Les sorties de la semaine

samedi 14 décembre 2024

La Guerre des Rohirrim

 


Synopsis :

Héra, fille du Roi Helm compte bien vivre selon sa volonté. Toutefois, sa fidélité au Rohan et à sa famille est également un trait important de sa personnalité. Poussée par les événements, elle n'a d'autre choix que d'embrasser sa destinée... 

Le commentaire :

Kenji Kamiyama, la greffe sur le seigneur des anneaux ? 

Spécialiste de l'animation japonaise, connu pour son travail sur Akira ainsi que sur Ghost in the Shell : Stand Alone Complex, Kenji Kamiyama s'essaye là où on ne l'attendait pas, sur un univers avant tout connu pour ses films en live action. Pour autant, malgré la qualité indéniable de la réalisation, l'animation en elle-même est inégale et manque de fluidité, certains plans secondaires paraissant être faits au rabais. De même, les premiers plans et l'arrière plan se marient parfois difficilement. La comparaison avec un film tel Princesse Mononoké ou tout film du studio Ghibli est sévère. Cela n'empêche pas le film de briller par ailleurs dans certaines scènes (scènes de combat ou d'exposition avec des paysages et lieux reconnaissables). Néanmoins, cette licence porteuse de tant d'attentes, méritait une qualité constante. Le rythme du film est lui plutôt soutenu avec une trame narrative cohérente. Néanmoins, les dialogues et l'enchainement des événements paraissent artificiels. Le scénario peine à faire évoluer ses personnages et à créer de l'émotion. Cela rejoint l'impression d'empressement constatée sur certains plans (le film a été produit à la hâte pour que le studio ne perde pas les droits sur l'œuvre). A la musique Stephen Gallagher s'illustre par les reprises des thèmes de la première trilogie. Sa musique est orchestrale et se fait entendre presque à chaque plan. Elle peine toutefois à trouver sa propre voie, les thèmes originaux accompagnant l'image sans lui apporter la dimension épique attendue pour un film du Seigneur des Anneaux. La bande musicale est de bonne facture mais en deçà du chef d'œuvre d'Howard Shore.  

Les thématiques : le féminisme mais...

L'idée d'origine, de partir d'un personnage féminin qui n'aurait pas été mentionné dans des chroniques issues d'un univers patriarcal, est intéressante puisque fondée et compréhensible. Néanmoins, l'histoire ne propose rien hormis l'idée de créer une femme forte et indépendante. Hera sera toujours présentée ainsi et n'évoluera pas. De même, l'ensemble des personnages sera monolithique et surtout sans évolution. Le Roi Helm, seul personnage important des appendices du livre, est celui qui s'en sort le mieux puisque plus anguleux dans sa personnalité. Le personnage principal est cependant bien Hera, qui manque un peu d'aspérité et de développement pour être vraiment attachante. Par ailleurs, son importance dans l'histoire rend peu probable qu'elle n'ait pas été mentionnée dans les chroniques car son rôle est plus important que celui du Roi Helm et il paraît peu vraisemblable qu'une chronique, même dans un monde d'hommes, n'en ait pas parlé ; l'histoire de France et des Francs le prouve. Les reines et princesses sont mentionnées pour leurs hauts faits, ces derniers peuvent être à la rigueur minimisés. Ce sont toutefois les femmes du peuple et leur rôle dans la société qui sont laissés de côté. Ici Hera sauve le Rohan, ce qui est loin d'être anodin. La thématique est ainsi intéressante et éthiquement louable mais le trait paraît trop forcé et l'intrigue manque de complexité et de nuance pour que le propos soit satisfaisant. Il risque au contraire de s'attirer les foudres des conservateurs et de leur offrir des arguments faciles.

En définitive, la Guerre des Rohirrim est une proposition ambitieuse mêlant animation japonaise et Terre du Milieu. Toutefois, la qualité est loin de la Trilogie originelle, autant par son écriture que par la dimension épique. L'animation est par ailleurs inégale. Une réminiscence de la Terre du Milieu. 



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dimanche 17 novembre 2024

Gladiator II


Synopsis :

Hanno vit une vie paisible avec sa femme en Numidie. Toutefois, cette paix est de courte durée car Rome compte bien reprendre cette région rebelle. La femme d'Hanno est tuée tandis que lui même est fait prisonnier et emmené en tant qu'esclave à Rome...

Commentaire :

Ridley Scott, toujours le maître du blockbuster historique

Ridley Scott revient plus de 20 ans après son premier Gladiator dans un genre évidemment identique mais avec une mise en scène agrémentée des évolutions des effets spéciaux. En effet, si ce n'est l'ampleur de la mise en scène et les CGI, ce deuxième opus emprunte énormément dans la structure du film, dans les thématiques, ou dans les dialogues au premier film. Les références sont constantes si bien que même si l'histoire est quasiment un reboot du premier, il est nécessaire d'avoir vu le film de 2000 pour comprendre le film de 2024. Sans arriver à la hauteur du premier film, ce nouveau péplum a des qualités certaines. La reconstitution de Rome est superbe à travers les décors et les plans d'échelle variée. La ville vit et est foisonnante. Des monuments et des espaces sont en travaux montrant son perpétuel renouvellement, chaque recoin est habité et propose une activité. Les costumes sont également de très grande qualité, crédibles tout en étant flamboyants ; l'immersion est totale. Les moments de vie à Rome ou les dialogues sur la romanisation sont également tout à fait à leur place et rajoutent à la crédibilité de l'œuvre. Paradoxalement, ce sont les CGI, pourtant de dernière génération qui peuvent parfois sembler faux, que cela soit les navires pour les plans généraux ou les animaux, à l'instar de la scène avec les babouins. La tentation de surenchère peut, pour certaines scènes, desservir le film. Heureusement, Ridley Scott a la maîtrise du rythme pour son film de 2h30. Les relances épiques, les scènes d'action ou de tension sont parfaitement agencées. Le réalisateur de 86 ans a toujours la science de la narration ce qui lui permet de faire passer les facilités scénaristiques au second plan, derrière la nostalgie, les émotions et le grandiose. A la composition, Harry Gregson-Williams réalise un travail impressionnant tant la bande musicale est prenante et se fait entendre. La composition a toutefois le même défaut que le film dans son manque d'originalité car ce sont les incroyables thèmes d'Hans Zimmer qui finissent de prendre le dessus. Ils sont néanmoins parfaitement réagencés, parfois sublimés (écouter le thème "The Dream is lost") et de nouveaux thèmes comme celui d'Acacius sont tout en subtilité à défaut d'être marquants. L'ensemble est loin d'être déplaisant au niveau de la composition mais comme le reste, un peu facile. Mais pouvait-il en être autrement au vue de l'aura du premier film ?

Un film de genre mais pas historique

Ridley Scott adore les films de genre historique mais pas le film historique en lui-même. Il se saisit  d'une époque, d'une ambiance et de personnages ayant existé pour réaliser l'histoire qui lui convient quitte à parfois (souvent ?) tordre fortement la réalité historique. Ce n'est pas si grave tant que le film est de bonne facture. Toutefois, tout comme pour le film sur Napoléon, Ridley Scott s'éloigne de la réalité historique à plusieurs moments. La première scène en Numidie, soi-disant rebelle, semble inventée de toutes pièces tout comme l'aspect des populations berbères jouées parfois par des acteurs d'origine subsaharienne. De même, la manière dont sont décrits les empereurs rappelle la manière dont Ridley Scott dépeignait Napoléon, pour l'un inspiré de la légende noire anglo-saxonne pour les autres inspirés inspirés des auteurs romains pro-républicains qui forcent les traits autocratiques des personnages. Il est vrai que Caracalla était un empereur sanglant mais son portrait est ici exagéré au-delà caricature. Dans tous les cas, les nouvelles recherches en Histoire ne l'intéresse pas. Autre exemple ; les représentations navales dans le Colisée ou d'autres arènes étaient possibles (la naumachie) mais rares et pas des requins. Il existe une pléthore d'autres éléments incorrects comme l'utilisation des animaux face aux gladiateurs, l'exécution massive de gladiateurs alors qu'ils étaient des denrées précieuses, le signe de pouce pour l'exécution ou la vie, la mention de la bataille de Salamine opposant les Perses aux Troyens, la mention à Poséidon plutôt qu'à Neptune, les actualités présentes dans un journal etc. Nous aurions aimé parfois un petit effort de rigueur. Quand cela ne sert pas l'intrigue, autant s'attacher à faire preuve de plus d'authenticité. Il y a un peu de facilité historique, tout comme dans l'écriture. Certains pourraient parler de paresse. 

Les thématiques : une simple redite... ou presque [spoilers]

Le point noir du film reste ses thématiques et donc son intérêt. En effet, le film est tellement inspiré du premier qu'il en est finalement une simple redite, ce qui a pour effet en plus d'annuler la prouesse de Maximus dans le premier film. Ce dernier a donc échoué à restaurer "le rêve de Rome". Son sacrifice en devient inutile. Lucius, Acacius et Lucilla ont donc, à nouveau, la mission de faire tomber la tyrannie pour rendre le pouvoir au Sénat, ce qui était l'ambition de Marc-Aurèle, l'empereur philosophe. Celui qui est le mieux placé pour exercer ce transfert de pouvoir est celui qui n'en veut pas. Idée qui reste vraie à travers le temps. Rien de nouveau, si ce n'est l'ajout du personnage de Macrinus qui ajoute un nouveau type de protagoniste. En plus de l'empereur (ou des empereurs ici) fou et presque dégénéré, il y a la figure de l'opportuniste, autre antagoniste et opposant au rêve d'une Rome républicaine. Macrinus, joué par l'incroyable Denzel Washington qui écrase de sa présence tous les autres acteurs, représente l'individu avide de pouvoir, fin et habile, et qui comprend les rapports de force. Il représente le réel alors que Lucius et ses alliés représentent l'espoir dans une dimension transcendante presque chrétienne. D'ailleurs Macrinus dit mépriser les chrétiens. Maximus se sacrifiait tel le Christ pour offrir l'avenir aux Romains. Ici une fois encore, Acacius puis Lucilla doivent se sacrifier pour que Lucius, fils du Christ puisse ramener l'espoir. Le penchant religieux de Ridley Scott ressurgit à nouveau et fait triompher l'espoir face à la vision plus réaliste et cynique de Macrinus. Beau pour l'histoire, mais peut-être pas si pertinent, d'autant plus que la vision de Marc-Aurèle, le stoïcien serait historiquement plus proche de celle de Macrinius que celle de Maximus/Lucius ; une idéologie reposant sur l'espoir.


En définitive, Gladiator II remplit son office dans une suite/reboot impressionnante mais loin d'être originale. Si la science de la narration de Ridley Scott en fait un vrai spectacle prenant de blockbuster, les quelques facilités d'écriture et les inexactitudes historiques outrancières l'empêchent de se hisser au niveau du premier. 



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dimanche 13 octobre 2024

Joker : Folie à deux

 


Synopsis :

Arthur Fleck est en prison et en attente de son procès. Le Joker en lui a disparu, effacé par les médicaments. Il doit bientôt faire face à son procès dans lequel la peine de mort sera demandée. Arthur n'a aucune lueur d'espoir jusqu'au jour où il rencontre Harley, jeune femme semblant fascinée par le Joker...


Commentaire :

La réalisation duale de Todd Phillips 

Après le succès mérité du premier film, Joker, Todd Philipps revient sur le deuxième volet. Si thématiquement, le film ne sera que peu différent, le réalisateur opte pour inclure ici le genre de la comédie musicale au drame. Ce choix audacieux et qui permet de justifier un deuxième épisode s'aliénera toutefois une partie du public rétif à cette forme d'art total, où l'image se conjugue avec la musique et le chant, voire avec la danse. Ce film presque en huit-clos (la prison et le tribunal) possède ainsi deux tonalités. La réalité est sombre et terne, brutale dans les interactions montrées alors que les scènes dans l'imaginaire d'Arthur (autre huit-clos) sont lumineuses, ou pour le moins présentent des couleurs contrastées. Ces scènes musicales, nombreuses, portées par un Joaquin Phoenix et une Lady Gaga irréprochables sont la plus-value du film. Elles sont néanmoins intégrées à côté de l'intrigue, et non au cœur même de l'intrigue. En effet, les scènes sont également montrées hors imaginaire d'Arthur, ce qui n'est pas le cas dans les comédies musicales classiques qui assument des scènes chantées comme parties intégrantes du film et faisant avancer l'intrigue. Le spectateur a donc les deux points de vue (Arthur et la réalité), ce qui n'est pas toujours nécessaire et qui peut nuire aussi au rythme, plutôt lent dans la première partie. Toutefois, ces scènes sont autant d'échappatoires pour Arthur que pour le spectateur à l'étroit dans cette prison et ce huit-clos et la redondance peut accentuer ce besoin de liberté. Notons aussi quelques facilités scénaristiques  dans les petits bémols. Toutefois, la mise est en scène est de très bonne facture tout au long du film avec en particulier le jeu sur les lumières qui varient en fonction des émotions d'Arthur Fleck. Les cadrages, sur-cadrages (avec les écrans), et citations sont légions. Le film est recherché dans sa réalisation. La scène dans l'imaginaire d'Arthur sont logiquement celles avec la scénographie la plus poussée. Le ton est donné dès le début avec l'apparition furtive des parapluies de Cherbourg. La bande musicale de Hilgur Gudnadottir, lente, toute en lourdeur, et parfois stridente rentre en opposition avec les scènes musicales; elles, rythmées, riches en instruments et aux arrangements joyeux. La musique participant à l'ambiance, se greffe parfaitement sur les deux tonalités du film.

Les thématiques : le Joker, victime mais non symbole [spoilers]

Le premier film était un drame social brillant qui montrait comment l'Etat défaillant avait produit le Joker, anti-héros qui suscitait compassion et empathie. Il était pourtant devenu le symbole d'une révolution anarchiste au message démagogique et populiste, plutôt à droite de l'échiquier politique, tant dans le film qu'en dehors du film. Si le choix de la comédie musicale avait déjà détourné une bonne partie des spectateurs, le choix de déconstruire ce symbole, ou pour le moins de montrer que ce symbole est profondément négatif, finit de rebuter les derniers partisans du film. Car en effet, Arthur Fleck est de nouveau la victime ici. Il est victime du système pénitentiaire dont les traitements infligés aux prisonniers sont inhumains. Du fait de son trouble psychiatrique, il ne devrait d'ailleurs pas être en prison. Il est également victime du système judiciaire qui cherche à le faire reconnaître coupable et le condamné à mort malgré sa maladie. Cette dernière n'est d'ailleurs que très peu évoquée par le système, qui soit cherche à la cacher avec des médicaments en prison, soit à la nier lors du procès pour faire condamner Arthur. Le système médiatique et capitaliste cherche de plus à exploiter la notoriété du Joker et donc son malaise, en réalisant des séries sur lui ou en lui accordant des interviews. Cela contribue par ailleurs à attiser la passion de ses fans. La première est Harley Quinn qui cherche ici aussi à l'exploiter et à tirer parti de son image de Joker, même si cela se fait au détriment d'Arthur (sa santé mentale mais aussi son procès). Finalement, rien n'a véritablement changé pour lui, personne ne le remarque ni ne fait attention à lui et à ses véritables besoins (si ce n'est pendant un court moment son avocate). Arthur lui même souffre de son double et des crimes qu'il lui a fait faire. Il renonce finalement de lui-même à son personnage dans un dernier moment de lucidité. Cela déçoit non seulement ses soutiens dans le film mais aussi les fans du premier film, qui comprennent que Joker ne peut être un symbole. Todd Phillips explique avec fatalisme la création d'un méchant dans un Etat (ville) failli mais ne le défend pas pour autant. Sa révolte est compréhensible, voire peut-être légitime mais pas dans la manière employée. Arthur finit par être assassiné par un de ses fans, probablement avec la complicité des gardiens. Si cela est inhabituel pour Joker, et frustrant pour les fans du personnage, il faut comprendre que ce n'est qu'Arthur Fleck qui meurt. Joker, en étant que symbole nihiliste du chaos survit. Il survit toutefois uniquement chez les fous et les violents. Même le double d'Arthur Fleck lui aura été volé, victime d'une société qui l'a totalement détruit, exploité et humilié.


En définitive, Todd Phillips prend le pari audacieux de revenir avec une comédie musicale pour Joker Folie à deux, avec une histoire qui vient désacraliser celui qui avait été érigé en symbole. Habilement réalisé, ce parti-pris sera frustrant pour certains...


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samedi 5 octobre 2024

 

Synopsis :

César est un inventeur et urbaniste de génie de la nouvelle Rome. Utopiste, il pense être capable de guérir la ville par l'urbanisme...

Commentaire :

L'Histoire de la réalisation

Oeuvre testamentaire de Francis Ford Coppola, Megalopolis y concentre sa science de la réalisation. L'ensemble des artifices du cinéma y est présent. Du traveling compensé, à l'incrustation, en passant par les split-screens et les œillets, peu de films présentent autant d'effets pré-CGI. Le film présente à certains moments des influences expressionnistes comme les scènes où les ombres sont projetées sur les murs. Les plans sont constamment très riches du fait d'un décor foisonnant et des effets spéciaux. Si le réalisme de l'environnement n'est pas toujours convaincant, nous garderons en tête qu'il s'agit d'une fable de science-fiction et qu'à ce titre, la réalisation possède nécessairement une dimension onirique et poétique. Toutefois, la mise en scène s'apparente plus à un hommage érudit de l'Hollywood passé qu'à une proposition nouvelle pour le cinéma de science-fiction. Un cachet presque daté. Le montage est lui particulier, parfois décousu, dans des scènes qui le justifient mais cela ne rend pas nécessairement le film toujours facile à suivre, d'autant que l'intrigue semble arriver aussi parfois par fragments. La musique, confiée à Golijov et VanderWaal, évoque parfois les péplums des années 60 mais sait également se fondre dans les scènes moins théâtrales. Ainsi le film est techniquement riche et intéressant, il s'agit incontestablement d'une vraie proposition de cinéma bien que la narration n'aide pas à l'immersion. 

De nombreuses thématiques peu creusées ou peu lisibles

Si la narration n'aide pas à la compréhension générale, l'univers de la nouvelle Rome demande en plus de bonnes connaissances sur l'antiquité romaine dans sa période impériale afin de pouvoir s'accrocher au contexte. Il reste toutefois la possibilité de comprendre le fonctionnement de cette ville décadente avec d'autres références comme la ville de New York des années 80, voire même Gotham en tant que mégapole dystopique. Une fois cela dit, la grande thématique est celle de la ville "empire" au bord du précipice qui voit difficilement cohabiter la masse et les élites. L'élite est richissime, plurielle et en rivalité et se compose des banquiers, politiciens ou bien intellectuels, toutes ces différentes catégories étant plus ou moins liées. Vivant dans leur monde et proposant des jeux au bas peuple, cette élite pose la question de l'équilibre de cette civilisation car la chute de Rome guette. Elite critiquée certes, mais sans pour autant que la fable ne la condamne totalement. En effet, Cicéron n'est que partiellement ambigu, il est un père aimant tout au plus conservateur. Toutefois, le héros et celui venant apporter une solution aux méfaits du capitalisme et à la décadence est César, lui même issu de l'élite. Il est certes un génie et un philosophe utopiste, il semble tout de même assez éloigné des préoccupations réelles du peuple bien que moins hypocrite que Cicéron qui est dans l'optique "du pain et des jeux". Pourtant, c'est lui qui trouvera une solution miracle pour la Cité, faisant de ce film une œuvre profondément technophile. Adepte du progrès, Coppola est finalement un homme de son temps. Le seul se préoccupant en revanche du peuple pour ses propres intérêts est Claudio, sorte de Donald Trump, démagogue et agitant les plus bas instincts des foules, proche par ailleurs des milieux d'extrême droite. Il est le vrai représentant de l'élite critiquée et punie dans la fable. La fable étant un genre à morale, Coppola adopte une position plus aristocratique que pro-démocratique. César trouve une solution grâce à son génie et non en s'appuyant sur la réalité des masses, quand Claudio se réjouit lui, de réunir les masses incultes. 
Au-delà du message technophile et aristocratique (au sens noble du terme comme pourrait le définir Aristote), plusieurs thématiques sont rapidement abordées par César. Elles sont toutefois sans réel lien avec l'intrigue, sortes d'interludes dispatchées dans l'œuvre. Il est fait mention de Dieu ou des dieux, inventions humaines, permettant le contrôle des foules par certains. Toutefois, ces inventeurs ont besoin de cet intermédiaire imaginaire pour manipuler les foules. Le pouvoir vient des Dieux, eux mêmes issus des humains, mais les humains ne peuvent exercer directement le pouvoir. César s'interroge aussi sur l'art et sa nature profonde et sa relation au temps. L'art n'est finalement qu'un instant figé du temps. D'autres thématiques sont également disséminées de manière plus ou moins convaincantes.


En définitive, cette vraie proposition de cinéma signée Coppola n'accrochera pas tout le monde, tant la dimension ésotérique de cette fable et sa dimension onirique au détriment de la fluidité de la narration rendent l'immersion difficile.  


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samedi 28 septembre 2024

Les Barbares

 


Synopsis :

Le petit village de Paimpont en Bretagne s'apprête à recevoir des réfugiés ukrainiens, le maire ayant réussi à convaincre son conseil municipal. Toutefois, ce ne sont pas des Ukrainiens qui finissent par arriver mais une famille syrienne. La population oscille alors entre une attitude de curiosité et de rejet...


Le Commentaire :

Une mise en scène de comédie

Si la réalisation n'offre pas de particularité visuelle et se fond donc assez facilement dans le paysage cinématographique français, la prouesse réside alors dans la rythmique du film et l'écriture ciselée des dialogues afin que le film maintienne sa dimension comique jusqu'à la fin. Il s'agit donc d'un film de gags où l'humour tient au montage mais aussi au travail dans le plan. Le film emprunte parfois à la satire comme cette scène de face à face entre le réfugié et un Breton filmée comme une scène de Western. Julie Delpy réussit le pari de l'humour en s'appuyant également sur des performances de haut niveau; en premier lieu Laurent Lafitte à qui elle rend la réplique. A la musique, Philippe Jakko est plutôt discret mais accompagne l'image avec succès en apportant de la légèreté. 

Rire de l'altérité avec des personnages types et caricaturaux

Les thématiques du film sont liées au rapport à l'autre et à l'acceptation de ce dernier dans un monde presque clos. Dans un sens, le film questionne la tolérance et la résilience du vivre-ensemble en France. En effet, Julie Delpy dépeint ici la France profonde dans ses aspects primaires mais aussi parfois sympathiques. Les personnages représentés sont amusants car caricaturaux et disent tout haut ce qui ne devrait pas (plus) être dit. Si le film part sur le constat qu'il y a eu un deux poids, deux mesures entre l'accueil des Ukrainiens et l'accueil des autres réfugiés, les Ukrainiens étant jugés plus assimilables (mais aussi constitués en majorité de femmes et d'enfants) et dont il est fait un élément comique, le film se concentre bien vite sur le ressenti des différents protagonistes par rapport à l'étranger. En effet, chaque personnage se définit par rapport à son degré d'ouverture. Il est vrai que Julie Delpy se moque d'une certaine France profonde mais plus avec bienveillance que dans une attitude de jugement. Si la majorité de la population est attentiste, quelques figures se singularisent et apportent du comique. Il y a tout d'abord les figures républicaines. Le maire est un opportuniste, comme toute bonne personne voulant se maintenir à son poste, mais souhaite malgré tout bien faire. Il tente de profiter de l'accueil des Ukrainiens pour se donner bonne presse à moindre risque. Sa posture de maire le fait faire bon accueil aux Syriens tant que la population n'y est pas opposé. L'autre figure de prou est la fonctionnaire locale, la professeure des écoles, porteuse des valeurs de la République, véritable hussarde noire en milieu quelque peu hostile. Exaltée parfois par sa cause, elle en devient même ridicule dans son attitude auto-flagellatrice. Toutefois, l'excès et l'obstination dans l'ouverture n'est jamais dangereuse. De l'autre côté, il y a ensuite un panel de postures racistes entre les maladresses plus ou moins amusantes et la xénophobie la plus affirmée avec personnage de Laurent Lafitte (sans compter les "fachos"). Il incarne la caricature de l'homme rural, ce Français qui n'aurait jamais côtoyé d'étranger mais qui serait porteur d'un imaginaire raciste plein de clichés sur "les barbares". Personnage miroir de la professeure des écoles, ces obstinations et ses excès sont ici en revanche dangereux bien qu'il ne se mette pas lui-même directement dans l'illégalité. Il répand en effet sa haine qui infuse dans la population crédule. Entre ces deux figures situées de part et d'autre du spectre politique, plusieurs portraits finissent de compléter cette France curieuse mais méfiante. La famille syrienne présente également des "personnages types" variés quant à l'effort d'intégration, sachant que cette famille issue de la haute classe moyenne voit inévitablement sa situation se détériorer dans le pays d'accueil. Tous les membres de la famille n'acceptent pas aussi bien ce tragique déclassement. L'aspect comique est toutefois plus du côté des personnages français étant donné la gravité inhérente autour de la condition de réfugié. Un humour intelligent et piquant ressort de ce film, tant ces personnages types aux traits appuyés restent proches finalement de la réalité.

En définitive, les Barbares est un film humoristique haut en couleur décrivant une France profonde faisant face à l'altérité. Si le côté rude d'une certaine France transparait, les multiples maladresses et quiproquos des personnages montrent également une certaine tendresse dans le portrait dressé par Julie Delpy.  




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samedi 21 septembre 2024

Beetlejuice Beetlejuice


Synopsis :

Lydia est une médium à succès, star d'une émission télévisuelle. Sa fille, Astrid, très cartésienne n'a que peu de considération pour le travail de sa mère. Toutefois, mère et fille vont devoir se rapprocher alors que le démon farceur Beetlejuice tente de reprendre contact avec Lydia... 


Commentaire :

Tim Burton, et le retour du style classique

Burton est un des réalisateurs produisant les films les plus identifiables. Celui-ci, suite du premier 36 ans plus tard est définitivement empreint de la patte de Burton. Il possède un cachet que beaucoup de films n'ont plus avec ses influences expressionnistes, ses décors réels, ses maquettes et marionnettes. Il s'agit d'une véritable proposition de cinéma dans un style des années 90 avec l'ensemble des artifices pré-numériques. A cela, il faut rajouter évidemment la thématique du morbide, du rapport à la mort et aux monstrueux en passant par l'importance de la fête d'Halloween. Que cela soit la richesse du plan ou la finesse des transitions, le film est constamment dans l'offre d'idées visuelles, notamment à partir du moment où l'intrigue se déplace dans le monde des morts. Il s'agit d'un film dense et généreux, encore plus appréciable si l'on est réceptif à l'univers de Burton. A noter également la direction d'acteurs et la performance des acteurs, avec des protagonistes habités (si ce n'est hantés) par leur rôle. Les différents arcs narratifs sont intéressants bien que certains semblent toutefois se conclure un peu facilement (celui de Monica Bellucci et de Jenna Ortega en particulier). A la musique, c'est l'excellent Danny Elfman qui est de retour, avec sa musique orchestrale toujours si reconnaissable et réussie, donnant une réalité à ce monde horrifique à dimension comique. Il est pleinement auteur de l'univers de Tim Burton dans sa dimension auditive. 

Les thématiques, habituelles

Chez Tim Burton, les histoires se ressemblent tant visuellement que dans les thématiques, ce sont parfois les intrigues qui se distinguent. Les héros sont à leur habitude les originaux ou marginaux alors que ceux vivant dans la norme, pliés par le capitalisme et l'administration sont les vrais personnages monstrueux. En effet, les monstres ne sont jamais véritablement les monstres, et il faut se méfier des personnes belles et propres. Ici, il faut bien évidemment se méfier de l'amant ambitieux ou... des amants en général bien sous tout rapport. La solution vient alors de l'autre monde et en particulier de Beetlejuice qui bien que répugnant, ne l'est peut-être pas plus que d'autres aux visages agréables. Il n'est pas inintéressant de faire le rapprochement avec le premier film Beetlejuice dans lequel le personnage de Beetlejuice voulait absolument se marier avec Lydia. Ici, Lydia fait de nouveau face à un mariage, mais venant d'un vivant qui semble plein de bonnes intentions. Pour autant, cette proposition est-elle moins dangereuse ? Sans surprise, Tim Burton demande à voir au-delà des apparences et des normes et à se soucier avant tout des personnes qui ont le cœur pur. 


En définitive, Beetlejuice Beetlejuice est un retour dans le cinéma pré-numérique dans l'univers de Tim Burton. Une proposition en rupture avec ce qui est actuellement proposé et qui comme à son habitude, interroge la monstruosité. 



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dimanche 18 août 2024

Alien : Romulus


Synopsis :

Plusieurs jours après la destruction du Nostromo, la Weyland-Yutani Corporation récupère l'alien considéré comme une ressource rare. La station effectue alors des recherches sur l'alien mais bientôt, plus aucune nouvelle ne parvient de celle-ci. Elle dérive alors vers une colonie minière et est repérée par un groupe de jeunes travailleurs...

Commentaire : 

Un retour aux sources d'Alien avec Alvarez

Fede Alvarez, le spécialiste des films d'horreur s'est vu confié la tâche de relancer la saga. Spécialiste du genre, il est toutefois habituellement coutumier d'un genre plus gore que ne l'est la saga Alien. Néanmoins, le cinéaste uruguayen tout autant fan d'Alien le huitième passager que du jeu Alien Isolation réussit son pari. Le film est techniquement irréprochable. En effet, Alvarez prend le temps de développer son intrigue et de poser l'ambiance caractéristique du suspense horrifique quitte à limiter l'action uniquement à la deuxième partie du film. Le film s'appuie sur une photographie léchée notamment pour les plans dans l'espace, réelle plus-value par rapport aux premiers films qui ne pouvaient bénéficier de la technologie d'aujourd'hui pour filmer le gigantisme de l'espace. La scène en 0 gravité, autre nouveauté, permet également d'ajouter des visuels inédits. Toutefois, les créatures restent en animatroniques pour partie, notamment pour les gros plans, ce qui permet de préserver l'aspect organique des premiers films. Fede Alvarez réussit une belle réactualisation de la saga malgré, il est vrai, quelques citations un peu forcées. En tant que réalisateur de film d'horreur, il sait jouer avec le hors-champ pour installer son ambiance mais également avec le champ, en dissimulant parfois la créature dans les tonalités de gris. La caméra est libre et dynamique permettant également de rendre les scènes d'action efficaces. Le film possède, conformément aux films de la saga, son fameux quatrième acte, qui propose une innovation dans le lore, qui pourra autant satisfaire que susciter des contestations. A la composition, Benjamin Wallfisch contribue à réinstaller l'ambiance de la saga en reprenant et en réinterprétant les thèmes originels. Notons que le mixage sonore en général est de très grande qualité et à la hauteur d'un film se voulant être un hommage et une continuité au premier film de la saga. 

Les thématiques : capitalisme et technique 

Les thématiques qui parcourent la saga Alien reviennent ici, sans grande différence ni innovation mais avec toujours autant de pertinence. La première thématique est bien évidemment celle du capitalisme avec la compagnie Weyland-Yutani, exploitant jusqu'à l'os ses travailleurs pour augmenter ses profits et voulant absolument préserver l'Alien pour les potentielles retombées financières et scientifiques découlant de son éventuelle exploitation. Le deuxième grand questionnement se situe autour de la technique comme le souligne la référence à la mythologie de Prométhée. La technique est ce qui distingue et élève l'humain mais ce dernier, piégé par son hubris et sa volonté de profits, commet bien souvent des erreurs. Le rêve d'immortalité est un chemin qui n'a d'autre destination que la mort, car l'immortalité passe par le contrôle de l'Alien. L'humain est d'ailleurs dans l'hubris à partir du moment où il quitte sa planète, lui, n'étant adapté qu'à ce milieu. L'exploitation génétique de l'Alien permettrait à l'humain de ne plus être l'étranger (en anglais alien) dans les milieux non terrestres. Objectifs irréalistes tant l'humain est le produit de la Terre. Les synthétiques seraient-ils alors une solution ? Solution partielle à l'exploration spatiale, ils ne permettent pas néanmoins de changer la condition humaine. Miroir de l'humanité et produit de la technique, les synthétiques ne sont ni bons ni mauvais mais simplement le reflet des intentions des humains (mention spéciale au retour en image de synthèse de Ian Holm et à l'excellent David Jonsson en Andy). Plus rationnels que les humains, possédant plus de connaissances ainsi que plus robustes que ces derniers, ils sont néanmoins tout aussi faillibles... car produits par les humains. Le synthétique de Ian Holm travaille à l'amélioration de l'humain mais commet des erreurs (tout comme David dans les volets précédents). Leur incapacité à se décider par eux-mêmes et leur nécessité d'obéir à des directives (du moins dans ce film) en font par ailleurs plus des intelligences artificielles que des consciences artificielles. C'est finalement la relation avec Rain qui humanise Andy plutôt que le personnage d'Andy pris isolément. Le couple humain-synthétique est donc une belle histoire mais n'est pas à la hauteur de la quête d'immortalité. L'Alien, symbole de la nature proliférante (symboles phalliques et vaginaux), de la vie et de la mort est là pour rappeler les limites de l'humanité malgré toute sa technique et pour pousser les héros (héroïnes en l'occurrence) dans leurs derniers retranchements.


En définitive, Alien Romulus relance la saga Alien en ayant capté la justesse et la maîtrise du premier film, autant dans son ambiance que dans ses thématiques. 



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