Les sorties de la semaine

jeudi 22 mai 2025

Mission Impossible - The Final Reckoning

 



Synopsis :

Ethan Hunt doit impérativement gagner son combat contre l’Entité, une I.A ayant pour ambition de provoquer la dissension et une guerre nucléaire entre les humains…


Commentaire :

Christopher McQuarrie pour du spectacle visuel total

McQuarrie est de retour aux côtés de Tom Cruise afin de rendre ce nouveau volet toujours plus impressionnant. Le pari de la mise en scène est réussi. En effet, un rythme effréné emmène le film, avec d'ailleurs peut-être un rythme trop soutenu, notamment au début, avec le risque de n'être parfois qu’une succession de rebondissements d’action. L’objectif de mise en tension est en revanche réussi avec notamment l’utilisation de montages alternés fragmentant les lieux d’action. De plus, le plaisir coupable d’un Mission Impossible repose sur une scène d’action originale et époustouflante. Ce volet en propose deux. La volonté de Tom Cruise de réaliser ses cascades et de limiter le recours au CGI apporte encore une fois une vraie plus-value aux scènes. Le spectateur en a pour son argent. Les scènes du sous-marin et de l’avion feront date, et cela indépendamment de l’histoire et des autres scènes. En revanche, certaines scènes de combat ont un montage un peu trop rapide pour admirer les chorégraphies. Le mixage sonore, dont la qualité se fera particulièrement entendre lors de la scène sous-marine, est un des autres points forts du film. De même que la bande musicale, fidèle à la saga et qui accompagne et magnifie certaines scènes. 

Un scénario peu lisible 

La volonté de raccorder les deux derniers volets à l’ensemble de la saga pour montrer que cette dernière se dirigeait inexorablement vers cette fin rend l’ensemble de l’histoire complexe. Si l’intrigue reste compréhensible, l’histoire n’en est pas moins alambiquée et surtout narrée de manière peu fluide. Énormément d’informations sont envoyées, parfois rapidement et une seule fois. Cette volonté de vouloir donner de la cohérence à l'ensemble d'un point de vue scénaristique cache aussi peut-être le fait que cette suite n'était justifiée que par la volonté de proposer de nouvelles scènes d'action. A ce titre, ces dernières sont beaucoup plus léchées que l'écriture. Le film est ainsi peu "friendly" au niveau de la narration pour le spectateur, un sentiment que l'on peut retrouver dans les derniers Nolan. Cet aspect est une des faiblesses du film.

Les thématiques : si rien n'est impossible il n'y a pas de dilemme moral

Les thématiques peuvent être exprimées lors de dilemmes proposés au personnage principal. Il semble manifeste que Ethan Hunt fera toujours le choix du bien. Dans la tradition américaine, la puissance publique représente toujours un danger potentiel c'est pourquoi l'individualisme d'Ethan paraît toujours être une meilleure solution que l'Etat. Ainsi, contrairement à la Présidente américaine pour qui un vrai dilemme se pose (une frappe nucléaire préventive), Ethan n'a pas de vrai dilemme puisqu'il arrive toujours à trouver la solution parfaite, ce qui l'empêche d'avoir à faire un choix compliqué. Il est toujours plus facile de faire le bien, ce que le réel n'offre jamais aussi facilement. Sauf lorsqu'on est Ethan. C'est finalement sa réalité qui s'impose dans l'œuvre plutôt que celle de l'Entité. D'ailleurs cet antagoniste est particulièrement absent du récit et en définitive échoue à imposer un vrai dilemme au personnage principal. Les Etats ont ce dilemme mais pas Ethan. Ainsi, le film peine à faire émerger une morale hormis celle selon laquelle qu'Ethan Hunt peut réussir n'importe quelle mission impossible. C'est le principe de la saga mais cela condamne toute réflexion complexe. 


En définitive, ce dernier volet de Mission Impossible impressionne grâce aux deux meilleures scènes d'action de la décennie, signées Tom Cruise. Néanmoins, l'intrigue parfois confuse, semble ne pas avoir eu la même considération que les scènes d'action.



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dimanche 4 mai 2025

Thunderbolts*

 


Synopsis :

Yelena enchaîne les missions secrètes pour la CIA, en particulier pour sa présidente, Mme De Fontaine, qui cherche à faire disparaître ses anciennes activités dans le secteur privé. Bientôt, Yelena rencontre d'autres mercenaires de Mme De Fontaine, ayant des missions similaires...


Commentaire :

Une qualité retrouvée

Jake Schreir hérite du projet du Suicide Squad marvélien, avec pour mission d'en faire d'une part une version plus marquante que le produit DC et d'autre part, de redonner un coup de peps à l'écurie Marvel empêtrée dans une phase 5 décousue à la qualité très inégale. Pour autant, ce film mettant en scène des seconds couteaux a peut-être un peu plus de liberté que les autres films. La scène d'ouverture de combat, en plan séquence et en plongée totale laissant apparaître les ombres des combattants (élément important pour la suite) donne le ton. Ce plan rappelle la séquence culte de Old Boy, le film d'action coréen. Si aucune scène de combat ne retrouve la classe de la première, elles ont le mérite d'être toutes bien chorégraphiées sans coupe excessive, ce qui les rend fluides. Les cascades sont pour la plupart réelles tout comme les décors, ce qui apporte de la pesanteur à l'ensemble. Le montage est globalement de bonne facture et calibré pour donner du rythme au film. Toutefois, il s'agit tout autant d'un drame que d'un film d'action, ce qui explique l'importance de dialogues qui ont toute leur place. Cela donne sa particularité au film, dont le genre de super-héros est épuisé. La dimension dramatique est donc bienvenue. Il manquera tout de même, peut-être, à l'ensemble un climax ou money time d'ampleur, porté par une musique orchestrale. Si cette scène est absente, il faut également souligner que la musique manquait peut-être aussi un peu d'ambition. Le compositeur Son Lux est en effet dans l'accompagnement, avec parfois quelques réminiscences bien trouvées d'Avengers, mais il ne propose jamais de leitmotiv fort et original. 

Un renouveau thématique : la dépression

Les thématiques ne sont pas le fort des films de super-héros en général, peut-être encore moins chez Marvel à quelques exceptions près. Le fait est que l'épuisement du genre n'est pas dû qu'à la mise en scène mais également aux thématiques traitées et retraitées par les différentes écuries. Et pendant un temps, il était à craindre que ce film retombe dans ces travers avec une nouvelle fois le thème de l'Etat profond devant être combattu par des individus ; la démocratie étant incapable de régler le problème par elle-même (bureaucratie bonne à rédiger des rapports et dotée de fonctionnaires pliant bagage à 4h de l'après-midi). Bref, une vision libérale voire ultra-libérale encore portée par un blockbuster américain. A ce titre, le personnage de Mme Fontaine, malgré la bonne performance de l'actrice Julia Louis-Dreyfus, est peu intéressant. Quelques références méta viennent redonner un peu d'intérêt au film avec la lassitude évoquée des fans de super-héros. Toutefois, c'est surtout l'apparition de l'antagoniste de l'intrigue qui redonne un souffle au film et à la saga. Bob est autant un personnage qu'un concept. Il représente la dépression dans ses différentes phases. Le film est intéressant puisque le concept de super-héros est appliqué à la dépression qui devient une super dépression. Or ici, ce ne sont pas les poings qui pourront résoudre le problème mais bien l'écoute et la compréhension. Le film souligne par ailleurs habilement qu'il faut être passé par un état dépressif pour se rendre véritablement compte des enjeux et du sérieux de l'état dépressif. Le sujet est loin d'être pris à la légère. Ainsi, Yelena est la meilleure oreille possible pour Bob. Cette thématique explique peut-être l'absence de climax qui aurait pour autant pu être émotionnel à défaut d'être dans l'action. Quitte à vouloir changer, la dimension dramatique aurait gagné à être appuyée pour vraiment emporter le spectateur. 


En définitive, Thunderbolts* est une bonne surprise pour conclure la 5ème phase Marvel. La mise en scène comme les thématiques viennent donner un nouveau souffle à la saga. Sans être une révolution, ce film choral montre que le studio Marvel Disney sait encore produire de la qualité. 



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