Les sorties de la semaine

samedi 9 mars 2019

Captain Marvel


Synopsis : 

Verse fait des rêves étranges. Soldat chez les Krees, une civilisation extraterrestre, elle cherche à maîtriser ses immenses pouvoirs. Elle est l'atout principal pour triompher des dangereux Skrulls, des humanoïdes capables de prendre n'importe quelle forme... 


Commentaire : 

Une réalisation jolie mais sans charme


Le couple Anna Boden et Ryan Fleck est au commande de Captain Marvel. A deux, ils réalisent toutefois un travail un peu terne et assez standardisé. Si le film a la qualité d'utiliser des scènes de grand ensemble qui font respirer les scènes et qui donnent de l'ampleur à cet univers pour partie original, le film reste très fonctionnel. A aucun moment la réalisation ne se distingue ou insiste sur un élément si ce n'est dans des scènes d'actions très (trop) "cutés". En revanche les effets spéciaux, notamment pour les environnements, sont très soignés, tout comme les effets de rajeunissement sur les personnages de Nick Furry et de Coulson. Plus généralement, la réalisation terne se conjugue ici avec un personnage principal assez plat, cela étant avant tout le fruit de son écriture. Le personnage n'évolue en effet que peu psychologiquement. S'il est compréhensible que le personnage soit dénoué d'émotion au départ, du fait du scénario, la réalisation n'insiste jamais sur les ressentis de Captain Marvel qui survole littéralement l'histoire. Pourtant, il existait des scènes qui pouvaient être riches en émotion. A côté du manque d'émotion, le film met un certain temps à retrouver le ton humoristique du Marvel Cinematic Univers, ce qui donne une première partie où il est difficile de s'investir. La musique de la compositrice Pinar Toprak (une femme, c'est assez rare pour le noter) est à l'image du film : jolie mais peu mémorable. Il est vrai que c'est aussi à la réalisation de laisser des temps pour la musique. En revanche, les références musicales aux années 90 sont assez présentes bien que cela ne soit pas les tubes les plus connus. 

Les thématiques, formatage et féminisme [Spoilers]

Le film est assez riche en thématiques pour un Marvel. Avant la question du féminisme, il est fait référence aux doctrines de la civilisation Kree. Elles prônent notamment d'utiliser la raison plutôt que le cœur (les émotions) et de ne jamais douter. Il s'agit d'une contradiction puisque la raison est justement la capacité à douter. Toutefois, ce propos n'est pas incohérent avec l'histoire puisque la civilisation Kree est une civilisation présentée non pas comme idéale mais dominatrice. Elle formate les individus au service d'une volonté supérieure qui est ici une volonté de conquête. Ce sont des doctrines tout à fait appropriées pour une telle civilisation. Il y a donc une bonne écriture du scénario. Attention toutefois à ne pas prôner l'opposée de cette civilisation, à savoir une action guidée seulement par l'émotion et dans un but totalement égoïste. 
Le second thème est bien évidemment celui du féminisme qui est pour des raisons paradoxales plutôt bien traité. Hormis quelques répliques plutôt militantes, le film ne met pas en avant le genre de Captain Marvel. Elle est peu sexualisée et genrée. Elle est avant tout un super-héros désormais au-delà de ces questions. C'est parce-que Captain Marvel est traitée comme n'importe quel super-héros qu'elle est un personnage féministe aboutie et réussie. La question du genre n'est pas mise en exergue, elle est au contraire intelligemment dépassée. La femme entre dans la normalité.



En définitive, Captain Marvel est un énième film Marvel, tout à fait distrayant mais également plutôt juste dans son propos. Toutefois, sa réalisation comme son personnage principal manque d'incarnation. 




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samedi 16 février 2019

Alita : Battle Angel


Synopsis :

Le docteur Ido récupère un cyborg mal en point alors qu'il est à la recherche de pièces dans une décharge pour réparer des humains augmentés. Il récupère ce qui semble être une jeune fille, qu'il remet sur pied. La petite cyborg se réveille sans aucun souvenir... 


Commentaire :

Robert Rodriguez à la barre pour un blockbuster hollywoodien

R. Rodriguez réalise sûrement son film le plus ambitieux visuellement où le recours au numérique est présent dans presque tous les plans. Il s'agit d'un grand film de science-fiction filmé comme un blockbuster américain avec des scènes et des plans sublimes mais dont la réalisation ne laisse que peu de trace du manga (les plans du manga ou les effets des films d'animation sont discrets). La mise en scène classique et narrative est très soignée, notamment au niveau du travail sur la lumière. Les plans larges font au départ assez numériques mais passé les premières minutes d'adaptation, l'univers dystopique est accepté tel qu'il est. Le monde présenté n'est toutefois pas si révolutionnaire tant les films de science-fiction de ce genre sont légions, et la ville et certains plans de rue pourront rappeler certains filmes récents (Ready Player One, Valérian) ou bien d'autres plus anciens. Néanmoins, les personnages et les véhicules (comme la moto à une roue) n'ont en revanche pas d'équivalents et il est plaisant de découvrir un monde porteur de créativité. Concernant les effets spéciaux sur les personnages et notamment sur le personnage principal, ils fonctionnent particulièrement bien puisqu'il s'agit d'une cyborg. Il est sensé alors que son traitement visuel puisse être différent des humains lambdas. Cela permet en plus de garder une trace du support d'origine car la tête de l'héroïne avec de grands yeux est le dernier héritage visuel qui permet de lier ce film à un manga. Du côté de la bande musicale, Junkie XL fait un travail honorable, avant tout d'accompagnement de l'image. 

Une héroïne japonaise 

Les japonais mettent des héroïnes à l'honneur depuis plusieurs décennies et c'est peut-être à ce titre que l'on peut deviner l'origine de l'oeuvre, bien qu'Hollywood emboîte le pas sur ce sujet depuis quelques années. Il n'est alors peut-être pas innocent que les majors américaines acceptent des projets made in Japan avec des héroïnes aujourd'hui. Ce qui est intéressant avec le personnage d'Alita est qu'il s'agit d'une cyborg. Elle peut donc s'émanciper des contraintes biologiques du sexe et devenir ainsi la plus grande combattante sur terre, ce qui aurait été moins crédible avec des personnages de chair et de sang. Ainsi, le transhumanisme permet de se soustraire aux déterminismes biologiques et  de présenter une héroïne comme la plus grande guerrière. De son côté japonais, elle garde son parcours. Le fait de se défaire d'ennemis de plus en plus puissants et d'augmenter en puissance au fur et à mesure est un processus typique des animés japonais. Lorsqu'Alita s'empare de l'épée de Zapan et que cette dernière rentre en synergie avec elle, le plan présenté est incontestablement un plan de manga. Ce qui est encore plus japonais est le côté cyberpunk et les réflexions allant avec.

Les thématiques futuristes [Spoilers]

Comme tout film de Science-fiction, c'est un film très riche en thématiques. Les Japonais ont depuis longtemps travaillé (réfléchi à) la fusion humain-machine et restent les meilleurs pour présenter des récits questionnant ainsi l'être humain. Est-on toujours humain quand on est un cyborg ? Peut-on aimer un cyborg ? Quand perd-on son humanité ? Il semble que dans le film l'humanité ne fasse aucun doute quand le cerveau est toujours humain. Lorsque le remplacement de membres vise simplement à retrouver une motricité perdue, l'humanité n'est pas contestée. En revanche, les "méchants" du film ont transformé tellement leur corps qu'ils n'ont plus rien d'humain en apparence et au niveau de leurs capacités... il reste alors leur méchanceté bien humaine. Les questions sont posées, les réponses sont en suspend mais une chose est sûre, l'héroïne est bien humaine. Elle est humaine car elle évolue en passant de l'adolescence à l'âge adulte de manière brillamment amenée dans l'histoire. Elle est également humaine de par les choix qu'elle fait. Néanmoins, l’échappatoire pour résoudre les problèmes transhumanismes est d'opérer une distinction entre l'âme et le corps (comme Platon) ce que fait le film à un moment. Un cyborg peut alors être humain s'il a gardé la pureté de son âme. De ce point de vue, la réponse un peu facile n'est pas satisfaisante si tenté qu'il soit possible d'avoir une réponse satisfaisante sur ce sujet aujourd'hui.
Autre questionnement sous-jacent, la ségrégation de classe et même de caste puisqu'il n'y a plus de mélange entre les populations de Zalem et d'Iron City. La police est a été privatisée pour des chasseurs de prime. Il s'agit donc probablement de l'aboutissement d'un système capitaliste et néolibéral même s'il n'en est pas fait mention directement et que le propos ne soit présent dans l'histoire qu'en arrière plan. 
Dernière réflexion en lien avec le dernier questionnement et extrêmement bien traité, celui du rêve / de l'espoir. C'est une société qui fonctionne sur l'espoir (le désir) d'atteindre Zalem. L'espoir cache la misère de ce monde, misère également occultée par les grands jeux pour le peuple (le motorball). En cela, la société décrite est assez proche de la société de consommation. Les personnages qui abandonnent ce rêve sont tous de bons personnages (le docteur Ido, Chiren, ou Alita préférant vivre aux côtés d'Hugo qu'à Zalem). C'est donc le renoncement à l'espoir qui apporte la paix intérieure, message nietzschéen d'une justesse terrible.


En définitive, Alita Battle Angel est un excellent film de science-fiction à l'histoire bien ficelée et aux thématiques intéressantes. Une excellente nouvelle saga au cinéma. 


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jeudi 14 février 2019

Nicky Larson et le parfum de Cupidon


Synopsis :

Nicky Larson et son acolyte Laura repartent en mission. Ils sont cette fois-ci engagés par M.Letellier, inventeur du parfum de Cupidon, substance capable de rendre amoureux n'importe qui...


Commentaire :

Un vrai usage de l'image

Nicky Larson et le Parfum de Cupidon est une histoire originale. Toutefois, le film est inspiré du manga d'origine City Hunter ainsi que de la série animée remaniée pour le public français dans le Club Dorothée Nicky Larson. Pour ces raisons, Philippe Lacheau, par fidélité pour les supports de base, peut s'autoriser énormément d'extravagances, autrement dit énormément d'effets de mise en scène que l'on retrouve notamment dans les animés. Enfin un film français utilisant un large éventail de possibilités offertes par le cinéma! Ralentis, shaky-cam, montage alterné, montage parallèle, split-screens, incrustations, scènes en vue subjective, plan-séquences, zooms, de-zooms... c'est un film très riche visuellement et ambitieux dans sa réalisation. De nombreux plans sont d'ailleurs tirés du manga ou de la série animée. Les plans larges de mise en contexte sur les villes sont particulièrement réussis et donnent de l'ampleur à une histoire qui veut être prise au sérieux. Il ne s'agit pas de lieux localisables mais de villes occidentales indéterminées. Cela nécessite donc un travail numérique pour retoucher des plans filmés dans un endroit réel. Il est également nécessaire de saluer les scènes d'action, superbement chorégraphiées à la manière de la série animée. A cela, il faut ajouter les effets musicaux avec des morceaux datés mais toujours connus, les bandes musicales originales de l'animé et le fameux générique d'ouverture. 

Une excellente adaptation franco-française

L'adaptation au cinéma est réussie et la fidélité est indéniable. Les personnages sont ressemblants, les personnalités sont respectées et l'humour, que l'on aime ou pas, est parfaitement restitué. Néanmoins, ce n'est pas simplement un manga qui est adapté. C'est une époque qui est retranscrite à l'écran, elle parlera particulièrement à la génération Dorothée. La présentatrice star est d'ailleurs présente ainsi qu'énormément de références aux séries de l'époque par le biais de citations directes ou indirectes (Olive et Tom, le personnage de Tortue Géniale, Jeanne et Serge : l'ensemble des références sont ici pour les intéressés).  La limite de ce choix est que le film parlera uniquement à une génération et perdra également beaucoup de sa superbe s'il a une vie à l'international. Quoiqu'il en soit, Philippe Lacheau est un fan qui a réalisé une véritable retranscription de sa jeunesse façonnée par la télévision. Ajoutons que le travail de réécriture, d'une oeuvre déjà transformée que constituait la série animée française, n'a pas fait perdre la sève du manga original. En effet, Tsukasa Hojo, le créateur du manga qui avait demandé un droit de regard sur le film de Philippe Lacheau a particulièrement apprécié son travail. La boucle est bouclée. 

Les non-thématiques

Nicky Larson et le parfum de Cupidon est une bonne adaptation qui joue sur la corde sensible de la nostalgie. Au-delà de ce plaisir coupable, ce film n'a pas véritablement de fond ou plus exactement de grande thématique. C'est un shônen au scénario simple (les scénarii des épisodes télés étaient très linéaires) avec de l'action et de l'humour. C'est un divertissement. On pourrait peut-être chercher une réflexion autour de l'amour mais les personnages très fonctionnels et monolithiques ne sont pas véritablement porteurs de messages. Divertissement ne rime donc pas avec réflexion ici. Peu importe, bien peu iront voir le film de Philippe Lacheau dans le but de réfléchir. Ceux qui iront seront d'abord les fans de Dorothée. A raison, ils seront sûrement satisfaits.


En définitive, Nicky Larson et le parfum de Cupidon est actuellement la meilleure adaptation de City Hunter au cinéma et même peut-être la meilleure adaptation live action d'un manga/animé. Cette production française décomplexée est fidèle à l'oeuvre d'origine et aux années Dorothée. Reste à apprécier le fameux humour graveleux de Nicky! 



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dimanche 10 février 2019

Arctic


Synopsis :

Un homme est perdu dans le grand nord après que son avion se soit écrasé. Il n'a alors plus que deux objectifs : survivre et tenter d'appeler les secours...


Commentaire :

Le film d'acteur de Joe Penna

Arctic s'inscrit dans la tradition du "survival movie", du film de survie en milieu hostile. Le plus illustre représentant de la catégorie reste The Revenant, distinguable de part sa mise en scène. Arctic est filmé plutôt classiquement et la beauté des plans revient d'abord à la photographie et aux paysages dépaysants plutôt qu'à un travail sur le plan ou au montage. Mads Mikkelsen fait beaucoup pour le film du fait de son implication physique dans le rôle et la mise en scène consiste avant tout à le filmer sous plusieurs angles. Il est filmé en plan rapproché pour les plans intérieurs (et les plans d'émotion) pour montrer l'impact du milieu sur son visage et en pied pour les scènes de marche en extérieur. Si la réalisation n'a rien de singulière, il faut saluer le pari de l'absence de montage parallèle (en flash-back) pour apporter des informations. Tout se découvre progressivement au cours du récit; le film est donc bien construit. Il est d'autant bien construit que son rythme lent n'entraîne pas particulièrement de lassitude. Pour ce dernier point, il faut mentionner le rôle de la bande musicale de Joseph Trapanese qui comble un monde Arctique profondément vide pour un humain.   

Un problème n'arrive jamais seul

Un film ancré dans le réel comme Arctic doit trouver le point d'équilibre entre réalisme et intérêt. Il ne s'agit pas de voir une histoire de tous les jours et en même temps, le film doit rester dans les clous du probable. Arctic maintient cet équilibre pendant les trois-quarts du récit avant malheureusement de tomber dans une surenchère qui peut, en tout cas pour certains, paraître risible. Individuellement, toutes les actions présentées sont possibles mais leur accumulation est trop improbable pour le spectateur qui a "signé" pour un film ancré dans le réel. 

Les thématiques : un minimum salutaire [Spoilers]

Les survival movies sont souvent dénués de thématiques "réflexives". La survie reste un réflexe instinctif et il serait d'ailleurs malvenu de forcer des thématiques autres que celles amenées par le contexte de survie. Le personnage se pose peu de questions. Tout est contraint par le temps. Il se posera une fois la question du sacrifice de la blessée alors que leur quête semble perdue. Il s'agit d'une bonne question, totalement en phase avec le contexte, le problème vient avec la réponse apportée par le film. Le choix initial du personnage est de laisser la rescapée sur place alors qu'il n'y a plus d'espoir pour elle. Toutefois, il apparaît être puni par le destin. Étrange séquence de punition divine qui entraîne des remords chez le personnage. Or, ce genre n'est pas propice à la morale. Il cherche plus à décrire l'humain pousser dans ses retranchements qu'à émettre un jugement. Le réalisateur peut et même doit donner son avis mais il est trop facile de juger un personnage dans cette situation. Ce jugement entraîne d'ailleurs une péripétie qui participe à la surenchère. Notons néanmoins que cette séquence est une partie mineure de l'ensemble du film.


En définitive, Arctic ne se distingue pas des autres survival movies mais Mads Mikkelsen porte une histoire prenante et dépaysante. 



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samedi 2 février 2019

La Mule


Synopsis :

Earl a une passion, faire pousser des fleurs. En tant que pépiniériste, il peut vivre de sa passion. Mais à 80 ans, il est fauché par la concurrence utilisant les nouveaux outils de l'information. Sans solution, une connaissance lui propose d'être chauffeur...


Commentaire :

La maîtrise de Clint Eastwood

Clint Eastwood réalise sans surprise un bon travail derrière la caméra avec une mise en scène fonctionnelle, fluide, au service du récit. Il varie habillement les valeurs de plan pour soit ancrer le film dans l'univers américain, soit se concentrer sur les personnages. Le personnage principal joué par Clint Eastwood est celui qui reçoit le plus attention par la mise en scène, qui se concentre sur un visage, des mains, une posture, marqués par le temps. Il y a un côté méta (au-delà du film en lui-même) au film car tout le monde connaît l'acteur et constate comment ce corps vieillit. Il faut ajouter le jeu fin de Clint Eastwood à cette mise en scène pour que le personnage âgé mais plein de caractère soit complètement convaincant. Il y a par ailleurs une constante tension dans le récit du fait de placer cet individu vulnérable au cœur de la plus grande violence. Notons la belle photographie d'Yves Bélanger, le directeur photo connu pour son travail avec Nolan, qui se fait remarquer par les plans des grands paysages américains lors des scènes de route. A la musique, Arturo Sandoval réalise un joli travail d'accompagnement.  

Un casting cinq étoiles

Il est nécessaire de mentionner le casting réuni par Eastwood, tant l'ensemble des acteurs réalise un travail sans fausse note. A côté de Clint Eastwood qui vole bien évidemment la vedette, gravitent Bradley Cooper (son héros de American Sniper), Laurence Fishburne, Michael Pena, Diane Wiest et Taissa Farmiga (récemment à l'écran avec La Nonne). Le plus amusant à relever est que le fille de Earl, Iris, n'est jouée par nulle autre qu'Alison Eastwood, la fille de Clint Eastwood. 

Les thématiques : l'humanité par la famille [spoilers]

Si Eastwood tient le rôle d'une mule, un hors la loi, il filme ce dernier sans prise de position morale. La forme du récit favorise la compréhension du parcours d'un individu amené à transporter de la drogue. Le grand âge du personnage lui offre le bénéfice de l'incompréhension avant d'être pris dans une dynamique dont il ne parvient pas à s'extirper. Earl est assez naïf vis à vis du nouveau monde qu'il ne comprend plus très bien. Il a par ailleurs un bon fond. A chaque fois qu'il obtient de l'argent, il l'offre en partie à son entourage en grand besoin. Cette configuration fait qu'il est possible de prendre Earl en affection du fait qu'il ne soit pas du monde de la drogue. C'est d'ailleurs la raison qui le rend difficile à attraper. Malgré son côté touchant et sympathique, le vieil homme met du temps à comprendre que l'important n'est pas seulement monétaire. Sa famille attendait plus sa présence que son porte-feuille. C'est son plus grand crime et c'est la raison première de son égarement dans l'illégalité. L'important est le temps passé aux côtés de ses proches, une chose qui ne s'achète pas. Earl s'en rend compte, c'est pourquoi il plaidera coupable. C'est lors de cette scène que le message, presque à portée morale, est définitivement affirmé. Ce message est classique, c'est peut être la limite de cette oeuvre, mais joliment amené. Eastwood réalise ainsi un nouveau un film humaniste.


Pour son dernier film, La Mule, le vieux maître Clint Eastwood ne perd rien de sa maîtrise en se tenant devant et derrière la caméra. Le film est prenant et touchant.



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dimanche 27 janvier 2019

Green book : sur la route du sud


Synopsis :

Tony, un immigré italien new-yorkais du bas monde, est à la recherche d'un job. Il rencontre le grand musicien noir Don Shirley pour un entretien. D'abord réticent, il décide de travailler pour lui...


Commentaire : 

Un film narratif

Dans ce film récit, c'est avant tout la narration qui prime et la mise en scène est forcément fonctionnelle, en se concentrant sur les personnages. Les gros plans et plans rapprochés en général sont légions. Peter Farrelly réussit sa réalisation du fait que son film soit très fluide narrativement. Son ambition était de raconter une histoire et de rendre la forme discrète. La but est donc atteint. Dans la même idée, la bande musicale de Kristopher Bowers accompagne l'histoire sans jamais prendre le dessus. 

Deux performances d'acteur

Viggo Mortensen est impressionnant. Le premier exploit concerne sa transformation physique, lui qui a toujours été mince. Il est ici à la fois musclé et gras... 20 kilo de pris pour le rôle. En outre, son travail sur les mimiques du vrai Tony et "la gestuelle italienne" sont parfaitement maîtrisés, lui qui n'a rien d'un italien physiquement et aucune origine allant dans ce sens. Nous ne nous prononcerons pas ici sur son phrasé du fait que nous ayons vu le film en VF. L'autre grande performance est bien sûr celle de Mahershala Ali, qui est excellent dans l'interprétation d'un membre de l'élite mondiale d'une distinction et d'une délicatesse à toute épreuve. Il joue un personnage hors du monde, un génie, constamment ramené à sa couleur dans les USA des années 60. 

La thématique : le racisme 

Il n'est pas étonnant que film portant sur la discrimination des Hommes de couleur rencontre un succès critique dans le contexte actuel. Pourtant, le film a la réelle qualité de ne pas tomber dans le pathos ou la violence outre-mesure pour développer son propos. Le film frappe juste, notamment par sa retenue. Il enfonce toutefois une porte ouverte du fait qu'il ne soit plus nécessaire de convaincre sur le fond de l'horreur des lois Jim Crow et du racisme en général. Ce n'est pas tant un film qui retourne les certitudes qu'un film qui confirme brillamment quelque chose de déjà connu. De plus, le personnage de Don Shirley est particulièrement intéressant du fait qu'il appartienne à l'élite, c'est à dire à la classe sociale blanche (à cette époque), tout en étant noir. Il n'est donc reconnu ni par les afro-américains ni par l'élite américaine (pour le moins dans le sud). Il est un individu éminemment seul pour ces raisons, et torturé par la vision qu'il a du monde. Mais sa solitude a d'autres racines. Elle est la caractéristique des génies qui ne comprennent que trop bien le monde pour être intéressé pour s'y plonger, cela parfois à leur dépend. Cette question dépasse la thématique raciale et rajoute du corps à l'intrigue. 


En définitive, Green Book est un biopic prenant, tout en retenue sur la question raciale. C'est avant tout une belle histoire qu'il est plaisant de regarder, menée par deux acteurs complètement investis dans leur rôle.



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lundi 31 décembre 2018

Bumblebee


Synopsis :

Les Autobots défaits, fuient leur planète natale Cybertron. Bumblebee est envoyé sur la Terre pour construire une base qui rassemblera les Autobots dispersés dans la galaxie. Mais rien ne se passe comme prévu car les Decepticons ont suivi Bumblebee...


Commentaire : 

Mise en scène fonctionnelle 

Travis Knight offre le service minimum pour ce spin-off de la saga des Transformers. Certaines transitions sont travaillées, le grain de l'image rappelle les Eighties et certains séquences avec les combats de transformers en arrière-plan rendent bien. Malgré cela, l'ensemble reste peu original. La mise en scène est jolie mais avant tout fonctionnelle et conformément à la saga très "cuté" ce qui tranche avec le côté eighties recherché. Malgré les cuts, le film se trouve avoir quelques longueurs à côté des scènes d'action du fait que l'histoire se concentre sur le personnage de Charlie et sa famille, lui donnant au passage un petit côté spielbergien (les enfants dans une histoire de SF). Autre point, si les effets spéciaux sont très convaincants, les costumes des militaires font assez cheaps, pour ne pas dire issus d'une série B, ce qui est étonnant au vu du budget. Cet effet est accentué par le caractère très monolithique de l'armée et du personnage de John Cena. Il faut dire qu'il était difficile de trouver quelqu'un qui sache filmer aussi bien l'armée que Michael Bay. Quoiqu'il en soit, ce spin-off parait être un parent pauvre de la saga Transformers qui n'a d'intérêt (pour les derniers épisodes) que ses scènes d'action survitaminées. Ici les scènes d'action sont moins amples et l'histoire centrale sur Charlie peu prenante. 
A la musique, Dario Marianelli fournit un très bon travail, notamment pour les scènes d'action, rappelant la bande musicale des films des années 80. Il ne suffit pas toutefois à rendre le film plus intéressant hors des scènes d'action. 

Une histoire banale qui s'intègre difficilement à la saga

Si le film semble parfois long, c'est parce que l'histoire principale n'a que peu d'intérêt comparée à la grande guerre qui fait rage entre Decepticons et Autobots. Cela peut être intéressant d'insister sur les personnages humains, et cela avait été bien fait dans les deux premiers Transformers. Ici, l'histoire de Charlie n'est pas captivante. La jeune fille finit par surmonter la mort de son père, renoue des liens avec sa famille, retrouve la joie de vivre. Un scénario avant tout sur l'adolescence dont le dénouement était évident. Le personnage intéressant était bien celui de Bumblebee, surprenamment touchant car expressif. La relation Chartlie-Bumblebee est certes bien travaillée mais ce qu'il y a autour (famille, armée) manque profondément d'écriture. 
Au-delà de l'intrigue centrale, l'histoire des Autobots est malheureusement mal arrimée au reste de la saga. Les Autobots et Decepticons ont déjà leur forme motorisée terrestre (voiture, avion) sur Cybertron, ce qui n'a pas de sens. Le premier Transformers montre que c'est une fois sur Terre que les robots s'inspirent de leur environnement pour leur transformation. Par ailleurs, Bumblebee est censé arriver sur Terre dans les années 2000 avec les autres Autobots bien que dans le passé, d'autres Autobots ou Decepticons aient déjà visité la Terre. Peut-être que lui et Optimus ont quitté la planète bleue dans les années 80 pour y revenir plus tard, mais cela a peu de sens. Quoiqu'il en soit, il semble y avoir des problèmes de cohérence.  

Pas de thématique phare 

Hormis le premier Transformers, la saga n'est pas particulièrement riche en thématiques. Ici, une adolescente doit surmonter son passé mais la réflexion sur ce sujet n'est pas poussée. Le thème de la famille, important, n'est pas non plus l'objet d'une réflexion. Cette absence de travail sur le scénario rend le tout très superficiel. Le film n'a donc pour objectif que de divertir. Dommage alors que le spectacle soit quelconque.


Bumblebee offre le service minimum en terme de divertissement. L'histoire n'est que moyennement intéressante alors qu'elle s’emboîte mal avec le reste de la saga. Reste quelques scènes à la mise en scène sympatique.  



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