Les sorties de la semaine

mercredi 2 juillet 2014

Under the Skin


Synopsis :

Une jeune femme parcourt les rues d'Ecosse à bord de sa camionnette. Régulièrement, elle s'arrête pour demander son chemin à des hommes. Derrière une plastique parfaite, cette inconnue n'est rien de ce qu'elle paraît être...


Commentaire :

Ambiance réussie

Autant être franc, ce film de science-fiction / horreur ne nous a pas beaucoup plu. Pourtant, tout n'est pas à jeter. Commençons par le gros point fort du film; son ambiance. C'est particulièrement le mixage sonore aux cordes dissonantes qui est à saluer ici. La bande sonore met déjà mal à l'aise au premier abord, mais lorsque celle-ci est associée à une image choquante, rejouer par la suite, la même mélodie est encore plus efficace. C'est malheureusement la seule astuce du film, car de scènes choquantes, il n'y en a qu'une. Très crue et dérangeante, elle fait véritablement effet, aidée il est vrai par un jump scare. Elle fait partie de ces quelques scènes métaphoriques ou / et expressionnistes, on ne sait pas trop, pendant lesquelles l'environnement disparait et où seuls les corps (de Scarlett Johansson notamment) comptent. Dans un autre registre mais tout aussi intéressant, la scène d'introduction réussie parfaitement à présenter la singularité du film et du personnage principal, et à mettre sur la voie de l'origine extraterrestre des évènements du film (scènes travaillant les formes et dont une en particulier peut représenter une comète ou vaisseau spatial arrivant sur Terre). 

1h47 et c'est déjà bien long

Malheureusement, le caractère trop mystérieux du personnage de Scarlett Johansson et le rythme extrêmement lent du film, finissent par avoir raison de l'attention du spectateur (de nous pour le moins). En effet, l'étrangeté du film et le mystère de l'intrigue n'ont pas suffit à maintenir notre curiosité. En dehors des scènes d'angoisse, l'histoire n'avance pas : elle se répète pour terminer avec une fin sans réponse. Ce film est tout au plus une excursion sensorielle, mais nous n'avons pas compris son message et son intérêt, en dehors de l'exercice plastique/formel. Surement que le cinéaste Jonathan Glazer voulait nous montrer une autre manière de voir le monde et la société humaine. L'Ecosse est certes bien jolie, mais le scénario et la vision du réalisateur nous ont paru trop opaques. Il est néanmoins possible que certains aient les clefs pour comprendre le film et apprécier pleinement son esthétisme. 

8/20
   




mardi 1 juillet 2014

Transcendance


Synopsis :

Dans un avenir proche, l'homme est sur le point d'atteindre la singularité technologique, évènement qui verra la naissance de l'intelligence artificielle (I.A), qui résoudra les problèmes de la civilisation humaine et répondra aux grandes questions de l'univers. Will et Evelyn Caster sont les chercheurs les plus en pointe dans ce domaine. Malheureusement, ces recherches suscitent la crainte et Will est mortellement blessé par un attentat terroriste. La seule solution pour Evelyn de sauver Will est de sauvegarder sa mémoire dans un ordinateur quantique. Néanmoins, cette I.A sera t-elle Will ou tout autre chose ?


Commentaire :

Une réalisation peu transcendante

Wally Pfister réalise son premier long-métrage après avoir longtemps collaboré avec Christopher Nolan en tant que directeur de la photographie. Dans ce rôle, il a même reçu l'Oscar pour Inception. Les plans sont donc évidemment beaux, ce qui n'empêche pas la mise en scène d'être très fonctionnelle et peu audacieuse. Assez dommage pour un sujet qui porte une réflexion, elle, audacieuse. Néanmoins, il est possible d'expliquer, en partie, cette mise en scène minimale par le choix de ne pas donner un avis tranché sur la technologie, nous y reviendrons. Concernant le montage et la structure du film, ils sont parfaitement faits; le film ne contient pas de longueurs et des plans (ou séquences) innocents finissent pas répondre à d'autres au fil de l'histoire.

Un film de réflexion et non d'action

Blockbuster surement, ne serait-ce que par le casting (mention spécial à Morgan Freeman, toujours excellent) et les effets spéciaux, tout ça pour un budget de plus de 100 000 000 d'euros. Il y a de l'action et de l'inédit visuel notamment dans la façon de représenter la nanotechnologie, mais cela n'est pas le coeur de film. L'action est secondaire vis à vis de la réflexion posée sur la technologie. Cela est un peu déroutant, mais un film pensé / réflexif fait parfois aussi plaisir. Nous pourrions néanmoins reprocher au film d'être parfois un peu brouillon, les concepts soulevés étant complexes, il aurait parfois été nécessaire d'être plus clair (notamment à la fin), sur la raison des actions des personnages.

La technologie enfin mise en question

La technologie est le coeur du film de science-fiction. Pour beaucoup de films, la technologie n'est qu'un élément contextuel qui permet aux histoires de prendre vie (Star Wars). Pour d'autres films, la technologie est le coeur du sujet mais avec une réponse déjà toute faite sur son bien-fondé ou non (I Robot). En vérité, ils sont très peu nombreux les films qui posent la question du bien-fait ou non de la technologie sans délivrer une réponse toute faite (citons ici l'excellent Her). Transcendance fait parti de ces films et nous pose la question en nous montrant l'infinité de possibilités que pourrait permettre la singularité technologique. A travers plusieurs groupes aux différents points de vue, le film expose les craintes et les espérances de chacun. On croit bien souvent connaître le "méchant" avant que le point de vue ne soit retourné. Le film nous montre les possibilités effrayantes que permettraient les nouvelles technologies; effrayantes car ces possibilités amènent une omnipotence qui rappelle le totalitarisme. Néanmoins, si aucun dogme extrémiste ne se trouve derrière cette omnipotence, l'I.A peut-elle être une bonne chose pour l'humanité ? La question se pose également puisque face aux possibilités effrayantes se juxtaposent les possibilités presque miraculeuses de la singularité technologique, qui résoudraient bons nombres de problèmes causés par l'homme. Le film finit par esquisser un début de réponse avec le dénouement final mais chacun aura eu le temps d'évaluer les risques et les bénéfices de cet avenir technologique. Cette fin qui ne tranche pas pourra décevoir mais le vrai totalitarisme aurait été choisir pour le spectateur. 

15/20



jeudi 26 juin 2014

Le Conte de la Princesse Kaguya


Synopsis :

Un jour, un grand-père coupeur de bambou trouve une minuscule princesse sortie d'une tige de bambou. Comprenant qu'il s'agit d'un cadeau du ciel, il décide de l'élever et d'en prendre grand soin avec sa femme. La petite princesse grandit rapidement et devient vite amie avec les enfants de la montagne. Néanmoins, ses parents adoptifs envisagent un tout autre destin pour celle qui doit devenir une grande princesse...

Commentaire :

Une oeuvre d'art

Isao Takahata marque son grand retour au grand écran alors que son collègue co-fondateur des studios Ghibli, Hayao Miyazaki prend sa retraite. Après presque 15 ans d'absence, son style graphique tranche très fortement avec les productions de style Miyazaki (qu'elles soient de Miyazaki père ou d'autres). Le choix esthétique de l'aquarelle rappelant les estampes japonaises voire le style hikime kagihana (un trait pour les yeux et un crochet pour le nez) est tout à fait admirable ici. Les scènes de mouvement où les dessins sont quasiment abstraits avec leurs contours flous sont encore plus sublimes. Le dessin préfère alors la représentation du mouvement en lui-même plutôt que de représenter l'objet en mouvement.
Pour raconter le plus ancien des contes japonais, le recours à un style graphique rappelant la tradition esthétique du Japon est tout à fait bien trouvé. En outre, cette esthétique correspond parfaitement au genre du conte, en ancrant l'histoire dans un monde merveilleux, imaginaire, poétique et lyrique. Ce choix artistique n'est pas surprenant de la part d'Isao Takahata, celui-ci étant un très fin connaisseur de l'histoire culturelle du Japon, amateur des peintures des époques classiques et médiévales. Néanmoins, l'image ne suffit pas à faire d'un film une oeuvre d'art; la bande sonore est un élément tout aussi important. Toutefois, à partir du moment où l'on sait que ce n'est autre que Joe Hisaishi derrière le pupitre, tout est dit.

Un voyage au coeur du folklore japonais

A bien chercher, les origines de ce conte dans son iconographie ne sont pas Shintô. Quoique, lorsqu'il est question de la Lune comme dans ce conte, il serait tentant de faire référence à la Déesse Tsukuyomi. Néanmoins, le lien entre la Princesse et cette déesse de la mythologie japonaise ne semble pas établi. En revanche, l'iconographique bouddhique est très visible, et cela dès la première apparition de la Princesse, dans une pose de méditation. L'iconographie bouddhique réapparait encore plus clairement à la fin du film, avec quelques traits rappelant même l'hindouisme. Ce choix iconographique doit surement être mis en relation avec la possible origine tibétaine du conte. Bien que l'histoire n'ait aucun rapport avec le bouddhisme hormis une référence à une des périodes de vie de Bouddha, ce parti-pris en terme de représentation contribue à ancrer le conte dans le folklore japonais et asiatique. 

Un conte de temps faibles et de temps forts

La caractéristique de ce film d'animation est sa durée. Avec 2h17, il s'agit du plus long film d'animation du studio Ghibli. Le film prend son temps en étant parsemé de quelques temps faibles, qui ne provoquent pas pour autant l'ennui puisque l'oeil est occupé à admirer la beauté du trait et l'oreille à apprécier la beauté de la musique. Ces moments de poésie ou d'humour finement dosés contribuent à orner ce voyage artistique. Il faut néanmoins être en condition pour prendre part à cette aventure, sans quoi l'admiration fera place à l'impatience. Dites vous bien qu'une oeuvre d'art ne se parcourt pas en un clin d'oeil et que si le cinéma est lent, c'est parce-qu'il est contemplatif (ici pour le moins).

La morale du conte [Spoiler]

La morale du conte n'est pas si évidente parce-que le destin de la princesse est conditionné par un déterminisme divin et elle est peu mise dans des situations décisionnelles. Plusieurs réflexions parcourent le film (les conventions de la noblesse, les apparences) mais si l'on devait désigner la grande morale du conte; cela pourrait être que la richesse ne fait pas le bonheur, car la richesse vient avec de nombreux impératifs. La difficulté d'extraire la morale de ce conte est que contrairement à nos habituels contes Disney / Perrault, la morale bien que comprise ne peut aller à l'encontre du déterminisme. Pas de réel Happy End donc. 


17/20





mercredi 4 juin 2014

Edge of Tomorrow



Synopsis :

Dans un avenir proche, la Terre fait face à une violente invasion extraterrestre. L'Europe est presque totalement perdue mais un espoir demeure après l'exploit à Verdun du soldat Rita Vrataski. Le Major Bill Cage est lui sommé de prendre part au débarquement de Normandie qui est censé renverser définitivement le rapport de force en faveur des humains. Malgré son refus, Bill Cage doit débarquer dans la boucherie de Normandie et meurt après quelques minutes de combats. Il se réveille alors la veille du débarquement...


Commentaire :

Un film du genre "Tom Cruise"

La présence de Tom Cruise au générique d'un film signifie deux choses : le film sera de bonne qualité (une réalisation classique mais soignée) mais le déroulement de l'histoire et le rôle du personnage est plutôt prévisible. Tom Cruise, symbole d'une nation à vocation universelle, à la tâche de sauver le monde. Ce type de personnage correspond parfaitement à l'ambition du cinéma américain qui produit des histoires aux enjeux globaux. Sans se renouveler, Tom Cruise est évidemment excellent, mais soulignons que la personnalité lâche de son personnage en début de film est assez amusante. Elle tranche avec le personnage habituel bien que l'on sache que Bill Cage est amené à évoluer. Un plan particulièrement signifiant, pendant le débarquement, montre Bill Cage avec le casque qui lui tombe sur le nez, ce qui est assez cocasse sur Tom Cruise. Par son charisme, ce dernier a la fâcheuse habitude d'étouffer tous les autres protagonistes (dont le rôle est bien souvent atrophié) mais ici, la ravissante Emily Blunt apporte un réel vent de fraîcheur. Son personnage, héroïne au caractère froid, propose un pendant féminin à Tom Cruise, ce qui permet de centrer l'histoire sur un couple de personnages plutôt que sur un seul. Bien que Tom Cruise reste et soit la véritable star, Emily Blunt fait plaisir à voir dans un rôle "badass" qu'elle interprète superbement.

L'année des 70 ans du débarquement

Cette histoire, située dans un avenir proche, rappelle très fortement l'Histoire du XXème siècle. C'est peut-être pour cela que la sortie française se fait après bien d'autres, afin de se rapprocher de l'anniversaire du 6 Juin. La menace du film, quant à elle, rappelle fortement l'Allemagne Nazi, du fait que son épicentre soit le coeur de l'Europe et se propage vers l'Ouest. Alors que la France est presque totalement envahie, les dernières forces libres se sont réfugiées en Angleterre. Cette dernière est alors sous une menace directe d'invasion depuis le continent. A l'Est, les Russes et les Chinois tiennent difficilement leur front. Le débarquement en Normandie doit donc soulager le front Est et mener à la victoire. Le parallèle, déjà évident, est rappelé par une scène dans laquelle des personnages âgés se remémorent les années 40. Quant à la référence de Verdun, si elle rappelle la guerre 14-18, son utilisation contribue à ancrer l'histoire du film dans le passé, qui dans tous les cas renvoie à une menace venant de l'Europe orientale. Dans l'imaginaire collectif mondial, il n'est d'ailleurs pas dit que Verdun soit explicitement une référence de la Première guerre. En définitive, les parallèles sont voyants mais selon nous, ne servent pas un propos particulier. Nous ne savons pas pourquoi de tels parallèles ont été choisis. Concernant les reconstitutions des plages de Normandie, elles sont véritablement réussies, le spectateur est plongé dans un débarquement moderne. Le Paris apocalyptique est quant à lui un peu cliché pour un parisien (La Tour Eiffel tombée impeccablement sur le côté) mais la reconstitution  semble être "à point" pour un public mondial. 

Science-fiction

En plus d'être un film de guerre, ce long-métrage est bien évidemment un film de science-fiction. A l'origine, l'histoire est tirée du roman d'Hiroshi Sakurazaka. Pas étonnant lorsque l'on connait l'habilité des japonais à manier les sujets futuristes. L'exo-squelette est la trace la plus signifiante de l'origine japonaise, d'autant plus que l'exo-squelette de Bill Cage se bloque dans une interface en langue japonaise. Le fait que l'héroïne se batte avec une grande épée est également un indice allant en ce sens pour qui a déjà lu un manga. Soulignons ici que la science rejoint bientôt la fiction puisque les américains et les français ont développé des exo-squelettes pour leurs soldats, pour le moment moins perfectionnés que ceux dans le film. Quoi qu'il en soit, le design des exo-squelettes donnent un côté crédible au film, annonciateur des technologies à venir. Toutefois, le genre science-fiction est réellement confirmé avec deux éléments ; la boucle temporelle et les extraterrestres. Si les extraterrestres sont bien conçus au niveau du design, leur histoire est elle peu développée. Origine, intentions, rien n'est dit. Ils sont simplement les ennemis et à vrai dire, ils paraissent être plus un prétexte à la guerre et au voyage dans le temps qu'un élément de première importance. Néanmoins, cela n'est pas forcément un défaut car l'intérêt du film est ailleurs. L'intérêt se trouve donc principalement dans le voyage dans le temps qui, de par sa nature de boucle temporelle à court terme, ne pose pas de problème de cohérence. La seule question de crédibilité pourrait se situer autour de la capacité du cerveau à emmagasiner sans réel repos tant d'informations. 

Un film rythmé

Le principe de la boucle temporel est difficile à mettre en scène, le spectateur pouvant se lasser. Toutefois, le montage est bien pensé et grâce à l'incorporation de nombreuses ellipses et des indices laissant comprendre le recommencement interminable (sans que tout soit montré), le film reste rythmé et intéressant. Ainsi il s'agit d'un film où le montage est tout aussi important que le scénario et c'est à ce titre que le réalisateur Doug Ligman se distingue plutôt que dans une mise en scène uniquement fonctionnelle. Le petit bémol provient des batailles, qui nécessairement se succèdent à certaines périodes, à cause d'un mixage sonore écrasant/dérangeant constitué de rafales de tirs et de pilonnement. Heureusement, plus le film progresse plus il devient prenant. L'évènement final, classique, est très bien réalisé. 


16/20



mercredi 28 mai 2014

Maléfique



Synopsis :

Maléfique est une jeune fée du pays des Landes, terres magiques où vivent des êtres fantastiques. Un jour, elle fait la rencontre d'un jeune garçon Stefan, s'étant aventuré dans ces terres. Ils deviennent vite très proches et finissent par tomber amoureux. Néanmoins, les années passant, Stefan délaisse peu à peu Maléfique. Lorsqu'une guerre éclate entre les hommes et les êtres magiques, Stefan décide se battre aux côtés des hommes, quitte à trahir Maléfique...


Commentaire :

De Perrault à Maléfique

Entre le conte français et cette dernière version de La Belle au Bois Dormant, beaucoup de chemin a été fait. Cette relecture du conte se fait à partir de la version Disney de 1959 qui elle même reprenait la première partie du conte de Charles Perrault (ou des Frères Grimm). En effet, beaucoup ont oublié que le réveil de la Belle n'est pas la fin de l'histoire mais intervient en plein milieu selon la version originale. A ce titre, il est intéressant de noter que la version Disney des contes s'impose progressivement dans l'imaginaire, comme la version la plus connue, voire la version officielle des contes. Cette nouvelle version Disney est encore plus éloignée du conte original mais, comme la version de 1959, elle est très bien réalisée et écrite. Cette nouvelle version reprend les grandes structures du conte de 1959 et les principaux personnages. Néanmoins, l'histoire est ré-écrite, l'importance des personnages est modifiée et de nouveaux apparaissent. En définitive, ce Disney s'inscrit parfaitement dans la relecture moderne des contes effectués par Disney, depuis Raiponce en 2010 en passant par la Reine des Neiges. A vrai dire, cette approche moderne n'est plus surprenante pour qui a vu les derniers Disney et l'on s'attend à que certains moments clefs soit remplacés par d'autres (un dénouement à La Reine des Neiges). Néanmoins, ce travail de ré-écriture du conte qui se fait à l'intérieur des règles est très intéressant et le résultat est plutôt réussi.

La star Angelina Jolie

La modification principale vis à vis de l'oeuvre originale et du premier Disney est l'importance de Maléfique (La Fée Carabosse nous devrions dire - mais c'est moins classe). Angelina Jolie, productrice du film, est la véritable star de cette production. Le film et le personnage ont été crées spécialement pour elle. Ainsi, le personnage n'a rien de manichéen, il est beaucoup plus complexe que dans la première version Disney, ce qui le rend intéressant et attachant. Certains plans, ainsi que l'histoire de Maléfique, rappellent le mythe luciférien, personnage également pluriel et complexe. Angelina Jolie réalise incontestablement une grande performance dans ce film, elle est très juste et profonde. Notons toutefois qu'elle n'a pas véritablement de concurrents ici, les autres figures étant beaucoup moins connues : Sharlto Copley (District 9), Elle Fanning (Super 8), Sam Riley (Sur la Route), le visage le plus reconnaissable étant peut-être Imelda Staunton, la Ombrage d'Harry Potter. Nous soulignerons néanmoins la performance d'Ella Purnell dans le rôle de la petite Maléfique enfant.

Un univers sublime

La mode des contes en images réelles est lancée chez Disney depuis le Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton. Maléfique a néanmoins une esthétique beaucoup plus proche de son conte que ne l'avait le Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton. Maléfique reprend en effet, les images d'Epinal du conte de 1959. Un gros travail a été fait sur ce point. De plus, les images numériques et les effets spéciaux sont magnifiques. Il s'agit incontestablement de la grande réussite de ce film. L'univers du conte est ici complètement fantasmé et imaginaire. Il existe deux choix possibles lorsque l'on réalise un conte; soit on l'inscrit dans un monde imaginaire au-delà de l'espace et du temps, soit on l'inscrit dans une période et un espace réel qui va entrer en collision avec le merveilleux (c'est le cas pour la Belle et la Bête de Disney et celui de Christophe Gans; le conte est inscrit dans une France fantasmée). Ici, il aurait également été possible d'inscrire l'histoire dans une France fantasmée au vu des origines du conte mais le choix a été fait pour le monde imaginaire. Le choix est plutôt convainquant car le résultat esthétique est superbe et ce monde reste crédible. A vrai dire, avec ce film, on comprend aisément pourquoi le numérique permet de réaliser des contes en images réelles. Ce nouvel outils permet de créer des univers que seul avant pouvait réaliser le film d'animation.  Maléfique est certes un film "en images réelles" mais avant tout un film du numérique.

La réalisation 

Robert Stromberg réalise ici son premier long-métrage. Il s'agit du premier film le plus cher de l'histoire avec un budget de 200 000 000 d'euros. Autant dire qu'Angelina Jolie est considérée comme très "bankable". Robert Stromberg aidé des plans numériques réalise de très jolies images. Il y a quelques très belles scènes de poésie, la photographie est très travaillée. Elles ne sont pas forcément utiles à l'intrigue mais contribuent à l'univers de l'histoire. A certains moments, le cinéma est simplement contemplatif. Certains plans sont très graphiques et sont associés à la très belle et très présente musique du talentueux James Newton Howard. Cet ensemble inscrit ce long-métrage dans la catégorie prestigieuse des films relevant du "spectacle total" (Wagner, Reinhardt). 

La Morale du conte

La morale dans un conte est primordiale, un conte n'étant raconté que dans un intérêt didactique. Si le conte original renvoie aux différentes étapes de la vie d'une femme, les thèmes ici sont un peu différents. Il reste bien sûr l'idée du conte original mais on peut également y voir une morale écologique et le fait que les hommes (les deux types : les Hommes et les hommes) sont des être égoïstes et irrespectueux. Heureusement, le véritable amour existe, mais pas forcément là où l'on s'y attend.

16/20



samedi 24 mai 2014

X-Men, Days Of the Future Past


Synopsis :

Dans un avenir proche, les sentinelles, véritables armes de destruction, ont presque totalement anéanti humains et mutants. Au départ construites pour combattre uniquement les mutants, les sentinelles ont progressivement élargi les êtres à éliminer. L'avenir est compromis, le présent n'est plus vivable. La seule solution consiste alors à changer le passé. Wolverine est chargé de cette mission par le professeur Xavier et Magnéto... 


Commentaire :

Bryan Singer réimpose son style

Après X-Men 2, Bryan Singer avait délaissé la franchise, du moins au niveau de la réalisation pour le meilleur, X-Men Le Commencement, et le moins bon (pas le pire), X-Men L'Affrontement Final. Quant aux spin-offs sur Wolverine, ils étaient d'une qualité variable. Beaucoup s'étaient attristés que Matthew Vaughn, qui avait réalisé l'excellent X-Men Le Commencement, se retire de la réalisation. Pourtant Bryan Singer réalise un X-Men de toute aussi bonne facture mais dans son propre style. Ainsi, le générique d'ouverture raccroche directement cet opus à l'ancienne trilogie. En fait, bien que les personnages principaux à l'écran proviennent majoritairement d'X-Men le Commencement, par le caractère de ces personnages, la réalisation et la structure du film, cet opus se rattache incontestablement à la première trilogie. Plus que faire le lien entre les deux trilogies, il remet X-Men sur la voie ouverte par Bryan Singer au début des années 2000. Quoi qu'il en soit, Bryan Singer contribue à faire de cette nouvelle trilogie un petit joyaux parmi les films et sagas de super-héros. On notera particulièrement le retour de l'humour ultra-milimétré de Bryan Singer. En effet, contrairement aux autres franchises où l'humour est prégnant, conformément à l'humour de comics qui dédramatise les évènements, l'humour de Singer n'atteint pas le sérieux de l'action. Choix peu fidèle à l'univers des comics mais qui donne une réelle profondeur à cette saga. Il faut noter également, les moments de poésie que s'autorise le réalisateur, comme par exemple la majestueuse scène au ralenti impliquant Quicksilver. Enfin, comment ne pas mentionner le magnifique casting 6 étoiles, trilogie 1 + trilogie 2 dont hérite Bryan Singer pour nous délivrer une oeuvre aboutie. 

La différence avec X-Men Le Commencement

La grande réussite d'X-Men Le Commencement est d'avoir réussi à humaniser les X-Men. Chose peut-être simple, mais voir un dialogue entre Charles Xavier et Mystique pendant que cette dernière se lave les dents et interroge Xavier sur le fait de savoir s'il la trouve jolie ou non permet de faire des X-Men des êtres humains comme les autres. Ce premier opus de la nouvelle trilogie avait, en fait, tout l'attrait des films présentant le parcours initiatique des héros. Dans X-Men Days of The Future Past, on est au-delà de la découverte des personnages, ils sont pleinement X-Men comme dans la première trilogie. Chose peut-être regrettable car la découverte de soi-même est toujours intéressante, mais le traitement des personnages n'est pas pour autant délaissé. Sans être intime, le déroulement de cet opus est d'abord le résultat des relations entre les personnages. Autre point fondamentalement différent entre les deux opus; l'impact des X-Men dans l'histoire. Le côté jouissif d'X-Men Le Commencement est sa volonté d'inscrire les X-Men dans l'Histoire, notamment lors de la crise des missiles de Cuba en 1962. Leur action est réelle mais classée top-secrète, et ne modifie pas la trame de l'Histoire. Cela leur donne un côté crédible voir mystique (théorie du complot). Le premier script de Matthew Vaughn en tant que réalisateur pour X-Men Days of the Future Past continuait en ce sens.

" Un Days of Future Past parallèle,
 Secret de tournage sur X Men: Days of Future Past

La version initiale de X-Men : Days of Future Past, qui devait être dirigée par Matthew Vaughn, orientait différemment la trame du film. Le réalisateur avait notamment prévu de faire du film une suite directe à X-Men le Commencement, se déroulant dans les années 1970. Une des premières idées proposait même de mettre en scène l'assassinat de Kennedy orchestré par Magneto, ainsi que des rencontres entre mutants lors de la guerre du Vietnam et du mouvement pour les Droits Civils.   

Lorsque Bryan Singer reprit le projet, il fit des idées de Vaughn le centre d'une campagne marketing viral, construite autour de cette version parallèle du film. Dans cette histoire alternative, Magneto est arrêté et emprisonné pour le meurtre de Kennedy, bien qu'il ne cesse de clamer son innocence. Plusieurs théories du complot se sont par la suite construites autour des mutants, faisant parfois de Mystique un double de Kennedy et d'Emma Forst la véritable instigatrice de l'assassinat. Un site viral fut même construit dans cette optique, thebentbullet.com." Allociné

Néanmoins le X-Men Days of the Future Past de Bryan Singer fait un choix différent et ne se contente pas de s'inscrire dans l'histoire: il en fabrique une nouvelle. Ainsi, les évènements qui font suite aux accords de Paris de 1973, ne sont pas et ne peuvent pas être classés top-secrets. Ce changement d'approche limite, selon nous, la portée du film et nous préférions l'approche de Matthew Vaughn. Néanmoins, le film n'en est pas moins moins bon, car Bryan Singer réalise très bien ce qu'il a voulu faire. 

Intrigue à l'échelle d'une saga

X-Men Days of The Future Past est un grand film comme son prédecesseur, mais sa portée va au-delà. L'intrigue de ce film est génial dans le sens où il arrive parfaitement à lier les deux trilogies. C'est donc à l'échelle de toute une saga qu'il faut envisager ce film et il est nécessaire d'avoir en tête la première trilogie pour regarder ce X-Men. Chose tout à fait incroyable à souligner, X-Men Days of The Future Past arrive à enlever (résoudre) toutes les incohérences qui pouvaient se trouver entre les différents films. Il en reste en vérité une, comment Wolverine récupère t-il ses griffes après Wolverine Le Combat de l'Immortel ? Toutefois, ce n'était pas la question fondamentale de cet opus et Singer nous a montré présentement qu'il savait laissé trainer des questionnements pour mieux y répondre par la suite (le fait que Charles Xavier puisse marcher en 1973 par exemple). Par ailleurs, la place des nombreux personnages, qu'il soit du passé ou de l'avenir, est parfaitement proportionnée alors qu'on aurait pu craindre qu'un personnage comme Wolverine écraserait ses petites camarades. En définitive, cet équilibre entre nouveau et ancien fait de cet opus, à notre avis, un coup de maître. 

Le seul petit bémol : ou est la musique d'Henry Jackman ?

Le compositeur d'X-Men Le Commencement Henry Jackman laisse sa place à John Ottman. Choix regrettable, car la nouvelle composition n'arrive à la cheville de la précédente. Ainsi, lorsque Magneto arrive à émerger un sous-marin avec Henry Jackman, la scène est tout simplement sublime, car la musique retransmet tout l'effort que peut représenter cet exploit. Ici, lorsque Magneto arrive à décrocher un stade de ses fondations puis le transporter, la musique ne rend pas autant grâce au monumentalisme de l'exploit. La musique est bonne mais apporte moins aux actions du film. 

Petites astuces :
- Des scènes se déroulant en France, il est préférable de le voir en VO. Et puis ça nous donne l'occasion d'entendre Jennifer Lawrence parler réellement français! 
- Comme tout Marvel, il y a un extrait en plus à la fin, mais contrairement aux productions Marvel Disney (Avengers), il faut attendre la toute fin du générique pour y avoir droit. 

18/20





jeudi 15 mai 2014

Godzilla


Synopsis : 

En 1999, des traces de créatures géantes sont trouvées aux Philippines. La même année, une centrale nucléaire au Japon est touchée par un séisme qui entraine sa destruction. Joe Brody perd sa femme dans cet accident. 10 ans plus tard, Joe Brody est toujours à la recherche de l'origine de la destruction de la centrale dont il réfute la thèse officielle postulant un simple accident d'origine sismique. Son fils, Ford, a lui commencé une nouvelle vie à San Francisco et ne souhaite plus entendre parler du passé. Néanmoins, il rejoint son père au Japon après que ce dernier ait tenté de rentrer sur les lieux de la catastrophe nucléaire...


Commentaire :

Un design respectueux du passé

Si ce nouveau Godzilla fait jaser, c'est sûrement pour son design particulier. Gareth Edwards opère un retour aux origines, notamment au niveau de la face de la bête qui retrouve les traits de 1954. Son museau est plus que reconnaissable et son allure se trouve en rupture avec l'aspect plus longiligne et dinosauresque du Godzilla de Roland Emmerich ("Le Godzilla avec Jean Reno"). Certains diront que ce nouveau Godzilla est trop massif, mais physiologiquement, il est plus crédible compte tenu de la musculature nécessaire pour mouvoir un corps géant, qui plus est, un corps de combattant. Il se retrouve ainsi avec des pattes arrières tout bonnement énormes. Voici donc un Godzilla musculeux mais fidèle à son modèle de 1954. D'ailleurs, sa posture très redressée, différente de la posture de tyrannosaure d'Emmerich, est un beau clin d'oeil au passé, dans lequel on prêtait une posture très redressée, sans réelle connaissance anatomique, à tous les dinosaures. 

Des choix narratifs contestables

Si le design audacieux de Godzilla est selon nous plutôt une réussite, le film en lui même est une petite déception, tellement les bandes annonces étaient prometteuses et tellement Gareth Edwards avait su convaincre et surprendre les cinéphiles avec Monsters (film de monstres fait avec 500 000$). Néanmoins Gareth Edwards s'est lui même mis des bâtons dans les roues du fait de deux partis pris narratifs. D'une part, il choisi de faire de Godzilla la star de son film (en témoigne son apparition retardée et progressive, la star se fait attendre et soigne son entrée). D'une autre part, pour insister sur le monumentalisme du monstre, Gareth Edwards choisit de nous montrer, la majorité du temps, seulement des parties du monstre, même la caméra n'arrivant pas à saisir l'ampleur de la bête. Néanmoins, qui reste t-il alors pour animer le film? Les deux héros du film, interprétés par Aaron Taylor-Johnson (Ford) et Elizabeth Olsen (Elle) n'ont aucune présence. En fait, leur inutilité narrative est justifiée puisque Godzilla doit être le véritable héros de ce film, les humains sensés être complètement dépassés. Cette idée est confirmée par la scène presque risible où le héros pointe son pistolet sur un monstre en fin de film. Leurs actions sont inutiles (sauf une) et les personnages subissent (ils sont passifs). De plus, ces deux héros sont d'un cliché presque absolu pour le film catastrophe : le soldat et l'infirmière. Décevant venant d'un réalisateur prometteur et de ses scénaristes renommés (ou est l'inventivité ? même à l'intérieur des normes ?). Ce qui est triste est que le film avait les arguments pour donner une place importante aux humains grâce aux excellents acteurs que sont Bryan Cranston, Ken Watanabe, et Juliette Binoche. Ces trois acteurs passent très vite au second plan (après avoir réussi à attirer toute l'attention à eux) alors qu'ils auraient dû rester les héros de l'histoire. Pire, ces personnages étant peu utilisés, on ne comprend plus la structure du film qui fait alors trainé ce long-métrage en première partie.

Une mise en scène redondante avec quelques bonnes idées

Aux faiblesses scénaristiques, s'ajoute une mise en scène redondante. La mise en scène passe bien une, voire deux fois, mais lorsque les mêmes effets reviennent plusieurs fois dans le film, on peut suggérer un manque de créativité. Nous notons, par exemple, la technique de cacher un personnage derrière un autre et de faire ensuite bouger la caméra pour faire apparaître le personnage caché. Nous notons également les effets de suspens à la fin duquel on sait que Godzilla va intervenir (et oui qui d'autre sinon ?). Néanmoins, vu la masse et la taille de la bête, on n'a parfois du mal à croire que Godzilla surgisse aussi facilement qu'une souris à l'écran. Il y a d'autres petites bizarreries du genre qui paraissent peu crédibles du fait de la taille des monstres et des technologies disponibles aujourd'hui et qui rajoutent du suspens au détriment de la crédibilité (nous pensons à une scène où un monstre s'échappe incognito d'un entrepôt de déchets nucléaires). Néanmoins, tout n'est pas à jeter dans ce film, loin de là. Compte tenu de son impératif de montrer la grandeur des monstres, Gareth Edwards réussit très bien les effets d'échelle, en nous montrant des plans animaux tels un caméléon ou un chien. Et puis, nous pouvons avoir une certaine interprétation de ces relations de taille, face à ces animaux, le monstre gigantesque est l'homme. D'autres idées habilement mises en scènes sont les contrastes entre les scènes d'apocalypse et les scènes de calme (qui parfois d'ailleurs commencent avec les plans d'animaux) comme pour nous montrer que l'homme est insouciant jusqu'à la dernière minute. Pour terminer, notons la bonne idée du générique d'ouverture qui a pour but d'ancrer le mythe de Godzilla dans l'histoire, en revenant sur des évènements historiques et en passant progressivement du dessins, aux images de caméra en noir et blanc puis aux images haute-définition. Le départ était donc excellant et recherché.

Quelques plans magnifiques

Après Monsters, Gareth Edwards a eu le droit a un budget godzillesque 215 000 000$. Il en a visiblement profité dans quelques scènes très réussies. Nous notons la fameuse scène de parachute, montrée dans la bande annonce qui nous laissait espérer un film entier d'une égale beauté. A ce moment, le film est plus graphique, voire picturale aux références bibliques que réaliste. Ce choix artistique bien qu'audacieux aurait peut-être été une idée à appliquer à l'ensemble du film afin de lui donner un cachet tout à fait original. Nous notons également les très belles mais trop rares scènes de combat de Godzilla car dès qu'il est l'écran, le film prend de l'ampleur. Par contre, le budget ne se ressent pas du tout dans la 3D qui peut être ignorée si possible.

La morale

Une petit section doit être réservée à la morale puisqu'à l'origine Godzilla est la métaphore de la bombe atomique d'Hiroshima. Le film y fait d'ailleurs un petit clin d'oeil. Les monstres se déchainant sur le monde paraissent être la métaphore des catastrophes amenées par les centrales nucléaires. Ce n'est pas un hasard si un monstre fait son nid dans une centrale et que les bestioles se nourrissent de missiles nucléaires. D'ailleurs, les monstres du film ne peuvent pas apparaître sans les actions et les activités des hommes. Et puis, les militaires enchaînent les bêtises et sont presque aussi dangereux que les monstres eux-mêmes (la bombe H du film et la scène du Golden Bridge). Godzilla est un film profondément écologique et anti-nucléaire. N'oublions pas que Ken Watanabe nous dit tout du long du film que la nature rééquilibre d'elle même la balance si on la pousse dans ses extrémités.  

14/20