Les sorties de la semaine

lundi 23 mars 2015

Big Eyes


Synopsis :

Margaret est une mère divorcée élevant seule sa fille. Elle est peintre ayant pour particularité de représenter des enfants, souvent sa fille, avec des yeux immenses. Toutefois, son art ne rencontre pas le succès avant qu'elle ne rencontre Walter. Peintre également, il essaye à tout prix de faire connaître les tableaux de celle qui deviendra sa femme. Pour mieux vendre les peintures de Margaret, il s'en attribue la création...


Commentaire :

Un surprenant Tim Burton

La pâte de Tim Burton n'est pas aussi manifeste que d'habitude dans ce biopic artistique. Le simple fait que le film soit un biopic réduit grandement la possibilité du développement de cette atmosphère gothique si singulière à Burton. Toutefois, les yeux disproportionnés des tableaux rappellent très vite les films d'animation de Burton. Ce dernier concède d'ailleurs adorer les tableaux de l'artiste peintre. La caméra subjective de Margaret permet également à Burton de faire surgir l'imaginaire dans la réalité. Néanmoins, de manière générale, la mise en scène est plutôt sage et fonctionnelle tout en restant élaborée. Le film ne tente pas de dénaturer ce qu'a pu être la vie de Margaret Keane, il paraît plutôt être réalisé de manière consciencieuse afin de restituer au plus près l'histoire de cette femme. Amy Adams est excellente dans le rôle de Margareth Keane, et Christopher Waltz est comme à son habitude admirable. Le film arrive donc bien à retracer la vie de cette artiste et à expliquer les enjeux autour de l'art.

La société patriarcale

Les messages présentés dans ce biopic sont clairs. Il y a d'abord la thématique centrale concernant la place de la femme dans la société américaine - périodes 50 - 60 - 70 et de la difficulté d'être une femme artiste. Le film présente une société où le patriarcat est encore central, la femme pouvant tout au plus être l'assistante du maître peintre, avec la scène édifiante où Margaret est réduite à faire le service lors de l'exposition de ses tableaux. Il est donc refusé à la femme tout rôle moteur dans la famille et dans la société. Cette donnée sociale est renforcée par les enseignements de l'Eglise qui pousse Margaret à se laisser dominer par Walter, elle qui a déjà peu de caractère. La critique envers la religion n'est toutefois pas si poussée car, c'est un fait l'histoire de Margaret, ce sont les Témoins de Jéhovah qui finissent par donner à celle-ci la force de s'opposer à son mari. On note toutefois de manière générale que la société civile et religieuse sont encore réticentes à accorder à la femme toute sa place.  

Art ou Marchandise

Il y a également toute une série de réflexions sur l'art: notamment la question de l'art et de la reproductibilité, de l'art et du phénomène de mode, de l'art et de la société de consommation. En définitive, il y a un questionnement sur l'art de notre temps et sur la forme de l'art contemporain. On constate que la notion d'art est facilement manipulée dans cette société mais le film, qui a avant tout pour but de raconter la vie de Margaret Keane, ne donne pas son avis sur ces questions. D'ailleurs dans le domaine de l'art, y a t-il une vérité universelle ? Il semble que non puisque l'art est avant tout personnel, d'où la souffrance de Margaret dans le film. 

Bonus : Un message caché de Tim Burton ?

Cela serait sûrement de la sur-interprétation de faire un rapprochement entre la vie privée de Tim Burton et l'enjeu du film mais risquons nous à émettre une idée en ce sens. Tim Burton s'étant séparé d'Héléna Bonham Carter récemment, cette dernière n'étant pas pour une fois dans le film de son compagnon, y'aurait-il un écho du film au-delà de son histoire en présentant un homme qui est moindre sans sa femme ?  Il s'agit après tout du plus faible démarrage d'un film de Tim Burton sur le territoire américain...  

En définitive, ce dernier Burton, plutôt sage, arrive parfaitement à retracer la vie de Margaret Keane.



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samedi 21 mars 2015

Divergente 2: L'Insurrection


Synopsis:

Après avoir réussi à fuir lors du complot orchestré par Jeanine, Tris et Four sont contraints à la clandestinité. Ils découvrent par la suite que Jeanine leur fait porter la responsabilité du massacre de la faction des Altruistes. Pour empêcher Jeanine de s'emparer du pouvoir, ils comprennent qu'ils vont devoir déclencher une révolte contre le système des factions...


Commentaire:

Peu fulgurant malgré quelques jolies scènes

Le film comporte plusieurs longueurs malgré une durée classique (2h) pour le sous-genre cinématographique, c'est à dire une dystopie tirée d'une saga de romans visant un public jeune, plutôt féminin. Il n'est pas inutile de préciser le genre du film car c'est plus spécifiquement les moments de questionnement de l'héroïne sur sa culpabilité, sur ses états d'âme et sur ses sentiments qui font traîner le récit. Le public visé explique évidemment ces caractéristiques mais le premier volet ou une saga analogue comme Hunger Games étaient mieux équilibrés (quoique le dernier Hunger Games La Révolte traînait un peu également). La réalisation, elle, n'est pas totalement inintéressante. Elle est certes fonctionnelle mais il y a quelques jolis plans signifiants notamment avec Kate Winslet. Les scènes de simulation, dans lesquelles s'expriment la créativité du réalisateur et de l'équipe des effets spéciaux, sont elles très agréables à regarder. Ils s'agit des principaux moments d'audace cinématographique. En revanche, le reste est beaucoup moins prenant, que cela soit au niveau de l'histoire ou de la mise en scène. En outre, les effets spéciaux utilisés pour les décors urbains lors des plans généraux sont peu convaincants. Cela n'est pas très grave lorsqu'il s'agit de simulation mais lorsque le film est censé représenter l'environnement réel de son histoire, la qualité de cette modélisation 3D trouve ses limites. 

Un casting plutôt impressionnant

Si l'héroïne est incarnée par l'étoile montante d'Hollywood Shailene Woodley, le casting présente également des acteurs en devenir ou bien connus comme Jai Courtney, Octavia Spencer et Daniel Dae Kim et des stars qu'on ne présentent plus comme Kate Winslet et Naomi Watts. Ils sont bien évidemment très bons dans leur rôle mais qui lui n'est pas très intéressant car très stéréotypé. Les personnages sont très lisses et il est facile d'imaginer leurs actions. L'histoire étant également banale pour le genre, il n'y a pas beaucoup de surprises. Toutefois, pour un public jeune qui n'a pas encore énormément de références concernant ce genre, l'histoire peut, peut-être, être prenante. Cela sera du déjà-vu pour les autres mais chaque spectateur a autant de légitimité. Néanmoins, malgré de bons acteurs, le rythme du film restera sûrement un problème pour tous. 

Le message

Le message du film est le même que pour le premier volet hormis si on prend en compte la fin. Pour rappel, le film critique le conformisme et l'imperméabilité des classes sociales qui sont de véritables communautés refermées sur elles-mêmes. Dans ce volet, la révolte éclate et souhaite faire tomber ce système de castes qui est une entrave à la liberté. Le film délivre donc progressivement son message. Néanmoins, le dénouement de ce volet (qui est une révélation de la vérité) soulève de nombreuses questions concernant l'égalité les peuples et l'égalité formelle des hommes. Le message nous parait éthiquement contestable. Difficile d'en dire plus sans ne rien révéler mais en substance (ceux qui ont vu le film comprendront), il faudrait que la suite montre que le monde extérieur ait eu tord d'avoir mener ce test. Impossible de savoir quel sera le message final de l'oeuvre d'autant plus que ce film, qui a pour le coup une réelle qualité, ne se termine pas avec une fin de série en présentant un cliffhanger. Une ouverture modérée clôt juste le film. De ce point de vue, ce volet est un ensemble cohérent comme l'a été le premier volet mais le message délivré en toute fin nous semble nécessairement devoir être contesté par les deux derniers volets de la saga. 

En définitive, cette production nous semble moins prenante que le premier volet mais peut satisfaire ceux étant passionnés par l'histoire. En revanche, il est difficile de savoir ce que penseront les amateurs du roman car le film s'offre de grandes libertés. 






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jeudi 5 mars 2015

Chappie


Synopsis ;

Deon travaille dans une société de robotique fabriquant des robots de sécurité pour la Police sud-africaine. La mise en place de ces robots autonomes est un vrai succès et la criminalité sud-africaine chute. Toutefois, Déon rêve d'aller au-delà des robots autonomes, il souhaite créer la conscience artificielle. Dans l'entreprise, Deon est opposé à Vincent qui privilégie des robots entièrement contrôlés par des humains. Il jalouse férocement les crédits que Deon obtient pour ses robots... 

Commentaire :

Neill Blomkamp le sud-africain

Neill Blomkamp retourne en Afrique du Sud, son pays natal et y place son histoire comme il le fit avec District 9. Chappie est d'ailleurs la production rappelant le plus le film qui a fait connaître Neill Blomkamp, par le lieu de l'action mais également par les acteurs ou par la teinte et l'exposition de l'image. Le contexte sud-africain est âpre et la violence qui règne dans ce pays irrigue cette nouvelle production. Si la thématique développée par Chappie a une portée universelle, les plus jeunes et les plus anciens pourront être rebutés par ce voyage sans concession au plus près de la malveillance et de l’agressivité humaine. 

L'Altérité : une thématique chère Blomkamp

Paradoxalement mais intelligemment, l'ignorance, la raison et la bonté viennent ici de la conscience non-humaine, la conscience artificielle. Certes, Deon semble être une bonne personne ainsi que Yo-Landi finalement, néanmoins, l'espèce humaine ne fait pas grande impression ici, entre l'avidité de Vincent, la violence des voyous et l'incompréhension ou l'indifférence du reste de la population. Chappie en fait ici la terrible expérience comme les extraterrestres dans District 9. Encore une fois, c'est pour l'autre (et non pour l'humain) que le spectateur va avoir de l'empathie et de la compassion. C'est une thématique tout à fait intéressante car le message de Blomkamp suppose qu'une intelligence n'est pas bonne ou mauvaise par nature (biologique / robotique) mais devient ce qu'elle est par expérience (par culture diraient certains). Toute conscience, peu importe son origine, se vaut donc. C'est typiquement une approche non-déterministe, si bien que les consciences se valant tellement qu'elles finissent par devenir totalement égales aux yeux du spectateur en fin de film. En vérité, la conclusion du film soulève énormément de questions autour de l'homme, de la conscience, de l'être et du corps, mais l'objectif de Blomkamp s'arrête sûrement à la question de la conscience artificielle. 

Rafraîchissant tout en restant classique

Un film rafraîchissant, modeste finalement en terme de science fiction puisque l'intrigue ne vient pas remettre en cause l'existence de la galaxie, mais présentant une thématique profonde et universelle. La thématique est rafraîchissante dans le sens où depuis 2001, L’Odyssée de l'espace en passant I.Robot, l'intelligence artificielle et plus spécifiquement la conscience artificielle jouit d'une mauvaise réputation, bien que les lignes semblent bouger. 
La mise en scène est elle plutôt fonctionnelle et classique avec un petit côté tiré des jeux vidéos du fait que l'on ait parfois la caméra subjective des robots. D'ailleurs, il y a peut-être une petite critique à l'adresse des joueurs prenant la réalité pour la virtualité à l'instar de Vincent qui est finalement un grand enfant voulant tester son jouet dans le monde réel. Enfin, la musique est elle très reconnaissable avec ses fortes percussions rythmiques. Hans Zimmer réalise toujours une musique purement cinématographie c'est à dire minimale mais efficace.

En définitive, un film signé Neill Blomkamp, proposant un message très intéressant et intelligemment abordé. Le format est classique, rythmé et efficace. 


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vendredi 13 février 2015

Jupiter Ascending




Synopsis :

Jupiter est une jeune femme, descendante d'une famille russe ayant fui la mafia de son pays. Femme de ménage, elle hait profondément sa vie qui est une longue succession de corvées qui lui permettent tout juste de survivre. Néanmoins, Jupiter n'est pas une jeune fille ordinaire. En effet, toute la galaxie est à sa recherche...


Commentaire :

Un film signé Wachowski

La patte des Wachowski est très rapidement visible dans le film. La principale caractéristique est bien évidemment la complexité du film, car le duo de réalisateurs adorent emboîter les univers (Matrix, Cloud Atlas). Nous attendions avec impatience que de tels réalisateurs de science fiction s'attaquent à la question de l'Univers. Ici, la biosphère terrestre est intégrée à la Galaxie dans laquelle elle a un rôle bien précis pour une civilisation supérieure. Les réalisateurs imaginent un immense univers, tout à fait cohérent, qui incorpore la réalité terrestre comme nous la connaissons. La logique des Wachowski est implacable à la manière d'un Nolan mais beaucoup plus foisonnante, baroque pourrait on dire. La signature des réalisateurs est aussi visible à travers des têtes connues de leur oeuvre cinématographique à l'instar de Doona Bae et James D'Arcy de Cloud Atlas. La seule spécificité du film ici est qu'il présente des passages humoristiques contrairement aux autres films des réalisateurs. Concernant les thématiques récurrentes aux Wachowski, nous les aborderons plus loin.

Le spectacle total

Jupiter Ascending est un film qui relève du space opéra, une aventure spatiale qui offre un spectacle total, où plus exactement une "oeuvre totale" comme le définirait Wagner ou Max Reinhardt. En effet, l'histoire présente des enjeux gigantesques, puisque l'intrigue a des implications universelles au sens premier du terme.  La mise en scène est très soignée mais manque sans doute de quelques plans d'exposition, c'est à dire des temps faibles, qui permettent d'admirer l'univers crée. A vrai dire, bien que les temps faibles soient assez rares dans les blockbusters, le monde des Wachowski est tellement riche visuellement que le film pouvait se permettre d'exposer plus longuement cet univers sublime et complexe. Ainsi, le film est dans sa forme très riche tout en restant classique car narratif (d'ailleurs Cloud Atlas avait prouvé qu'il ne fallait pas trop s'éloigner de la forme narrative au risque de perdre quelques spectateurs). Les scènes d'action ont elles, une mise en scène digne d'un ballet, avec une chorégraphie qui relève aussi bien de la pantomime que du montage. La musique accompagne très bien le film mais reste quand même discrète au regard du visuel. Ce que nous pourrions reprocher à ce blockbuster, c'est paradoxalement d'en faire un peu trop au niveau de l'action spectaculaire (à l'instar de la longue première scène d'action à Chicago), certes parfaitement réalisée mais qui risque d'éclipser le fond, celui-ci étant d'une extrême richesse.

Un film d'une extrême richesse : les thèmes et thèses

Que le film ait un scénario de 600 pages n'est pas surprenant, au regard de la densité d'information envoyée au spectateur. Le simple fait que ce space opéra ait choisit la forme du conte est tout un symbole car un conte est riche en messages et morales. Les morales s'appliquant à l'univers du conte ont pour fonction de faire réfléchir le spectateur sur sa réalité. En vérité, dans le conte, la morale est plus importante que l'histoire, qui n'est qu'un prétexte pour inciter les lecteurs à les écouter. Ici, ce sont les messages qui sont importants et les Wachowski ne vont pas avoir la main légère. Jupiter est une cendrillon galactique, le film cite directement la référence pour qui n'aurait pas fait le rapprochement. Le film cite également la Belle et la Bête qui est une citation encore plus riche de sens car la Bête est un personnage hybride, l'hybridation étant un thème cher aux Wachowski dans l'ensemble de leur oeuvre. Dans Jupiter Ascending, Caine représente la Bête, mais il est loin d'être le seul personnage hybride, certains sont hybridés avec des espèces animales, d'autres avec la technologie. Toutefois, l'hybridation va beaucoup plus loin ici car en vérité tout ce film est hybride puisqu'il s'agit d'un conte galactique. Le film est hybride temporellement car l'histoire se passe à notre époque mais la civilisation galactique possède évidemment des traits supposés de l'avenir de l'humanité mais également du passé (le style renaissance des bâtiments et des costumes - et non kitsch - ou des décors du début du 20ème siècle dans la scène avec Terry Gilliam). Par là même, le film est également hybride dans ses influences avec les contes européens mis en image à la manière d'un film Paramount de l'ère classique avec son visuel baroque, et tout ce qui concerne l'architecture futuriste inspirée par la science moderne. Certaines symboliques sont également empruntées à la religion sans pourtant être religieuses dans le film. "Ascending", le titre anglais a beaucoup de sens, il s'agit de l’ascension chrétienne qui ne pourra être réalisée qu'après la rédemption. Néanmoins ici, il s'agit plus d'un élèvement moral que d'un principe divin. L'Héroïne finit par accepter sa condition humaine et son protecteur récupére ses ailes une fois l'avoir sauvée, tel en ange anciennement déchu. C'est Cain qui fait l’Ascension finalement. Jupiter repose les pieds sur Terre dans tous les sens du terme mais l'ascension lui a été utile pour relativiser sa vie. Les références sont réellement multiples dans ce film, des jeux vidéos aux aliens de Roswell, il est impossible de toutes les citer après une seule séance. Ce qui est certain, c'est que tous les symboles et toutes les références font sens et l'analyse en serait passionnante.

Les messages ne sont pas nécessairement tous faciles à saisir tant ils sont nombreux et parfois évincés par l'action. Le premier message et peut-être le principal est le non-déterminisme car l'héroïne superbement interprétée par Mila Kunis, ne suit pas le chemin que l'on attend qu'elle suive, bien qu'elle soit naturellement/génétiquement destinée à être une Reine. C'est d'ailleurs parce que ses ennemis pensent de la sorte qu'ils vont courir à leur perte, ils prennent Jupiter pour une personne qu'elle n'est pas. Le culturel est donc plus l'important que le naturel : confirmant cette idée, Jupiter rejette ses semblables royaux et elle tombe amoureuse d'un être génétiquement impure. C'est dans cette optique qu'il faut comprendre l'hybridation qui donne des êtres différents, ne serait-ce que visuellement, mais qui peuvent être des êtres plus intéressants que les autres. Ainsi, ce qui nous définit selon le film est nos choix et non notre sang (à ce titre, il intéressant de mettre en regard le choix de Lana Wachowski de devenir une femme, elle a fait un choix contre le déterminisme naturel).
Un autre message important du film concerne le temps, qui est justement décrit comme la denrée la plus rare. De ce fait, une telle ressource ne doit pas être contrôlée par des hommes cherchant à en faire le commerce. Dit en substance, il serait dangereux de laisser cette ressource aux capitalistes. Un personnage dit mot pour mot ce que Hobbes pense de l'homme dans la recherche de ses intérêts personnels. L'homme est un loup pour l'homme et paradoxalement c'est Cain le loup est qui l'être du bien : superbe - l'image est symbolique et non déterministe! Il existe également de nombreux messages subsidiaires ou d'interrogations concernant la vie de demain, autour de la génétique et de la régénération mais aussi l'intérêt général et l'intérêt particulier, l'humilité de l'homme face à l'univers etc, c'est à dire des questions fondamentales pour l'humanité. Il y a également des messages beaucoup plus terre à terre comme la dénonciation de la bureaucratie et il est même fait mention de la mafia russe... Ainsi, au niveau des sujets, le film est également très foisonnant.

En définitive, ce film est riche à tout point de vue, très bien pensé et réalisé. Il est agréablement ambitieux. Le foisonnement visuel et l'action peuvent néanmoins prendre le pas sur les nombreuses thématiques, références et thèses développées. D'où sûrement la tiédeur du public vis à vis de ce film qui ne répond pas nécessairement aux attentes que l'on place dans un blockbuster. Concrètement, c'est un film pour les gamers philosophes, ce que sont les Wachowski!



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mercredi 11 février 2015

Imitation Game



Synopsis :

Alan Turing est un mathématicien hors pair, approché par les services secrets britanniques pour lutter contre l'Allemagne nazi. Avec ses collègues, sa mission est de déchiffrer les messages allemands codés par la redoutable machine Enigma. Tâche impossible pour l'homme, Alan Turing pense que seule la machine peut battre la machine...


Commentaire :

Un biopic passionnant

L'histoire de ce personnage longtemps cachée de la grande Histoire est passionnante. La personne d'Alan Turing est intéressante et intrigante et correspond parfaitement au génie incompris, ce génie dont l'esprit est au-dessus de toutes les futilités du quotidien mais aussi des codes sociaux. Toutefois, son inscription dans l'Histoire est encore plus passionnante car c'est l'originalité de sa personne qui va permettre la résolution d'un problème que n'importe quelle personne normale aurait jugée d'insolvable. Ce film permet de redonner à ce mathématicien oublié toute sa place l'Histoire. Bien que le commun des spectateurs ne puisse comprendre concrètement les recherches de Turing, le film arrive à montrer leurs importances fondamentales dans la guerre et plus globalement dans l'ère informatique.

Le biopic est somme  toute classique, au sens premier du terme, c'est à dire excellent. Aucune fulgurance ou originalité dans la forme, mais la mise en scène purement fonctionnelle est d'une efficacité redoutable. Le montage parallèle qui fait le lien entre trois périodes de la vie de Turing permet parfaitement de comprendre le personnage dans son époque. La musique d'Alexandre Desplat fait son oeuvre en mettant pleinement en relief les moments d'émotion. 

L'importance des acteurs

Les films américains comptent beaucoup sur les acteurs, les studios osant peu innover sur la forme. Ce biopic, comme beaucoup d'autres, est donc un film d'acteur. Toutefois ici, ils sont particulièrement bons, c'est à dire justes et efficaces. Leur interprétation est remarquable, Benedict Cumberbatch en tête. Il est à juste titre nominé pour l'oscar du meilleur acteur, confirmant tous les espoirs qui étaient placés en lui. Keira Knightley délivre également un jeu d'une grande force et mérite sa nomination dans la catégorie meilleure actrice dans un second rôle. Tous les acteurs sont généralement excellents mais le duo de tête est particulièrement impressionnant. Ils rendent leurs personnages intéressants et touchants et font donc du film une réussite.

Des messages bien soulignés

Ce biopic va au-delà de son rôle informatif et délivre de véritables messages. Ces idées étaient plutôt compréhensibles dans l'histoire, mais le film choisit de mettre les points sur les i à la fin, à l'aide de voix-off et de textes avant les crédits. C'est peut-être un peu trop poussé car l'histoire se suffisait à elle-même mais le film remplira ainsi clairement son ambition pédagogique. Les messages sont les suivants : Dieu ne peut sauver l'homme, dans le sens où l'homme est maître de son destin et c'est ainsi qu'il a pu surmonter l'épreuve de son époque. Deuxièmement, ce film souligne le droit à la différence, d'autant plus si la norme n'a pas de réel fondement logique et raisonnable. L'homme, pur esprit de raison, est définitivement libre, brisant l'idée du déterminisme divin (Dieu guide notre chemin) et naturel (la nature nous impose une conduite). 

En définitive, il s'agit d'un biopic très efficace qui rend hommage à des personnages longtemps marginalisés au regard de leur rôle dans l'Histoire. 



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mardi 3 février 2015

Into the Woods


Synopsis :

Un boulanger et une boulangère, Cendrillon, Jack et le Petit Chaperon Rouge sont réunis dans un conte où les souhaits de chacun vont entraîner la réunion de tous les protagonistes. Tout commence lorsque le couple de boulangers découvre qu’il est sous l’emprise d’un sortilège lancée par une sorcière du voisinage, qui l’empêche d’avoir un enfant…


Commentaire :

Tiré du Musical de Broadway

Ce Musical de Stephen Sondheim et James Lapine a été joué quelques semaines en France, au théâtre du Châtelet en 2014. Le film De Rob Marshall reste très fidèle à l’œuvre de départ. Elle a pour principe de mélanger plusieurs contes populaires, tout en se moquant de certains personnages ou de certaines situations incongrues dans lesquelles se trouvent les personnages. Le Musical était de très bonne qualité, avec une belle musique d’orchestre symphonique, parcouru de nombreuses chansons dont certaines sont marquantes et entraînantes. Le conte était divisé en deux actes, le premier étant le plus rythmé et scénaristiquement le plus intéressant, avec les musiques les plus dynamiques. Le second acte est lui, plus une suite annexe que l’aboutissement de l'intrigue, l'histoire paraissant se conclure dans le premier acte. La même impression se fait sentir avec l’adaptation filmique, cette dernière étant toutefois plus courte et donc condensée. Une voix-off permet les raccourcis et ne déteint pas sur la cohérence de l’œuvre. Néanmoins, l'adaptation souffre des écueils du musical original, avec en plus un second acte moins musical (plus traditionnellement joué) que le premier. Notons que la première partie est presque entièrement chantée hormis pour la voix-off. Autrement dit, la magie semble s’essouffler dans la dernière demi-heure et cela plus manifestement que pour l'oeuvre originale.

Du théâtre au cinéma, la nécessité ?

L’adaptation en film était-elle justifiée? Aussi surprenant que cela puisse paraître, il s'agit de la première adaptation Disney d'un musical de Broadway. L'inverse est en revanche moins rare. Concernant cette oeuvre, le conte est riche en lieux et personnages magiques et donc potentiellement intéressant à savourer avec les moyens du cinéma. Néanmoins, ce conte a d’abord été pensé pour le théâtre et de ce fait, il n’y a qu’une faible diversité de lieux (la forêt est le lieu principal): le cinéma apporte donc peu pour sa capacité à changer d'espace en un changement de plan. De plus, la magie du conte obligeait à une mise en scène ingénieuse et très créative au théâtre, notamment pour les quelques changements de décors et pour la représentation de personnages hors du commun comme le géant. Néanmoins, le film ne semble pas vouloir montrer plus que le théâtre musical ne le faisait, ainsi l’adaptation cinématographique n’apporte rien à l’œuvre originale. Certes, les quelques lieux parcourus sont graphiquement très beaux mais ils sont peu mis en valeur. De même pour les personnages principaux qui sont filmés de manière fonctionnelle. Il n’y a pas de chorégraphies particulières pour l’adaptation cinéma, seulement l’alternance de gros plans et de plans américains. La mise en scène est donc plus faible que dans la version Broadway. Cela est quelque peu dommage car le cinéma offre des possibilités que ne permet pas la mise en scène théâtrale. Musicalement, l’œuvre de Stephen Sondheim et James Lapine reste identique en qualité, la seule différence étant que la partition jouée est moins longue et modifiée en certains points. 

Un casting convaincant

Si les effets spéciaux et la mise en scène n’apportent rien à l’adaptation cinématographique, les acteurs sont eux plus convaincants. Emily Blunt tire son épingle du jeu dans le rôle de la boulangère, cette dernière produisant un jeu parfait, chantant merveilleusement bien et étant même plus belle que les princesses. Elle est l’argument principal de ce film. Meryl Streep est également convaincante en sorcière, avec des chansons bien interprétées et un jeu très finement dosé. Le boulanger, interprété par le moins connu James Corden, est une bonne surprise, ce dernier ayant un rôle conséquent pour faire valoir son jeu. Cendrillon a quant à elle une très jolie voix mais manque peut-être un peu de charme (désolé pour Anna Kendrick). Le reste des acteurs est correct. Les princes ont un rôle mineur mais sont bien interprétés : ils sont les principaux protagonistes humoristiques du film car de véritables caricatures du prince charmant. Il nécessaire de dire également quelques mots de Johnny Depp aka le Loup, dans un rôle qui semble avoir été taillé pour lui mais dont l'apparition est trop modeste pour qu’elle puisse marquer. Le film repose ainsi uniquement sur la musique et la performance de ses acteurs.

En définitive, ce musical ne vaut pas l’original de Broadway mais est un bon substitut pour qui n’a pas eu la chance d’assister à l'oeuvre théâtrale. Les chansons sont toujours aussi efficaces et la ravissante Emily Blunt rayonne à chaque fois qu’elle apparaît à l’écran. 




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mardi 27 janvier 2015

Souvenirs de Marnie



Synopsis :

Anna est une jeune fille timide et solitaire. Elle souffre de ne pouvoir se confier à un ami. Un jour, après avoir fait une crise d’asthme, sa tante, chez qui elle vit, l'envoie à la campagne afin de profiter de l'air pur. Près de son lieu de séjour, elle remarque une vieille villa qui l'intrigue énormément...


Commentaire :

Le dernier Ghibli (pour le moment) signé Yonebayashi

Après Arrietty, le petit monde des chapardeurs, Hiromasa Yonebayashi revient avec Souvenirs de Marnie. Comme son dernier film, il s'agit d'une adaptation d'une oeuvre de la littérature britannique, ce qui souligne l'attrait de ce réalisateur pour la culture européenne. De plus, la chanson de fin est confiée à une chanteuse occidentale, Priscilla Ahn, comme ce fut le cas pour son film précédent. La différence ici est que la bande originale du film reste entre les mains d'un japonais, peu connu en Europe, du nom Takatsugu Muramatsu. Celui-ci réalise un bon travail.
Toutefois, le contexte de sortie des deux oeuvres est différent : alors que le premier film était un espoir pour la succession du studio Ghibi, ce film apparaît être le dernier de la maison. Après l'échec commercial de La Princesse Kaguya, qui est pourtant peut-être le meilleur Ghibli, Souvenirs de Marnie peine également à attirer les foules. Yonebayashi est pourtant très prometteur. Ça serait réellement regrettable si le studio s’éteignait avec son deuxième film, d'autant plus que le réalisateur produit ici une oeuvre encore plus aboutie. 

Le style Ghibli Miyazaki

Graphiquement, Yonebayashi s'inscrit dans la lignée Ghibli Miyazaki de part les traits des dessins et le travail de l'arrière plan / de l'environnement très coloré. Takahata avait fait un choix totalement différent avec son dernier bijou. Arrietty avait déjà un dessin très travaillé, mais Souvenirs de Marnie atteint la perfection graphique des films de Miyazaki. Rien à redire sur ce point. Yonebayashi rejoint également son maître dans les inspirations. Miyazaki (contrairement à Takahata) piochait également énormément dans culture occidentale (Le Château dans le Ciel, Le Château Ambulant) pour créer ses aventures, qu'il adaptait au contexte japonais. Ici, la transition entre les deux cultures est réussie. Il est d'ailleurs assez touchant de voir le regard romantique, parfois presque caricatural, des japonais sur la culture occidentale,
Concernant les thèmes similaires à Miyazaki, il y a donc l'occident, mais aussi une certaine forme de modernité étouffante, qui est opposée à la tradition de la campagne bucolique. L'eau dans une certaine mesure et le rêve sont également des éléments que l'on retrouve chez Miyazaki. La différence majeure entre les deux réalisateurs, serait peut-être le traitement de l'histoire. Alors que Miyazaki, hormis pour Le Vent se Lève, s'inscrit dans le genre merveilleux, Souvenirs de Marnie appartient à un genre plus réaliste, fantastique à certains égards mais dépourvu de la magie foisonnante du vieux maître. C'est peut-être en ce sens que Yonebayashi possède un trait d'héritage de Takahata qui dans les années 90 réalisait des films d'animation ancrés dans le réel. En définitive, Yonebayashi se trouve surement entre les deux légendes du studio Ghibli. 


La Thématique

Bien que Souvenirs de Marnie soit tiré d'un roman britannique, la thématique, universelle s'inscrit très bien dans les valeurs japonaises. La thématique est en fait double, il est question du lien entre générations et deuxièmement, de l’introspection. Dans ce film, c'est la compréhension du passé qui va permettre un travail sur soi-même pour finalement retrouver la paix intérieure. Lorsque les enjeux se démêlent en fin de film, le récit est vraiment touchant. En effet, l'introspection permet de comprendre profondément le personnage principal, Anna, pour qui on se prend réellement d'affection. Compassion et empathie donc, le trait commun à toutes les productions Ghibli est surement leur pouvoir à toucher notre sensibilité.  

Pour conclure, Souvenirs de Marnie s'inscrit dans l'héritage Ghibli tout en possédant des caractères singuliers, propres à son réalisateur. Sobre mais touchant, ce film confirme que Yonebayashi a surement les épaules pour reprendre la relève de Ghibli. Tout repose sur le public qui devra accepter un style différent de celui de Miyazaki et dans une moindre mesure de Takahata. 




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