Les sorties de la semaine

samedi 8 janvier 2022

Kingsman

 

Synopsis : 

Alors que la Première guerre mondiale est sur le point de se déclencher, le Duc d'Oxford tempère son fils qui rêve de partir sur le front. Le Duc est en effet toujours peiné par la mort de sa femme et ne souhaite pas que son fils rentre dans un cycle de violence. Il préfère une méthode plus discrète et moins brutale : l'information...

Commentaire :

Matthew Vaughn dans son style

Matthew retourne derrière la caméra (et au scénario) pour réaliser le troisième épisode de la saga des Kingsman. Ce prequel dans sa mise en scène bénéficie des qualités formelles des précédents épisodes, c'est à dire d'un soin particulier pour produire du divertissement. Les scènes de combat sont à nouveau extrêmement léchée, le paroxysme étant la confrontation impliquant Raspoutine dans un style qui rappelle les danses russes. Le combat final à l'épée dans un style Errol Flynn, parfaitement mis en image également, a été agrémenté de quelques innovations comme des plans "subjectifs" pris depuis la garde de l'épée. Plus généralement, tous les combats bénéficient d'une chorégraphie aboutie avec un montage dynamique sans qu'il ne soit frénétique et déstructurant pour la scène. Le reste du film bénéficie de plusieurs artifices visuels, de faux plans séquences, dont certains plans de départ ou d'arrivée laissent penser à une inspiration de la BD. Les reconstitutions d'époque sont assez soignées, notamment quand les décors sont faits en dur, comme pour les tranchées dans des tons de couleurs plus vifs qu'à l'accoutumée. En revanche, les décors faits en CGI (le lieu où habite le grand méchant) sont un peu moins convaincants mais il aurait été effectivement impossible de trouver un lieu naturel s'en approchant. A la musique, Henry Jackman est cette fois-ci absent. C'est son habituel binôme Matthew Margeson qui prend la suite sans qu'il soit possible de savoir qu'il y a eu changement (ou plus précisément demi-changement) de compositeur. La réalisation laisse beaucoup de place à la musique mais cette dernière sait également s'imposer et parfois relancer un film un peu long dans sa première partie. Les thèmes cultes des précédents épisodes reviennent, d'autres tout aussi bons arrivent également comme pour la scène d'ouverture avec un thème manifestement hommage à Lawrence d'Arabie ou un nouveau thème pour marquer la relation entre le Duc et son fils.  

Le scénario "historique" 

Matthew Vaughn adore les reconstitutions d'époque comme le témoigne la plupart de ses films. Même les derniers Kingsman, se passant à notre époque, avaient des protagonistes enfermés dans un certain style daté, ce qui engendrait une transcription dans les décors. Ici le rapport à l'Histoire se fait dans un style qui reprend son X-Men (le Commencement), avec des évènements réels dont les causes profondes sont en fait différentes de celles connues. Cela fonctionnait plutôt bien pour la crise cubaine avec les X-Men, les explications pour la Première Guerre mondiale sont en revanche un peu grosses. Et si la plupart des évènements (hormis leurs causes avec l'intervention des King's Men et leur antagonistes) sont effectivement tirés de faits réels, ce film montre également de grosses lacunes. Sans que cela soit préjudiciable aux péripéties narrées, le film réussit tout de même l'exploit de parler de la Première guerre mondiale sans évoquer directement ou indirectement la France! Alors que le film essaye de s'emparer du sujet de la géopolitique internationale d'époque! A tel point que la fameuse espionne Mata Hari est récupérée pour intervenir en Angleterre (au lieu de la France). Un point de vue anglo-saxon pas si inhabituel mais cette fois-ci poussé à l'extrême. 

Des thématiques : du pacifisme à la révolution

Les Kingsman sont en général d'excellents films du fait des nombreuses thématiques abordées. Cet épisode ne fait pas exception aux autres avec toutefois plus ou moins de succès dans le traitement des différentes thématiques. Le Pacifisme, sujet de discorde entre le père et le fils est un sujet bien traité et sur lequel le film insiste beaucoup. L'impact émotionnel est particulièrement fort du fait de certains choix de scénario qui n'étaient que peu prévisibles. Faut-il s'abstenir de s'engager quitte à laisser gagner ceux avec de mauvaises ? Si le film trouve une voix alternative : le renseignement plutôt que le goût du sang, il reste tout de même fermement anti-nationaliste en affirmant qu'aucune cause ne justifie de mourir pour son pays sur le champs de bataille. Il y a des raisons de mourir mais pas pour les intérêts des politiciens. Beaucoup moins bien traitées, sont les révolutions ou les tentatives de révolutions du XXième siècle. Cela est dû à un antagoniste aux motivations plus floues que pour les épisodes précédents. On comprend sa haine des monarchies d'Europe (c'est peut-être pour ça qu'il n'est pas question de la France), et particulièrement de la monarchie anglaise. Toutefois ses manigances et son action pour déclencher la Première guerre mondiale sonnent fausses car démesurées. Il aurait été pourtant assez facile d'engendrer de l'attachement pour un personnage dénonçant les privilèges du sang. La révolution du russe ainsi que les tentatives de révolution au Royaume-Uni se trouvent être réduites à une simple manigance haineuse d'un personnage frustré. Toute la dimension collective de la Révolution disparait. En revanche, la description des origines de la noblesse par le personnage principal, le Duc d'Oxford est plutôt pertinente : d'anciens individus violents qui se sont hisser dans la hiérarchie des Hommes. 


En définitive, Matthew Vaughn réalise à nouveau un excellent King's Man riche en rebondissements et en scènes visuellement abouties. Il réussit également l'exploit de parler de la géopolitique de la Première guerre mondiale sans évoquer le rôle de la France... 




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mardi 28 décembre 2021

Matrix : Resurrections


Synopsis :

Néo est à nouveau dans la Matrice. L'élu qui avait amené la paix n'a en fait rien changé. Thomas Anderson doit alors s'éveiller une nouvelle fois et découvrir pourquoi il est retourné au point de départ... 


Commentaire :

Lana Wachowski entre renouveau et changement

Si Matrix Resurrections est assurément mieux réalisé que la plupart des blockbusters, il n'entraîne pas une révolution ou une innovation marquante dans la mise en scène comme cela a pu être le cas avec les précédents films de la saga. La colorimétrie verdâtre a laissé place à une lumière plus naturelle, plus organique bien que le travail sur la couleur permette toujours d'identifier les scènes qui se passent dans la Matrice. Tout à fait consciente que Matrix offrait toujours une scène visuellement exceptionnelle, Lana Wachowski semble avoir fait le choix de ne pas en mettre, peut-être pour signaler que Matrix n'est pas seulement une saga d'action. Ce choix réfléchit pourra toutefois en décevoir beaucoup car il n'y a pas effectivement de nouveau nouveau "bullet time" alors que la révolution dans les effets spéciaux laissait espérer un nouveau franchissement des limites. Lana Wachowski semble également moins dans la théorie de la réalisation et paraît être plus portée par la moment présent, le rayon de soleil à saisir. C'est donc l'émotion (le centre des thématiques) plutôt que la théorie qui guide la réalisation. Il demeure que la photographie est belle et que la réalisation va au delà du fonctionnel avec toujours des éléments signifiant dans le cadre ou par jeu de miroir. Et si une scène de combat est floue c'est parce qu'un protagoniste est dans un état mental altéré (l'éveil de Morpheus) ou en train de se rappeler ses capacités (Néo). Le film comporte également des scènes innovantes à l'instar des scènes juxtaposant plusieurs temporalités avec l'analyste ou la scène marquante du climax. Néanmoins, il n'y a pas de combat grandiose. Les scènes d'affrontement sont mêmes plutôt médiocres au regard des anciens films avec des plans plus rapprochés et un montage trop saccadé qui vient découper inutilement les chorégraphies. Les plans sont dans l'ensemble moins composés. Il manque la fameuse scène finale de combat avec l'élu... mais y a t-il toujours un élu ?
A la musique Tom Tykwer effectue un joli travail d'accompagnement dans la lignée de Klimek. La mise en scène laisse la composition se faire entendre à de nombreuses reprises. 

L'illusion du choix et méta-analyse

Le film est bien évidemment thématique avec les Wachowski. La première partie est une analyse méta de la conception du film, la métaphore de la trilogie étant dans le film un jeu vidéo. Les personnages du film se demandent d'abord ce qu'est Matrix (de l'action, du bullet time, la transidentité, la description d'un monde crypto-fasciste ou l'exploitation capitaliste ?). Smith évoque également pourquoi un nouvel épisode doit être fait. Il s'agirait d'une directive de la Warner. Cela sera fait avec Néo (les Wachowski) ou sans eux... l'entreprise en possède les droits. La question est de savoir si l'histoire racontée pour le jeu vidéo du film est effectivement l'histoire de la réalisation de ce quatrième épisode. Toutefois, ces réflexions méta montrent que le film se pense et qu'il ne s'agit pas d'un énième films de franchise fait sans recul. Bien que le côté méta soit intéressant, il ne s'agit pas toutefois des principales thématiques du film. Le film s'inscrit à nouveau de manière réjouissante dans le déterminisme philosophique en soulignant qu'il n'existe pas de choix ou de liberté mais uniquement l'illusion du choix. Et sortir de la Matrice ne nous donne pas plus de choix comme le soulignent plusieurs personnages. Il faut comprendre que nous sommes destinés par l'histoire de notre vie à faire un choix plutôt qu'un autre. Néo est destiné à s'éveiller, tout comme Trinity. Toutefois le film nous dit que la réalité, l'éveille n'est pas forcément le plus important. On ne peut éveiller quelqu'un qui préfère l'illusion, cela serait d'une grande souffrance. L'analyste nous dit par ailleurs que beaucoup d'Hommes préfèrent la tranquillité de l'autorité et de la soumission. Ce dernier nous dit également que la réalité est celle que l'on choisit et que les humains n'aiment pas les faits. Ils aiment les histoires qui leur font vivre des émotions. C'est pourquoi les humains sont manipulables. Les émotions sont en effet réelles mêmes si elles sont procurées par des fictions. Les émotions sont le moteur de la vie et finalement la seule chose importante. Ce qui amène vers un relativisme complet. Néo n'est pas différent. Il est même capable de détruire ce qu'il a accompli en tant qu'élu (une ville constituée d'humains, de programmes et de machines - belle innovation non-binaire de cet épisode) pour délivrer Trinity. Il a la "Foi". C'est peut-être la limite du film puisque désormais les émotions et la Foi guident les individus vers leur vérité. Si l'on peut respecter les émotions des Hommes, on ne peut construire un monde sans rationalité ni Raison. On ne peut remettre en cause le monde de I.O par amour comme le fait Néo. Toutefois, cette histoire nous dit tout de même une chose, la saga Matrix, avant d'être une saga d'action est une saga sur l'amour. Et l'amour est le seul moteur permettant vraiment d'avancer pour les humains, il s'agit de la seule réalité tangible. Néo choisit Trinity avant l'humanité. L'élu est celui qui fait le choix de l'amour. L'élu est donc ici un concept biblique. Néo n'est pas l'élu, l'élu est à la fois Néo, Trinity et l'amour. 


En définitive, Matrix Resurrections est une bonne et ultime suite très personnelle de Lana Wachowski. Pour cette raison, elle peut en décevoir certains. Finies la maîtrise et la théorie, la seule réalité tangible est l'émotion. 




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lundi 20 décembre 2021

Spiderman : No Way Home


Synopsis :

Le monde sait qui est Spiderman. Peter voit sa vie radicalement changée alors que l'opinion publique est divisée sur le super-héros, accusé entre autres, d'avoir tué Mysterio. Pire que sa réputation, Peter voit également la vie de ses proches irrémédiablement bouleversée...

Commentaire :

Une mise en scène qui manque de fulgurance

Jon Watts, critiqué pour ce film, rend toutefois une copie convenable. Certes, la photographie et le travail des couleurs manquent d'originalité. Toutefois, c'est avant tout le climax décevant qui marque le spectateur, du fait que la scène soit très sombre et que montage soit trop rapide. Cela ne permet pas de bien distinguer les protagonistes. Pour autant la scène finale de combat qui suit (dans le bouclier retourné) est bien filmée et bénéficie d'un montage plus lent qui respecte la chorégraphie du combat. De même, la scène de combat avec Doctor Strange est visuellement impressionnante avec toutes les possibilités offertes dans le monde miroir. La scène de déplacement, du début du film, dans la ville avec MJ en plans rapprochés est également réussies. Le film est plutôt fluide et agréable grâce à un montage dynamique mais qui ménage des temps faibles. L'ensemble est donc plutôt bien équilibré. Finalement, c'est la réalisation médiocre de deux scènes primordiales, celle du pont et celle du climax qui ne pardonnent pas au film et laissent l'impression d'avoir vu un blockbuster très banal au niveau de la mise en scène.
A la partition Michael Giacchino réalise comme à son habitude une jolie composition orchestrale, qui a l'occasion de s'exprimer pendant certains plans plus contemplatifs, ce qui est à mettre au crédit de la réalisation. Le compositeur a la délicatesse de reprendre également certains thèmes des sagas spiderman précédentes. Il est presque regrettable que la composition ne les cite uniquement que sur quelques secondes. Les hommages aux sagas précédentes étant plus qu'importants, il aurait été justifié de dépasser la simple citation. Par ailleurs, l'ensemble des morceaux originaux est composé avec soin, il n'y a toutefois pas de thème véritablement marquant et donc pas de signature spécifique à cet épisode, ni à la saga Marvel-Disney.

L'usage de la nostalgie - encore [Spoilers]

Encore une fois, Hollywood fait usage de la nostalgie, ce qui suffit aux amateurs des anciennes sagas pour être comblés. Et comment ne pas l'être alors qu'on ne pensait jamais revoir Tobey Maguire ni Andrew Garfield sous le costume de Spiderman. Associés à leur thème (responsability theme pour Maguire), l'apport émotionnel est important. Andrew Garfield a même le droit de conclure son arc narratif (scène de la chute) dans cet épisode. Les clins d'oeil aux scènes passés sont appuyés, comme la scène de la sécrétion de la toile d'araignée, allégorie de l'adolescence chez Sam Raimi (Spiderman 1). Toutefois, une fois encore, Hollywood se sert de la puissance des films passés pour rehausser un film qui est lui juste bon, voire dans certains passages un peu facile (May qui cite la fameuse phrase d'oncle Ben sans nuance ni subtilité "de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités"). Force est de constater que la recette fonctionne tout de même, avec un humour en plus bien dosé. 

Ou va la saga ? [Spoiler]

Spiderman est rentré dans le MCU pour faire parti des nouveaux Avengers. Le second épisode Far From Home, en fait même le successeur à Tony Stark. Ce troisième épisode le sort des Avengers, pour en faire semble t-il un nouveau héros solo... ou peut-être, pour en terminer avec les Spiderman Disney... Cela rappelle les Star Wars Disney sans cohérence entre eux. 

Les thématiques : le fardeau du super-héros [Spoilers]

Il s'agit d'un film thématique, à enjeux ; c'est donc un film avec certaines qualités de part les sujets abordés. La question des responsabilités n'est pas nouvelle chez Spiderman. La même question revient à chaque épisode avec plus ou moins d'innovation. Toutefois, cet épisode se permet de supprimer un des personnages cultes de chez Spiderman (Tante May) pour faire passer son message. Le choix est d'autant plus surprenant que le personnage est relativement jeune (contrairement aux anciennes versions) et un des ressorts humoristiques des précédents Spiderman Disney. Peter Parker apprend donc que faire le bien a un prix, ou plus précisément, que la vie exige de faire des choix et qu'il est impossible de tout obtenir. En ce sens, le film critique le rêve de liberté absolue qui impliquerait qu'il soit possible d'obtenir tout sans contrepartie. Il aurait été intéressant que Tobey Maguire périsse également pour cet idéal (une scène ouvre cette possibilité), ce qui aurait confirmer de manière irrémédiable ce message. Toutefois, le héros comprend tout de même le message et intègre la leçon. Si Peter Parker continue à défendre l'idéal du bien, il prendra à l'avenir des précautions en n'impliquant plus aucun de ses proches. C'est le prix de l'idéal, pour lui, cela est la solitude. 

En définitive, Spiderman No Way Home joue de manière irrésistible la carte bien connue de la nostalgie. Et cela fonctionne! La thématique de la responsabilité est bien traitée mais sans réelle nouveauté pour un Spiderman.  

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lundi 6 décembre 2021

Animal

 


Synopsis :

Le rapport des Hommes aux animaux n'a jamais été aussi violent de part l'ampleur de la domination de l'Homme sur son écosystème. Deux jeunes occidentaux engagés contre le changement global cherchent alors à comprendre comment l'Homme a pu en arriver là...


Commentaire

Cyril Dion à la recherche du point de vue de la nouvelle génération

Cyril Dion cherche à comprendre le point de vue d'une génération de jeunes militants, ainsi c'est les réactions de ses deux jeunes protagonistes Bella et Vipulan que Cyril Dion met au cœur de la mise en scène. Ils bénéficient régulièrement de gros plans pour que le spectateurs puissent comprendre leur état d'esprit lorsqu'un intervenant qui agit contre la cause la animal leur explique son parcours et son mode de fonctionnement. Leur jeune âge fait qu'il est assez facile de lire sur leur visage la peine (plutôt que la haine) et l'incompréhension face au monde. Toutefois, la mise en scène finit également par s'intéresser aux "participants" du système (éleveurs notamment) pour que le spectateur remarque également la peine sur leur visage, ces derniers étant pris au piège par les dettes et les contrats. Certains souffrent également de la mort de leurs animaux, notamment quand ils ont des pratiques d'élevage extensif. Les plans se focalisent judicieusement sur leurs réactions poignantes. La réalisation cherche à montrer ainsi l'absurdité du système dont même les participants sont perdants. La mise en scène de Cyril Dion ne cherche pas nécessairement à mettre le spectateur dans des conditions agréables et les réunions de ces jeunes militants avec des acteurs du système peut parfois créer un sentiment de malaise. Par ailleurs, les premiers plans du film visuellement très choquants, viennent directement déranger le spectateur. Heureusement, le film n'a que peu recours à cet artifice. Il est nécessaire de montrer des plans durs mais pas de les généraliser pour que l'émotion puisse laisser place à la réflexion. Cyril Dion arrive parfaitement à tenir cet équilibre. La dernière partie du film, pendant laquelle Bella et Vipulan rencontrent des acteurs engagés, est plus consensuelle et cherche à laisser le spectateur avec une lueur d'espoir. 

La 6ème extinction de masse

Un documentaire est nécessairement thématique et ici c'est la 6ème extinction de masse qui est le cœur du sujet, un des aspects et une des conséquences du changement global. Le film aborde le sujet sous différents angles. Les jeunes militants abordent la question sous l'angle éthique en démontrant que l'humain n'a pas plus le droit à la vie que n'importe quel animal. Il est agréablement surprenant que ça soit les représentants de la jeune génération qui abordent la question sous l'angle philosophique. Le reste des intervenants adultes cherchent à montrer que la 6ème extinction est une question scientifique et ainsi que les humains ne peuvent vivre sans biodiversité. C'est évidemment vrai mais les raisons de l'action et de la lutte seraient ici égoïstes, pour notre propre intérêt, et non pour l'éthique et les idéaux comme le prône les jeunes militants. C'est ainsi la jeune génération qui a les raisons les plus nobles de lutter. Toutefois le film a la qualité de montrer que la 6ème extinction de masse est une catastrophe, peu importe la manière dont on aborde la question.


En définitive, Animal est un film documentaire prenant et d'utilité publique. Il pourra offrir aux militants un nouvel angle de réflexion tout comme informer les novices sur la question de la 6ème extinction de masse.  



 

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vendredi 3 décembre 2021

Ghostbuster : l'héritage

 


Synopsis :

Presque 40 ans après les évènements "fantomatiques" de New York des années 80, les fantômes refont leur apparition dans une petite ville du Midwest. C'est dans cette ville que Callie emménage, dans la maison de son défunt père, accompagnée de ses deux enfants... 

Commentaire : 

Une mise en scène des années 80

Jason Reitman s'attache à respecter et à retranscrire l'esprit du premier film des années 80. Le rythme général du film assez lent en est le premier avatar. La place des enfants avec des rôles bien définis (dont celui du petit génie brillamment interprété par Mckenna Grace) rappelle aussi les années Spielberg. Toutefois, c'est avant tout par l'environnement que l'ambiance nostalgique se confirme. L'histoire se déroule certes en 2021 mais l'action a lieu dans une petite ville du Midwest dans laquelle le temps semble s'être arrêté. Le scénario en est conscient et le justifie ou fait réagir les personnages qui s'étonnent en même temps que le spectateur. Cela permet de remettre le spectateur dans l'ambiance des deux premiers films de manière cohérente pour une histoire de 2021. La mise en scène à proprement parlé épouse aussi cet objectif puisque les plans (gros plans qui insistent sur certains éléments) et le montage rappellent les scènes des années 90. Seules les scènes d'action restent modernes pour gagner en dynamisme. Le décor en dur faisant ressentir la pesanteur et les animatroniques pour certains monstres tranchent avec le tout numérique et apportent de la texture, signe des effets spéciaux des années 80-90. Par ailleurs, les effets numériques présents ne sont là que pour perfectionner et non remplacer les design des années 80. Pour parachever l'hommage à une époque révolue, Rob Simonsen compose une musique conforme aux années 90, plus travaillée et plus marquante que les musiques de la mode zimmerienne. Plus qu'un rôle d'accompagnement, la musique s'impose à l'image. Toutefois, il n'y a pas véritablement de thème qui se détache. Dans l'ambition première de reproduire un film des années 80-90 avec une touche de modernité, l'objectif est pleinement atteint. Jason Reitman a fourni un travail sérieux. Peu étonnant lorsqu'on sait qu'il est le fils d'Ivan Reitman, réalisateur des premiers films.

La nostalgie, force et faiblesse 

Le thème de la nostalgie semble s'imposer pour le film et pourtant il n'est pas si évident. Le film est nostalgique par la réalisation et des objets emblématiques de la saga montrés mais le film ne traite pas de la nostalgie en tant que telle. Il est nostalgique sans en parler. Un spectateur ne connaissant pas la saga remarquera la mise en scène sans comprendre forcément cet angle du film. En effet, le thème de la nostalgie n'est pas questionné ; il n'y a pas de réflexion ou de questionnement sur le rapport au monde qu'implique la nostalgie. C'est donc un film pour les amateurs de la saga, qui a recours dans une certaine mesure au fan service. Le film tire ainsi une partie de sa force des autres films. Cet aspect constitue une faiblesse de ce long-métrage qui se trouve être plus anecdotique pour ses qualités intrinsèques.  Au-delà du scénario, il n'y a donc pas réellement de thématique au film. 

S.O.S Fantômes l'Héritage est plutôt drôle et divertissant, c'était le but recherché. C'est donc un bon film de divertissement. Il est également touchant voire poignant (à la fin) pour les fans, en tant qu'hommage à une époque, à la saga et au regretté Harold Harris, acteur et scénariste des premiers films. Le film a une dimension méta dans le traitement de son personnage, Spengler ; c'est peut être le tour de force de ce dernier épisode de la saga. 


En définitive, S.O.S Fantômes l'Héritage est un très bel hommage aux deux premiers films autant dans la mise en scène que par le scénario. Il joue de manière assez facile mais en même temps réjouissante sur la nostalgie. 




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samedi 27 novembre 2021

Amants

 

Synopsis :

Simon et Lisa sont deux jeunes amants vivant à Paris. Alors que Lisa poursuit ses études, Simon a investi le monde obscure de la nuit parisienne. Lisa sent que ce mode de vie finira par mettre leur relation en danger...

Commentaire :

Une mise en scène du film noir

La qualité du film de Nicole Garcia est avant tout formelle. En effet, le film est soigné du premier au dernier plan, dans son cadre mais également dans son étalonnage. Le genre du film noir, par l'image terne au niveau des couleurs mais contrastée dans l'opposition noir/blanc, s'impose très vite. Le ton du film est directement décelable par teinte de l'image, nous faisant comprendre que la romance montrée et narrée sera un drame voire une tragédie. Les mouvements de caméra sont également extrêmement travaillés comme le signal plusieurs petits plans séquences au cours du film. La photographie est pensée avec soin et le principal point fort du film, celle-ci étant aidée par des environnements visuellement marquant (l'environnement de la haute bourgeoisie). La musique est distinguée mais n'exploite pas toute la puissance orchestrale, cela correspond toutefois plutôt bien au genre. Grégoire Hetzel choisit ainsi habilement une certaine retenue. C'est donc un film techniquement irréprochable. Les acteurs, et Benoît Magimel en premier lieu, délivrent tous également une grande performance.

Les thématiques, d'un classicisme ennuyant [spoilers]

Le schéma du trio amoureux tragique ne permet pas de rendre le fond véritablement intéressant. Le film est avant tout un exercice de style mais n'a pas grand chose à raconter ou de sujet sur lequel faire réfléchir. La description tout au plus de la très haute bourgeoisie naviguant à travers l'archipel métropolitain mondial est à saluer. Toutefois, la thématique de l'argent et notamment la question de savoir si l'argent peut véritablement tout à acheter est très banale. Le film répond naïvement ou peut-être angéliquement par la négative ; l'amour et ses corolaires (passion et haine) n'étant pas perméables à la Raison. Une réponse inverse, plus cynique, aurait pu faire gagner en âpreté (réalisme du pouvoir de l'argent) plutôt qu'à travailler le tragique (romanesque mais peu intéressant dans la description du pouvoir). Le film parait finalement assez artificiel au-delà de son scénario fonctionnel, celui-ci ne nous disant fondamentalement rien. Le film manque d'un point de vue novateur sur l'argent et l'amour. 

En définitive, Amants est un film noir réussi dans l'exercice formel mais sans réel propos de fond ou point de vue original sur la question de l'argent et de l'amour. Loin d'être transcendant. 



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vendredi 5 novembre 2021

Les Eternels

 


Synopsis :

Les Eternels sont des êtres immortels envoyés sur Terre par les Célestes afin de défendre les humains de créatures particulièrement dangereuses appelées les Déviants... Eliminées il y a plus de 500 ans, ces créatures refont leur apparition de nos jours...


Commentaire :

Une mise en scène neuve dans le MCU

La réalisatrice oscarisée Chloé Zhao renouvelle l'image et le rythme chez Marvel, pour le plus grand bien de la série cinématographique. La réalisatrice de cinéma indépendant apporte son sens du rythme ainsi qu'une ambition visuelle plus naturaliste. En effet, ce blockbuster a la qualité de travailler des temps faibles, importants ici pour introduire de nombreux personnages. Si certains sont plus mis en avant que d'autres, tous ont une personnalité bien définie et des pouvoirs identifiés. Cela est dû à un équilibre réussi entre temps forts (action) et temps faibles (travail sur les personnages et leurs relations aux autres). Le film Les Eternels évite ainsi l'écueil de nombreux blockbusters qui est une surenchère d'action. Chloé Zhao impose aussi son style par sa réalisation favorisant la lumière naturelle et faisant place le plus possible aux décors réels ou en dur. La photographie cherche toujours à replacer les personnages dans leur environnement, ce qui en plus d'être esthétique, sert la narration qui parcourt plusieurs espaces et époques. Notons l'incroyable représentation de Babylone et de ses jardins suspendus. A noter également, les magnifiques plans dans l'espace qui donne une impression de gigantisme à l'œuvre et concourt à son ambition mythologique. Visuellement, ce film se distingue ainsi assez fortement des autres films du Marvel Cinematic Univers, ce qui en fait un film avec une réelle personnalité et presque autonome vis-à-vis de la série. A la musique, Ramin Djawadi a tout le loisir de s'exprimer avec une mise en scène laissant la dimension sonore s'exprimer. Le thème principal est plutôt efficace en alliant héroïsme et solennité (orgue et chœur), ce qui est tout à fait approprié à des personnages divins.  

Le film sérieux de grand spectacle par essence

Certaines critiques trouvent un certain côté DC à ce film Marvel et nous pouvons leur donner raison. En effet, ce film est assez sérieux pour une production Marvel bien que l'humour ne soit pas absent et que certaines scènes héroïques ou dramatiques soient désamorcées. Toutefois, ce n'est pas systématique, ce qui préserve certains moments sérieux et donc intenses. La réalisation a le courage d'assumer l'ambition démesurée du film qui possède une dimension cosmique et sacrée (il s'agit d'une Genèse). Marvel s'empare du côté mythologique avec une certaine réussite comme le démontre l'ouverture du film. Par ailleurs, les super-héros sont d'essence divine et renvoient aux différentes mythologies humaines. Ce n'est pas un hasard si des personnages de DC sont cités dans le film car le super-héros - Dieu est leur marque de fabrique. Ce nouveau ton est un renouveau dans une série toujours contraint par son humour. Si DC n'arrive pas à faire ses films, Marvel fera alors des films à la façon de DC. Dommage que l'original n'ait jamais attiré le public.

De nombreuses thématiques et quelques incohérences  [Spoilers]

Les thématiques sont nombreuses et variées. Elles restent néanmoins internes à l'œuvre dans le sens où elles servent avant tout la narration sans qu'elles ne puissent la dépasser. La thématique principale qui structure l'ensemble du film est celle de la Foi. En effet, les Eternels sont les serviteurs et les envoyés du Dieu primordial Arishem. Ils sont ainsi totalement dévoués à leur maître. La question qui se pose est alors celle du libre-arbitre vis-à-vis de ce Dieu dont les desseins dépassent l'entendement humain et même des Eternels. Il est encore plus dur de perdre la Foi en en ce Dieu qui lui existe et répond en partie aux interrogations. Le principal dilemme se porte alors entre la Foi en ce Dieu et la Foi dans l'humanité. Incapable d'imaginer la conséquence de leur désobéissance, c'est donc leur ressenti et leur instinct que les Eternels utilisent pour faire leur choix. La Raison n'est d'aucun secours ici. C'est le cas de Sersi l'héroïne principale qui suit ce qui lui semble juste. Même d'Ikaris, le plus fidèle serviteur d'Arishem choisit le voie du cœur (lui n'a pas Foi en l'humanité) plutôt que celui de la Foi en Dieu. Dans un sens, les Eternels adoptent une posture nietzschéenne puisqu'ils choisissent le présent (et l'Humanité) plutôt que le futur et les mondes nouveaux promis par Arishem. Il y a néanmoins quelques incohérences de fond, notamment sur la méthode utilisée par les Célestes. En effet, la non intervention des Eternels dans les guerres de l'humanité se justifie par le fait que les humains doivent apprendre de leurs erreurs. Il n'est donc pas possible de les guider. Ils doivent apprendre par l'expérience afin de devenir autonomes (maîtriser la technologie mais aussi l'éthique). Cela est jusque là compréhensible. Toutefois, si l'objectif final est de faire des humains du bétail à Célestes, il n'était pas nécessaire de les faire passer par tant de souffrances et les Eternels auraient très bien pu les guider. La justification d'Arishem ne tient pas ici. Le grand Dieu s'en trouve presque sadique. 
Une thématique plus secondaire est celle de l'inclusion, qui n'est pas explicitée mais simplement montrée. En effet, les personnages de Comics étaient tous blancs. Ils sont ici beaucoup plus représentatifs de la diversité humaine, ce qui est logique pour des envoyer divins. Les différents espaces et temporalités (civilisations) visités sont également représentés avec beaucoup de respect. Deux autres éléments pour l'inclusion sont à saluer (bien que plus incohérents). La première relation homosexuelle est enfin clairement montrée dans la série Marvel. Celle-ci est évidente tout en étant amenée très naturellement. Toutefois, il est un peu étrange que les Eternels soient concernés par l'amour qui est un impératif d'une espèce ayant besoin de reproduction. Il pourrait demeurer un amour pleinement platonique, de Raison, mais cela ne semble pas le cas ici. Sersi, Sprite, Ikaris, Phastos (voire Druig et Makkari ?) ont plus ou moins des raisons / passions amoureuses. Cela n'en fait pas de grands sages pour des êtres divins ayant des millénaires. Ils sont en fait très humains dans leur comportement. Partant de ce principe, quitte à les faire sensible à l'amour, montrer une relation homosexuelle est une idée pertinente. Autre idée intéressante d'inclusion ; montrer un personnage héroïque handicapé (Makkari). Le film va au bout de la démarche puisque l'actrice est véritablement sourde et communique donc dans la langue des signes, apprenant au passage la langue aux autres acteurs. La limite de la démarche est que nous imaginons mal un Dieu créer et envoyer un serviteur handicapé (qui certes a développé d'autres capacités à côté). Par ailleurs, les Eternels ont tous à un don de guérison. Toutefois, si on omet de pousser la logique jusqu'au bout, ce qui n'est pas nécessaire à l'histoire, les différentes inclusions apportent un réel plus à ce film. Cela est surtout fait avec finesse comme si l'inclusion était un acte naturel et non un impératif de marché. 


En définitive, Les Eternels est un film ambitieux et abouti. La mise en scène de Chloé Zhao apporte un nouveau souffle à la série de films Marvel. Elle arrive par ailleurs à apporter du sérieux à un univers dont le tragique était toujours désamorcé par l'humour.   



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