Les sorties de la semaine

jeudi 22 mai 2025

Mission Impossible - The Final Reckoning

 



Synopsis :

Ethan Hunt doit impérativement gagner son combat contre l’Entité, une I.A ayant pour ambition de provoquer la dissension et une guerre nucléaire entre les humains…


Commentaire :

Christopher McQuarrie pour du spectacle visuel total

McQuarrie est de retour aux côtés de Tom Cruise afin de rendre ce nouveau volet toujours plus impressionnant. Le pari de la mise en scène est réussi. En effet, un rythme effréné emmène le film, avec d'ailleurs peut-être un rythme trop soutenu, notamment au début, avec le risque de n'être parfois qu’une succession de rebondissements d’action. L’objectif de mise en tension est en revanche réussi avec notamment l’utilisation de montages alternés fragmentant les lieux d’action. De plus, le plaisir coupable d’un Mission Impossible repose sur une scène d’action originale et époustouflante. Ce volet en propose deux. La volonté de Tom Cruise de réaliser ses cascades et de limiter le recours au CGI apporte encore une fois une vraie plus-value aux scènes. Le spectateur en a pour son argent. Les scènes du sous-marin et de l’avion feront date, et cela indépendamment de l’histoire et des autres scènes. En revanche, certaines scènes de combat ont un montage un peu trop rapide pour admirer les chorégraphies. Le mixage sonore, dont la qualité se fera particulièrement entendre lors de la scène sous-marine, est un des autres points forts du film. De même que la bande musicale, fidèle à la saga et qui accompagne et magnifie certaines scènes. 

Un scénario peu lisible 

La volonté de raccorder les deux derniers volets à l’ensemble de la saga pour montrer que cette dernière se dirigeait inexorablement vers cette fin rend l’ensemble de l’histoire complexe. Si l’intrigue reste compréhensible, l’histoire n’en est pas moins alambiquée et surtout narrée de manière peu fluide. Énormément d’informations sont envoyées, parfois rapidement et une seule fois. Cette volonté de vouloir donner de la cohérence à l'ensemble d'un point de vue scénaristique cache aussi peut-être le fait que cette suite n'était justifiée que par la volonté de proposer de nouvelles scènes d'action. A ce titre, ces dernières sont beaucoup plus léchées que l'écriture. Le film est ainsi peu "friendly" au niveau de la narration pour le spectateur, un sentiment que l'on peut retrouver dans les derniers Nolan. Cet aspect est une des faiblesses du film.

Les thématiques : si rien n'est impossible il n'y a pas de dilemme moral

Les thématiques peuvent être exprimées lors de dilemmes proposés au personnage principal. Il semble manifeste que Ethan Hunt fera toujours le choix du bien. Dans la tradition américaine, la puissance publique représente toujours un danger potentiel c'est pourquoi l'individualisme d'Ethan paraît toujours être une meilleure solution que l'Etat. Ainsi, contrairement à la Présidente américaine pour qui un vrai dilemme se pose (une frappe nucléaire préventive), Ethan n'a pas de vrai dilemme puisqu'il arrive toujours à trouver la solution parfaite, ce qui l'empêche d'avoir à faire un choix compliqué. Il est toujours plus facile de faire le bien, ce que le réel n'offre jamais aussi facilement. Sauf lorsqu'on est Ethan. C'est finalement sa réalité qui s'impose dans l'œuvre plutôt que celle de l'Entité. D'ailleurs cet antagoniste est particulièrement absent du récit et en définitive échoue à imposer un vrai dilemme au personnage principal. Les Etats ont ce dilemme mais pas Ethan. Ainsi, le film peine à faire émerger une morale hormis celle selon laquelle qu'Ethan Hunt peut réussir n'importe quelle mission impossible. C'est le principe de la saga mais cela condamne toute réflexion complexe. 


En définitive, ce dernier volet de Mission Impossible impressionne grâce aux deux meilleures scènes d'action de la décennie, signées Tom Cruise. Néanmoins, l'intrigue parfois confuse, semble ne pas avoir eu la même considération que les scènes d'action.



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dimanche 4 mai 2025

Thunderbolts*

 


Synopsis :

Yelena enchaîne les missions secrètes pour la CIA, en particulier pour sa présidente, Mme De Fontaine, qui cherche à faire disparaître ses anciennes activités dans le secteur privé. Bientôt, Yelena rencontre d'autres mercenaires de Mme De Fontaine, ayant des missions similaires...


Commentaire :

Une qualité retrouvée

Jake Schreir hérite du projet du Suicide Squad marvélien, avec pour mission d'en faire d'une part une version plus marquante que le produit DC et d'autre part, de redonner un coup de peps à l'écurie Marvel empêtrée dans une phase 5 décousue à la qualité très inégale. Pour autant, ce film mettant en scène des seconds couteaux a peut-être un peu plus de liberté que les autres films. La scène d'ouverture de combat, en plan séquence et en plongée totale laissant apparaître les ombres des combattants (élément important pour la suite) donne le ton. Ce plan rappelle la séquence culte de Old Boy, le film d'action coréen. Si aucune scène de combat ne retrouve la classe de la première, elles ont le mérite d'être toutes bien chorégraphiées sans coupe excessive, ce qui les rend fluides. Les cascades sont pour la plupart réelles tout comme les décors, ce qui apporte de la pesanteur à l'ensemble. Le montage est globalement de bonne facture et calibré pour donner du rythme au film. Toutefois, il s'agit tout autant d'un drame que d'un film d'action, ce qui explique l'importance de dialogues qui ont toute leur place. Cela donne sa particularité au film, dont le genre de super-héros est épuisé. La dimension dramatique est donc bienvenue. Il manquera tout de même, peut-être, à l'ensemble un climax ou money time d'ampleur, porté par une musique orchestrale. Si cette scène est absente, il faut également souligner que la musique manquait peut-être aussi un peu d'ambition. Le compositeur Son Lux est en effet dans l'accompagnement, avec parfois quelques réminiscences bien trouvées d'Avengers, mais il ne propose jamais de leitmotiv fort et original. 

Un renouveau thématique : la dépression

Les thématiques ne sont pas le fort des films de super-héros en général, peut-être encore moins chez Marvel à quelques exceptions près. Le fait est que l'épuisement du genre n'est pas dû qu'à la mise en scène mais également aux thématiques traitées et retraitées par les différentes écuries. Et pendant un temps, il était à craindre que ce film retombe dans ces travers avec une nouvelle fois le thème de l'Etat profond devant être combattu par des individus ; la démocratie étant incapable de régler le problème par elle-même (bureaucratie bonne à rédiger des rapports et dotée de fonctionnaires pliant bagage à 4h de l'après-midi). Bref, une vision libérale voire ultra-libérale encore portée par un blockbuster américain. A ce titre, le personnage de Mme Fontaine, malgré la bonne performance de l'actrice Julia Louis-Dreyfus, est peu intéressant. Quelques références méta viennent redonner un peu d'intérêt au film avec la lassitude évoquée des fans de super-héros. Toutefois, c'est surtout l'apparition de l'antagoniste de l'intrigue qui redonne un souffle au film et à la saga. Bob est autant un personnage qu'un concept. Il représente la dépression dans ses différentes phases. Le film est intéressant puisque le concept de super-héros est appliqué à la dépression qui devient une super dépression. Or ici, ce ne sont pas les poings qui pourront résoudre le problème mais bien l'écoute et la compréhension. Le film souligne par ailleurs habilement qu'il faut être passé par un état dépressif pour se rendre véritablement compte des enjeux et du sérieux de l'état dépressif. Le sujet est loin d'être pris à la légère. Ainsi, Yelena est la meilleure oreille possible pour Bob. Cette thématique explique peut-être l'absence de climax qui aurait pour autant pu être émotionnel à défaut d'être dans l'action. Quitte à vouloir changer, la dimension dramatique aurait gagné à être appuyée pour vraiment emporter le spectateur. 


En définitive, Thunderbolts* est une bonne surprise pour conclure la 5ème phase Marvel. La mise en scène comme les thématiques viennent donner un nouveau souffle à la saga. Sans être une révolution, ce film choral montre que le studio Marvel Disney sait encore produire de la qualité. 



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samedi 8 mars 2025

Mickey 17

 



Synopsis :

Mickey Barnes est contraint de quitter la Terre pour embarquer dans une mission de conquête spatiale. Sans compétences, il signe pour être un remplaçable : un humain dont la mémoire est conservée et, qui peut être exploité et réimprimé autant que nécessaire...


Le commentaire :

Bong Joon Ho fidèle à lui-même

Bong Joon Ho arrive à Hollywood et a carte blanche pour faire un blockbuster de science-fiction. Le casting est à majorité occidentale, tout comme l'ouvrage dont il est adapté. Toutefois, la patte de l'auteur est visible à plusieurs niveaux. Tout d'abord, le travail sur les plans et la photographie est plus léché et symbolique que la plupart des blockbusters classiques. Le rapport aux corps, (corps violentés, presque pris à la légère pendant certaines scènes) rappelle également le cinéma (ou séries) coréen. Mais plus que la mise en scène, c'est la relation entre les personnages et la satire qui en est faite qui rappellent le cinéma de Bong Joon Ho. Le réalisateur écrit lui-même ses dialogues. L'humour est toujours présent dans le cinéma de Bong Joon Ho, l'ironie est constante, mais ce n'est jamais un rire de joie. C'est un rire jaune, en raison de personnages ayant des traits caricaturaux. Les situations sont ironiques mais le contexte est toujours lourd et tragique. Il est nécessaire de saluer le casting talentueux, au premier rang duquel Robert Pattinson, Mark Ruffalo, Toni Collette et Naomie Ackie qui donnent vie aux dialogues de Bong Joon Ho.  Au niveau musical, le travail est confié à Jaeil Jung qui livre une magnifique orchestration. Si les thèmes sont plutôt discrets, la musique trouver sa place et accompagne l'histoire tout du long. Ainsi, au niveau technique, le film est véritablement abouti.

Un vrai film de science-fiction... sur le capitalisme.

Les thématiques sont nombreuses, comme pour tout bon film de science-fiction. Il y a en plus ici une dimension politique. Les thématiques de science-fiction tournent autour de la mort et de la numérisation de la mémoire. Evite-t-on vraiment la mort si notre corps est détruit mais que notre pensée est sauvegardée ailleurs ? Pour la majorité des personnages du film, ce procédé évite la mort. Néanmoins, comme le laisse comprendre le film progressivement ; il y a bien un individu qui meurt à chaque fois. Cela est confirmé par la présence des multiples qui montre qu'il ne s'agit pas de clones mais d'individus à part entière. L'identité se traduit par la continuité. Copier une information crée un doublon identique mais ce dernier n'est pas la suite directe de l'original. L'original est un humain ayant conscience de sa mort et de sa finitude. Sa souffrance est certaine. Ainsi le traitement auquel est soumis Mickey pendant le film est plus qu'inhumain. Il est le produit rêvé du capitalisme, une main-d'œuvre humaine corvéable à merci et illimitée. Le fait de ne pas y voir un problème éthique n'est pas une erreur mais bien le choix du système en place. Ici la science-fiction rejoint le politique car toutes les thématiques du film sont le produit d'un capitalisme débridé. Il est incarné ici par une sorte de Trump du futur interprété par Mark Ruffalo. Ce chef vulgaire à l'intelligence moyenne ne pense qu'à lui et se voit en prophète de l'humanité. Il ne connaît que les rapports de force et n'a que faire de l'humain, en particulier des remplaçables. Il est à de multiples reprises raciste et misogyne car ces traits humains vont de pair avec la bêtise. Sa propagande personnel lui permet de contrôler les masses et de diffuser ses idées. Il brise finalement les règles établies, cela permettant de l'assimiler sans trop de doute à un fasciste. Mais si sa politique intérieure nous force ici à admettre que le fascisme et le vrai visage du capitalisme, sa politique extérieure le confirme. La mission spatiale n'est pas seulement une mission d'exploration mais bien (évidemment) de colonisation. Le capitalisme aboutit alors à l'impérialisme, ce qui implique de soumettre ou d'exterminer les populations locales aliens, assimilées à des êtres insignifiants. Le propos devient alors rapidement beaucoup plus politique que scientifique. Il s'agit finalement d'une dystopie politique, ou plus exactement d'une satire politique de notre époque (à quelques siècles près). 


En définitive, Mickey 17 est autant un film de science-fiction qu'une satire politique sur le capitalisme. Bong Joon Ho réussit le mélange des genres en mêlant ironie et tragique. 



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vendredi 21 février 2025

Captain America : Brave New World



Synopsis :

Sam Wilson est le nouveau Captain America. Toujours au service de l'Amérique, il doit obéir à un nouveau Président qu'il n'apprécie guère, l'ancien général Thaddeus Ross, qui s'est longtemps opposé à Hulk...

Commentaire :

Mise en scène légère

La réalisation revient à Julius Onah, inconnu du grand public, dans un rôle qui est avant tout celui d'un "Yes men". Il n'y a en effet pas de direction artistique singulière ou de patte reconnaissable. La photographie est classique et la colorimétrie tire vers le gris pour symboliser la gravité du moment. Le film est en revanche plutôt bien rythmé que ce soit globalement ou au niveau des scènes de combat. Ces dernières sont certes moins impressionnantes au regard de ce qu'a pu faire le MCU par le passé mais les protagonistes ne sont plus des super-humains. Les combats sont donc à la hauteur des personnages impliqués, ce qui est cohérent. Le rythme du film est également aidé par un scénario plutôt bien ficelé, avec des personnages à plusieurs facettes. Même si l'architecture est immanquablement classique pour un Marvel, il y a un souci de sérieux conforme à la licence Captain America (à l'intérieur du MCU) et porté par des acteurs impliqués. La bande musicale de Laura Karpman est quant à elle en retrait et manque d'ampleur alors que des scènes étaient propices à faire émerger un nouveau motif ou à réutiliser un ancien. Même si quelques cuivres rappellent de temps en temps le Captain, l'accompagnement musical est plutôt moribond. 

Le nouveau monde et quelques thématiques 

Si ce nouveau Captain America apporte quelques nouvelles thématiques à la saga, c'est avant tout sa dimension méta qui en fait un objet intéressant. Même si la série avait introduit le nouveau Captain America Sam Wilson, c'est le premier film Captain America sans Steve Rogers. Le nouveau Captain America est donc afro-américain, tandis que le nouveau Faucon est lui latino-américain. Hollywood n'est certainement pas republican. Les personnages blancs, encore plus s'ils sont masculins, sont négatifs s'ils ont un rôle significatif. Même s'il n'y a pas de propos sur cet aspect dans l'intrigue, le film porte un message au travers de son casting. Il aurait peut-être alors été intéressant que le film mentionne clairement cette dimension plutôt que de l'effleurer. 
L'identité et la légitimité sont des thématiques plus clairement abordées dans le film. Que ce soit Ross ou Sam Wilson, ces personnages se posent la question de leur légitimité au regard de leur passé et se demandent s'ils ont assez changé pour être à la hauteur de leur rôle. L'un était un militaire compulsif et aspire à être un président rassembleur (et un père) tandis que l'autre était un soldat d'élite et se demande s'il est désormais à la hauteur pour être un symbole. Le film est intéressant dans le sens où il suppose que les individus peuvent évoluer dans une note d'espoir au delà de tout fatalisme. Pour autant, les individus restent comptables dans leurs actes. Cette dernière dimension s'applique plus à Ross qu'à Sam car si Sam est aux prises avec son passé et sa fonction, c'est justement parce qu'il n'a pas changé qu'il est un personnage positif. En effet, il réussit a tenir son rang sans avoir recours au super-sérum. Sa volonté en fait un super-héros. Dans les deux cas, ces protagonistes aspirent être à la hauteur des enjeux. 
La dernière thématique, la plus intéressante relativement au contexte actuel, est la géopolitique américaine. Dans le film, les Américains tentent d'aller vers le multilatéralisme après des années d'unilatéralisme. La vision américaine des studios de Californie est donc assez loin de la réalité car cette volonté de diplomatie est tout l'inverse de la politique à la Trump. Pire que ça, le président Trump est finalement plus inquiétant que le Président Ross, qui malgré son passé tente de faire au mieux. Houppette orange est plus menaçant que le Hulk rouge...


En définitive, ce Captain America Brave New World est un épisode respectable du MCU, intéressant dans la représentation progressiste des Etats-Unis , plus réjouissante que l'Amérique actuelle...


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dimanche 12 janvier 2025

L'Amour au présent


Synopsis :

Tobias et Almut vivent une vie paisible jusqu'au jour où le cancer vient remettre en cause l'idylle de ce couple. Que faire face à cette épreuve ? Profiter des derniers mois ou lutter contre la maladie ?


Commentaire

Une classique mise en tension

John Crowley réalise L'Amour au Présent, un drame romantique, porté par des acteurs phares : Florence Pugh et Andrew Garfield. La mise en scène repose ainsi essentiellement sur les dialogues en champ - contrechamp et sur la performance de ses acteurs ainsi que sur la relation qu'ils parviennent à représenter à l'écran. La photographie est classique. Hormis le paysage où se trouve la maison de famille, l'environnement montré est très basique. La colorimétrie vise à s'approcher du réel. La seule singularité de la mise en scène réside dans le montage croisant les temporalités. Il s'agit d'un procédé assez efficace pour créer de la tension et des rebondissements pour une histoire très lisse. L'intrigue, certes tragique, manquait toutefois peut-être un peu de relief pour être intéressante car, mis à part son aspect tragique, l'histoire est attendue et linéaire, ce qui impliquait ce nécessaire artifice du montage. Paradoxalement, le film se retient énormément dans la construction du drame évitant la dimension tire-larme avec un final tout en retenue. Toutefois, ce choix honorable qui évite un mélodrame qui n'aurait été que trop évident, prive ce film d'un de ses seuls outils pouvant apporter de l'émotion. Reste la romance, secondaire, mais plus convaincante que le drame. A la musique, Bryce Dessner accompagne discrètement l'image sans dégager de leitmotiv particulier.

Thématique : profiter ou lutter [Spoilers]

La thématique sera celle de la posture à adopter face au cancer, tout en admettant qu'il n'y a aucune posture évidente. Almut choisit assez vite, mais non sans mal, l'idée de profiter de ses derniers mois de vie (plutôt que de partir dans une chimio incertaine et destructrice) en partant du principe que le traitement échouera, d'où le titre français plutôt bien choisi. En tant que spectateur, il n'y a aucun moyen de juger sur le fond cette décision. Tout au plus, il peut essayer de comprendre la décision d'Almut et se mettre à la place de Tobias qui doit accepter cette décision... pour autant que Almut lui communique son choix. Le personnage principal est pour autant Almut, qui prend parfois des décisions contestables que le spectateur ou Tobias ne peuvent qu'accepter car la rationalité n'a plus lieu face à l'abysse de la mort et au néant. Le film est ainsi plutôt juste et nuancé sur le traitement du sujet. Le réel est complexe et l'humain se démène au mieux pour y faire face.


En définitive, John Crowley nous livre un mélodrame tout en retenu avec l'Amour au Présent, porté par deux acteurs convaincants, mais à la mise en scène minimaliste et présentant une intrigue un peu trop convenue.



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samedi 14 décembre 2024

La Guerre des Rohirrim

 


Synopsis :

Héra, fille du Roi Helm compte bien vivre selon sa volonté. Toutefois, sa fidélité au Rohan et à sa famille est également un trait important de sa personnalité. Poussée par les événements, elle n'a d'autre choix que d'embrasser sa destinée... 

Le commentaire :

Kenji Kamiyama, la greffe sur le seigneur des anneaux ? 

Spécialiste de l'animation japonaise, connu pour son travail sur Akira ainsi que sur Ghost in the Shell : Stand Alone Complex, Kenji Kamiyama s'essaye là où on ne l'attendait pas, sur un univers avant tout connu pour ses films en live action. Pour autant, malgré la qualité indéniable de la réalisation, l'animation en elle-même est inégale et manque de fluidité, certains plans secondaires paraissant être faits au rabais. De même, les premiers plans et l'arrière plan se marient parfois difficilement. La comparaison avec un film tel Princesse Mononoké ou tout film du studio Ghibli est sévère. Cela n'empêche pas le film de briller par ailleurs dans certaines scènes (scènes de combat ou d'exposition avec des paysages et lieux reconnaissables). Néanmoins, cette licence porteuse de tant d'attentes, méritait une qualité constante. Le rythme du film est lui plutôt soutenu avec une trame narrative cohérente. Néanmoins, les dialogues et l'enchainement des événements paraissent artificiels. Le scénario peine à faire évoluer ses personnages et à créer de l'émotion. Cela rejoint l'impression d'empressement constatée sur certains plans (le film a été produit à la hâte pour que le studio ne perde pas les droits sur l'œuvre). A la musique Stephen Gallagher s'illustre par les reprises des thèmes de la première trilogie. Sa musique est orchestrale et se fait entendre presque à chaque plan. Elle peine toutefois à trouver sa propre voie, les thèmes originaux accompagnant l'image sans lui apporter la dimension épique attendue pour un film du Seigneur des Anneaux. La bande musicale est de bonne facture mais en deçà du chef d'œuvre d'Howard Shore.  

Les thématiques : le féminisme mais...

L'idée d'origine, de partir d'un personnage féminin qui n'aurait pas été mentionné dans des chroniques issues d'un univers patriarcal, est intéressante puisque fondée et compréhensible. Néanmoins, l'histoire ne propose rien hormis l'idée de créer une femme forte et indépendante. Hera sera toujours présentée ainsi et n'évoluera pas. De même, l'ensemble des personnages sera monolithique et surtout sans évolution. Le Roi Helm, seul personnage important des appendices du livre, est celui qui s'en sort le mieux puisque plus anguleux dans sa personnalité. Le personnage principal est cependant bien Hera, qui manque un peu d'aspérité et de développement pour être vraiment attachante. Par ailleurs, son importance dans l'histoire rend peu probable qu'elle n'ait pas été mentionnée dans les chroniques car son rôle est plus important que celui du Roi Helm et il paraît peu vraisemblable qu'une chronique, même dans un monde d'hommes, n'en ait pas parlé ; l'histoire de France et des Francs le prouve. Les reines et princesses sont mentionnées pour leurs hauts faits, ces derniers peuvent être à la rigueur minimisés. Ce sont toutefois les femmes du peuple et leur rôle dans la société qui sont laissés de côté. Ici Hera sauve le Rohan, ce qui est loin d'être anodin. La thématique est ainsi intéressante et éthiquement louable mais le trait paraît trop forcé et l'intrigue manque de complexité et de nuance pour que le propos soit satisfaisant. Il risque au contraire de s'attirer les foudres des conservateurs et de leur offrir des arguments faciles.

En définitive, la Guerre des Rohirrim est une proposition ambitieuse mêlant animation japonaise et Terre du Milieu. Toutefois, la qualité est loin de la Trilogie originelle, autant par son écriture que par la dimension épique. L'animation est par ailleurs inégale. Une réminiscence de la Terre du Milieu. 



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dimanche 17 novembre 2024

Gladiator II


Synopsis :

Hanno vit une vie paisible avec sa femme en Numidie. Toutefois, cette paix est de courte durée car Rome compte bien reprendre cette région rebelle. La femme d'Hanno est tuée tandis que lui même est fait prisonnier et emmené en tant qu'esclave à Rome...

Commentaire :

Ridley Scott, toujours le maître du blockbuster historique

Ridley Scott revient plus de 20 ans après son premier Gladiator dans un genre évidemment identique mais avec une mise en scène agrémentée des évolutions des effets spéciaux. En effet, si ce n'est l'ampleur de la mise en scène et les CGI, ce deuxième opus emprunte énormément dans la structure du film, dans les thématiques, ou dans les dialogues au premier film. Les références sont constantes si bien que même si l'histoire est quasiment un reboot du premier, il est nécessaire d'avoir vu le film de 2000 pour comprendre le film de 2024. Sans arriver à la hauteur du premier film, ce nouveau péplum a des qualités certaines. La reconstitution de Rome est superbe à travers les décors et les plans d'échelle variée. La ville vit et est foisonnante. Des monuments et des espaces sont en travaux montrant son perpétuel renouvellement, chaque recoin est habité et propose une activité. Les costumes sont également de très grande qualité, crédibles tout en étant flamboyants ; l'immersion est totale. Les moments de vie à Rome ou les dialogues sur la romanisation sont également tout à fait à leur place et rajoutent à la crédibilité de l'œuvre. Paradoxalement, ce sont les CGI, pourtant de dernière génération qui peuvent parfois sembler faux, que cela soit les navires pour les plans généraux ou les animaux, à l'instar de la scène avec les babouins. La tentation de surenchère peut, pour certaines scènes, desservir le film. Heureusement, Ridley Scott a la maîtrise du rythme pour son film de 2h30. Les relances épiques, les scènes d'action ou de tension sont parfaitement agencées. Le réalisateur de 86 ans a toujours la science de la narration ce qui lui permet de faire passer les facilités scénaristiques au second plan, derrière la nostalgie, les émotions et le grandiose. A la composition, Harry Gregson-Williams réalise un travail impressionnant tant la bande musicale est prenante et se fait entendre. La composition a toutefois le même défaut que le film dans son manque d'originalité car ce sont les incroyables thèmes d'Hans Zimmer qui finissent de prendre le dessus. Ils sont néanmoins parfaitement réagencés, parfois sublimés (écouter le thème "The Dream is lost") et de nouveaux thèmes comme celui d'Acacius sont tout en subtilité à défaut d'être marquants. L'ensemble est loin d'être déplaisant au niveau de la composition mais comme le reste, un peu facile. Mais pouvait-il en être autrement au vue de l'aura du premier film ?

Un film de genre mais pas historique

Ridley Scott adore les films de genre historique mais pas le film historique en lui-même. Il se saisit  d'une époque, d'une ambiance et de personnages ayant existé pour réaliser l'histoire qui lui convient quitte à parfois (souvent ?) tordre fortement la réalité historique. Ce n'est pas si grave tant que le film est de bonne facture. Toutefois, tout comme pour le film sur Napoléon, Ridley Scott s'éloigne de la réalité historique à plusieurs moments. La première scène en Numidie, soi-disant rebelle, semble inventée de toutes pièces tout comme l'aspect des populations berbères jouées parfois par des acteurs d'origine subsaharienne. De même, la manière dont sont décrits les empereurs rappelle la manière dont Ridley Scott dépeignait Napoléon, pour l'un inspiré de la légende noire anglo-saxonne pour les autres inspirés inspirés des auteurs romains pro-républicains qui forcent les traits autocratiques des personnages. Il est vrai que Caracalla était un empereur sanglant mais son portrait est ici exagéré au-delà caricature. Dans tous les cas, les nouvelles recherches en Histoire ne l'intéresse pas. Autre exemple ; les représentations navales dans le Colisée ou d'autres arènes étaient possibles (la naumachie) mais rares et pas des requins. Il existe une pléthore d'autres éléments incorrects comme l'utilisation des animaux face aux gladiateurs, l'exécution massive de gladiateurs alors qu'ils étaient des denrées précieuses, le signe de pouce pour l'exécution ou la vie, la mention de la bataille de Salamine opposant les Perses aux Troyens, la mention à Poséidon plutôt qu'à Neptune, les actualités présentes dans un journal etc. Nous aurions aimé parfois un petit effort de rigueur. Quand cela ne sert pas l'intrigue, autant s'attacher à faire preuve de plus d'authenticité. Il y a un peu de facilité historique, tout comme dans l'écriture. Certains pourraient parler de paresse. 

Les thématiques : une simple redite... ou presque [spoilers]

Le point noir du film reste ses thématiques et donc son intérêt. En effet, le film est tellement inspiré du premier qu'il en est finalement une simple redite, ce qui a pour effet en plus d'annuler la prouesse de Maximus dans le premier film. Ce dernier a donc échoué à restaurer "le rêve de Rome". Son sacrifice en devient inutile. Lucius, Acacius et Lucilla ont donc, à nouveau, la mission de faire tomber la tyrannie pour rendre le pouvoir au Sénat, ce qui était l'ambition de Marc-Aurèle, l'empereur philosophe. Celui qui est le mieux placé pour exercer ce transfert de pouvoir est celui qui n'en veut pas. Idée qui reste vraie à travers le temps. Rien de nouveau, si ce n'est l'ajout du personnage de Macrinus qui ajoute un nouveau type de protagoniste. En plus de l'empereur (ou des empereurs ici) fou et presque dégénéré, il y a la figure de l'opportuniste, autre antagoniste et opposant au rêve d'une Rome républicaine. Macrinus, joué par l'incroyable Denzel Washington qui écrase de sa présence tous les autres acteurs, représente l'individu avide de pouvoir, fin et habile, et qui comprend les rapports de force. Il représente le réel alors que Lucius et ses alliés représentent l'espoir dans une dimension transcendante presque chrétienne. D'ailleurs Macrinus dit mépriser les chrétiens. Maximus se sacrifiait tel le Christ pour offrir l'avenir aux Romains. Ici une fois encore, Acacius puis Lucilla doivent se sacrifier pour que Lucius, fils du Christ puisse ramener l'espoir. Le penchant religieux de Ridley Scott ressurgit à nouveau et fait triompher l'espoir face à la vision plus réaliste et cynique de Macrinus. Beau pour l'histoire, mais peut-être pas si pertinent, d'autant plus que la vision de Marc-Aurèle, le stoïcien serait historiquement plus proche de celle de Macrinius que celle de Maximus/Lucius ; une idéologie reposant sur l'espoir.


En définitive, Gladiator II remplit son office dans une suite/reboot impressionnante mais loin d'être originale. Si la science de la narration de Ridley Scott en fait un vrai spectacle prenant de blockbuster, les quelques facilités d'écriture et les inexactitudes historiques outrancières l'empêchent de se hisser au niveau du premier. 



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