Les sorties de la semaine

dimanche 19 février 2023

Ant-Man Et La Guêpe : Quantumania


Synopsis : 

Scott Lang est le héros "normal", un avenger mais avant tout un père de famille. Toutefois, sa fille Cassy a bien changé depuis "l'éclipse" et Scott a du mal à accepter que cette dernière n'est plus une petite fille... 

Commentaire : 

Une belle photo, une mise en scène classique

Si Peyton Reed se distingue par la photographie, aidé en ce sens par un univers modulable à souhait, la réalisation ne se distingue en rien des autres films de la saga. Pourtant, le genre comique ou la dimension space opéra pouvaient permettre de varier les procédés. Le jeu des échelles ne débouchent pas non plus sur une quelconque originalité de mise en scène. Il n'était pas toutefois impossible de retranscrire à certaines occasions les sensations de grandeurs ou de petitesse. Seul le design du monde quantique expose quelques idées nouvelles. Le film est alors simplement narratif avec malheureusement un manque rythme au début ce qui ne rend pas nécessairement le film passionnant. Certaines références dans les décors et l'univers à Star Wars ou Valérian viennent toutefois de temps en temps éveiller la curiosité.
A la musique, Christophe Beck délivre une partition calibrée au genre mais en aucun cas marquante...  à l'image du travail visuel.


Quelques idées bien cachées! [Spoilers]

La thématique centrale du film repose sur l'opposition des idées de Cassy, bercées par les idéaux de jeunesse et les positions du père Scott, qui se repose sur ses hauts faits et a arrêté de se battre pour les plus démunis. Tout l'enjeu est alors que Ant-Man, orientée par sa fille, retrouve sa place de super-héros par les causes qu'il entreprend de défendre. Le plus beau geste pour lui serait alors le sacrifice personnel au bénéfice du bien, dans son cas, un acte de pure bonté au profit du plus grand nombre mais qui le couperait de sa fille, chose qui compte le plus dans sa vie. Le film semble prendre le chemin de cette rédemption et trouver enfin une certaine dimension dramatique, avant de tout désamorcer... dommage. 
Une autre thématique plus intéressante car moins classique dans un film de super-héros semblait poindre le bout de son nez avec le symbolise des fourmis. Hank Pym explique leur succès (dans le film elles atteignent le stade de civilisation de type II sur l'échelle de Kardachev) du fait de leur organisation "socialiste", de laquelle Pym (figure de sagesse et d'autorité) s'émerveille. Lors de la lutte finale, les fourmis interviennent contre la dictature de Kang prenant ainsi part à la révolution. Les fourmis portent la couleur rouge alors que le pouvoir autocratique et fasciste est symbolisé par la couleur bleu. D'ailleurs, certains plans de l'armée de Kang rappelle l'Attaque de Clone dans un clin d'œil qui ne peut que confirmer la nature du régime. Cette orientation du propos, en soubassement, paraît intéressante mais ne peut être confirmée car trop peu d'éléments viennent l'appuyer. Or ce choix aurait donné une autre dimension au film avec un parti pris politique. 

En définitive, cet énième épisode Marvel toujours visuellement impressionnant n'a de véritable intérêt que dans la perspective de pouvoir suivre la longue narration menant aux futurs films Avengers...



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mardi 14 février 2023

Astérix & Obélix : l'Empire du milieu

 


Synopsis :

Astérix et Obélix partent pour l'Empire du Milieu afin de porter secours à la Princesse et à l'Impératrice de Chine menacées par les grands princes de l'empire. Les petits Gaulois ne savent pas encore qu'ils croiseront sur leur chemin, leur ennemi de toujours : Jules César... 


Commentaire :

Mise en scène audacieuse 

Guillaume Canet prend le pari de réaliser en France un grand film d'aventure avec la franchise d'Astérix. Pari audacieux car la dimension comique passe derrière ce premier impératif, surprenant alors les attentes du public. Force est de constater que la dimension aventure est convaincante avec pour certains passages des inspirations de Tigre et Dragon ou plus généralement du cinéma hong-kongais. De même, le travail sur les décors (souvent réels) et les effets spéciaux n'a pas à rougir de la comparaison au cinéma américain d'aventure. Rappelons par ailleurs que l'univers est une adaptation d'une BD comique et ne nécessite pas, nécessairement, une rigueur historique à ceux qui voudraient pousser la comparaison jusqu'au bout. Le film est assez rythmé conformément au choix du genre aventure. Paradoxalement, le rythme concernant les gags est lui plus ou moins convaincant dans le sens où certains ne font pas mouche et la majorité fait légèrement sourire sans jamais aller aux éclats de rire. Les références au cinéma français, parfois datées risquent de laisser des spectateurs sur la route. La musique quant à elle est plutôt de bonne facteur avec des influences celtes mais aussi chinoises à propos. M à la composition réussit son pari!

L'interprétation généralement satisfaisante

La comédie est aussi une question de jeu. Et si cet épisode d'Astérix voit son casting faire peau neuve, l'ensemble reste convainquant. Certes Gérard Depardieu quitte le rôle d'Obélix mais Gilles Lellouche enfile avec brio le rôle. Le reste du casting principal est plutôt satisfaisant si ce n'est la princesse Julie Chen, en dessous dans le jeu mais convaincante lors des scènes d'action. Les divers guests sont eux plus ou moins à leur place, avec le risque du syndrome Astérix et Obélix aux Jeux olympiques qui étaient, entre autres pour cette raison, en dessous des autres épisodes de la saga. 

Tant de haine !

La comparaison à Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre a une pertinence jusqu'à un certain point. Le film de Chabat est en effet un exemple de bonne adaptation. Toutefois, son esprit est propre au réalisateur et pas nécessairement reproductible. L'objectif du réalisateur Canet fait aussi beaucoup pour le succès du film. Guillaume Canet a probablement mis trop d'application dans la dimension aventure et délaissé les blagues pas assez affûtées et leur rythmique, déstabilisant ainsi le public souhaitant revivre l'expérience Chabat. L'absence de thématique centrale vient également et certainement disqualifier cet épisode pour prétendre simplement au classement parmi les bons films. Un film humoristique sort toujours plus grand lorsqu'un message vient rajouter du sens au scénario. Ce n'est pas le cas ici. Toutefois, on ne peut reprocher le côté franchouillard de cet opus, ce trait étant l'ADN de la BD du petit gaulois. 

En définitive, ce nouvel épisode d'Astérix ne mérite pas toute la haine des critiques de la première heure. Sans être pleinement satisfaisant côté humour, la réalisation et l'atmosphère BD restent de bonne facture.



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mardi 20 décembre 2022

Avatar : La voie de l'eau

Synopsis :

Jake Sully désormais Na'vi à part entière comprend que le répit sur Pandora ne sera que de courte durée après le retour des exploitations humaines. Cette fois-ci, il a en plus une famille à défendre...

Commentaire :

James Cameron toujours maître de la narration

Si les scénarii chez Cameron sont toujours assez simples (ou ont la qualité de la clarté diraient d'autres), la mise en scène est en revanche à chaque fois une leçon de cinéma. Cameron maîtrise comme personne le cinéma narratif si bien qu'il est capable de proposer un spectacle de 3h12 parfaitement dosé en temps forts et en temps faibles pour maintenir l'intérêt du spectateur. Les temps faibles justement servent à travailler les personnages, toujours importants chez le réalisateur. Ici le levier émotionnel est trouvé grâce à un travail sur la famille et les relations au sein de cette famille, dans un schéma d'une simplicité incontestée (quoi qu'il s'agisse d'une famille recomposée) mais diablement efficace. Par ailleurs, il est à noter que si les scénarii de Cameron paraissent simples, ce n'est pas tant du fait de leur pauvreté mais de l'habilité de Cameron à rendre le propos clair, fluide et limpide par un développement de l'intrigue parfaitement pensée et une mise en scène qui sait mettre en valeur les éléments importants de narration. Toutefois, il est impensable ici de ne pas mentionner la qualité visuelle du film et la caméra virtuose dans cet environnement qui fait énormément pour l'immersion. Le film est graphiquement et visuellement riche à chaque plan, dont certains éléments ne sont pas relevés verbalement mais simplement montrés. C'est cela le Cinéma. A titre d'exemple, les Na'vis des îles ont des membres supérieurs plus larges ainsi qu'une queue plus massive pour servir de gouvernail. Jamais les personnages ne le disent directement mais la mise en scène insiste grâce à certains plans sur ces éléments. Le monde est donc plus large que ce qui est dit et en cela le monde est crédible et cohérent... en plus d'être un personnage à part entière. Pour les fans de la filmographie de James Cameron, certains retrouveront aisément des références au premier Avatar (par les dialogues, les phases initiatiques) mais également à d'autres films comme Abysse en encore à plusieurs scènes de Titanic. James Cameron aime la mer / l'océan comme lieu où se déploie une intrigue. Pour en terminer avec l'aspect technique, la bande musicale est ici l'œuvre de Simon Franglen, collègue du regretté James Horner qui reprend habilement et logiquement les thèmes du premier film pour garder une réelle cohérence d'ensemble. Certains thèmes sont nouveaux mais toutefois peu marquants, ne pouvant éclipser la puissance des thèmes de 2009.

Une variante thématique du premier opus

Seul petit défaut du premier Avatar : un message juste mais un peu trop manichéen, si tenté que les Na'vis renvoient aux peuples indigènes terrestres (nouveau renvoi ici aux Amérindiens avec une scène d'attaque de train). Le mythe du bon sauvage a vécu mais comprenons que James Cameron ne cherche pas tant à défendre nécessairement les indigènes qu'à critiquer le modèle capitaliste poussé à son paroxysme lorsqu'il s'allie au militaire. Cameron décrit simplement mais justement les dérives si ce n'est même la nature du capitalisme. Le premier épisode pointait du doigt l'extractivisme (avec un minerai au potentiel incroyable). Dans cet opus, ce n'est plus le minerai qui est recherché mais le vivant, qui est symboliquement le liquide cérébrale d'êtres intelligents. Les humains viennent alors marchandiser le vivant après avoir exploiter les ressources inertes de l'île. Tout peut être réduit à des chiffres. Propos qui n'a jamais été aussi juste. Néanmoins, il est possible d'avoir un regret sur ce cet épisode. Le message et les enjeux ne changent guère entre les deux épisodes, il s'agit uniquement d'une variante qui manque un peu d'originalité contrairement à l'exploration visuelle et culturelle des nouveaux biomes et cultures montrés. 


En définitive, Avatar : la voie de l'eau est une nouvelle plongée visuellement incroyable dans l'univers de Pandora, aidée en cela par une mise scène qui est un modèle de narration. Seul bémol, la thématique (et donc le scénario) n'est qu'une variante du premier épisode. 


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dimanche 13 novembre 2022

Black Panther : Wakanda Forever



Synopsis

T'Challa n'est plus. Le Wakanda est en deuil et sans protecteur, Killmonger ayant brûlé toutes fleurs permettant de devenir un Black Panther...

Commentaire
 
Une réalisation toujours aussi soignée de Ryan Coogler

Ce nouvel épisode mettant en scène le héros du Wakanda bénéficie d'une mise en scène soignée de Ryan Coogler. Par leurs thématiques les Black Panther recèlent une certaine gravité mais celui-ci avait en plus à traiter la disparition de l'acteur principal Chadwick Boseman. Il en résulte un film trés sérieux pour un Marvel ; exit donc les blagues récurentes et la dédramatisation régulière d'un Thor : Love an Thunder. Le film prend le temps de traiter ses sujets en ménageant des temps faibles. Cette qualité peut aussi être un défaut sur certains passages car le film a une durée certaine et certains éléments de l'intrigue évidente mettent du temps à advenir. Au delà du rythme, la caméra est virtuose dans ce monde presque exclusivement composé en numérique. Les mouvements et les angles de caméra varient constamment et ce, pas uniquement pour les scènes d'action. La photographie est également réussie, toutefois dans la mise en scène, rien n'est particulièrement original pour un film avant tout narratif. Le casting, presque exclusivement féminin fait un bon travail (mention spéciale à Angela Bassett - la Reine mère - et Danaï Gurira - Okoye -) sans toutefois faire oublier l'absence de Chadwick Boseman. La bande musicale de Ludwig Göransson de retour fait beaucoup pour ancrer l'univers du Wakanda et soutient également les temps faibles de la réalisation. Toutefois, le film ne possède pas de scène d'exposition ou contemplative permettant à la composition de se mettre aussi en valeur que dans le premier épisode.

Thématique : la Justice par la paix ou la violence : une redite du premier ? 

L'antagoniste de cet opus est Namor, chef du peuple des mers issu des civilisations précolombiennes (Maya). Pour pouvoir garder la thématique de la critique du monde occidental, Marvel a donc transformé le héros de l'Atlantide (grec) en héros d'origine d'amérindienne, il reste toutefois quelques traces de l'ancienne origine dans les chants de sirènes séduisant les marins. Il s'agit comme pour le premier opus d'un film communautaire (sans connotation négative) mettant en avant d'autres cultures. Ici, le monde du peuple de la mer issu de la civilisation maya est assez travaillé et intéressant visuellement et culturellement (langue utilisée). Il en demeure toutefois un problème pour l'intrigue : le film oppose les civilisations mais ne peut réellement décrire les ennemis du Wakanda comme des méchants (car cela manquerait de délicatesse pour les peuples d'Amérique centrale). Il en résulte que la résolution de l'intrigue n'est pas pleinement satisfaisante. En revanche, le fait d'avoir un antagoniste ambigu est intéressant car ses motivations sont compréhensibles voire partageables. Un bon méchant est un gage de qualité pour un film de super-héros. 
Le film affiche une volonté cathartique, dans la veine du premier épisode. En intrigue secondaire, il en profite pour mettre une petite claque (bien méritée) aux anciennes puissances coloniales toujours à la recherche de plus de ressources à exploiter. Toutefois, la description géopolitique actuelle est un petit peu simpliste car les politiques impérialistes en Afrique aujourd'hui (au Mali par exemple) ne sont plus simplement le fait du monde occidental. Les charniers au XXIème siècle sont plutôt le fait de puissances illibérales, bien que la politique capitaliste de l'occident soit encore critiquable. Dans le même ordre d'idée, appelé les "blancs" par le sobriquet de "colonisateurs" est oublier que d'autres peuples ont déjà eu ces mêmes aspirations (avec moins de moyens certes) et que tous les peuples caucasiens n'ont pas forcément eu des empires coloniaux. Ross (Martin Freeman) en tant qu'américain peut être le représentant d'une politique impérialiste, toutefois les Américains n'ont pas eu d'empire colonial. Pendant la guerre froide avec l'URSS, les deux superpuissances étaient en faveur de la décolonisation. Néanmoins, Marvel ne peut prétendre donner un cours de géopolitique et le film joue habilement sur la crête de la démagogie avec certaines communauté, à la manière du dernier Black Adam de DC. Fait habilement, cette catharsis n'est pas forcément un mal. 
Toutefois, la faiblesse thématique de ce film n'est pas la justesse du propos mais le fait qu'il s'agisse d'une redite des enjeux du premier Black Panther. En effet, le premier Black Panther était un réinvestissement du duel théorique entre Martin Luther King et Malcom X. Le but est la Justice mais les moyens d'action diffèrent. Ici, la même opposition voit de nouveau le jour entre le Wakanda et le Prince Namor. Toutefois, la réponse a déjà été apportée dans l'opus précédent. Le film rate en plus cette fois-ci le symbole car Shuri porte les couleurs de Killmonger, même après avoir renoncé à la vengeance. Elle aurait dû reprendre les couleurs de son frère après la résolution de son dilemme, ainsi le message aurait été clair et l'héritage de T'Challa intact. 


En définitive, Black Panther Wakanda Forever est un bon épisode marvélien, sans toutefois se hisser au même niveau que le premier épisode. Si l'inclusion de la culture maya est incontestablement un succès, le dilemme thématique entre la violence et la non-violence dans un idéal de Justice est une redite du premier opus. 


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lundi 24 octobre 2022

Black Adam


Synopsis :

L'ancien esclave devenu héros Tedh Adam, de l'antique pays du Kahndaq est invoqué après avoir dormi 5000 ans. Le monde a bien changé mais les habitants du Kahndaq n'ont toujours pas goûté à la liberté...


Commentaire :

Réalisation sans répit de Jaume-Collet Serra 

Jaume-Collet Serra est un habitué de l'action mais se voit confier pour la première fois un film de super-héros. Il réinvestit son style testostéroné dans le genre avec pour conséquence des scènes d'action plutôt bien définies et lisibles mais également un rythme trop soutenu et une faible place laissée au travail des personnages. Il en résulte une réalisation manquant de respiration, notamment dans la seconde partie, dans le traditionnel final DC gavé de CGI plus ou moins convaincants. La mise en valeur du héros et la teinte mythologique par la mise en scène (plan, angle de caméra) est en revanche agréable à voir, à contrario de la mise en scène Marvel qui tend à ringardiser constamment ses personnages et désamorcer toute dimension épique à ses films. La mise en scène peut rappeler la vision de Zach Snyder sans toutefois atteindre la même maîtrise. La musique de Lorne Bafle a la qualité d'être très présente et de définir clairement un thème aux personnages dans la tradition wagnérienne des leitmotivs. La bande musicale permet même de relancer de la tension et de l'épique là où la mise en scène peine à le faire. Toutefois, cette présence ultradominante (à l'image des scènes d'action) donne là encore l'impression que le film force pour obtenir l'attention du spectateur autrement que par le scénario.   

Un sentiment de déjà vu

Si l'action est la dominante du film avec une mise en image honorable, elle ne peut malheureusement s'appuyer sur un scénario solide et innovant. En effet, tout est prévisible et anticipable du fait d'un manque de subtilité d'écriture. Le spectacle est là ; le visuel (notamment des personnages) est abouti mais l'intrigue peine à trouver de l'intérêt. Dwayne Johnson campant le personnage principal, Black Adam n'est pas réellement un personnage ambigu et loin d'être un anti-héros voire un super-vilain (comme il l'est dans le comics). Il protège les faibles et tue des méchants (qui sont ultra-violents et dépourvus d'humanité). Il n'y a donc que peu d'incertitudes et d'intérêt autour du personnage et il est prévisible de comprendre qu'il fera les bons choix. Par ailleurs, Dwayne Johnson d'habitude plein d'humour est d'un sérieux un peu triste pour incarner son héros, à qui il veut donner une dimension mythologique. Autre élément peu original au delà du scénario : la Justice Society. Cette dernière, dans les décors et la mise en scène est un copier-coller des X-Men, sans développement, ce qui n'a donc que peu d'intérêt.

L'interventionnisme contre le sentiment de fierté nationale 

L'intérêt et l'originalité du film se tient peut-être dans sa thématique grossière mais encore assez originale et juste. Le film apporte un regard très critique sur l'interventionnisme occidental dans les pays de Moyen-Orient (le Kahndaq ; pays fictif) en défendant le point de vue de la population locale. Cette population est représentée par une mère et son fils ainsi que par Black Adam qui est le héros attendu de ce pays exploité. Il incarne ainsi le retour de la fierté nationale dans un pays humilié. L'état du pays en situation de quasi-colonie est expliquée par la présence d'une ressource rare qui a pour conséquence la présence de milices étrangères (occidentales). Cette description de la situation des pays en développement, riches en ressource, est très basique mais a le mérite de porter un regard critique et décentré sur l'interventionnisme occidental. Toutefois, le film enfonce des portes-ouvertes : un tel propos aurait été plus subversif au début des années 2000. 

En définitive, Black Adam est un film DC plutôt divertissant mais assez paresseux dans l'écriture. Pour les amateurs d'action. 



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samedi 17 septembre 2022

Tout le monde aime Jeanne



Synopsis

Icône de la start-up nation et de l'écologie, Jeanne voit sa vie s'écrouler lorsque son projet phare pour la récupération de plastique en mer tombe à l'eau... 


Commentaire :

Une prise de vue réelle teintée d'animation

Céline Devaux choisit de mêler les styles avec un drame teinté d'humour et une prise de vue réelle teintée d'animation. La dominante du film reste le drame car le sujet principal est la dépression. La colorimétrie oscillant entre le jaune et vert retranscrit cet univers morose dans lequel même le soleil portugais ne peut rendre le cadre totalement joyeux. Ce choix vise à détacher assez habillement le personnage du contexte comme si ce dernier n'arrivait pas à se plonger dans la réalité, toujours entravé dans une monde embrumé. L'insertion de plans d'animation vient ouvrir une fenêtre sur la psychologie du personnage permettant de montrer le cynisme des situations mais également de faire ressortir quelques traits d'humour. L'alternance entre les plans longs et froids des phases de dépression et les plans plus légers d'animation permet de faire respirer une œuvre qui sinon aurait été un peu lourde. L'intervention du personnage de Laurent Lafitte permet également de relancer un rythme sinon trop lent. Toutefois ce montage et cet rythmique permettent de retranscrire finement la situation dans laquelle est plongé un individu en dépression. A la bande musicale, Flavien Berger arrive avec des instruments singuliers (et des bruits du quotidien) à retranscrire le monde lancinant et parfois malaisant de la dépression.

Traiter la dépression ; d'une fine description à une résolution avortée

Le point fort du film est la description et la retranscription du sentiment de dépression, état dont il est difficile de faire l'auto-diagnostique ou qu'il est parfois plus aisé de nier. L'état de Jeanne est intelligemment caché au spectateur, qui n'est pas plus informé que la protagoniste sur le sujet, tout au plus, il sait que quelque chose cloche. C'est donc un autre personnage Jean, ayant fait l'expérience de la dépression qui permet au personnage et au spectateur de se rendre compte de la situation. Si l'explication de l'entrée dans un état dépressif est finement montrée (causes multiples - échec personnel, deuil) la sortie de cet état est un peu expédié et à ce titre le film aurait pu montrer quelques pages supplémentaires de la vie de Jeanne. En effet, même si Jean semble un personnage en définitive plutôt positif pour Jeanne, son comportement (lourd, limite malaisant ou déplacé) ne permet pas non plus de lui faire totalement confiance. Il peut être vu comme un personnage profitant de l'état dépressif de Jeanne. Par ailleurs, l'amour ou du moins l'attache à un nouveau personnage permet-il de résoudre la question du deuil et de l'échec personnel ? Jeanne va finalement mieux, mais le film la laisse dans une situation précaire et peut-être temporaire...


En définitive, Tout le monde aime Jeanne est une comédie dramatique saisissant plutôt habilement l'état dépressif. La question de la sortie de cet état est plus délicat. Alternant prises de vue réelle et animation, cette proposition de cinéma se laisse aisément regarder, emmenée par un beau casting.



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mercredi 14 septembre 2022

Hors-Série - Les anneaux de pouvoir

 


[Les Anneaux de Pouvoir : prometteur mais imparfait]

Force est de constater que la série des Anneaux de pouvoir est plutôt agréable à regarder et satisfait autant par la mise en scène léchée du talentueux J.A Bayona que ses effets spéciaux qui frôlent la perfection. La série est emportée par l’incroyable Morfydd Clark qui incarne parfaitement Galadriel de part ses traits physiques correspondant à la beauté elfique et par son jeu qui transmet clairement le côté déterminé du protagoniste. Un des points forts de la série est manifestement son rythme qui prend le temps de mettre en place le monde de 2nd Age, conforme à l’esprit de Tolkien qui aimait se perdre dans de longues descriptions mais aussi à la Trilogie de Jackson qui a pour caractéristique sa durée. En ce sens, la série évite la critique qui aurait pu lui être faite de transformer la licence en simple série d’action. La Terre du Milieu est beaucoup plus que ça.
Néanmoins, la comparaison avec la Trilogie de Jackson s’arrête là même si Howard Shore et surtout Bear McCreary à la composition font beaucoup pour rattacher à l’ambiance des films. En effet, là où les Anneaux de pouvoir est une série plutôt réussie par son intrigue et son univers, la Trilogie de Jackson a été une révolution au cinéma autant pour le genre, la narration, les effets spéciaux, que le mode de production, par la suite maintes fois singée. Chez les séries, c’est bien Game of Throne, le concurrent qui a marqué et changé le genre. Au contraire, les Anneaux de pouvoir s’inscrit dans l’existant que cela soit des productions Amazon (La Roue du temps) ou bien des productions Netflix (thématiquement). Car l’univers de Tolkien est tordu pour raconter de nouvelles histoires (l’histoire des Piévelus et une énième romance Elfe-Homme qui chez Tolkien est plutôt rare). Par ailleurs l’inclusion du cosmopolitisme de manière aléatoire est plutôt ratée alors que l’origine des peuples chez Tolkien est quelque chose de travaillé et encadré. En effet, chez Tolkien, les peuples correspondent aux anciens peuples du monde tels les Celtes, Germains etc avec des déclinaisons à l’intérieur (Angles, Frisons par exemple). Ils présentent alors une certaine homogénéité. Impensable donc qu’un groupe de cinquante âmes présentent 4-5 ethnies différentes, comme c’est le cas chez les Piévelus. Cela passe mieux dans le grand royaume des nains et aurait pu passer encore mieux chez les elfes qui ont parcourus le monde et se sont établis à maintes endroits. Or ce peuple semble plutôt homogène (si on omet Arondir). Mais pour la plupart des peuples présentés, une homogénéité interne aurait eu plus de sens quitte à mobiliser plusieurs peuples différents pour inclure plusieurs profils d’humains. Tolkien décrit les Piévelus comme ayant la peau "brune", pourquoi ne pas saisir cette opportunité ? De même pour les Hommes du Sud du Tir Harad... Nombres d'opportunités existaient pour inclure de la diversité avec un sens géographique! Si le choix passe par ailleurs plutôt bien chez les nains (mention spéciale à Sophia Nomvete, personnage le plus attachant jusqu'à le) qui sont morphologiquement marqués, il passe beaucoup moins bien chez les Hommes et les Elfes. En effet, rien ne les distingue véritablement si ce n’est leurs oreilles. Il en résulte qu’un elfe blanc ressemble plus à un Homme blanc qu’il ne ressemble à un elfe noir. Pourtant, ils sont présentés comme mutuellement intolérants les uns avec les autres ; Homme et Elfe, ce qui visuellement n’a pas de sens. Si Galadriel est effectivement belle, ce n’est pas le cas des autres elfes montrés et ils auraient gagné à avoir des traits distinctifs plus prononcés (dans la lignée de Jackson qui avait joué également sur les cheveux et dans une certaine mesure sur les traits du visage des elfes).
Concernant l’intrigue de la série, il est trop tôt pour dire si elle est sera satisfaisante. L’ajout de personnages féminins est intéressant (Nori, Bronwyn). Toutefois, toutes les nouvelles histoires devront (et même les ajouts à celle de Galadriel) tenter de rester fidèles à l’esprit des livres de Tolkien tout en apportant une intrigue riche et originale. A suivre donc…