Les sorties de la semaine

mardi 23 mars 2021

Snyder's cut Justice League

 


Synopsis :

Superman, "l'homme d'acier", est mort. Il reste des héros pour protéger la Terre, mais la mort du plus puissant des gardiens terrestres attise les convoitises venues d'autres univers... 


Commentaire :

La tant attendue direction de Snyder

La photographie justifie l'attente. Justice League retrouve son envergure épique avec ses nombreux plans symboliques dont bénéficient régulièrement les Superhéros. La raison de ce choix pour Snyder est assez simple : les Superhéros sont les nouveaux dieux, à l'image des anciens dieux présentés dans le flasback et comme le confirme Wonderwoman : "il faut croire". Le côté épique ne va pas sans le soin extrême apporté au cadrage, dans un film où chaque plan est lui même une peinture, tant du point de vue de la composition que de la colorimétrie. Ainsi, les ralentis trouvent parfaitement leur place dans des plans composés comme des toiles. Le format 1:33 lié historiquement à la télévision donne à l'ensemble un côté distingué, se singularisant vis à vis des formats larges du blockbuster. Ce choix entre en accord avec le rythme, parfois plutôt lent qui ne trouve plus sa place dans les grandes productions, composées exclusivement de temps forts sans respiration. La Snyder's cut est donc un objet cinématographique singulier dans laquelle l'emprunte du réalisateur se sent pleinement (si ce n'est pour les thématiques que nous aborderons en dernière partie). Toutefois, il faut reconnaître qu'un film d'une telle durée (4 h) n'aurait pas pu sortir en l'état au cinéma. Si cette version à la grande qualité de prendre son temps pour montrer ses enjeux, il n'en reste pas moins quelques longueurs qui ne s'expliquent pas par la nécessité de contre-balancer un temps fort. Il faut être plutôt fan et connaisseur du Snyder's verse ou de l'univers DC pour accepter toutes les scènes proposées. 
Toutefois, force est d'admettre que la version de Snyder possède un véritable cachet au regard de la version de Joss Whedon, qui à sa décharge devait remplir un cahier des charges bien précis de la Warner dont une durée maximum de 2h agrémenté d'humour.
A la musique, Junkie XL remplace Danny Elfman pour une orchestration plus cohérente dans la continuité de Batman Vs Superman et de Man of Steel. Toutefois, les thèmes iconiques/historiques de Batman (série animées des années 90) et de Superman (film de fin des années 70) disparaissent avec regret, avec le départ de Danny Elfman. 

Réalisation exigeante [spoilers]

S'il va de soi qu'il est nécessaire d'avoir vu les précédents films DC de Zack Snyder, la réalisation adopte également l'adage du "show don't tell". A plusieurs reprises, le film évoquera le scénario visuellement sans qu'un dialogue vienne le confirmer, ou alors ce dernier arrivera bien plus tard. Ainsi, la mise en scène par elle-même doit faire comprendre des éléments de scénario, ce qui peut être déroutant pour le spectateur habitué au genre. Il en va ainsi pour la mort de Superman (et comprendre que son cri réveille les boîtes-mères), pour la prophétie amazone montrée au départ simplement par des mosaïques dans les souterrains, ou encore de la possibilité pour Flash de remonter le temps. Ces éléments ne sont jamais mentionnés directement par le dialogue alors qu'ils sont fondamentaux pour comprendre l'intrigue. Dans le même genre, les différentes villes visitées ne voient pas leur nom apparaître à l'écran comme le ferait Marvel, des géosymboles sont montrés à l'écran ; au spectateur de les situer. Ainsi, bien que certaines scènes soient longues elles demandent une attitude active du spectateur. Sans aller jusqu'à Nolan, qui lui peut parfois se retrancher derrière une mise en scène prétentieuse qui sanctionnera la moindre inattention, Snyder s'adresse respectueusement à ses spectateurs sans mâcher le travail. 

Thématiquement moins ambitieux que Whedon

Si l'ensemble des enjeux scénaristiques est plus clair que chez Joss Whedon, la Snyder's cut est moins ambitieuse que la version Whedon dans ses thématiques. Cela peut d'ailleurs paraître étonnant pour le réalisateur de Watchmen et Batman Vs Superman (version longue) qui aborde sans crainte des thématiques philosophiques essentielles comme le déterminisme, la nature de Dieu, ou la vérité en démocratie. La faute ici aux caricatures de méchants, de Steppenwolf à Darkseid qui contrairement à un Thanos ne se réfugient pas derrière des arguments pouvant touchés le spectateur. Toutefois, le Steppenwolf de Joss Whedon n'était pas plus intéressant. En revanche, le réalisateur des Avengers avait su placer d'autres dilemmes comme l'utilisation de la technologie (ici Superman est ressuscité sans questionnement sérieux), ou le choix entre sauver des civils ou combattre Steppenwolf (la zone du combat final est ici inhabitée). Joss Whedon semblait également vouloir réaliser une transition entre Batman et Wonderman, en mettant une superhéroïne en avant et en interrogeant la place de ce superhéros vieillissant (une sorte de Ironman). Certes, la version de Snyder se distingue par sa mise en scène et ses symboliques (le Superman christique ressuscité avec les bras en T) mais sans amener de nouveaux questionnements, par rapport à ses films précédents. Le thème nietzschéen de la mort de Dieu semblait pourtant approprié ici. Un autre dilemme proposé par Znyder n'a malheureusement pas fait le chemin jusqu'à sa version finale. Il s'agissait d'une romance entre Bruce Wayne et Loïs Lane dans laquelle le retour de Superman signifiait la fin de cette liaison. Ainsi Bruce Wayne devait choisir entre l'Amour et la Raison. Il reste pour cette version l'idée assez simple que l'Union fait la force, et encore, l'Union sans Superman ne vaut rien. Dans un sens, Whedon avait mieux réussi à faire ressentir l'union de la Justice League grâce à ses scènes de dialogues re-shootées, dont les fameuses scènes humoristiques tant décriées. Dans tous les cas, que cela soit la version Snyder ou Whedon, il manquait au Supervilain une raison suffisamment sophistiquée pour agir afin de faire de Justice League un des meilleurs films du genre. La version de Snyder restera une œuvre visuelle avant d'être une œuvre intellectuelle. 


En définitive, la Snyder's cut est incontestablement supérieure à la version de 2017, de par sa réalisation extrêmement léchée et plus cohérente avec les films précédents. Il manque toutefois, et encore pour cette version, un méchant moins archétypal. 




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lundi 26 octobre 2020

Adieu les cons



Synopsis :

Suze a été diagnostiquée d'une maladie incurable. Sa dernière volonté; revoir son fils qu'elle a eu quand elle avait 15 ans et qu'elle a dû abandonner sous X. Dans sa quête, elle fait la connaissance de Jean-Baptiste, un vieux prodige de l'informatique déconsidéré par sa direction... 

Commentaire : 

Du cinéma visuel 

Albert Dupontel possède une réelle patte visuelle, ce qui le distingue immédiatement du reste du cinéma comique français. Tous les plans ont un traitement particulier; dans la composition du cadre, dans la colorimétrie, par les nombreux mouvements de caméra. Il ne s'agit pas de surperflu, rien n'est gratuit ; le plan zénithal au dessus du rond-point en travelling arrière marque l'isolement de JB à un moment de sa vie où le monde est contre lui, la teinte jaune de la scène en banlieue renvoie à la nostalgie du passé à la manière de Jean-Pierre Jeunet, le plan de Suze à travers le plan (la carte) de la préfecture montre son emprisonnement dans la bureaucratie etc. Rajoutons un travail sur les transitions et sur les reflets, et nous obtenons un véritable bijou en terme de réalisation. Pour narrer sa fable, Dupontel a également recours aux images de synthèse (toujours rares dans le cinéma français) pour représenter un monde connecté et écrasant ; une ville folle dans une volonté presque expressionniste. Le choix du numérique pour représenter la ville témoigne d'une réelle vision, d'un souci de transformer le réel pour le rendre plus compréhensible. Le montage est également pensé. Il est rythmé, ce qui correspond bien au genre burlesque et à la volonté du réalisateur de distraire, tout autant que de pousser à la réflexion. Car le burlesque et les gags ici dénoncent la folie d'un système qui fonctionne sans considération pour l'humain. 

L'humain broyé par la bureaucratie 

Les trois protagonistes sont écrasés par le système: Suze tombe mortellement malade à la suite de son travail, JB veut mettre fin à ses jours à cause de l'humiliation qu'il a subi par sa hiérarchie, et M. Blin a perdu la vue dans l'exercice de son travail à cause de la police. Ce sont tous trois des personnages rendus inaptes : une mourante, un (probable) autiste asperber dépressif (JB) et un aveugle. Le choix est restreint dans le film, soit l'Homme s'abrutit à la tâche (comme le fonctionnaire incapable de répondre à Suze, ou le Palmashow à la préfecture) et/ou devient un clone dans le monde du privé (à l'image de tous ces travailleurs, dont le fils de Suze, dans un quartier évoquant la Défense), soit il sort du système et est broyé par celui-ci. L'intérêt du film est qu'il montre des personnages qui n'ont pas fait le choix de sortir du système / de la société. C'est le monde de travail qui les a rendu improductifs et qui les marginalise. Paradoxe puisque le monde du travail veut du productif mais du productif jeune, même s'il est moins compétent. Il est amusant de remarquer que Suze et JB n'ont pourtant rien à avoir, ils ont même un profil diamétralement opposé. Toutefois tous deux s'éloignent de la norme pour se rejoindre dans la marge. JB est trop rigoureux, rationnel et efficace pour le système alors que Suze est trop vieux jeu pour celui-ci (elle n'est même pas numérisée). Pour la machine bureaucratique, il faut correspondre exactement au profil recherché, un profil médian duquel il ne faut pas s'éloigner. Il n'est alors pas étonnant d'entendre Dupontel en interview dénoncer le formatage des individus par la société et ses institutions dans le but de produire les consommateurs parfaits du monde libéral. 

En définitive, Albert Dupontel redonne du souffle à la comédie française dans une période où le cinéma national peine à attirer des spectateurs alors que Hollywood reste confiné. Adieu les cons est un drame burlesque à la mise en scène très soignée et dont les gags dénoncent l'absurdité d'un système qui oublie l'humain. 




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dimanche 6 septembre 2020

Les Nouveaux Mutants


Synopsis : 

Dani, une indienne cheyenne se réveille dans un hopital après une catastrophe ayant touché sa réserve. Le doctor Reyes lui révèle alors qu'elle est une mutante et qu'elle n'est pas la seule dans cet hôpital...


Commentaire : 

Croiser les genres, la mise en scène horrifique [spoilers]

Josh Boone s'inscrit dans la politique de la Fox (avant le rachat par Disney) en rénovant audacieusement le genre du super-héros avec d'autres inspirations (Logan s'inspirait du genre du road movie). Les Nouveaux Mutants est un film d'épouvante tout autant qu'un film de super-héros. Cela est particulièrement identifiable à l'ambiance du film, avec par exemple le choix de l'hôpital (proche de l'asile ici) pour environnement principal de l'histoire, ce qui est tout l'inverse de l'école rassurante de Charles Xavier. Il s'agit par ailleurs quasiment d'un huit-clos, qui est souvent aussi la caractéristique du film d'horreur, les victimes ne pouvant échapper à la puissance nuisible. La musique angoissante de Mark Snow, outil essentiel et reconnaissable du film d'horreur, contribue à donner cet aspet au film. Les jump scares sont également utilisés, ces derniers étant le marqueur phare de la réalisation liée à l'horreur. L'impératif de ne pas montrer la menace est en général ce qui invite le plus à l'originalité dans la mise en scène, c'est ainsi que le film d'horreur est souvent intéressant pour sa réalisation. Pour autant, le hors-champ n'est pas tant utilisé, peut-être parce-qu'il était jugé trop angoissant pour un film classifié PG 13, mais reste présent pour certaines scènes, comme pour l'ours démon pendant une partie du film ou la main calcinée se posant dans le dos de Roberto.  La menace est parfois également présente dans le champ mais invisible, soit au sens propre, soit dissimulée ou de dos (les hommes à masque). A noter que toutes les scènes horrifiques, certaines impressionnantes (et visibles dans les bandes-annonces) ne sont pas présentes dans le montage final.
Ainsi, l'avantage du choix de l'épouvante est que Les Nouveaux Mutants présente une réalisation singulière et travaillée pour un film de super-héros, tout en n'oubliant pas l'action pure, faite de CGI dans l'acte final. De plus, soulignons un travail sur l'interfilmicité (les références entre oeuvres) puisque les actions à venir dans le film sont souvent annoncées par une citation dans la télévision que regarde les adolescents, à la manière de Joe Dante, cinéaste adepte de l'horreur. 

Un scénario classique [spoilers]

Le scénario s'autorise quelques facilités d'écriture donnant par exemple l'impression que l'ensemble des personnages se découvre après l'arrivée de Dani (Roberto ignorant l'histoire de Sam, l'attirance naissante entre Roberto et Illyanna) alors que les adolescents se côtoyaient depuis quelque temps. Toutefois, l'ensemble fonctionne plutôt bien si ce n'est ces relations qui auraient dû être amorcées en amont. L'antagoniste Reyes est plutôt intéressante puisqu'elle n'est pas foncièrement méchante, quoiqu'il aurait été intéressant qu'elle se questionne plus sur les ordres qu'elle reçoit. Cela aurait permis d'étoffer le personnage et de renforcer sa crédibilité vis-à-vis du spectateur qui aurait alors été dans un dilemme moral. 

Les X-Mens et les multiples thématiques [spoilers]

Les films X-Mens ont toujours été riches en thématiques du fait qu'ils présentent des individus différents (qui pouvaient renvoyer aux communautés noires ou homosexuelles). D'ailleurs, l'Eglise, institution conservatrice par essence, condamne ici les mutants, considérés comme une aberration à l'image des homosexuels. Toutefois, le fait que les adolescents soient mis dans un asile suggère que les mutants sont une métaphore des marginaux en général, les communautés très minoritaires comme les indiens pouvant y être associées. Le film Les Nouveaux Mutants s'inscrit plutôt bien dans notre époque par ses protagonistes; avec les rôles majeurs donnés à des femmes, que cela soit les héros ou vilains, en essayant d'inclure différentes ethniques (latinos, amérindiennes) et présentant des relations homosexuelles. L'ensemble des thématiques est adapté à l'époque décrite et est alors parfaitement recevable. Il s'agit ainsi d'une inclusion intelligente.  


En définitive, les Nouveaux Mutants est le dernier projet de la Fox avant son rachat, visant à renouveler le genre du super-héros. Le résultat, sans être complètement original, réussit le pari de marier le genre du super-héros au genre de l'horreur. Une promesse qui restera sans suite. 

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vendredi 28 août 2020

Tenet


Synopsis : 

Un agent américain intervient à Kiev lors d'une prise d'otage. Cet attentat n'est en fait qu'un leurre pour tenter de récupérer un mystérieux objet. Mais l'intervention échoue et l'agent se retrouve prisonnier d'agents spéciaux russes.... 

Commentaire :  

Cinématographiquement impressionnant 

Christopher Nolan est un technicien hors pair du cinéma qui honore sa réputation avec son Tenet. La réalisation est toujours au millimètre et le grand écran est bien entendu le vecteur le plus à même de rendre grâce à ce film. Soulignons d'entrée qu'il s'agit d'un film très riche en action et qu'elle est parfaitement rendue avec le recours le plus possible aux décors réels et aux cascades motorisées, choix de plus en plus rare. Pour la photographie, fidèle à Nolan, et les environnements montrés, Tenet est à voir. Le montage est lui particulièrement rapide, même dans les rares temps faibles, Nolan recherchant l'efficacité. A noter que l'efficacité est une notion plus ou moins relative ; ce qui semble évident pour Nolan, ne l'est pas forcément pour le spectateur et le film aurait gagné parfois a réexempliquer ce qu'il montre ou ce qu'il dit. Paradoxalement, le film dure 2h30, ce qui est long, même pour un blockbuster, mais sa durée n'est pas ressentie du fait du choix du montage (et de son scénario qui oblige le spectateur à être actif). Si le montage est rapide, il a la qualité d'être linéaire et chronologique pour simplifier une histoire qui elle voit le passé, le présent et le futur entre-mêlés. C'est un choix judicieux pour que l'histoire reste compréhensible, même si l'idée de mêlé le montage a dû traverser l'esprit de Nolan. Toutefois, Nolan a pu se faire plaisir ailleurs, non pas en mêlant son montage mais en mêlant les timelines directement dans le plan. Ainsi dans le plan, les différentes temporalités se croisent avec l'idée que certains éléments à l'écran remontent le temps alors que l'histoire, elle, continue son cours. C'est là la grande prouesse de Nolan, qui peut se voir comme le déroulement simultanée mais complémentaire de plusieurs bobines à l'écran, dont certaines sont rembobinées. C'est un exercice difficile qui nécessite une maîtrise totale de la narration pour que l'ensemble ait encore un sens. L'ensemble de l'histoire est soutenue par la bande-musicale de Ludwig Göransson, dans un style proche de Hans Zimmer qui sied bien au rythme de Nolan. A noter que la partition est néanmoins plus complexe que chez Zimmer. Nolan a la qualité d'avoir une réalisation qui laisse une place à la musique.

Un scénario nolanien simplement complexe [Spoilers]

C'est le scénario nolanien par excellence, celui qui ne laisse pas le spectateur dans une attitude passive. C'est un autre grand atout du film mais aussi sa principale limite. S'il est important de faire réfléchir le spectateur, le scénario doit aussi lui être accessible sans qu'il soit besoin de voir le film plusieurs fois. De plus, l'efficacité de la mise en scène de Nolan fait qu'il n'y a pas de doublon d'information, or ce choix est questionnable ici d'autant plus que Nolan cherche à mettre en image un concept complexe (une théorie de l'espace-temps). En outre, les enjeux ne sont pas toujours mentionnées explicitement, ce qui oblige le spectateur à réfléchir. Etrangement, la scientifique incarnée par Clémence Poésy nous dit de ne pas essayer de comprendre mais de ressentir, ce qui est particulier pour un film de Nolan. Peut-être est-ce aussi une recommandation de Nolan qui bien que cherchant à s'appuyer sur des théories scientifiques, sait qu'elles ne sont pas valables au-delà de l'échelle atomique. Et elles ne sont que des théories, donc pas encore validées. Celle du multivers n'est par ailleurs pas la théorie qui tient la corde actuellement dans le monde scientifique. Quoiqu'il en soit, les théories du monde quantique ne sont pas appliquables dans notre monde (à notre échelle), c'est ainsi qu'il faut peut-être interprété le message de Nolan et ne pas essayer de comprendre complètement puisque notre logique n'est pas utilisable avec ces théories! Le paradoxe c'est que ces théories complexes débouchent sur un scénario très prévisible. En effet, le paradoxe du grand-père énoncé dans le film ne peut être dépassé, c'est à dire que le retour dans le passé... ne change pas le passé. Autrement dit, la réalité ne peut être modifiée : la réalité une fois vécue reste la même car la réalité vécue comprend déjà en elle la conséquence d'un retour dans le passé. C'est ce que démontre explicitement la scène des camions. La voiture grise que le protagoniste utilisera lors de son retour dans le passé est déjà présente lors du premier passage filmé. C'est en fait la technique utilisée également dans Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban (ou le dernier Alice au Pays des Merveilles) qui permet d'éviter les incohérences temporelles : rien de nouveau donc (hormis pour le visuel le déplacement inversé). Le problème de Tenet contrairement aux autres films est que l'on sait de facto que le protagoniste et son équipe vont réussir à éviter l'apocalypse puisque l'apocalypse n'a pas eu lieu lors des vacances de Sator et de Kat au Vietnam. Si cette technique de voyage dans le temps ne gachait rien aux autres films, c'est parce qu'on ignorait que c'était ce choix de voyage dans le temps qui était fait. Tenet explique plus ou moins que c'est ce choix qui est fait (scène des camions) avant le climax... et il était évident que Nolan choisirait l'option qui ne créerait pas d'incohérence. Choix logique mais climax désamorcé pour ceux qui ont vu les ficelles. 

Un concept sans thématique

Toute l'idée de Tenet repose sur le concept de tenaille temporelle, c'est à dire un film qui présente des personnages de temporalités différentes dans un même instant dont certains allant vers le passé. Le film, comme son nom Tenet, est une sorte de palindrome (le mot se lit dans les deux sens). Au-delà du concept, qui oblige certes à réfléchir, le film est plutôt pauvre thématiquement. Il manque le côté incarné (le héros n'a pas de nom ni d'histoire) pour que des grandes questions sur la condition humaine (comme dans Interstellar ou la trilogie Batman) soient développées. Certes, Nolan essaye d'introduire une relation entre Kat et le protagoniste pour que le spectateur puisse se rattacher à une histoire mais celle-ci est plutôt peu développée. On peut même ressentir l'artifice du cinéma de Nolan qui est de trouver un concept et de broder une histoire autour. Ici, le concept prend toute la place et l'histoire est en retrait. Le film essaye pourtant dans son acte final de donner un argumentaire au grand méchant Sator, en lui prêtant des motivations écologiques. Néanmoins, celui-ci ayant été décrit comme un mafieux ultra-violent tout au long du film, ses intentions ne paraissent pas vraiment crédibles. La réponse du protagoniste n'est pas plus intelligente "chaque génération se démerde avec ses problèmes" : ce qui peut être compris comme le fait qu'il faut laisser une chance aux générations futures de régler leurs problèmes mais, aussi, l'idée qu'on n'a pas à se préoccuper des problèmes futurs... Un plus grand développement aurait été le bienvenu. En vérité, il manque certainement Jonathan Nolan au scénario qui sait amener des réelles questions philosophiques, incarnées par des personnages. Christopher est plus dans une logique pure et dans l'artifice du questionnement : par exemple ici l'idée que "l'ignorance est notre atout".  C'est évidemment contre-intuitif et faux comme principe général. Il faut alors comprendre cette maxime comme la marge de manoeuvre qu'il est possible d'avoir dans le passé, autrement dit, il n'est pas possible de changer ce qui a été vu dans le passé mais il est possible d'interragir dans la marge de la vérité que nous ignorions au moment où les faits se sont passés. Toutefois, retourner dans le passé ne permet pas de le changer mais de découvrir un pan du passé que nous ignorions et dans lequel le voyageur temporel joue un rôle. Néanmoins, cette maxime est, nous le voyons, un artifice car l'ignorance n'est pas un atout mais un motif pour avoir la foi. Elle permet simplement de ne pas être despéré car le tout est déjà déterminé (ce qui est appelé "le destin" dans le film, ou "la réalité" par Neil).  Cette question du déterminisme n'est en fait pas si compliquée ; c'est Christopher Nolan qui la rend complexe. Jonathan aurait problèment donné un véritable sens à la réflexion. 


En définitive, Christopher Nolan livre un film techniquement irréprochable et joue comme il aime le faire avec un concept retranscript au cinéma. Toutefois l'histoire a du mal à s'incarner autour du concept de physique quantique utilisé. Telles ses boucles temporelles, Nolan semble épuiser son cinéma en l'absence de son frère Jonathan au scénario. 



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samedi 18 juillet 2020

La voix du succès


Synopsis :

Maggie est l'assistante, autremendit la personne à tout à faire, de la grande star de la chanson, Grace Davis. Si être aux côtés de son idole est déjà un accomplissement, elle aspire à autre chose : parler de musique avec elle et devenir sa productrice... 


Commentaire :

Une réalisation classique et musicale

La réalisation de Nisha Ganatra est exclusivement au service de l'histoire de Maggie qui est à la poursuite d'un rêve. La mise en scène se concentre donc sur le personnage de Maggie et sur les quelques personnages secondaires tels Grace Davis et David. Il s'agit donc d'une mise en scène utilisant préférentiellement le plan rapproché sur des visages ou les plans poitrines qui mettent en avant les émotions des personnages. La spécificité de la mise en scène se situe logiquement et intelligemment sur le travail réalisé avec la bande-musicale qui oscille entre musique intradiégétique et musique extradiégétique. Ainsi par exemple, musiciens et chanteurs commencent à jouer dans une scène pour que la musique continue d'être jouée dans une autre scène. La musique est donc le liant de la mise en scène et du montage. Soulignons que les musiques/chansons du film sont d'excellente facture et qu'elles constitueraient des tubes indépendamment du film. En effet, des noms connus de la chanson américaine comme le producteur Darkchild et l'autrice Corinne Bailey sont derrière plusieurs morceaux présents dans le film. Si les points précédents consituent des aspects positifs, soulignons toutefois le côté assez évident du scénario qui pour la belle histoire se retrouve plutôt simpliste.

Des personnages bourgeois à l'intersection de plusieurs luttes

Le film met en scène des femmes limitées ou rabaissées dans leur ambition par des hommes : Maggy par le producteur de Grace, et Grace par les hommes de sa maison de disque. Elles font face à des contraintes limitant leur projet, la première pour devenir productrice et la seconde pour continuer à chanter passé quarante ans. Pour Grace, la question de la discrimination fondée sur l'âge rentre jeu, associée à son statut de femme. En outre, il faut rajouter pour cette dernière sa condition de femme noire. Cela en fait une personne à l'intersection de trois luttes et donc une particulièrement sujette à la discrimination. Le film cherche ainsi à mettre en exergue les injustices que subissent ses personnages, thématique très actuelle. Toutefois, il s'agit d'une histoire positive et peu violente dans les rapports de force montrés. En effet, l'ensemble des individus présentés appartiennent à la classe bourgeoise, ou s'y rapportent avec un mode vie bourgeois. Ainsi, même si Maggie perd son travail d'assistante, elle ne se trouve jamais démunie - sans parler des situations de Grace (au pire recyclant ses tubes à Las Vegas) et de David (vivant dans une villa). Sans lutte de classe, les différentes luttes présentées paraissent plus anodines  ; mais éviter la lutte de classe permet de mettre en avant le rêve américain : avec de la passion et du talent, on finit toujours par aller au bout de ses rêves. Hollywood fidèle à lui-même. 

En définitive, La Voix du Succès est un bon drame musical dont l'atout premier est ses chansons. L'histoire est elle tout ce qu'il y a de plus classique tout comme les thématiques, désormais très consensuelles. 



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dimanche 28 juin 2020

De Gaulle


Synopsis :

En 1940, le colonel De Gaulle remporte une des rares victoires de l'armée française. Il est alors nommé sous-secrétaire d'Etat à la guerre et devient général. Il est le seul à vouloir fermement continuer la guerre alors que les partisans de l'armistice sont de plus en plus nombreux... 


Commentaire :

Un biopic soigné 

Gabriel Le Bomin est le premier à mettre en scène au cinéma le personnage de De Gaulle, presque sacralisé et donc intouchable. Le film bénéficie d'une mise en scène soignée mais au budget limité. Ainsi, c'est avant tout l'intimité de Charles de Gaulle ainsi que ses relations d'homme politique qui sont mises en scène. Il n'y a pas véritablement de scène de guerre. La réalisation met ainsi en image des dialogues et des paysages (pour la fuite de la famille De Gaulle). Les scènes les plus fortes en tension et probablement les plus réussies sont celles de la fuite de la famille car elles permettent une mise en contexte (la fuite des civiles) alors que le reste des scènes sont plutôt en huis clos. Cela n'empêche pas à l'ensemble du film d'être particulièrement soigné dans sa réalisation. Une attention particulière est réservée évidemment à De Gaulle, personnage grand et donc facilement mis en valeur dans le plan. Le film insiste également sur la ressemblance physique de Lambert Wilson bénéficiant de prothèses avec le personnage historique. Ainsi, de profil, et parfois en jouant sur le flou, l'illusion à l'image est frappante. Avec les scènes de fuite, cet artifice est la principale réussite visuelle du film. Pourtant, dans un contexte de guerre, il peut résider un regret / une frustration sur le fait qu'il n'y ait que l'environnement proche de De Gaulle qui soit mis en image. Concernant la musique, Romain Trouillet est parfaitement à la hauteur et réussit à rajouter de l'ampleur à l'histoire narrée. 


L'Histoire comme objectif

Le film traite du personnage historique sur une très courte période et de ce fait n'a pas un large spectre thématique à embrasser. Sans être hagiographique, quoique la mise en scène est clairement au profit de De Gaulle, le film souligne la droiture du personnage et met en avant ses convictions. Pourtant, il est difficile d'apprécier le personnage au-delà de son courage et de son patriotisme car c'est bien l'amour de la France, plus que des engagements éthiques profonds, qui le rend hermétique aux arguments parfois convaincants des défaitistes (la paix, le sacrifice inutile de soldats). Il n'est pas fait mention par De Gaulle de l'idéologie nazie à combattre et de la lutte pour la démocratie. Dans le film, c'est Churchill qui prend ce rôle de gardien des valeurs. C'est alors que le choix de traiter de la famille de De Gaulle se révèle intéressant. En effet, il est ainsi possible de mettre en avant son engagement pour sa famille et particulièrement pour sa fille Anne qui est trisomique. Charles et Yvonne De Gaulle font le choix de garder leur fille et la mette au centre de leur attention. C'est ainsi que Charles De Gaulle devient un personnage réellement appréciable par la mise en avant de son empathie pour un enfant fragile et différent. 
Toutefois, le film a également plusieurs qualités qui tiennent à la vulgarisation de l'Histoire. Il met en avant le De Gaulle peu connu, le De Gaulle illégitime des années 40. Car celui qui deviendra le héros de la Nation et le père de la Vème République n'est qu'un général dégradé et déchu de sa nationalité en 1940. Ainsi, celui qui deviendra un jour le plus grand des Français n'est, à un moment de l'Histoire, même plus français. Avant sa déchéance, le film informe que De Gaulle est un des rares à avoir connu des succès militaires en 1940 et que son personnage est persuadé qu'un changement de tactique militaire finira par avoir raison de l'Allemagne dans une guerre mondiale. La question qui demeure à cette période est de savoir qui incarnera la résistance, chose que De Gaulle n'accepte pas tout de suite. A Londres, ce qui frappe en effet est son incroyable isolement. Le choix de ce pan de l'Histoire est donc tout à fait intéressant à traiter car il est peu connu. Toutefois, l'intérêt historique n'est pas forcément judicieux narrativement (hormis pour les historiens et enseignants). Le film manque en effet d'élan et surtout d'une conclusion. Ici le manque de budget se fait sentir, car hormis par le biais de quelques lignes de texte, le film ne conclut pas par l'image l'aboutissement de l'engagement de De Gaulle. Il est certain qu'un film américain ne se serait pas privé d'une narration complète comportant une conclusion. Néanmoins, le grand intérêt de cette production est qu'elle soit justement française. Elle apporte un son de cloche différent sur la défaite de 40 que la version anglo-saxonne. Car si Dunkerque est présenté comme un succès britannique, c'est avant tout la fuite de l'armée anglaise du continent, permise par l'armée française laissant seule cette dernière face à l'Allemagne. Dernièré qualité du film : la politique en 1940. La tergiversation à la tête de l'Etat français est intéressante à narrer. En effet, le Président Reynaud, soutenu par De Gaulle, peine à imposer ses vues. Ainsi, cette période permet de comprendre la volonté de De Gaulle de mettre en place un exécutif fort, chose qu'il finira par faire bien plus tard en 1958 avec la Vème République. 

En définitive, De Gaulle a un réel intérêt historique en mettant en avant le De Gaulle illégitime de 1940 et en apportant une vision française et non plus anglo-saxonne sur la défaite de 1940. Toutefois, le film, concentré dans le temps et sur son personnage, manque d'ampleur.



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samedi 27 juin 2020

Radioactive


Synopsis :

L'histoire de Maria Sklodowska devenue Marie Curie, qui mis toute son énergie pour mener ses recherches et être reconnue en tant que scientifique dans une société dominée par les hommes.


Commentaire :

Un biopic à la réalisation travaillée, trop travaillée ?

Marjane Satrapi adapte un roman graphique retraçant la vie de Marie Curie. Le support original explique sûrement une image particulièrement travaillée et un montage parfois très dynamique. Le roman graphique autorise en effet le recours à des visuels forts par souci d'efficacité. Dans le même ordre d'idée, le film (de nationalité britannique) a recours à des géosymboles comme la tour Eiffel en arrière-plan, ce qui peut être beau dans la composition du plan tout en ancrant parfaitement le film pour un public international... cela étant cliché pour un Français. C'est à cette occasion que l'on peut noter que le film est doté d'un budget conséquent. Ainsi, aucun film français ne se serait autorisé par exemple à mettre en image les applications futures venant des découvertes de Marie Curie. Or ce film ne s'interdit rien visuellement.
Si le film adopte ainsi une mise en scène singulière, la forme prend parfois le pas sur le fond, comme si le film essayait pour certaines scènes de forcer la tension ou la peur. Or le genre du biopic historique (film biographique) préfère la sobriété pour des raisons de réalisme, de fidélité. Le propos du film reste néanmoins parfaitement audible et l'audace en termes de réalisation, parfois très belle dans la composition des plans, fait du projet une oeuvre originale pour le genre. 


Une myriade de thématiques

La qualité du film tient à ses thématiques. L'objectif premier du film est bien entendu de mettre en avant un personnage historique, et d'explorer des pans de l'Histoire moins connus comme l'engagement de Marie Curie pour la Première guerre mondiale. Toutefois, l'objectif du film va au-delà de l'Histoire, en témoigne le choix de partir du roman graphique et non de sources historiques.
Le choix du personnage indique déjà l'inscription du film dans la lutte féministe. Le traitement du sujet souligne toutefois encore plus la thématique. En effet, Marie Curie n'a de cesse de faire face à de vieux hommes blancs, représentant le conservatisme. Le film arrive particulièrement bien à souligner l'impossibilité pour une femme de s'épanouir dans une société patriarcale. De manière intrigante, seuls les hommes plus jeunes sont présentés sous un jour plus sympathiques quoiqu'ils sont dépeints légèrement lâches dans leur posture face au système. Le fait que Marie Curie réussisse finalement sa carrière témoigne de l'exceptionnalité du personnage tant du point de vue scientifique que de son caractère. Il faut un individu hors du commun pour pouvoir s'imposer en tant que femme à cette époque. Cela souligne encore plus crument l'injustice faite aux femmes, car même Marie Curie peine à être reconnue à sa juste valeur, sa reconnaissance imparfaite à l'époque étant le fruit d'une lutte et d'exploits incommensurables. 
Le féminisme est bien le propos principal mais d'autres thématiques s'ajoutent également à la thématique centrale. Le deuxième sujet est celui du progrès technologique et pose la question de l'utilisation des découvertes scientifiques. Car si Marie Curie est une chercheuse passionnée par la théorie scientifique et n'a d'autre ambition que d'enrichir les connaissances de l'humanité, ses découvertes ont eu des applications concrètes, tant positives (la radiographie, la radiothérapie) que négatives (le nucléaire : les bombes et les accidents des centrales nucléaires). Le film utilise habillement les flashforwards (les flashbacks pour le futur) pour montrer l'ambivalence des découvertes scientifiques. Notons toutefois que pour ce cas précis, Marie Curie ne pouvait pas imaginer la portée de ses découvertes. Il ne s'agissait pas de découvertes ambivalentes à l'origine. Sa responsabilité morale est donc très limitée bien que le film veuille forcer le trait sur ce point.
La troisième thématique est mineure mais ressort à certains moments. Il s'agit de la xénophobie dans un contexte de poussée de nationalisme dans lequel l'origine d'une personne dépend de son apport et de son image dans la société. Ainsi Marie Curie est française lorsqu'elle est une grande scientifique mais ramenée à son identité polonaise lorsqu'un scandale sur ses moeurs fait les gros titres de journaux à commérages. Ce passage montre également la quête de la liberté sexuelle des femmes qui n'en est alors qu'à ses prémices.
Quatrième et dernière thématique, le rationalisme de Marie Curie qui adopte une posture scientifique, athée pour tous les domaines de sa vie, lui permettant de se protéger des pseudo-sciences, contrairement à son mari. En revanche, il est regrettable que la fin du film, qui correspond à la fin du personnage, semble suggérer que Marie Curie est amenée au paradis par Pierre, son mari. Si cela rend la fin évidemment moins triste, presque heureuse, ce choix de conclusion rentre en contradiction avec le trait d'esprit de Marie Curie.


En définitive, Radioactive a pour grande qualité la richesse des thématiques explorées à travers l'exploration du personnage de Marie Curie. La limite du film se trouve certainement dans sa forme avec une réalisation qui manque parfois de simplicité.





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