Les sorties de la semaine

dimanche 26 janvier 2014

Le vent se lève


Synopsis 

Jirô est un jeune garçon passionné par l'aviation et rêvant de voler. Doté d'une mauvaise vue, il choisit la voie de l'ingénierie afin de créer l'avion parfait. Jamais, il ne renoncera à la réalisation de son rêve, quitte à se refermer sur lui même et à oublier un monde courant à sa perte. L'important est de "tenter de vivre"...


Le commentaire

Du merveilleux au réalisme 

Après avoir réalisé dix films emprunts de magie, le faiseur de mondes oniriques, Hayao Miyazaki délaisse les rêves pour se consacrer au monde réel. Ce biopic et drame de l'ingénieur japonais Jirô Horikoshi permet à Miyazaki d'aborder un thème qui le passionne et qui transparaît dans un grand nombre de ses long-métrages : le vol et les avions. Pourtant, si Miyazaki inscrit son histoire dans un cadre réaliste, c'est avec sa vision qu'il choisit de traiter le sujet.  Ainsi, si les actions et réactions des personnages sont réalistes et les faits avérés (historiques), visuellement, il s'agit d'une interprétation du monde autour du vent, à l'image de la représentation du tremblement de terre de Kobe. Pour ce dernier, Miyazaki en grand amateur du mouvement, nous représente graphiquement un tremblement de terre par son essence même : une onde de choc, avec pour seul bruit le vent. Le vent est souvent invisible, représenté comme faisant bouger des objets, des vêtements, des cheveux... Néanmoins, de temps en temps, grâce aux nuages et aux fumés, le vent est représenté comme une masse en mouvement. Nous comprenons que le vent est alors une masse en mouvement mais qui ne se voit pas. En jouant sur les différents plans du dessins, le maître organise et explique le déroulement des choses. En fait, Miyazaki redessine le réel pour qu'il n'en soit que plus clair.
Epuré de toute magie foisonnante, Le Vent se lève est sans doute l'oeuvre la plus poétique, lyrique et émouvante du vieux maître japonais. Par la même, il s'agit de la quintessence de son art. Le titre du film provient du poème de Paul Valéry Le Cimetière Marin. Plusieurs fois, le vers "Le vent se lève, il faut tenter de vivre" est prononcé dans le film et cela en français même dans la version originale. Tout était déjà présent dans le titre : le sujet (l'aviation ou plus largement le domaine aérien) et la manière de le traiter (la poésie). Un autre poème est complètement inclus dans le film, il s'agit de Qui a vu de le vent de l'anglo-italienne Christina Rossetti. Pour cause, le vent est éminemment un sujet poétique, doux, fort, violent, tranchant et imperceptible, cela sublimé par la musique de Joe Hisaishi. Le vent est finalement un des personnages principaux du film, il est tout autant l'élément qui nourrit le grand incendie de Kobe que l'élément qui provoque la rencontre (par deux fois) entre Jirô et sa bien-aimée Naoko. Le vent est également l'élément qui fera définitivement s'envoler l'image de Naoko dans le rêve de Jirô, métaphore de la tragédie vécue dans le monde réel. Néanmoins, le vent est avant tout le support du film de Miyazaki à l'image du support qu'il est pour les avions de Jirô. Qui n'a pas les grilles de lecture pour aborder ce film, trouvera surement ces métaphores lourdes. D'autant plus, qu'en tant qu'occidentaux, nous sommes habitués au schéma narratif hollywoodien, schéma très dense en action où les temps morts et les temps poétiques ont presque disparu. Heureusement, pour ceux désarçonnés par l'absence d'épopée magique, Miyazaki met en scène également les rêves du héros, ce qui palliera quelque peu à l'âpreté du monde réel.
Il faut également voir dans ce film, le point final d'une filmographie incroyable. C'est souvent la ponctuation d'une phrase qui en donne tout son sens, et c'est ce que produit Le vent se lève avec la filmographie de Miyazaki. Le manga Nausicaä de la vallée du vent qui fut par la suite adapté pour être l'un des premiers long-métrages de Miyazaki se terminait par "il faut tenter de vivre". Ainsi, c'est par son oeuvre ultime que Miyazaki explicite cette phrase et sa passion pour le vent (auparavant, il l'avait simplement montrée). Le vent est poésique et Miyazaki est un poète visuel. La création n'a que plus de sens lorsque le créateur se dévoile. Miyazaki ne dépeint plus les rêves mais le rêveur. 


Un film de Miyazaki sur Miyazaki

"Ce qui compte pour un ingénieur, c'est l'inspiration" nous dit Giovanni Caproni (ingénieur d'avion italien) dans le film. Après avoir présenté le jeune Jirô comme un rêveur, Miyazaki nous donne donc un indice phare pour comprendre qui est ce jeune homme. Il s'agit d'un ingénieur mais pour Miyazaki, il sera un artiste, rêveur et passionné. A vrai dire, ce jeune homme binoclard et fumant devant sa planche de dessins, n'est pas n'importe quel artiste : après deux minutes de réflexion on reconnait rapidement Miyazaki lui-même, le créateur de rêves, celui toujours à la recherche de l'inspiration. Toutefois, l'intimité de l'oeuvre ne s'arrête pas là : Jirô est un ingénieur japonais travaillant sur l'avion "Zéro", marié à Naoko, une jeune femme atteinte de la tuberculose. Le père de Miyazaki était directeur de Miyazaki Airplane chargé de construire les avions "Zéro" et sa mère a été atteinte par la tuberculose. Ainsi, Miyazaki ne se met pas seulement en scène, il met également en scène ses parents. En se mettant à place de ses parents, cherche t-il à les comprendre ? Cherche t-il a comprendre leur vie et leurs décisions ? Difficile de l'affirmer, nous en faisons ici l'hypothèse. Dans tous les cas, il s'agit du film le plus intimiste de sa filmographie. Le vent se lève révélera ceux passionnés par Miyazaki au sens premier du terme, non pas par son travail mais par sa personne même. Avec toute la grâce et la maestria qu'on lui connait, Miyazaki a décidé de quitter la scène mondiale par un film personnel.


Au-delà de toute polémique

Il est nécessaire de traiter le sujet de la polémique, de nombreux journalistes et journaux bien-pensants ayant critiqué le pauvre Miyazaki. Miyazaki, en représentant un ingénieur poursuivant coûte que coûte son rêve de créer des avions, qui plus tard sèmeront la terreur en Asie, est -il militariste ? Au vu de la filmographie du vieux maître répondre par l'affirmatif relève de l'ineptie. Néanmoins, en se limitant à ce film, qu'en est-il ?
Pour ceux reprochant à Jirô d'être un personnage pour lequel on n'a que peu d'empathie (et c'est subjectif), la raison est là. Miyazaki prend une certaine distance avec son personnage. Le personnage lui même ne fera pas de réel commentaire sur les conséquences de son action. Il remettra en question le fait que les militaires veuillent armer son avion mais n'ira pas plus loin. En fait, Miyazaki fait lui-même le commentaire de l'époque par le biais de l'histoire du héros et de la représentation des personnages environnants : le résistant allemand dit que l'Allemagne et le Japon vont "éclater", les allemands sont représentés comme peu sympathiques et méprisants, la police secrète japonais recherche Jirô, les militaires japonais sont représentés comme de petits caporaux aigris et surexcités.
Par ailleurs, dans une interview le vieux maître dit "il est facile d'accuser quelqu'un plusieurs années après les faits". Si Miyazaki cherche dans ce film à représenter ses parents (hypothèse de la partie précédente), c'est pour essayer de les comprendre. Il y a néanmoins une différence entre comprendre et accuser. Son combat pour la paix, Miyazaki l'a mené tout au long de sa filmographie, mais peut-être ici voulait t-il d'abord comprendre avant d'accuser.
Enfin, si Miyazaki est résolument un pacifique, il ne peut pas dire à son personnage de ne pas rêver. Le rêve et la capacité de créer des oeuvres complexes sont des caractéristiques qui distinguent l'homme du règne animal et qui distingue et distinguera l'homme des machines intelligentes. Le propos de Miyazaki est que si l'on interdit à l'homme de rêver, il ne lui reste plus rien. D'ailleurs, ce n'est pas l'ingénieur qui fait la guerre, il n'a pas créer une arme de mort mais réalisé une machine pour voler. La folie des hommes ne les auraient-ils menés dans tous les cas à la guerre ? "C'est ce monde qui est maudit" nous dit Jikô dans Princesse Mononoké. Le propos reste le même ici. Jirô continuera égoïstement son rêve, tout en avouant cet égoïsme. Les génies / rêveurs sont dévorés par la malveillance du système alors qu'ils sont des êtres pures et naïfs. 
Si nous faisons le parallèle entre Jirô et Miyazaki, une autre idée surgie également. Le vieux japonais ayant dit dans une interview que son film était d'actualité, nous pouvons aussi penser qu'il critique par là même, la politique militariste (avis de Miyazaki) de Shinzo Abe (Premier Ministre japonais). Ainsi, Miyazaki contribue lui même contre son grès à la politique du softpower japonais, c'est à dire, à la bonne image du Japon pour le compte d'Abe. Miyazaki affirme que l'époque actuelle lui rappelle les années 30 dans certains aspects. Pour autant, cela doit-il l'arrêter de rêver ? Il répond égoïstement que non. Et puis s'il critique la politique militariste de Shinzo Abe, Miyazaki est-il militariste ? Alors que certains voudrait qu'il évoque les erreurs du passé, Miyazaki nous dit de ne pas en commettre pour l'avenir.

Un maître est reconnaissable lorsqu'il n'est pas dans son élément : ici pas d'héroïne, un monde réel (sans magie et par voie de conséquence triste) et une oeuvre destinée aux adultes. Il ne lui reste que du vent, sa passion certes, mais sorti de tout repère. Il en fait son oeuvre ultime.

19/20



lundi 20 janvier 2014

Les Brasiers de la Colère


Synopsis

Russell travaille dans l'acierie de Braddock, ville américaine située dans la "Rust Belt" à l'industrie déclinante. Ce dernier vit durement mais dignement arrivant à pourvoir à ses besoins et à ceux de son amie, Lena. Son frère, Rodney, connait lui une vie plus mouvementée, jonglant entre ses séjours en Irak avec l'US Army et sa vie à Braddock. Affecté par la guerre et par la détresse de l'Amérique, il doit trouver une solution pour rembourser ses dettes. Il commence alors à fréquenter les milieux clandestins de la boxe pour gagner de l'argent. Russell ignore la vie que mène Rodney et souhaiterait l'aidé à refaire sa vie dans leur ville...


L'Amérique ouvrière de Scott Cooper

Ce film dépeint avec une volonté de réalisme l'Amérique ouvrière. Il pourrait être un film des années 80 mais celui-ci s'ancre dans la période pré-Obama, pour souligner que cette réalité est toujours bien présente aux Etats-Unis. Tout est sobre dans ce film, à l'image de la vie de ces américains. Pour autant, la mise en scène est soignée et sait très bien ménager le suspens. 
Toutefois, il est à se demander si l'histoire n'est pas une excuse pour le réalisateur Scott Cooper pour dépeindre une Amérique qu'il aime tant filmer. En effet, les péripéties des protagonistes servent avant tout à nous montrer leurs réactions et l'évolution de leur comportement. Le réalisateur paraît s'intéresser à ses personnages plus qu'à leurs histoires, voulant faire d'eux les véritables héros de l'Amérique, bien loin du Captain America. Néanmoins, cette volonté donne un petit côté documentaire au film, limitant sa puissance narrative. Ce film oscille entre deux intentions de l'auteur : décrire et raconter. Quoiqu'il en soit, il s'agit d'un choix assumé qui satisfera surement les amateurs de films teintés de réalisme. Cette même sobriété qu'impose le réalisme pourra aussi en déranger certains.
Le jeu d'acteur de ce film est excellent, il faut dire que celui-ci est marqué d'un casting 5 étoiles. Nous saluerons ici la performance de Woody Harrelson qui a définitivement le profil parfait du méchant. 


Pas de morale, simplement la réalité (spoilers)

Concernant les thématiques, il est difficile de les formuler telles quelles, du fait du côté documentaire du film. En effet, nous sommes plus en face d'un sujet de présentation/description (l'Amérique ouvrière) que face à une thématique. La vengeance pourrait être la véritable thématique du film, mais celle-ci n'apparait qu'à partir d'un certain moment. Sur ce point, le film n'est pas moralisateur, au sens de bien-pensant. En effet, la réalité n'est pas forcément morale et ce film souhaite le montrer. Il souhaite aussi souligner qu'on ne peut pas juger des individus vivant dans une situation difficile. Les personnages n'ont pas le choix entre le bien et mal, seulement entre plusieurs solutions peu attrayantes. Le film ne donne pas raison à la vengeance, il démontre simplement que dans la réalité ou dans une certaine réalité (celle des personnages), il s'agit de la voie la plus logique et la plus compréhensible. Un autre choix aurait été contraire à la volonté de réalisme. Il est important de souligner ce dernier point, car le film n'est pas une ode à la vengeance, chose que certains pourraient prétendre.

14/20





dimanche 29 décembre 2013

Le Loup de Wall Street



Synopsis :

Jordan Belfort, ancien courtier de Wall Street, raconte son ascension dans le monde de la finance pendant les années 90, puis son inexorable chute, aussi bien professionnellement que dans sa vie privée...


Commentaire :

Martin Scorsese revient sur grand écran avec son acteur fétiche, Leornardo DiCaprio. A noter que ce dernier est également producteur exécutif du film. La mise en scène et tout particulièrement le montage de Martin Scorsese sont très travaillés et donnent du rythme à ce long-métrage d'une durée "jacksonienne".  Il s'agit peut-être d'une limite du film car le scénario est bien vite compris: il est question de l'ascension et de la chute d'un homme. Bien que les 3h défilent plutôt rapidement, le film tire un peu sur la fin. En effet, si l'ascension du courtier est très rythmée et passionnante (découverte du monde de la finance malhonnête), la chute est moins intéressante car prévisible mais longue à venir et à se dérouler. Le film est de qualité par le jeu d'acteur qui retranscrit à l'écran la folie et l'inconscience des courtiers présentés. Si le film possède énormément d'effets comiques, on ne peut toutefois être pleinement touché au vu des gags utilisés. En effet, le film est comique dans l'excès de ses protagonistes. Néanmoins, Martin Scorsese arrive à la suite de films comme Very Bad Trip, voire Projet X, qui montraient des personnages déjà dans un excès absolu dans leur monde respectif. Ainsi, bien que l'histoire du Loup de Wall Street soit basée sur une histoire vraie, le comique du film, se voulant excessif, n'a pas toute sa puissance au cinéma. Pour le moins, le ridicule des personnages de ce film montre la folie d'individus tombés dans la drogue et rongés par l'argent. Leonardo DiCaprio joue parfaitement son rôle, ce qui lui permet de dévoiler un jeu dans l'outrance et la démesure en phase avec un personnage ayant perdu pied dans la réalité. La limite, néanmoins, est que ce personnage étant présent dans pratiquement toutes les scènes, et cela pendant 3h, le jeu poussé de L. DiCaprio peut entrainer un sentiment saturation. Son compère, Jonah Hill, est excellent dans un rôle plus ou moins similaire mais moins important. Pour terminer sur le jeu d'acteur, nous pouvons citer la prestation de Jean Dujardin dans un petit rôle, très amusant pour un public francophone (à voir en version originale). 

Les thématiques présentées par Martin Scorsese sont très clairement exprimées. Il s'agit en effet d'un film qui marque par ses thèmes et moins par son histoire. Il existe à Wall Street des malfaiteurs sans scrupule et n'ayant aucune conscience de la réalité. Ce film nous dit qu'il en existait avant les scandales des années 2000. Néanmoins, le film se garde d'être véritablement moralisateur en ne montrant pas les conséquences des actions de ces hommes. Un parti pris intéressant qui permet de provoquer le dégoût en exposant simplement le mode de vie de ces hommes.

Conclusion :  le film est intéressant mais assez long pour faire passer son message, Leonardo DiCaprio, bien qu'excellent, nous laissant peu respirer.


14/20




samedi 28 décembre 2013

Albator, Corsaire de l'Espace


Synopsis :

Le légendaire corsaire de l'espace Albator continue de défier la coalition Gaïa. A bord du mythique vaisseau, l'Arcadia, le capitaine parcourt l'espace afin de rassembler 100 bombes, dont l'explosion peut défaire les noeuds du temps et donner une nouvelle chance à une humanité dépravée. Il est accompagné dans sa quête par un jeune nouveau, Yama, dont les intentions sont obscures...

Commentaire :

Albator est un personnage culte au pays du Soleil Levant mais également dans l'Hexagone. Son influence est telle que la génération 80 a même reçu le nom de "génération Albator". Il ne serait pas étonnant alors que ce nouveau Albator réussisse à trouver son public. Une question reste : peut-il toucher un autre public ? La réponse est incertaine et tient en deux points. Albator, Corsaire de l'Espace est doter d'une jolie mise en scène, typique des animés japonais. Par exemple, le héros Albator est sublimé par la mise en scène, grâce notamment à de légers ralentis, contreplongées, mouvements de cape dans le vent etc... les réactions des personnages environnants contribuent constamment à dorer son image. Il s'agit bien d'un film d'animation japonais et cela se ressent. Ainsi, la génération Albator mais également toutes les générations mangas et de dessins animés japonais pourront en partie s'y retrouver. En partie seulement car le second point, celui du scénario, est nuancé. L'univers d'Albator est vaste et compliqué et l'histoire du héros est loin d'être linéaire. Malgré l'intervention de voix-off, il est parfois difficile de comprendre les pensées et par voie de conséquences, les actions des protagonistes. La responsabilité aux 20 minutes coupées pour le format international ?
Par ailleurs, un élément plutôt négatif du film est à souligner, visible dans la mise en scène et le scénario ; il s'agit de sa crédibilité scientifique. Un film de science-fiction se fonde sur la science actuelle puis joue avec les hypothèses et les théories. S'il est possible de raconter plus ou moins ce que l'on veut (et encore) sur la matière noire qui est aujourd'hui pratiquement inconnue, il est plus difficile de jouer avec de simples règles comme celle de l'apesanteur. Cela marchait pour Star Wars dans les années 80, moins aujourd'hui à l'époque de Gravity. Il est donc peu crédible d'aborder un vaisseau spatial comme on le faisait sur mer au 17ème siècle. Ainsi, certains éléments auraient pu être actualisés par rapport l'histoire originale des années 80, pour qu'Albator ne soit pas seulement revu d'un point de vue graphique.
Car oui, deux éléments, secondaires par rapport au scénario et à la mise en scène, sont une grande réussite. Il s'agit évidemment des graphismes - images de synthèse, 3D - et de la magnifique musique de Takahashi Tetsuya à la tonalité épique. De ce côté, le film est une véritable réussite. Concernant le doublage français, il est excellent avec une mention spéciale pour Albator.

Les thématiques du film sont tout à fait classiques et compréhensibles : la liberté vis à vis du système et de l'oligarchie, et les questions démographiques et de l'utilisation des ressources. La question de la foi (en l'occurrence en Albator) peut également être soulevée. Pour le coup, le film prend clairement position en faveur d'Albator : un homme peut changer l'histoire. Reste une petite question sur ce personnage dont le film ne nous donne pas de réponse, est-il libéral ou libertaire ?

Pour résumer: une mise en scène d'animés japonais, un scénario confus, une très bonne musique et d'excellents graphismes. N'étant pas de la "génération Albator" mais tout de même d'une génération manga, mon jugement sur ce film est positif.

15/20




dimanche 22 décembre 2013

A Touch of Sin


Synopsis

Quatre histoires se déroulant dans quatre provinces chinoises se succèdent dans la Chine contemporaine. Pour des millions de chinois, vivre est un combat de tous les jours. Dahai est un de ces chinois. L'ancienne exploitation minière d'Etat dans laquelle il travaille, est aujourd'hui privée et gangrenée par la corruption. Dahai, excédé, compte prendre les choses en main...


Panorama de la Chine actuelle : impressions générales

Jia Zhang Ke, habitué de Cannes, a encore fait mouche au festival cette année en obtenant le prix du meilleur scénario en 2013 pour A Touch of Sin. Il est heureux que le réalisateur chinois soit célébré hors de son pays car il ne recevra certainement aucune reconnaissance chez lui. En effet, le dissident chinois réalise ici un film purement d'opposition où les quatre histoires présentées n'ont en commun que le rejet du régime actuel. Il est même impressionnant qu'il est obtenu les autorisations pour tourner son film en Chine. Toutefois, le régime n'est pas totalement dupe, il ne permettra sans doute jamais sa sortie sur le territoire.
La thématique centrale du film est donc la corruption et la violence du régime chinois, développée à travers quatre histoires provenant de réels faits divers. Nous trouvons une certaine apprêtée dans  quelques plans, similaire à celle du cinéma japonais et coréen. Il n'est pas alors étonnant de trouver caché à la production Takeshi Kitano, à qui nous pouvons attribuer au moins deux scènes typiquement kitaniennes. La violence de la mise en scène de Kitano permet, en effet, de retranscrire parfaitement la violence de la société chinoise, issue directement ou indirectement du régime. Toutefois, les piques de violences ne sont pas uniquement les moments forts du film. Chaque scène est minutieusement travaillée. La mise en scène de Jia Zhang Ke ne laisse rien au hasard et appuie constamment la thématique. Chaque plan a une signification, le champ étant minutieusement organisé. En outre, le réalisateur joue constamment avec la profondeur de champ pour ouvrir et fermer des possibilités d'intrigues. Quant à la musique, elle est très discrète pour renforcer le réalisme de ce panorama de la société chinoise, et ne se fait entendre que dans les scènes de transitions.


La métaphore et le symbolisme (spoils)

Jia Zhang Ke utilise de nombreuses images pour représenter la condition du peuple chinois. Les animaux auront un rôle particulier en étant constamment l'image du peuple : battus, enchaînés, égorgés, libérés, parfois forts; aucun animal arrivant dans le champ, mentionné en hors-champ ou entendu en hors-champ ne sera anodin. Dans une scène, le film le dira clairement : les animaux ont des sentiments; ils peuvent donc être le reflet du peuple. 
La notion d'emprisonnement et d'impossibilité d'action sera également visible à l'écran, à travers les nombreuses barrières, grilles et remparts. L'idée est que la majorité des chinois ne jouit que de peu de droits et que se soumettre au système est la seule façon possible vivre.
Tout élément est riche en signification et la métaphore sera semble t-il la figure de style la plus utilisée au service de la thèse de l'auteur. Nous serions tenté de qualifier la mise en scène de poétique si le sujet n'était pas aussi violent et brutal. Dans tous les cas, ces procédés sont utilisés pour la beauté et la qualité cinématographique de l'oeuvre et non pour essayer de camoufler la thèse de l'auteur, tant celle-ci est évidente.

Les intentions de Jia Zhang Ke (spoils)

Dans ce film, Jia Zhang Ke prend plaisir à punir les responsables du régime, ceux ayant tiré parti du régime et ceux profitant de son inefficacité d'action. Néanmoins, si justice est faite, les victimes ne trouveront jamais la quiétude tant ce monde les a poussées dans des extrémités, en devenant eux-mêmes des monstres semblables à leurs bourreaux. Ainsi, le propos de Jia Zhang Ke est fort car même dans la fiction, les choses ne peuvent rentrer en ordre dans la Chine contemporaine, corrompue et criante d'inégalités. Le réalisateur n'en a pas, semble t-il, après le système communiste en tant que tel, mais bien après ce que celui-ci est devenu. Il ne loue pas d'ailleurs d'autres modèles de sociétés, les personnes de l'extérieur étant présentées de manières plus ou moins neutres ou pour le moins ambivalentes. Le vrai ennemi provient de l'intérieur, il est celui qui a réussi, probablement par le biais de méthodes douteuses.


En définitif, il s'agit d'un film qui regorge d'effets cinématographiques avec une thématique forte. Loin de nous ici, l'idée de prendre parti pour ou contre la thèse de l'auteur mais il y a sans conteste du vrai dans ce film. Dans tous les cas, il s'agit d'un grand film de Cinéma avec un grand "C", le tout étant d'apprécier un cinéma autre que celui du pur divertissement. Si ce n'est pas le cas, il reste la sublime mise en scène à admirer. Le seul reproche qu'on pourrait néanmoins lui faire est sa durée, la thèse de l'auteur étant rapidement audible et compréhensible. Mais là encore, peut-être faut-il y voir un message : on ne sort pas si facilement de ce drame humain.





17/20

mardi 10 décembre 2013

Le Hobbit, La Désolation de Smaug


Synopsis

Bilbo, Gandalf et la compagnie de Thorin continuent leur quête vers Erebor afin de reprendre le trône sous la montagne, que détient le dragon Smaug. Arrivés aux alentours de la forêt malade de Mirkwood, la compagnie cherche un refuge pour échapper à l'orc Azog. Néanmoins, une autre créature semble également les traquer. Un immense ours rôde sur ces terres...


Impressions générales

Ce deuxième opus est nettement meilleur que le premier. En effet, si le premier devait contenter les fans de la Terre du Milieu mais moyennement les cinéphiles, celui-ci devrait contenter presque tout le monde (hormis les puristes du livre). Contrairement au premier, le développement du film est beaucoup moins linéaire du fait que le film nous amène à suivre trois groupes de héros. Ainsi, l'effet du trop plein de péripéties du premier opus est totalement gommé par un montage alterné permettant de casser un déroulement linéaire.
Autre point à soulever, le problème d'oscillation entre le registre du conte et le registre épique est en partie résolu. Non pas que les deux disparaissent, mais ils se marient plus harmonieusement. En substance, nous pourrions dire que les nains s'approprient le registre du conte (qui peut être épique mais moyennement crédible) et sont associés de temps à temps à des effets comiques, et que les elfes reçoivent le registre épique (et le registre super-épique pour Legolas). Un registre par race, il s'agit d'un choix possiblement contestable sur le fond mais qui a le mérite d'afficher une logique. 
Enfin, les graphismes sont superbement réalisés. Les paysages sont d'une beauté incroyable, paysages moins féeriques (ou flashies) que dans le premier opus, ce qui crée un effet de réalisme très appréciable. Toujours au niveau des graphismes, la modélisation d'Azog a été améliorée et l'on s'éloigne de "l'effet jeu vidéo". Son fils, qui apparaît dans ce volet est également très réussi. Néanmoins, la plus grande réussite reste Smaug, le "majestueux". Son graphisme est travaillé à la perfection, ce qui donne un résultat impressionnant et surtout très réussi. Associé à la voix de Benedict Cumberbatch, ce personnage est parfait d'un point de vue technique.

Plus généralement, le film est d'une rare intensité, les plus de 2h40 ne se voient pas défilées. Il faut dire que la caméra de Peter Jackson est dans un flux continue, toujours en mouvement. Un véritable voyage, intense sans être épuisant. Ce film est une réussite.
Pour finir cette partie, notons que nous avons droit à une bande musicale, cette fois-ci, presque totalement originale d'Howard Shore. Très prégnante, elle contribue à installer les nouveaux horizons de la Terre du Milieu et appuie constamment la mise en scène.  

Points à commenter (petits spoils)

Ce film est globalement excellent, il existe néanmoins deux points dérangeants. Le premier est subjectif car il s'agit d'une caractéristique de plus en plus récurrente aujourd'hui. Au niveau de la structure, le film finit sur un énorme cliffhanger, digne d'une série télévision. Néanmoins, un film n'est pas un épisode de série et doit posséder en lui même sa propre sous-histoire. A titre d'exemple, Lurtz est tué et l'histoire de la communauté se termine dans La Communauté de l'Anneau, la bataille du gouffre de Helm prend fin dans Les Deux Tours. Hors dans le cas présent, si les protagonistes ont avancé d'un point de vue géographique, ils n'ont encore rien accompli. Pire, de nouveaux évènements sont déclenchés pour se prolonger dans le troisième opus. A vrai dire, tous les personnages sont en plein milieu d'une action, mis à part Legolas. L'histoire de Legolas est en effet logiquement coupée puisqu'il gagne une bataille mais pas la guerre. Il s'agit d'une sous-histoire dans une histoire. Certes, les nains se sont provisoirement débarrassés de Smaug mais qu'en est-il de l'Arkenstone, l'objet de leur quête ?  Ainsi, pour le reste, il va falloir attendre le troisième film, qui du coup devrait être plutôt chargé. Il s'annonce palpitant. 
Le deuxième reproche est le triangle amoureux Legolas - Tauriel - Kifi. Chaque personnage est individuellement très bon hors de ce triangle. Si une relation Legolas - Tauriel relève du possible dans cette univers, du moins au niveau des sentiments (pas de mariage car les castes sont différentes) c'est pourtant l'amour bourgeonnant Kili - Tauriel qui est choisi. Dans ce triangle, Legolas possède le rôle du jaloux. Si l'on a en mémoire la difficulté qu'il y a pour un homme d'épouser une elfe, que peut - on penser de l'union d'une elfe et d'un nain, deux races qui ne s'apprécient guère ? L'amitié entre Gimli et Legolas ou l'admiration de Gimli envers Galadriel étaient suffisants pour montrer que ces deux races pouvaient passer outre leurs différends ancestraux et se réconcilier. En outre, si Peter Jackson est doué pour mettre en scène l'action et l'aventure, il l'est moins pour travailler sur les relations amoureuses (Aragorn - Arwen - Eowyn). Ainsi, cette idée originale vis à vis du livre n'était pas forcément nécessaire.

Bref, ne boudons pas notre plaisir car ce film est un pur bijou de divertissement. Nous pouvons même affirmer qu'en matière de divertissement pur, ce film se situe au dessus de l'ensemble des films de Peter Jackson en Terre du milieu. 


18/20



jeudi 5 décembre 2013

La Reine des neiges



L'histoire

Elsa et Anna sont deux petites soeurs, princesses inséparables du Royaume d'Arendelle. Malheureusement, l'ainée, Elsa, est touchée par un mal inconnu qui lui donne le pouvoir de geler tout ce qu'elle touche. Un jour, elle blesse malencontreusement Anna. Leurs parents décident alors de les séparer et d'isoler Elsa dans sa chambre afin qu'elle ne blesse personne et n'effraie pas les sujets du royaume. La situation s'aggrave lorsque le Roi et la Reine disparaissent lors d'un voyage en mer. Elsa devra alors prendre les rênes du royaume lors de sa majorité. Si Elsa craint que le monde apprenne sa malédiction et la rejette, Anna rêve de découvrir le monde. Malgré le sort et les ambitions qui les traversent, les deux soeurs devront trouver ensemble un moyen de surmonter les épreuves qui les attendent...


L'impression générale

         Disney peut-il encore moderniser - renouveler son propos et faire tout aussi bien que Raiponce ? La réponse est clairement oui. On y retrouve la même énergie positive et des protagonistes tout aussi dynamiques. La rythmique du film est globalement très bonne, pas longueur. Le schéma du conte Disney est classique et les codes restent les mêmes avec toutefois une histoire originale et des retournements de situations intéressants. L'humour est particulièrement présent dans ce conte, grâce à deux comic reliefs hauts en couleur; Olaf, le bonhomme de neige et Sven, le renne. 
L'animation 3D a encore été améliorée depuis Raiponce (2010), ce qui donne de superbes images aux textures très réalistes. Néanmoins, le même style d'animation étant repris (les mêmes créateurs), il était à craindre une terne copie du succès de 2010 dans un monde aux couleurs froides. En vérité, il n'en est rien. La technique d'animation Disney 3D se pérennise depuis 2010 mais le scénario est toujours innovant et la réalisation très soignée.


Points relevés (A lire plutôt après la projection pour se forger un avis non biaisé)

        Nous pourrions néanmoins faire quatre petits reproches à ce très beau film. Premièrement, la séquence d'exposition va (peut-être) un peu trop vite alors qu'elle retrace la vie des princesses sur plusieurs années. En effet, elle dévoile la vie des princesses étape par étape. Elle aurait demandé à être légèrement allongée, ou, une solution plus radicale, à être carrément amputée de ces étapes en faisant une ellipse. Le sentiment de défilement rapide du temps aurait alors été écarté par l'exclusion de lapse de vie (= de chansons) qui ne changent pas radicalement la situation.
Le deuxième reproche est la (presque) non-utilisation des trolls dans l'histoire (Spoiler sur ce paragraphe). Ils sont présentés comme ayant des pouvoirs mais n'interviennent finalement pas du tout. Un peu dommage car ils contribuent au folklore du conte.
Le troisième point est la fréquence trop importante de chansons dans le film, point de vue qui reste hautement subjectif. Chaque scène, ou presque, semble avoir son morceau. Toutefois, deux de ces chansons sont de véritables tubes. Elles sont véritablement magnifiques. Cet aspect ravira les amateurs de musicals.
Enfin, le reproche le plus important est que l'origine de la malédiction de la princesse n'est pas expliquée. Il n'y a donc pas méchant à la base. Très bonne idée en soi, mais un petit apport explicatif apporterait un petit côté cohérent à l'oeuvre, nécessaire pour toutes les personnes "cérébrales". 
        Tout cela est bien rabat-joie me direz-vous et ceci est bien vrai! L'ensemble est très bon, et l'on passe un très bon moment. Ce film transpire la bonne humeur. On se sent véritablement revigoré à la fin de la séance. Les enfants (et les adultes ayant gardé une âme d'enfant!) adoreront les multiples gags des protagonistes et le ton décalé de la princesse Anna.
          Je ne m'attarderai pas sur les thématiques développées qui sont très classiques pour un film d'animation - de princesse Disney. Juste un mot, pour une fois, c'est un type d'amour différent qui est mis en exergue...
     
Enfin, pour terminer avec un mot sur les voix françaises : elles sont parfaites (comme très souvent dans les Disneys)!

NB : Une petite mention spéciale au court métrage Disney projeté avant la Reine des neiges. A l'image du film : classique comme on les aime avec la touche inédite en plus.

17/20