Les sorties de la semaine

vendredi 13 février 2015

Jupiter Ascending




Synopsis :

Jupiter est une jeune femme, descendante d'une famille russe ayant fui la mafia de son pays. Femme de ménage, elle hait profondément sa vie qui est une longue succession de corvées qui lui permettent tout juste de survivre. Néanmoins, Jupiter n'est pas une jeune fille ordinaire. En effet, toute la galaxie est à sa recherche...


Commentaire :

Un film signé Wachowski

La patte des Wachowski est très rapidement visible dans le film. La principale caractéristique est bien évidemment la complexité du film, car le duo de réalisateurs adorent emboîter les univers (Matrix, Cloud Atlas). Nous attendions avec impatience que de tels réalisateurs de science fiction s'attaquent à la question de l'Univers. Ici, la biosphère terrestre est intégrée à la Galaxie dans laquelle elle a un rôle bien précis pour une civilisation supérieure. Les réalisateurs imaginent un immense univers, tout à fait cohérent, qui incorpore la réalité terrestre comme nous la connaissons. La logique des Wachowski est implacable à la manière d'un Nolan mais beaucoup plus foisonnante, baroque pourrait on dire. La signature des réalisateurs est aussi visible à travers des têtes connues de leur oeuvre cinématographique à l'instar de Doona Bae et James D'Arcy de Cloud Atlas. La seule spécificité du film ici est qu'il présente des passages humoristiques contrairement aux autres films des réalisateurs. Concernant les thématiques récurrentes aux Wachowski, nous les aborderons plus loin.

Le spectacle total

Jupiter Ascending est un film qui relève du space opéra, une aventure spatiale qui offre un spectacle total, où plus exactement une "oeuvre totale" comme le définirait Wagner ou Max Reinhardt. En effet, l'histoire présente des enjeux gigantesques, puisque l'intrigue a des implications universelles au sens premier du terme.  La mise en scène est très soignée mais manque sans doute de quelques plans d'exposition, c'est à dire des temps faibles, qui permettent d'admirer l'univers crée. A vrai dire, bien que les temps faibles soient assez rares dans les blockbusters, le monde des Wachowski est tellement riche visuellement que le film pouvait se permettre d'exposer plus longuement cet univers sublime et complexe. Ainsi, le film est dans sa forme très riche tout en restant classique car narratif (d'ailleurs Cloud Atlas avait prouvé qu'il ne fallait pas trop s'éloigner de la forme narrative au risque de perdre quelques spectateurs). Les scènes d'action ont elles, une mise en scène digne d'un ballet, avec une chorégraphie qui relève aussi bien de la pantomime que du montage. La musique accompagne très bien le film mais reste quand même discrète au regard du visuel. Ce que nous pourrions reprocher à ce blockbuster, c'est paradoxalement d'en faire un peu trop au niveau de l'action spectaculaire (à l'instar de la longue première scène d'action à Chicago), certes parfaitement réalisée mais qui risque d'éclipser le fond, celui-ci étant d'une extrême richesse.

Un film d'une extrême richesse : les thèmes et thèses

Que le film ait un scénario de 600 pages n'est pas surprenant, au regard de la densité d'information envoyée au spectateur. Le simple fait que ce space opéra ait choisit la forme du conte est tout un symbole car un conte est riche en messages et morales. Les morales s'appliquant à l'univers du conte ont pour fonction de faire réfléchir le spectateur sur sa réalité. En vérité, dans le conte, la morale est plus importante que l'histoire, qui n'est qu'un prétexte pour inciter les lecteurs à les écouter. Ici, ce sont les messages qui sont importants et les Wachowski ne vont pas avoir la main légère. Jupiter est une cendrillon galactique, le film cite directement la référence pour qui n'aurait pas fait le rapprochement. Le film cite également la Belle et la Bête qui est une citation encore plus riche de sens car la Bête est un personnage hybride, l'hybridation étant un thème cher aux Wachowski dans l'ensemble de leur oeuvre. Dans Jupiter Ascending, Caine représente la Bête, mais il est loin d'être le seul personnage hybride, certains sont hybridés avec des espèces animales, d'autres avec la technologie. Toutefois, l'hybridation va beaucoup plus loin ici car en vérité tout ce film est hybride puisqu'il s'agit d'un conte galactique. Le film est hybride temporellement car l'histoire se passe à notre époque mais la civilisation galactique possède évidemment des traits supposés de l'avenir de l'humanité mais également du passé (le style renaissance des bâtiments et des costumes - et non kitsch - ou des décors du début du 20ème siècle dans la scène avec Terry Gilliam). Par là même, le film est également hybride dans ses influences avec les contes européens mis en image à la manière d'un film Paramount de l'ère classique avec son visuel baroque, et tout ce qui concerne l'architecture futuriste inspirée par la science moderne. Certaines symboliques sont également empruntées à la religion sans pourtant être religieuses dans le film. "Ascending", le titre anglais a beaucoup de sens, il s'agit de l’ascension chrétienne qui ne pourra être réalisée qu'après la rédemption. Néanmoins ici, il s'agit plus d'un élèvement moral que d'un principe divin. L'Héroïne finit par accepter sa condition humaine et son protecteur récupére ses ailes une fois l'avoir sauvée, tel en ange anciennement déchu. C'est Cain qui fait l’Ascension finalement. Jupiter repose les pieds sur Terre dans tous les sens du terme mais l'ascension lui a été utile pour relativiser sa vie. Les références sont réellement multiples dans ce film, des jeux vidéos aux aliens de Roswell, il est impossible de toutes les citer après une seule séance. Ce qui est certain, c'est que tous les symboles et toutes les références font sens et l'analyse en serait passionnante.

Les messages ne sont pas nécessairement tous faciles à saisir tant ils sont nombreux et parfois évincés par l'action. Le premier message et peut-être le principal est le non-déterminisme car l'héroïne superbement interprétée par Mila Kunis, ne suit pas le chemin que l'on attend qu'elle suive, bien qu'elle soit naturellement/génétiquement destinée à être une Reine. C'est d'ailleurs parce que ses ennemis pensent de la sorte qu'ils vont courir à leur perte, ils prennent Jupiter pour une personne qu'elle n'est pas. Le culturel est donc plus l'important que le naturel : confirmant cette idée, Jupiter rejette ses semblables royaux et elle tombe amoureuse d'un être génétiquement impure. C'est dans cette optique qu'il faut comprendre l'hybridation qui donne des êtres différents, ne serait-ce que visuellement, mais qui peuvent être des êtres plus intéressants que les autres. Ainsi, ce qui nous définit selon le film est nos choix et non notre sang (à ce titre, il intéressant de mettre en regard le choix de Lana Wachowski de devenir une femme, elle a fait un choix contre le déterminisme naturel).
Un autre message important du film concerne le temps, qui est justement décrit comme la denrée la plus rare. De ce fait, une telle ressource ne doit pas être contrôlée par des hommes cherchant à en faire le commerce. Dit en substance, il serait dangereux de laisser cette ressource aux capitalistes. Un personnage dit mot pour mot ce que Hobbes pense de l'homme dans la recherche de ses intérêts personnels. L'homme est un loup pour l'homme et paradoxalement c'est Cain le loup est qui l'être du bien : superbe - l'image est symbolique et non déterministe! Il existe également de nombreux messages subsidiaires ou d'interrogations concernant la vie de demain, autour de la génétique et de la régénération mais aussi l'intérêt général et l'intérêt particulier, l'humilité de l'homme face à l'univers etc, c'est à dire des questions fondamentales pour l'humanité. Il y a également des messages beaucoup plus terre à terre comme la dénonciation de la bureaucratie et il est même fait mention de la mafia russe... Ainsi, au niveau des sujets, le film est également très foisonnant.

En définitive, ce film est riche à tout point de vue, très bien pensé et réalisé. Il est agréablement ambitieux. Le foisonnement visuel et l'action peuvent néanmoins prendre le pas sur les nombreuses thématiques, références et thèses développées. D'où sûrement la tiédeur du public vis à vis de ce film qui ne répond pas nécessairement aux attentes que l'on place dans un blockbuster. Concrètement, c'est un film pour les gamers philosophes, ce que sont les Wachowski!



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mercredi 11 février 2015

Imitation Game



Synopsis :

Alan Turing est un mathématicien hors pair, approché par les services secrets britanniques pour lutter contre l'Allemagne nazi. Avec ses collègues, sa mission est de déchiffrer les messages allemands codés par la redoutable machine Enigma. Tâche impossible pour l'homme, Alan Turing pense que seule la machine peut battre la machine...


Commentaire :

Un biopic passionnant

L'histoire de ce personnage longtemps cachée de la grande Histoire est passionnante. La personne d'Alan Turing est intéressante et intrigante et correspond parfaitement au génie incompris, ce génie dont l'esprit est au-dessus de toutes les futilités du quotidien mais aussi des codes sociaux. Toutefois, son inscription dans l'Histoire est encore plus passionnante car c'est l'originalité de sa personne qui va permettre la résolution d'un problème que n'importe quelle personne normale aurait jugée d'insolvable. Ce film permet de redonner à ce mathématicien oublié toute sa place l'Histoire. Bien que le commun des spectateurs ne puisse comprendre concrètement les recherches de Turing, le film arrive à montrer leurs importances fondamentales dans la guerre et plus globalement dans l'ère informatique.

Le biopic est somme  toute classique, au sens premier du terme, c'est à dire excellent. Aucune fulgurance ou originalité dans la forme, mais la mise en scène purement fonctionnelle est d'une efficacité redoutable. Le montage parallèle qui fait le lien entre trois périodes de la vie de Turing permet parfaitement de comprendre le personnage dans son époque. La musique d'Alexandre Desplat fait son oeuvre en mettant pleinement en relief les moments d'émotion. 

L'importance des acteurs

Les films américains comptent beaucoup sur les acteurs, les studios osant peu innover sur la forme. Ce biopic, comme beaucoup d'autres, est donc un film d'acteur. Toutefois ici, ils sont particulièrement bons, c'est à dire justes et efficaces. Leur interprétation est remarquable, Benedict Cumberbatch en tête. Il est à juste titre nominé pour l'oscar du meilleur acteur, confirmant tous les espoirs qui étaient placés en lui. Keira Knightley délivre également un jeu d'une grande force et mérite sa nomination dans la catégorie meilleure actrice dans un second rôle. Tous les acteurs sont généralement excellents mais le duo de tête est particulièrement impressionnant. Ils rendent leurs personnages intéressants et touchants et font donc du film une réussite.

Des messages bien soulignés

Ce biopic va au-delà de son rôle informatif et délivre de véritables messages. Ces idées étaient plutôt compréhensibles dans l'histoire, mais le film choisit de mettre les points sur les i à la fin, à l'aide de voix-off et de textes avant les crédits. C'est peut-être un peu trop poussé car l'histoire se suffisait à elle-même mais le film remplira ainsi clairement son ambition pédagogique. Les messages sont les suivants : Dieu ne peut sauver l'homme, dans le sens où l'homme est maître de son destin et c'est ainsi qu'il a pu surmonter l'épreuve de son époque. Deuxièmement, ce film souligne le droit à la différence, d'autant plus si la norme n'a pas de réel fondement logique et raisonnable. L'homme, pur esprit de raison, est définitivement libre, brisant l'idée du déterminisme divin (Dieu guide notre chemin) et naturel (la nature nous impose une conduite). 

En définitive, il s'agit d'un biopic très efficace qui rend hommage à des personnages longtemps marginalisés au regard de leur rôle dans l'Histoire. 



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mardi 3 février 2015

Into the Woods


Synopsis :

Un boulanger et une boulangère, Cendrillon, Jack et le Petit Chaperon Rouge sont réunis dans un conte où les souhaits de chacun vont entraîner la réunion de tous les protagonistes. Tout commence lorsque le couple de boulangers découvre qu’il est sous l’emprise d’un sortilège lancée par une sorcière du voisinage, qui l’empêche d’avoir un enfant…


Commentaire :

Tiré du Musical de Broadway

Ce Musical de Stephen Sondheim et James Lapine a été joué quelques semaines en France, au théâtre du Châtelet en 2014. Le film De Rob Marshall reste très fidèle à l’œuvre de départ. Elle a pour principe de mélanger plusieurs contes populaires, tout en se moquant de certains personnages ou de certaines situations incongrues dans lesquelles se trouvent les personnages. Le Musical était de très bonne qualité, avec une belle musique d’orchestre symphonique, parcouru de nombreuses chansons dont certaines sont marquantes et entraînantes. Le conte était divisé en deux actes, le premier étant le plus rythmé et scénaristiquement le plus intéressant, avec les musiques les plus dynamiques. Le second acte est lui, plus une suite annexe que l’aboutissement de l'intrigue, l'histoire paraissant se conclure dans le premier acte. La même impression se fait sentir avec l’adaptation filmique, cette dernière étant toutefois plus courte et donc condensée. Une voix-off permet les raccourcis et ne déteint pas sur la cohérence de l’œuvre. Néanmoins, l'adaptation souffre des écueils du musical original, avec en plus un second acte moins musical (plus traditionnellement joué) que le premier. Notons que la première partie est presque entièrement chantée hormis pour la voix-off. Autrement dit, la magie semble s’essouffler dans la dernière demi-heure et cela plus manifestement que pour l'oeuvre originale.

Du théâtre au cinéma, la nécessité ?

L’adaptation en film était-elle justifiée? Aussi surprenant que cela puisse paraître, il s'agit de la première adaptation Disney d'un musical de Broadway. L'inverse est en revanche moins rare. Concernant cette oeuvre, le conte est riche en lieux et personnages magiques et donc potentiellement intéressant à savourer avec les moyens du cinéma. Néanmoins, ce conte a d’abord été pensé pour le théâtre et de ce fait, il n’y a qu’une faible diversité de lieux (la forêt est le lieu principal): le cinéma apporte donc peu pour sa capacité à changer d'espace en un changement de plan. De plus, la magie du conte obligeait à une mise en scène ingénieuse et très créative au théâtre, notamment pour les quelques changements de décors et pour la représentation de personnages hors du commun comme le géant. Néanmoins, le film ne semble pas vouloir montrer plus que le théâtre musical ne le faisait, ainsi l’adaptation cinématographique n’apporte rien à l’œuvre originale. Certes, les quelques lieux parcourus sont graphiquement très beaux mais ils sont peu mis en valeur. De même pour les personnages principaux qui sont filmés de manière fonctionnelle. Il n’y a pas de chorégraphies particulières pour l’adaptation cinéma, seulement l’alternance de gros plans et de plans américains. La mise en scène est donc plus faible que dans la version Broadway. Cela est quelque peu dommage car le cinéma offre des possibilités que ne permet pas la mise en scène théâtrale. Musicalement, l’œuvre de Stephen Sondheim et James Lapine reste identique en qualité, la seule différence étant que la partition jouée est moins longue et modifiée en certains points. 

Un casting convaincant

Si les effets spéciaux et la mise en scène n’apportent rien à l’adaptation cinématographique, les acteurs sont eux plus convaincants. Emily Blunt tire son épingle du jeu dans le rôle de la boulangère, cette dernière produisant un jeu parfait, chantant merveilleusement bien et étant même plus belle que les princesses. Elle est l’argument principal de ce film. Meryl Streep est également convaincante en sorcière, avec des chansons bien interprétées et un jeu très finement dosé. Le boulanger, interprété par le moins connu James Corden, est une bonne surprise, ce dernier ayant un rôle conséquent pour faire valoir son jeu. Cendrillon a quant à elle une très jolie voix mais manque peut-être un peu de charme (désolé pour Anna Kendrick). Le reste des acteurs est correct. Les princes ont un rôle mineur mais sont bien interprétés : ils sont les principaux protagonistes humoristiques du film car de véritables caricatures du prince charmant. Il nécessaire de dire également quelques mots de Johnny Depp aka le Loup, dans un rôle qui semble avoir été taillé pour lui mais dont l'apparition est trop modeste pour qu’elle puisse marquer. Le film repose ainsi uniquement sur la musique et la performance de ses acteurs.

En définitive, ce musical ne vaut pas l’original de Broadway mais est un bon substitut pour qui n’a pas eu la chance d’assister à l'oeuvre théâtrale. Les chansons sont toujours aussi efficaces et la ravissante Emily Blunt rayonne à chaque fois qu’elle apparaît à l’écran. 




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mardi 27 janvier 2015

Souvenirs de Marnie



Synopsis :

Anna est une jeune fille timide et solitaire. Elle souffre de ne pouvoir se confier à un ami. Un jour, après avoir fait une crise d’asthme, sa tante, chez qui elle vit, l'envoie à la campagne afin de profiter de l'air pur. Près de son lieu de séjour, elle remarque une vieille villa qui l'intrigue énormément...


Commentaire :

Le dernier Ghibli (pour le moment) signé Yonebayashi

Après Arrietty, le petit monde des chapardeurs, Hiromasa Yonebayashi revient avec Souvenirs de Marnie. Comme son dernier film, il s'agit d'une adaptation d'une oeuvre de la littérature britannique, ce qui souligne l'attrait de ce réalisateur pour la culture européenne. De plus, la chanson de fin est confiée à une chanteuse occidentale, Priscilla Ahn, comme ce fut le cas pour son film précédent. La différence ici est que la bande originale du film reste entre les mains d'un japonais, peu connu en Europe, du nom Takatsugu Muramatsu. Celui-ci réalise un bon travail.
Toutefois, le contexte de sortie des deux oeuvres est différent : alors que le premier film était un espoir pour la succession du studio Ghibi, ce film apparaît être le dernier de la maison. Après l'échec commercial de La Princesse Kaguya, qui est pourtant peut-être le meilleur Ghibli, Souvenirs de Marnie peine également à attirer les foules. Yonebayashi est pourtant très prometteur. Ça serait réellement regrettable si le studio s’éteignait avec son deuxième film, d'autant plus que le réalisateur produit ici une oeuvre encore plus aboutie. 

Le style Ghibli Miyazaki

Graphiquement, Yonebayashi s'inscrit dans la lignée Ghibli Miyazaki de part les traits des dessins et le travail de l'arrière plan / de l'environnement très coloré. Takahata avait fait un choix totalement différent avec son dernier bijou. Arrietty avait déjà un dessin très travaillé, mais Souvenirs de Marnie atteint la perfection graphique des films de Miyazaki. Rien à redire sur ce point. Yonebayashi rejoint également son maître dans les inspirations. Miyazaki (contrairement à Takahata) piochait également énormément dans culture occidentale (Le Château dans le Ciel, Le Château Ambulant) pour créer ses aventures, qu'il adaptait au contexte japonais. Ici, la transition entre les deux cultures est réussie. Il est d'ailleurs assez touchant de voir le regard romantique, parfois presque caricatural, des japonais sur la culture occidentale,
Concernant les thèmes similaires à Miyazaki, il y a donc l'occident, mais aussi une certaine forme de modernité étouffante, qui est opposée à la tradition de la campagne bucolique. L'eau dans une certaine mesure et le rêve sont également des éléments que l'on retrouve chez Miyazaki. La différence majeure entre les deux réalisateurs, serait peut-être le traitement de l'histoire. Alors que Miyazaki, hormis pour Le Vent se Lève, s'inscrit dans le genre merveilleux, Souvenirs de Marnie appartient à un genre plus réaliste, fantastique à certains égards mais dépourvu de la magie foisonnante du vieux maître. C'est peut-être en ce sens que Yonebayashi possède un trait d'héritage de Takahata qui dans les années 90 réalisait des films d'animation ancrés dans le réel. En définitive, Yonebayashi se trouve surement entre les deux légendes du studio Ghibli. 


La Thématique

Bien que Souvenirs de Marnie soit tiré d'un roman britannique, la thématique, universelle s'inscrit très bien dans les valeurs japonaises. La thématique est en fait double, il est question du lien entre générations et deuxièmement, de l’introspection. Dans ce film, c'est la compréhension du passé qui va permettre un travail sur soi-même pour finalement retrouver la paix intérieure. Lorsque les enjeux se démêlent en fin de film, le récit est vraiment touchant. En effet, l'introspection permet de comprendre profondément le personnage principal, Anna, pour qui on se prend réellement d'affection. Compassion et empathie donc, le trait commun à toutes les productions Ghibli est surement leur pouvoir à toucher notre sensibilité.  

Pour conclure, Souvenirs de Marnie s'inscrit dans l'héritage Ghibli tout en possédant des caractères singuliers, propres à son réalisateur. Sobre mais touchant, ce film confirme que Yonebayashi a surement les épaules pour reprendre la relève de Ghibli. Tout repose sur le public qui devra accepter un style différent de celui de Miyazaki et dans une moindre mesure de Takahata. 




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mardi 9 décembre 2014

Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées



Synopsis :

Smaug a quitté Erebor et s'apprête à répandre sa désolation sur la ville d'Esgaroth. Bilbo et les nains, responsables de cette catastrophe, ne peuvent que regarder le spectacle impuissants. En ville, Bard est toujours emprisonné alors qu'il est le seul qui ait le courage d'affronter le dragon, pour l'honneur des hommes...


Commentaire :

L'occasion du bilan

Le dernier volet du Hobbit est l'occasion de faire le bilan de cette trilogie. De part sa nature, le Hobbit a toujours été lié et comparé au Seigneur des Anneaux. Bien que les intrigues soient liées, encore plus dans la version de Peter Jackson que dans le livre, les deux trilogies diffèrent sur de nombreux points. L'esthétique premièrement, avec le photo-réalisme (recherché ou imposé) de la première trilogie dans laquelle le numérique ne venait que combler ce que les artifices matériels ne pouvaient réaliser (immenses armées, cités, paysages sortant de l'entendement). Néanmoins, peut-être encouragé par le succès de Gollum et l'évolution des technologies, Peter Jackson est allé plus loin dans le Hobbit. De nombreux éléments sont devenus complètement numériques, en passant par les orcs mais également les décors, parfois complètement réalisés sur fonds verts. Le Hobbit a une esthétique beaucoup plus picturale, colorée  et travaillée (mais donc moins réaliste). Chacun aura son avis, pour notre part nous avons une petite préférence pour la première trilogie. Il ne s'agit que d'un goût personnel. 
Le deuxième élément est le ton des trilogies. Bien que les deux soient également épiques, le Hobbit a un ton moins grave. Il y a de nombreuses pointes d'humour y compris dans les combats, ce qui diminue la gravité ou le sérieux des évènements. Les actions sont parfois poussées à l'extrême ce qui les rend plus impressionnantes mais moins crédibles. Là encore, chacun aura son avis. 
En définitive, nous avons une trilogie du Hobbit beaucoup plus tournée vers le divertissement visuel, qui utilise la surenchère pour "faire plus et faire mieux" et se distinguer du Seigneur des anneaux. Nous préférons globalement le choix fait pour la première trilogie mais il faut savoir que ce choix a peut-être été fait, simplement, pour des raisons de moyens et de technologies à l'époque. Peut-être que si Peter Jackson en avait eu les moyens, il aurait réalisé un Seigneur des Anneaux plus proche de l'Héroic fantasy foisonnant que de la légende germano-celtique à la Wagner. Pour autant, nous pensons que pour le Hobbit, P. Jackson a eu raison d'essayer quelque chose de nouveau pour ne pas faire simplement un second Seigneur des Anneaux. Déjà reconnu et glorifié, P. Jackson a pu livrer une version plus personnelle du Hobbit dans laquelle il ne se met aucune limite. Il ne s'agit pas de la suite du Seigneur des Anneaux, ni du livre à proprement parler de Bilbo le Hobbit, il s'agit du Hobbit, selon Peter Jackson. Toute comparaison pourrait être néfaste à l'oeuvre que cela soit au niveau de la fidélité, du ton, des enjeux etc. Cette trilogie doit être jugée pour elle-même, puriste (du livre Bilbo le Hobbit et des films Le Seigneur des Anneaux) attention! Passe ton chemin pauvre fou! Le résultat obtenu mais également recherché (il faut se le mettre en tête) est un cinéma très impressionnant visuellement, moins profond et sérieux mais plus exubérant et décomplexé, dans lequel nous sentons que le réalisateur a pris réellement son pied. Oui, Peter Jackson a pris du plaisir à se renouveler. 

Film ou série

Revenons spécifiquement à La Bataille des Cinq Armées. Une fois que nous avons compris que Le Hobbit n'est pas le Seigneur des Anneaux, il est beaucoup plus aisé de l'apprécier à sa juste valeur. La Bataille des Cinq Armées est sans conteste le meilleur de la trilogie du Hobbit avec des scènes d'action très impressionnantes. Les combats sont magnifiquement orchestrés, lisibles et prenants. Il y a peu de dialogues dans ce volet, tout est dans la chorégraphie des combats. Ainsi, ce film se rapproche du cinéma primitif d'attraction qui pousse à la fascination. Au fond, peu importe vraiment les enjeux scénaristiques. Ce film est l'apothéose de la science jacksonienne du grand spectacle.
En définitive, la seule limite que nous pourrions pointer ici est un écueil qui nous relevions dans le second volet. Le cliffhanger géant qui termine La Désolation de Smaug est une fin de série. Le début de la Bataille des Cinq Armées est un début de série. Les deux films ne trouvent aucune autonomie avec cette coupure, et au vu de la longueur de l'arc Smaug dans le dernier volet, nous pensons qu'il aurait mieux valu le conclure dans le second film. La Désolation de Smaug aurait eu sa propre sous-intrigue complète et autonome. 

De ce fait, le Hobbit se conçoit plus comme une oeuvre à voir d'une traite (préparer du café et du doliprane), alors que le Seigneur des Anneaux peut - être séparé en trois chapitres. Nous conseillons néanmoins de commencer par Le Seigneur des Anneaux lors d'un marathon, le Hobbit faisant souvent des clins d'oeil à ce dernier. 


L'apothéose de fin et du commencement

Cette césure digne d'une série est en effet le seul reproche que l'on peut faire. A partir du moment où nous avons eu le temps de nous faire à l'idylle entre Tauriel et Kili avec le second volet, ce dernier film ne comporte que des points forts. Certains personnages passent à la trappe certes, mais peu importe, seul la dynamique de l'action compte ici. Peut-être que la version longue viendra apporter de l'équilibre dans le traitement des personnages, mais il ne faudrait pas qu'elle rompe le rythme. Ce film est plutôt court pour une production de Peter Jackson (2h30) mais il est hyper dense. Il parachève la montée en puissance des deux premiers films et entraine sur la trilogie du Seigneur des Anneaux en créant de nouveaux liens. Il n'est pas toujours facile de réaliser la pièce manquante, Peter Jackson l'a fait!




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lundi 8 décembre 2014

Astérix - le Domaine des Dieux



Synopsis:

Un irréductible village gaulois d'Armorique résiste toujours à l'envahisseur romain. Cette fois, César choisit un plan vicieux et insidieux en évitant la force. Il souhaite que les Gaulois choisissent d'eux-mêmes la citoyenneté romaine afin que la civilisation gauloise disparaisse de facto. Les Gaulois paraissent en effet intéressés par le mode de vie "civilisé" à la romaine...


Commentaire:

Du dessin à l'animation 3D

L'animation 3D est défendable pour ce projet bien qu'elle fut critiquée. En effet, le cinéma d'animation français propose encore de nombreux films en dessins, grande spécialité française, et de ce fait, cet Astérix ne vient pas remettre en cause, à lui seul, ce glorieux héritage. Au contraire, pour toucher un grand public, français mais pas que, l'animation 3D semble une très bonne idée pour vendre le cinéma tricolore. Astérix est un gaulois moderne.

La patte Astier

L'influence d'Alexandre Astier, co-réalisateur et scénariste, est très prégnante dans ce film. Toutefois, elle s'insert dans cet univers sans le dénaturé. On retrouvera quelques clins d'oeil à Kaamelott mais avant tout, un humour très bien dosé, issu en partie d'Astier, tout à fait à propos ici. 

Casting 5 étoiles français

De nombreuses personnalités participent à ce long-métrage. Le plus important, et c'est un réel plaisir de l'entendre une dernière fois, est Roger Carel, interprètant le petit Gaulois à 87 ans.  Les autres voix ; Alain Chabat, Alexandre Astier, Elie Semoun etc, apportent une réelle plus-value à l'ensemble. Elles expliquent en partie l'efficacité de l'humour.  

Plus que du divertissement

De nombreuses références cinématographiques parcourent le film, dans la lignée des Astérix en images réelles. Toutefois, en plus de respecter l'héritage, cet Astérix est très travaillé sur le fond : un réel message, typiquement dans le style Astier, se cache dans ce divertissement. Il y a une critique de la mondialisation (dont l'acculturation) et de l'impact des images sur les foules (les arènes romaines proposent du catch). Nous pourrions y voir également une critique des grands ensembles urbanistiques, des dérives de la consommation et de la folklorisation des cultures traditionnelles. Bref, un réel travail sur le fond!

Un film d'ampleur

Astier a de l'ambition, c'est un réel plaisir pour nous car c'est plutôt rare dans le monde du cinéma français. Ce film, pour enfants, présente une mise en scène tirée des films d'action voire d'heroïc fantasy (plongées, contre-plongées appuyées, ralenties etc). Nous sentons qu'Aster souhaite, derrière la production humoristique, installer une dimension épique au film, un peu comme dans les derniers livres (les long-métrages) de Kaamelott. D'ailleurs, cette idée est confirmée par la musique ambitieuse du long-métrage, dans un style symphonique. Le compositeur Philippe Rombi dit à ce propos :
"On souhaitait une partition plus ample et, dans les rêves de gosses de Louis et d'Alexandre, on allait pouvoir se référer à John Williams, Jerry Goldsmith ou Alan Silvestri, -- autrement dit, une musique symphonique issue de l'héritage de Ravel, Tchaïkovski, Prokofiev ou encore Stravinski. Ayant souvent eu l'occasion de composer pour de grandes formations symphoniques, cela faisait aussi partie de mon univers, de certaines couleurs de ma palette, et nous n'avons pas eu de mal à nous comprendre sur la tonalité à adopter."
Désormais, nous n'attendons qu'une chose, qu'Astier ose faire son film chevalresque / d'Heroïc fantasy sans être retrancher derrière l'humour. Cela dépendra également énormément des moyens qu'il trouvera. Ce qui est sûr, c'est qu'il a déjà beaucoup donné à la culture française et ce film en est la dernière preuve en concurrençant en qualité les meilleurs films d'animation américains.

Bref, un divertissement intelligent, qu'Uderzo considère comme la meilleure adaptation!



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jeudi 27 novembre 2014

Hunger Games : La Révolte, partie 1


Synopsis :

Après la révolte déclenchée pendant les derniers Hunger Games, Katniss est devenue la figure de proue de la rebellion.  Au sein du district 13, elle a pour mission de motiver les troupes pour mener à bien la révolution. Toutefois, Peeta est aux mains du Capitole et sa vie est menacée. Ce dernier est utilisé pour servir la propagande du régime contre l'action de Katniss...


Commentaire :

Le final en deux films

Depuis Harry Potter, il est tentant de transformer le dernier film d'une saga en deux films. A juste titre surement, puisque les derniers opus du petit sorcier sont de très bonne facture, avec un travail approfondi sur les personnages et un univers détaillé. Le résultat est aussi satisfaisant avec la saga du Hobbit, très rythmée et dense en action. Le résultat est moins réussi pour Hunger Games, qui est un peu long au démarrage, en se perdant dans les états d'âme des personnages, peu transcendés par la réalisation. Signalons que lorsque le film rentre dans des phases de tensions (montage alterné) et/ou d'action, le film est très captivant. Toutefois, cet épisode étant relativement court (2h), nous pouvons nous demander (sans avoir vu le dernier film), s'il n'aurait pas été plus judicieux d'un point de la dynamique, de finir avec un long dernier métrage. Si l'épisode final est bien équilibré et dynamique,  il nous donnera tord et c'est notre souhait.

Intrigue dans la lignée de la saga

Il n'est pas nécessaire ici de refaire un point sur les thématiques de la saga étant donné qu'il s'agit des mêmes que pour les précédents épisodes. Seulement ici, la révolte prend de l'ampleur : les tensions accumulées précédemment se déchaînent. Nous sommes toujours dans cette dystopie de l'avenir dans laquelle les moyens de communication sont un des enjeux principaux pour le contrôle des masses mais aussi pour l'insurrection. Concernant le traitement des personnages et des camps, les pacificateurs sont toujours pourvus de casques, deshumanisant leur personne alors que les rebelles sont caractérisés par des visages marqués par la peine et la douleur (oui, ça ne change pas depuis Serguei Eisenstein). De même, la classe dominante est représentée par des caucasiens alors que le peuple est plutôt mélangé. Ces représentations classiques restent plutôt efficaces.

Bons décors et effets spéciaux

Les plans d'ensemble ou de demi-ensemble en extérieur sont très réussis et nous permettent de constater le niveau technique des effets spéciaux. Souvent le prélude à des scènes d'action et de tension, ils ancrent parfaitement et crédiblement le récit dans l'univers d'Hunger Games

Très bonne bande musicale

James Newton Howard est toujours très bon dans ses oeuvres et la musique réussit à donner de l'ampleur à une réalisation avant tout fonctionnelle, bien que le réalisateur Francis Lawrence arrive quelques fois à mettre en place une mise en scène signifiante. J.N Howard est aidé par la jeune chanteuse Lorde qui réalise une belle chanson de crédit. De même, la chanson interprétée par Jennifer Lawrence est très jolie et superbement mise en musique. L'aspect musical du film est donc de très bonne facture.

Bon casting, bonne performance

Ce paragraphe est l'occasion de saluer le regretté Philip Seymour Hoffman, qui réalise à nouveau une très bonne performance. Au casting de cet épisode, se rajoute un talent de poids en la personne de Julianne Moore. Ainsi, le casting commence à devenir impressionnant étant donné que la Saga est portée par la super star Jennifer Lawrence, toujours à la hauteur.

En définitive, un épisode plutôt réussi mais qui pâtit de sa dynamique et de son rythme.



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