Les sorties de la semaine

samedi 8 mars 2025

Mickey 17

 



Synopsis :

Mickey Barnes est contraint de quitter la Terre pour embarquer dans une mission de conquête spatiale. Sans compétences, il signe pour être un remplaçable : un humain dont la mémoire est conservée et, qui peut être exploité et réimprimé autant que nécessaire...


Le commentaire :

Bong Joon Ho fidèle à lui-même

Bong Joon Ho arrive à Hollywood et a carte blanche pour faire un blockbuster de science-fiction. Le casting est à majorité occidentale, tout comme l'ouvrage dont il est adapté. Toutefois, la patte de l'auteur est visible à plusieurs niveaux. Tout d'abord, le travail sur les plans et la photographie est plus léché et symbolique que la plupart des blockbusters classiques. Le rapport aux corps, (corps violentés, presque pris à la légère pendant certaines scènes) rappelle également le cinéma (ou séries) coréen. Mais plus que la mise en scène, c'est la relation entre les personnages et la satire qui en est faite qui rappellent le cinéma de Bong Joon Ho. Le réalisateur écrit lui-même ses dialogues. L'humour est toujours présent dans le cinéma de Bong Joon Ho, l'ironie est constante, mais ce n'est jamais un rire de joie. C'est un rire jaune, en raison de personnages ayant des traits caricaturaux. Les situations sont ironiques mais le contexte est toujours lourd et tragique. Il est nécessaire de saluer le casting talentueux, au premier rang duquel Robert Pattinson, Mark Ruffalo, Toni Collette et Naomie Ackie qui donnent vie aux dialogues de Bong Joon Ho.  Au niveau musical, le travail est confié à Jaeil Jung qui livre une magnifique orchestration. Si les thèmes sont plutôt discrets, la musique trouver sa place et accompagne l'histoire tout du long. Ainsi, au niveau technique, le film est véritablement abouti.

Un vrai film de science-fiction... sur le capitalisme.

Les thématiques sont nombreuses, comme pour tout bon film de science-fiction. Il y a en plus ici une dimension politique. Les thématiques de science-fiction tournent autour de la mort et de la numérisation de la mémoire. Evite-t-on vraiment la mort si notre corps est détruit mais que notre pensée est sauvegardée ailleurs ? Pour la majorité des personnages du film, ce procédé évite la mort. Néanmoins, comme le laisse comprendre le film progressivement ; il y a bien un individu qui meurt à chaque fois. Cela est confirmé par la présence des multiples qui montre qu'il ne s'agit pas de clones mais d'individus à part entière. L'identité se traduit par la continuité. Copier une information crée un doublon identique mais ce dernier n'est pas la suite directe de l'original. L'original est un humain ayant conscience de sa mort et de sa finitude. Sa souffrance est certaine. Ainsi le traitement auquel est soumis Mickey pendant le film est plus qu'inhumain. Il est le produit rêvé du capitalisme, une main-d'œuvre humaine corvéable à merci et illimitée. Le fait de ne pas y voir un problème éthique n'est pas une erreur mais bien le choix du système en place. Ici la science-fiction rejoint le politique car toutes les thématiques du film sont le produit d'un capitalisme débridé. Il est incarné ici par une sorte de Trump du futur interprété par Mark Ruffalo. Ce chef vulgaire à l'intelligence moyenne ne pense qu'à lui et se voit en prophète de l'humanité. Il ne connaît que les rapports de force et n'a que faire de l'humain, en particulier des remplaçables. Il est à de multiples reprises raciste et misogyne car ces traits humains vont de pair avec la bêtise. Sa propagande personnel lui permet de contrôler les masses et de diffuser ses idées. Il brise finalement les règles établies, cela permettant de l'assimiler sans trop de doute à un fasciste. Mais si sa politique intérieure nous force ici à admettre que le fascisme et le vrai visage du capitalisme, sa politique extérieure le confirme. La mission spatiale n'est pas seulement une mission d'exploration mais bien (évidemment) de colonisation. Le capitalisme aboutit alors à l'impérialisme, ce qui implique de soumettre ou d'exterminer les populations locales aliens, assimilées à des êtres insignifiants. Le propos devient alors rapidement beaucoup plus politique que scientifique. Il s'agit finalement d'une dystopie politique, ou plus exactement d'une satire politique de notre époque (à quelques siècles près). 


En définitive, Mickey 17 est autant un film de science-fiction qu'une satire politique sur le capitalisme. Bong Joon Ho réussit le mélange des genres en mêlant ironie et tragique. 



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