La famille Abbott est encore sous le choc de la mort du père. Toutefois, elle doit quitter les lieux pour garder un espoir de survie. Evelyn emmène alors ses enfants en des lieux inconnus, avec toujours le souci de ne faire aucun bruit …
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Ne pas changer ce qui a marché
John Krasinski reprend la mise en scène ayant fait le succès de son premier épisode avec autant d'efficacité. L'attention est toujours habilement portée sur la dimension sonore dès les premières scènes, dans lesquelles chaque son du quotidien est amplifié et donc déjà oppressant. Dans la lignée du premier film, la mise en scène prend le point de vue de la fille d'Evelyn (sourde) pour quelques scènes, rajoutant encore à la tension. Il y a toutefois une évolution dans la réalisation pour coller aux côtés road movie de ce film. En effet, Krasinski incorpore de longs plans en travelling grue ou sur charriot (en non plus en steady cam) pour suivre le périple des personnages. Le point de vue est semi-subjectif puisque la caméra suit le personnage de derrière en ne laissant apparaître pas plus de champ que le personnage ne le voit lui même. La mise en scène donne ainsi l'impression au spectateur d'être un personnage suivant au plus près les protagonistes. Autre élément de mise en tension : le montage. En effet, le film se structure autour de plusieurs montages alternés, en particulier sur les deux enfants. L'ensemble des protagonistes est en danger mais dans des lieux différents, ainsi les scènes se succédant maintiennent la tension du thriller. A la musique, Marco Beltrami propose une partition plus proche du film d'horreur que de celui du thriller. Ceci fait écho à la typographie du titre et des crédits se référant au genre horrifique ainsi qu'à certains éléments de mise en scène comme les jump scares. Toutefois, l'ensemble de l'œuvre se rapproche par son ton plus du thriller que de l'horreur, bien que la réalisation joue un peu plus sur le hors-champ que dans le premier film. En effet, les aliens ne sont pas mis en image de manière effrayante et sont déjà connus du public.
Les thématiques : du survival au passage de relais
Si dans le premier film, le genre du survival écrasait toute thématique possible, ce second volet traite du passage de relais des adultes aux enfants concernant les responsabilités. Du point de vue du scénario, c'est assez logique puisque le père meurt à la fin du premier film. De manière surprenante pour le spectateur, Emily Blunt est moins mise en avant et laisse progressivement la place à ses enfants au cours de l'histoire, alors qu'on aurait pu penser qu'elle garderait la tête d'affiche. Ce choix est cohérent lorsqu'on comprend la thématique choisie, celle de la transmission. La thématique est pleinement assumée et mise en valeur dans la dernière scène dans un montage alterné. Si l'écriture du personnage de la sœur est plutôt bien aboutie, le personnage du frère est un moins attachant, voire un peu agaçant. Certains de ses actes (sortir du bunker sans raison, et la mère ne lui donnant aucune consigne par rapport à la bouteille d'oxygène) sont forcés, dans le but de le mettre en avant et de coller à la thématique, sans pour autant que le scénario ne le justifie.
En définitive, Sans un Bruit 2, est un thriller tout aussi haletant et efficace que le premier, avec ici la thématique bien amenée de la transmission.
John envisage de ramener son père Willis en Californie, ce dernier devenant de moins en moins autonome. Toutefois, John et sa sœur n'ont jamais vraiment apprécié leur père ; trop dur et trop dominant. Malgré le grand âge, il est toujours aussi compliqué à vivre, de part ses idées réactionnaires et son attitude outrancière...
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Viggo Mortensen, un premier passage dernière la caméra réussie
Si Viggo Mortensen est connu pour son interprétation magistrale de l'emblématique Aragorn, il est avant tout un acteur du cinéma d'auteur à l'instar de ses rôles avec David Cronenberg. Sa réalisation s'inspire donc des réalisateurs avec qui il a tourné. Toutefois, Viggo Mortensen se tourne également vers d'autres metteurs en scène spécialisés dans le drame familial comme Yosujiro Ozu, visant au réalisme par le minimalisme (plan fixe intégrant l'ensemble des protagonistes). Le résultat est réussi, le film étant doté d'un réel travail visuel. Cela est notable dans ses cadres et dans l'organisation des plans. Plus encore, le montage est le point fort du film, du fait de flashbacks en montage parallèle pour comprendre les relations Père-fils. Toutefois, l'état du père étant critique, la réalisation avait également un autre objectif : rendre sensible la démence et les absences du père. Ainsi, Mortensen a également recours à des similis de flashback avec parfois des plans très courts ou simplement des flashbacks sonores, le plan restant lui sur le père de John au présent. Il est alors parfaitement possible de ressentir les absences de l'âme qui voyage et se perd dans le passé. A la musique, nous retrouvons...Viggo Mortensen qui prouve qu'il a de multiples talents, avec une bande musicale principalement au piano, tout à fait à propos pour le genre. Le fait que le réalisateur s'occupe également de la bande musicale montre à quel point ce projet lui était personnel.
La famille ; un lien dépassant la raison [spoilers]
Il est assez aisé de déterminer la thématique centrale du film : la famille. Toutefois, le film pose la question de savoir jusqu'à quel point la famille est une valeur sacrée, autrement dit jusqu'à quel point John doit aider un père ne faisant rien pour se rendre sympathique ou simplement supportable. Le lien familial est-il si sacré qu'il ne peut être rompu ? C'est ce que semble dire le film pendant une longue période même si John finit par se résigner dans une scène très touchante. Les idéologies étaient irréconciliables, John étant le portrait même du progressiste alors que son père coche tous les critères du réactionnaire. John finit par le comprendre alors que le spectateur l'a déjà compris depuis longtemps. Toutefois, le génie du film est de montrer que le constat est simple d'un point de vue extérieur mais presque impossible à accepter lorsqu'il nous concerne. Les liens amicaux et familiaux sont tisser sur le temps long et participent à la formation de notre identité. Couper ses liens, c'est alors renier une partie de soi, parfois pour le meilleur, mais le choix est terriblement difficile. Ainsi, la famille peut-être compliquée ; lorsque les choses tournent mal, il s'agit des liens les plus difficiles à rompre. Viggo Mortensen nous le fait comprendre parfaitement.
En définitive, Viggo Mortensen réussit son passage derrière la caméra dans un drame familial, nous montrant qu'il n'y a pas plus compliqué que de rompre avec sa famille. Ce film d'auteur, hautement personnel, est à éviter en période morose!
Paul est le dernier espoir de l'humanité. Sa mission: détruire la lune rouge qui avance inexorablement en direction de la Terre...
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Une réalisation riche
Romain Quirot fait le choix audacieux du genre de la science-fiction pour le cinéma français. La photographie fait beaucoup pour l'encrage de l'histoire dystopique et est le point fort du film, avec des plans particulièrement soignés dans leur composition. A elle seule, la photographie témoigne de l'ambition artistique du film. Ce futur apocalyptique adopte un style étonnant alliant le futur numérique que l'on pourrait imaginer aujourd'hui à celui imaginable dans les années 80. C'est donc un film personnel référencé avant d'être un film d'hard science-fiction. Le montage est lui dynamique, avec certaines scènes très réussies à l'image du crash de la voiture qui alterne les plans noirs/vides et l'action. Ce rythme est d'ailleurs un choix assez étonnant puisque le ton de l'histoire auraient laissé suggérer un montage plus posé, pour une contemplation poétique d'un monde visuellement abouti. Les effets spéciaux sont en effet à la hauteur de l'histoire de SF, avec des paysages, des décors et des véhicules convaincants. De même, certains costumes sont particulièrement réussis à l'image de ceux de la police. Saluons enfin le choix de jeunes acteurs peu connus avec une réelle beauté cinématographique (Hugo Becker, Lya Oussadit-Lessert) associés à des poids lourds du cinéma français tel Jean Reno. La musique d'Etienne Forget, très présente, dénote aussi l'ambition du projet. Romain Quirot a donc mis toutes les chances de son côté pour faire son Blade Runner français.
Un scénario manquant de profondeur
Malgré tous ces éléments techniques en la faveur du film, il manque peut-être ici une science hollywoodienne de la narration. En effet, le scénario peut manquer de prise du fait d'une histoire défilant à toute vitesse et d'explications floues. Cette impression de flottement donne une dimension poétique à l'œuvre, cela renforcé par certains éléments comme la décision d'inclure Philippe Katerine dans le rôle du présentateur. Ces choix empêchent au film d'avoir un ton bien arrêté, oscillant entre le sérieux et le détachement face à son sujet. Toutefois, l'impact des évènements sur les personnages montrent un réel souci du réalisateur pour son histoire. Ainsi, ce détachement peut également être le fruit d'un scénario ne prenant pas assez de temps pour expliquer ses enjeux (volonté de la lune rouge ?) et travailler les relations entre ses personnages (Paul, Eliott, Elma). Les flashbacks très présents n'apportent pas d'éléments véritablement pertinents pour travailler les relations entre les deux frères et le dénouement laisse dubitatif quant à l'intérêt de travailler cette proximité.
D'un thème scientifique à un traitement poétique
La thématique est claire et sans nuance dès la scène l'introduction du film, cela étant expliqué par un enfant. L'explication ne dépassera pas cette présentation qui peut se résumer en une phrase : l'humanité a exploité au maximum ses ressources et continue dans cette voix, peu importe l'apocalypse arrivant. La Lune rouge serait ici la nature vengeresse que l'Homme essaye d'exploiter puis de détruire. Toutefois, l'histoire brouille progressivement cette piste sans que cela ne creuse la thématique. Ainsi pourquoi Eliott, un serviteur de la Lune rouge (semble t-il?), veut-il faire échouer Paul dans sa quête d'épargner la Lune rouge ? La cohérence se met progressivement en suspend jusqu'au dénouement. Il y a de la beauté dans l'acte final de Paul mais il est difficile de comprendre pourquoi cela résout le problème. L'acte final de Paul est symbolique, tout autant que la lune rouge. L'ensemble n'a pas de fondement scientifique ce qui fait tomber le film définitivement dans le genre poétique pour l'éloignée de la science-fiction. Il reste de ce genre la thématique de l'exploitation à outrance des ressources. Au spectateur de mettre sa cohérence et culture de côté pour pouvoir adhérer au message théorique. Mais c'est aussi ça la poésie : faire comprendre par effleurement et sans explication.
En définitive, Le Dernier Voyage est un essai français audacieux de science-fiction qui s'apparente en réalité plus à un essai poétique, tant chaque élément est symbolique avant d'être scientifiquement crédible. Amateurs de hard SF, soyez avertis!
Dans les années 80, Wonder Woman continue sa quête pour la Justice et la Vérité. Archéologue le jour, justicière la nuit, Diana a une vie palpitante, bien que la solitude lui pèse et qu'elle garde toujours au fond d'elle le souvenir de Steve...
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Une réalisation s'inspirant des années 80
Pour l'immersion, Patty Jenkins adopte un style des années 80, avec une colorimétrie très flashy et un format cinéma, ce qui rompt avec le style grave et austère de Zack Snyder. Le ton est également plus léger, du moins au départ lors des scènes d'action, ce qui n'est pas sans rappeler les comédies d'époque. De manière générale, un grand soin est apporté aux cadres et la composition des plans ce qui apporte une réelle plus value à l'œuvre. En revanche, les effets spéciaux lors des combats (excepté la scène en Egypte) et les scènes dans le ciel sont moins convaincantes que dans les autres films DC. [Spoiler] La scène dans laquelle Wonder Woman apprend à voler est beaucoup moins puissante que le premier vol de Superman, de par les effets spéciaux mais aussi du fait de la musique moins marquante et originale [Spoiler]. Hanz Zimmer est à la partition, offrant globalement une jolie musique d'accompagnement mais sans produire de thème ici particulièrement marquant. En revanche, le style musical des années 80 marche très bien pour l'immersion.
Un scénario parfois désarticulé [Spoilers]
Le scénario manque à plusieurs reprises de liant pour des éléments parfois peu pertinents. Toutefois, ces imperfections produisent une impression de manque de soin dans l'écriture. Prenons deux exemples dans une même séquence; la scène de la fuite vers l'Egypte. Première facilité : le fait que Diana soit capable de rendre invisible un objet, ce qui est introduit en une seule phrase et sert facilement le scénario pour la fuite de l'aéroport (même si c'est un hommage à la série des années 70). Deuxième élément dans la même séquence : le jour où Steve reprend son rôle du pilote est également le jour de la fête nationale (4 juillet), ce qui tombe bien pour faire une scène, il est vrai visuellement impressionnante, mais dont l'introduction est trop facile. Deux facilités sont donc introduites, une pour un hommage, l'autre pour faire joli, ce qui dessert le film pour des éléments négligeables.
Citons également le fait que le président possède des posters, visibles à la vue de tous dans son bureau, d'un projet ultra secret particulièrement utile pour le projet du méchant. De même, la présence d'un descendant Maya deux minutes à l'écran pour faciliter la compréhension du scénario au spectateur est particulièrement mal raccordée à l'histoire. Il existe en plus plusieurs éléments incohérents sur lesquels il n'est pas nécessaire de revenir (par exemple autour du personnage du Steve dans le corps d'un autre) mais c'est véritablement la facilité scénaristique qui est la plus dérangeante. Il y a ainsi un manque de finesse dans le déroulement de l'histoire comme si le scénario brut n'avait été que rapidement retravaillé. Un élément a tout de même été bien amené, preuve qu'il était possible d'introduire de nouveaux éléments de manière soignée. Il s'agit de l'arrivée de la nouvelle armure dont il est question tout au long du film avant qu'elle n'apparaisse finalement à l'écran.
Un autre problème, cette fois-ci méta, concerne la continuité du film dans le DC Univers. Le fait que l'Amazone puisse voler dans les années 80, alors qu'elle ne vole pas mais se projette puissamment dans les films se déroulant dans les 2010, pose problème. A la rigueur, il aurait fallu mettre ce pouvoir en relation avec la nouvelle armure mais éviter d'en faire une capacité intrinsèque de Wonder Woman.
Les thématiques : un film riche voire très riche ; le point fort [Spoilers]
Des messages intéressants viennent contrebalancer un scénario décevant. Le dilemme du personnage de Diana est très pertinent : le choix entre l'amour et la raison. Diana doit choisir entre son grand amour Steve et ses pouvoirs qui lui permettraient de sauver le monde. Le dilemme est fort, le choix est dur mais une héroïne a pour caractéristique de faire passer l'intérêt général avant le sien. Le dilemme fonctionne ainsi parfaitement. Dans lignée de ce dilemme, c'est évidemment la question du capitalisme qui est en jeu, car ce système consiste à penser que les égoïsmes personnels permettent de réaliser l'intérêt général. Rien de mieux que le secteur du pétrole pour représenter la contradiction de la volonté infinie dans un mode fini. Pedro Pascal (Max Lord) incarne le capitalisme. Il est cet homme d'affaire ambitieux et voulant se réaliser. Bien que le jeu d'acteur soit en roue libre sur la fin du film, le personnage reste cohérent, finalement, au regard d'un système il est vrai, tout aussi absurde. La raison fondamentale du fonctionnement du système capitalisme est la croyance et l'espoir (croyance dans la monnaie, espoir que les crédits seront remboursés), les deux étant liés. Autrement dit, le système fonctionne sur le principe du "toujours plus". Tant que le monde y croit, les marchés montent et le système perdure. Le problème montré dans le film est que les souhaits égoïstes de chacun ne vont pas dans le sens de l'intérêt général mais débouchent sur le chaos, le monde étant limité. Dans un sens, le film propose un exercice de pensée montrant que le postulat du libéralisme d'Adam Smith (l'égoïsme serait un bienfait) est erroné et ne fonctionne pas. Bien entendu, cela est fait de manière peu subtile.
Diana propose, face à ce modèle, la modestie et la résilience. Il faut accepter le monde tel qu'il est dans une vision nietzschéenne. C'est à dire vouloir ce que l'on a déjà comme le fils de Max Lord. Cette philosophie qui rejoint le stoïcisme est particulièrement séduisante venant d'une production américaine : c'est la fin du rêve américain. Ainsi, Diana représente dans ce film non plus la Justice (scène de Justice League sur la statue de la Justice) mais la Vérité, c'est à dire le réel. La limite de cette pensée reste toutefois que la réalité peut être dure. D'un certain point de vue, cette philosophie de l'acceptation est aussi une philosophie du renoncement. Elle débouche sur l'absence de lutte. Barbara Minerva doit-elle par exemple prendre sur elle et accepter les agressions masculines ? Une Diana allégorie de la Justice se bat pour le changement, alors qu'une Diana représentant la Vérité se bat pour le statut quo. Dilemme complexe que le film, pas plus que la philosophie d'ailleurs, n'a réussi à démêler. Il n'en reste pas moins que pour accepter de se projeter dans ces thématiques, il faut accepter également de suivre un scénario peu prenant.
En définitive, WonderWoman 1984 est desservi par un scénario ayant recours à beaucoup de facilités et par des effets spéciaux de temps en temps maladroits. Toutefois, les différentes thématiques traitant du fonctionnement du capitalisme restent intéressantes.
Superman, "l'homme d'acier", est mort. Il reste des héros pour protéger la Terre, mais la mort du plus puissant des gardiens terrestres attise les convoitises venues d'autres univers...
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La tant attendue direction de Snyder
La photographie justifie l'attente. Justice League retrouve son envergure épique avec ses nombreux plans symboliques dont bénéficient régulièrement les Superhéros. La raison de ce choix pour Snyder est assez simple : les Superhéros sont les nouveaux dieux, à l'image des anciens dieux présentés dans le flasback et comme le confirme Wonderwoman : "il faut croire". Le côté épique ne va pas sans le soin extrême apporté au cadrage, dans un film où chaque plan est lui même une peinture, tant du point de vue de la composition que de la colorimétrie. Ainsi, les ralentis trouvent parfaitement leur place dans des plans composés comme des toiles. Le format 1:33 lié historiquement à la télévision donne à l'ensemble un côté distingué, se singularisant vis à vis des formats larges du blockbuster. Ce choix entre en accord avec le rythme, parfois plutôt lent qui ne trouve plus sa place dans les grandes productions, composées exclusivement de temps forts sans respiration. La Snyder's cut est donc un objet cinématographique singulier dans laquelle l'emprunte du réalisateur se sent pleinement (si ce n'est pour les thématiques que nous aborderons en dernière partie). Toutefois, il faut reconnaître qu'un film d'une telle durée (4 h) n'aurait pas pu sortir en l'état au cinéma. Si cette version à la grande qualité de prendre son temps pour montrer ses enjeux, il n'en reste pas moins quelques longueurs qui ne s'expliquent pas par la nécessité de contre-balancer un temps fort. Il faut être plutôt fan et connaisseur du Snyder's verse ou de l'univers DC pour accepter toutes les scènes proposées.
Toutefois, force est d'admettre que la version de Snyder possède un véritable cachet au regard de la version de Joss Whedon, qui à sa décharge devait remplir un cahier des charges bien précis de la Warner dont une durée maximum de 2h agrémenté d'humour. A la musique, Junkie XL remplace Danny Elfman pour une orchestration plus cohérente dans la continuité de Batman Vs Superman et de Man of Steel. Toutefois, les thèmes iconiques/historiques de Batman (série animées des années 90) et de Superman (film de fin des années 70) disparaissent avec regret, avec le départ de Danny Elfman.
Réalisation exigeante [spoilers]
S'il va de soi qu'il est nécessaire d'avoir vu les précédents films DC de Zack Snyder, la réalisation adopte également l'adage du "show don't tell". A plusieurs reprises, le film évoquera le scénario visuellement sans qu'un dialogue vienne le confirmer, ou alors ce dernier arrivera bien plus tard. Ainsi, la mise en scène par elle-même doit faire comprendre des éléments de scénario, ce qui peut être déroutant pour le spectateur habitué au genre. Il en va ainsi pour la mort de Superman (et comprendre que son cri réveille les boîtes-mères), pour la prophétie amazone montrée au départ simplement par des mosaïques dans les souterrains, ou encore de la possibilité pour Flash de remonter le temps. Ces éléments ne sont jamais mentionnés directement par le dialogue alors qu'ils sont fondamentaux pour comprendre l'intrigue. Dans le même genre, les différentes villes visitées ne voient pas leur nom apparaître à l'écran comme le ferait Marvel, des géosymboles sont montrés à l'écran ; au spectateur de les situer. Ainsi, bien que certaines scènes soient longues elles demandent une attitude active du spectateur. Sans aller jusqu'à Nolan, qui lui peut parfois se retrancher derrière une mise en scène prétentieuse qui sanctionnera la moindre inattention, Snyder s'adresse respectueusement à ses spectateurs sans mâcher le travail.
Thématiquement moins ambitieux que Whedon
Si l'ensemble des enjeux scénaristiques est plus clair que chez Joss Whedon, la Snyder's cut est moins ambitieuse que la version Whedon dans ses thématiques. Cela peut d'ailleurs paraître étonnant pour le réalisateur de Watchmen et Batman Vs Superman (version longue) qui aborde sans crainte des thématiques philosophiques essentielles comme le déterminisme, la nature de Dieu, ou la vérité en démocratie. La faute ici aux caricatures de méchants, de Steppenwolf à Darkseid qui contrairement à un Thanos ne se réfugient pas derrière des arguments pouvant touchés le spectateur. Toutefois, le Steppenwolf de Joss Whedon n'était pas plus intéressant. En revanche, le réalisateur des Avengers avait su placer d'autres dilemmes comme l'utilisation de la technologie (ici Superman est ressuscité sans questionnement sérieux), ou le choix entre sauver des civils ou combattre Steppenwolf (la zone du combat final est ici inhabitée). Joss Whedon semblait également vouloir réaliser une transition entre Batman et Wonderman, en mettant une superhéroïne en avant et en interrogeant la place de ce superhéros vieillissant (une sorte de Ironman). Certes, la version de Snyder se distingue par sa mise en scène et ses symboliques (le Superman christique ressuscité avec les bras en T) mais sans amener de nouveaux questionnements, par rapport à ses films précédents. Le thème nietzschéen de la mort de Dieu semblait pourtant approprié ici. Un autre dilemme proposé par Znyder n'a malheureusement pas fait le chemin jusqu'à sa version finale. Il s'agissait d'une romance entre Bruce Wayne et Loïs Lane dans laquelle le retour de Superman signifiait la fin de cette liaison. Ainsi Bruce Wayne devait choisir entre l'Amour et la Raison. Il reste pour cette version l'idée assez simple que l'Union fait la force, et encore, l'Union sans Superman ne vaut rien. Dans un sens, Whedon avait mieux réussi à faire ressentir l'union de la Justice League grâce à ses scènes de dialogues re-shootées, dont les fameuses scènes humoristiques tant décriées. Dans tous les cas, que cela soit la version Snyder ou Whedon, il manquait au Supervilain une raison suffisamment sophistiquée pour agir afin de faire de Justice League un des meilleurs films du genre. La version de Snyder restera une œuvre visuelle avant d'être une œuvre intellectuelle.
En définitive, la Snyder's cut est incontestablement supérieure à la version de 2017, de par sa réalisation extrêmement léchée et plus cohérente avec les films précédents. Il manque toutefois, et encore pour cette version, un méchant moins archétypal.
Suze a été diagnostiquée d'une maladie incurable. Sa dernière volonté; revoir son fils qu'elle a eu quand elle avait 15 ans et qu'elle a dû abandonner sous X. Dans sa quête, elle fait la connaissance de Jean-Baptiste, un vieux prodige de l'informatique déconsidéré par sa direction...
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Du cinéma visuel
Albert Dupontel possède une réelle patte visuelle, ce qui le distingue immédiatement du reste du cinéma comique français. Tous les plans ont un traitement particulier; dans la composition du cadre, dans la colorimétrie, par les nombreux mouvements de caméra. Il ne s'agit pas de surperflu, rien n'est gratuit ; le plan zénithal au dessus du rond-point en travelling arrière marque l'isolement de JB à un moment de sa vie où le monde est contre lui, la teinte jaune de la scène en banlieue renvoie à la nostalgie du passé à la manière de Jean-Pierre Jeunet, le plan de Suze à travers le plan (la carte) de la préfecture montre son emprisonnement dans la bureaucratie etc. Rajoutons un travail sur les transitions et sur les reflets, et nous obtenons un véritable bijou en terme de réalisation. Pour narrer sa fable, Dupontel a également recours aux images de synthèse (toujours rares dans le cinéma français) pour représenter un monde connecté et écrasant ; une ville folle dans une volonté presque expressionniste. Le choix du numérique pour représenter la ville témoigne d'une réelle vision, d'un souci de transformer le réel pour le rendre plus compréhensible. Le montage est également pensé. Il est rythmé, ce qui correspond bien au genre burlesque et à la volonté du réalisateur de distraire, tout autant que de pousser à la réflexion. Car le burlesque et les gags ici dénoncent la folie d'un système qui fonctionne sans considération pour l'humain.
L'humain broyé par la bureaucratie
Les trois protagonistes sont écrasés par le système: Suze tombe mortellement malade à la suite de son travail, JB veut mettre fin à ses jours à cause de l'humiliation qu'il a subi par sa hiérarchie, et M. Blin a perdu la vue dans l'exercice de son travail à cause de la police. Ce sont tous trois des personnages rendus inaptes : une mourante, un (probable) autiste asperber dépressif (JB) et un aveugle. Le choix est restreint dans le film, soit l'Homme s'abrutit à la tâche (comme le fonctionnaire incapable de répondre à Suze, ou le Palmashow à la préfecture) et/ou devient un clone dans le monde du privé (à l'image de tous ces travailleurs, dont le fils de Suze, dans un quartier évoquant la Défense), soit il sort du système et est broyé par celui-ci. L'intérêt du film est qu'il montre des personnages qui n'ont pas fait le choix de sortir du système / de la société. C'est le monde de travail qui les a rendu improductifs et qui les marginalise. Paradoxe puisque le monde du travail veut du productif mais du productif jeune, même s'il est moins compétent. Il est amusant de remarquer que Suze et JB n'ont pourtant rien à avoir, ils ont même un profil diamétralement opposé. Toutefois tous deux s'éloignent de la norme pour se rejoindre dans la marge. JB est trop rigoureux, rationnel et efficace pour le système alors que Suze est trop vieux jeu pour celui-ci (elle n'est même pas numérisée). Pour la machine bureaucratique, il faut correspondre exactement au profil recherché, un profil médian duquel il ne faut pas s'éloigner. Il n'est alors pas étonnant d'entendre Dupontel en interview dénoncer le formatage des individus par la société et ses institutions dans le but de produire les consommateurs parfaits du monde libéral.
En définitive, Albert Dupontel redonne du souffle à la comédie française dans une période où le cinéma national peine à attirer des spectateurs alors que Hollywood reste confiné. Adieu les cons est un drame burlesque à la mise en scène très soignée et dont les gags dénoncent l'absurdité d'un système qui oublie l'humain.
Dani, une indienne cheyenne se réveille dans un hopital après une catastrophe ayant touché sa réserve. Le doctor Reyes lui révèle alors qu'elle est une mutante et qu'elle n'est pas la seule dans cet hôpital...
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Croiser les genres, la mise en scène horrifique [spoilers]
Josh Boone s'inscrit dans la politique de la Fox (avant le rachat par Disney) en rénovant audacieusement le genre du super-héros avec d'autres inspirations (Logan s'inspirait du genre du road movie). Les Nouveaux Mutants est un film d'épouvante tout autant qu'un film de super-héros. Cela est particulièrement identifiable à l'ambiance du film, avec par exemple le choix de l'hôpital (proche de l'asile ici) pour environnement principal de l'histoire, ce qui est tout l'inverse de l'école rassurante de Charles Xavier. Il s'agit par ailleurs quasiment d'un huit-clos, qui est souvent aussi la caractéristique du film d'horreur, les victimes ne pouvant échapper à la puissance nuisible. La musique angoissante de Mark Snow, outil essentiel et reconnaissable du film d'horreur, contribue à donner cet aspet au film. Les jump scares sont également utilisés, ces derniers étant le marqueur phare de la réalisation liée à l'horreur. L'impératif de ne pas montrer la menace est en général ce qui invite le plus à l'originalité dans la mise en scène, c'est ainsi que le film d'horreur est souvent intéressant pour sa réalisation. Pour autant, le hors-champ n'est pas tant utilisé, peut-être parce-qu'il était jugé trop angoissant pour un film classifié PG 13, mais reste présent pour certaines scènes, comme pour l'ours démon pendant une partie du film ou la main calcinée se posant dans le dos de Roberto. La menace est parfois également présente dans le champ mais invisible, soit au sens propre, soit dissimulée ou de dos (les hommes à masque). A noter que toutes les scènes horrifiques, certaines impressionnantes (et visibles dans les bandes-annonces) ne sont pas présentes dans le montage final. Ainsi, l'avantage du choix de l'épouvante est que Les Nouveaux Mutants présente une réalisation singulière et travaillée pour un film de super-héros, tout en n'oubliant pas l'action pure, faite de CGI dans l'acte final. De plus, soulignons un travail sur l'interfilmicité (les références entre oeuvres) puisque les actions à venir dans le film sont souvent annoncées par une citation dans la télévision que regarde les adolescents, à la manière de Joe Dante, cinéaste adepte de l'horreur.
Un scénario classique [spoilers]
Le scénario s'autorise quelques facilités d'écriture donnant par exemple l'impression que l'ensemble des personnages se découvre après l'arrivée de Dani (Roberto ignorant l'histoire de Sam, l'attirance naissante entre Roberto et Illyanna) alors que les adolescents se côtoyaient depuis quelque temps. Toutefois, l'ensemble fonctionne plutôt bien si ce n'est ces relations qui auraient dû être amorcées en amont. L'antagoniste Reyes est plutôt intéressante puisqu'elle n'est pas foncièrement méchante, quoiqu'il aurait été intéressant qu'elle se questionne plus sur les ordres qu'elle reçoit. Cela aurait permis d'étoffer le personnage et de renforcer sa crédibilité vis-à-vis du spectateur qui aurait alors été dans un dilemme moral.
Les X-Mens et les multiples thématiques [spoilers]
Les films X-Mens ont toujours été riches en thématiques du fait qu'ils présentent des individus différents (qui pouvaient renvoyer aux communautés noires ou homosexuelles). D'ailleurs, l'Eglise, institution conservatrice par essence, condamne ici les mutants, considérés comme une aberration à l'image des homosexuels. Toutefois, le fait que les adolescents soient mis dans un asile suggère que les mutants sont une métaphore des marginaux en général, les communautés très minoritaires comme les indiens pouvant y être associées. Le film Les Nouveaux Mutants s'inscrit plutôt bien dans notre époque par ses protagonistes; avec les rôles majeurs donnés à des femmes, que cela soit les héros ou vilains, en essayant d'inclure différentes ethniques (latinos, amérindiennes) et présentant des relations homosexuelles. L'ensemble des thématiques est adapté à l'époque décrite et est alors parfaitement recevable. Il s'agit ainsi d'une inclusion intelligente.
En définitive, les Nouveaux Mutants est le dernier projet de la Fox avant son rachat, visant à renouveler le genre du super-héros. Le résultat, sans être complètement original, réussit le pari de marier le genre du super-héros au genre de l'horreur. Une promesse qui restera sans suite.