Les sorties de la semaine

jeudi 31 mars 2016

Batman Vs Superman : L'Aube de la Justice


Synopsis :

Bruce Wayne a été très marqué par le combat entre Superman et le général Zod et pense que les Kryptoniens représentent un danger pour la Terre. Pour lui mais également pour un nombre croissant d'Américains, Superman ne peut continuer à rendre seul la justice. Il doit rendre des comptes ou être détruit...


Commentaire :

La surabondance 

La dernière réalisation de Snyder est profondément marquée par son style. Le réalisateur est très à l'aise pour adapter les comics en réussissant à transposer certaines vignettes iconiques en plans de cinéma. Pensons à l'entrée de Batman à travers une baie vitrée. Toutefois, le style Snyder trouve aussi ici ses limites en multipliant les gros plans, inserts, contre-plongées et ralenties. Aucun temps faible ne vient mettre en avant ces temps forts permanents qui produisent en fin de course une impression de surabondance. Dans cette saturation d'effets, le spectateur ne respire pas, même pour chercher à comprendre le sous-texte de Luthor. Cette mise en scène a le désavantage de ne pas assez ancrer les personnages dans l'environnement et de rendre les scènes d'actions (celle avec la batmobile notamment) floues. A cela, il faut rajouter les scènes de rêves, peu utiles lorsqu'elles montrent simplement de l'action. La musique très lourde de Zimmer et Junkie XL rajoute encore à ce trop plein d'effets. 

Scénario et thématiques, entre bonnes idées et mauvaise réalisation [Spoilers]

Le scénario est plutôt simple mais efficace bien qu'il souffre d'avoir été dévoilé dès la deuxième bande-annonce. Néanmoins, les retournements de situation sont faits de très grosses ficelles. Par exemple, la décision qui conduit Batman à ravaler sa haine contre Superman est fortuite et est simplement le fruit de l'émotion et non de la raison. Quelques plans plus tard, il en est déjà à parler d'ami alors qu'il nourrissait cette haine depuis deux ans selon Luthor. Autre exemple, l'attaque finale de Superman précédée par la réaction de Loïs, qui annonce déjà l'issue de cette attaque, désamorce la puissance de la scène. Ces points de rupture clefs dans le scénario plutôt mal amenés affaiblissent l'immersion. 
Les thématiques abordées par le film sont elles plutôt intéressantes mais certaines sont abordées superficiellement. La question religieuse par le biais de Superman comme personnage messianique est très réussie : il s'agit d'un semi-dieu puissant mais faillible qui essaye de faire le juste. Grande question : la population doit elle lui faire confiance ? La question religieuse est également abordée par un Lex Luthor, dont les propos sont très intéressants, quand l'acteur Jesse Eisenberg n'est pas dans le sur-jeu. A propos de Dieu il souligne le plus grand paradoxe des monothéismes : Soit Dieu est tout puissant et non bienveillant, soit il est bienveillant mais pas tout puissant. Superman serait du second type. A noter que le superhéros à la cape rouge est ici très réussi car il incarne d'autres symboles comme par exemple le migrant rejeté des Etats-Unis. A l'opposé, Batman ne porte pas de message très pertinent. Opposé à un Superman au-dessus des lois, il agit selon la même logique, sans rendre de compte à quiconque. Batman ne s'oppose pas l'action de Superman mais à sa nature même. Il n'est alors pas porteur d'une pensée différente et n'est donc pas un adversaire satisfaisant sur le fond. C'est peut-être pour cela que les deux super-héros ne peuvent réellement s'affronter, contrairement à ce qui devrait se produire entre Captain America et Iron Man pour Marvel, qui ont eux deux conceptions fondamentalement opposées de la politique. Sur le sujet politique, la sénatrice du film apporte finalement les contre-arguments de la démocratie à Superman mais la scène où les deux auraient dû s'opposer sur le fond est malheureusement avortée. Cette thématique qui promettait d'être fondamentale est donc éludée.  

En définitive, Batman Vs Superman n'est pas le grand film annoncé. Distrayant, parfois impressionnant, il pèche néanmoins sur de nombreux points.



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mercredi 23 mars 2016

Midnight Special




Synopsis :

Le jeune Alton est enlevé par deux hommes dont on ignore l'identité...


Commentaire :

Un long mystère 

La qualité de Midnight Special réside dans sa capacité à sauvegarder son mystère. En effet, beaucoup de films, fantastiques notamment, révèlent la vérité trop tôt ou délivre une vérité décevante au regard des événements de l'histoire. Midnight Special laisse le spectateur dans un mystère total et lui donne juste le minimum pour que celui-ci continue l'aventure. C'est peut-être également la limite du film de Jeff Nichols qui, à un moment, devrait fournir une explication au spectateur car s'il est plaisant de jouer avec la sensibilité de ce dernier, il est également pertinent de s'adresser à sa capacité d'entendement. Malheureusement, les éléments de l'intrigue se dévoilent sans rien expliquer dans un final surprenant mais qui ne satisfait pas la curiosité. 
Ce mystère est produit justement par le fait que ce film n'est pas tant proche d'un Spielberg que la communication de la production voudrait nous le faire croire. Certes, il y a un enfant, certes, il y a de la science-fiction (encore qu'ici la frontière est poreuse avec le fantastique) mais cela ne suffit pas pour faire de ce film une production spielbergrienne. Spielberg nous montre le monde à travers les yeux de jeunes héros mais dans Midnight Special, nous avons le point de vue des protagonistes entourant l'enfant. Le mystère de ce film reste entier car nous n'avons jamais le point de vue de Alton. 
Notons que la mise en scène s'accorde parfaitement avec le propos car celle-ci est très sobre. Elle s'attache à conserver le réalisme des émotions, cela bien aidé par les acteurs, tous excellents dans leur capacité de retenue. La réalisation s'affaire particulièrement à établir une hiérarchie des relations entre les personnages en faisant comprendre par les angles de caméra ou par les différences de taille des personnages dans le cadre qu'Alton prend l'ascendant sur tous les autres protagonistes. 
Il est nécessaire de noter que le film doit également beaucoup à la bande musicale lancinante de David Wingo qui produit un effet de flou et de répétition sans jamais vouloir apporter de note finale. La thème principal, joué dès l'introduction, pourrait se jouer en boucle car il s'agit d'un schéma se répétant avec à chaque fois une sonorité de plus. Un peu comme l'histoire qui accumule des éléments sans jamais dévoiler le pourquoi du mystère. 

Les thèmes : une SF prétexte

Paradoxalement, ce film de SF est pauvre en grands messages alors que le rôle de la SF est très souvent de faire réfléchir sur le monde et de souligner les risques des pensées et des technologies contemporaines. Il n'y a pas de questionnement de ce type ici parce-que la SF est plutôt un prétexte à l'histoire; le film pourrait s'en passer pour exprimer son message principal. La quête d'Alton s'avère être un MacGuffin. En effet, puisque le mystère n'est pas révélé (sommes nous fasse à des êtres divins ? des extraterrestres ? des êtres d'univers parallèles ? Alton est-il un élu ? Pourquoi est-il un élu ? Est-il un élu du fait de sa génétique ?) on ne sait jamais pourquoi le spectateur doit prendre partie pour la réussite du voyage de Alton. Ici, le sujet principal de film semble se restreindre à l'amour des parents pour leur enfant, qui est mis en exergue par cette épreuve. L'amour des parents est inconditionnel, qui en conséquence n'est pas questionné sur le fond. Le père et plus largement l'entourage d'Alton vont tout sacrifier pour leur croyance en Alton. La plus belle preuve d'amour est la résignation des parents à laisser partir leur enfant vers son destin tout en ignorant ce qu'il est. Comme ces protagonistes, le spectateur est obligé de tomber dans cette croyance inconditionnelle puisqu'il ignore la fin de tous les événements. L'amour inconditionnel est beau mais est peu compatible avec l'esprit critique.  

En définitive, Midnight Special est un film qui touche autant à la science-fiction, au thriller, au road movie qu'au fantastique. Il réussit à emmener sans condition le spectateur dans une histoire mystérieuse. Toutefois, on aimerait parfois comprendre le pourquoi de toute cette aventure; en deux mots, avoir une raison de s'investir dans cette histoire.



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mardi 22 mars 2016

Divergente 3


Synopsis :

Les habitants de Chicago savent désormais la vérité; au-delà du mur, un nouveau monde les attend. Néanmoins, Evelyn, la nouvelle dirigeante proclamée de Chicago, se montre tout aussi autoritaire que Jeanine et empêche les habitants de quitter la ville...


Commentaire :

Troisième épisode rythmé 

Un des défauts des deux premiers épisodes étaient principalement le rythme, ralenti par les états d'âmes des personnages. Divergente 3 est lui un film prenant. La subjectivité des personnages est sacrifiée au profit de l'histoire, particulièrement intéressante. En effet, les grandes questions en suspend pendant les deux premiers épisodes sont enfin abordées. Le spectateur accède finalement à la compréhension de ce monde et comprend les enjeux des protagonistes. La réalisation quant à elle, est narrative mais léchée. L'histoire est moins propice à la créativité de la réalisation du fait que les scènes de simulations soient absentes pour cet épisode. Toutefois certaines scènes méritent quand même d'être signalées. L'une d'entre elle présente un personnage perdant la mémoire en nous montrant son univers mental partir en braise. La métaphore est inventive et réussie. Voici le genre de petite scène donnant de la force à la réalisation. 
Si les acteurs (particulièrement Shailene Woodley) sont mis en valeur, la réalisation va également s'attacher à présenter de nouveaux lieux superbement réalisées, du désert toxique aux villes futuristes. Le passage dans le désert gagne à certains moments des airs de Mad Max! Il est toutefois dommage que l'on ne s'attarde pas plus dans les villes futuristes qui sont montrées principalement en plan général. De plus, les plans en intérieur de la nouvelle ville sont bizarrement assez proches des anciens décors de Chicago, ce qui donne une impression de redondance. 

L'impasse éthique franchie

Nous disions lors de la critique du second épisode que le message du film serait contestable si les Hommes de l'extérieur n'étaient pas remis en question pour la transformation de Chicago en ville test. Effectivement, le film prend cette direction : les Hommes de l'extérieur ne sont pas les anges qu'ils prétendent être, malgré leur grande avance technologique. Pour le personnage de David (directeur de la ville futuriste), la fin justifie les moyens; il est l'incarnation du savant fou. Mais au-delà de la résolution de l'impasse éthique du second épisode, l'intérêt de ce film est que sa critique est plurielle. Il critique tout autant l'attitude despotique d'Evelyn qui se transforme en nouvelle Jeanine, montrant qu'une révolution est bien un mouvement revenant au même point, que le pouvoir du peuple avec les sanglants tribunaux populaires. Finalement, peu importe quelle entité détient le pouvoir si elle n'agit pas avec raison. De même, le film dénonce autant l'attitude de la firme génétique voulant rendre l'humanité parfaite que leurs adversaires souhaitant purifier l'humanité des améliorations obtenues par la firme. Ces parties sont finalement les deux faces d'une même pièce souhaitant pratiquer un humanisme évolutionniste. Saluons cette complexité bienvenue alors que les anciens épisodes présentaient des situations assez stéréotypées. L'héroïne, Trist, va apporter ici la voie de la raison en affirmant qu'on ne peut juger un humain sur sa seule nature.
Même si la saga n'est pas terminée, les grandes questions de fond ont été soulevées et en partie résolues.  Le message de la saga devient clair et il est éthiquement correct. La seule question qu'il reste à résoudre est celle de la gouvernance de Chicago : quelle va être la réponse du film concernant la détention du pouvoir (qui doit le détenir ? quelles doivent être les qualités de l'entité le détenant ?). Nous avons un début de réponse avec Trist qui n'aime pas le pouvoir et qui semble donc destinée à le détenir. Cela serait une résolution satisfaisante du problème. Néanmoins, la difficulté en creux que nous voyons surgir ici est la pertinence du quatrième épisode, qui ne risque d'être qu'action pour conclure l'histoire alors que les messages sont déjà passés.
Notons que les questionnements philosophico-politiques sont véritablement intéressants et qu'ils se retrouvent traités régulièrement dans les films populaires à destinations des jeunes adultes (Hunger Games). Bien que les situations présentées soient souvent assez caricaturales, ces fictions dystopiques ont le méritent de proposer une réflexion politique de fond, souvent absente désormais du reste du paysage cinématographique.

En définitive, ce troisième épisode est une bonne surprise. Rythmé, riche en révélations avec des questionnements de fond intéressants. Divergente 3 redore le blason d'une saga qui en avait bien besoin. 





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mardi 16 février 2016

Deadpool


Synopsis :


Wade Wilson est un mercenaire sans réel but jusqu'au jour où il rencontre Vanessa. Il décide alors de fonder une famille avec elle. Malheureusement, il apprend qu'il est atteint d'un cancer grave avec des métastases dans plusieurs organes. Destiné à mourir dans un bref délai, il est abordé par un agent mystérieux lui promettant une guérison miraculeuse. Deadpool est sur le point de naître... 


Commentaire :

Original, non révolutionnaire

Deadpool arrive au bon moment dans le déferlement de films de super-héros à grand budget. Il est à l'image d'un Batman, un anti-héros, ce qui déjà le singularise sur le fond de bon nombre de héros Marvel Disney et qui en fait un héros apprécié. De plus, le format s'émancipe également des autres films avec le cassage du 4ème mur. Cela est pour le coup inédit pour les films inspirés de comics et même pour les blockbusters en général. Attention néanmoins, la mise en scène reste narrative, nous ne sommes pas face à un film de la Nouvelle Vague. Enfin, le film finit de se singulariser par le public visé, qui cette fois n'est plus le grand public mais un public mature, dans le sens pouvant supporter la violence graphique et un humour noir. Les scènes d'action sont superbes et l'humour décalé est efficace. Deadpool apporte donc un bol d'air frais bienvenue à l'heure des franchises de super-héros très normées. Précisons que le film se moque des codes mais les reproduit tout de même. Il reste un film de comics et ne révolutionne pas le genre. Son originalité est de montrer qu'il connaît les codes du genre et les pointe du doigt au spectateur. Deadpool le film est donc exactement la transcription de Deadpool le comics qui reste... un Comic Book. En ce sens, sur le fond un deuxième épisode n'aurait pas nécessairement beaucoup d'intérêt car les codes ont déjà été dénoncés. Resterait alors simplement le côté divertissant et un public cible différent. Dans la pratique, le succès de Deadpool prouve néanmoins qu'un film de comics pour un public plus restreint peut aussi engranger de l'argent.

Culture pop

Deadpool a la bonne idée de s'inscrire directement dans l'univers partagé Marvel de la Fox. Cela apporte tout de suite une sensation de grandeur et de la complexité à cet univers partagé. Le monde des X-men est donc de la partie et Wolverine et son interprète en prenne pour leur compte. Néanmoins, le film s'inscrit dans son époque au-delà des X-Men en motionnant des films de l'ère du temps comme Taken. Le cinéphile amateur appréciera beaucoup cet humour car chaque référence et donc cassage de mur est l'occasion d'une critique humoristique. Pour les connaisseurs, peut-être que les moments les plus amusants resteront les critiques sur le Deadpool de X-Men Origins, sur Green Lantern ou les références à l'acteur Ryan Reynolds lui-même. Le film part du principe qu'il s'adresse à un public connaisseur. Si le spectateur est effectivement le public cible, les blagues fonctionnant sur l'autodérision des codes du genre et de la culture pop sont jouissives. 

Les thématiques 

Un film décomplexé et léger comme Deadpool n'a pas fonction à délivrer des messages. Et en effet, les messages de fond restent survolés mais sont néanmoins très agréablement pertinents. Le film aborde la question du sens de la liberté (le laboratoire crée non pas des super-héros mais des "super-esclaves", c'est donc la question du pacte faustien). Il est également et majoritairement question de l'amour : est-ce qu'après avoir été défiguré, Deadpool peut retrouver l'amour de Vanessa ? Ou la question de la place de l'esprit et du physique dans l'amour. Enfin, il est également question du choix, c'est à dire de la justice ; Colossus étant le Jiminy Cricket de Deadpool et ce dernier faisant les mauvais choix en tant qu'anti-héros. Ces thématiques au regard du film peuvent paraître anecdotiques, elles sont néanmoins ce qui permet à l'intrigue d'avancer et d'accrocher au parcours du personnage. Les enjeux ne nous laissent pas indifférents.

En définitive, Deadpool apporte de l'originalité à l'heure de l'invasion des super-héros au cinéma. Sans révolutionner le genre, il le critique. Son autodérision sur lui et sur la culture pop fera certainement mouche pour peu qu'on soit un amateur du cinéma mainstream. Merci à Ryan Reynolds d'avoir porté le projet!





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samedi 30 janvier 2016

The Boy


Synopsis :

Greta cherche à prendre du recul sur sa vie. Pour cela, l'américaine part en Angleterre et trouve une famille qui habite dans un beau manoir isolé et qui recherche une nounou. Job rêvé pour Greta, elle découvre alors que l'enfant qu'elle doit garder n'est qu'une simple poupée...


Commentaire :

Mise en scène à propos

William Brent Bell se révèle ou plutôt confirme être un excellent réalisateur de film fantastique et d'épouvante et rejoint ainsi les maîtres contemporains du genre comme James Wan. Le film d'épouvante demande un réel savoir faire de mise en scène pour installer le malaise autant par les sons, les angles de caméra, l'éclairage que le rythme du montage. The Boy installe très rapidement une atmosphère de malaise qui ne fait que se renforcer jusqu'au climax insoutenable. Le film est très maîtrisé et n'est pas dans la surenchère d'effets, d'où son côté appréciable. Quelques jump-scares très bien placés, légèrement en contre-temps suffisent à faire sursauter aux moments fatidiques. En effet, le genre fantastique a d'abord pour objectif de produire le malaise et non la peur, il s'agit donc d'un film à ambiance. Les acteurs sont très justes et leurs rôles bien écrits : réalistes et septiques au début comme l'est ou devrait l'être le spectateur.

Genre intéressant (spoilers)

Ce film est une réussite notamment parce-qu'il a compris ce qu'est le genre du fantastique. Le fantastique est le genre du doute, où le paranormal n'est jamais complètement confirmé et pourrait toujours se révéler être un réel, peu probable néanmoins du fait de l'accumulation des éléments. Les seuls événements relevant du merveilleux ont lieu dans le rêve, ce qui est bien pensé. Le film prend intelligemment l'initiative d'ouvrir plusieurs pistes afin que le doute soit constant et afin d'offrir plus de surprises. L'excellent choix de la poupée est également un élément permettant de comprendre que l'équipe a compris le genre du fantastique, Celle-ci n'a pas besoin d'être effrayante ou moche. C'est justement parce-qu'elle semble innocente mais placée dans un contexte scénaristique particulier qu'elle va déranger. Ici, le réalisateur joue sur le décalage entre réalité et notre monde monde mental. Il a également compris le genre dans le dénouement de son oeuvre. Le fantastique ne dure pas indéfiniment, la situation tend toujours à résoudre le doute pour faire apparaître la vérité de l'oeuvre. Très souvent, ce genre de film se conclue en faisant le choix du merveilleux mais ici The Boy prend le chemin de l'étrange (terme littéraire). C'est à dire que tout va trouver une explication rationnelle et en ce sens, ce film est original. Peut-être même un peu décevant pour les habitués du genre au cinéma. En définitive, le film nous plonge réellement dans le genre littéraire populaire du XIXème siècle où la limite entre la rationalité et notre imaginaire délirant n'est jamais claire. 

Les thématiques : fragilité psychologique et croyances (spoilers)

Le choix de l'étrange permet finalement de donner à ce film un fond thématique intéressant qui n'aurait pas été possible avec le choix du merveilleux. The Boy montre qu'une fragilité psychologique issue de traumatismes divers favorise un état d'esprit enclin à croire tout et son contraire. Evidemment, ce qui arrive à Greta sans être paranormal relève de l'exceptionnel mais son état psychologique explique une certaine crédulité. 

En définitive, cette réalisation se révèle être un très bon film fantastique (au sens littéraire) d'épouvante, autant bien pensé artistiquement que bien ficelé scénaristiquement. Original dans le formatage contemporain du genre.


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vendredi 8 janvier 2016

Les Huit Salopards



Synopsis :

Le chasseur de prime John Ruth emmène Daisy Domergue à la potence. Sur le long chemin jusqu'à Red Rock, il croise le commandant Warren puis le soit-disant Shérif Chris Mannix. Pris dans un blizzard, ils doivent passer quelques jours dans une auberge en compagnie d'inconnus...


Commentaire :

Le retour en grâce de Tarantino

Tarantino signe avec Les Huit Salopards un excellent film. Le réalisateur star avait tendance depuis quelques productions (Django Unchained, Inglourious Basterd) à caricaturer son cinéma, notamment dans la dernière partie de ses films. On retrouve ici un film qui tout en étant incontestablement de Tarantino reste très contrôlé et appliqué. Certes le côté pop corn est moins présent, mais on gagne grandement en cohérence globale et en finesse. D'abord apparenté au western, le film quitte les codes du genre pour se rapprocher du thriller en huis-clos. Le final quant à lui, emprunte aux codes des films d'horreur. Parfois violent comme dans tout film de Tarantino, un humour noir, cynique, permet toujours de rendre la vision supportable. En tant que huis-clos, le film propose des dialogues remarquables capables à eux seuls de maintenir une grande tension et de rendre tous les personnages passionnants et intriguants. Les conversations sont la spécialité de Tarantino; le film repose pour notre plus grand plaisir sur un scénario imprévisible qui se dévoile tout doucement au gré des conversations. Le film est rythmé malgré que l'action ne se déroule presque exclusivement que dans un lieu et que les dialogues soient la chair de l'oeuvre à la manière d'une pièce de théâtre. En effet, ce sont les dialogues qui entraînent les changements de ton : tension, relâchement, humour. Les dialogues et le découpage prennent le temps de travailler en profondeur les personnages, ce qui est particulièrement jouissif à l'heure des blockbusters aux personnages archétypés. Cela est appuyé par un casting excellent. La mise en scène est également remarquable en s'appuyant sur l'univers des westerns des années 60 pour poser le cadre général : plans iconiques, le grain de l'image. Les paysages magnifiques et rappelant la grandeur des espaces sont typiquement ceux de westerns avec la particularité d'un environnement enneigé. Par exemple, les plans de paysages présentant une petite barrière de bois traversant le cadre revoient explicitement au genre. Le mixage sonore est particulièrement réussi et contribue à ancrer le récit; les sons d'ambiance, de vent et de tempête sont incroyables. Il est également nécessaire de souligner l'excellente bande musicale de Ennio Morricone qui lorsqu'elle se fait entendre déploie toute sa puissance.

Un huis-clos où les thématiques importent peu

Les thématiques sont présentes mais non centrales. L'enjeu du scénario n'est pas particulièrement de les mettre en avant mais de rester concentrer sur l'histoire. Néanmoins, il est possible de souligner deux thématiques. La première est le soupçon puisque en effet le film repose sur la mise en présence des huit individus. Certes, ils discutent énormément mais chacun garde sa part d'ombre. Tout le scénario fonctionne sur ce mystère ambiant. 
La deuxième thématique plus secondaire est celle du racisme. Cette thématique est plus contextuelle, deuxième partie du XIXème siècle aux Etats-Unis, qu'un élément prépondérant pour comprendre l'avancement de l'intrigue. 
Aucun des personnages en présence n'étant réellement bons, ce sont huit salopards, aucune morale ou éthique ne se dégage vraiment. Certains personnages essayent d'avoir des discours sur des concepts compliqués comme la justice mais étant donné leur caractère, ils ne vont pas bien loin sur le fond. Les dialogues servent l'histoire, pas un message.

En définitive, Les Huit Salopards est un excellent film de Tarantino. Son style est prégnant mais non caricatural contrairement à ses dernières réalisations. Les dialogues font mouche tout au long de l'histoire dans ce thriller se déroulant en huis-clos où rien n'est prévisible.




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samedi 2 janvier 2016

Joy



Synopsis :

Joy est l'espoir de sa famille et particulièrement de sa grand-mère. Cette dernière voit en sa petite fille une future femme forte qui sera la fierté de sa lignée. Malheureusement, les vicissitudes de la vie ne mènent pas toujours là où l'on souhaite et Joy doit se battre sur tous les fronts pour simplement tenter de joindre les deux bouts....


Commentaire :

David O.Russell, une mise en scène réfléchie

Avec David O.Russell, on est toujours loin de la mise en scène purement fonctionnelle. Cette dernière est complexe si bien qu'il est impossible de faire une analyse poussée en sortie de séance. Néanmoins, il est toujours plaisant de regarder un film qui préfère les mouvements de caméra aux cuts. Le film commence presque à la manière d'un Joe Dante avec une mise en abîme par le biais de fictions télévisées. Symbole de la vie parallèle et artificielle dans laquelle vit la mère de Joy, l'écran dans l'écran disparaît lorsque celle-ci arrête de vivre dans une fiction. La mise en scène est toujours au service des personnages, soit pour insister sur leur visage et leur place dans l'environnement avec des travellings avant, soit pour nous mettre au cœur de leurs émotions avec des plans subjectifs, allant jusqu'aux scènes dans l'imaginaire des personnages. Le scénario est l'histoire d'une Cendrillon moderne sans prince et très combative qui lutte pour se faire une place dans une société qui ne croit pas en elle. L'histoire est particulièrement prenante, le combat de Joy étant constant. Après le décevant American Bluff, David O.Russell retrouve un scénario plus simple et épuré dans lequel on peut se projeter, à l'instar de l'excellent Happiness Therapy. A chaque palier passé par l'héroïne, non sans mal, l'univers rock de David O.Russell resurgit comme à son habitude avec une bande-sonore dans laquelle on retrouve notamment les Bee Gees. 

Jennifer Lawrence sous les projecteurs

David O.Russell excelle dans la mise en valeur de ses personnages. Lorsque c'est Jennifer Lawrence qui est au centre de ses préoccupations, le résultat est époustouflant. Elle crevait l'écran dans Happiness Therapy, lui valant très justement l'oscar, mais elle devait partager la vedette avec Bradley Cooper. Dans American Bluff son second rôle était plus que remarqué, mais là plus encore, son temps d'écran était limité. Dans Joy, Jennifer Lawrence est le seul et unique personnage principal et son interprétation est à couper le souffle. Sur 30 ans, son personnage passe par tous les états imaginables. A la juste limite de la théâtralité dans les précédents David O. Russell, elle délivre ici un jeu plus doux et d'une justesse renversante. Jennifer Lawrence est définitivement meilleure dans les films faisant une large place aux personnages plutôt que dans les films à histoire (Hunger Games). Les autres acteurs coutumiers de David O.Russell, Bradley Cooper et Robert De Niro sont évidemment excellents mais quelque peu éclipsés par JenLaw. 

Les thématiques du film, du féminisme à l'illusion du rêve américain

Mis en avant textuellement par le film, le féminisme est présenté comme le thème central. Concrètement, la première partie du film insiste en effet sur le rôle des femmes et notamment sur la lignée matriarcale dans la famille de Joy. Une femme moderne à l'image de Joy, n'aura besoin de personne, pas même du prince charmant. Néanmoins, Joy n'est pas tant arrêtée dans son parcours par son statut de femme que par un ensemble d'institutions : famille et monde formaté du travail, en un mot un système qui brime et brise toutes les tentatives du personnage. Il y a en effet une rupture dans la représentation de la femme forte entre la grand-mère de Joy, qui souhaite que sa petite fille épouse quelqu'un de bien, et Joy qui se dit et se veut autonome. Néanmoins, dans le monde dans lequel se bat Joy, sa qualité de femme ne semble pas être un obstacle. Le personnage se singularise plus par sa classe sociale proche du prolétariat et par son caractère fort que par son sexe. D'ailleurs, à aucun moment sa qualité de femme ne lui sera formellement reprochée ou ne constituera en elle même un obstacle. 
Cela nous amène donc au sujet principal du film : la combativité en société. Ne pas perdre de vue ses rêves d'enfant, progressivement écrasés par la vie, donne à Joy la force de continuer le combat. Le personnage développe une forme de résilience face aux déboires de la vie. Comme dans Happiness Therapy, l'idée de devenir acteur de son destin est central. Cela s'oppose frontalement à l'attitude de la mère de Joy qui vit une vie imaginaire par le biais de la télévision. En revanche, il s'agit ici de trouver sa place dans la société alors que Happiness Therapy était une recherche du bonheur personnel. En ce sens, le message de Joy est moins universel et romantique mais plus pragmatique et matérialiste. Le combat de Joy est un combat contre la réalité, un combat contre le déterminisme social. Chose intéressante à noter, alors que le monde des affaires est décrit comme un milieu hostile, la famille est tout autant un obstacle qu'un marche-pied pour réussir. 
Enfin, nous dirons quelques mots du concept du rêve américain qui paraît traverser les deux derniers sujets. Il pourrait être facile de penser que David O.Russell mette en avant cette qualité du monde sociétale étasunien, qui factuellement est d'ailleurs toute relative. En vérité, jamais nous ne savons comment le combat de Joy va se terminer. Les obstacles sont tels que le personnage dira lui même que ce système n'offre pas d'opportunité ou d'occasion d'exprimer son être et sa créativité, bien au contraire. En définitive, le parcours de Joy tient plus à sa combativité qu'aux soit-disant qualités intrinsèques du système américain. Son parcours étant un exploit contre-nature (contre système), il est donc impossible de dire que David O.Russell fasse l'apologie du rêve américain. Il s'agit presque autant d'une illusion que les fictions de la mère de Joy. En cela, le message est presque subversif. 

En définitive, David O.Russell relève la tête après American Bluff. Il offre à Jennifer Lawrence un rôle de premier rang pour déployer toute sa justesse interprétative. Le film est prenant, le message est fort.  



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