Les sorties de la semaine

dimanche 26 octobre 2025

La vie de château, mon enfance à Versailles

 


Synopsis :

Violette est devenue pupille de la nation à la suite des attentats de 2015. Elle est alors placée chez son oncle Régis, agent d'entretien au château de Versailles. Violette et Régis vont alors apprendre à se découvrir, eux qui ne partagent rien...


Commentaire :

Dans la tradition de l'animation française

Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H'Limi réalisent un petit film d'animation touchant et épuré. C'est le dessin, presque simpliste, qui donne au film un ton léger malgré la gravité du sujet évoqué. Le point de vue de Violette, rêveuse, apporte également une dimension onirique qui enveloppe le drame tout en préservant l'émotion liée à celui-ci. Il est vrai toutefois que les possibilités permises par l'animation sont tout juste effleurées, le film restant très terre à terre malgré quelques visions/rêves de Violette parfois représentés (l'œil égyptien la nuit, la rencontre avec le Roi Soleil). La mise en scène est finalement assez lisse, ce qui est également un moyen d'atténuer le poids du drame. A la musique, Albin de la Simone réalise une partition simple et efficace, avant tout dominée par le piano. Avec le dessin, cela contribue à ancrer cette réalisation dans la tradition française dans une sorte de minimalisme percutant mais à moyens limités.

Surmonter le deuil et plus

Comment retrouver une vie normale, du moins supportable ? Là est la question centrale du film. Le film traite du changement de vie dramatique de Violette, une petite fille de 8 ans environ, après la mort de ses deux parents. De plus, elle est envoyée chez son oncle, qui n'a rien d'une famille d'accueil, que cela soit dans son mode de vie ou ses conditions matérielles. C'est là le défi de Violette, surmonter la mort de ses parents tout en apprenant à découvrir un oncle qu'elle n'a pas vu depuis plusieurs années. Ce drame est également l'occasion pour Régis, l'oncle  de Violette, de surmonter les blessures du passé et de reprendre contact avec sa famille. Il est aidé en cela par Violette qui guérit en même temps qu'elle aide son oncle. Là est le message du film, se reconstruire par l'amour. Surmonter son deuil, c'est accepter de commencer une nouvelle vie et de s'ouvrir à de nouvelles relations. Régis, derrière son air bourru, a un grand cœur fragile, dans lequel Violette a toute sa place. Ce drame s'est transformé en opportunité, c'était peut-être la seule façon d'avancer.


En définitive, La vie de château, mon enfance à Versailles est un film d'animation touchant aux dessins simples et épurés qui montre que tout drame, aussi tragique soit-il, peut être finalement surmonté. 

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samedi 11 octobre 2025

Tron : Arès


Synopsis :

L'ombre du génie de l'informatique Kevin Flynn plane toujours sur le domaine des hautes technologies. La firme Dillinger spécialiste de l'armement et la légendaire firme Encom spécialiste des jeux vidéos sont au coude-à-coude pour trouver la nouvelle révolution technologique : amener la Grille numérique dans le monde réel...

Commentaire :

Immersion dans la grille ?

Joachim Ronning a été choisi pour réaliser le troisième film de la saga Tron, mission hasardeuse tant les visuels des deux premiers films ont été révolutionnaires. Pour autant, la réalisation est fidèle à la saga du fait d'une photographie aboutie et de visuels impressionnants, que cela soit dans la Grille ou le monde réel. Dans la Grille, la caméra ne souffre d'aucune limite et circule à travers des décors impressionnants grâce à des travelings numériques. D'ailleurs, les trois Grilles du film ont des univers propres et sont facilement identifiables du fait de leur code couleur (mais pas uniquement). Le grand intérêt du film est toutefois qu'il propose, contrairement aux deux premiers épisodes, la majorité des scènes d'action dans le monde réel, tout en gardant un certain sensationnalisme grâce à l'incarnation des I.A et de leurs machines dans notre monde. Les fameuses course-poursuites en moto sont tout aussi impressionnantes dans le monde physique, avec en plus la gravité liée à leur déroulement dans un monde peuplé d'humains. A ce titre, la mise en scène dans le monde réel, n'a rien à envier à la mise en scène dans la grille. La performance du personnage de Jared Leto fait beaucoup pour mêler et fusionner les deux mondes, en tant qu'I.A en voie de conscientisation. Néanmoins, l'écueil de cet opus est qu'il ne propose pas de visuel révolutionnaire contrairement aux films précédents qui détonnaient à leur époque. La mise en scène est très convenue dans un monde cinématographique plein de CGI. De plus, le scénario, bien qu'original pour la saga (puisque cette fois-ci c'est bien le numérique qui entre dans notre monde et non l'inverse) est en fait assez convenu pour un film de SF. La bande musicale, du groupe Nine Inch Nails est plutôt réussie et un élément fort du film mais ne se hisse pas au niveau de la B.O de Daft Punk pour le dernier opus. Toutefois, le voyage visuel et sonore reste le principal atout du film.

Les thématiques : raison et rationalité [Spoilers]

En tant que film de SF, quelques thématiques importantes sont mises en avant. Notons rapidement, l'évolution futuriste de l'imprimante 3D ou les sessions de thérapies menées par une I.A. Toutefois, c'est la spécificité de l'humain par rapport à l'I.A qui est le centre de l'œuvre. Elle se caractérise par une rationalité incomplète bousculée par des sensations et des émotions liées à la condition d'être vivant. Pour autant, le film est plus nuancé qu'il n'y paraît car si Kim est l'incarnation de l'humaine entière (intelligente, mais sensible et marquée par ses traumatismes) et Athéna du programme obéissant quoi qu'il en coûte, d'autres personnages sont dans une zone grise. Il y a bien entendu Arès qui s'humanise au fur et à mesure qu'il en apprend plus sur les humains (Kim en particulier) et qu'il découvre les sensations dans le monde physique. Sa volonté est de s'incarner pleinement dans le monde réel et d'embrasser la finitude qui est la caractéristique première d'un être vivant. Paradoxalement, s'incarner définitivement dans le monde réel implique la possibilité de mourir alors même que le monde numérique offre une vie possiblement infinie. Toutefois, la finitude vaut le coup d'être vécue car elle vient avec le libre-arbitre qui a tout son sens avec une existence limitée dans le temps. A l'inverse, le personnage Julian Dillinger agit presque comme un programme avec un unique objectif ; gagner le plus d'argent possible. Pour atteindre cet objectif, tous les moyens sont possibles. C'est la définition de la rationalité et non de la Raison, limitée par l'Ethique. Il agit ainsi comme une I.A et finit ironiquement dans le monde numérique. La frontière entre humain et I.A est d'autant plus fine qu'il semble qu'avec du temps, toutes les I.A du film aient la possibilité de prendre conscience d'elles-mêmes et de donc de questionner leurs ordres, après avoir passé assez de temps dans le monde réel. La réflexion est néanmoins un peu légère sur la conscientisation des I.A et le film un peu trop explicatif pour ne pas dire sur-explicatif (Arès expliquant une nouvelle fois l'impermanence de Kévin Flynn à Kim comme si le premier dialogue entre Arès et Flynn ne suffisait pas). La fin de l'histoire se conclut par un message technophile, une nouvelle fois un peu simpliste car assez vite expédié alors qu'une ville vient d'être partiellement détruite du fait des nouvelles technologies.


En définitive, Tron : Arès tient ses promesses visuelles et sonores. Il arrive en partie à se renouveler dans les thématiques abordées et son intrigue. Toutefois, l'aspect révolutionnaire des anciens opus en est absent et le scénario bien qu'original est plutôt léger.



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samedi 4 octobre 2025

Une bataille après l'autre

 

Synopsis :

Perfidia et Bob sont membres d'un groupe révolutionnaire qui combat les politiques autoritaires et liberticides mises en place aux Etats-Unis. La vie révolutionnaire est un engagement complet qui ne va pas sans risque, d'autant plus si un bébé entre dans l'équation...

Commentaire :

La recherche d'une réalisation maîtrisée

Paul Thomas Anderson utilise toute la puissance symbolique de la mise en scène, aidé en cela par un budget digne d'un blockbuster. En effet, le film, malgré l'ampleur narrée, ne semble pas souffrir de contraintes. Ainsi, Paul Thomas Anderson s'autorise le grain de la VistaVision, une caméra pellicule onéreuse, pour retrouver le cachet des films d'antan. Il s'appuie également sur une photographie sublime, avec une recherche à chaque plan. Les scènes de nuit et de profil sont probablement, à ce titre, les plus mémorables, sans oublier les plans de grand ensemble des vastes espaces américains. Plusieurs scènes restent en mémoire de par leur maîtrise et leur composition à l'instar de la première scène d'assaut des révolutionnaires ou de l'assaut des policiers/militaires du magasin latino. La scène de confrontation entre Willa et Lockjaw est parfaite dans sa progression en commençant par un plan marquant de demi ensemble dans l'église. S'il ne devait rester qu'une scène, ce serait la scène finale de course-poursuite avec une caméra donnant la vision de l'avant de la voiture, à hauteur de la plaque d'immatriculation. En plus d'être originale et apportant une sensation de vitesse sur les routes vallonnées, cette caméra sert pleinement au dénouement de la scène. Un vrai tour de force. 
A la musique, Jonny Greenwood apporte beaucoup à la mise en tension des scènes. Toutefois sa partition jazzy dissonante, appropriée pour certaines scènes, en devient presque désagréable après plusieurs utilisations. Si le sens des scènes justifie parfois une musique crispante, son abus nuit au ressenti procuré par les scènes.

Un casting pleinement investi

Si le cachet des acteurs explique en partie le budget démesuré du film, ils sont tous, ici, à l'origine d'une performance irréprochable. DiCaprio et Del Toro sont comme à leur habitude très justes dans des rôles presque opposés (la peur et la sérénité). Quant à Sean Penn, l'acteur doublement oscarisé crève l'écran par sa transformation physique et son interprétation intense d'un fasciste ambigu et dérangé. La révélation du film reste toutefois Chase Infinity de par le panel et la puissance de son jeu. La performance des acteurs s'associe ici au sans faute de la mise en scène.

Les thématiques : politiquement fort, peut-être trop ? [spoilers]

Le film est thématique au premier chef puisque la politique est le centre de l'intrigue. Le film voit s'opposer un groupe révolutionnaire d'extrême gauche à un Etat démocratique mais en voie d'illibéralisation, de plus en plus autoritaire, gangréné par des groupes fascistes voire nazis au sommet de la société. Là où le film est intéressant est que la figure de la révolution Perfidia est loin d'être irréprochable et à un goût pour la domination (alors que sa mission est de combattre la relation de domination) et que le colonel Lockjaw, sorte de proto-fasciste du groupe dominant aime être dominé. Cela apporte de la nuance et de la complexité à l'ensemble. Le film épouse toutefois, et bien entendu, d'abord le point de vue des révolutionnaires. Toutefois, le film dénonce avant tout les individus en haut de la société, le groupe des ultra-riches, manifestement nazi dans leurs discours, composés d'individus bien pires et plus radicalisés que le fascite Lockjaw. Cela pourrait presque s'apparenter à une caricature si l'Amérique trumpiste ne s'était pas imposé récemment, ainsi que les groupes d'ultra-droite dans les sociétés occidentales. Le message du film est clair et aurait été assez subtil s'il n'avait pas été sur-appuyé à la fin avec la scène du gazage et de la crémation. Le message en devient presque grossier dans la forme bien que restant pertinent sur le fond. 
Quelques autres thématiques secondaires sont également présentes comme la filiation, décrite au départ comme génétique ("grande lignée de révolutionnaires") avant de prendre une tournure bien plus pertinente puisque Willa fait le choix de la Révolution malgré la révélation sur ses origines. Le film est touchant car il est tout autant un film sur la famille que sur la révolution.


En définitive, Une bataille après l'autre est l'œuvre la plus aboutie de P.T Anderson de par sa mise en scène léchée et la performance de son casting. Le film vise thématiquement très juste, d'autant plus dans le contexte actuel. Dommage que la subtilité se perde à la toute fin.  


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