Les sorties de la semaine

samedi 13 mai 2017

Alien : Covenant


Synopsis:

10 ans après la mission du Prometheus, la mission du Covenant est en direction d'une planète habitable pour établir une colonie. Toutefois, l'équipage reçoit un signal venant d'une autre planète. Ce dernier semble être d'origine humaine. Le Covenant change sa trajectoire pour identifier l'origine du signal...


Commentaire :

Mise en scène efficace mais déjà vu

Comme pour Prometheus, Ridley Scott démontre sa maîtrise de l'image dans un univers futuriste. Sa réalisation est narrative, très peu symbolique malgré l'ambiance métaphysique. Toutefois, associée à un univers convaincant et à suspens, force est de constater que la mise en scène remplit parfaitement sa mission d'immersion. Il faut bien reconnaître à Ridley Scott la maîtrise technique de son art. Certes, il n'y a pas d'innovation en ce domaine mais comme très peu de films à gros budget. Ici, la narration visuelle est efficace. Le design des vaisseaux humains et des technologies est toujours aussi abouti, ce qui participe grandement à l'immersion. Par ailleurs, lorsque cet univers est associé aux musiques d'Alien et de Prometheus pendant quelques scènes, il retrouve toute sa majesté. A noter que cet épisode n'a malheureusement pas de thème nouveau identifiable. En définitive, Alien : Convenant procure une aventure dans laquelle il est facile d'y plonger.

Un scénario qui tient le coup... à l'échelle du film [Spoilers]

Le scénario procure des motifs valables à tous les protagonistes, ce qui fait que les enjeux de ces derniers sont clairs, chose importante pour l'immersion. Néanmoins, le spectateur averti pourra s'énerver des erreurs que font les personnages. En effet, ces dernières semblent risibles lorsque l'on connait cet univers mais restent probables, il est vrai, lorsqu'on admet que les personnages n'ont jamais connu de telles situations. Il s'en suit qu'un véritable suspens se crée car le spectateur a toujours un temps d'avance sur les personnages et devinent ce qui va leur arriver. L'agacement du spectateur amateur de la saga est toutefois légitime car il connaît les ressorts de l'intrigue qui sont les mêmes que dans les films précédents. L'originalité n'est que peu recherchée. Certes, l'immersion fonctionne car l'histoire est prenante à l'échelle des personnages (Katherine Waterston est excellente) mais toutes les étapes du scénario sont visibles bien avant qu'elles n'adviennent. Au-delà d'un scénario qui marche mais qui fait le minimum sur ce film, il s'intègre difficilement dans la saga. Les technologies et les androïdes paraissent trop élaborés pour correspondre aux premiers films Alien qui se passent bien plus tard. D'autre part, Alien: Covenant est peu respectueux du film Promotheus, en se débarrassant de l'histoire d'Elisabeth Shaw et par là même, en annihilant tous les questionnements que soulevaient Promotheus (pourquoi les Ingénieurs ont crée les humains, pourquoi voulaient-ils détruire leur création ? Quelle était leur origine à eux ?). Cet épisode est une suite sans l'être, en étant presque un reboot puisque l'équipe est nouvelle. On comprend que ce choix est une facilité puisque cela est plus facile du point de l'intrigue d'amener des personnages vierges dans l'histoire. En revanche, cet épisode n'a que peu d'intérêt d'un point de vue sériel, hormis pour répondre à une question qui n'était pas vraiment posée et qui était beaucoup moins intéressante que les questions métaphysiques, à savoir l'origine de l'alien. Par ailleurs, si l'on comprend bien qui est son créateur, on ne comprend pas bien le procédé et les différents étapes de son hybridation.  

Les thématiques, en marche vers la croyance [Spoilers]

La grande science-fiction interroge le monde. C'est ce que semblait vouloir faire Prometheus tout en laissant malheureusement ses réponses pour la suite. Les questions sont à nouveau soulevées en début de film mais une nouvelle fois éludées. Il reste alors le côté thriller car le côté philosophique disparaît. La vérité est sûrement que Ridley Scott est incapable de répondre avec intelligence aux questions qu'ils posent. Il semble juste s'émerveiller devant sa création (cet univers), à l'image de David devant son alien (scène de naissance de l'alien). Les tentatives de réponse sont peu satisfaisantes, notamment du côté métaphysique. Le film regorge de symboles religieux (tableau de la nativité, clou-collier), de personnages croyants ainsi que de références douteuses (intelligent design notamment dans la première scène). Les seuls personnages rationnels sont Walter et l'ordinateur central; les autres semblent suivre leur instinct ou leur foi et sont à l'origine des problèmes. Le nouveau commandant Oram s'essaye à l'esprit critique dans la décision qui va le mener à explorer la mystérieuse planète ("en prenant en compte toutes les données disponibles") mais cela est également un échec. Bref, on ne voit pas bien le message derrière le scénario. La seule piste de réflexion intéressante dans ce film semble être la relation amoureuse qui se développe entre Walter (l'androïde) et Daniels (humaine) mais cela n'est jamais développé. Quant à la thématique du viol, il n'est pas vraiment intéressant d'y revenir puisque c'est le même traitement depuis le premier film. Ainsi, Alien : Convenant est peu intéressant pour son fond.

En définitive, avec Alien : Convenant, Ridley Scott montre qu'il reste un très bon technicien mais en même temps, que sa flamme d'auteur est éteinte : il est incapable de donner un nouvel élan à son oeuvre. L'immersion prend et l'aventure se vit mais le fond de l'histoire est peu convaincant. 





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samedi 29 avril 2017

Les Gardiens de la Galaxie 2


Synopsis :

Les gardiens continuent à œuvrer dans la galaxie en tant que mercenaires. Ils sont désormais un groupe reconnu. Cela signifie également plus d'ennemis...


Commentaire :

Les montagnes russes de la mise en scène [Spoilers]

James Gunn délivre une nouvelle fois une mise en scène généreuse qui se signale par un plan-séquence tout numérique pour la première scène de bataille en début de film. Le film est très riche en environnements extraordinaires qui ont bénéficiés là aussi d'un énorme travail numérique. Il n'y a que peu d'environnements reproduits en dur ou naturels, ce qui donne un côté du genre merveilleux au film, notamment sur la planète d'Ego. Concernant le montage et la réalisation, le travail reste très conventionnel. La réalisation est au service de la narration, tout comme le montage. Il n'y a que peu de travail sur le symbole et le sens, hormis pour les séquences sérieuses qui sont plutôt rares mais bien faites. Nous pensons à la scène d'épuration après la mutinerie contre les partisans de Yondu ainsi qu'à la scène finale de sacrifice avec le corps du personnage en position particulière. Pour le reste, la réalisation rejoint celle des grands blockbusters du XXIème siècle avec le choix d'un cinéma d'attraction, très dynamique et impressionnant mais non signifiant. Le tout est accompagné des musiques cultes des années 80 sans qu'elles soient aussi marquantes que pour le premier volet. 

Du problème du Comics-Cartoon 

Au sein de l'univers Marvel, Les Gardiens de la Galaxie ont un genre particulier. Leurs volets sont plus proches du genre merveilleux que du genre de la science-fiction. Cela est encore plus poussé pour le deuxième volet. Le scénario est très simpliste (un méchant voulant dominer le monde - on est loin du premier Iron man). Il y a également un certain rapport à la physique (des environnements, mouvements, actions défiant la physique générale sans tentative d'explication) traduit par un choix graphique particulier (scène de déformation avec les yeux énormes, les méchants expulsés dans les airs à la Astérix). De ce fait, ce film est très proche de l'héritage cartoon. Les comics sont rentrés au cinéma en faisant le choix de la crédibilité de l'univers, Les Gardiens de la Galaxie font le choix plutôt d'une physique aux Looney Tunes. C'est une alternative possible mais peu compatible avec le reste de l'univers Marvel. Cela passait plutôt bien dans le premier volet mais la logique a été poussée à son maximum dans celui-ci. Dans tous les cas, le film reste amusant, notamment grâce à l'humour gras mais efficace du personnage de Batista. Cet épisode décomplexé s'adresse néanmoins plus à un public jeune de part le scénario et les enjeux, mais cela questionne alors l'intérêt de mettre autant de références aux années 80.

Un message juste, qu'est-ce qu'une famille ?

Ce Gardien de la galaxie n'a pas pour objectif de proposer une réflexion. Toutefois par convention, tous les films en ont quasi systématiquement une. Les messages sont proposés ici à travers les relations entre les personnages. Il est en effet question de famille et d'amitié. Les Gardiens de la galaxie forme une famille et à ce titre, se disputent. Cela est néanmoins le seul lien qui les fait vivre. Il est intéressant de souligner qu'il est normal que des disputes parcourent les relations mais que l'important est de les surmonter. L'effort que font les sœurs pour comprendre leur passé et l'état de leurs relations est également intéressant et affirme la nécessité d'un recul critique. Le plus pertinent est sûrement le traitement du lien de paternité qui s'affranchit du lien génétique. La paternité est un construit et non un lien du sang comme le démontre la relation de Chris Pratt avec son père. C'est une vision très moderne et juste de la parentalité. Heureusement que le film se signale sur ce plan, cela lui permet d'avoir un intérêt au-delà du divertissement très basique. 

En définitive, Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2 continue sur la voie de l'humour décomplexé du premier volet, en reprenant sans originalité les ingrédients de la recette du succès. Un divertissement pas déplaisant mais non mémorable.


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jeudi 20 avril 2017

Life


Synopsis :

Une mission martienne ramène des extraits de roche à la Station Spatial Internationale (ISS). Un groupe de chercheurs est chargé d'étudier les extraits et communiquent en temps réel leurs découvertes à la Terre. C'est alors que l'équipe fait une découverte incroyable : une cellule vivante extraterrestre se trouve dans les extraits analysés...


Commentaire :

Une mise en scène salvatrice

Daniel Espinosa arrive à tirer parti de l'environnement spatial pour produire une mise en scène intéressante. De longs plans, comme les premiers du film, voient des rentrées d'objets dans le plan, annonçant le début de l'histoire. Les plans larges insistent sur l'immensité de l'univers et la futilité des activités humaines. Par la suite, le film prend plus la forme d'un huit-clos à bord de l'ISS où la caméra n'hésite pas à flotter dans l’environnement et à aller dans toutes les directions (même le haute et le bas), ceci étant tout à fait pertinent dans un espace dépourvu de gravité. Il y a manifestement pour certaines scènes une inspiration de Gravity qui est le projet le plus abouti en terme de réalisation dans cet environnement. On remarque également cette inspiration lorsque la caméra tente, lors d'une scène, de traverser un hublot pour sortir. Elle ne va pas au bout de son mouvement, peut-être signe que l'ISS sera le lieu de l'action. Ainsi, la mise en scène est adaptée au sujet, ce qui est un très bon point. Certaines scènes sont particulièrement bien filmées comme lorsque l'alien se loge dans un gant et reproduit les mouvements du chercheur, ce qui produit une sensation de malaise. Les décors, majoritairement en dur, sont très immersifs et fidèles à l'ISS. Il est indéniable qu'un grand travail de recherche a été effectué en amont. Il était judicieux de choisir des décors réels pour un huit-clos puisque le nombre de décors est restreint et l'effet est toujours plus probant. Enfin, il est nécessaire de dire quelques mots sur la musique de très bonne facture et qui est introduite de manière prégnante dès le premier plan. Elle fait plus qu'accompagner le film, elle lui donne véritablement le ton. Cela est essentiel pour un film d'horreur. 

Des acteurs inégaux

La performance des acteurs est assez inégale. Ils sont au nombre de six, pour les six astronautes de l'ISS. Les personnages sont un peu caricaturaux avec des traits forcés, devant avoir une incidence évidente dans le scénario. Les femmes du casting s'en sortent le mieux avec des performances de qualité, portant le film. Ce sont Rebecca Ferguson en rôle principal et Olga Dihovichnaya notamment en première partie. Jake Gyllenhaal, Ariyon Bakare et Hiroyuki Sanada font le travail sans être exceptionnels. Ryan Reynolds quant à lui fait du Ryan Reynolds (Deadpool), ce qui est peu justifié dans ce contexte. De manière générale, les personnages paraissent trop naïfs, ce qui est peu compatible avec des astronautes sur-entraînés. 

Un scénario trop peu original et travaillé [Spoilers]

Le scénario est véritablement un point faible du film en reprenant le concept d'Alien de Ridley Scott sans aucune plus-value. On peut peut-être apprécier la tension et le gore très léger mais cela ne suffit pas. Ce sont par ailleurs des qualités apportées par la mise en scène et non par le scénario. Le concept fondamental, en n'étant pas originale et trop proche du contexte d'Alien n'a que peu d'intérêt. Pourtant, il y a ponctuellement de très bonnes idées. L'origine de l'espèce martienne est très intéressante en étant une panspermie inversée [la vie sur Mars provient de Terre par le biais d'une collision avec un astéroïde il y a 2 milliards d'années]. La description du type de cellule est pertinente avant que le film en fasse un organisme évolué peu crédible. De même, la scène avec Hugh qui est paraplégique (paralysie et insensibilité des jambes) qui joue justement sur son absence de sensation aux jambes est très bien pensée. L'idée que ce personnage veuille être astronaute pour que cet handicap ne le soit plus est également intéressante. Néanmoins, les erreurs des personnages (astronautes surentraînés) sont constamment moteurs de l'intrigue ce qui rend le scénario moins crédible. De même, l'alien quasi immortel à la manière d'Alien (voire plus) est peu vraisemblable. Reprendre le concept de Ridley Scott n'est pas en soi rédhibitoire mais le scénario manque de travail. La fin du film part d'une bonne idée mais reste également peu crédible [l'alien semble alors trop intelligent]. 

Un questionnement absent [Spoilers]

Une autre immense déception de ce film est le fond de l'histoire; son propos. Un film de science-fiction, peu importe son sous-genre, est une occasion de questionner le monde, d'autant plus que celui-ci se passe dans l'espace, lieu des questionnements métaphysiques et de l'introspection. Le film s'appelle tout de même Life et pire Life - Origine inconnue en français. Pour être précis, il s'agit d'un film de hard science-fiction, c'est à dire se passant dans un avenir proche avec les technologies actuelles succinctement présentées [la seule vraie différence avec Alien qui avait du coup une réflexion sur les technologies dans un avenir plus lointain]. L'intrigue s'inscrit dans la suite de la mission Curiosity (2012). Dans le film, cette mission a trouvé de la vie sur Mars. L'émoi terrestre et des chercheurs de l'ISS est montré mais cela ne suscite aucune réflexion. La vie est-elle universelle ? Quelles sont les conditions à l'émergence de la vie ? Au mieux, le film décrit quelques peu les conditions de survie de cette vie alien qui semble être un extrêmophile (animal survivant dans des conditions extrêmes). L'hypothèse de l'origine terrienne de la vie martienne est intéressante mais ne répond pas à l'origine fondamentale de la vie. Ainsi, il n'y a aucun grand questionnement métaphysique. Concernant la biologie, le questionnement est également nul : que peut faire l'alien ? Peut-il se reproduire ? Peut-il être amputé ? Pour l’introspection, il n'y a là encore guère à dire. Le personnage de Jake Gyllenhaal a un début de réflexion (très superficielle) sur l'humain qui n'a que pour unique but de servir la fin du film. Un film comme Seul sur Mars se passait des réflexions profondes mais défendait le génie humain et la science. L'espace n'est ici l'objet d'aucune pensée. Pire, l'ailleurs et l'autre sont un repoussoir. L'espace se contente d'être "le vide spatial" et l'alien un organisme hostile très agressif fondé sur la vision d'un darwinisme extrême [adaptabilité extrême, élimination de toutes autres formes de vie]. Bref, le vide sidérale est le propos du film.

En définitive, Life se contente d'être une reprise d'Alien sans plus-value et sans réflexion. L'oeuvre est sauvée par la mise en scène et les émotions du genre du thriller horrifique mais ne saurait être un objet intellectuel. Dommage pour un film de science-fiction.


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vendredi 7 avril 2017

Ghost in the Shell



Synopsis :

Mira se réveille après un long sommeil. Elle ignore où elle se trouve. Le médecin à ses côtés lui apprend qu'elle a été victime d'un accident ; son cerveau (son âme / son ghost) a été sauvé mais pas son corps. Elle se retrouve dans un corps synthétique. Que reste t-il alors d'humain chez elle ?


Commentaire ; 

Une réalisation réussie riche en effets spéciaux

Rupert Sanders n'avait à son actif que Blanche neige et le chasseur mais il paraît avoir eu les épaules pour porter ce projet tout aussi ambitieux visuellement qu'intellectuellement. Concernant la mise en scène, elle est aboutie. La réalisation est au service de la narration mais recherchée et très soignée. Aucun plan n'est simple dans ce monde du futur. Les effets spéciaux sont présents à chaque instant pour produire cet univers visuel très riche et en conséquence crédible. Il y a souvent quelque chose en arrière plan, parfois le danger surgissant. Cela est tout à fait intéressant car effectivement du fait de l'ultra-connectivité, la menace est omniprésente, elle peut se manifester dans l'instantané. Mira, l'héroïne, peut même devenir invisible, ce qui rentre dans cette logique de présence invisible dans le plan. Rien de révolutionnaire toutefois dans la manière de filmer mais une grande attention a été portée à l'ancrage spatiale : chaque scène est introduit par un plan large ou un plan rapproché avec une certaine profondeur de champ afin d'ancrer l'histoire dans une ville fourmillante voire presque étouffante. Les scènes de combat ont reçu un soin tout particulier, avec ralentis, variation des angles, variation de valeur de plan, tout en respectant la puissance des chorégraphies. Il y a également un effort fait pour mettre en image de manière métaphorique des procédés informatiques, comme le hacking, lorsque Mira sonde les bases de données d'un robot Geisha. Il s'agit donc d'un film très visuel, très travaillé d'un point de vue formel, ce qui participe grandement à l'immersion. Concernant la bande-sonore, elle est de bonne facture mais peu mémorable car simplement en soutien de l'action.

Casting impliqué 

Il n'y a pas vraiment lieu de débattre sur la polémique de white-washing, les acteurs sont excellents et il n'y a pas d'incohérence majeure pour une histoire se situant dans un monde futuriste et cosmopolite (ce n'est pas le cas du cosmopolitisme de la Belle et la Bête dans un petit village français du XVIIIème siècle). L'importance est la vraisemblance. Par ailleurs, le corps des grands protagonistes, Mira et Kuze sont artificiels, ils n'ont donc pas à être nécessairement d'apparence japonaise (ou cela voudrait dire qu'un japonais est nécessairement d'ethnie japonaise comme un français serait nécessairement caucasien ? Le racisme n'est pas toujours là où on le croit). Toutefois, l'origine japonaise n'est pas n'ont plus oubliée que cela soit par l'ancrage spatiale ou la présence d'autres personnages. Concernant la performance d'acteur, Scarlett Johansson est parfaite dans son rôle avec une attitude à la fois froide mais non mécanique. Elle a su saisir l'essence de son personnage. Pilou Asbaek dans le rôle de Batou est juste et Juliette Binoche en professeur Ouelet touchante. Quant à Takeshi Kitano, son personnage est jouissif, par le simple fait qu'il s'agisse de Takeshi Kitano ; il y a presque une dimension méta dans son rôle. 

Les thèmes de science fiction : l'humanité face à la science et la technologie [Spoilers]

Le fond de l'histoire produit un sentiment mitigé. Les questionnements proposés par ce film de science-fiction sont intéressants mais le scénario est assez simpliste, ou autrement dit, peu original. En vérité, il s'agit plus d'un prétexte, semble t-il, pour aborder des thématiques qu'une véritable proposition scénaristique. En effet, il s'agit de l'intrigue du complot, assez utilisée cette dernière décennie, faisant d'une organisation officielle (ici une puissante compagnie de robotique) une sorte d'hydre agissant dans l'ombre avec des moyens de nuisances. Les prétendus terroristes qui agissent contre cette compagnie sont alors les véritables gentils de l'histoire et le héros finit par passer dans leur camp. Ce parcours du héros n'est pas inintéressant car cela témoigne chez lui de l'usage de l'esprit critique. Toutefois, ce scénario est vu et revu, d'autant qu'ici il n'y a presque pas de surprise puisque le patron de la compagnie est suspect dès le début. C'est à dire que le cadre est manichéen alors qu'il aurait gagné à ne pas être si tranché, bien que de la nuance arrive par la suite. 
Regardons alors les thématiques traitées, chose la plus importante dans un film de science-fiction. A noter que si nous les présentons séparément, elles ont toutes un lien entre elles. La question la plus mise en tension n'est étrangement pas celle de la singularité ni du transhumanisme mais des moyens et de la fin de la science. Si le patron de la compagnie de robotique est dans la caricature du patron sans moral, prêt à n'importe quelle extrémité pour avoir de l'argent, le docteur Ouelet qui travaille pour cette compagnie est plus intéressant. Elle a des idéaux et agit dans l'intérêt de l'humanité. Le souci est que pour elle, la fin (l'humanité), justifie les moyens (faire des expériences intolérables sur les humains). La tension est ici véritablement intéressante et c'est Mira qui apportera la réponse : en aucun cas la fin ne peut justifier les moyens. C'est une question de Justice. Autrement dit, il n'y a pas de Justice au détriment de certains.
Ceci nous amène à la seconde thématique ; la définition de l'humanité. C'est peut-être la première fois qu'un film donne une réponse satisfaisante à la question de l'humain, à savoir ce qui le séparerait du robot. D'habitude, c'est l'émotion qui est avancée comme critère discriminant ce qui est effectivement un rempart à la rationalité des robots mais pas satisfaisant sur le fond. L'émotion peut aussi conduire à l'injustice. Mira n'a pas d'émotion et c'est cela qui la rapproche des robots. En revanche, elle a établi une éthique de vie et se bat pour la Justice. Ceci la distingue définitivement des robots. Cela est beaucoup plus fort que tous les autres films sur la question : être humain est pour ce film, la capacité à se transformer en surhomme, autrement dit à devenir un Homme philosophe (un Homme qui se bat pour l'éthique). Il faut toutefois faire attention ici car Mira est également un superhomme de part ses moyens physiques sur-développés mais superhomme (physique) n'est pas l'équivalent de surhomme (éthique). En ce sens, Mira est non seulement bien une humaine, mais la plus humaine du film par son combat pour la Justice et la recherche de la vérité. Reste ensuite la question de savoir ce qu'est la Justice puisqu'elle fait exécuter le vilain sans procès, ce qui est dommage.
Troisième thématique abordée directement liée, l'identité. Le film apporte encore ici une réponse juste et pertinente. Le passé explique ce que l'on est mais ne justifie pas ce que l'on fait. Le travail d'introspection sur sa personne oblige en quelque sorte à faire table rase de passé, ce qui est un peu le cas ici. Mira qui n'a plus de passé, peut être quelqu'un en se définissant par les choix et actes qu'elle fait au présent. C'est ce qui la rend humaine : à partir du moment où elle se détermine par la raison, elle affirme son identité humaine. En ce sens, il faut comprendre aussi que l'éthique doit se traduire dans les actes.
Enfin, dernier sujet dans ce film, finalement très riche : la technologie. Il est intéressant que le film ne soit pas tant catégorique sur la question. L'univers proposé est une dystopie. La technologie a tout envahi et la mise en réseau de l'humain fait que ce dernier a perdu son intimité voire ses choix d'action. De manière visuelle, ceux ayant fait le choix de l'amélioration par la technologie sont dérangeants. Ils apportent un sentiment de malaise en tant que monstre chimérique alors que tous ceux dépourvus d'amélioration sont nécessairement de bonnes personnes dans l'histoire. Néanmoins, on remarque également que la technologie peut palier à l'handicap des personnes après un accident. Il y a tout de même du bon dans ces nouveaux moyens, sans parler de l'héroïne qui constitue le stade le plus avancé de l'hybridation tout en représentant le meilleur de l'Homme. Ainsi, tout dépend l'utilisation de la technologie.
La justesse du traitement des thématiques est particulièrement intéressante du fait de la nuance apportée. Notons néanmoins que cette oeuvre n'est pas dans la conceptualisation des messages. Il n'y a que peu de discussions sur le fond, simplement quelques phrases. On ne sait donc pas si un grand intérêt est porté aux thématiques. En effet, c'est plutôt les actions des personnages qui produisent les réponses aux questions soulevées sans que cela ne soit explicité. (Certes, l'éthique doit se traduire par des actes mais est-ce vraiment cette raison qui a menée à cette réflexion superficielle ?). Il y a alors un risque que le spectateur n'aille pas de lui-même réfléchir aux thématiques et se contente de l'histoire et de l'action. Est-ce que le choix du divertissement a primé sur le fond ? Impossible de savoir. Si le film avait apporté des réponses extravagantes aux questions soulevées, on aurait pu le supposer mais le fond paraît juste.

En définitive, Ghost In The Shell est une belle oeuvre visuelle. Le scénario ne transcende pas d'originalité mais les thématiques soulevées sont intéressantes et bien traitées. 




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lundi 27 mars 2017

La Belle et la Bête


Synopsis :

Au XVIIIème siècle en France, un Prince refuse de venir en aide à une mendiante. Mais, cette vieille femme se révèle être en fait une fée, qui condamne alors le Prince et sa suite à une apparence monstrueuse. Le seul moyen de rompre le sort est qu'une femme tombe amoureuse du Prince, mais qui pourrait tomber amoureux d'une bête ?

Prologue en vidéo



Commentaire :

Une mise en scène aboutie

L'ambiance du film est réussie. Que cela soit le village, le château, la forêt ou les jardins du château, tous les décors évoquent plus ou moins le contexte français d'Ancien Régime au travers, bien entendu, d'un prisme féerique déformant (par contre, présenter le pudding comme de la gastronomie française : c'est non!). Effectivement, cela fonctionne, d'autant plus que l'ancrage français, bien que suggéré, n'était pas tant affirmé dans le dessin animé de 1991 dont cette version du conte est adaptée. Le film est également une réussite technique comme pratiquement tous les films de Disney, cela se traduisant ici par les objets animés particulièrement aboutis, d'ailleurs peut-être plus que la Bête dont le réalisme est limité. La mise en scène reste elle classique, fonctionnelle avec toutefois quelques plans étranges, travelling en gros plan tournant autour du personnage d'Emma Watson qui donne une impression de flou peu agréable en arrière plan. Les scènes de danse et de chant sont plutôt bien tournées, particulièrement dans l'organisation de l'espace et les chorégraphies ; Broadway, qui a repris le succès de 1992 sur les planches, n'est pas loin. 

Adaptation minimale

Comment adapter un des plus beaux films d'animation des studios Disney, le premier film d'animation à avoir été nominé dans la catégorie "Meilleur film" aux oscars ? Réponse : le reprendre tel quel. L'histoire est identique. Les personnages sont identiques et d'ailleurs d'une fidélité renversante; Emma Watson était presque une évidence pour jouer Belle. Du point de vue du scénario, le petit ajout de la référence à L'Oiseau Bleu, conte de Marie-Catherine d'Aulnoy, contemporaine de Perrault pour le contexte français est bien trouvé. Néanmoins, malgré l'arrivé d'un tout petit background sur la mère de Belle et de trois nouvelles chansons dont une à la hauteur des anciennes, l'originalité n'est pas au rendez-vous. Aucune plus-value (utilité?) pour cette adaptation. Certes, avec un matériau de base aussi bon et notamment la bande musicale, impossible de défaillir. Toutefois Maléfique, Le Livre de la Jungle, Alice au Pays des Merveilles, voire même Cendrillon avait su proposer quelque chose de nouveau, tout en restant plus ou moins fidèle selon les films à l'oeuvre Disney originale. Sur ce point, Le Livre de la Jungle est le plus réussi. La Belle est la Bête a donc choisi le chemin de la facilité mais avec moins d'efficacité que le dessin animé de 1991 qui était plus resserré. Et puis, la nouvelle adaptation flirte parfois avec l'original sans arriver à l'égaler, à l'image de Lumière dont Ewan McGregor n'arrive pas à égaler son interprète original Jerry Orbach et son accent français, qui lui rendait hommage à Maurice Chevalier. 

De nouveaux messages peu audacieux entre le bon et le moins bon

S'il y a bien un genre de film où les messages sont importants, c'est le conte. Le film reprend évidemment le message principal et indépassable du conte qui est celui de ne pas arrêter son jugement à l'apparence d'une personne. Ce message est essentiel et pertinent, encore mieux évoqué ici par le fait que Gaston soit moins repoussant physiquement que dans le film d'animation. Luke Evans qui est un des personnages ressemblant le moins à son personnage animé a pour le coup été bien choisi en ce sens. Deuxième bonne idée reprise : la femme forte, indépendante, curieuse et éduquée incarnée par Belle. Ce n'est jamais un message superflu. A cela, il est ajouté par contraste un village conservateur (cela est plus manifeste que dans le dessin animé), hostile à l'émancipation des femmes, qui fait parfaitement sens dans un petit village isolé de France du début du XVIIIème siècle. Il est en effet intéressant de montrer comment l'individu qui sort des clous et particulièrement celui-ci qui remet en cause un ordre établi est soumis à la pression sociale. Non pas qu'il faille être marginal coûte que coûte, mais le contexte social archaïque le justifie ici. Au-delà de Belle, la fée se présente toujours sous une forme marginale lorsque qu'elle n'est pas révélée. Cette histoire de fée cachant son identité par sonder les cœurs est une très vieille histoire européenne puisque cela remonte à l'Europe celtique, un folklore toujours vivace. 
En revanche, le choix de défendre la diversité est louable mais peu à propos ici. Il n'est en général pas nécessaire d'indiquer l'époque et le lieu dans un conte : "Il était une fois, dans un pays lointain" est beaucoup plus sage. Mais lorsque qu'il est précisé que le conte se passe dans un petit village perdu très conservateur de France, au début du XVIIIème siècle, la représentation de la diversité n'est pas pertinente. La représentation de la diversité passe un peu mieux dans le milieu nobiliaire, plus ouvert sur le monde mais cela reste ambigu (le racisme n'est pas encore conceptualisé à l'époque mais le contexte est tout de même celui du commerce triangulaire). Il n'est toutefois pas incongru de vouloir représenter un conte à l'image de la société contemporaine, mais dans ce cas, il est plus habile de ne pas préciser le contexte. Autre innovation dans les messages, l'homosexualité. Disney avait évoqué la transformation de LeFou en parangon de l'homosexualité, créant des polémiques de part le monde. Force est de constater que d'une part c'est à peine suggérée, d'autre part, la représentation est douteuse. En effet, si Disney n'avait pas décidé de communiquer sur ce sujet et de se vanter d'être l'avant-garde du progressisme, probablement que le personnage de LeFou n'aurait pas fait grand bruit. L'homosexualité du personnage est montré de manière plus ou moins explicite par deux plans (le suçon sur le ventre lors de la danse dans la taverne, et la danse de fin avec un autre homme) de moins d'une seconde! Et pourtant pour le coup, le contexte était favorable à la cause. En effet, le contexte est celui de l'Europe des libertins. En outre, la représentation du personnage est assez contestable car dépeint comme maniéré. Voilà un cliché de l'homosexualité : pas de quoi se prendre pour le chantre de l'évolution des mœurs. Et pourtant, ces nouveaux questionnements sont pertinents sur le fond. Ils sont la preuve qu'il était possible de proposer quelque chose de nouveau mais à condition d'avoir la volonté de se détacher du film de 1991 pour être bien amenés. 

En définitive, La Belle et la Bête est bon film, mais par le fait que le dessin animé dont le live-action est adapté, soit un chef d'oeuvre. Un peu trop facile.


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dimanche 5 février 2017

La La Land


Synopsis :

Mia et Sebastian ont tous deux des rêves. Mais la réalité ne se plie que rarement aux désirs des Hommes et oblige à faire des compromis. C'est dans ce contexte que les deux jeunes gens se rencontrent...


Commentaire : 

Un musical hommage

Damien Chazelle réalise un beau film musical en hommage au genre du Backstage musical des débuts du technicolor et aux réalisations de Jacques Demy. La réalisation est élaborée, évidemment allant au-delà du narratif comme tout film du genre mais avec une audace encore plus poussée. La mise en scène est travaillée d'abord parce-qu'il y a nécessité de filmer des chorégraphies de manière dynamique. Mais Damien Chazelle pousse la difficulté en filmant la plupart des chorégraphies en plan séquence riche en mouvements, parfois circulaire à la Max Ophüls, et cela avec la voix originale des acteurs chantant en temps réel. C'est audacieux et sophistiqué, la facilité n'est pas recherchée. L'objectif est l'authenticité. Les transitions sont aussi travaillées pour que visuellement cela se raccorde avec élégance. On remarque ainsi que la forme est au centre des préoccupations ; c'est un film visuel et auditif avant d'être un film intellectuel. Les hommages sont nombreux : les citations, références, allusions et clins d’œil vont au-delà du genre du musical, c'est toute une époque dorée et colorée qui est magnifiée. Il y a dans cette application, la trace de l'ancien étudiant, érudit sur son sujet, avec la passion nécessaire pour porter un projet qui relève d'un genre aujourd'hui abandonné.  

Des performances marquantes

Les performances des deux têtes d'affiche Ryan Gosling et Emma Stone sont de haut niveau. Les acteurs ne sont pas doublés et pour les scènes musicales ne sont pas coupées. Cela demande un énorme travail en amont. Emma Stone est bluffante au niveau de son interprétation dans les scènes chantées/dansées ainsi que dans les scènes plus classiques. Ryan Gosling est extraordinaire au piano, sachant qu'il a appris pour le film. Il joue lui même les partitions du film d'une traite dans ses scènes. C'est un investissement caractéristique des grands acteurs. Concernant la qualité du musical en tant que telle, la composition de Justin Hurwitz est très bonne. Les parties chantées (des deux héros) sont plutôt jolies sans être extraordinaires. Damien Chazelle voulait semble t-il plutôt donner à son film une dimension humaine, dans le sens où ses personnages principaux ne sont pas des spécialistes du chant et de la danse. La relation entre les personnages est plus importante que la performance en elle-même. Ce choix est compréhensible, mais au point où on en était, on était près à croire à des séquences musicales éblouissantes. C'est d'ailleurs un accord tacite du musical.

Thèmes : les sacrifices du rêve [Spoilers]

Comme il est dit plus haut, le film n'est pas conceptuel. Il fait place à la forme artistique et aux relations humaines. Néanmoins, il y a tout de même un message sur le rêve, plus généralement sur l'espoir. Les héros sont dans le désir de l'avenir et en vérité, malheureux de leur situation présente car il n'y a pas de désespoir sans espoir. Il est intéressant de noter que les héros réussissent finalement lorsque l'espoir disparaît. Le film le démontre bien, il ne s'agit pas d'abandonner ses rêves mais de ne plus être hanté par eux ; il faut simplement mettre toutes les chances de son côté en saisissant les opportunités de la vie. Néanmoins, comme le montre le dénouement, atteindre son rêve demande de faire le tri dans ses objectifs, autrement dit de faire des sacrifices. La rêve absolu aurait été la vie présentée dans le dernier flashback idéal, mais la vie est fait de compromis. L'objectif des héros demandait leur séparation sans pour autant regretter le passé, ni le présent, comme le témoigne le dernier sourire que s'échange les protagonistes. Cela apporte un petit côté romance tragique et amer qui donne une autre ampleur à cette histoire qui aurait été peut-être sinon un peu trop convenue. Il n'est pas inintéressant de faire un parallèle avec la réflexion sur le jazz dans le film, qui ne peut rester immuable, qui doit répondre, dans une certaine mesure, au temps présent. C'est peut être également le cas du genre du musical, cela donnant un côté métafilmique à cette oeuvre, qui ne peut être une pâle copie de l'époque dorée mais doit se réinventer tout en sachant d'où il vient.

En définitive, La La Land est un excellent musical qui touchera encore plus les amateurs du genre de l'époque dorée, ce film étant un hommage aux films hollywoodiens et français du genre.



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lundi 16 janvier 2017

La Grande Muraille


Synopsis :

Il y a bien longtemps, un groupe d'occidentaux à la recherche de la poudre noire atteignaient l'Empire du Milieu. Impressionnés par la Grande Muraille, ils comprennent qu'elle protège l'empire d'une menace terrifiante...


Commentaire :

Un film chinois

Zhang Yimou réalise un film dont il est aisé de reconnaître la signature des grandes productions chinoises (hors cinéma hongkongais). Les effets sont poussés, zooms violents, ralentis, travail sur la chorégraphie des combats, travail sur le mouvement des groupes (armée). Notons que les costumes (confectionnés par Weta, cf Le Seigneur des Anneaux) sont particulièrement beaux. Les effets spéciaux sont moins réussis et rappellent les imperfections des grandes productions chinoises récentes. La mise en scène, certes peu raffinée, est plus que fonctionnelle, elle est signifiante. La manière de filmer les groupes traduit la notion d'ordre, de hiérarchie. Au contraire, les occidentaux ont droit à des gros plans, ils sont individualisés. Si la mise en scène est un peu bulldozer, on ne peut lui reprocher de servir le fond, en cela, peut-être à la manière des films idéologiques provenant des régimes autoritaires passés, il y a bien une recherche de faire correspondre la forme au fond. Qu'on aime ou pas la traduction visuelle ou le message, cette recherche est bien une caractéristique de l'art. En cela, ce film est plus intéressant qu'un blockbuster classique hollywoodien standardisé à la mise en scène plan-plan. Le scénario est peu intéressant, le travail sur les personnages médiocres, c'est donc le film en tant qu'objet intellectuel chinois qu'il est intéressant d'analyser.

Du soft power chinois

Bien que les fonds de production soient mixtes, il est manifeste que la Chine est derrière ce projet. Il s'agit de vendre son image sur la scène internationale et le fait de choisir un acteur occidental participe de cette stratégie pour faire pénétrer le film sur le marché européo-américain. Il n'y a pas de white-washing à chercher, le rôle est fait pour un occidental comme le souligne le réalisateur. L'action se passe dans une Chine mythique, et cela est dûment mentionné dans le film alors qu'un conte européen ne préciserait pas la localisation exacte de l'action. Le petit texte d'introduction présente la Muraille chinoise comme l'oeuvre la plus importante et merveilleuse de l'humanité pour lier définitivement le nom de la Chine à cette oeuvre monumentale. Les occidentaux n'ont pas nécessairement le bon rôle, dans la première partie leur vocation est de s'émerveiller devant l'armée chinoise, si belle, si organisée, provenant d'un peuple avancée, disposant de nombreuses technologies dont la fameuse poudre noire. Les occidentaux, qui sont généralisés (pour les Chinois, tous les abrahamiques sont mis ensembles), sont avides de pouvoir et de richesses. Que cela soit par leur pensée ou leur aspect; ils sont loin de la civilisation chinoise (les armées chinoises rappellent les peuples elfiques du Seigneur des Anneaux de part leur costume raffiné et leur attitude). Le personnage de Matt Damon est un peu différent mais constitue l'exception dans la civilisation occidentale. Le message politique est assez manifeste. 

Les thématiques : au nom du collectif!

Si la Chine est si grande, c'est parce que les individus sont au service du collectif. Il s'agit d'un idéal qui donne un sens à la vie et pour lequel il est honorable de se sacrifier. Servir un idéal peut être très honorable, certes, mais le film ne dit pas ce qu'il est, on devine que c'est la patrie, ce qui ne va pas sans questionnement. Les occidentaux, eux, sont dans un état de survie, ils se battent pour manger, pour l'argent voire pour Dieu - le film ne donne (justement) aucun crédit à cette option (marxisme oblige). L'histoire présente donc les occidentaux négativement mais la raison qu'ils en donnent peut être contestée, il est normal de penser à sa survie. Tout l'enjeu du film est que le personnage de Matt Damon adopte la pensée chinoise, certes séduisante sur le papier, capable de produire d'immenses choses mais au prix d'une soumission totale à la patrie. Non pas qu'il ne faille pas suivre des règles mais comprendre en quoi des règles sont nécessaires est primordial, ce que le film laisse de côté (pour la fiction les chinois sauvent le monde donc la raison est juste mais pas pertinente pour s'appliquer à notre monde). Certes, à la fin, le film prétend qu'une alliance entre les deux pensées, chinoise et occidentale, est possible et même productive mais il s'agit plus de la pensée chinoise alliée à l'habilité occidentale. On reconnaît toutefois la volonté de faire un pas vers l'autre. Autre point amusant, si la patrie est louée, l'empereur est lui dénigré et on comprend pourquoi dans un régime marxiste. Cela n'est pas innocent. Enfin, dernier message intéressant ; la technique ne peut aller qu'à des Hommes raisonnables, c'est le cas pour la poudre noire. Les occidentaux voudraient en faire commerce et l'utiliser pour la guerre alors que la Chine l'use avec raison. Dans le fond, le message est juste. Comme dirait le grand philosophe Ben Parker (^_^) : "De grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités", et il est vrai qu'il ne s'agit pas de partager le savoir n'importe comment au nom de principes hasardeux. 

En définitive, La Grande Muraille est une fiction quelconque mais intéressante en tant qu'objet intellectuel présentant une pensée chinoise.



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