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mardi 30 décembre 2025

Avatar : de Feu et de Cendres

 


Synopsis :

Jack Sully et sa famille sont réfugiés dans la tribu de l'eau. Ils peinent à reprendre goût à la vie après la mort de leur fils aîné Neteyam. De plus, Quaritch sous sa forme d'avatar est toujours en vie, à la fois à recherche de Jack en tant que traître, et de Spider, son fils biologique, adopté par la famille Sully...


Commentaire :

Une mise en scène toujours à la pointe des effets spéciaux

James Cameron est celui qui à chaque sortie de film place la barre plus haut au niveau des effets spéciaux. Il ridiculise au passage tous les autres blockbusters par le réalisme de ses CGI. Le monde de Pandora est riche et foisonnant, toujours dynamique. Il s'agit d'un vrai écosystème comme le montrent chaque plan du film. Les plans d'ensemble ou demi-ensemble sont nombreux afin de montrer la profondeur de ce monde. La possibilité de s'immerger dans un monde crédible et complexe est encore une fois l'une des premières qualités de ce film, qui est techniquement irréprochable. La mise en scène est sinon assez classique dans sa construction avec un montage avant tout narratif et fonctionnel. Quelques plans référencés rajoutent un petit cachet à la mise en scène avec des clins d'œil à Apocalypse Now, 2001, l'Odyssée de l'Espace ou encore Titanic. C'est un film généreux en tout point. Cela peut également constituer son seul grief de mise en scène : les scènes d'action sont toujours impressionnantes mais nombreuses et d'une certaine longueur sur la fin, avec même un double climax qui comprend plusieurs retournements de situation. Pour autant, les moments les plus touchants se trouvent souvent en dehors des scènes d'action, qui constituent plus une gourmandise visuelle qu'un réel impératif de narration.
A la composition, Simon Franglen joue habilement avec les thèmes reconnaissables de James Horner. Il apporte de jolies variations sans pour autant créer de nouveaux thèmes reconnaissables. Toutefois, les thématiques ayant peu varié sur cet épisode, il était difficile d'inventer de nouveaux thèmes, si ce n'est peut-être pour la nouvelle tribu. Cela mis de côté, la composition est encore une fois un point fort de l'œuvre, aidée en cela par des plans d'exposition ou de longues scènes d'action laissant de la place pour la bande musicale.  

Des thématiques qui se suivent et... se nuancent [spoilers]

Les thématiques de la saga Avatar sont toujours intéressantes et pertinentes car elles sont des critiques légitimes et nécessaires du temps présent. La seule question qui se pose est celle de la redondance de celles-ci. La question du deuil avec la mort de Neteyam à la fin du deuxième film est, pour le coup, nouvelle et plutôt intéressante. Plusieurs attitudes sont décrites avec la réponse caractéristique et "masculine" du père Jack, qui s'occupe et ne laisse rien paraître. Ney'tiri, la mère, se replie sur les traditions et développe de la haine envers les humains. Enfin, Lo'ak, le frère, développe de la culpabilité et n'est aidé en rien par la fermeture d'esprit et l'absence d'intelligence émotionnelle de son père. A sa manière, chacun suit sa voie plus ou moins dangereuse mais c'est bien les liens au sein de la famille qui permettront de surmonter cette épreuve. 
En revanche, il est vrai que d'autres thématiques reviennent comme la critique profonde de l'extractivisme liée au capitalisme qui est la thématique première, et qui transcende toute la saga. Le corollaire pour les humains est l'absence d'empathie pour le vivant et les autres cultures, complètement reléguées après la nécessité de profits. Le capitalisme est ici guerrier et s'appuie sur des mercenaires pour faciliter l'exploitation. Le militaire prend même le dessus sur le business au cours de l'intrigue, ce qui est inédit ici. Chez les humains, les seuls à sauver sont les scientifiques qui, eux font l'effort de s'intéresser à "l'autre". L'humanité est critiquée pour son absence de spiritualité. Elle est formée d'êtres purement techniques (les avatars), mécaniques (multiples robots) et rationnels (recherche du profit). Les Na'vis eux sont des êtres spirituels avec toutefois un vrai argument de leur côté dans le sens ou Eywa, la mère nature, existe dans l'intrigue. La raison tombe donc du côté des Na'vis. Cette thématique est complétée dans le film car Jack, qui se prétend toujours marine (militaire), doit faire le choix entre la raison et la rationalité concernant le cas de Spider. [Cela semble un peu forcé du point de vue du scénario car il était manifeste que Jack avait choisi son camp, pour autant avait-il aussi changé sa façon de penser ?] Soit il l'exécute et sauve potentiellement Pandora de la colonisation, soit il épargne son fils adoptif. Ce choix presque abrahamique fait par Jack montre que la fin ne justifie pas les moyens. En sauvant son fils adoptif, il devient véritablement Na'vis : il est raisonnable plutôt que rationnel. Cela permet également de compléter la thématique de la famille élargie et recomposée en insistant sur le fait que l'important est le temps consacré à l'autre (pour Spider et Kiri) et non le lien génétique, bien que cela ait de l'importance pour Quaritch (qui n'est pas la figure à suivre dans l'œuvre). 
L'apport véritable au niveau des thématiques est l'arrivée d'une tribu Na'vi "hérétique". C'est une tribu athée et donc négative dans ce monde car Eywa existe. Elle apporte de la nuance à Pandora et atténue la version du "bon sauvage" manifeste dans l'œuvre. Toutefois, leur négativité dans l'intrigue est renforcée par leur porosité aux idées humaines. Cet apport s'inspire visiblement sur l'histoire humaine qui montre que les puissances impériales s'appuient souvent sur des minorités pour s'imposer dans une région. Cette nouveauté au récit est salutaire pour l'œuvre qui travaille souvent les mêmes thématiques. 

En définitive, Avatar de Feu et de Cendres est une nouvelle fois un tour de force technique de James Cameron et permet une vraie immersion sur Pandora. Les ressorts narratifs ne diffèrent pas profondément des précédents épisodes mais les thématiques sont complétées et nuancées (la nouvelle tribu antagoniste). 



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