Les sorties de la semaine

vendredi 29 avril 2016

Captain America : Civil War


Synopsis :

L'équipe de Captain America continue de lutter contre les forces crapuleuses et terroristes à travers le monde. Malgré le succès des différentes missions, on compte toujours des victimes collatérales. Afin d'acquérir une légitimité, les Nations Unies proposent aux Avengers un accord afin de pouvoir définir et encadrer leurs actions. Certains y sont favorables, d'autres non... 


Commentaire :

Un Captain America aux airs d'Avengers 

Captain America Civil War continue de narrer les aventures du héros Captain America. Néanmoins les enjeux sont tels - mondiaux -, et les super-héros sont si nombreux que le film ressemble à un film Avengers, c'est à dire à un film majeur d'une phase de Marvel. De ce fait, cet épisode apparaît impressionnant en terme d'enjeux et d'action pour un Captain America mais est un peu en dessous pour un Avengers - les derniers proposant une invasion galactique et un combat planétaire contre une IA. Toutefois, si la phase III, qui s'ouvre avec ce film, garde ce niveau, cela est très prometteur et un joli lancement. 
Ce qui rapproche le plus cet épisode d'un film Captain America est certainement la mise en scène des Frères Russo, très rythmée. Sans égaler Joss Whedon dans son talent à mettre en scène l'action de manière fluide, les Frères Russo produisent une meilleure prestation que pour Captain America : Le Soldat de l'hivers, dans lequel les chorégraphies de combat étaient hachées par le montage. Pour le coup, les combats sont beaux et surtout les chorégraphies très bien filmées. Cet épisode témoigne également que les deux réalisateurs sont un peu plus à l'aise pour injecter une touche d'humour, sans que le film n'atteigne sur ce point la qualité des autres productions Marvel. Cet épisode est plus sombre que les précédents mais proche sur ce point du précédent Captain America. De manière succincte, nous dirons que la mise en scène est moins virtuose que celle de Joss Whedon mais reste correcte pour une production qui demande avant tout une mise en scène fonctionnelle, avec il est vrai, quelques beaux plans à mettre au crédit des Frères Russo. Les deux réalisateurs ont également la chance d'être aidé dans leur tâche par un des meilleurs compositeurs actuellement en exercice à Hollywood : Henry Jackman. Ses partitions sont capables de sublimer n'importe quelle scène et il est évident que le compositeur participe à la réussite, tout du moins formelle, du film. 

Mission impossible : les personnages

Une tâche très compliquée incombait aux films Avengers qui devaient gérer de nombreux super-héros. Captain America Civil War en présente encore plus et se permet d'en rajouter de nouveaux. L'équilibrage et le savant dosage des précédents épisodes ne sont plus possibles; certains héros sont mis en avant, d'autres sont relégués. Ici les Frères Russo ne sont pas responsables car personne n'aurait pu gérer la douzaine de super-héros en même temps. A ce titre, Captain Steve Roger se détache difficilement du reste de l'escouade dans son propre film, d'où sûrement l'effet Avengers. Les deux nouveaux personnages sont pour le coup bien amenés dans l'univers Marvel. Si l'introduction de Spiderman est réussite, celle de Black Panther est superbe, de l'histoire au costume. En revanche, d'autres personnages sont plutôt décevants ici avec un traitement relevant plutôt du fan service, à l'instar de Ant-man et de Clint. La Sorcière rouge est un peu en arrière et La Vision est très sous-exploitée. Son traitement est par ailleurs plutôt étrange, lui qui est presque l'égal d'un dieu à la conscience pure. Les autres super-héros bénéficient d'un travail correct. Néanmoins, le nombre de Super-héros et même de personnages en général commence à être problématique alors même que certains n'étaient pas présents ici. La mise en scène se retrouve obliger de traiter de groupes et non plus d'individus au risque que certains fassent de la figuration. 

Un antagonisme à tout prix au détriment du fond [Spoilers]

Pour opposer crédiblement des super-héros, qui par définition font le bien, il nécessaire de les opposer sur la manière de faire le bien. Plus précisément, la question est de savoir qui va décider du juste. Dans cette optique, il apparaissait assez logique d'opposer la réponse démocratique (contrôle gouvernemental ou supernational qui décide du juste) à la réponse du despote éclairé (les plus compétents et plus sages savent ce qui est juste). Pour ceux qui n'ont pas lu les comics, il semblait donc cohérent que Captain América soutienne la position démocratique, lui le soldat au service du gouvernement élu. Iron Man, le visionnaire, certain de sa supériorité, celui qui agissait seul notamment pour la création de La Vision, semblait devoir porter la position du Prince éclairé. Ce n'est pas la voie qui a été choisie puisque Iron Man est le soutien du gouvernement. Captain America adopte lui une position libertarienne, dans le sens où il refuse tout contrôle. Très clairement, il indique se méfier des gouvernements, conséquence du précédent Captain America. La force de l'antagonisme s'en trouve néanmoins affaiblie car l'opposition politique de fond n'est plus aussi intéressante. En effet, la légitimité que demande Iron Man par le biais des Nations Unies est beaucoup plus sage que la position de Steve Rogers qui est celle d'agir à sa guise. Steve Rogers n'est d'ailleurs qu'un super soldat, effectivement, vaillant et honorable mais pas un super philosophe capable de savoir ce qui est le mieux pour tous. D'autant plus que les plus sages, c'est à dire ceux détenant justement la légitimé du prince éclairé ; Tony Stark et surtout La Vision, se rangent aux côtés des Nations Unies. Certes, l'opposition libertarianisme vs gouvernement a un sens aux Etat-Unis, où l'Etat n'est pas toujours vu comme une bonne chose mais cette pensée politique conduit à terme au droit du plus fort (pas de contrôle), ce qui n'est pas une opposition crédible à celle que prône Iron Man. Le film donne néanmoins raison a Captain America qui laisse jouer ses sentiments pour prendre ses décisions... ce qui n'est pas très pertinent pour atteindre le juste. Le message du film est discutable. De toute façon, la question politique n'a pas vraiment d'importance car le film décide, finalement en dernière partie, de fonder l'antagonisme sur la vengeance... Cela n'en fait pas pour autant un mauvais film car les intérêts et raisons des différents protagonistes sont compréhensibles mais le sujet politique est éliminé.

En définitive, cet épisode de Captain America aux airs d'Avengers est plutôt divertissant. Si le scénario tient la route et les combats sont joliment filmés, le sujet politique est raté.


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vendredi 22 avril 2016

Le Chasseur et la Reine des Glaces


Synopsis :

Freya, la jeune sœur de Ravenna, est rongée par le chagrin après la mort de son bébé dans un incendie. Son amant, le père de l'enfant, est le responsable. Comprenant que l'amour est un mal qui rend aveugle, elle décide de bannir l'amour de tout le royaume du Nord...


Commentaire :

Quand Andersen rencontre les frères Grimm

Les contes ont été racontés et re-racontés. Valeur sûre car ancrés dans la culture populaire, les contes au septième art doivent toutefois pouvoir proposer quelque chose de nouveau au spectateur. A l'instar de Maléfique, il est possible de repenser le conte en changeant de point de vue. Mais il est possible d'aller plus loin. Pour le cas présent, il a été question de croiser l'univers de Blanche-Neige (sans cette dernière toutefois) des frères Grimm à ce qui semble être la Reine des Neiges d'Andersen, même si cela n'est pas confirmé officiellement. Freya, la Reine des Glaces, ressemble énormément au personnage du conteur danois, bien plus que le personnage d'Elsa du fameux Disney. Au niveau de la cohérence, le film s'arrime parfaitement au premier film de 2012 qui proposait la version classique de l'histoire de Blanche-Neige. Le Chasseur et la Reine des Glaces se situe avant et après le premier film tout en respectant l'histoire déjà présenté au spectateur. Le film réussit donc le pari du spin off - prequel - sequel cohérent, ce qui est un petit exploit. 

Une direction artistique irréprochable

C'est au réalisateur français Cédric Nicolas-Troyan qu'est finalement revenu le projet du Chasseur et la Reine des Glaces, lui qui était second réalisateur sur le premier film. La mise en scène est simplement au service de la narration; la scène la plus élaborée étant la belle scène d'introduction avec le jeu d'échec, métaphore des plans de la méchante Reine. Cela n'empêche pas le film d'être par ailleurs très beau. Dans un style toujours aussi proche (que le premier) de l'heroic fantasy, le film impressionne par sa direction artistique. Le film présente des créatures jamais vues (monture de la Reine des Glaces) et réussit à présenter des gobelins innovants et crédibles, tâche difficile après l'adaptation au cinéma de Tolkien. L'univers du conte est lui présenté par le biais de plans généraux sur les différents paysages, pour la plupart réalisés à partir de paysages existants en Angleterre. Les plans sont épiques et iconiques fidèles héritiers du travail de Peter Jackson. Une grande partie des décors ont été reconstruits pour un effet réaliste très saisissant qui force à l'immersion. Les costumes sont magnifiques; ceux des deux reines sont particulièrement sublimes. Les autres personnages ont eux des costumes très réalistes et fonctionnels. Soulignons les magnifiques armures des différentes armées. Ce n'est pas un hasard si l'on retrouve la trois fois oscarisée Colleen Atwood derrière ce travail qui mériterait ici une nouvelle nomination. 
Le travail des acteurs n'est pas en reste. Plus précisément, c'est le casting féminin qui force le respect. La simple présence de Charlize Theron, Jessica Chastain et Emily Blunt est un argument suffisant pour aller voir le film. Charlize Theron, moins présente que ses comparses, illumine l'écran dès qu'elle s'y trouve, capable d’éclipser le reste du casting, très à l'aise dans le rôle de la méchante Reine. Emily Blunt est sublime dans le rôle de la Reine des Glaces qu'elle interprète avec grande justesse, glaciale avec un soupçon de fragilité. Quant à Jessica Chastain, elle est impressionnante en guerrière, réalisant une grande partie de ses cascades. Dommage néanmoins qu'elle ne soit pas plus dans l'émotion car dès qu'elle offre une interprétation plus subtile, l'effet est poignant. Chris Hemsworth, qui lui campe le personnage principal, n'est finalement pas le plus intéressant parmi ces dames, son jeu étant un peu lourd mais toujours impressionnant au combat. 
Pour terminer ici, notons le bon travail de James Newton Howard à la bande musicale qui contribue à souligner le côté épique et grandiose du film. La chanson du générique de Halsey est aussi excellente.
En substance, il est évident que la direction artistique est le point fort de film.

Un scénario banal pour un fond peu travaillé [Spoilers]

Le film pêche néanmoins au niveau de son scénario, plutôt banal faisant juste le travail. Il existe à regret seulement deux petits retournements de situation prévisibles. Si le film est avant tout narratif, le moteur de l'intrigue est très simple et le schéma de l'histoire attendu. Il est par ailleurs dommage que les deux grandes méchantes, qui sont les personnages les plus saisissants et flamboyants, ne s'affrontent pas plus frontalement. Quitte à faire un film simple, ne pas lésiner sur l'action.
Il existe également une question subsidiaire sur la représentation des ethnies dans ce conte, qui prend place vraisemblablement en fonction des costumes, des paysages, des bâtiments et de l'histoire, sur un continent inspiré de l'Europe centrale (germanique) et de l'Europe scandinave moyenâgeuse. Bien qu'il s'agisse d'une Europe relevant de l'imaginaire, la machine Hollywood semble vouloir représenter sa population actuelle dans ces contes, ce qui produit un effet étrange. En développant simplement l'histoire, en faisant intervenir par exemple des conquêtes lointaines, des populations de type subsaharienne auraient pu apparaître sans problème dans l'histoire. Mais amener ainsi, le choix ne va pas de soi pour des petits villages du Nord, alors qu'il y a un effort de réalisme sur l'univers. Cela semble relever du quota. Quitte à vouloir promouvoir la diversité, il fallait proposer un personnage principal à la minorité afro-américaine avec un background développé et explicatif. Les quatre personnages principaux restent presque hypocritement blonds ou roux aux yeux bleus... 
Néanmoins, c'est au niveau du message que le bât blesse le plus car dans un conte, la morale est primordiale. Il n'y a ici qu'un thème : l'amour. La notion n'est pas du tout travaillée ; il n'y a que la Reine des Glaces qui tente de s'y confronter en soulignant que l'amour peut rendre aveugle à la raison. Cela ne va pas plus loin. Il y a pourtant plusieurs types d'amour mais le film ne semble pas s'en inquiéter. Le Chasseur connaît l'amour donc il est capable de triompher de tout. Mais le film ne nous dit pas ce qu'est véritablement l'amour. Présenter ainsi, c'est presque cliché dans un conte.

En définitive, Le Chasseur et la Reine des Glaces est un bon divertissement qui offre une aventure immersive dans un monde d'heroic fantasy. Malheureusement, tout cela reste trop superficiel. Un plaisir coupable.    


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lundi 18 avril 2016

Le Livre de la Jungle


Synopsis :

Mowgli, le petit homme de la jungle, est élevé dans la meute des loups. Néanmoins, le tigre Shere Khan affirme qu'aucun homme ne doit vivre dans la jungle. Mowgli deviendra une menace une fois adulte selon ses dires. Shere Khan décide alors de s'occuper du petit homme lui même...


Commentaire : 

Une perfection technique


La première chose à dire concernant ce film est le défi technique relevé avec brio. Tant l'environnement que les animaux sont d'une beauté bluffante. On pourrait parler de réalisme certes, dans la texture et le mouvement des animaux mais il faut rajouter à cela une petite dose d'expressivité humaine sur le faciès des animaux. Cela donne un résultat époustouflant. Tout en étant magnifiques et crédibles, les animaux sont des personnages sur lesquels on peut se projeter facilement, à l'instar du chef d'oeuvre animé d'origine. 

Un film d'action dans le respect du Disney de 1967

Jon Favreau apporte ici sa science de l'action en donnant à ce remake en live action le rythme et la puissance des blockbusters contemporains. Ce dernier avait prouvé sa qualité d'exécutant avec notamment les deux premiers Iron Man, il confirme ici son talent à la réalisation. Il n'est certes pas véritablement auteur mais dans sa construction, le film est prenant, touchant et impressionnant tout en restant très fluide. Il s'agit jusqu'ici du meilleur blockbuster de 2016. Ce film confirme également que Disney est toujours assez à l'aise pour les remakes en live action de ses classiques. Avec Maléfique, Le Livre de la Jungle est certainement un des plus réussis. Cette adaptation est assez proche du film de 1967 tout en étant plus sombre, donc rejoignant l'oeuvre littéraire de Kipling. Le film sauvegarde deux chansons iconiques - une troisième en générique -  et intègre le thème "The Bare Necessities" à la bande musicale de John Debney. On retrouve également des plans et des phrases du film original ainsi que le personnage du Roi Louie inventé à l'occasion. Pour les nouveautés; les personnages, en étant plus humains que dans le film d'animation, présentent des personnalités plus tranchées et plus sombres. Certaines scènes sont donc plus impressionnantes, parfois choquantes par rapport au film d'animation. La bonne idée du film de 2016 est d'avoir transformer le Roi Louie qui était originellement un Orang-Utan, en un de ses lointains cousins préhistoriques ; le Gigantopithèque. Par sa taille et sa puissance, le primate est encore plus impressionnant ; petite innovation tout en collant au film de 1967.
Ainsi ce film réussit un parfait numéro d'équilibriste, capable de satisfaire les amateurs du dessins animés et les amateurs des grandes productions rythmées plus adultes.

Des thèmes bien amenés [spoiler]

En tant que fable initiatique, le film est une ode à la liberté, à l'accomplissement de soi-même. Le Livre de la Jungle de 2016 traite comme celui de 1967 du passage progressif à l'âge adulte et des choix qui vont avec. La grande différence de la dernière version et son grand point fort est le dénouement de l'histoire. Mowgli reste dans la jungle car il souhaite y rester, peu importe sa nature d'homme. C'est à dire qu'il n'existe pas d'obligation fonder sur la nature de l'être, contrairement à ce que croit Shere Khan. Mowgli peut donc s'accomplir en tant qu'homme dans la jungle. Il s'agit bien entendu d'une fable qui n'est pas à prendre au sens littéral ; c'est le message d'épanouissement personnel par ses propres choix qui est important. 
Au-delà du message principal, la profondeur du film réside dans le fait qu'il présente des protagonistes avec des positions fortes, chacun ayant des arguments pour défendre sa posture. Shere Khan souhaite faire appliquer strictement la loi (loi qu'appliquent les animaux de la jungle dans le film) et utilise la force si cela est nécessaire. On se rend compte au cours du film que s'il peut avoir des arguments solides (l'homme est un danger pour la nature - une généralisation semblable au racisme au demeurant), Shere Khan est avant tout un tueur se servant de la loi seulement pour légitimer sa violence. Il s'agit peut-être du personnage le plus caricatural, et donc un peu moins intéressant, car presque méchant par essence. Bagheera est lui la véritable incarnation du respect de la loi. Se tenant scrupuleusement à celle-ci, il pense qu'il s'agit de la meilleure chose pour le bien de tous. Ainsi, il surveille que Mowgli ne construise pas des objets car formellement interdit. Il se charge également de raccompagner Mowgli chez lui car malgré sa tentative première, Mowgli n'est pas un loup ; il prône donc une éthique de responsabilité. Les Loups sont assez proches de cette posture. Néanmoins, Bagheera est intéressant et attachant car il a aussi intimement une éthique de conviction, c'est pour cela qu'il a sauvé Mowgli étant petit. Progressivement, il va comprendre ce qui est le mieux pour le petit homme, indépendamment des règles mais dans le respect de tous. Enfin, le personnage de Baloo représente le dernier type d'attitude vis à vis de la loi. Cet épicurien au sens antique ("il en faut peu pour être heureux") prône un respect de la loi mais modulable selon les situations. Tant que le bonheur est la fin de l'action, la loi peut être ignorée. Elle se résume plus à un guide de vivre ensemble qu'à un corpus à appliquer rigoureusement. Ainsi, la profondeur des personnages donne véritablement un sens à l'oeuvre qui délivre un message certes classique mais positif. 

En définitive, Le Livre de la Jungle est une véritable réussite. Si la technique d'animation, concernant notamment les animaux, est époustouflante, le film propose également un scénario intéressant, plus sombre que celui du film original, avec des personnages forts et un message pertinent.




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jeudi 31 mars 2016

Batman Vs Superman : L'Aube de la Justice


Synopsis :

Bruce Wayne a été très marqué par le combat entre Superman et le général Zod et pense que les Kryptoniens représentent un danger pour la Terre. Pour lui mais également pour un nombre croissant d'Américains, Superman ne peut continuer à rendre seul la justice. Il doit rendre des comptes ou être détruit...


Commentaire :

La surabondance 

La dernière réalisation de Snyder est profondément marquée par son style. Le réalisateur est très à l'aise pour adapter les comics en réussissant à transposer certaines vignettes iconiques en plans de cinéma. Pensons à l'entrée de Batman à travers une baie vitrée. Toutefois, le style Snyder trouve aussi ici ses limites en multipliant les gros plans, inserts, contre-plongées et ralenties. Aucun temps faible ne vient mettre en avant ces temps forts permanents qui produisent en fin de course une impression de surabondance. Dans cette saturation d'effets, le spectateur ne respire pas, même pour chercher à comprendre le sous-texte de Luthor. Cette mise en scène a le désavantage de ne pas assez ancrer les personnages dans l'environnement et de rendre les scènes d'actions (celle avec la batmobile notamment) floues. A cela, il faut rajouter les scènes de rêves, peu utiles lorsqu'elles montrent simplement de l'action. La musique très lourde de Zimmer et Junkie XL rajoute encore à ce trop plein d'effets. 

Scénario et thématiques, entre bonnes idées et mauvaise réalisation [Spoilers]

Le scénario est plutôt simple mais efficace bien qu'il souffre d'avoir été dévoilé dès la deuxième bande-annonce. Néanmoins, les retournements de situation sont faits de très grosses ficelles. Par exemple, la décision qui conduit Batman à ravaler sa haine contre Superman est fortuite et est simplement le fruit de l'émotion et non de la raison. Quelques plans plus tard, il en est déjà à parler d'ami alors qu'il nourrissait cette haine depuis deux ans selon Luthor. Autre exemple, l'attaque finale de Superman précédée par la réaction de Loïs, qui annonce déjà l'issue de cette attaque, désamorce la puissance de la scène. Ces points de rupture clefs dans le scénario plutôt mal amenés affaiblissent l'immersion. 
Les thématiques abordées par le film sont elles plutôt intéressantes mais certaines sont abordées superficiellement. La question religieuse par le biais de Superman comme personnage messianique est très réussie : il s'agit d'un semi-dieu puissant mais faillible qui essaye de faire le juste. Grande question : la population doit elle lui faire confiance ? La question religieuse est également abordée par un Lex Luthor, dont les propos sont très intéressants, quand l'acteur Jesse Eisenberg n'est pas dans le sur-jeu. A propos de Dieu il souligne le plus grand paradoxe des monothéismes : Soit Dieu est tout puissant et non bienveillant, soit il est bienveillant mais pas tout puissant. Superman serait du second type. A noter que le superhéros à la cape rouge est ici très réussi car il incarne d'autres symboles comme par exemple le migrant rejeté des Etats-Unis. A l'opposé, Batman ne porte pas de message très pertinent. Opposé à un Superman au-dessus des lois, il agit selon la même logique, sans rendre de compte à quiconque. Batman ne s'oppose pas l'action de Superman mais à sa nature même. Il n'est alors pas porteur d'une pensée différente et n'est donc pas un adversaire satisfaisant sur le fond. C'est peut-être pour cela que les deux super-héros ne peuvent réellement s'affronter, contrairement à ce qui devrait se produire entre Captain America et Iron Man pour Marvel, qui ont eux deux conceptions fondamentalement opposées de la politique. Sur le sujet politique, la sénatrice du film apporte finalement les contre-arguments de la démocratie à Superman mais la scène où les deux auraient dû s'opposer sur le fond est malheureusement avortée. Cette thématique qui promettait d'être fondamentale est donc éludée.  

En définitive, Batman Vs Superman n'est pas le grand film annoncé. Distrayant, parfois impressionnant, il pèche néanmoins sur de nombreux points.



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mercredi 23 mars 2016

Midnight Special




Synopsis :

Le jeune Alton est enlevé par deux hommes dont on ignore l'identité...


Commentaire :

Un long mystère 

La qualité de Midnight Special réside dans sa capacité à sauvegarder son mystère. En effet, beaucoup de films, fantastiques notamment, révèlent la vérité trop tôt ou délivre une vérité décevante au regard des événements de l'histoire. Midnight Special laisse le spectateur dans un mystère total et lui donne juste le minimum pour que celui-ci continue l'aventure. C'est peut-être également la limite du film de Jeff Nichols qui, à un moment, devrait fournir une explication au spectateur car s'il est plaisant de jouer avec la sensibilité de ce dernier, il est également pertinent de s'adresser à sa capacité d'entendement. Malheureusement, les éléments de l'intrigue se dévoilent sans rien expliquer dans un final surprenant mais qui ne satisfait pas la curiosité. 
Ce mystère est produit justement par le fait que ce film n'est pas tant proche d'un Spielberg que la communication de la production voudrait nous le faire croire. Certes, il y a un enfant, certes, il y a de la science-fiction (encore qu'ici la frontière est poreuse avec le fantastique) mais cela ne suffit pas pour faire de ce film une production spielbergrienne. Spielberg nous montre le monde à travers les yeux de jeunes héros mais dans Midnight Special, nous avons le point de vue des protagonistes entourant l'enfant. Le mystère de ce film reste entier car nous n'avons jamais le point de vue de Alton. 
Notons que la mise en scène s'accorde parfaitement avec le propos car celle-ci est très sobre. Elle s'attache à conserver le réalisme des émotions, cela bien aidé par les acteurs, tous excellents dans leur capacité de retenue. La réalisation s'affaire particulièrement à établir une hiérarchie des relations entre les personnages en faisant comprendre par les angles de caméra ou par les différences de taille des personnages dans le cadre qu'Alton prend l'ascendant sur tous les autres protagonistes. 
Il est nécessaire de noter que le film doit également beaucoup à la bande musicale lancinante de David Wingo qui produit un effet de flou et de répétition sans jamais vouloir apporter de note finale. La thème principal, joué dès l'introduction, pourrait se jouer en boucle car il s'agit d'un schéma se répétant avec à chaque fois une sonorité de plus. Un peu comme l'histoire qui accumule des éléments sans jamais dévoiler le pourquoi du mystère. 

Les thèmes : une SF prétexte

Paradoxalement, ce film de SF est pauvre en grands messages alors que le rôle de la SF est très souvent de faire réfléchir sur le monde et de souligner les risques des pensées et des technologies contemporaines. Il n'y a pas de questionnement de ce type ici parce-que la SF est plutôt un prétexte à l'histoire; le film pourrait s'en passer pour exprimer son message principal. La quête d'Alton s'avère être un MacGuffin. En effet, puisque le mystère n'est pas révélé (sommes nous fasse à des êtres divins ? des extraterrestres ? des êtres d'univers parallèles ? Alton est-il un élu ? Pourquoi est-il un élu ? Est-il un élu du fait de sa génétique ?) on ne sait jamais pourquoi le spectateur doit prendre partie pour la réussite du voyage de Alton. Ici, le sujet principal de film semble se restreindre à l'amour des parents pour leur enfant, qui est mis en exergue par cette épreuve. L'amour des parents est inconditionnel, qui en conséquence n'est pas questionné sur le fond. Le père et plus largement l'entourage d'Alton vont tout sacrifier pour leur croyance en Alton. La plus belle preuve d'amour est la résignation des parents à laisser partir leur enfant vers son destin tout en ignorant ce qu'il est. Comme ces protagonistes, le spectateur est obligé de tomber dans cette croyance inconditionnelle puisqu'il ignore la fin de tous les événements. L'amour inconditionnel est beau mais est peu compatible avec l'esprit critique.  

En définitive, Midnight Special est un film qui touche autant à la science-fiction, au thriller, au road movie qu'au fantastique. Il réussit à emmener sans condition le spectateur dans une histoire mystérieuse. Toutefois, on aimerait parfois comprendre le pourquoi de toute cette aventure; en deux mots, avoir une raison de s'investir dans cette histoire.



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mardi 22 mars 2016

Divergente 3


Synopsis :

Les habitants de Chicago savent désormais la vérité; au-delà du mur, un nouveau monde les attend. Néanmoins, Evelyn, la nouvelle dirigeante proclamée de Chicago, se montre tout aussi autoritaire que Jeanine et empêche les habitants de quitter la ville...


Commentaire :

Troisième épisode rythmé 

Un des défauts des deux premiers épisodes étaient principalement le rythme, ralenti par les états d'âmes des personnages. Divergente 3 est lui un film prenant. La subjectivité des personnages est sacrifiée au profit de l'histoire, particulièrement intéressante. En effet, les grandes questions en suspend pendant les deux premiers épisodes sont enfin abordées. Le spectateur accède finalement à la compréhension de ce monde et comprend les enjeux des protagonistes. La réalisation quant à elle, est narrative mais léchée. L'histoire est moins propice à la créativité de la réalisation du fait que les scènes de simulations soient absentes pour cet épisode. Toutefois certaines scènes méritent quand même d'être signalées. L'une d'entre elle présente un personnage perdant la mémoire en nous montrant son univers mental partir en braise. La métaphore est inventive et réussie. Voici le genre de petite scène donnant de la force à la réalisation. 
Si les acteurs (particulièrement Shailene Woodley) sont mis en valeur, la réalisation va également s'attacher à présenter de nouveaux lieux superbement réalisées, du désert toxique aux villes futuristes. Le passage dans le désert gagne à certains moments des airs de Mad Max! Il est toutefois dommage que l'on ne s'attarde pas plus dans les villes futuristes qui sont montrées principalement en plan général. De plus, les plans en intérieur de la nouvelle ville sont bizarrement assez proches des anciens décors de Chicago, ce qui donne une impression de redondance. 

L'impasse éthique franchie

Nous disions lors de la critique du second épisode que le message du film serait contestable si les Hommes de l'extérieur n'étaient pas remis en question pour la transformation de Chicago en ville test. Effectivement, le film prend cette direction : les Hommes de l'extérieur ne sont pas les anges qu'ils prétendent être, malgré leur grande avance technologique. Pour le personnage de David (directeur de la ville futuriste), la fin justifie les moyens; il est l'incarnation du savant fou. Mais au-delà de la résolution de l'impasse éthique du second épisode, l'intérêt de ce film est que sa critique est plurielle. Il critique tout autant l'attitude despotique d'Evelyn qui se transforme en nouvelle Jeanine, montrant qu'une révolution est bien un mouvement revenant au même point, que le pouvoir du peuple avec les sanglants tribunaux populaires. Finalement, peu importe quelle entité détient le pouvoir si elle n'agit pas avec raison. De même, le film dénonce autant l'attitude de la firme génétique voulant rendre l'humanité parfaite que leurs adversaires souhaitant purifier l'humanité des améliorations obtenues par la firme. Ces parties sont finalement les deux faces d'une même pièce souhaitant pratiquer un humanisme évolutionniste. Saluons cette complexité bienvenue alors que les anciens épisodes présentaient des situations assez stéréotypées. L'héroïne, Trist, va apporter ici la voie de la raison en affirmant qu'on ne peut juger un humain sur sa seule nature.
Même si la saga n'est pas terminée, les grandes questions de fond ont été soulevées et en partie résolues.  Le message de la saga devient clair et il est éthiquement correct. La seule question qu'il reste à résoudre est celle de la gouvernance de Chicago : quelle va être la réponse du film concernant la détention du pouvoir (qui doit le détenir ? quelles doivent être les qualités de l'entité le détenant ?). Nous avons un début de réponse avec Trist qui n'aime pas le pouvoir et qui semble donc destinée à le détenir. Cela serait une résolution satisfaisante du problème. Néanmoins, la difficulté en creux que nous voyons surgir ici est la pertinence du quatrième épisode, qui ne risque d'être qu'action pour conclure l'histoire alors que les messages sont déjà passés.
Notons que les questionnements philosophico-politiques sont véritablement intéressants et qu'ils se retrouvent traités régulièrement dans les films populaires à destinations des jeunes adultes (Hunger Games). Bien que les situations présentées soient souvent assez caricaturales, ces fictions dystopiques ont le méritent de proposer une réflexion politique de fond, souvent absente désormais du reste du paysage cinématographique.

En définitive, ce troisième épisode est une bonne surprise. Rythmé, riche en révélations avec des questionnements de fond intéressants. Divergente 3 redore le blason d'une saga qui en avait bien besoin. 





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mardi 16 février 2016

Deadpool


Synopsis :


Wade Wilson est un mercenaire sans réel but jusqu'au jour où il rencontre Vanessa. Il décide alors de fonder une famille avec elle. Malheureusement, il apprend qu'il est atteint d'un cancer grave avec des métastases dans plusieurs organes. Destiné à mourir dans un bref délai, il est abordé par un agent mystérieux lui promettant une guérison miraculeuse. Deadpool est sur le point de naître... 


Commentaire :

Original, non révolutionnaire

Deadpool arrive au bon moment dans le déferlement de films de super-héros à grand budget. Il est à l'image d'un Batman, un anti-héros, ce qui déjà le singularise sur le fond de bon nombre de héros Marvel Disney et qui en fait un héros apprécié. De plus, le format s'émancipe également des autres films avec le cassage du 4ème mur. Cela est pour le coup inédit pour les films inspirés de comics et même pour les blockbusters en général. Attention néanmoins, la mise en scène reste narrative, nous ne sommes pas face à un film de la Nouvelle Vague. Enfin, le film finit de se singulariser par le public visé, qui cette fois n'est plus le grand public mais un public mature, dans le sens pouvant supporter la violence graphique et un humour noir. Les scènes d'action sont superbes et l'humour décalé est efficace. Deadpool apporte donc un bol d'air frais bienvenue à l'heure des franchises de super-héros très normées. Précisons que le film se moque des codes mais les reproduit tout de même. Il reste un film de comics et ne révolutionne pas le genre. Son originalité est de montrer qu'il connaît les codes du genre et les pointe du doigt au spectateur. Deadpool le film est donc exactement la transcription de Deadpool le comics qui reste... un Comic Book. En ce sens, sur le fond un deuxième épisode n'aurait pas nécessairement beaucoup d'intérêt car les codes ont déjà été dénoncés. Resterait alors simplement le côté divertissant et un public cible différent. Dans la pratique, le succès de Deadpool prouve néanmoins qu'un film de comics pour un public plus restreint peut aussi engranger de l'argent.

Culture pop

Deadpool a la bonne idée de s'inscrire directement dans l'univers partagé Marvel de la Fox. Cela apporte tout de suite une sensation de grandeur et de la complexité à cet univers partagé. Le monde des X-men est donc de la partie et Wolverine et son interprète en prenne pour leur compte. Néanmoins, le film s'inscrit dans son époque au-delà des X-Men en motionnant des films de l'ère du temps comme Taken. Le cinéphile amateur appréciera beaucoup cet humour car chaque référence et donc cassage de mur est l'occasion d'une critique humoristique. Pour les connaisseurs, peut-être que les moments les plus amusants resteront les critiques sur le Deadpool de X-Men Origins, sur Green Lantern ou les références à l'acteur Ryan Reynolds lui-même. Le film part du principe qu'il s'adresse à un public connaisseur. Si le spectateur est effectivement le public cible, les blagues fonctionnant sur l'autodérision des codes du genre et de la culture pop sont jouissives. 

Les thématiques 

Un film décomplexé et léger comme Deadpool n'a pas fonction à délivrer des messages. Et en effet, les messages de fond restent survolés mais sont néanmoins très agréablement pertinents. Le film aborde la question du sens de la liberté (le laboratoire crée non pas des super-héros mais des "super-esclaves", c'est donc la question du pacte faustien). Il est également et majoritairement question de l'amour : est-ce qu'après avoir été défiguré, Deadpool peut retrouver l'amour de Vanessa ? Ou la question de la place de l'esprit et du physique dans l'amour. Enfin, il est également question du choix, c'est à dire de la justice ; Colossus étant le Jiminy Cricket de Deadpool et ce dernier faisant les mauvais choix en tant qu'anti-héros. Ces thématiques au regard du film peuvent paraître anecdotiques, elles sont néanmoins ce qui permet à l'intrigue d'avancer et d'accrocher au parcours du personnage. Les enjeux ne nous laissent pas indifférents.

En définitive, Deadpool apporte de l'originalité à l'heure de l'invasion des super-héros au cinéma. Sans révolutionner le genre, il le critique. Son autodérision sur lui et sur la culture pop fera certainement mouche pour peu qu'on soit un amateur du cinéma mainstream. Merci à Ryan Reynolds d'avoir porté le projet!





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