Les sorties de la semaine

mardi 24 octobre 2017

The Square


Synopsis :

Christian est un conservateur de musée menant un vie bourgeoise. Son souci, vendre son exposition d'art contemporain au public dans un monde en concurrence...


Commentaire :

Mise en scène signifiante 

Ruben Östlund réalise un film très soigné à la mise en scène signifiante, ou autrement dit avec un réel sens. La réalisation n'est pas seulement narrative ; les règles de la narration sont rompues à plusieurs reprises, notamment lors des dialogues. Très souvent, le plan s'attarde sur un personnage pour montrer sa réaction alors qu'il n'est pas détenteur de la parole. La règle du champ / contre-champ n'est donc pas respectée car c'est le comportement des individus qui est intéressant à regarder pour le réalisateur. Au-delà de quelques transgressions, on imagine que La Palme d'Or 2017 n'a pu échapper à The Square, de part quelques très jolis plans, comme par exemple la plongée totale sur la scène dans les ordures. Ruben Östlund réussit également très bien à mettre en place des situations de tension en jouant sur la luminosité et les hors-champs. Si le film est esthétiquement très beau, on notera quand même une certaine longueur pour un propos assez vite compréhensible. L'absence de musique minimise aussi la majesté de la réalisation. 

Une histoire peu prenante

Parce que le film propose une critique de la société bourgeoise, l'intrigue se place et se développe dans ce contexte. Les péripéties et les états d'âmes de cette frange privilégiée de la population sont pertinents à montrer pour le propos défendu par le film mais leur histoire n'est pas particulièrement prenante. Ce qui maintient une certaine tension tout le long du film est la possible conséquence de l'action entreprise par Christian afin de récupérer ses affaires volées. La scène de spectacle du singe-artiste apporte également une folie passagère mais qui ne s'étend pas au-delà de la scène en question. On ignore d'ailleurs comment se termine cette sous-intrigue. Quelques passages jouant sur l'humour fonctionnent également à l'intérieur de certaines scènes. Néanmoins, le reste du film, en ce qui concerne la relation du père à ses filles, ses relations amoureuses, ou ses questionnements en terme d'exposition et d'art, est moyennement captivant car très banal. L'histoire peine donc à nous emporter en dehors de la réalité.

Des thématiques très fortes sur la société bourgeoise

Les intentions de Ruben Östlund sont claires, c'est un film critique sur notre société et c'est pour les messages qu'il contient que le film est intéressant. Les questionnements se structurent autour de la société bourgeoise, vivant dans son monde et selon ses codes.
La première critique concerne l'art contemporain qui est montré comme ne représentant plus rien car techniquement nul. Le tas de cailloux exposé est le meilleur exemple. Ce qui est intéressant est que même le conservateur Christian n'y croit pas, mais l'enjeu est simplement de vendre cette exposition au public, autour de concepts forts. La classe bourgeoise est donc une classe qui repose sur des codes mais dont les membres en connaissent l'artificialité.
Une deuxième critique assez forte en lien avec la première porte sur la communication dans les médias, et notamment les nouveaux médias. La jeune garde des communicants n'a d'autres idées que de créer le buzz afin de gagner la guerre de communication, quitte à produire un buzz qui renvoie à quelque chose de diamétralement opposé à ce qu'était le produit vendu (ici une exposition). Le buzz repose sur le fait de montrer quelque chose de clivant et donc pouvant déranger. Peut-on tout montrer ? Ou commence ou s'arrête la liberté d'expression ? Le film montre que la question n'est pas simple sans pour autant donner une réponse.
La troisième grande critique transversale concerne l'incohérence de cette classe bourgeoise qui se donne une image de pureté et de bonté mais qui est très peu enclin à aider les autres, que cela soit les pauvres mais également les siens. Cette classe est paradoxalement très individualiste et est dépeinte comme ayant horreur de ce qui sort des codes de la société. Le meilleur exemple est le spectacle de l'artiste-singe.
Ce questionnement nous mène justement à cette scène simiesque qui est intéressante car contient une réflexion en son sein ; celle de la fusion entre le créateur et la création/créature. Lorsque ce phénomène a lieu, le créateur perd tout contrôle sur son oeuvre qui vit d'elle même. Cela questionne le rôle du créateur qui est parfois complètement absorbé par son oeuvre, quitte à devenir fou. Notons que le vrai singe présenté dans une autre scène à l'air lui beaucoup plus calme que la représentation qu'en fait l'artiste.
Il s'agit là des grands questionnements du film mais on pourrait en souligner d'autres plus mineurs, sur les relations de pouvoir, la place de l'enfant (de la paternité) en Suède etc. C'est un film qui montre et dénonce énormément, car c'est une oeuvre où le fond prédomine. Quitte à nous narrer une histoire sage sans grand entrain, le film aurait peut-être pu se placer du côté de la démonstration plutôt que du côté de la dénonciation ou le simple fait de montrer les choses. La forme manque peps (ou de rigueur, les deux options sont possibles) pour nous permettre d'adhérer au propos, qui est lui fort juste.
Ce qui est paradoxal est que le film dénonce finalement une classe assez fermée sur elle-même mais le film s'adresse précisément à un public assez restreint. Peut-être faut-il comprendre que ce film est une remontrance pour ses propres spectateurs, ce qui serait audacieux et bien trouvé.

En définitive, la Palme d'Or 2017 traite de sujets pertinents en adressant une critique acerbe à une classe bourgeoise se refermant sur elle-même. Toutefois, le film ne captive que par intermittence. 


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mardi 17 octobre 2017

Kingsman : Le cercle d'or

Synopsis :

Eggsy, alias l'agent Galahad, est attaqué par Charlie, un ancien concurrent des sélections Kingsman. Charlie ne cherche toutefois pas la vengeance, il est au service d'une autre organisation... 


Commentaire :

Matthew Vaughn, maître du film narratif

Matthew Vaughn reste pour l'instant l'assurance d'un très bon film de divertissement. Il renouvelle l’exploit pour ce second Kingsman. Il n'y a actuellement pas meilleur réalisateur pour raconter une histoire à l'écran. Inclure des dilemmes très quotidiens à des héros hors-normes est sa façon de faire, afin de plonger le spectateur dans des enjeux qui lui parlent. Au-delà de cette astuce, il possède une science du montage qui lui permet de raconter des scènes de manière très fluide sans longueur mais toujours en prenant soin de l'image, du cadre et du mouvement dans le cadre. Les chorégraphies de combat sont à nouveau superbes. Matthew Vaughn ne remet pas en cause les règles du montage narratif; il excelle à les appliquer. Ainsi, ces films sont toujours immersifs, à défaut d'être réflexif : le film emporte le spectateur dans la narration. Matthew Vaughn est ici à nouveau accompagné de son compositeur fétiche, Henry Jackman, à qui il laisse toujours un temps pour exprimer sa musique orchestrale. Henry Jackman est actuellement un des plus doués à Hollywood et réitère dans la continuité du précédent Kingsman. Son rôle est tout à fait important pour la plupart des scènes, en amplifiant la volonté contenue dans l'image de Vaughn. Le compositeur nous gratifie même d'un des plus beaux thèmes qu'il avait utilisé sur X-Men Le commencement (Rage and Serenity). C'est tout à fait inédit de ramener un thème d'une autre saga, mais ce dernier est intégré avec brio. 

Ambiance rétro, maîtrise et rupture des codes

La marque de Matthew Vaughn est de faire référence aux années de la deuxième partie du XXème siècle (principalement 50-60-70). C'est le cas pour ce second épisode de Kingsman, toujours par le biais des Kingsmans, dans un style gentleman de l'aristocratie anglaise, mais également ici par le biais de l'univers de Poppy, ancré dans les Etats-Unis des années 50. Vaughn renvoie à l'imaginaire fantasmé des années passées et participent également à embellir visuellement ces périodes. Il leur donne un petit côté kitch sublimé. De plus, le réalisateur de X-Men le Commencement est également fan des films de cette période. Les films d’espionnage (et de super-héros) sont parodiés dans un style pastiche, comme pour le premier épisode, avec la reprise des codes et de la mise en scène mais pour des actions parfois risibles! Le contraste crée participe à l'humour. Il faut également mentionner que le film cite et pastiche certaines scènes du premier épisode! Il est donc conseillé de l'avoir vu pour ne pas passer à côté d'un ressort humoristique. 

Des thématiques au service de la narration

Chez Matthew Vaughn, les thématiques ne sont jamais primordiales. Elle sont présentes parce-qu'elles donnent du sens à la narration, mais on ne peut dire que Vaughn réalise des films à messages. Le but est avant tout de divertir. Ce qui est intéressant (et amusant en même temps) est que les méchants des Kingsmans ont de bonnes raisons pour agir, des raisons justes (mais les moyens pour arriver à cette fin laissent à désirer). Précédemment, Valentine pointait du doigt la surpopulation de la planète et son impact sur l'environnement. Ici, Poppy questionne le pourquoi de l'interdiction des drogues alors que d'autres substances dangereuses (alcool, sucre, tabac) débouchent sur plus de morts, tout en étant légales. C'est une opposition très simple et réductrice mais cela met en effet en lumière des incohérences de société. Le slogan de Poppy est de manière ironique "Save Life, Legalise" et souligne les effets négatifs de la prohibition. Toutefois Vaughn ne prend pas vraiment parti ici car l'objectif est simplement de créer un décalage entre les méchants et leurs nobles raisons d'agir. Par ailleurs, ceux censés être gentils ne sont jamais totalement blancs, que cela soit la société Kingsman dans le premier épisode ou le Président américain ici. Le fait que les raisons des méchants ne soient pas totalement extravagantes permet aux gentils de passer d'un camp à l'autre (Whiskey ici). De ce fait, le spectateur ne peut pas totalement en vouloir aux gentils "traites" qui finalement rejoignent une cause juste. La frontière entre le juste et l'injuste ne se détermine donc pas seulement à la cause mais aux moyens permettant de faire prévaloir la cause. Dans Kingsman, les méchants/ou traîtres se singularisent par le fait qu'ils sont prêts à tuer des millions d'individus pour y arriver. En ce sens, Kingsman est une bonne saga pour réfléchir à la question : est-ce que la fin justifie les moyens ? 

En définitive, Kingsman Le Cercle d'or est un excellent divertissement doté d'une réalisation soignée. L'ambition du film se limite au divertissement mais cela est fait avec brio. 


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dimanche 8 octobre 2017

Blade Runner 2049


Synopsis :

L'officier K est à la recherche des anciens nexus (ou "réplicants"), clones humains modifiés, qui ne sont pas considérés comme assez obéissants. Lui même est un réplicant de nouvelle génération obéissant mais qui commence à se poser des questions à force de tuer ses semblables...


Commentaire :

La perfection technique 

Denis Villeneuve est de retour avec un nouveau chef d'oeuvre visuel. On pourra peut-être reprocher des choses à ce film mais pas sa qualité technique. La réalisation est narrative mais ne se contente pas de l'être, il existe de nombreux plans d'ensemble, de demi-ensemble ou en pied qui visent à travailler l'ambiance et la profondeur de cet univers. Chaque plan bénéficie d'une composition de couleurs et de formes et, est autant partie prenante de la narration que d'une intention contemplative. Concernant le rythme, Blade Runner 2049 est fluide et sans rupture (ou lenteur) malgré une durée non loin des trois heures. Il y a toujours une tension ou une ambiance qui est susceptible de maintenir l'intérêt du spectateur, ne serait-ce parfois que par un mixage sonore d'une perfection incontestable. Faut-il encore c'est vrai, adhérer à cet univers. Les scènes de combat ont la rare qualité d'être peu découpées et offrent une sensation d'intensité plutôt que de violence. La réalisation est donc réellement appréciable et détonne d'avec les blockbusters classiques. A cela il faut ajouter le travail de Hans Zimmer qui pèse de tout son poids sur l'ambiance, avec à ce qui s’apparente plus à une bande sonore d'ambiance qu'à une réelle composition orchestrale, mais d'une puissante incontestable. L'expérience sensorielle est donc pleine dans ce film. 

Personnages et histoire [Spoilers]

K, le personnage de Ryan Gosling est la colonne vertébrale de l'intrigue, non par son rôle dans l'histoire mais pour le point de vue de K, adopté par le film. Cela offre des retournements de situation non prévisibles et bienvenus, et permet de comprendre la psyché du "héros", qui n'est lui même qu'un robot organique. Tous les personnages sont intéressants parce qu'ils paraissent tous avoir une réelle profondeur qui malheureusement n'est pas assez exploitée à l'écran. Il manque en effet certains ressorts pour comprendre leurs motivations (tous hormis K). L'intrigue n'est pas compliquée mais non évidente car rien n'est dit explicitement. Par exemple : qui a inséré les souvenirs de K et pour quelle raison ? En sommes, pourquoi est-il impliqué dans cette histoire ? Ou alors, qu'est-ce que (qui est) le garçon ayant le même ADN que la fille de Deckard ? Peut-être que le film l'explique mais cela n'est pas dit clairement. Au-delà de l'histoire, tous les acteurs font un travail remarquable avec une mention spéciale pour Ana de Armas, incroyable en intelligence artificielle. 

Les thématiques, prometteuses mais non abouties [Spoilers]

Comme tout film de science-fiction, Blade Runner 2049 est riche en thématiques. Elles sont diverses et peuvent être regroupées autour de trois grands questionnements majeurs.
La première thématique est "l'âme" des Nexus, à savoir si les Nexus sont des êtres conscients disposant de droits politiques. La question est pertinente mais trop évidente. Il s'agit bien d'individus de chair et sang, dotés d'une conscience mais modifiés génétiquement. La question était plus intéressante dans le livre puisque les nexus étaient en partie électroniques. Mais au XXIème siècle, le film enfonce des portes ouvertes... contrairement aux questionnements sur la conscience numérique. Ou alors, les réplicants sont représentés de façon trop humaine à l'écran pour que la question soit pertinente. Le point de vue de K choisi par le film finit de rallier le spectateur à sa cause s'il avait des doutes. Le fait que les Nexus puissent avoir des enfants ne changent en vérité pas la question de fond car ce n'est pas le fait de pouvoir se multiplier qui est un critère pertinent. Il est vrai que le fait de pouvoir créer et de n'être plus simplement un produit peut jouer sur le symbole, mais cela ne les rend pas plus conscients qu'avant. Il reste que le questionnement sur les réplicants est une manière de poser la question de l'altérité, ce qui est intéressant.
La deuxième question posée mais non tranchée est celle de l'intelligence artificielle et il y avait là énormément de potentiel. Joi, l'intelligence artificielle de K est très intéressante et paraît un moment dotée d'une conscience. La réflexion sur l'ADN (4 lettres) et le code binaire informatique est très pertinente. L'intelligence robotique peut-elle être consciente ? Le film semble répondre par la positive avant qu'une publicité géante de la compagnie ayant crée Joi viennent affirmer que Joi n'est qu'un personnage disant ce que vous voulez entendre. Il s'agit donc plutôt d'une intelligence très poussée que d'une conscience. Cela jette le trouble puisque le film semble alors aborder la question sans donner une réponse. La réflexion est ici désamorcée mais la question reste intéressante.
Le dernier questionnement important est celui des souvenirs. C'est peut-être le questionnement le mieux abordé sans qu'il soit complètement tranché. K a reçu des souvenirs réels alors que tous les nexus n'ont que des souvenirs artificiels. Il se prend alors pour la personne dont il a reçu les souvenirs. La question est alors : si K possède les souvenirs de l'enfant de Deckcard, peut-il prétendre être son fils bien que cela ne soit pas le cas génétiquement ? Le film semble dire que non mais la question est plus pertinente qu'il n'est paraît. Après tout, tout individu est déterminé par le passé, autrement dit par sa mémoire (ou son expérience de vie). Si pour Deckard, il n'est pas son fils, K lui peut se considérer légitiment comme tel.
Il s'agit là des grandes problématiques mais d'autres problèmes sont également survolés.
Wallace évoque la condition d'une civilisation (d'une économie), qui est le besoin de se reposer sur des esclaves. L'Histoire lui donne raison par les énormes inégalités que l'on y trouve. La question aurait mérité d'être approfondie pour savoir si une éventualité d'éviter cette situation existait, par exemple avec le concours de robots ? Et non d'êtres vivants réduit cyniquement en esclavage.
Il existe enfin un dernier questionnement possible, plus suggéré qu'évoqué. Il s'agit de celui du rapport entre l'Etat et les compagnies privées. Il semble que dans ce monde dystopique, l'Etat (représenté par K et son institution), soit complètement dépassé par la puissance de la compagnie de Wallace. La dystopie serait-elle celle du néo-libéralisme et de l'Etat faible face au secteur privé ?

En définitive, Blade Runner 2049 est une très grande réussite technique. Les thématiques soulevées sont intéressantes. Que la réflexion eût été un peu plus poussée et le chef d'oeuvre était là.



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jeudi 14 septembre 2017

Mother


Synopsis : 

Un couple vit dans une maison isolée à la campagne. La femme essaye de reconstruire la maison qui avait brûlé par le passé tandis que l'homme, un écrivain célèbre, tente de retrouver l'inspiration. Alors que chacun s'affaire à sa tâche, des individus s'invitent chez eux... 


Commentaire :

Une réalisation au plus près de Jennifer Lawrence

Darren Aronofsky est un réalisateur duquel on attend beaucoup. Sa mise en scène se structure autour de Jennifer Lawrence, qui est le centre de toutes les attentions. Du cadre américain au cadre rapproché, elle est l'objet de plans assez longs, ce qui indique par ailleurs qu'elle également la muse de Darren Aronofsky [les deux artistes se sont d'ailleurs mis ensemble depuis le tournage], à l'image de son personnage pour Javier Bardem dans le film. En cela, la réalisation tranche avec le cinéma hollywoodien mais ces plans privilégiant le réalisme à la perfection de l'image ne sont pas si novateurs pour qui justement s'essaye à autre chose qu'à Hollywood. Le réalisateur de Noa, reprend par ailleurs quelques artifices du cinéma d'horreur avec cette caméra toujours collée à l'héroïne et qui laisse ainsi le reste de l'espace dans l'incertitude. Cela fonctionne plutôt bien puisque le film réussit parfaitement la mise en tension. Darren Aronofsky s'appuie également sur un mixage sonore calibré au point pour attiser un malaise sensoriel. En revanche, la bande musicale se fait presque oublier. La dernière chose à noter est la manière dont le réalisateur film les processus / les évolutions. Cela est présent dans tous ses films et l'ont retrouve certaines scènes concernant la maison qui évoque l'évolution des corps [au sens large - la matière plus généralement]. 

Un casting prestigieux et talentueux

Le nom de Darren Aronofsky suffit normalement à attirer le cinéphile mais ici, un casting cinq étoiles est en plus présent. Jennifer Lawrence porte le film et il ne pouvait en être autrement puisque son personnage est l'objet même de l'oeuvre. Parfois à la limite du sur-jeu, sûrement sur les conseils du réalisateur, elle livre une nouvelle fois une performance plus qu'honorable. Elle est épaulée par des acteurs également excellents : Javier Bardem, Ed Harris et Michelle Pfeiffer dont la performance est notable.

Les thématiques : trop peu de clarté [spoilers]

Malgré une mise en scène plutôt appliquée et un casting prestigieux et performant, le film péche dans son intention. Tout grand film a des thématiques fortes et défendus. Mother est un film construit à partir des thématiques et en ce sens, le fond est beaucoup plus important que la forme, qui n'a aucun intérêt sans le fond. Il s'agit d'une caractéristique typique du chef d'oeuvre, si ce n'est que le fond n'est pas compréhensible ici... Il est certes possible de comprendre rapidement que tout ce qui est à l'écran n'est en réalité qu'un niveau de lecture à dépasser mais il est difficile d'aller plus loin. C'est là tout le problème de ce film, le spectateur doit l'interpréter. Autrement dit, le réalisateur, en ne donnant aucune piste, ne peut défendre ses idées. Il n'est pas interdit d'avoir une ambition élitiste ou ésotérique mais un film doit pouvoir guider ses spectateurs. Si le réalisateur est le seul à pouvoir comprendre son oeuvre, quel est l'intérêt ? Un film doit être compréhensible sans les commentaires du réalisateur ni même d'ailleurs la connaissance de sa filmographie. Un film doit être une oeuvre compréhensible en et par elle-même. 
Après avoir dit cela, nous pouvons tenter plusieurs interprétations qui semblent s'entrecroiser dans le film mais il est difficile de leur donner de la valeur puisqu'on ignore s'il s'agit vraiment de la vision de Darren Aronofsky. 
Il est possible de voir trois niveaux de lecture entre-mêlés.
Le premier, très direct et même trop évident pour que cela soit l'intention du réalisateur, serait une réflexion sur le couple. L'homme aime sa femme mais désire plus, il souhaite l'adulation, ce que lui permet d'obtenir ses œuvres. Comme le dit Jennifer Lawrence, l'homme aime le fait d'être aimé et non la personne qui délivre cet amour. Par ailleurs, l'homme représente le patriarcat en prenant toutes les décisions. Finalement, cela le conduit à délaisser le simple bonheur qui lui procure sa femme et à être aveuglé par l'amour fanatique de ses fans.
Un second niveau de lecture, sans connaissance de la filmographie du réalisateur mais en poussant la réflexion, pourrait consister à voir : la maison comme un cadre créatif, l'écrivain (Javier Bardem) comme l'artiste et Jennifer Lawrence comme l'allégorie de l'inspiration (certains personnages l'appellent ainsi). Il s'agit donc d'une réflexion sur la création artistique. Le problème de l'écrivain dans ce cadre idéal est qu'il manque de rugosité et d'altérité pour écrire malgré la présence de sa muse. Il laisse donc entrer d'autres personnes dans la maison (d'autres idées dans l'esprit) ce qui lui permet à nouveau d'écrire. Toutefois, à force d'être perméable à l'extérieur, il finit par être submergé d'idées et délaisser le sujet même de son oeuvre, sa muse, écrasée par la multitude. L'enfant du couple, laisser aux "Autres" peut être également l'allégorie d'une idée qui partagée, finit par être maltraitée, déformée et détruite. 
Une dernière hypothèse peut être trouvée, si l'on connait l'intérêt d'Aronofsky pour les questions métaphysiques et la création originale (divine) qui parcourent sa filmographie. Dans ce cas, Javier Bardem serait Dieu, Jennifer Lawrence serait "Mother" ou mère-nature (certains personnages font référence à elle comme étant "la vie"), et les autres personnages seraient les humains. Les deux premiers humains (Harris et Pfeiffer) sont chassés du paradis après avoir cédé à la curiosité et casser le cristal. Cela ne serait pas insensé puisque le personnage de Jennifer Lawrence dit vouloir créer un paradis et par ailleurs, Javier Bardem chasse les deux premiers Hommes de sa salle de travail en condamnant la porte. Les autres éléments allant dans le sens de cette interprétation est le fait que les fils des deux premiers Hommes s'entre-tuent comme Caïen et Abel. Toutefois, cette interprétation aurait été plus aisée si au moins, Aronofsky avait choisi de nommer explicitement un de ses personnages par un nom biblique ou qu'un élément comme la pomme, le serpent, etc, puisse réellement confirmer cette thèse. Quoiqu'il en soit, dans cette perspective, on voit les Hommes maltraiter mère-nature malgré ses injonctions et Dieu pardonner sans arrêt ses créatures jusqu'à oublier mère-nature qui est normalement, sa première création. Cela est complexe car il s'agirait d'une relecture de la création originale par Aronofsky, comme si tout cela n'était pas déjà assez flou. On retrouve donc un Dieu aimant l'adulation des Hommes quitte à oublier la nature, à l'image de la situation contemporaine. Si on est croyant, cette vision est plutôt logique puisque c'est ce à quoi la situation actuelle laisse penser. En revanche, pour un athée, le traitement de la nature par l'utilisation d'allégories bibliques n'est pas évident et peu pertinent. Le dénouement de tout cela est la vengeance de la nature, poussée à bout, qui détruit toute création. On ne peut être totalement en désaccord avec cette vision pessimiste de l'Homme dans sa relation avec la nature... si c'est bien cela que voulait nous dire Aronofsky. Que cela est alambiqué!
Est-ce que toutes ces interprétations sont correctes, peut-être, mais la barque est trop chargée pour arriver à bon port. 

En définitive, Darren Aronofsky nous livre une oeuvre trop ambitieuse qui risque d'en laisser beaucoup sur la touche! Inutilement complexe. Heureusement, Jennifer Lawrence brille une nouvelle fois. 



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mercredi 2 août 2017

La Planète des Singes : Suprématie


Synopsis :

15 ans après le début de l'épidémie de la grippe simienne, les derniers humains cherchent à éliminer les singes. César, toujours à la tête de ces derniers, essaye d'assurer leur survie...


Commentaire [Spoilers] :

Réalisation efficace

La trilogie de La Planète des Singes aura été choyée. Matt Reeves réitère une bonne performance pour le dernier épisode. La mise en scène est fonctionnelle, au service de la narration, agrémentée de temps à autre de jolis plans de semi-ensemble (avec le paysage en arrière plan) ou plus rapprochés. Sans révolutionner la réalisation, Matt Reeves réussit parfaitement à raconter et dérouler l'intrigue. La tâche n'est pas si aisée puisque les singes ne parlent oralement que peu entre eux, sinon par la langue des signes. Pourtant l'histoire est limpide, avec, il est vrai, l'aide d'un dialogue important entre César et le Colonel. Les singes, parce-qu'ils représentent le meilleur de l'humain, bénéficient régulièrement de gros plans montrant toute la profondeur et complexité de leur être. Cela fonctionne d'autant plus qu'il faut saluer encore une fois l'incroyable qualité des effets visuels de la Weta qui apporte toute sa crédibilité aux personnages (singes) ainsi que les acteurs de la motion - performance capture. Le seul petit reproche sur la mise en scène ou l'histoire est parfois la surprenante façon qu'ont les singes de ne pas se faire remarquer par les humains, et cela pendant plusieurs scènes au cours du film. La manière dont les singes prisonniers récupèrent la clef est également un peu facile... Voilà les seuls bémols car le film fonctionne. Il fonctionne également du fait de l'excellente bande musicale et de son orchestre symphonique. Il n'est pas étonnant de retrouver Michael Giacchino, sûrement un des meilleurs compositeurs à Hollywood, dans la lignée de John Williams. La Planète des Singes Suprématie est un film d'action et d'émotion, et la puissance de la bande musicale n'est pas étrangère à cela. 

Un film riche en symboles et messages

Le film est fort car il peut dénoncer deux situations à la fois. On peut prendre le film au premier dégrée et y voir une dénonciation du traitement des animaux, singes en particulier mais également animaux de zoo, par les Hommes. Toutefois, on peut également voir dans les singes une allégorie de l'Autre en général. La manière dont les singes sont traités rappelle sous certains aspects la manière dont les esclaves étaient traités, avec parfois des contremaîtres noirs pendant la traite négrière. Les singes représenteraient ainsi une partie de l'humanité maltraitée par une autre partie en situation de domination, ce que le travail forcé des singes suggère. Cette vision serait cohérente avec le fait que les représentants de ce qu'il y a de meilleur chez l'humain (pardon, respect, valeur, sensibilité, sagesse, finesse d'esprit) sont bien les singes dans le film. Les humains sont au contraire tous méchants à l'exception d'une petite fille touchée par la mutation du virus. Toutefois, cette petite fille a plus pour rôle de montrer que les singes peuvent être bons envers les humains que de témoigner d'une part de bonté dans l'humanité. L'humanité, en tant qu'espèce, est représentée par le personnage du colonel qui est d'une rationalité froide (il ne pense qu'en termes militaires). Bien qu'effrayant, le personnage est travaillé et son background (en plus de la performance de Woody Harrelson) donne une réelle crédibilité à son action. Toutefois, le message du film est clair, l'humanité ne mérite pas dominer le monde. C'est d'ailleurs l'affrontement entre humains et non l'affrontement entre singes et humains qui met un terme à l'humanité. L'humanité est responsable du virus mais également de sa disparition définitive. César lui, n'est pas un chef de guerre mais le guide d'un peuple : il est Moïse, guide du peuple juif face aux Égyptiens comme décrit dans la Bible. La mise en relation de ces figures est plus qu'une simple supposition : les Égyptiens finissent par être emportés par la mer comme ici les Hommes par l’avalanche (l'élément naturel eau à chaque fois, comme châtiment). Et puis surtout, Moïse embrasse la terre promise de ses yeux mais n'y met jamais le pied : la mort de César n'a pas de sens si un lien n'est pas fait avec Moïse. Le paysage final et les couleurs laissent d'ailleurs suggérer qu'il s'agit bien de la terre promise.

En définitive, La Planète des Singes Suprématie conclue avec brio la trilogie inspirée de l'oeuvre de Pierre Boulle. L'histoire est prenante, la mise en scène est efficace et la morale est pertinente.




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jeudi 27 juillet 2017

Valérian


Synopsis :

Valérian et Laureline sont des agents spatiaux du XXVIIIème siècle, au service de la fédération. L'histoire de la tragique disparition du peuple des Pearls 30 ans auparavant refait jour lors d'une mission des deux coéquipiers... 


Commentaire :

Une direction artistique très travaillée 

Luc Besson est un metteur en scène talentueux qui ne déçoit jamais au niveau de sa direction artistique. La bande dessinée avait un style graphique abouti, il en va de même pour le film. C'est avant tout le jeu sur les couleurs qui impressionne, autant au niveau des paysages que pour l'ensemble du bestiaire présent à l'écran. Les races extraterrestres sont foisonnantes et inventives alors que certains paysages, certes jolis (déserts, océans), rappellent l'univers d'autres films : il est vrai que Valérian arrive après beaucoup de films de SF et de Space opéra, bien que la BD les ait souvent elle-même inspirés. Quoiqu'il en soit, l'écran est toujours plein et très animé, ce qui renforce le caractère vivant de cet univers foisonnant. Les cadres sont également très bien choisis, ce qui témoigne d'une photographie réfléchie. Cara Delevingne est particulièrement mise en valeur par la mise en scène (en plus de ses costumes) : elle est toujours filmée avec attention (gros plans de profil ou de trois-quart) et ce n'est pas étonnant lorsqu'on sait que le personnage de Laureline est le premier amour de Luc Besson. Le montage est lui plutôt classique : c'est donc bien la beauté dans le cadre qui donne une réelle plus-value à cette super-production française (presque 200 millions d'euros) par rapport aux blockbusters américains. Le seul regret de mise en scène est parfois un montage trop rapide et une caméra bougeant trop rapidement lors des scènes d'action. Les plans sont parfois un peu courts, d'autant plus qu'il y a toujours quelque chose à voir dans dans le cadre. L'atmosphère du film est soutenue par la bande musicale d'Alexandre Desplat, fine et mesurée avec un orchestre symphonique. Toutefois, il n'y a pas de thème particulièrement marquant . 

Une intrigue qui peine à accrocher

L'histoire des deux héros manque un peu de peps. Peut-être que les acteurs sont un peu trop jeunes pour être crédibles dans leur rôle, malgré une bonne performance. Les seconds rôles comme ceux de Rihanna ou d'Alain Chabat sont également bien interprétés mais trop peu exploités. Les personnages manquent de profondeur pour qu'on puissent réellement s'y attacher, à l'exception de la très bonne travaille des trois extraterrestres "canards" et des Pearls qui bénéficient d'un long temps d'écran. Toutefois, même l'univers n'est pas assez exploité et ne se dévoile pas de lui même, si bien que des scènes d'exposition sont parfois obligées de faire le travail (l'ordinateur Alex décrit la station Alpha lors de l'arrivée de Valérian et Laureline comme s'il lisait la description détaillée du scénario). L'univers demande à être vécu et non simplement vu ou décrit. Laureline est le personnage le plus intéressant, pilier de l'histoire, mais les autres manquent un peu de complexité et d'originalité, le méchant en particulier mais également le peuple Pearl (semblable aux Na'vis d'Avatar). Le méchant est d'ailleurs repérable trop rapidement. Il n'y a que peu de retournement de situation. Le scénario est alors trop mécanique, peu original et manque d'épaisseur sur certains aspects pour amener plus d'émotion. Il est donc difficile de s'investir pleinement tout au long de l'histoire (la deuxième partie notamment). Cela confirme que Luc Besson est plus doué au niveau des visuels que de l'écriture, voire que de la réflexion philosophique...

Les messages du film : justes mais assez convenus [Spoilers]

En effet, le film est plus un space opera qu'un film de science-fiction au niveau de ses questionnements, bien qu'étrangement, Luc Besson essaye dans la scène pré-titre de l'annoncer comme un film de SF. C'est en vérité un film assez proche du genre merveilleux car les technologies présentes ne témoignent pas d'une volonté de crédibilité mais bien d'un libre court à l'imagination. Il n'y a donc pas dans Valérian les grandes interrogations de société relatives aux films de science-fiction, ni les grandes questions métaphysiques qui hantent l'humanité (présentes par exemple dans Lucy, le dernier Besson). La faute sûrement à l'enjeu du film : il s'agit de la simple enquête de deux agents spatiaux. Un méchant trop manichéen empêche également de poser la réflexion plus loin : il représente une humanité destructrice et arrogante qui refuse de porter de l'importance aux autres créatures. En face, les Pearls sont des êtres parfaits, c'est la seule chose qui les caractérise. Mais il n'y pas de réflexion sur la perfection : ils sont à notre sens trop parfaits puisqu'ils assimilent l'ensemble des connaissances disponibles en seulement trente ans alors qu'ils ignoraient tout de l'univers avant : par exemple, ils ignoraient les mathématiques et la philosophie... Et comment des êtres peuvent-ils être parfaits et justes sans connaître la philosophie ? Bref, les groupes antagonistes sont schématiques et manquent de chair pour que leur confrontation pousse à la réflexion. Il s'agit d'une philosophie très primaire. Le seul questionnement intéressant mais non abouti naît de l'opposition entre Laureline qui représente la sensibilité et l'amour, et Valérian qui représente le respect de la loi. Etant tous les deux gentils, leur opposition a un intérêt pour le spectateur mais là encore, cela ne va pas assez loin. La conclusion est que le cœur doit avoir raison des règles. Pourquoi pas, mais il aurait plutôt été intéressant de montrer que les règles devraient être soumises à l'esprit critique, c'est à dire à la Raison, plutôt que de dire qu'elles doivent simplement s'effacer face à la sensibilité. Les règles peuvent être utiles et, de la sensibilité, ne sort pas nécessairement le bien et le juste. 

En définitive, Luc Besson réalise une sublime oeuvre visuelle mais banale au niveau de l'intrigue et simpliste au niveau des réflexions. 


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dimanche 23 juillet 2017

Dunkerque


Synopsis :

Mai 1940, les alliés sont acculés par l'Allemagne à Dunkerque. Les Britanniques optent pour la retraite afin de pouvoir mener la bataille d'Angleterre. Les Français résistent tant bien que mal pour permettre l'évacuation... 


Commentaire : 

Une réalisation âpre 

Nolan est le maître du réalisme et cela se voit d'abord dans son image rugueuse. L'image est terne, non sublimée et sert à montrer l’âpreté d'un théâtre de guerre. Toutefois, le film ne prend jamais le chemin trop facile du gore pour marquer les esprits. Ici, ce sont les continuelles péripéties qui s'enchaînent et ne finissent jamais qui soulignent combien la guerre est difficile pour le mental des protagonistes. Certaines images, notamment aériennes, n'en sont pas moins très belles et rappellent que Nolan sait également trouver les cadres, tout cela en limitant au plus l'ajout numérique. Concernant la réalisation et notamment le montage, Christopher Nolan ne prend pas le chemin de la simplicité. Sa mise en scène est fonctionnelle, peu symbolique, ce qui n'est pas étonnant venant d'un cartésien comme lui. En revanche, la narration à l'échelle du film est alambiquée. En effet, ce ne sont pas les mêmes échelles de temps qui sont mis à l'oeuvre, sur la jetée (une semaine), sur mer (un jour) et dans le ciel (une heure). Ce qui fait que le montage alterné (des actions qui se passent en même temps) qui suit plusieurs groupes de personnages n'est en réalité pas un montage alterné mais un montage parallèle (les actions sont mis en relations mais ne sont pas concomitantes dans le temps). Cette petite extravagance tranche avec le blockbuster classique mais provoque une confusion déconcertante. Une mise en scène travaillée est appréciable mais cela ne doit pas se faire au détriment de la clarté de la narration. Peut-être que cela sert à souligner le chaos de la guerre du point de vue des protagonistes, mais cela reste une hypothèse. Au delà de la narration, le reste de la technique est, comme toujours chez Nolan, proche de la perfection. Le mixage sonore est très réussi et force à l'immersion sur le champ de bataille. Tout cela est soutenu par la bande musicale de son partenaire habituel Hans Zimmer. Ce dernier travaille particulièrement l'ambiance avec une musique fondée sur des bruits de montre et des bruits d'avion répétés de manière mécanique qui donnent une atmosphère pesante. La question du temps s'entend et se ressent avec Hans Zimmer. L'image de Nolan s'appuie à ce titre beaucoup sur la bande son de son compositeur. A noter qu'il n'y a pas de grands thèmes d'orchestre symphonique. La musique est en effet, également sobre, âpre et volontairement peu engageante. 

Un point de vue britannique de l'Histoire

Le point de vue de l'Histoire de l'évacuation de Dunkerque est incontestablement britannique. Tout d'abord, parce-que les adversaires sont pratiquement invisibles. Il n'y a aucun plan sur un visage allemand, à la rigueur quelques rares formes floues de casques en fin de film. Lorsque les adversaires sont les plus visibles, ce sont leurs machines qui le sont (les différents avions), cela contribuant à la dépersonnalisation des Allemands. Peut-être là encore une intention : la guerre n'est-elle pas un processus de déshumanisation de l'autre ? Une hypothèse que l'on ne peut confirmer. Le sort réservé aux alliés est tout aussi étonnant. Les Belges passent à la trappe et les Français sont dépeints de façon peu valorisante, alors qu'ils ont en réalité permis le retrait britannique en résistant vaillant aux Allemands en surnombre. Pire, une des dernières phrases d'un haut gradé anglais "Je reste pour les Français" laisse supposer que les Anglais sont les seuls artisans de cette opération. Choisir un point de vue n'est en soi pas nécessairement mauvais, mais cela contribue à construire des représentations oubliant une partie de la réalité.

Un film sans message ? 

Les films de Christopher Nolan sont en général meilleurs lorsque ce dernier est associé à son frère Jonathan pour le scénario. Ici, Christopher est tout seul. Le scénario, qui est le cœur des films de Nolan, est paradoxalement absent, presque dans une volonté de réduire cette histoire à une description de la guerre. L'histoire s'en retrouve moins prenante et reste au niveau du survival. Cela se ressent également dans l'attachement aux personnages sans profondeur et pourtant interprétés pour certains par des acteurs fétiches de Nolan (Tom Hardy, Cillian Murphy). Cela peut correspondre à la volonté du réalisateur mais nous regrettons que l'histoire ne tienne finalement que du fait du suspens et non de l'intrigue.
Si le film n'a qu'un maigre scénario, celui-ci a t-il un message ? Les Batman ou encore Interstellar avaient un message - ou plus humblement une réflexion - sur la société et le monde. Dunkerque à l'image de son scénario, n'en a pas vraiment. Seul le groupe de marins civils délivre quelques pensées : la persévérance dans l'accomplissement de la mission, la vérité parfois non nécessaire (ne pas dire au soldat que le jeune de 17 ans est mort). Cela est tout de même un peu décevant pour un film de Nolan. Toutefois, si son intention n'allait pas au-delà de la description du chaos et de l'imprévisibilité de la guerre, sa mission est accomplie. 

En définitive, Nolan réalise un film âpre sur la guerre à partir de points de vue singuliers de soldats britanniques. Le film est techniquement réussi mais un scénario plus charnu et une réflexion sur le propos étaient également attendus pour un réalisateur de cet acabit.  



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