Les sorties de la semaine

vendredi 25 décembre 2015

Au Coeur de l'Océan


Synopsis :

L'Essex, baleinier du XIXème siècle, part à la recherche d'huile de baleine. George Pollard est le capitaine du navire mais c'est le commandant en second, Owen Chase qui prend en main toute la navigation. Pendant quelques mois, la chasse est peu fructueuse mais l'aventure va s'animer lorsque le chasseur devient la proie... 


Commentaire :

Ron Howard toujours solide à la réalisation

Ron Howard réalise ici un film très prenant. La réalisation est rythmée tout en limitant les scènes de pure action. En effet, le but est de mettre sur écran "l'histoire vraie" et non le roman de Moby Dick. Ron Howard propose des scènes d'action comme dans tout film de divertissement mais ménage des pauses, cela renforçant l'effet de réalisme. L'histoire est racontée a posteriori par un personnage ; il y a donc également des retours entre les deux époques. De plus, au sein de l'histoire principale, Ron Howard s'attarde énormément sur le contexte et les relations entres les personnages. Le rythme est dynamique mais l'élément qui peut laisser un goût étrange à la sortie du film est le fait qu'il n'y ait pas vraiment de climax. Néanmoins, on expliquera cet élément ultérieurement par le fait que l'aventure de la chasse à la baleine n'est en fait pas le cœur de l'histoire. Les décors sont eux magnifiques, la ville mais surtout le baleinier d'époque. Les baleines dont le cachalot blanc sont d'un réalisme stupéfiant. Tout en étant fonctionnel, l'esthétisme des plans est très travaillé et l'étalonnage des couleurs renvoie constamment au bleu de la mer. Les plans de dérive dans l'Océan Pacifique ne vont pas sans rappeler de temps en temps Le Radeau de la Méduse, d'ailleurs il s'agit de deux tragédies de la même époque. Notons également que de nombreux plans ont une réelle profondeur de champ rendant la 3D très immersive. La musique de Roque Banos est mise à l'honneur par la mise en scène de Ron Howard, celle-ci laissant la bande musicale s'exprimée lors de séquences descriptives.

Le travail des personnages (Spoils)

Les personnages sont travaillés et notamment les relations entre eux. Les acteurs sont excellents, portés par le charismatique Chris Hemsworth (Chase). Certains pourront faire le reproche de la relégation de Moby Dick au second plan, car il est vrai que le cachalot, tout cristallisant l'attente des personnages et des spectateurs, n'est pas tant le sujet du film. Néanmoins, il faut rappeler qu'il ne s'agit justement pas de Moby Dick mais du cachalot blanc ayant inspiré la légende et qui malgré tout est déjà bien singulier pour un cachalot. Les personnages centraux de l'intrigue sont donc le capitaine (Pollard) et son second (Chase) dont Ron Howard s'attache à décrire leur état d'esprit et à filmer leur physique meurtri dans la deuxième partie du film. 

Thématiques intéressantes (Spoils)

Il y a, tout au long du film, le sentiment que Ron Howard veut aborder énormément de sujets traitant à la société, d'où la "pale" figure du cachalot. Le premier élément à noter est que malgré l'enthousiasme des personnages, le sujet central du film, c'est à dire la chasse à la baleine, est montré comme une activité brutale et sanguinaire . Ron Howard nous montre des cachalot se faire harponner et il insiste plus sur leurs tentatives de débat et de fuite que sur l'effort des marins. Le film insiste également lors d'une scène sur le fait que c'est une mère protégeant son petit qui est prise pour cible. Lorsqu'un cachalot agonisant est achevé, le personnage de Chris Hemsworth (Chase) et le narrateur personnage semblent tristes. Le découpage de la bête est également filmé de manière à répugner. D'ailleurs le film montrera en conclusion le personnage de Chase changeant d'activité ; peut-être la morale de l'histoire. Le cachalot blanc est lui traité à la manière d'un Godzilla venant rétablir les équilibres naturels, bousculés par l'avidité et la perte de raison de l'homme (le film le dit explicitement). Alors que les personnages se pensent les créations supérieures de Dieu, le cachalot vient les remettre à leur place. Il ferra même preuve de compassion. C'est le seul "personnage" qui montrera une attitude positive que l'on attribut habituellement à l'homme. Ironiquement, cette compassion est absente chez les hommes : une scène montre un vaisseau croisant les naufragés et ne leur portant pas secours du fait que ces derniers ait dû tomber dans le cannibalisme.
Les armateurs de chasse à la baleine sont eux traités comme des figures du capitalisme. Ils ne se soucient ni des hommes ni de l'honneur. Il est d'ailleurs fait un lien intéressant entre l'huile de baleine et le pétrole qui va lui succéder. 
L'autre thème particulièrement important, si ce n'est le plus important, est la question de classe. Le capitaine Pollard est de sang "noble" et cherchera toujours à imposer sa vision à Chase qui est lui d'origine sociale modeste et fils de criminel. Ron Howard ne laisse pas de doute quant au traitement du sujet : Pollard prend constamment les mauvaises décisions alors que Chase est iconisé. Pollard finira par reconnaître au fil de l'aventure que Chase, malgré son sang, est plus compétent que lui : et là est bien la seule chose qui compte dans l'adversité. 

En définitive, Ron Howard se sert de l'histoire ayant inspiré Moby Dick pour traiter de grandes thématiques sociales, le sujet étant un peu déplacé en conséquence par rapport à l'attente. Néanmoins le fond et la forme y sont et le tout est divertissant. Un bon film! 



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samedi 19 décembre 2015

Star Wars, Le Réveil de la Force


Synopsis :

30 ans après la chute de l'Empire, une organisation à l'idéologie semblable prend progressivement le contrôle de la galaxie. La République et la Résistance sont débordées et Luke Skywalker est introuvable... 


Commentaire :

Divertissant : Dynamique et Nostalgique

Abrams sait y faire en mise en scène narrative et en effets spéciaux. La mise en scène est globalement plus dynamique en terme de plans et d'action que les anciennes trilogies. Hormis la première demi-heure qui iconise le grand méchant Kylo Ren et prend le temps de présenter la nouvelle héroïne Rey et son environnement (la planète Jakku), le film est un flot continue d'action. Les scènes s'enchaînent à une vitesse folle ce qui rend l'ensemble très dynamique et fluide. Il n'y a pas de fulgurance dans la mise en scène, cela rendant par contraste le dernier plan encore plus marquant avec le mouvement circulaire typique de la prise de vue en hélicoptère. La mise en scène, assez fonctionnelle, n'est pas formellement marquée par Abrams si ce n'est le flash back dans la scène de la cave et le cliffhanger, des procédés plutôt sérials. Cette nouvelle touche est certes originale pour la saga mais plutôt simpliste comme procédé de mise en tension. On note par ailleurs quelques transitions héritées de Lucas ainsi que certains plans hommages comme pour les X-Wings. Concernant l'envergure du film ; autant les lieux que les personnages délaissent le monumentalisme shakespearien pour un environnement moins foisonnant (à l'image de la première trilogie et en opposition à la prélogie et son monumentalisme antique) et des personnages au traitement plus naturaliste, c'est à dire moins théâtraux. Finn a un côté pragmatique le rattachant plus à un Han Solo, franc avec une touche d'humour qu'à un personnage sérieux de la prélogie (si on omet Jar Jar). Le monumental disparaît dans la bande musicale, Williams s'adaptant au style d'Abrams : résultat, moins de thèmes marquants mais un travail sur la finesse de la mélodie. Concernant les effets spéciaux, le bon point est le retour aux animatroniques pour un résultat plus réaliste et plus organique. En terme de design, BB-8 et Maz sont de très bonnes trouvailles. Le design de Kylo Ren, grand nemesis, est également un succès. Ainsi, le film fonctionne très bien en tant que divertissement autant du point de vue de la mise en scène narrative, très dynamique que d'un point de vue esthétique.

Copier et tuer le père

L'amour déclamé pour la première trilogie est telle qu'il est tout de même problématique. La nostalgie fonctionne plutôt bien avec le retour des personnages stars (Han Solo, Leia & Chewbacca) mais beaucoup moins avec l'hommage scénaristique. L'épisode se trouve être un condensé des épisodes IV, V, VI, (Jakku - Tatooine, Nouvelle étoile noire, Luke - Rey, Han Solo - Finn, Maz - Yoda, BB-8 - R2D2, Résistance - Rébellion, Empire - Premier Ordre) ce qui explique en partie son dynamisme mais qui provoque une négation des accomplissements scénaristiques précédents. Luke et Leia ont échoué à éliminer le côté obscur, l'accomplissement politique de la rébellion est fortement amoindri. L'accomplissement de la prophétie autour d'Anakin est nié : bien qu'il s'égare pendant un certain temps de sa voie, il finit tout de même par éliminer l'Empereur et à ramener l'équilibre dans la Force. Or on apprend ici qu'il n'en est rien. On est si loin de ce but que l'épisode s'appelle le Réveil de la Force, ce qui montre parfaitement qu'il n'y avait nul équilibre. La volonté d'Abrams et des scénaristes de refaire la trilogie entraîne aussi des contradictions dans le système politique présenté. La Rébellion (Résistance) et la République ne peuvent pas coexister, la République est le prolongement politique de la Résistance; ce ne sont pas deux systèmes parallèles. Néanmoins l'hommage d'Abrams obligeait le retour de la Résistance : c'est cette situation de lutte contre un pouvoir fort qui l'intéresse. Il a vite fait de rayer de la carte la République grâce à sa grosse étoile de la mort, histoire de pouvoir faire son reboot. Pourtant, le groupe anti-système dans l'épisode VII n'est pas la Résistance mais bien le Premier ordre, qui aurait pu être qualifié d'ailleurs de "Groupe terroriste" (pour montrer que la qualification de résistants ne dépend pas seulement de sa place par rapport au système mais de l'objectif idéologique de la lutte). A ce titre, notons que Kylo Ren rassemble plus à un jeune radicalisé en rupture avec ses parents se réfugiant dans une idéologie violente et totalitaire (une fois le masque tombé) qu'à un grand méchant de Lucas.

Les messages entre modernisme et redites

Un des majeurs problèmes de l'épisode VII est qu'il n'apporte pas de nouveaux questionnements étant une redite de la première trilogie. C'est d'ailleurs pourquoi de nombreux fans ont conspué la prélogie car elle apportait des questionnements nouveaux et donc différents. La prélogie est un questionnement sur l'homme délaissant la raison pour les émotions et la pulsion. En toile de fond, il y a un questionnement sur la philosophie politique (le passage d'une république à un empire, traduit par les arguments de Platon ou Kant -Anakin- contre Aristote -Padmé). La première trilogie est un questionnement sur l'homme et sa filiation et la place du choix (Luke décide ne pas suivre son père). Le questionnement politique est plutôt absent de la première trilogie. L'épisode VII reprend le thème de la filiation père fils avec Kylo Ren et Han Solo dans un jeu de miroir inversé. Néanmoins, il n'y a rien à redire fondamentalement sur ce thème : Kylo Ren fait simplement le mauvais choix. Cela en devient donc juste un élément narratif. Cependant, il reste deux épisodes, peut-être que des questionnements nouveaux vont se poser. 
En revanche, il y a potentiellement un contre-sens fait à Lucas concernant la Force. Pour ce dernier, l'effort et l'éducation sont des clefs pour cultiver son être. La notion de maître et donc de savoir est fondamentale. Malheureusement, l'aptitude Jedi est presque autodidacte dans l'épisode VII chez Rey (voire Finn), celle-ci réussissant à tenir tête à un adepte entraîné du côté obscur. La Force n'est plus le fruit d'un travail. Cela entraîne un relativisme plutôt déplacé. Néanmoins, le message pourrait encore empirer si Rey se revèle être "une fille de", fille de Luke ou Leia par exemple. Cela voudrait dire que les hommes n'ont un destin exceptionnel que s'ils sont par nature exceptionnels, autrement dit de sang bleu. Les hommes ne sont donc pas tous égaux : comme message il y a mieux. Certes pour Lucas, il y a des petites différences de naissance mais il précise bien qu'Anakin ne fera jamais quelque chose d'exceptionnel s'il reste avec sa mère, c'est pour ça qu'il est pris en tant qu'étudiant. Si la saga s'engouffre dans cette voix, elle prônera une philosophie profondément fausse : les hommes ne sont pas égaux par nature mais l'éducation est relative. 
Ce qui est intéressant en revanche dans la nouvelle trilogie est le choix d'une femme et d'un héros principal de couleur. Cela est concrètement un choix moderne. Néanmoins, cela reste factuel car ces éléments ne sont pas pour l'instant un moteur de l'intrigue. Bref, concernant le travail sur les messages, ce film est peu pertinent à l'image d'un Jurassic World au regard de son original. 

En définitive, Lucas a tout compris lorsqu'il dit que "ce film devrait plaire aux fans" lorsqu'on connait son rapport avec ces derniers. Pour les autres, c'est un bon divertissement tenant beaucoup plus du fan-film que d'une réappropriation de la saga. Abrams est plus à l'image de son méchant, un fétichiste de la première trilogie qu'un nouveau maître... I have a bad feeling about this. 



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mercredi 25 novembre 2015

Hunger Games : La Révolte Partie 2


Synopsis :

Alors que la Rébellion a réussi à récupérer Peeta, ce dernier garde toujours des traces du formatage que lui a fait subir le Capitole. Katniss, aussi affectée physiquement que psychologiquement, doit continuer à soutenir la Rébellion pour mettre à bas la dictature...


Commentaire :

Réalisation propre

Francis Lawrence termine la saga avec un film très bien ficelé. La réalisation reste classique mais fait parfaitement son travail. Beaucoup de gros plans sont présents afin d'insister sur le ressenti des personnages, le travail sur la psychologie des protagonistes étant particulièrement important dans cet épisode. Ce que l'on pouvait reprocher au précédent volet au niveau du rythme est absent ici. En effet, le film est dense avec beaucoup d'action et de tension, notamment dans ses premiers trois quart. Un passage rappelle même des scènes de films tels que The Descent ou Alien, tant le film monte en tension. La dernière partie est plus calme du fait du travail sur les messages du film que l'on décrira en dernière partie. Même si la fin est un peu longue, il ne faut perdre de vue que le Hunger Games, La Révolte Partie 2 doit conclure les quatre films. La musique de James Newton Howard est excellente et pallie les scènes qui pourraient paraître trop longues (la dernière scène du film en est un exemple). Nous pouvons également dire quelques mots des décors, très photos réalistes et réussis. Ivry sur Seine, Noisy-le-Grand et le Château de Voisins sont des éléments du décor qui rendent très bien à l'écran pour représenter Le Capitole. En définitive, ce dernier épisode est très bien réalisé et fait aboutir de manière très clair toutes les intrigues. 

Acteurs excellents 

L'ensemble des acteurs est excellent. Julianne Moore et Donald Sutherland sont très bons dans leur second rôle, ainsi que le regretté Philip Seymour Hoffman dans son dernier rôle au cinéma. Jennifer Lawrence est toujours aussi sublime et d'une justesse impressionnante. Elle porte toute seule la franchise depuis le début. Par ailleurs, son personnage est tourmenté dans ce dernier film, parfois dépité, triste, en pleine réflexion ou déterminé et Jennifer Lawrence est toujours parfaite dans son interprétation.

Les messages : conclusion du questionnement politique

La conclusion des différentes intrigues permet de constater la réelle profondeur de la saga.
Il y a tout d'abord la question politique qui est le thème principal d'Hunger Games. Cette dystopie est l'histoire de la révolte contre un pouvoir tyrannique. La question de la propagande est au centre de l'intrigue puisque Katniss Everdeen est constamment instrumentalisée par les deux partis. Katniss n'est pas différente des autres, elle n'est pas un super-soldat, mais elle est un symbole construit capable de soulever les foules. D'ailleurs, elle comprends elle même la situation ; sa seule destinée possible se trouve malheureusement pour elle dans les clips de propagande de la rébellion, alors qu'elle critique de plus en plus les moyens utilisés pour atteindre la victoire. La réalisation insiste constamment sur les écrans dans l'écran afin de montrer la bataille de propagande entre les deux camps. La grande force de ce dernier épisode est qu'il montre que la Rébellion n'est pas si parfaite que cela. Autrement dit, Katniss et le spectateur font la critique du camp présenté comme gentil depuis le début.  Le renversement du pouvoir tyrannique devra amener un changement du système politique sinon les batailles menées auront été inutiles. Le problème n'était pas tant une question de personne (Snow) que de système politique. 
Le deuxième élément particulièrement mis en valeur dans cet épisode est la trace de la guerre sur les hommes. En cela, Katniss, très affectée, montre qu'elle n'est qu'une simple humaine. La guerre n'est pas seulement une tragédie de l'instant mais un désastre à long terme pour les esprits. Montrer la guerre et les conséquences de la guerre est un choix très intéressant. 
Enfin, le dernier message se trouve dans la conclusion de l'intrigue du trio amoureux, qui était auparavant un élément du scénario assez ennuyant du fait qu'il ralentissait l'intrigue principale. Néanmoins, cet épisode réussit à donner un sens à cet enjeu qui ne se trouve pas être juste un élément pour adolescents. Elle délivre une véritable conception de l'amour. Katniss remettra constamment en doute son choix au regard des actions de Peeta et de Gale pour choisir celui qui possède l'éthique de vie la plus juste.

En définitive, ce dernier Hunger Games se trouve être le meilleur épisode de la saga. L'action et la tension sont constantes et la psychologie des personnages est très travaillée. Ce dernier épisode délivre un véritable message sur la politique et les moyens de la guerre en concluant l'intrigue qui courait sur les quatre films.



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mercredi 18 novembre 2015

James Bond : Spectre



Synopsis :

Bond, James Bond est en mission à Mexico lors de la fête des morts. Il est à la recherche d'un individu, Lucia Sciarra, qu'il doit éliminer. Néanmoins, l'agent 007 agit isolément, si bien que même ses supérieurs hiérarchiques actuels ne sont pas au courant de sa mission. Personne n'est digne de confiance...


Commentaire :

Réalisation et hommages impeccables 

En tant que plus gros budget de la saga James Bond, Spectre est effectivement impressionnant visuellement. Tous les plans sont pensés en terme d'esthétisme. La scène d'introduction ressemble (est?) à un plan séquence superbement chorégraphié. Cela est suivi par le magnifique générique de début, sur la sublime chanson de Sam Smith. Notons dans le registre musical que la partition de Thomas Newman respecte parfaitement le style des anciennes musiques de James Bond et ancre Spectre dans le mythe. Au-delà de la musique, énormément d'hommages en terme d'accessoires, de lieux et des effets de réalisations (parfois avec un résultat comique recherché) font référence aux premiers James Bond. Néanmoins, il faudra être un réel amateur de la saga pour tous les noter. Il sera également nécessaire d'avoir en tête les anciens James Bond version Daniel Craig pour se situer dans l'intrigue. Dans les très bons points, notons également les effets spéciaux qui ont privilégiés cascades, vraies explosions et décors en dur plutôt que d'avoir recours massivement aux effets numériques. Avec la pellicule 35 millimètres, cela contribue aussi à retrouver la patte des anciens James Bond. L'effet de crédibilité visuelle est là. Ainsi, en terme de réalisation pure, Sam Mendes a fourni un travail de qualité.

Scénario mécanique 

Le problème de Spectre réside dans le scénario. Peut-être que cela est dû au piratage dont a été victime Sony qui a obligé l'équipe à réécrire le scénario. Quoiqu'il en soit, la trame de l'histoire se déroule sans que l'on ne comprenne toujours pourquoi. Le film donne l'impression d'une succession de scènes, du fait que celui-ci n'ait pas assez appuyé les enjeux et les motivations des personnages. Cela n'empêche pas les scènes d'être bonnes isolément. Les explications sont donc un peu trop faibles pour justifier une progression logique de l'intrigue. Certaines scènes paraissent par ailleurs assez étranges d'un point de vue de la narration (dans une scène, James Bond subit "une expérience" qui aurait dû lui laisser des séquelles mais il semble en définitive n'avoir rien...). En outre, certains personnages sont anecdotiques ou sous exploités, comme Dave Bautista, Monica Bellucci et même Christopher Waltz, pourtant grand méchant de l'histoire et même de la saga selon le film. C'est assez dommage lorsqu'on connait le talent de ces acteurs. En conséquence, le scénario présente des faiblesses narratives qui tranchent avec la crédibilité visuelle. 

Des thématiques déjà vues et peu développées 

Le complot gouvernemental dans son ambition à contrôler tous les citoyens a déjà été abordé au cinéma, récemment particulièrement. Citons Captain America et le Soldat de l'hivers ou Mission Impossible: Rogue Nation. Spectre ne pousse pas plus le questionnement si bien que sa contribution sur le sujet est nul. Pourtant il y a des choses à dire sur la transparence ou le conflit entre despote éclairé/démocratie. La démocratie est posée comme un absolu indépassable alors les défenseurs du contrôle gouvernemental sont des méchants mégalomanes peu convaincants. En outre, on ne sait pas trop pourquoi la collaboration antiterroriste internationale est montrée comme une menace... bref, sur le fond, le film est plutôt faible.

En définitive, James Bond est un film de grand spectacle qui atteint la qualité visuelle attendue. Le scénario et les thèmes sont en revanche plutôt décevants, cela n'empêchant pas le moment de divertissement. 



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mardi 27 octobre 2015

Seul Sur Mars



Synopsis :

Mark Watney et ses coéquipiers sont en mission sur Mars dans un avenir proche. Alors qu'ils mènent des expériences, une énorme tempête est détectée. Le commandant décide d'avorter la mission et de quitter la planète. Malheureusement, Mark Watney n'atteindra jamais la fusée, emporté par les vents martiens...


Commentaire :

Une réalisation très propre

Ridley Scott réalise très soigneusement Seul Sur Mars. Comme à son habitude, les plans sont très travaillés, magnifiques lorsqu'ils montrent des paysages, avec un véritable sens (narratif ou explicatif) pour les personnages ou les éléments de décors comme les navettes et modules. On notera une introduction où on se prépare à voir la Terre alors que c'est la planète rouge qui apparaît, élargissant de fait l'horizon de l'humanité. On remarque également dès le début dans la mise en scène que Mark Watney est séparé des ses coéquipiers, que cela soit par les plans ou le costume. Ridley Scott confirme ainsi qu'il est un des meilleurs artisans dans son domaine. Toutefois, la réalisation reste classique, c'est à dire très narrative, si ce n'est les plongées totales pour faire écho aux images satellites. Que cela se passe dans l'espace ou non influe peu sur la grammaire filmique au contraire d'un Gravity. Soigné mais conformiste. 

Matt Damon au top

Malgré un casting extraordinaire (Jessica Chastain, Kristen Wiig, Sean Bean, Kate Mara, Chiwetel Ejiofor etc), Matt Damon porte le film, notamment en première partie. Sa performance est très juste et sa présence suffit à maintenir l'attention. En effet, le personnage se retrouvant dans une situation de survie où rien n'est prévisible, la tension est constante. Les autres acteurs sont malheureusement plus anodins d'autant plus qu'ils sont nombreux. Leur jeu est juste mais ne marque pas.

Une ode à la science sans réelle philosophie (spoilers)

Le message principal du film est une ode à la combativité et à la technicité. En effet, sur Mars, il ne suffit pas d'être débrouillard, il faut avoir une immense culture générale scientifique et en plus, être pointu dans les différentes disciplines en question. Cette vision de l'astronaute renouvelle l'image de l'aventurier spatial. Un astronaute est avant un scientifique. Le personnage de Mark Watney est admirable car son goût à la vie le pousse à révéler son génie et à forcer son imagination. Pas de créativité sans contrainte... Mark Watney rivalise d'ingéniosité. Sur le fond, le film est très recherché scientifiquement, cela venant du matériau de base, le livre, très fouillé et de la collaboration de la Nasa. Rien que ça. Un spectateur néophyte qui n'est pas spécialiste dans les différentes disciplines scientifiques se perdra malheureusement de temps en temps. Certes, les tempêtes ne sont pas si violentes sur Mars, certes, la gravité martienne n'est pas fidèlement représentée mais pour le reste, tout est juste. Tout ce que fait Mark Watney est également conforme à l'état des connaissances scientifiques. 
Toutefois, le propos ne va pas beaucoup plus loin qu'une ode au progrès. En effet, ce film est plus un film de survival où l'espace relève avant tout du contexte (on ne sait pas réellement pourquoi une équipe est sur Mars) qu'un film de Science-fiction posant un questionnement philosophique sur l'humanité ou l'origine du tout. Ainsi Seul Sur Mars est plus proche d'un Gravity qu'un Interstellar ou un 2001 L'Odyssée de l'Espace. Néanmoins, Gravity était doté d'une réalisation particulière qui le distingue de beaucoup et bien qu'il s'agisse d'un survival spatial, il était rempli de symboles et posait en définitive une question sur l'humanité. Pour Seul Sur Mars, la question est plus "comment" que "pourquoi". De ce fait, comme il a été dit, les personnages sont attachants sans plus, l'émotion est faible. Lorsque Mark perd ses coéquipiers et les retrouve, le film reste très sobre. La solitude n'aura pas été l'occasion de l'introspection. Ainsi, si Ridley Scott est un très bon artisan, il n'est pas un véritable auteur. La technique et la science ne se justifient pas par elles-mêmes.

En définitive, Seul Sur Mars est un très bon film de survival, doté d'une réalisation soignée. La science est montrée sous son meilleur jour. Dommage que l'espace soit paradoxalement plus contextuel que fondamental, limitant de fait les questionnements profonds allant de pair avec les grands films de science-fiction. 




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Bonus teasing
(Introduction à l'histoire du film - se passe avant le début du film)












(Pendant l'intrigue du film)



Pour les anglophones, est-ce que Seul sur Mars est scientifiquement correct ?


jeudi 22 octobre 2015

Paranormal Activity 5 Ghost Dimension


Synopsis :

La famille Fleeges emménage dans une superbe maison. Tout se passe à merveille mais ils remarquent que leur petite fille Leila parle seule de temps en temps. Son père Ryan trouve une caméra et des cassettes dans la maison, qu'il regarde avec son frère Mike. On peut y voir deux petites filles, Kristi et Katie parler d'un certain Toby, comme le fait Leila...


Commentaire :

La 3D, la fausse bonne idée

Après quatre films (plus un cinquième sous forme de spin-off), Paranormal Activity 5 continue la trame principale des quatre premiers films canoniques (Tokyo Night reste toujours à part). Le scénario est correct et le cinquième épisode s'insère assez bien dans la saga, bien que l'histoire commence à paraître longue. Néanmoins, il y a une vraie cohérence globale et une fois l'intrigue développée, Paranormal Activity 5 semble bien poursuivre (ou conclure ?) l'histoire de la saga. Notons toutefois que celle-ci est simple et linéaire. Il y avait matière à inclure des rebondissements mais le film se contente de reproduire le déroulement habituel des Paranormal Activty, avec un petit côté Poltergeist. Cependant, il y a là une ambiguïté parce-que Poltergeist n'hésite pas à montrer le mal alors que la saga Paranormal Activity joue sur le hors-champ et des effets minimalistes. Le problème s'accentue avec l'idée de la 3D. En effet, seuls les phénomènes paranormaux sont en 3D, il faut donc nécessairement montrer. Si cet effet pouvait être pensé comme la nouveauté de la saga, il en résulte dans les faits une trahison du concept de base. Néanmoins, la direction arrive à bien gérer ce choix en limitant le paranormal, la 3D devenant paradoxalement accessoire (seule une caméra de l'intrigue voit les phénomènes paranormaux).  

Une mise en scène très moyenne et non renouvelée 

Paranormal Activity retombe finalement sur ses pieds avec la mise en place de l'ambiance traditionnelle jouant sur le son et les moments de tension. Les instants de sursaut sont habillement distillés, arrivant lorsqu'ils sont attendus ou à contre-temps, ce qui est toujours efficace. Il y a presque pour ce point une science à la James Wan. Malheureusement, il n'y a rien de nouveau dans la mise en scène. Les procédés restent les mêmes alors qu'il y avait une progression au cours des derniers épisodes (caméras panoramiques, nouvelles technologies). L'utilisation de la 3D entraîne une limitation dans la recherche de la mise scène. Le film ne devient plus qu'une succession de jump scares. Lorsque les choses sont visibles à l'écran, la tension est beaucoup moins forte. La peur se provoque donc par le jump scare. Le film en abuse, la réalisation s'étant surement rendu compte que le nouveau concept est moins efficace. Nous ne sommes pas loin du cinéma d'attraction. Saluons tout de même le fait que la saga reste toujours à l'écart du gore pour produire l'épouvante fantastique, ceci étant une très bonne chose.

En définitive, le recours à la 3D dans une saga n'est jamais bon signe, étant souvent le signe d'un manque d'imagination. Le choix est particulièrement contre-nature pour Paranormal Activity mais le film arrive à ne pas trahir complètement la saga. Le scénario progresse et les pièces du puzzle de l'ensemble des films font sens mais la réalisation régresse, se cachant derrière ses jump scares. A voir pour les amateurs de la saga.



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mardi 22 septembre 2015

NWA - Straight outta Compton


Synopsis :

Biopic du plus connu des groupes de rap NWA. Fin des années 80, E-Eazy, Ice Cube et Dr Dre décident de se lancer dans un hip-hop cru, décrivant la réalité de leur vie. Juger trop violent dans ses propos, le groupe NWA va tout de même exploser et conquérir l'Amérique...


Commentaire :

Biopic rythmé 

Ce biopic de plus de 2h30 présente un rythme soutenu, abordant la période d'E-Eazy petit dealer au début, à sa dernière bataille contre le sida. Le contexte américain autour des gangs fait que la tension reste constante au cours du film, d'autant plus si on ne connait pas l'histoire des membres de NWA. Ainsi, la soundtrack tout comme le récit font que le spectateur est complètement pris dans l'histoire, peu importe son intérêt pour le rap. Concernant la mise en scène, elle est tout à fait classique et fait parfaitement son travail de narration. 

Acteurs au top

Pour ceux connaissant un peu les membres de NWA, la ressemblance avec les acteurs au casting est flagrante. Ce soin esthétique est particulièrement poussé. Notons que l'interprète d'Ice Cube, n'est autre que le fils d'Ice Cube, cela aidant beaucoup à faire correspondre les physiques. Néanmoins, au delà des acteurs au demeurant très bons, la géographie et les lieux sont parfaitement fidèles, la partie se déroulant à Compton par exemple ayant été tournée à Compton même. 

Peindre un homme dans toute la vérité de sa nature

Le film a le grand avantage d'intégrer l'apparition du gangsta rap aux crises de la société américaine. Le côté militant des membres de NWA est parfaitement appuyé et peut même raisonner avec l'actualité des bavures policières aux Etats-Unis. Au-delà de retranscrire la réalité d'une époque (non-achevée), sachons quand même garder une certaine distance avec le film puisque celui-ci est produit par Dr Dre et Ice Cube. Sans remettre en cause la véracité de leurs personnages dans le film, il est nécessaire de prendre en compte cette information car l'objectivité sur soi-même est une tache compliquée, qui même lorsqu'elle est recherchée peut être discutable y compris lorsqu'on s'appelle Rousseau...Nul doute que ça l'est aussi pour nos rappeurs.

En définitive, ce film plaira aussi bien aux fans de rap qu'aux autres. Néanmoins, bien garder en tête qu'il ne peut être totalement impartial au vu des producteurs.


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