Les sorties de la semaine

mercredi 25 décembre 2019

Star Wars : L'Ascension de Skywalker


Synopsis :

Palpatine est de retour. Kylo Ren à la tête du Premier Ordre et Rey espoir de la Résitance tentent chacun de retrouver celui qui veut redevenir empereur de la galaxie...


Commentaire :

JJ Abrams, maître de la narration

Abrams reprend la mise en scéne dynamique de l'épisode VII avec ici un impératif majeur; conclure  la trilogie en l'espace d'un film. En effet, Rian Johnson à la manœuvre pour l'épisode VIII avait complètement rebattu les cartes en fermant presque toutes les possibilités narratives ouvertes dans l'épisode VII. C'est donc une mise scéne exclusivement narrative avec peu de temps de respiration qui est choisie ici. A la sublime photographie de l'épisode VIII suit donc l'art de la narration, appuyé par une caméra très souvent en mouvement, un montage rapide et des gros plans sur les personnages pour les dialogues. Divertissement et efficacité narrative : pas de fioriture. Quelques nouveaux designs, réussis, sont toutefois à porter aux crédits de ce film comme ceux du temple sith. Au delà de l'aspect esthétique, les plans généraux manquent quelque peu, simplement parfois pour permettre de comprendre des actions mêlant énormément de protagonistes. Toutefois, le choix de l'efficacité ne nuit pas au divertissement, d'autant plus que l'image est soutenue par l'excellente bande musicale de John Williams. Aucun nouveau thème n'est entendu, mais les différents thèmes des personnages sont subtilement arrangés pour coller à leur évolution. 

Un scénario chancelant

Si techniquement le film est irréprochable, le scénario souffre fortement de l'absence de trame scénaristique originale pour l'ensemble de cette trilogie, ainsi que, dans une moindre mesure, de la non compréhension profonde de l'univers de George Lucas. Ce dernier épisode est quasiment une suite au VII, revenant sur les choix scénaristiques du VIII qui lui même avait comme objectif d'en finir avec la nostalgie et le manque de nouveautés du VII. Plusieurs éléments flagrants témoignent de ce nouveau virage à 180° : Rey est finalement bien "une fille de" et non une inconnue, elle retrouve par ailleurs sa tenue du VII tout comme Kilo Ren retrouve son masque, Snoke est remplacé par Palpatine pour un rôle similaire, Luke Skywalker montre à nouveau du respect pour son sabre laser (ce qui ici peut être le signe d'une évolution du personnage et non simplement la marque d'une négation scénaristique), le personnage de Rose introduit dans le VIII disparaît presque complètement du récit ainsi que son histoire d'amour avec Finn, et Poe retrouve l'espérance cela allant à l'encontre de la leçon nihiliste de l'épisode VIII. Abrams essaye tant bien que mal de donner quelques justifications et de ré-ouvrir des intrigues pour conclure la trilogie, usant abusivement du petit texte d'introduction qui introduit le retour de Palpatine, puis laissant à ce dernier une scéne d'exposition pour expliquer son histoire et son plan. Au prix de ces scénes d'exposition poussées qui se poursuivent dans certains dialogues de la Résistance, le film réussit à retrouver une cohérence interne. Abrams tente également de réintrégrer des éléments de la prélogie, jusqu'alors honnie par Disney, grâce à quelques citations de personnages, voire leur retour (par le biais de voix). Malgré cet effort salutaire quelques éléments fondamentaux vont à l'encontre du monde original de George Lucas. Si Palpatine revient, alors la prophétie autour d'Anakin devant éliminer l'empereur et ainsi ramener l'équilibre dans la Force, enjeu des 6 premiers films, est caduque. Autre point important, la Force devient un artifice scénaristique, capable de miracles alors qu'elle était dans les deux premières trilogies assujeties à des règles. Certes Rey est finalement montrée en train de s'entraîner et Leia se voit transformer en Jedi pour être une Maître crédible mais la nature de la Force a changé dans cette trilogie. La Force était pour Lucas une force immanente que certains individus pouvaient appréhender suite à un fort travail sur soi. Elle devient une force transcendante pouvant être perçue par des individus non-initiés (des Stormtroopers sentent la Force les retenir face à des actions immorales) et capable de miracles (guérir intégralement, téléporter des objets). C'est le passage d'une vision orientale du monde (George a une bonne connaissance des philosophies orientales - asiatiques) à une vision judéo-chrétienne. Cette incompréhension chez les successeurs de Lucas est manifestement le pêché originel de cette nouvelle trilogie qui singe la saga de Lucas tout en la trahissant. 

Des thématiques intéressantes... mais déjà vues [Spoilers]

Ce film revient sur une bonne idée de l'épisode VIII qui prétextait que la Force pouvait se manifester chez n'importe quel être. Rey, en se trouvant finalement une illustre ascendance, clot cette thématique. Il manquait de toute façon la dimension d'effort et de travail dans l'épisode VIII mais la fin des lignées (de sang) marquait tout de même une avancée par rapport à un déterminisme unicausal et donc mal pensé . Rey est alors la petite fille de Palpatine (nous ne reviendrons pas sur cette histoire qui arrive comme un cheveux sur la soupe). Le "sang parle" pour reprendre l'expression du film. L'aspect intéressant de ce choix est que la lignée apporte des pouvoirs particuliers, mais ne présage pas de quel côté va pencher l'individu, en l'occurance Rey, ceci nuançant le déterminisme du sang. Luke le dit, il n'y a pas que le sang. Rey Palpatine choisit donc le côté lumineux pour s'émanciper en partie du déterminisme du sang. Elle choisit même de reprendre le nom de Skywalker, ce qui montre qu'il est possible de choisir sa filiation. La morale est plutôt séduisante et plus subtile que si Rey était véritablement une Skywalker comme il a longtemps été supposé. Malheureusement, rien n'est véritablement nouveau car cette morale était déjà présente dans la première trilogie avec Luke choisissant de ne pas suivre son père dans le côté obscur. L'atout de la première trilogie est qu'elle mettait trois films pour installer ce choix alors que l'épisode IX doit le faire en un épisode. La première trilogie avait surtout pour elle l'originalité. Disney nous propose "Je suis ton grand-père" après "Je suis ton père". Laissons la conclusion à George Lucas :
Il n'y a rien de nouveau. Dans chacun des films de la trilogie originale, il était important de présenter de nouveaux mondes, de nouvelles histoires, de nouveaux personnages et de nouvelles technologies. [Commentaire qu'il fait à la suite de l'épisode VII mais applicable ici].
Ce n'est pas simplement anecdoctique car pour Lucas, la nouveauté est également le cœur de Star Wars. Voici un autre incompris chez Disney.


En définitive, Star Wars : L'Ascension de Skywalker bénéficie de la mise en scène divertissante d'Abrams. Mais malgré quelques éléments d'explication forcée, la cohérence scénaristique sur l'ensemble de la saga fait défaut ainsi que les prises de risques en termes de nouveautés. Une trilogie décevante, loin d'égaler dans son écriture, celles de George Lucas.





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lundi 25 novembre 2019

La Reine des Neiges II


Synopsis :

Elsa est reine d'Arendelle et Anna vit son amour avec Kristoff. Tout semble aller pour le mieux. Toutefois, la Reine des Neiges est un jour troublée par une voix lointaine et évasnescente qui semble l'appeler...


Commentaire : 

Technique et réalisation irréprochable


Comme toujours, les films du studio Disney animation sont d'une perfection technique bluffante. Ici, c'est l'environnement et l'arrière-plan qui témoignent d'un dépassement technique. L'eau notamment mais aussi les paysages inspirés de l'Islande et du Nord de la Norvège paraissent réels, ce qui est presque étonnant étant donné que les films d'animation Disney n'ont jamais eu cet horizon comme objectif. Dans une idée avoisinante, ce film est dôté de focales : l'image fait la mise au point sur les personnages au premier plan comme si une caméra filmait le réel. Or les films d'animation (occidentaux) ont habituellement une image net en tout point. Le choix ici est réfléchi et la volonté du réalisme graphique est plausible. Toutefois, le réalisme n'étant pas un objectif du genre merveilleux, c'est peut-être un enjeu simplement technique pour renouveller cette suite. A ce titre, le choix peut-être salué. Au delà de cette innovation technique, le film reste structuré par le genre de la comédie musicale. Les différentes scènes musicales sont bien écrites et le fil conducteur (la voix lointaine) est symbolisée par quatre notes revenant constamment. C'est ici que la comédie musical prend l'ascendant sur le film classique avec pour fil conducteur le scénario, la mise en scène mais également une bande musicale dans la tradition de Broadway. On pourra regretter néanmoins des chansons moins marquantes et un orchestre symphonique plus timide. Le spectacle reste toutefois réjouissant (en version originale néanmoins, le doubleur français de Kristoff ne rend pas hommage à l'original). 

Respect des traditions ?

L'équipe du film a fait un réel effort pour traduire dans le merveilleux les paysages du nord l'Europe.  Les réalisateurs ont pour cela fait plusieurs voyages. De même, ces derniers voulaient être respectueux des cultures locales, notamment de la culture indigène Sami, présente dans le premier film via le personnage de Kristoff et pour cet épisode via le peuple des Northuldras. Notons que Kristoff perd cet attribut étant jugé physiquement trop éloigné des Samis. Ces derniers sont donc exclusivement représentés par les Northuldras avec un faciès plus oriental et notamment moins blonds que Kristoff. Disney affirme ici son souhait d'être respectueux des minorités. Ce projet de respect des minorités va toutefois étrangement jusqu'à dépendre les Norvégiens comme un peuple cosmopolite au 17-18ème siècle afin que le plus grand nombre puisse s'identifier (dans une volonté de justice mais également commerciale). C'est ainsi que le respect des minorités passe avant le respect de l'Histoire pour satisfaire un cahier des charges qui impose que le film convienne au plus grand nombre. 

Des thématiques partiellement renouvellées [Spoilers]

Les films d'animation Disney sont toujours porteurs d'un message. L'abnégation est le principal message de ce film venant toutefois de personnages n'ayant pas evolué depuis le premier film. Plus exactement, ils ont regressé depuis la fin du premier film pour retourner à l'état antérieur. Elsa ne partage pas ses craintes et ses peurs à sa soeur alors que la solidarité et la confiance entre les deux soeurs étaient sencées être totales à la fin du premier épisode. Du coup, la posture fermée d'Elsa permet à l'histoire de repartir puisque le groupe d'héros se trouve séparé, et tout l'objectif est alors d'arriver à la réunion des soeurs. La redite est plutôt décevante. Le premier film se suffisait manifestement à lui-même et la greffe scénaristique (comme les nouveaux "vrais" Samis) ne parvient pas à redonner du dynamisme à ces enjeux artificiels.  D'autant plus que les amateurs de Disney savent que les Northuldras, en tant que peuple indigène, ne sont pas les méchants de l'histoire. Il reste alors la nouvelle thématique : réparer les dégats de ses ancêtres... comme si les individus présents étaient comptables des erreurs de leurs prédécesseurs. Le message est toutefois joli, puisque les deux héroïnes font preuves d'abnégations et sont capables de se sacrifier (Elsa littéralement, Anna capable de sacrifier Arendelle) dans un objectif de Vérité (Elsa) et de Justice (Anna). On retrouve alors les deux finalités socratiques, qui sont de beaux messages pour un Disney. La fin est toutefois un peu décevante puisque c'est Anna, princesse classique qui devient Reine d'Arendelle alors qu'Elsa, reine forte et célibataire, finalement sortant des archétiques des princesses, rejoint le grand Nord et la nature. Etonnant. 


En définitive, si la Reine des Neiges II est un bijou technique et un musical enchanteur, les enjeux manquent de nouveauté pour que ce second épisode se place au niveau de son prédecesseur. 




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mardi 12 novembre 2019

Retour à Zombieland


Synopsis :

10 ans après, l'équipe de Columbus tente toujours de survivre dans un monde apocalyptique plein de zombies...


Commentaire :

Réalisation plus spectaculaire 


Ruben Fleischer veut faire plus spectaculaire pour cette suite de Bienvenue à Zombieland, l'ambition étant visible dès la scène d'introduction dans la gestion des combats (effets spéciaux appuyés). La suite du film confirme cette montée en puissance visuelle, les combats étant finement chorégraphiés. La photographie est véritablement travaillée pour parfois simplement souligner le ridicule de ce qui se passe dans le cadre. Néanmoins, au-delà de cette ajout, la mise en scène reste narrative et fonctionnelle, sans grand écart avec ce qui se fait à Hollywood. A souligner simplement la maitrise du timing pour la mise en place et le déclenchement des gags. Ces derniers fonctionnent quasiment tous avec à la clef de l'humour gras ou plus subtile. La plupart font mouche. Plus généralement, le film reste toujours guidé par la narration auditive de Columbus, ce qui marque le style de la franchise mais qui peut aussi apparaître comme une faiblesse de réalisation, ce qui est dit à l'oral n'étant pas montré. A la musique, David Sardy accompagne l'image sans se signaler.

L'histoire avant les thèmes

L'histoire prend ici le pas sur toute chose, l'objectif du film n'étant pas d'amener à réflechir. Le genre de la dystopie s'y prête pourtant assez bien. Le film est d'abord une comédie et un pastiche des films de zombie. Son objectif premier est alors de divertir. Si les références sont nombreuses et savoureuses pour les amateurs du cinéma de genre, le film ne propose pas de réflexion particulière. Le film se moque surtout de son genre ainsi que de ses contemporains. Il y a bien une thématique finale, explicitée, mais elle n'est là que par nécessité. En effet, tout film bien ficelé fait l'effort de proposer un message ou une morale. Ici, le message est que le foyer n'est pas un lieu mais les personnes qui le composent. La conclusion est un peu facile mais la morale est plutôt acceptable et bien amenée. Quoiqu'il en soit, Retour à Zombieland reste un film de divertissement et dans cette acception, ce long-métrage est réussi.


En définitive, Retour à Zombieland  est à la hauteur de Bienvenue à Zombieland, 10 ans après. Le voyage dans cette dystopie humoristique est toujours plaisant. Un pastiche avant tout destiné aux amateurs de cinéma de genre (SF - Zombie). 




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lundi 14 octobre 2019

Joker


Synopsis :

Arthur Fleck fait parti des nombreux miséreux de Gotham City. Il tente de survivre avec un petit job de clown... jusqu'au jour où toutes les structures sociales qui lui maintenaient la tête hors de l'eau disparaissent. De cette misère totale naît le Joker. 


Commentaire :

Le réalisme de Todds Phillips allié à la prestation de Joaquin Phoenix

Todds Phillips fait le choix du réalisme pour un film qui veut faire la description des conditions permettant la naissance d'un tel personnage. Exit donc les effets spéciaux si ce n'est pour les plans larges de la ville de Gotham City. Hormis les plans dédiés à présenter l'environnement décrépit d'une Amérique des années 70, terreau du Joker, le film consacre énormement de plans rapprochés à son personnage principal. En effet, il s'agit d'un drame bien plus qu'un film de super-héros et ce genre nécessite de s'approcher au plus prêt de son personnage afin de partager ses ressentis. Ici, Joaquin Phoenix fait un travail remarquable dans l'interprétation du Joker, tant du point de vue de l'apparence de ce personnage (une perte de 25 kg pour l'acteur) que dans l'interprétation, saisissante par les expressions du visage, le rire dérangeant/terrifiant et la gestuelle. Si Joaquin Phoenix est exceptionnel, il ne faudrait pas oublier le travail de photographie sur les lumières ou le montage soigné permettant des retournements de situation. Ajoutons à l'ensemble le travail abouti de la bande musicale de Hildur Guonadottir qui apporte un sentiment de malaise dès le départ grâce à ses notes dissonantes. Le résultat technique est donc irréprochable dans les objectifs fixés. 

La mutation du genre de super-héros

A l'instar de Logan prenant les traits du road movie et Les Nouveaux Mutants devenu a priori un film d'horreur (en espérant que Disney ne détruise pas le film), Joker est un film de super-héros prenant la forme du drame social. Le renouvellement du genre de film de super-héros est à ce titre particulièrement intéressant et très souvent une réussite. Le pari est réussi pour Joker avec pour caractéristique le fait que le genre du drame a pris totalement le pas sur le film de super-héros. Même si les comics DC sont beaucoup plus sombres que les Marvels, ce film s'apparente plus à un Taxi Driver qu'à n'importe quel autre film de super-héros sortis jusqu'ici.  

Les thématiques sociales [spoilers]

Les thématiques sont assez nombreuses dans Joker, bien qu'affiliées à un même champ : celui du social. En effet, l'enjeu est de montrer les conditions de la naissance d'un tel monstre. L'angle choisi est donc déterministe ; le Joker est le produit du contexte et il n'est jamais à l'initiative de quoique ce soit dans sa vie. Tout au mieux, il réagit de manière violente. Pour produire un tel personnage, le film coche toutes les problématiques sociales. Il s'agit d'un homme handicapé incompris et méprisé ou au mieux ignoré, dans une société violente inégalitaire qui lui coupe les aides sociales et médicales, licencié de son emploi suite à la malveillance d'un collègue, n'ayant pour seul refuge que sa mère dont il apprend la folie et la responsabilité dans son handicap suite à la maltraitance qu'il a subi quand il était enfant. Ses pères fictifs de substitutions Thomas Wayne et Murray Franklin sont des horribles personnages dans la réalité et sa copine n'est qu'un fantasme qu'il a imaginé. Si Thomas Wayne ne se révèle pas être le père biologique du Joker, le tour de force est qu'il s'agit pourtant bien du créateur du Joker, Thomas Wayne étant l'incarnation du système sans pitié ayant engendré cette créature. 
Toutes les structures sociales fondamentales (Etat, Travail, Famille) qui permettent la vie se délitent donc, provoquant la descente aux enfers d'un homme qui luttait jusque là pour s'en sortir (magistralement montré par Arthur montant péniblement le grand escalier). Détruit, son seul refuge est ce personnage violent capable de réagir et de lui donner une identité (personnage descendant le grand escalier en dansant). Toutefois, même son nom, le Joker ne l'a pas choisi, accentuant l'idée du déterminisme cruelle d'une société de classes pour un individu miséreux et différent. Là où Nolan créait un Joker politique et conceptuel voulant instaurer le chaos en réponse à la Justice de Batman,  Phillips crée un Joker social né du chaos sans message politique. Le film reste politique à la marge car la description d'une société produit nécessairement un message mais la description reste ici avant tout factuelle et il ne s'agit en aucun cas d'un commentaire ou de philosophie politique comme chez Nolan. Pour autant, le résultat est tout autant saisissant.

En définitive, si Nolan proposait un Joker politique, produit de l'action de Batman, Phillips fait le choix audacieux du Joker social, produit par une société inégalitaire et violente. Joaquin Pheonix est époustouflant dans le rôle. 




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samedi 21 septembre 2019

Ad Astra


Synopsis :

Roy McBride est missionné par le gouvernement américain pour un voyage vers Neptune. Sa mission : rentrer en contact avec le projet Lima, mission de recherche de vie extraterrestre qui n'a plus donnée signe de vie depuis 19 ans. Son pére était le commandant de la mission...



Commentaire :

Une mise en scène soignée et contemplative

La réalisation est le point fort de ce long-métrage de James Gray. Premier point à souligner, le rendu visuel du film est très réaliste, et pour cause, des spécialistes de la question ont été consultés pour ce qui concerne la physique et surtout la technologie et les conditions de voyage. Par ailleurs, les effets spéciaux sont limités au possible avec l'utilisation de décors réels lorsque cela est possible. Cette rigueur dans la réalisation apporte un supplément de profondeur à l'histoire et facilite la rentrée dans la narration. Le seul bémol est la scène sur la base lunaire où la gravité ne semble pas vraiment avoir été modifiée. Second point à relever qui explique surement le succès auprès de la critique : le rythme de montage. En effet, ce film à gros budget possède un rythme assez lent, parfois presque dans un style contemplatif, notamment pour les paysages extraterrestres. Ce choix a la qualité de trancher avec le cinéma américain hollywoodien à montage rapide. La bande musicale, à rythme assez lent, contribue à maintenir cette ambiance atmosphérique

Et pourtant de l'action questionnable [Spoilers]

Le genre de la science-fiction se prête autant à la reflexion qu'au divertissement et le choix a été fait ici de jouer sur les deux tableaux. Pourtant, le choix du divertissement se heurte ici au réalisme recherché. En effet, les différentes péripéties, crédibles individuellement et parfois sensées, sont peu probables dans leur accumulation. Ainsi le fait que Roy soit la cible de pirates de l'espace et surtout de singes de laboratoire, peut rappeler le spectacteur à la réalité de la fiction. Plus généralement, le nombre de fois où Roy est en difficulté dans l'histoire, malgré l'alibi régulière de la surtension est une limite au réalisme parfait de l'image. Par ailleurs, après tant de rebondissements, pourquoi le voyage de Roy était-il si important étant donné le résultat final ? Il ramnène certes les données de son père mais c'est bien pour sauver son père qu'il entreprend cette mission. Aucun commentaire n'est fait sur les résultats de la mission Lima. Pourquoi est-il tant touché par son père qui l'a abandonné, lui qui n'a pas de sentiment pour sa compagne ? Si Brad Pitt fait forte impression dans le rôle, le personnage lui même est assez flou dans ses intensions et sa psychologie.

Des questions bien terre à terre [Spoilers]

Par ailleurs, le côté réflexion est étrangement assez pauvre pour le genre de la Science-fiction. Une idée est clairement assumée : les humains sont seuls dans l'univers. Il est toujours plaisant qu'un réalisateur développe un point de vue. Toutefois, c'est une donnée apportée telle quelle et sans recul, qui affecte seulement l'auteur de la découverte et personne d'autre, ni même le spectateur, car aucune autre réaction nous est montrée. Il est certes intéressant de dénoncer la folie des convictions comme c'est le cas avec l'auteur de la découverte mais il s'agissait du seul personnage ayant des intérêts autres, concernant l'univers. Il est alors un peu dommage que le fou soit celui qui ait des questionnements qui dépassent notre condition terrestre. Néanmoins, c'est assez logique pour James Gray ; pour ce dernier, l'Homme ne peut quitter ses logiques terrestres. Ainsi, bien que peu probable en raison des coûts, il y a des combats lunaires comme il se trouve des combats sur Terre pour des territoires contestés. De même, le privé a pris pied dans l'espace et la base lunaire ressemble à un aéroport rempli de boutiques comme sur Terre. Dans la même logique, les vols spatiaux proposent des suppléments comme un vol de Ryanair. Plus encore, les Hommes n'ont guerre modifié leur philosophie profonde. Est-ce un hasard si les personnages s'en réfèrent souvent à Dieu ? Ou est-ce à montrer que même face à des questionnements plus grands l'Homme n'arrive guère à remettre en question ces dogmes ? Vision intéressante et pertinente mais seulement donnée et non prêtée à la réflexion. Bref, c'est un point de vue assez pessimiste sur l'Homme, enfermé dans ses turpitudes et dans la conclusion nihiliste du paradoxe de Fermi. 


En définitive, la mise en scène quasi-contemplative et les technologies montrées sont le principal argument du film. La réflexion typique du genre de SF est assez pauvre pour la simple raison que pour James Gray, l'Homme ne peut dépasser sa condition terrestre. Osé mais frustrant.





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samedi 24 août 2019

Once upon a time... in Hollywood


Synopsis :

En 1969, l'acteur Rick Dalton et son cascadeur Cliff Booth vivent une journée presque comme les autres... à Hollywood. 


Commentaire : 

Le cinéphile Tarantino 

Par une mise en scène moins fractionnée, des insertions de gros plans, des changements de format d'image, des cadres dans le cadre et le grain de l'image des années 60, la réalisation de Tarantino apporte une bouffée d'air frais dans le cinéma américain de gros ou moyen budget. La mise en place de l'intrigue est assez longue, d'autant plus si on ne connaît pas le contexte de l'époque et l'évènement qui a marqué les protagonistes (secondaires à l'histoire). Toutefois, la mise en scène s'inspirant des films d'horreur (visite du ranch de George) et la musique arrivent à mettre en place des moments forts en tension, alors même qu'il est connu que les histoires de Tarantino peuvent dérailler à tout moment. Le final, haut en couleur arrive nécessairement bien que le doute fut permis à un moment.

Les thèmes : une description plus qu'un message 


Le film n'est pas thématiquement très marqué bien que le rôle de Rick emmène une réflexion sur la vie d'acteur et la peur d'être dépassé, presque à la Sunset Boulevard. Ce film de cinéphile est surtout riche en interfilmicité et en références... qui laisseront sur le côté beaucoup de non-américains ainsi que les personnes d'une génération différente de celle de Tarantino. Le contexte (avec Charly Manson) demande lui même une certaine connaissance au-delà même des références cinématographies et télévisuelles. Ce côté élitiste est nécessairement excluant dans une certaine mesure, ce qui n'empêche pas d'apprécier la description d'une époque.  Le background du cinéma proposé des années 60-70 (acteur et cascadeur, voire l'acteur et son cascadeur comme cela était le cas à l'époque) donne un côté méta assez plaisant pour qui s'intéresse au cinéma.


En définitive, les deux éléments signatures de Tarantino sont présents, à savoir une connaissance fine de l'histoire du cinéma et un dénouement toujours mouvementé. Le film nécessite toutefois quelques connaissances sur le cinéma et l'époque dépeinte.




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jeudi 8 août 2019

Fast & Furious : Hobbs and Shaw


Synopsis :

Un virus mortel menaçant l'ensemble de l'humanité a disparu dans la nature. Hobbs et Shaw sont appelés à la rescousse pour sauver le monde...


Commentaire :

Une mise en scène de l'action 

David Leitch choisit une mise scène publicitaire, très léchée et soignée pour mettre en scène son film. C'est ainsi banalement beau d'un point de vue visuel. Le seul ajout notable est un travail spécifique sur Dwayne Johnson qui bénificie de contre-plongées et de ralentis. Les scènes d'action sont bien chorégraphiées notamment les scènes de combat de Jason Statham. L'ensemble a la qualité d'être fluide et d'être cuté de façon raisonnable. A la musique Tyler Bates fait ce qu'il faut sans que sa musique ne soit jamais véritablement notable, noyée par une image marquante. Le film est donc techniquement abouti, le budget aidant. Toutefois rien d'original. 

Un Fast & Furious ?

Ce spin-off ressemble d'abord à un film avec Dwayne Johnson, qui devient une parodie de lui-même. Le film est drôle en ce sens mais tout effet de sérieux est impossible avec ce personnage à l'écran. Ce n'est pas véritablement un problème puisque cela est attendu par le public mais pour ceux allant voir un Fast & Furious façon old school, la déception est possible.

Les thématiques : l'homme et la technologie

Ce Fast & Furious essaye de proposer une thématique sur le transhumanisme. L'opposition Humain - Machine est  en revanche très simpliste et peu travaillée. L'opposition argumentaire du personnage d'Edris Elba est bien trop faible pour en faire un personnage crédible. Le film propose ainsi une morale "humaniste" très consensuelle et peu appronfondie. L'inverse aurait été agréablement surprenant. De toute façon , le spectateur va d'abord voir ce film pour admirer Dwayne Johnson et Jason Statham mettre des raclées à leurs adversaires.


En définitive, Fast & Furious : Hobbs and Shaw est avant tout un film d'action avec Dwayne Johnson et Jason Statham. Le Fast & Furious est accessoire dans le titre.


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