle et vengeresse mais nécessaire et indomptable. Le T-Rex est le Deus Ex Machina qui amène le retour à l'équilibre. A l'image d'autres abominations transgéniques des épisodes précédents, le T-Rex était donc censé éliminer l'horrible D-Rex qui semble lui aussi sous-exploité et manquer alors de puissance symbolique. 


En définitive, ce nouvel épisode Jurassic World Rebirth est globalement une réussite par la mise en scène de Gareth Edwards et les thématiques évoquées. Seul regret, le D-Rex et ce qu'il représente est sous-exploité, cela impactant le climax. 


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jeudi 22 mai 2025

Mission Impossible - The Final Reckoning

 



Synopsis :

Ethan Hunt doit impérativement gagner son combat contre l’Entité, une I.A ayant pour ambition de provoquer la dissension et une guerre nucléaire entre les humains…


Commentaire :

Christopher McQuarrie pour du spectacle visuel total

McQuarrie est de retour aux côtés de Tom Cruise afin de rendre ce nouveau volet toujours plus impressionnant. Le pari de la mise en scène est réussi. En effet, un rythme effréné emmène le film, avec d'ailleurs peut-être un rythme trop soutenu, notamment au début, avec le risque de n'être parfois qu’une succession de rebondissements d’action. L’objectif de mise en tension est en revanche réussi avec notamment l’utilisation de montages alternés fragmentant les lieux d’action. De plus, le plaisir coupable d’un Mission Impossible repose sur une scène d’action originale et époustouflante. Ce volet en propose deux. La volonté de Tom Cruise de réaliser ses cascades et de limiter le recours au CGI apporte encore une fois une vraie plus-value aux scènes. Le spectateur en a pour son argent. Les scènes du sous-marin et de l’avion feront date, et cela indépendamment de l’histoire et des autres scènes. En revanche, certaines scènes de combat ont un montage un peu trop rapide pour admirer les chorégraphies. Le mixage sonore, dont la qualité se fera particulièrement entendre lors de la scène sous-marine, est un des autres points forts du film. De même que la bande musicale, fidèle à la saga et qui accompagne et magnifie certaines scènes. 

Un scénario peu lisible 

La volonté de raccorder les deux derniers volets à l’ensemble de la saga pour montrer que cette dernière se dirigeait inexorablement vers cette fin rend l’ensemble de l’histoire complexe. Si l’intrigue reste compréhensible, l’histoire n’en est pas moins alambiquée et surtout narrée de manière peu fluide. Énormément d’informations sont envoyées, parfois rapidement et une seule fois. Cette volonté de vouloir donner de la cohérence à l'ensemble d'un point de vue scénaristique cache aussi peut-être le fait que cette suite n'était justifiée que par la volonté de proposer de nouvelles scènes d'action. A ce titre, ces dernières sont beaucoup plus léchées que l'écriture. Le film est ainsi peu "friendly" au niveau de la narration pour le spectateur, un sentiment que l'on peut retrouver dans les derniers Nolan. Cet aspect est une des faiblesses du film.

Les thématiques : si rien n'est impossible il n'y a pas de dilemme moral

Les thématiques peuvent être exprimées lors de dilemmes proposés au personnage principal. Il semble manifeste que Ethan Hunt fera toujours le choix du bien. Dans la tradition américaine, la puissance publique représente toujours un danger potentiel c'est pourquoi l'individualisme d'Ethan paraît toujours être une meilleure solution que l'Etat. Ainsi, contrairement à la Présidente américaine pour qui un vrai dilemme se pose (une frappe nucléaire préventive), Ethan n'a pas de vrai dilemme puisqu'il arrive toujours à trouver la solution parfaite, ce qui l'empêche d'avoir à faire un choix compliqué. Il est toujours plus facile de faire le bien, ce que le réel n'offre jamais aussi facilement. Sauf lorsqu'on est Ethan. C'est finalement sa réalité qui s'impose dans l'œuvre plutôt que celle de l'Entité. D'ailleurs cet antagoniste est particulièrement absent du récit et en définitive échoue à imposer un vrai dilemme au personnage principal. Les Etats ont ce dilemme mais pas Ethan. Ainsi, le film peine à faire émerger une morale hormis celle selon laquelle qu'Ethan Hunt peut réussir n'importe quelle mission impossible. C'est le principe de la saga mais cela condamne toute réflexion complexe. 


En définitive, ce dernier volet de Mission Impossible impressionne grâce aux deux meilleures scènes d'action de la décennie, signées Tom Cruise. Néanmoins, l'intrigue parfois confuse, semble ne pas avoir eu la même considération que les scènes d'action.



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dimanche 4 mai 2025

Thunderbolts*

 


Synopsis :

Yelena enchaîne les missions secrètes pour la CIA, en particulier pour sa présidente, Mme De Fontaine, qui cherche à faire disparaître ses anciennes activités dans le secteur privé. Bientôt, Yelena rencontre d'autres mercenaires de Mme De Fontaine, ayant des missions similaires...


Commentaire :

Une qualité retrouvée

Jake Schreir hérite du projet du Suicide Squad marvélien, avec pour mission d'en faire d'une part une version plus marquante que le produit DC et d'autre part, de redonner un coup de peps à l'écurie Marvel empêtrée dans une phase 5 décousue à la qualité très inégale. Pour autant, ce film mettant en scène des seconds couteaux a peut-être un peu plus de liberté que les autres films. La scène d'ouverture de combat, en plan séquence et en plongée totale laissant apparaître les ombres des combattants (élément important pour la suite) donne le ton. Ce plan rappelle la séquence culte de Old Boy, le film d'action coréen. Si aucune scène de combat ne retrouve la classe de la première, elles ont le mérite d'être toutes bien chorégraphiées sans coupe excessive, ce qui les rend fluides. Les cascades sont pour la plupart réelles tout comme les décors, ce qui apporte de la pesanteur à l'ensemble. Le montage est globalement de bonne facture et calibré pour donner du rythme au film. Toutefois, il s'agit tout autant d'un drame que d'un film d'action, ce qui explique l'importance de dialogues qui ont toute leur place. Cela donne sa particularité au film, dont le genre de super-héros est épuisé. La dimension dramatique est donc bienvenue. Il manquera tout de même, peut-être, à l'ensemble un climax ou money time d'ampleur, porté par une musique orchestrale. Si cette scène est absente, il faut également souligner que la musique manquait peut-être aussi un peu d'ambition. Le compositeur Son Lux est en effet dans l'accompagnement, avec parfois quelques réminiscences bien trouvées d'Avengers, mais il ne propose jamais de leitmotiv fort et original. 

Un renouveau thématique : la dépression

Les thématiques ne sont pas le fort des films de super-héros en général, peut-être encore moins chez Marvel à quelques exceptions près. Le fait est que l'épuisement du genre n'est pas dû qu'à la mise en scène mais également aux thématiques traitées et retraitées par les différentes écuries. Et pendant un temps, il était à craindre que ce film retombe dans ces travers avec une nouvelle fois le thème de l'Etat profond devant être combattu par des individus ; la démocratie étant incapable de régler le problème par elle-même (bureaucratie bonne à rédiger des rapports et dotée de fonctionnaires pliant bagage à 4h de l'après-midi). Bref, une vision libérale voire ultra-libérale encore portée par un blockbuster américain. A ce titre, le personnage de Mme Fontaine, malgré la bonne performance de l'actrice Julia Louis-Dreyfus, est peu intéressant. Quelques références méta viennent redonner un peu d'intérêt au film avec la lassitude évoquée des fans de super-héros. Toutefois, c'est surtout l'apparition de l'antagoniste de l'intrigue qui redonne un souffle au film et à la saga. Bob est autant un personnage qu'un concept. Il représente la dépression dans ses différentes phases. Le film est intéressant puisque le concept de super-héros est appliqué à la dépression qui devient une super dépression. Or ici, ce ne sont pas les poings qui pourront résoudre le problème mais bien l'écoute et la compréhension. Le film souligne par ailleurs habilement qu'il faut être passé par un état dépressif pour se rendre véritablement compte des enjeux et du sérieux de l'état dépressif. Le sujet est loin d'être pris à la légère. Ainsi, Yelena est la meilleure oreille possible pour Bob. Cette thématique explique peut-être l'absence de climax qui aurait pour autant pu être émotionnel à défaut d'être dans l'action. Quitte à vouloir changer, la dimension dramatique aurait gagné à être appuyée pour vraiment emporter le spectateur. 


En définitive, Thunderbolts* est une bonne surprise pour conclure la 5ème phase Marvel. La mise en scène comme les thématiques viennent donner un nouveau souffle à la saga. Sans être une révolution, ce film choral montre que le studio Marvel Disney sait encore produire de la qualité. 



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samedi 8 mars 2025

Mickey 17

 



Synopsis :

Mickey Barnes est contraint de quitter la Terre pour embarquer dans une mission de conquête spatiale. Sans compétences, il signe pour être un remplaçable : un humain dont la mémoire est conservée et, qui peut être exploité et réimprimé autant que nécessaire...


Le commentaire :

Bong Joon Ho fidèle à lui-même

Bong Joon Ho arrive à Hollywood et a carte blanche pour faire un blockbuster de science-fiction. Le casting est à majorité occidentale, tout comme l'ouvrage dont il est adapté. Toutefois, la patte de l'auteur est visible à plusieurs niveaux. Tout d'abord, le travail sur les plans et la photographie est plus léché et symbolique que la plupart des blockbusters classiques. Le rapport aux corps, (corps violentés, presque pris à la légère pendant certaines scènes) rappelle également le cinéma (ou séries) coréen. Mais plus que la mise en scène, c'est la relation entre les personnages et la satire qui en est faite qui rappellent le cinéma de Bong Joon Ho. Le réalisateur écrit lui-même ses dialogues. L'humour est toujours présent dans le cinéma de Bong Joon Ho, l'ironie est constante, mais ce n'est jamais un rire de joie. C'est un rire jaune, en raison de personnages ayant des traits caricaturaux. Les situations sont ironiques mais le contexte est toujours lourd et tragique. Il est nécessaire de saluer le casting talentueux, au premier rang duquel Robert Pattinson, Mark Ruffalo, Toni Collette et Naomie Ackie qui donnent vie aux dialogues de Bong Joon Ho.  Au niveau musical, le travail est confié à Jaeil Jung qui livre une magnifique orchestration. Si les thèmes sont plutôt discrets, la musique trouver sa place et accompagne l'histoire tout du long. Ainsi, au niveau technique, le film est véritablement abouti.

Un vrai film de science-fiction... sur le capitalisme.

Les thématiques sont nombreuses, comme pour tout bon film de science-fiction. Il y a en plus ici une dimension politique. Les thématiques de science-fiction tournent autour de la mort et de la numérisation de la mémoire. Evite-t-on vraiment la mort si notre corps est détruit mais que notre pensée est sauvegardée ailleurs ? Pour la majorité des personnages du film, ce procédé évite la mort. Néanmoins, comme le laisse comprendre le film progressivement ; il y a bien un individu qui meurt à chaque fois. Cela est confirmé par la présence des multiples qui montre qu'il ne s'agit pas de clones mais d'individus à part entière. L'identité se traduit par la continuité. Copier une information crée un doublon identique mais ce dernier n'est pas la suite directe de l'original. L'original est un humain ayant conscience de sa mort et de sa finitude. Sa souffrance est certaine. Ainsi le traitement auquel est soumis Mickey pendant le film est plus qu'inhumain. Il est le produit rêvé du capitalisme, une main-d'œuvre humaine corvéable à merci et illimitée. Le fait de ne pas y voir un problème éthique n'est pas une erreur mais bien le choix du système en place. Ici la science-fiction rejoint le politique car toutes les thématiques du film sont le produit d'un capitalisme débridé. Il est incarné ici par une sorte de Trump du futur interprété par Mark Ruffalo. Ce chef vulgaire à l'intelligence moyenne ne pense qu'à lui et se voit en prophète de l'humanité. Il ne connaît que les rapports de force et n'a que faire de l'humain, en particulier des remplaçables. Il est à de multiples reprises raciste et misogyne car ces traits humains vont de pair avec la bêtise. Sa propagande personnel lui permet de contrôler les masses et de diffuser ses idées. Il brise finalement les règles établies, cela permettant de l'assimiler sans trop de doute à un fasciste. Mais si sa politique intérieure nous force ici à admettre que le fascisme et le vrai visage du capitalisme, sa politique extérieure le confirme. La mission spatiale n'est pas seulement une mission d'exploration mais bien (évidemment) de colonisation. Le capitalisme aboutit alors à l'impérialisme, ce qui implique de soumettre ou d'exterminer les populations locales aliens, assimilées à des êtres insignifiants. Le propos devient alors rapidement beaucoup plus politique que scientifique. Il s'agit finalement d'une dystopie politique, ou plus exactement d'une satire politique de notre époque (à quelques siècles près). 


En définitive, Mickey 17 est autant un film de science-fiction qu'une satire politique sur le capitalisme. Bong Joon Ho réussit le mélange des genres en mêlant ironie et tragique. 



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