Les sorties de la semaine

mardi 25 février 2014

Pompéi



Synopsis :

Milos est un jeune enfant de la province britannique de l'Empire romain. La tribue celte, à laquelle il appartient, est décimée par les romains. Ce dernier est fait esclave et est emmené à Londinium. Il y devient un gladiateur de grande renommé et est alors envoyé, en l'an 79, dans une grande ville du Sud, Pompéi...


Commentaire :

Mélange de genres 

Paul W.S Anderson dont la réputation est justement écornée du fait de ses Resident Evil, réalise un blockbuster ambitieux sur Pompéi de l'an 79, mélangeant le genre du péplum au genre du film catastrophe. Bien que le film soit visuellement foisonnant et que les péripéties paraissent extraordinaires, le film est pensé dans un souci de réalisme, notamment au niveau du mode de vie des gens de l'époque et de l'architecture de la ville. En définitive, seul est fictionnelle l'histoire des héros, comme l'histoire de Jack et Rose sur le Titanic. Il y a donc un véritable travail de recherche derrière le film.
Si Titanic est une des références du film, on reconnaitra également Gladiator pour les scènes de combats en arène et n'importe quels films catastrophes comme 2012 pour les évènements naturels cataclysmiques. Les références sont assumées et plutôt bien utilisées, donnant une oeuvre assez cohérente.

Excellente 3D

La mise en scène d'Anderson est narrative et strictement fonctionnelle. Il n'y a donc pas de travail particulier à ce niveau et d'analyse à effectuer. Néanmoins, un des points forts du film est d'avoir été pensé en 3D. L'impératif 3D (et l'impact visuel) est intégré à la mise en scène, ce qui a pour conséquence de donner un film très réussi sur ce point, avec toujours le souci de la profondeur de champ.

Prévisible mais bien fait

Le scénario du film est fait de grosses ficèles et il très vite possible de comprendre ce qui l'adviendra. Néanmoins, plus ou moins conscient de cela, le film ne se perd pas dans la surenchère des retournements de situation. Le film déroule humblement son scénario et arrive à nous tenir en haleine. Si les ficèles sont grosses, le film est bien ficelé.

Casting intéressant

Le tour de force du film est sans doute son casting, fait d'acteurs populaires aux visages très reconnaissables. Certains sont montants, d'autres sont des stars des années passés. Si leur interprétation n'est pas transcendante, leur réunion devrait susciter la curiosité du public. Dans tous les cas, leurs rôles ne leur permettaient pas de se sublimer; ils s'en sortent tous très convenablement.

La musique du film est elle très efficace, prégnante, et accompagne parfaitement les images. En définitive, ce film qui suscite à juste titre beaucoup d'apprioris (Anderson, blockbuster, paraît ressembler aux films mythologiques ratés des dernières années) s'en sort plutôt bien et est un réel divertissement, ne prétendant pas être autre chose.


15/20



jeudi 13 février 2014

La Belle et la Bête



Synopsis :

Après le naufrage de ses trois navires, un vieux marchand est contraint de déménager à la campagne avec ses trois filles et trois fils. Par la suite, il est averti qu'un de ses bateaux a été retrouvé. Il se rend alors avec un de ses fils constater ce qu'il reste de ses biens. Sur le chemin du retour, le marchand se perd dans la forêt et rencontre une Bête dans un château abandonné. Le marchand ayant cueilli une rose pour sa fille Belle, la Bête lui propose un marché : "une vie contre une rose"...


Commentaire :

Un mélange d'influences réussi

Christophe Gans, grand maître pour associer harmonieusement différents genres et styles (Le Pacte des Loups), réussit une nouvelle fois à réaliser une oeuvre originale aux influences variées. De part l'ambition, son projet est certainement américain, la France ayant délaissé le merveilleux et les contes féériques depuis de bien trop nombreuses années. Néanmoins, Christophe Gans, en faisant ce "blockbuster à la française", ne cherche pas à imiter les américains mais à se référer à une grande époque du cinéma français, appelée la "qualité française". C'est à cette époque que fut réalisé La Belle et la Bête de Cocteau (1946). De ce fait, de part les costumes, certains dialogues et le style baroque du château, les références au maître sont marquées. Le choix de la colorimétrie du Technicolor des années 40 est manifestement, aussi, une référence réussie à cette époque, en plus d'être une réussite esthétique. Enfin, en tant que grand amateur du cinéma asiatique, Christophe Gans s'approprie avec grâce l'univers de Miyazaki, visible à travers les magnifiques paysages de montages verdoyantes, le dieu de la forêt, les géants et les petites créatures du château. Certains plans avec les géants, prenant la Bête dans leur main, peuvent même faire penser à la référence même de Miyazaki, Le Roi et l'Oiseau.
Christophe Gans veut montrer avec ce film que la France peut encore produire des films originaux: cela est réussi. Il s'agit d'un "film patriotique" comme le dit lui même le réalisateur, à l'image du bateau arborant un gigantesque drapeau français.


Bande musicale puissante

L'ambition d'un film se voit aussi dans sa bande musicale. Elle est très présente, pesante et appuie la mise en scène. Il s'agit d'une très bonne musique de type classique qui participe complètement à la féerie de ce conte. A certains moments, on croirait même entendre quelques notes de Joe Hisaishi, le compositeur de Miyazaki. Il ne s'agit pas probablement d'un hasard, Christophe Gans ayant surement donné pour consigne que l'hommage à l'univers de Miyazaki se dénote également dans les notes. 
A noter que la chanson de fin, interprétée par le gagnant de The Voice, est plutôt réussie, dans la tradition des grandes chansons de fin des films américains.


Une mise en scène à la Gans

Christophe Gans est un grand réalisateur. La mise en scène est prégnante, parfois virtuose lorsque la caméra se promène dans les airs, admirable lorsqu'il s'agit de faire des transitions. La mise en scène est notamment réussie pour le passage entre les différents mondes, entre le livre et l'histoire du conte et entre le passé et le présent dans les rêves de Belle. La touche de Christophe Gans se lie particulièrement dans les scènes d'actions, qui sont manifestement ses moment favoris, de part ses courts ralentis qui appuient sur les actions extraordinaires.


De bons acteurs

Il n'est pas étonnant de retrouver Vincent Cassel aux côtés de Christophe Gans. Son rôle de la Bête semble, de plus, aller de soi, l'acteur ayant un certain côté maniéré (royal) et mais également un physique plutôt animal, éloigné de l'image du prince charmant. Il incarne parfaitement le prédateur séducteur. On aurait peut-être aimé une voix constamment grave pour sa forme de Bête, comme lorsqu'il chuchote dans plusieurs scènes. Quant à Léa Seydoux, elle s'en sort particulièrement bien. Toutefois, on n'aurait peut-être aimé voir une autre jeune fille pour interpréter Belle, plus belle... Grâce au maquillage et à la comparaison avec ses soeurs, Léa Seydoux passe plutôt bien et réussi parfaitement à tenir son rôle. Et puis quels choix restent-il lorsque Pathé (dirigé par Jérôme Seydoux) produit le film  et que Jérôme Seydoux est directement producteur sur le film ? Ainsi, Josette Day (de Cocteau) n'a pas trouvé équivalent à sa beauté. Peut être qu'Emilie Dequenne du Pacte Des Loups était plus appropriée. Le reste du casting est bien trouvé.


Trop de retenue

Le film pâti malheureusement de quelques manques. De manière plus ou moins anecdotique, on regrette que Christophe Gans n'est pas plus utilisé les petites créatures du château qui avaient un réel potentiel. Elles sont très peu présentes alors qu'elles sont sensées, selon la voix-off, partager de réels moment de complicité avec Belle. De plus, les enfants auraient manifestement aimé (et pas qu'eux). Toutefois, si cet élément est plus ou moins important et peut être laissé de côté, on ne peut que regretter le trop peu de temps consacré à la psychologie des personnages et à l'évolution de leurs sentiments. Comme dans un conte, les personnages changent sans grandes explications. Néanmoins, Cocteau avait plutôt réussi à mettre la relation entre Belle et la Bête au centre de l'histoire, ce qui faisait la chair du conte (tout comme Disney). Et puis, si Christophe Gans a voulu mettre Belle au centre de l'histoire, l'histoire de la Bête reste plus intéressante. Belle est belle d'apparence et de coeur, l'ambiguité est plus intéressante chez la Bête. En définitive, le film manque un peu de poésie et les rares moments poétiques passent plus difficilement du fait que on ne puisse comprendre ou adhérer aux sentiments des personnages.

16/20



samedi 8 février 2014

American Bluff



Synopsis :

L'agent du FBI Richie DiMaso contraint deux malfaiteurs Irving Rosenfeld et Syndey Prosser à coopérer avec l'agence américaine afin de capturer des membres de la mafia et des politiciens véreux. Leur première cible est le populaire maire du New Jersey Carmine Polito mais l'agent DiMaso semble ne pas bien maîtriser l'opération...


Commentaire :

Personnages et acteurs au top

Les personnages présentés par ce film sont définitivement atypiques. Physiquement tout d'abord, les protagonistes masculins (Christian Bale et Bradley Cooper) sont affublés d'une étrangeté capillaire qui ancre le film dans la comédie et cela dès la toute première scène. De plus, Christian Bale subit une transformation physique terrible par rapport au Dark Knight Rises. Il délivre par ailleurs un jeu très juste, dramatique et comique en même temps, qui rend son personnage attachant. Bradley Cooper hérite d'un rôle assez proche de celui d'Happiness Therapy du fait de son personnage psychologiquement instable : sa performance est logiquement bonne mais il se distingue particulièrement lorsqu'il sort du personnage bipolaire et qu'il donne un côté niais à son personnage. Quant aux actrices, elles sont aussi très justes. Amy Adams est le penchant féminin de Christian Bale de part son côté dramatique, l'aspect sexy en plus. Jennifer Lawrence, elle, arrive à crever l'écran dans un rôle mineur. Toujours à la limite du sur-jeu, son rôle lui permet de tomber dans l'exubérance sans que cela ne gêne. Encore une fois admirable, l'Oscar lui semble promis.
En définitive, des personnages haut en couleur permettent à ce casting 5 étoiles de déployer tout son potentiel. 

Scénario compliqué ou rendu compliqué ?

Si les personnages sont intéressants, l'histoire, se passant dans les 70's, l'est aussi. Malheureusement, la manière de la raconter l'est beaucoup moins. Peut-être s'agit - il d'un problème d'écriture, mais le long flashback du début ralentit le déploiement de l'histoire sans mettre en place de réelle tension. Du coup, une sensation de longueur se fait sentir avec une succession de personnages narrateurs qui rendent la séquence d'exposition trop longue. Par la suite, seule la courte scène avec De Niro réussit à mettre en place une petite tension. L'arnaque principale étant révélée après-coup, la scène d'arnaque n'est pas dramatiquement très forte et le flashback venant révéler la supercherie contribue à, de nouveau, ralentir le récit. Il existe un sentiment de flottement dans le film, nécessaire parce-que les personnages sont constamment dans l'hésitation et parce-que les actions entreprises sont incertaines, mais cela donne, néanmoins, la sensation de naviguer à vue.  Le film ne nous prend pas en charge, il ne nous montre pas la vérité, il ne nous trompe pas non plus... Le récit est moyennement compliqué mais la manière de le raconter le rend artificiellement complexe. En définitive, l'histoire en devient moyennement intéressante, l'évolution des personnage est le seul fil conducteur.

Virtuosité ou artificialité ?

David O'Russell utilise de nombreux mouvements de caméra et des cadrages particuliers. Peut-être certains sont justifiés, d'autres paraissent superflus ou demandent plus qu'un visionnage pour être compris. Il y a certes une recherche de mise en scène cinématographique mais celle-ci est peu évidente.


Il existe une petite déception après l'incroyable Happiness Therapy. L'explication se trouve surement dans le fait que l'histoire d'Happiness Therapy était l'histoire de l'évolution de ses personnages alors qu'American Bluff possède une histoire de thriller. Pourtant David O'Russell s'intéresse plus à ses personnages qu'à l'histoire de fond. Du coup, l'histoire n'est ni assez dramatique ni assez tendue. Reste juste les quelques éléments de comédie. Loin d'être un mauvais film, American Bluff ne tient pas ses promesses.


14/20



mercredi 5 février 2014

Jack et la Mécanique du Coeur


Synopsis :

Jack est né un jour de froid glacial, à tel point que son coeur en fut gelé. Pour le sauver, la magicienne Madeleine lui confectionne un coeur mécanique en forme d'horloge. Jack pourra vivre mais il devra respecter trois interdits : ne pas toucher ses aiguilles, ne pas se mettre en colère, ne pas tomber amoureux. Un jour, il rencontre une petite chanteuse : Miss Acacia...


Commentaire :

Exploit technique made in France

L'oeuvre de Mathias Malzieu impressionne par sa qualité technique. Les graphismes et le décor tiennent la dragée haute aux films d'animation 3D américains. Les textures sont nettes et détaillées et permettent l'immersion dans un monde qui ne peut que rappeler l'univers de Burton ou au moins l'expressionnisme allemand. Au-delà de l'environnement, même l'histoire et les personnages ont un côté Burton, donnant à ce conte une ambiance particulière, gothique, plutôt prenante. A ce titre, le chat de la famille est très amusant. 
Il est également intéressant de noter le petit côté patriote (français et européen) du film qui nous présente des villes européennes, dont Paris, sous une nouvelle patte graphique. L'incorporation du personnage de George Méliès et sa contribution pour le cinéma, en tant que grand pourvoyeur de rêve, est également bien venue et touchante. Toute proportion gardée, il s'agit du blockbuster français d'animation. Il n'y a qu'à regarder l'affiche pour comprendre l'ambition de la production. Nous pourrions penser que c'est américain!


Intrigue et grosses ficelles

Si l'idée de base recèle d'incroyables possibilités, les grandes structures du récit sont très apparentes et prévisibles, donnant un sentiment un peu trop mécanique, pour le coup, à l'oeuvre. En outre, le déroulement de chaque chapitre pâtit d'un manque d'intensité dramatique. En effet, les personnages sont paradoxalement moyennement touchants dans cette univers incroyable. Cela est probablement dû au seul bémol technique du film qui est l'expressivité du visage des personnages. Il y a aussi certainement le fait que le film ne s'attache pas suffisamment à décrire la personnalité des personnages. Néanmoins, il est sauvé par un dénouement peu attendu qui nous rappelle que nous ne sommes pas dans un conte féerique mais dans un conte gothique, ce qui tranchera avec la prévisibilité de l'ensemble de l'oeuvre. D'autant plus que la scène finale est poétique et merveilleusement mise en scène. Presque dommage que le film n'est pas osé l'intensité dramatique, car soutirer des larmes étaient possibles.


Promotion musicale

Un des problèmes du film est peut-être la succession trop importante de numéros musicaux qui ne permettent pas de creuser les personnages mais qui, au contraire, fragmente la narration. En effet, si La Reine des Neiges de Disney arrivait à se maintenir à flot, c'est parce que le film avait trouvé un subtile équilibre entre narration et numéros chantés - dansés. Or, ici, l'impression de succession se fait sentir d'autant plus qu'il ne s'agit pas de la grande musique de Broadway. Hormis la chanson du générique, aucune n'est marquante. La bande musicale est plutôt bonne mais les chants ne sont pas prenants. Si d'une part, les voix semblent mal équilibrées (un peu trop fortes), d'une autre part, nous pensons qu'elles n'ont rien d'extraordinaires pour qui ose faire la comparaison avec Disney. Seule Olivia Ruiz s'en sort plutôt bien. 
Cela pourrait passer si le film n'était pas structuré seulement autour de la musique, or c'est l'impression qui s'en dégage. En effet, le film se structure comme une succession de clips qui paraissent, visuellement pour le moins, abandonner l'histoire. La mise en scène est travaillée mais très voyante car il s'agit d'une mise en scène de clip musical.

Une petite note est à faire concernant Grand Corps Malade qui a effectivement une voix parfaite pour le doublage. Dommage néanmoins qu'il ne soit pas contraint à son personnage plutôt qu'il lui soit donné le choix d'interpréter son propre rôle. Il s'agit, en fait, peut-être du problème de ce film : celui-ci manque d'unicité et d'intensité. Il est finalement présenté comme une succession de chansons et de personnages qui sortent un peu de l'histoire alors que celle-ci a un réel potentiel. Lorsque le plus au moins talentueux Dany Boon réussit une prestation incroyable dans La Reine des Neiges, c'est parce qu'il est contraint à son rôle. Lorsqu'un numéro musical prend place dans La Reine des Neiges, il contribue toujours à faire avancer le récit sans partir dans une explosion visuelle sortant du récit. 

15/20



mardi 4 février 2014

Dallas Buyer Club


Synopsis :

Ron est un cowboy texan homophobe, dont la vie tourne autour du rodéo, des filles et de la drogue. Après un accident, Ron est emmené à l'hôpital où ses analyses de sang révèlent qu'il est atteint du sida. Après s'être renseigné sur les médicaments possibles, ils décident de partir au Mexique où une médecine moins agressive et plus efficace est prodiguée...


Commentaire :

Dallas Buyers Club est avant tout un film porté par deux acteurs extraordinaires : Matthew McConaughey et Jared Leto. Ces derniers sont transcendés par leur rôle, à tel point qu'ils ne sont presque pas reconnaissables. Ce biopic trouve son intérêt dans le combat plutôt méconnu de Ron Woodroof, contre le gouvernement américain et les lobbys pharmaceutiques afin d'autoriser une nouvelle approche dans le traitement du sida. A ce titre, nous pouvons parler d'un film utilitaire, voire dénonciateur. Au delà du message, le film est intéressant car intense et rythmé, rythme qui baisse néanmoins d'intensité dans la seconde partie du film. La mise en scène est fonctionnelle, peu formelle mais remplie très bien son rôle. Elle arrive particulièrement bien à traduire la nausée et les malaises du personnage de Ron en jouant sur les effets sonores.

En définitive, Dallas Buyers Club est un film à voir pour sa description d'une époque et de ses absurdités, un film à voir pour le fond plutôt que pour la forme.

15/20



dimanche 26 janvier 2014

Le vent se lève


Synopsis 

Jirô est un jeune garçon passionné par l'aviation et rêvant de voler. Doté d'une mauvaise vue, il choisit la voie de l'ingénierie afin de créer l'avion parfait. Jamais, il ne renoncera à la réalisation de son rêve, quitte à se refermer sur lui même et à oublier un monde courant à sa perte. L'important est de "tenter de vivre"...


Le commentaire

Du merveilleux au réalisme 

Après avoir réalisé dix films emprunts de magie, le faiseur de mondes oniriques, Hayao Miyazaki délaisse les rêves pour se consacrer au monde réel. Ce biopic et drame de l'ingénieur japonais Jirô Horikoshi permet à Miyazaki d'aborder un thème qui le passionne et qui transparaît dans un grand nombre de ses long-métrages : le vol et les avions. Pourtant, si Miyazaki inscrit son histoire dans un cadre réaliste, c'est avec sa vision qu'il choisit de traiter le sujet.  Ainsi, si les actions et réactions des personnages sont réalistes et les faits avérés (historiques), visuellement, il s'agit d'une interprétation du monde autour du vent, à l'image de la représentation du tremblement de terre de Kobe. Pour ce dernier, Miyazaki en grand amateur du mouvement, nous représente graphiquement un tremblement de terre par son essence même : une onde de choc, avec pour seul bruit le vent. Le vent est souvent invisible, représenté comme faisant bouger des objets, des vêtements, des cheveux... Néanmoins, de temps en temps, grâce aux nuages et aux fumés, le vent est représenté comme une masse en mouvement. Nous comprenons que le vent est alors une masse en mouvement mais qui ne se voit pas. En jouant sur les différents plans du dessins, le maître organise et explique le déroulement des choses. En fait, Miyazaki redessine le réel pour qu'il n'en soit que plus clair.
Epuré de toute magie foisonnante, Le Vent se lève est sans doute l'oeuvre la plus poétique, lyrique et émouvante du vieux maître japonais. Par la même, il s'agit de la quintessence de son art. Le titre du film provient du poème de Paul Valéry Le Cimetière Marin. Plusieurs fois, le vers "Le vent se lève, il faut tenter de vivre" est prononcé dans le film et cela en français même dans la version originale. Tout était déjà présent dans le titre : le sujet (l'aviation ou plus largement le domaine aérien) et la manière de le traiter (la poésie). Un autre poème est complètement inclus dans le film, il s'agit de Qui a vu de le vent de l'anglo-italienne Christina Rossetti. Pour cause, le vent est éminemment un sujet poétique, doux, fort, violent, tranchant et imperceptible, cela sublimé par la musique de Joe Hisaishi. Le vent est finalement un des personnages principaux du film, il est tout autant l'élément qui nourrit le grand incendie de Kobe que l'élément qui provoque la rencontre (par deux fois) entre Jirô et sa bien-aimée Naoko. Le vent est également l'élément qui fera définitivement s'envoler l'image de Naoko dans le rêve de Jirô, métaphore de la tragédie vécue dans le monde réel. Néanmoins, le vent est avant tout le support du film de Miyazaki à l'image du support qu'il est pour les avions de Jirô. Qui n'a pas les grilles de lecture pour aborder ce film, trouvera surement ces métaphores lourdes. D'autant plus, qu'en tant qu'occidentaux, nous sommes habitués au schéma narratif hollywoodien, schéma très dense en action où les temps morts et les temps poétiques ont presque disparu. Heureusement, pour ceux désarçonnés par l'absence d'épopée magique, Miyazaki met en scène également les rêves du héros, ce qui palliera quelque peu à l'âpreté du monde réel.
Il faut également voir dans ce film, le point final d'une filmographie incroyable. C'est souvent la ponctuation d'une phrase qui en donne tout son sens, et c'est ce que produit Le vent se lève avec la filmographie de Miyazaki. Le manga Nausicaä de la vallée du vent qui fut par la suite adapté pour être l'un des premiers long-métrages de Miyazaki se terminait par "il faut tenter de vivre". Ainsi, c'est par son oeuvre ultime que Miyazaki explicite cette phrase et sa passion pour le vent (auparavant, il l'avait simplement montrée). Le vent est poésique et Miyazaki est un poète visuel. La création n'a que plus de sens lorsque le créateur se dévoile. Miyazaki ne dépeint plus les rêves mais le rêveur. 


Un film de Miyazaki sur Miyazaki

"Ce qui compte pour un ingénieur, c'est l'inspiration" nous dit Giovanni Caproni (ingénieur d'avion italien) dans le film. Après avoir présenté le jeune Jirô comme un rêveur, Miyazaki nous donne donc un indice phare pour comprendre qui est ce jeune homme. Il s'agit d'un ingénieur mais pour Miyazaki, il sera un artiste, rêveur et passionné. A vrai dire, ce jeune homme binoclard et fumant devant sa planche de dessins, n'est pas n'importe quel artiste : après deux minutes de réflexion on reconnait rapidement Miyazaki lui-même, le créateur de rêves, celui toujours à la recherche de l'inspiration. Toutefois, l'intimité de l'oeuvre ne s'arrête pas là : Jirô est un ingénieur japonais travaillant sur l'avion "Zéro", marié à Naoko, une jeune femme atteinte de la tuberculose. Le père de Miyazaki était directeur de Miyazaki Airplane chargé de construire les avions "Zéro" et sa mère a été atteinte par la tuberculose. Ainsi, Miyazaki ne se met pas seulement en scène, il met également en scène ses parents. En se mettant à place de ses parents, cherche t-il à les comprendre ? Cherche t-il a comprendre leur vie et leurs décisions ? Difficile de l'affirmer, nous en faisons ici l'hypothèse. Dans tous les cas, il s'agit du film le plus intimiste de sa filmographie. Le vent se lève révélera ceux passionnés par Miyazaki au sens premier du terme, non pas par son travail mais par sa personne même. Avec toute la grâce et la maestria qu'on lui connait, Miyazaki a décidé de quitter la scène mondiale par un film personnel.


Au-delà de toute polémique

Il est nécessaire de traiter le sujet de la polémique, de nombreux journalistes et journaux bien-pensants ayant critiqué le pauvre Miyazaki. Miyazaki, en représentant un ingénieur poursuivant coûte que coûte son rêve de créer des avions, qui plus tard sèmeront la terreur en Asie, est -il militariste ? Au vu de la filmographie du vieux maître répondre par l'affirmatif relève de l'ineptie. Néanmoins, en se limitant à ce film, qu'en est-il ?
Pour ceux reprochant à Jirô d'être un personnage pour lequel on n'a que peu d'empathie (et c'est subjectif), la raison est là. Miyazaki prend une certaine distance avec son personnage. Le personnage lui même ne fera pas de réel commentaire sur les conséquences de son action. Il remettra en question le fait que les militaires veuillent armer son avion mais n'ira pas plus loin. En fait, Miyazaki fait lui-même le commentaire de l'époque par le biais de l'histoire du héros et de la représentation des personnages environnants : le résistant allemand dit que l'Allemagne et le Japon vont "éclater", les allemands sont représentés comme peu sympathiques et méprisants, la police secrète japonais recherche Jirô, les militaires japonais sont représentés comme de petits caporaux aigris et surexcités.
Par ailleurs, dans une interview le vieux maître dit "il est facile d'accuser quelqu'un plusieurs années après les faits". Si Miyazaki cherche dans ce film à représenter ses parents (hypothèse de la partie précédente), c'est pour essayer de les comprendre. Il y a néanmoins une différence entre comprendre et accuser. Son combat pour la paix, Miyazaki l'a mené tout au long de sa filmographie, mais peut-être ici voulait t-il d'abord comprendre avant d'accuser.
Enfin, si Miyazaki est résolument un pacifique, il ne peut pas dire à son personnage de ne pas rêver. Le rêve et la capacité de créer des oeuvres complexes sont des caractéristiques qui distinguent l'homme du règne animal et qui distingue et distinguera l'homme des machines intelligentes. Le propos de Miyazaki est que si l'on interdit à l'homme de rêver, il ne lui reste plus rien. D'ailleurs, ce n'est pas l'ingénieur qui fait la guerre, il n'a pas créer une arme de mort mais réalisé une machine pour voler. La folie des hommes ne les auraient-ils menés dans tous les cas à la guerre ? "C'est ce monde qui est maudit" nous dit Jikô dans Princesse Mononoké. Le propos reste le même ici. Jirô continuera égoïstement son rêve, tout en avouant cet égoïsme. Les génies / rêveurs sont dévorés par la malveillance du système alors qu'ils sont des êtres pures et naïfs. 
Si nous faisons le parallèle entre Jirô et Miyazaki, une autre idée surgie également. Le vieux japonais ayant dit dans une interview que son film était d'actualité, nous pouvons aussi penser qu'il critique par là même, la politique militariste (avis de Miyazaki) de Shinzo Abe (Premier Ministre japonais). Ainsi, Miyazaki contribue lui même contre son grès à la politique du softpower japonais, c'est à dire, à la bonne image du Japon pour le compte d'Abe. Miyazaki affirme que l'époque actuelle lui rappelle les années 30 dans certains aspects. Pour autant, cela doit-il l'arrêter de rêver ? Il répond égoïstement que non. Et puis s'il critique la politique militariste de Shinzo Abe, Miyazaki est-il militariste ? Alors que certains voudrait qu'il évoque les erreurs du passé, Miyazaki nous dit de ne pas en commettre pour l'avenir.

Un maître est reconnaissable lorsqu'il n'est pas dans son élément : ici pas d'héroïne, un monde réel (sans magie et par voie de conséquence triste) et une oeuvre destinée aux adultes. Il ne lui reste que du vent, sa passion certes, mais sorti de tout repère. Il en fait son oeuvre ultime.

19/20



lundi 20 janvier 2014

Les Brasiers de la Colère


Synopsis

Russell travaille dans l'acierie de Braddock, ville américaine située dans la "Rust Belt" à l'industrie déclinante. Ce dernier vit durement mais dignement arrivant à pourvoir à ses besoins et à ceux de son amie, Lena. Son frère, Rodney, connait lui une vie plus mouvementée, jonglant entre ses séjours en Irak avec l'US Army et sa vie à Braddock. Affecté par la guerre et par la détresse de l'Amérique, il doit trouver une solution pour rembourser ses dettes. Il commence alors à fréquenter les milieux clandestins de la boxe pour gagner de l'argent. Russell ignore la vie que mène Rodney et souhaiterait l'aidé à refaire sa vie dans leur ville...


L'Amérique ouvrière de Scott Cooper

Ce film dépeint avec une volonté de réalisme l'Amérique ouvrière. Il pourrait être un film des années 80 mais celui-ci s'ancre dans la période pré-Obama, pour souligner que cette réalité est toujours bien présente aux Etats-Unis. Tout est sobre dans ce film, à l'image de la vie de ces américains. Pour autant, la mise en scène est soignée et sait très bien ménager le suspens. 
Toutefois, il est à se demander si l'histoire n'est pas une excuse pour le réalisateur Scott Cooper pour dépeindre une Amérique qu'il aime tant filmer. En effet, les péripéties des protagonistes servent avant tout à nous montrer leurs réactions et l'évolution de leur comportement. Le réalisateur paraît s'intéresser à ses personnages plus qu'à leurs histoires, voulant faire d'eux les véritables héros de l'Amérique, bien loin du Captain America. Néanmoins, cette volonté donne un petit côté documentaire au film, limitant sa puissance narrative. Ce film oscille entre deux intentions de l'auteur : décrire et raconter. Quoiqu'il en soit, il s'agit d'un choix assumé qui satisfera surement les amateurs de films teintés de réalisme. Cette même sobriété qu'impose le réalisme pourra aussi en déranger certains.
Le jeu d'acteur de ce film est excellent, il faut dire que celui-ci est marqué d'un casting 5 étoiles. Nous saluerons ici la performance de Woody Harrelson qui a définitivement le profil parfait du méchant. 


Pas de morale, simplement la réalité (spoilers)

Concernant les thématiques, il est difficile de les formuler telles quelles, du fait du côté documentaire du film. En effet, nous sommes plus en face d'un sujet de présentation/description (l'Amérique ouvrière) que face à une thématique. La vengeance pourrait être la véritable thématique du film, mais celle-ci n'apparait qu'à partir d'un certain moment. Sur ce point, le film n'est pas moralisateur, au sens de bien-pensant. En effet, la réalité n'est pas forcément morale et ce film souhaite le montrer. Il souhaite aussi souligner qu'on ne peut pas juger des individus vivant dans une situation difficile. Les personnages n'ont pas le choix entre le bien et mal, seulement entre plusieurs solutions peu attrayantes. Le film ne donne pas raison à la vengeance, il démontre simplement que dans la réalité ou dans une certaine réalité (celle des personnages), il s'agit de la voie la plus logique et la plus compréhensible. Un autre choix aurait été contraire à la volonté de réalisme. Il est important de souligner ce dernier point, car le film n'est pas une ode à la vengeance, chose que certains pourraient prétendre.

14/20