Les sorties de la semaine

dimanche 19 mai 2019

The Dead Don't Die


Synopsis :

L'axe terrestre a été modifiée après une catastrophe d'origine naturelle. Cela entraîne des conséquences inattendues pour toute la vie sur Terre...


Commentaire :

Jim Jarmusch, l'anti-blockbuster

Dans la réalisation, c'est par le rythme que Jim Jarmusch s'oppose aux blockbusters. Comme à son habitude, Jarmusch part sur un rythme lent avec des zombies qui mettent beaucoup de temps à rentrer en scène si bien qu'il est possible de se demander à un moment s'ils viendront un jour. La mise en scène est ensuite tristement narrative alors qu'il n'y a rien à narrer en particulier. Le film fonctionne par des références notamment aux films d'horreur et non par l'histoire qui n'a que peu d'intérêt car les personnages sont dénués d'objectifs. La comédie, elle, fonctionne par le biais de quelques gags et des comiques de répétitions mais le film est trop peu rythmé pour que celui-ci soit pleinement comique. C'est un pastiche du film d'horreur. En cela, avec les références, le film peut-être distrayant. 

Reprendre tous les traits du genre [Spoilers]

Jarmusch va s'évertuer à reprendre tous les clichés du film d'horreur pour... ne rien en faire et ainsi désarçonner le spectateur qui pourra soit applaudir soit s'énerver. Ainsi Tilda Swinton joue la fille "badass" au katana qui découpe du zombie à la seconde mais qui manquera l'acte final. Le groupe de jeunes va simplement enfiler son rôle de victime sans qu'aucune histoire ne soit construite autour. Les policiers sont complètement amorphes, tel Jarmush peut-être devant les films de genre. Quant à l'explication scientifique, elle n'a aucun sens... comme la majorité des justifications des films du genre. Bref, c'est un film peu immersif du fait de personnages distants et de l'histoire sans enjeu. Dans ce contexte, peu étonnant que Jarmusch casse lui-même le quatrième mur et révèle, même, la fin de son film. Comme pour son dernier film sur les vampires, Jarmush expose un nihilisme latent. Si la mise en scène n'est guère au rendez-vous, il reste alors les références plus ou moins subtiles par la citation visuelle (Centerville) ou orale (Nosferatu, Romero) voire hors de propos (Frodon, Star Wars). Le film s'adresse alors à des cinéphiles. Un spectateur sans les références sera ainsi exclu du film. 

Le propos de Jarmusch 

Cette histoire est sans intérêt car pour Jarmusch la société consumériste n'a que peu d'intérêt. Sa bonne parole est délivrée par l'ermite du film, vivant logiquement en dehors de la société. Pour lui, les zombies ne sont guère différents de leur forme vivante; des êtres matérialistes et décérébrés. Il y a du vrai dans ce propos. Le procédé est toutefois hautain avec un film s'adressant à une minorité d'autant plus que le propos dénonce une majorité. En outre, Jarmusch a lui même besoin de s'inscrire dans un circuit de consommation pour produire de la culture. Même si son public n'est pas celui qui voit normalement les blockbusters, les curieux attirés par ce film ne pourront être que déçus (ou perdus) part son côté ésotérique (avec les références) et sa critique cinglante.


En définitive, avec The Dead Don't Die, Jim Jarmusch réalise un pastiche du genre s'adressant exclusivement aux cinéphiles. Il envoie une critique cinglante (et habituelle) à la société. Si le message est intéressant, la manière de procéder est assez hautaine.  



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dimanche 28 avril 2019

Avengers Endgame


Synopsis : 

Après la victoire de Thanos, les derniers Avengers hésitent entre résignation et revanche...


Commentaire :  

Les Russo pour du magistral 

Après quelques films en demi-teintes, les frères Russo arrivent au paroxysme de leur art cinématographique (sans égaler Joss Whedon). Venant de la télévision, leur réalisation souffrait depuis Captain America et le soldat de l'hiver d'un manque cruelle d'ampleur. Infinity War voyait un travail plus abouti mais là encore, la réalisation aurait pu gagner à être plus épique pour rendre hommage aux événements. Cette fois-ci, les Russo utilisent plus de plans de grand-ensemble pour donner de l'ampleur aux événements et cela dès les premières scènes qui ne sont pas des scènes d'action. On notera également un excellent plan-séquence à Tokyo! Lorsque arrive la bataille finale et ce malgré la présence de beaucoup de cuts, la mise en scène est au rendez-vous des enjeux. A cela, il faut ajouter la présence d'Alan Silvestri, le compositeur phare des Avengers qui arrive à retravailler ses thèmes (et ramener d'autres thèmes du MCU) pour les rendre encore plus entraînants. Il faut dire que les Russo ont la qualité depuis deux films de laisser la bande musicale s'exprimer en créant des plans d'exposition ou en allongeant les plans. Cela a pour conséquence de dupliquer la puissance des scènes. Du point vue technique et du divertissement, le travail est donc accompli. 

Les difficultés et facilités du scénario [Spoilers]

La suite d'Infinity War devait assumer les événements passés pour que leur ampleur et leur gravité restent inchangées. Malheureusement, comme prévu, les scénaristes ont décidé de jouer avec le voyage temporel, ce qui est souvent dangereux pour tout scénario voulant rester cohérent. Les scénaristes étaient conscients de ce problème, il n'y aura donc cette fois-ci pas de réel voyage dans le temps mais un voyage dans le multivers grâce à la physique quantique. Ainsi, il est impossible de changer le passé mais il est possible d'aller dans un univers parallèle pour aller chercher les pierres d'infinité, sachant que chaque changement dans le passé crée une nouvelle branche de réalité. Ce principe a la qualité de ne pas toucher à la chaîne des causes et des conséquences et donc de ne pas créer de paradoxe. Pourtant Marvel semble peut inquiet des conséquences de ces principes pour les autres réalités. Dans un univers, Thor vole le marteau du Thor de cet univers : Captain America lui rend-il à la fin ? Ce c'est que semble dire le film et il n'y a donc pas de conséquences ici. Toutefois, dans une autre dimension, Loki s'échappe après Avengers 1. Mieux, dans une autre, Thanos est absent après sa mort à la fin du film. Cela a peu de conséquence pour le monde des Avengers que nous connaissons puisque ces changements touchent une autre réalité mais cela montre que les scénaristes manquent de rigueur car ces personnages si soucieux de rendre les pierres d'infinité créent tout de même des problèmes dans les autres réalités. De même, comment, à la fin, Steve Rogers peut-il vivre dans ce même monde avec l'agent Carter. Il peut vivre avec l'agent Carter dans une autre dimension mais en conséquence, il ne doit pas être présent sous la forme d'un vieillard dans le monde que nous connaissons (ou alors revenir sous la forme d'un vieillard sur la plateforme). Bref, jouer avec le temps ou les dimensions peut-être problématique. Le principe choisis par les scénaristes pouvait fonctionner à condition d'être rigoureux avec les règles établies.
Autre problème pour les scénaristes : gérer des personnages puissants. Captain Marvel, bien trop puissante, est tout simplement écartée du film, elle qui était annoncée comme la messie après la catastrophe d'Infinity War. Thor bien trop puissant pour faire face à un Thanos sans pierre est dépeint comme un ivrogne. Hulk devient super Hulk mais perd énormément en puissance et apparemment en capacité de régénération car c'est la première fois que nous voyons ce dernier avec... une attelle! A contrario, Thanos sans pierre devient si puissant qu'il peut tenir tête à Captain America avec Mjolnir et son bouclier et même briser ce dernier indestructible. C'est ainsi que les scénaristes trouvent maladroitement des solutions pour présenter un scénario avec un Thanos qui tient tête à ses adversaires.
Dernier problème, celui de la "science magique". Si la physique quantique permet aux humains de changer le cours des choses, pourquoi les civilisations avancées de l'univers n'ont aucune idée de ces possibilités, alors que les humains paraissent bien primitifs face à eux. La physique quantique sert donc bien les scénaristes. De même, pourquoi les terriens d'aujourd'hui (ou les extraterrestres) sont incapables de recréer le liquide rouge de Hank Pym alors que ce dernier a réussi cette prouesse plus de 50 années auparavant (l'idée est simplement de dire que les héros n'ont pas le droit de se rater dans le passé - c'est de l'enjeu créé artificiellement). Ajoutons à cela l'incroyable nano-technologie d'Iron Man capable de créer un gant d'infinité alors que seule la forge céleste de Nidavellir était jusque là capable d'un tel artefact. C'est pourquoi Thanos avait tuer tous les nains, seuls capables de faire un objet si puissant. 
Certes, certains personnages comme Iron Man, Hawkeye ou Captain america sont bien écrits mais beaucoup de facilités scénaristiques minimisent la gravité et les enjeux d'Infinity War. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur le rat qui libère Antman ou les villes désertes alors qu'il reste 50% de la population mais rentrer en profondeur sur tous les détails nécessiterait une dissertation.
Toutefois, malgré ces facilités, le recours à la nostalgie et des scènes "fun" (la grande bataille, Captain America maniant Mjolnir) arrivent à laisser une bonne impression avant réflexion.

La perte d'un grand méchant 

 Si Infinty war était un grand film c'est avant tout par son méchant, certes un peu manichéen et brutal mais avec des arguments rationnels (à défaut d'être raisonnables). Ici, plus de thématique malthusienne. Thanos veut simplement supprimer toute vie dans l'univers et avoue même prendre du plaisir à détruire la Terre. Thanos devient un super-vilain classique. Dommage car sans grand méchant, pas de grand film.


En définitive, Avengers Endgame, en ayant recours à une mise en scène de qualité, une bonne bande musicale et à la nostalgie, réussit à passer outre ses incohérences scénaristiques. Un bon divertissement en deçà d'Infinity War.



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jeudi 11 avril 2019

Shazam


Synopsis :

Billy Batson est un orphelin à la recherche de sa mère. Alors placé dans une nouvelle famille d'accueil après avoir encore fugué, il commence cette fois-ci à s'attacher aux membres de cette famille. Il prend la défense de son nouveau compagnon de chambre face à des voyous du collège...


Commentaire :

David Sandberg effacé

Le réalisateur suédois David F. Sandberg venant des films d'horreur, genre où la mise en scène est primordiale, apparaît effacé ici par la machine DC et les enjeux d'un tel blockbuster. L'horreur reste faiblement présente avec les créatures des péchés capitaux mais plus par leur design que la réalisation. La mise en scène est ici purement fonctionnelle et donc peu marquante. La seule qualité est la rythmique des blagues qui fonctionne plutôt bien. Du côté de la musique, même constat général, Benjamin Wallfisch ne prend l'ascendant que dans de rares scènes et ne marque donc pas le film. 

Un tournant chez DC ?

Le côté humoristique pris par ce film est assez logique compte tenu de l'histoire où un jeune adolescent se retrouve dans un corps d'adulte. Toutefois, la voie humoristique a été prise dès Justice League et confirmée par Aquaman. DC voudrait-il faire du Marvel ? DC a t-il vraiment un avenir ? Une saga doublon ne semble pas être très intéressante.
A noter que l'histoire en elle-même, au-delà du concept de l'origine du super-héros, avec l'affrontement avec un super-vilain est très banale. 

Les thématiques [Spoilers]

Shazam n'est pas très travaillé sur le fond mais a la qualité de traiter une thématique de manière juste à défaut de bien la développer. Il s'agit de la question de la famille envisagée au sens large. Billy est à la recherche de ses origines, de sa vraie famille. Une quête qui se révèle être une impasse et qui démontre que la recherche des origines est vaine et qu'il vaut mieux se consacrer au présent et aux individus qui comptent, c'est à dire pour Billy, les membres de sa famille d'accueil. Il est possible de choisir ses amis (ou sa famille d'accueil ici), contrairement à sa famille biologique. Il est alors important pour Billy de s'intégrer à cette famille recomposée qui lui veut du bien. L'idée est donc qu'il faut se construire un entourage avec lequel on aime évoluer et ne pas chercher les réponses dans le passé. 


En définitive, Shazam est un film de super-héros sympathique dont l'originalité ne tient qu'à l'origine du super-héros. Le scénario à proprement parler, la réalisation ou l'usage de l'humour ne révolutionnent pas le genre. 


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samedi 9 mars 2019

Captain Marvel


Synopsis : 

Verse fait des rêves étranges. Soldat chez les Krees, une civilisation extraterrestre, elle cherche à maîtriser ses immenses pouvoirs. Elle est l'atout principal pour triompher des dangereux Skrulls, des humanoïdes capables de prendre n'importe quelle forme... 


Commentaire : 

Une réalisation jolie mais sans charme


Le couple Anna Boden et Ryan Fleck est au commande de Captain Marvel. A deux, ils réalisent toutefois un travail un peu terne et assez standardisé. Si le film a la qualité d'utiliser des scènes de grand ensemble qui font respirer les scènes et qui donnent de l'ampleur à cet univers pour partie original, le film reste très fonctionnel. A aucun moment la réalisation ne se distingue ou insiste sur un élément si ce n'est dans des scènes d'actions très (trop) "cutés". En revanche les effets spéciaux, notamment pour les environnements, sont très soignés, tout comme les effets de rajeunissement sur les personnages de Nick Furry et de Coulson. Plus généralement, la réalisation terne se conjugue ici avec un personnage principal assez plat, cela étant avant tout le fruit de son écriture. Le personnage n'évolue en effet que peu psychologiquement. S'il est compréhensible que le personnage soit dénoué d'émotion au départ, du fait du scénario, la réalisation n'insiste jamais sur les ressentis de Captain Marvel qui survole littéralement l'histoire. Pourtant, il existait des scènes qui pouvaient être riches en émotion. A côté du manque d'émotion, le film met un certain temps à retrouver le ton humoristique du Marvel Cinematic Univers, ce qui donne une première partie où il est difficile de s'investir. La musique de la compositrice Pinar Toprak (une femme, c'est assez rare pour le noter) est à l'image du film : jolie mais peu mémorable. Il est vrai que c'est aussi à la réalisation de laisser des temps pour la musique. En revanche, les références musicales aux années 90 sont assez présentes bien que cela ne soit pas les tubes les plus connus. 

Les thématiques, formatage et féminisme [Spoilers]

Le film est assez riche en thématiques pour un Marvel. Avant la question du féminisme, il est fait référence aux doctrines de la civilisation Kree. Elles prônent notamment d'utiliser la raison plutôt que le cœur (les émotions) et de ne jamais douter. Il s'agit d'une contradiction puisque la raison est justement la capacité à douter. Toutefois, ce propos n'est pas incohérent avec l'histoire puisque la civilisation Kree est une civilisation présentée non pas comme idéale mais dominatrice. Elle formate les individus au service d'une volonté supérieure qui est ici une volonté de conquête. Ce sont des doctrines tout à fait appropriées pour une telle civilisation. Il y a donc une bonne écriture du scénario. Attention toutefois à ne pas prôner l'opposée de cette civilisation, à savoir une action guidée seulement par l'émotion et dans un but totalement égoïste. 
Le second thème est bien évidemment celui du féminisme qui est pour des raisons paradoxales plutôt bien traité. Hormis quelques répliques plutôt militantes, le film ne met pas en avant le genre de Captain Marvel. Elle est peu sexualisée et genrée. Elle est avant tout un super-héros désormais au-delà de ces questions. C'est parce-que Captain Marvel est traitée comme n'importe quel super-héros qu'elle est un personnage féministe aboutie et réussie. La question du genre n'est pas mise en exergue, elle est au contraire intelligemment dépassée. La femme entre dans la normalité.



En définitive, Captain Marvel est un énième film Marvel, tout à fait distrayant mais également plutôt juste dans son propos. Toutefois, sa réalisation comme son personnage principal manque d'incarnation. 




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samedi 16 février 2019

Alita : Battle Angel


Synopsis :

Le docteur Ido récupère un cyborg mal en point alors qu'il est à la recherche de pièces dans une décharge pour réparer des humains augmentés. Il récupère ce qui semble être une jeune fille, qu'il remet sur pied. La petite cyborg se réveille sans aucun souvenir... 


Commentaire :

Robert Rodriguez à la barre pour un blockbuster hollywoodien

R. Rodriguez réalise sûrement son film le plus ambitieux visuellement où le recours au numérique est présent dans presque tous les plans. Il s'agit d'un grand film de science-fiction filmé comme un blockbuster américain avec des scènes et des plans sublimes mais dont la réalisation ne laisse que peu de trace du manga (les plans du manga ou les effets des films d'animation sont discrets). La mise en scène classique et narrative est très soignée, notamment au niveau du travail sur la lumière. Les plans larges font au départ assez numériques mais passé les premières minutes d'adaptation, l'univers dystopique est accepté tel qu'il est. Le monde présenté n'est toutefois pas si révolutionnaire tant les films de science-fiction de ce genre sont légions, et la ville et certains plans de rue pourront rappeler certains filmes récents (Ready Player One, Valérian) ou bien d'autres plus anciens. Néanmoins, les personnages et les véhicules (comme la moto à une roue) n'ont en revanche pas d'équivalents et il est plaisant de découvrir un monde porteur de créativité. Concernant les effets spéciaux sur les personnages et notamment sur le personnage principal, ils fonctionnent particulièrement bien puisqu'il s'agit d'une cyborg. Il est sensé alors que son traitement visuel puisse être différent des humains lambdas. Cela permet en plus de garder une trace du support d'origine car la tête de l'héroïne avec de grands yeux est le dernier héritage visuel qui permet de lier ce film à un manga. Du côté de la bande musicale, Junkie XL fait un travail honorable, avant tout d'accompagnement de l'image. 

Une héroïne japonaise 

Les japonais mettent des héroïnes à l'honneur depuis plusieurs décennies et c'est peut-être à ce titre que l'on peut deviner l'origine de l'oeuvre, bien qu'Hollywood emboîte le pas sur ce sujet depuis quelques années. Il n'est alors peut-être pas innocent que les majors américaines acceptent des projets made in Japan avec des héroïnes aujourd'hui. Ce qui est intéressant avec le personnage d'Alita est qu'il s'agit d'une cyborg. Elle peut donc s'émanciper des contraintes biologiques du sexe et devenir ainsi la plus grande combattante sur terre, ce qui aurait été moins crédible avec des personnages de chair et de sang. Ainsi, le transhumanisme permet de se soustraire aux déterminismes biologiques et  de présenter une héroïne comme la plus grande guerrière. De son côté japonais, elle garde son parcours. Le fait de se défaire d'ennemis de plus en plus puissants et d'augmenter en puissance au fur et à mesure est un processus typique des animés japonais. Lorsqu'Alita s'empare de l'épée de Zapan et que cette dernière rentre en synergie avec elle, le plan présenté est incontestablement un plan de manga. Ce qui est encore plus japonais est le côté cyberpunk et les réflexions allant avec.

Les thématiques futuristes [Spoilers]

Comme tout film de Science-fiction, c'est un film très riche en thématiques. Les Japonais ont depuis longtemps travaillé (réfléchi à) la fusion humain-machine et restent les meilleurs pour présenter des récits questionnant ainsi l'être humain. Est-on toujours humain quand on est un cyborg ? Peut-on aimer un cyborg ? Quand perd-on son humanité ? Il semble que dans le film l'humanité ne fasse aucun doute quand le cerveau est toujours humain. Lorsque le remplacement de membres vise simplement à retrouver une motricité perdue, l'humanité n'est pas contestée. En revanche, les "méchants" du film ont transformé tellement leur corps qu'ils n'ont plus rien d'humain en apparence et au niveau de leurs capacités... il reste alors leur méchanceté bien humaine. Les questions sont posées, les réponses sont en suspend mais une chose est sûre, l'héroïne est bien humaine. Elle est humaine car elle évolue en passant de l'adolescence à l'âge adulte de manière brillamment amenée dans l'histoire. Elle est également humaine de par les choix qu'elle fait. Néanmoins, l’échappatoire pour résoudre les problèmes transhumanismes est d'opérer une distinction entre l'âme et le corps (comme Platon) ce que fait le film à un moment. Un cyborg peut alors être humain s'il a gardé la pureté de son âme. De ce point de vue, la réponse un peu facile n'est pas satisfaisante si tenté qu'il soit possible d'avoir une réponse satisfaisante sur ce sujet aujourd'hui.
Autre questionnement sous-jacent, la ségrégation de classe et même de caste puisqu'il n'y a plus de mélange entre les populations de Zalem et d'Iron City. La police est a été privatisée pour des chasseurs de prime. Il s'agit donc probablement de l'aboutissement d'un système capitaliste et néolibéral même s'il n'en est pas fait mention directement et que le propos ne soit présent dans l'histoire qu'en arrière plan. 
Dernière réflexion en lien avec le dernier questionnement et extrêmement bien traité, celui du rêve / de l'espoir. C'est une société qui fonctionne sur l'espoir (le désir) d'atteindre Zalem. L'espoir cache la misère de ce monde, misère également occultée par les grands jeux pour le peuple (le motorball). En cela, la société décrite est assez proche de la société de consommation. Les personnages qui abandonnent ce rêve sont tous de bons personnages (le docteur Ido, Chiren, ou Alita préférant vivre aux côtés d'Hugo qu'à Zalem). C'est donc le renoncement à l'espoir qui apporte la paix intérieure, message nietzschéen d'une justesse terrible.


En définitive, Alita Battle Angel est un excellent film de science-fiction à l'histoire bien ficelée et aux thématiques intéressantes. Une excellente nouvelle saga au cinéma. 


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jeudi 14 février 2019

Nicky Larson et le parfum de Cupidon


Synopsis :

Nicky Larson et son acolyte Laura repartent en mission. Ils sont cette fois-ci engagés par M.Letellier, inventeur du parfum de Cupidon, substance capable de rendre amoureux n'importe qui...


Commentaire :

Un vrai usage de l'image

Nicky Larson et le Parfum de Cupidon est une histoire originale. Toutefois, le film est inspiré du manga d'origine City Hunter ainsi que de la série animée remaniée pour le public français dans le Club Dorothée Nicky Larson. Pour ces raisons, Philippe Lacheau, par fidélité pour les supports de base, peut s'autoriser énormément d'extravagances, autrement dit énormément d'effets de mise en scène que l'on retrouve notamment dans les animés. Enfin un film français utilisant un large éventail de possibilités offertes par le cinéma! Ralentis, shaky-cam, montage alterné, montage parallèle, split-screens, incrustations, scènes en vue subjective, plan-séquences, zooms, de-zooms... c'est un film très riche visuellement et ambitieux dans sa réalisation. De nombreux plans sont d'ailleurs tirés du manga ou de la série animée. Les plans larges de mise en contexte sur les villes sont particulièrement réussis et donnent de l'ampleur à une histoire qui veut être prise au sérieux. Il ne s'agit pas de lieux localisables mais de villes occidentales indéterminées. Cela nécessite donc un travail numérique pour retoucher des plans filmés dans un endroit réel. Il est également nécessaire de saluer les scènes d'action, superbement chorégraphiées à la manière de la série animée. A cela, il faut ajouter les effets musicaux avec des morceaux datés mais toujours connus, les bandes musicales originales de l'animé et le fameux générique d'ouverture. 

Une excellente adaptation franco-française

L'adaptation au cinéma est réussie et la fidélité est indéniable. Les personnages sont ressemblants, les personnalités sont respectées et l'humour, que l'on aime ou pas, est parfaitement restitué. Néanmoins, ce n'est pas simplement un manga qui est adapté. C'est une époque qui est retranscrite à l'écran, elle parlera particulièrement à la génération Dorothée. La présentatrice star est d'ailleurs présente ainsi qu'énormément de références aux séries de l'époque par le biais de citations directes ou indirectes (Olive et Tom, le personnage de Tortue Géniale, Jeanne et Serge : l'ensemble des références sont ici pour les intéressés).  La limite de ce choix est que le film parlera uniquement à une génération et perdra également beaucoup de sa superbe s'il a une vie à l'international. Quoiqu'il en soit, Philippe Lacheau est un fan qui a réalisé une véritable retranscription de sa jeunesse façonnée par la télévision. Ajoutons que le travail de réécriture, d'une oeuvre déjà transformée que constituait la série animée française, n'a pas fait perdre la sève du manga original. En effet, Tsukasa Hojo, le créateur du manga qui avait demandé un droit de regard sur le film de Philippe Lacheau a particulièrement apprécié son travail. La boucle est bouclée. 

Les non-thématiques

Nicky Larson et le parfum de Cupidon est une bonne adaptation qui joue sur la corde sensible de la nostalgie. Au-delà de ce plaisir coupable, ce film n'a pas véritablement de fond ou plus exactement de grande thématique. C'est un shônen au scénario simple (les scénarii des épisodes télés étaient très linéaires) avec de l'action et de l'humour. C'est un divertissement. On pourrait peut-être chercher une réflexion autour de l'amour mais les personnages très fonctionnels et monolithiques ne sont pas véritablement porteurs de messages. Divertissement ne rime donc pas avec réflexion ici. Peu importe, bien peu iront voir le film de Philippe Lacheau dans le but de réfléchir. Ceux qui iront seront d'abord les fans de Dorothée. A raison, ils seront sûrement satisfaits.


En définitive, Nicky Larson et le parfum de Cupidon est actuellement la meilleure adaptation de City Hunter au cinéma et même peut-être la meilleure adaptation live action d'un manga/animé. Cette production française décomplexée est fidèle à l'oeuvre d'origine et aux années Dorothée. Reste à apprécier le fameux humour graveleux de Nicky! 



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dimanche 10 février 2019

Arctic


Synopsis :

Un homme est perdu dans le grand nord après que son avion se soit écrasé. Il n'a alors plus que deux objectifs : survivre et tenter d'appeler les secours...


Commentaire :

Le film d'acteur de Joe Penna

Arctic s'inscrit dans la tradition du "survival movie", du film de survie en milieu hostile. Le plus illustre représentant de la catégorie reste The Revenant, distinguable de part sa mise en scène. Arctic est filmé plutôt classiquement et la beauté des plans revient d'abord à la photographie et aux paysages dépaysants plutôt qu'à un travail sur le plan ou au montage. Mads Mikkelsen fait beaucoup pour le film du fait de son implication physique dans le rôle et la mise en scène consiste avant tout à le filmer sous plusieurs angles. Il est filmé en plan rapproché pour les plans intérieurs (et les plans d'émotion) pour montrer l'impact du milieu sur son visage et en pied pour les scènes de marche en extérieur. Si la réalisation n'a rien de singulière, il faut saluer le pari de l'absence de montage parallèle (en flash-back) pour apporter des informations. Tout se découvre progressivement au cours du récit; le film est donc bien construit. Il est d'autant bien construit que son rythme lent n'entraîne pas particulièrement de lassitude. Pour ce dernier point, il faut mentionner le rôle de la bande musicale de Joseph Trapanese qui comble un monde Arctique profondément vide pour un humain.   

Un problème n'arrive jamais seul

Un film ancré dans le réel comme Arctic doit trouver le point d'équilibre entre réalisme et intérêt. Il ne s'agit pas de voir une histoire de tous les jours et en même temps, le film doit rester dans les clous du probable. Arctic maintient cet équilibre pendant les trois-quarts du récit avant malheureusement de tomber dans une surenchère qui peut, en tout cas pour certains, paraître risible. Individuellement, toutes les actions présentées sont possibles mais leur accumulation est trop improbable pour le spectateur qui a "signé" pour un film ancré dans le réel. 

Les thématiques : un minimum salutaire [Spoilers]

Les survival movies sont souvent dénués de thématiques "réflexives". La survie reste un réflexe instinctif et il serait d'ailleurs malvenu de forcer des thématiques autres que celles amenées par le contexte de survie. Le personnage se pose peu de questions. Tout est contraint par le temps. Il se posera une fois la question du sacrifice de la blessée alors que leur quête semble perdue. Il s'agit d'une bonne question, totalement en phase avec le contexte, le problème vient avec la réponse apportée par le film. Le choix initial du personnage est de laisser la rescapée sur place alors qu'il n'y a plus d'espoir pour elle. Toutefois, il apparaît être puni par le destin. Étrange séquence de punition divine qui entraîne des remords chez le personnage. Or, ce genre n'est pas propice à la morale. Il cherche plus à décrire l'humain pousser dans ses retranchements qu'à émettre un jugement. Le réalisateur peut et même doit donner son avis mais il est trop facile de juger un personnage dans cette situation. Ce jugement entraîne d'ailleurs une péripétie qui participe à la surenchère. Notons néanmoins que cette séquence est une partie mineure de l'ensemble du film.


En définitive, Arctic ne se distingue pas des autres survival movies mais Mads Mikkelsen porte une histoire prenante et dépaysante. 



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