Les sorties de la semaine

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dimanche 1 février 2026

Hamnet

Synopsis :

Will s'éprend de la belle Agnès, jeune femme mystérieuse ayant un lien particulier avec la forêt. Les deux jeunes gens finissent par se promettre l'un à l'autre. Agnès tombe rapidement enceinte de leur première fille. Will, lui, commence l'écriture de ses pièces de théâtre. Alors qu'Agnès est à nouveau enceinte, Will se rend à Londres afin de rejoindre une troupe de théâtre...

Commentaire :

Le cinéma contemplatif à l'ambition réaliste de Chloé Zhao

Chloé Zhao prend en charge la réalisation du roman narrant la vie fictive de Shakespeare. Une photographie extrêmement soignée est associée à une mise en scène très minimaliste afin de plonger le spectateur dans l'Angleterre du XVIème siècle. La photographie est, avec la performance d'acteur, la très grande réussite de ce film qui offre un tableau à chaque plan, avec un vrai travail de composition. Il y a également un jeu important avec la lumière naturelle dans les scènes extérieures ou avec la lumière des chandelles pour les scènes d'intérieur. Ainsi, le regard du spectateur est toujours porté par la lumière qui met au centre du plan les éléments importants, bien souvent les visages. En effet, le jeu d'acteur est le centre de la mise en scène et ils font l'objet très souvent de gros plans resserrés sur leur visage, en particulier Jessy Buckley et Paul Mescal. Le rythme du montage est plutôt lent, ce qui laisse le temps aux acteurs d'exprimer leur talent. Paradoxalement, la vie des personnages passe vite. D'importantes ellipses dans l'intrigue amènent directement le spectateur sur les moments forts de la vie des personnages sans que le sujet n'ait été développé plus en amont (la scène d'enterrement de l'aigle, ou la question de la violence du père de Will par exemple). Ce choix diminue l'impact émotionnel du film, hormis évidemment l'apothéose émotionnellle de fin. Si le final est une magnifique conclusion, il ne peut faire oublier un film finalement dans son ensemble plutôt lisse qui amène assez mécaniquement des tranches de vie des personnages. La composition musicale illustre assez bien l'ensemble de l'œuvre car la partition de Max Richter est plutôt minimaliste et discrète tout au long de l'œuvre. Le mixage sonore naturaliste prend même le dessus dans l'ambiance sonore. La bande musicale s'impose finalement et avec brio dans le moment d'émotion final. Il s'agit du seul thème reconnaissable du film mais il s'agit d'une réutilisation d'une ancienne composition de Max Richter, ce qui souligne la difficulté de faire émerger ici un thème propre et original à Hamnet. 

Vivre son deuil [spoilers]

Le film, comme le roman dont il est tiré, vise à chercher et à démontrer l'influence de la mort d'Hamnet, le fils de Shakespeare, sur l'œuvre du dramaturge anglais. Il n'y a toutefois aucune preuve historique ou philologique dans l'œuvre de Shakespeare qui permette d'appuyer cette hypothèse (notons que la mort d'un enfant est la norme à cette époque et un évènement de fait moins marquant qu'aujourd'hui). Si le film cherche notamment à mettre en lien Hamnet et la pièce Hamlet, l'intérêt du film se situe également dans l'histoire narrée autour d'Hamnet et de son amour pour sa sœur jumelle. Cette dimension est tout aussi touchante que les autres questions abordées. Toutefois, la notion de deuil reste bien présente dans l'œuvre avec deux attitudes diamétralement opposées présentées. Il y a d'abord celle d'Agnès, la mère. Celle-ci se laisse submerger par cet évènement de la vie, elle qui a affronté souvent seule le rôle de parent. William, quant à lui, est plus distant et semble vite passer à autre chose, lui qui ne vit pas avec sa famille. Toutefois, la proposition du film est que la mort d'Hamnet a nécessairement marqué William Shakespeare. Son deuil travaillerait dans son esprit d'artiste et finit par ressortir et s'exprimer dans sa tragédie d'Hamlet. Le film a l'avantage de vouloir proposer une matérialité au personnage de Shakespeare dont on ne sait que peu de choses sur sa vie, hormis ses textes. L'histoire est crédible, belle et touchante. Le projecteur est plus mis sur le personnage d'Agnès et c'est à travers ses yeux que le spectateur essaie de comprendre comment William surmonte son deuil. Il n'est pas dit que l'histoire se soit véritablement passée ainsi, mais la proposition est intéressante.


En définitive, Chloé Zhao propose un film tout en retenue sur la vie supposée du couple Shakespeare. La photographie et les performances d'acteurs sont les atouts premiers de ce drame assez sage, avant l'apothéose émotionnelle du final. 



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dimanche 26 novembre 2023

Napoléon


 Synopsis :

Révolution française : un jeune capitaine assiste à l'exécution de la reine Marie-Antoinette. Le jeune Napoléon ignore encore quelle place il doit prendre dans l'histoire mais la guerre lui offre une occasion de briller auprès des révolutionnaires...

Commentaire :

Une histoire élaguée

Du vrai film de Ridley Scott d'une durée de plus de 4h30, nous ne savons encore rien. Pour le moment, nous avons la version cinéma de 2h30 dans un format logiquement bien élagué. Difficile de savoir s'il est encore possible de lire les intentions du réalisateur tant les équilibres peuvent changer en fonction des versions. Entre les étapes obligées de l'histoire de Napoléon et les choix narratifs de Ridley Scott, le film dans sa forme actuelle a une dimension batarde. Des ellipses lourdes sont visibles à l'écran, alors que le film veut traiter une durée de vie importante du personnage. Il en résulte alors une impression de succession d'étapes sans explication et avec très peu de contexte. Ainsi par exemple, le couronnement de Napoléon semble arriver nul part. La photographie n'en reste pas moins sublime, inspirer parfois des tableaux faisant la "communication" de l'empereur (Gérôme, David, Delacroix). Un immense travail a été également fait sur les costumes, qui sont pour le coup très fidèles à l'histoire à l'inverse de plusieurs évènements narrés. Que dire également des plans de batailles avec le recours aux figurants plutôt qu'aux effets numériques. A ce titre, la bataille d'Austerlitz est probablement la plus belle scène du film d'un point de la mise en scène. Il manque peut-être néanmoins un petit côté épique au film, cela du fait d'une musique de Martin Philips assez transparente mais aussi d'un manque d'incarnation sur le champ de bataille. 

Les thématiques : Napoléon et Joséphine moteur de l'Histoire ?

Il est difficile de savoir ce que voulait mettre en avant Ridley Scott dans cette version de 2h30. La relation Napoléon et Joséphine est au centre de l'intrigue avec paradoxalement un problème majeur au niveau de l'âge des deux acteurs, Joséphine étant normalement bien plus âgée (plus de 6 ans) que Napoléon. Ce choix d'entrée sur le personnage peut être néanmoins intéressant et original pour traiter de Napoléon si toutefois l'interprétation du réalisateur ne vient pas trop recouvrir la vérité. Or ici, l'ascension de Napoléon, ses guerres et les grands tournants de sa vie (le retour d'Egypte, le retour de l'île d'Elbe) semblent uniquement liés à Joséphine. La dimension politique et ses manipulations, sa vision de la France et de l'Europe ou bien même son habilité stratégique disparaissent. L'interprétation de Napoléon par Joaquin Phoenix n'aide pas. Le personnage n'est pas nuancé même s'il fallait mettre évidemment ses faiblesses en avant. Le personnage n'est donc pas attachant comme si Ridley Scott n'aimait pas son personnage et se contentait d'une version monochrome de celui-ci. Peut être que Joséphine aurait dû être le cœur du récit. Dans cette version de 2h30 qui passe rapidement par toutes les étapes de la vie de Napoléon, on ne retient pas grand chose hormis la petitesse du personnage et son obsession pour Joséphine. Le dernier plan met sur le dos de Napoléon l'ensemble des morts en Europe. Nous comprenons alors que l'idée était de dénoncer les actes du personnage. Néanmoins le contexte géopolitique est tellement peu développé dans le film que ce dernier plan ne semble pas à sa place... sauf si l'idée est de dire que par amour, Napoléon a retourné l'Europe... Le choix initial du réalisateur est intéressant mais la réalisation est bancale pour provoquer un vrai intérêt et ce qui est autour de la relation centrale est trop peu développé pour maintenir l'intérêt.


En définitive, Le Napoléon de Ridley Scott a peu d'intérêt, en tout cas dans sa version de 2h30 tant le réalisateur ne semble que peu intéressé par son protagoniste. Pourtant Napoléon recèle un fort potentiel pour le drame, la tragédie, l'épique ou la romance. Le résultat est donc décevant. On se consolera avec quelques scènes de batailles, les costumes et la photographie.  


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dimanche 3 juillet 2022

Elvis

 

Synopsis :

Elvis, jeune garçon élevé dans la culture et la musique afro-américaine, bouleverse le monde de la musique en mêlant la country au rhythm and blues. Dans une Amérique divisée par la question raciale, le prodige du Rock'n'roll unit les Etats-Unis dans la musique...


Commentaire :

La mise en scène rock 'n' roll de Baz Luhrmann 

Baz Luhrmann cherche une mise en scène rock 'n' roll qu'il transcrit à l'écran à l'aide d'un montage très rythmé. Les effets visuels, notamment d'incrustation de texte sont pléthores. Les mouvements de camera (numériques ou réels) permettant les transitions sont également nombreux. Si on ne peut que reconnaître l'attention portée à la mise en scène, l'accumulation d'effets (mentionnons également les split-screens) nuit à la fluidité de l'histoire, du fait d'effets trop voyants et d'un rythme qui n'offre aucun temps faible (de repos). Néanmoins, la mise en scène correspond bien à la musique dépeinte et au personnage qu'elle souhaite présenté. Par ailleurs, certaines scènes semblent inventées pour correspondre à une certaine thématique, et donc réaliser de la mise en scène. Par exemple, lorsqu'Elvis est perdu dans sa vie, cela est transcrit par une scène dans un labyrinthe de miroirs. Ainsi un grand nombre de scènes parait présent dans un objectif thématique et de réalisation sans avoir de réalité historique. La musique est essentiellement composée d'un medley des meilleures musiques d'Elvis Presley selon la période narrée. Il est dommage à ce titre que les morceaux d'Elvis soient sous forme d'extraits, rarement en entier. La musique orchestrale d'Elliott Wheeler est à côté très discrète et n'a d'autre fonction que d'accompagner l'histoire.

Biopic très largement romancé 

Si ce biopic correspond dans les grandes lignes à la vie d'Elvis Presley (puisqu'un bon nombre de scènes sont thématiques et non historiques), les péripéties du chanteur semblent amplifiées pour coller à certains sujets. En effet, la cause noire, - la ségrégation et la discrimination - semble très appuyée comme si Elvis avait été un pond entre ces deux Amériques dans les années 60. Etait-il si politique, dans le sens proche de la culture afro-américaine ou le film choisit-il de faire correspondre la vie du chanteur à une thématique actuelle mais également plus prenante pour le scénario ? Plus largement, les moments de rébellion face au monde qui entoure Elvis, ou face à son manager Tom Parker, sont-ils si épiques à l'image des scènes du film ? Le film prend en tout cas un parti pris et l'interprétation magistrale d'Austin Butler et de Tom Hanks permet d'y croire. 


En définitive, Elvis est un film à la réalisation rock 'n' roll dont il faut être capable de suivre le rythme effréné. 


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dimanche 28 juin 2020

De Gaulle


Synopsis :

En 1940, le colonel De Gaulle remporte une des rares victoires de l'armée française. Il est alors nommé sous-secrétaire d'Etat à la guerre et devient général. Il est le seul à vouloir fermement continuer la guerre alors que les partisans de l'armistice sont de plus en plus nombreux... 


Commentaire :

Un biopic soigné 

Gabriel Le Bomin est le premier à mettre en scène au cinéma le personnage de De Gaulle, presque sacralisé et donc intouchable. Le film bénéficie d'une mise en scène soignée mais au budget limité. Ainsi, c'est avant tout l'intimité de Charles de Gaulle ainsi que ses relations d'homme politique qui sont mises en scène. Il n'y a pas véritablement de scène de guerre. La réalisation met ainsi en image des dialogues et des paysages (pour la fuite de la famille De Gaulle). Les scènes les plus fortes en tension et probablement les plus réussies sont celles de la fuite de la famille car elles permettent une mise en contexte (la fuite des civiles) alors que le reste des scènes sont plutôt en huis clos. Cela n'empêche pas à l'ensemble du film d'être particulièrement soigné dans sa réalisation. Une attention particulière est réservée évidemment à De Gaulle, personnage grand et donc facilement mis en valeur dans le plan. Le film insiste également sur la ressemblance physique de Lambert Wilson bénéficiant de prothèses avec le personnage historique. Ainsi, de profil, et parfois en jouant sur le flou, l'illusion à l'image est frappante. Avec les scènes de fuite, cet artifice est la principale réussite visuelle du film. Pourtant, dans un contexte de guerre, il peut résider un regret / une frustration sur le fait qu'il n'y ait que l'environnement proche de De Gaulle qui soit mis en image. Concernant la musique, Romain Trouillet est parfaitement à la hauteur et réussit à rajouter de l'ampleur à l'histoire narrée. 


L'Histoire comme objectif

Le film traite du personnage historique sur une très courte période et de ce fait n'a pas un large spectre thématique à embrasser. Sans être hagiographique, quoique la mise en scène est clairement au profit de De Gaulle, le film souligne la droiture du personnage et met en avant ses convictions. Pourtant, il est difficile d'apprécier le personnage au-delà de son courage et de son patriotisme car c'est bien l'amour de la France, plus que des engagements éthiques profonds, qui le rend hermétique aux arguments parfois convaincants des défaitistes (la paix, le sacrifice inutile de soldats). Il n'est pas fait mention par De Gaulle de l'idéologie nazie à combattre et de la lutte pour la démocratie. Dans le film, c'est Churchill qui prend ce rôle de gardien des valeurs. C'est alors que le choix de traiter de la famille de De Gaulle se révèle intéressant. En effet, il est ainsi possible de mettre en avant son engagement pour sa famille et particulièrement pour sa fille Anne qui est trisomique. Charles et Yvonne De Gaulle font le choix de garder leur fille et la mette au centre de leur attention. C'est ainsi que Charles De Gaulle devient un personnage réellement appréciable par la mise en avant de son empathie pour un enfant fragile et différent. 
Toutefois, le film a également plusieurs qualités qui tiennent à la vulgarisation de l'Histoire. Il met en avant le De Gaulle peu connu, le De Gaulle illégitime des années 40. Car celui qui deviendra le héros de la Nation et le père de la Vème République n'est qu'un général dégradé et déchu de sa nationalité en 1940. Ainsi, celui qui deviendra un jour le plus grand des Français n'est, à un moment de l'Histoire, même plus français. Avant sa déchéance, le film informe que De Gaulle est un des rares à avoir connu des succès militaires en 1940 et que son personnage est persuadé qu'un changement de tactique militaire finira par avoir raison de l'Allemagne dans une guerre mondiale. La question qui demeure à cette période est de savoir qui incarnera la résistance, chose que De Gaulle n'accepte pas tout de suite. A Londres, ce qui frappe en effet est son incroyable isolement. Le choix de ce pan de l'Histoire est donc tout à fait intéressant à traiter car il est peu connu. Toutefois, l'intérêt historique n'est pas forcément judicieux narrativement (hormis pour les historiens et enseignants). Le film manque en effet d'élan et surtout d'une conclusion. Ici le manque de budget se fait sentir, car hormis par le biais de quelques lignes de texte, le film ne conclut pas par l'image l'aboutissement de l'engagement de De Gaulle. Il est certain qu'un film américain ne se serait pas privé d'une narration complète comportant une conclusion. Néanmoins, le grand intérêt de cette production est qu'elle soit justement française. Elle apporte un son de cloche différent sur la défaite de 40 que la version anglo-saxonne. Car si Dunkerque est présenté comme un succès britannique, c'est avant tout la fuite de l'armée anglaise du continent, permise par l'armée française laissant seule cette dernière face à l'Allemagne. Dernièré qualité du film : la politique en 1940. La tergiversation à la tête de l'Etat français est intéressante à narrer. En effet, le Président Reynaud, soutenu par De Gaulle, peine à imposer ses vues. Ainsi, cette période permet de comprendre la volonté de De Gaulle de mettre en place un exécutif fort, chose qu'il finira par faire bien plus tard en 1958 avec la Vème République. 

En définitive, De Gaulle a un réel intérêt historique en mettant en avant le De Gaulle illégitime de 1940 et en apportant une vision française et non plus anglo-saxonne sur la défaite de 1940. Toutefois, le film, concentré dans le temps et sur son personnage, manque d'ampleur.



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samedi 27 juin 2020

Radioactive


Synopsis :

L'histoire de Maria Sklodowska devenue Marie Curie, qui mis toute son énergie pour mener ses recherches et être reconnue en tant que scientifique dans une société dominée par les hommes.


Commentaire :

Un biopic à la réalisation travaillée, trop travaillée ?

Marjane Satrapi adapte un roman graphique retraçant la vie de Marie Curie. Le support original explique sûrement une image particulièrement travaillée et un montage parfois très dynamique. Le roman graphique autorise en effet le recours à des visuels forts par souci d'efficacité. Dans le même ordre d'idée, le film (de nationalité britannique) a recours à des géosymboles comme la tour Eiffel en arrière-plan, ce qui peut être beau dans la composition du plan tout en ancrant parfaitement le film pour un public international... cela étant cliché pour un Français. C'est à cette occasion que l'on peut noter que le film est doté d'un budget conséquent. Ainsi, aucun film français ne se serait autorisé par exemple à mettre en image les applications futures venant des découvertes de Marie Curie. Or ce film ne s'interdit rien visuellement.
Si le film adopte ainsi une mise en scène singulière, la forme prend parfois le pas sur le fond, comme si le film essayait pour certaines scènes de forcer la tension ou la peur. Or le genre du biopic historique (film biographique) préfère la sobriété pour des raisons de réalisme, de fidélité. Le propos du film reste néanmoins parfaitement audible et l'audace en termes de réalisation, parfois très belle dans la composition des plans, fait du projet une oeuvre originale pour le genre. 


Une myriade de thématiques

La qualité du film tient à ses thématiques. L'objectif premier du film est bien entendu de mettre en avant un personnage historique, et d'explorer des pans de l'Histoire moins connus comme l'engagement de Marie Curie pour la Première guerre mondiale. Toutefois, l'objectif du film va au-delà de l'Histoire, en témoigne le choix de partir du roman graphique et non de sources historiques.
Le choix du personnage indique déjà l'inscription du film dans la lutte féministe. Le traitement du sujet souligne toutefois encore plus la thématique. En effet, Marie Curie n'a de cesse de faire face à de vieux hommes blancs, représentant le conservatisme. Le film arrive particulièrement bien à souligner l'impossibilité pour une femme de s'épanouir dans une société patriarcale. De manière intrigante, seuls les hommes plus jeunes sont présentés sous un jour plus sympathiques quoiqu'ils sont dépeints légèrement lâches dans leur posture face au système. Le fait que Marie Curie réussisse finalement sa carrière témoigne de l'exceptionnalité du personnage tant du point de vue scientifique que de son caractère. Il faut un individu hors du commun pour pouvoir s'imposer en tant que femme à cette époque. Cela souligne encore plus crument l'injustice faite aux femmes, car même Marie Curie peine à être reconnue à sa juste valeur, sa reconnaissance imparfaite à l'époque étant le fruit d'une lutte et d'exploits incommensurables. 
Le féminisme est bien le propos principal mais d'autres thématiques s'ajoutent également à la thématique centrale. Le deuxième sujet est celui du progrès technologique et pose la question de l'utilisation des découvertes scientifiques. Car si Marie Curie est une chercheuse passionnée par la théorie scientifique et n'a d'autre ambition que d'enrichir les connaissances de l'humanité, ses découvertes ont eu des applications concrètes, tant positives (la radiographie, la radiothérapie) que négatives (le nucléaire : les bombes et les accidents des centrales nucléaires). Le film utilise habillement les flashforwards (les flashbacks pour le futur) pour montrer l'ambivalence des découvertes scientifiques. Notons toutefois que pour ce cas précis, Marie Curie ne pouvait pas imaginer la portée de ses découvertes. Il ne s'agissait pas de découvertes ambivalentes à l'origine. Sa responsabilité morale est donc très limitée bien que le film veuille forcer le trait sur ce point.
La troisième thématique est mineure mais ressort à certains moments. Il s'agit de la xénophobie dans un contexte de poussée de nationalisme dans lequel l'origine d'une personne dépend de son apport et de son image dans la société. Ainsi Marie Curie est française lorsqu'elle est une grande scientifique mais ramenée à son identité polonaise lorsqu'un scandale sur ses moeurs fait les gros titres de journaux à commérages. Ce passage montre également la quête de la liberté sexuelle des femmes qui n'en est alors qu'à ses prémices.
Quatrième et dernière thématique, le rationalisme de Marie Curie qui adopte une posture scientifique, athée pour tous les domaines de sa vie, lui permettant de se protéger des pseudo-sciences, contrairement à son mari. En revanche, il est regrettable que la fin du film, qui correspond à la fin du personnage, semble suggérer que Marie Curie est amenée au paradis par Pierre, son mari. Si cela rend la fin évidemment moins triste, presque heureuse, ce choix de conclusion rentre en contradiction avec le trait d'esprit de Marie Curie.


En définitive, Radioactive a pour grande qualité la richesse des thématiques explorées à travers l'exploration du personnage de Marie Curie. La limite du film se trouve certainement dans sa forme avec une réalisation qui manque parfois de simplicité.





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dimanche 23 février 2020

Le cas Richard Jewell


Synopsis : 

Richard Jewell est un agent de sécurité aux Jeux Olympiques d'Atlanta en 1996. Il découvre un colis piégé et sauve ainsi de nombreuses vies. Devenu un héros, les agents du FBI commencent à le suspecter. Les médias leur emboîtent le pas et traînent Richard dans la boue...


Commentaire :

Réalisme de la mise en scène

Clint Eastwood se saisit d'une histoire inspirée de faits réels, exercice dans lequel il excelle. La narration est donc au centre de la mise en scène, cette dernière restant très sobre, utilisant principalement des gros plans ou des plans en taille pour les personnages. La caméra est parfois une caméra à épaule pour rendre l'histoire plus réaliste et plus intimiste, avec l'illusion d'être aux côtés du principal protagoniste Richard Jewell. Certaines scènes sont reprises de scènes réelles comme l'interrogatoire de Richard dont le FBI avait une copie, ou les plans d'époque diffusés à la télévision. L'utilisation des plans télévisuels concourent également à rajouter à l'authenticité du film. La teinte de l'image est moins flamboyante que pour la plupart des long-métrages avec ici en plus, la recherche du contraste pour rappeler le film noir. A la musique, Arturo Sandoval est logiquement à l'accompagnement pour laisser à la narration le premier rôle.
Ici ce n'est pas la mise en scène qui signale véritablement que Clint Eastwood est à la manoeuvre. C'est l'histoire racontée. 

Thématique : le héros détruit par les institutions

Clint Eastwood est toujours à la recherche du héros commun, celui présent dans tout Homme et qui un jour rejaillit lorsque la situation l'exige. Le héros connaît ici l'injustice ; la non-reconnaissance de son acte de bravour. Pire, il est dépeint comme un monstre, l'injustice suprême. En effet, avoir découvert la bombe fait de Richard Jewell le premier suspect. Une chasse aux sorcières est alors lancée par le FBI et les médias pour faire de Richard Jewell le suspect parfait. Le héros devient la cible des institutions que lui même respecte naïvement au plus au haut point. C'est ainsi l'histoire d'un homme broyé par un système qu'il a depuis toujours cherché à servir. Cette critique frontale envers les institutions policières et la voracité des médias pour le scoop est le principal message du film. Au-delà de ce thème, le sujet choisit ici intrigue. La temporalité de la sortie du film est intéressante parce-que Clint Eastwood défend ici un humain, réduit à ses caractéristiques d'homme blanc frustré, l'idéal suspect pour le FBI et encore plus pour les médias, déjà dans les années 90. Si Clint Eastwood montre la naïveté mais aussi parfois l'imbécilité de cet individu, il souligne aussi que ces attributs d'homme blanc ne peuvent lui dénier le droit à la Justice ni à son statut d'héros. Car ce n'est pas en tant qu'homme blanc qu'il mérite sa reconnaissance mais par ses actes, comme n'importe quel humain qui aurait agit de la même manière. Ainsi Eastwood cherche à rendre hommage à un homme ayant accompli des actes héroïques mais n'ayant rien du profil du héros aux yeux de la société. 


En définitive, Clint Eastwood choisit une nouvelle fois de travailler l'image du héros, en rendant brillamment hommage cette fois-ci à un héros déchu.




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dimanche 27 janvier 2019

Green book : sur la route du sud


Synopsis :

Tony, un immigré italien new-yorkais du bas monde, est à la recherche d'un job. Il rencontre le grand musicien noir Don Shirley pour un entretien. D'abord réticent, il décide de travailler pour lui...


Commentaire : 

Un film narratif

Dans ce film récit, c'est avant tout la narration qui prime et la mise en scène est forcément fonctionnelle, en se concentrant sur les personnages. Les gros plans et plans rapprochés en général sont légions. Peter Farrelly réussit sa réalisation du fait que son film soit très fluide narrativement. Son ambition était de raconter une histoire et de rendre la forme discrète. La but est donc atteint. Dans la même idée, la bande musicale de Kristopher Bowers accompagne l'histoire sans jamais prendre le dessus. 

Deux performances d'acteur

Viggo Mortensen est impressionnant. Le premier exploit concerne sa transformation physique, lui qui a toujours été mince. Il est ici à la fois musclé et gras... 20 kilo de pris pour le rôle. En outre, son travail sur les mimiques du vrai Tony et "la gestuelle italienne" sont parfaitement maîtrisés, lui qui n'a rien d'un italien physiquement et aucune origine allant dans ce sens. Nous ne nous prononcerons pas ici sur son phrasé du fait que nous ayons vu le film en VF. L'autre grande performance est bien sûr celle de Mahershala Ali, qui est excellent dans l'interprétation d'un membre de l'élite mondiale d'une distinction et d'une délicatesse à toute épreuve. Il joue un personnage hors du monde, un génie, constamment ramené à sa couleur dans les USA des années 60. 

La thématique : le racisme 

Il n'est pas étonnant que film portant sur la discrimination des Hommes de couleur rencontre un succès critique dans le contexte actuel. Pourtant, le film a la réelle qualité de ne pas tomber dans le pathos ou la violence outre-mesure pour développer son propos. Le film frappe juste, notamment par sa retenue. Il enfonce toutefois une porte ouverte du fait qu'il ne soit plus nécessaire de convaincre sur le fond de l'horreur des lois Jim Crow et du racisme en général. Ce n'est pas tant un film qui retourne les certitudes qu'un film qui confirme brillamment quelque chose de déjà connu. De plus, le personnage de Don Shirley est particulièrement intéressant du fait qu'il appartienne à l'élite, c'est à dire à la classe sociale blanche (à cette époque), tout en étant noir. Il n'est donc reconnu ni par les afro-américains ni par l'élite américaine (pour le moins dans le sud). Il est un individu éminemment seul pour ces raisons, et torturé par la vision qu'il a du monde. Mais sa solitude a d'autres racines. Elle est la caractéristique des génies qui ne comprennent que trop bien le monde pour être intéressé pour s'y plonger, cela parfois à leur dépend. Cette question dépasse la thématique raciale et rajoute du corps à l'intrigue. 


En définitive, Green Book est un biopic prenant, tout en retenue sur la question raciale. C'est avant tout une belle histoire qu'il est plaisant de regarder, menée par deux acteurs complètement investis dans leur rôle.



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samedi 2 janvier 2016

Joy



Synopsis :

Joy est l'espoir de sa famille et particulièrement de sa grand-mère. Cette dernière voit en sa petite fille une future femme forte qui sera la fierté de sa lignée. Malheureusement, les vicissitudes de la vie ne mènent pas toujours là où l'on souhaite et Joy doit se battre sur tous les fronts pour simplement tenter de joindre les deux bouts....


Commentaire :

David O.Russell, une mise en scène réfléchie

Avec David O.Russell, on est toujours loin de la mise en scène purement fonctionnelle. Cette dernière est complexe si bien qu'il est impossible de faire une analyse poussée en sortie de séance. Néanmoins, il est toujours plaisant de regarder un film qui préfère les mouvements de caméra aux cuts. Le film commence presque à la manière d'un Joe Dante avec une mise en abîme par le biais de fictions télévisées. Symbole de la vie parallèle et artificielle dans laquelle vit la mère de Joy, l'écran dans l'écran disparaît lorsque celle-ci arrête de vivre dans une fiction. La mise en scène est toujours au service des personnages, soit pour insister sur leur visage et leur place dans l'environnement avec des travellings avant, soit pour nous mettre au cœur de leurs émotions avec des plans subjectifs, allant jusqu'aux scènes dans l'imaginaire des personnages. Le scénario est l'histoire d'une Cendrillon moderne sans prince et très combative qui lutte pour se faire une place dans une société qui ne croit pas en elle. L'histoire est particulièrement prenante, le combat de Joy étant constant. Après le décevant American Bluff, David O.Russell retrouve un scénario plus simple et épuré dans lequel on peut se projeter, à l'instar de l'excellent Happiness Therapy. A chaque palier passé par l'héroïne, non sans mal, l'univers rock de David O.Russell resurgit comme à son habitude avec une bande-sonore dans laquelle on retrouve notamment les Bee Gees. 

Jennifer Lawrence sous les projecteurs

David O.Russell excelle dans la mise en valeur de ses personnages. Lorsque c'est Jennifer Lawrence qui est au centre de ses préoccupations, le résultat est époustouflant. Elle crevait l'écran dans Happiness Therapy, lui valant très justement l'oscar, mais elle devait partager la vedette avec Bradley Cooper. Dans American Bluff son second rôle était plus que remarqué, mais là plus encore, son temps d'écran était limité. Dans Joy, Jennifer Lawrence est le seul et unique personnage principal et son interprétation est à couper le souffle. Sur 30 ans, son personnage passe par tous les états imaginables. A la juste limite de la théâtralité dans les précédents David O. Russell, elle délivre ici un jeu plus doux et d'une justesse renversante. Jennifer Lawrence est définitivement meilleure dans les films faisant une large place aux personnages plutôt que dans les films à histoire (Hunger Games). Les autres acteurs coutumiers de David O.Russell, Bradley Cooper et Robert De Niro sont évidemment excellents mais quelque peu éclipsés par JenLaw. 

Les thématiques du film, du féminisme à l'illusion du rêve américain

Mis en avant textuellement par le film, le féminisme est présenté comme le thème central. Concrètement, la première partie du film insiste en effet sur le rôle des femmes et notamment sur la lignée matriarcale dans la famille de Joy. Une femme moderne à l'image de Joy, n'aura besoin de personne, pas même du prince charmant. Néanmoins, Joy n'est pas tant arrêtée dans son parcours par son statut de femme que par un ensemble d'institutions : famille et monde formaté du travail, en un mot un système qui brime et brise toutes les tentatives du personnage. Il y a en effet une rupture dans la représentation de la femme forte entre la grand-mère de Joy, qui souhaite que sa petite fille épouse quelqu'un de bien, et Joy qui se dit et se veut autonome. Néanmoins, dans le monde dans lequel se bat Joy, sa qualité de femme ne semble pas être un obstacle. Le personnage se singularise plus par sa classe sociale proche du prolétariat et par son caractère fort que par son sexe. D'ailleurs, à aucun moment sa qualité de femme ne lui sera formellement reprochée ou ne constituera en elle même un obstacle. 
Cela nous amène donc au sujet principal du film : la combativité en société. Ne pas perdre de vue ses rêves d'enfant, progressivement écrasés par la vie, donne à Joy la force de continuer le combat. Le personnage développe une forme de résilience face aux déboires de la vie. Comme dans Happiness Therapy, l'idée de devenir acteur de son destin est central. Cela s'oppose frontalement à l'attitude de la mère de Joy qui vit une vie imaginaire par le biais de la télévision. En revanche, il s'agit ici de trouver sa place dans la société alors que Happiness Therapy était une recherche du bonheur personnel. En ce sens, le message de Joy est moins universel et romantique mais plus pragmatique et matérialiste. Le combat de Joy est un combat contre la réalité, un combat contre le déterminisme social. Chose intéressante à noter, alors que le monde des affaires est décrit comme un milieu hostile, la famille est tout autant un obstacle qu'un marche-pied pour réussir. 
Enfin, nous dirons quelques mots du concept du rêve américain qui paraît traverser les deux derniers sujets. Il pourrait être facile de penser que David O.Russell mette en avant cette qualité du monde sociétale étasunien, qui factuellement est d'ailleurs toute relative. En vérité, jamais nous ne savons comment le combat de Joy va se terminer. Les obstacles sont tels que le personnage dira lui même que ce système n'offre pas d'opportunité ou d'occasion d'exprimer son être et sa créativité, bien au contraire. En définitive, le parcours de Joy tient plus à sa combativité qu'aux soit-disant qualités intrinsèques du système américain. Son parcours étant un exploit contre-nature (contre système), il est donc impossible de dire que David O.Russell fasse l'apologie du rêve américain. Il s'agit presque autant d'une illusion que les fictions de la mère de Joy. En cela, le message est presque subversif. 

En définitive, David O.Russell relève la tête après American Bluff. Il offre à Jennifer Lawrence un rôle de premier rang pour déployer toute sa justesse interprétative. Le film est prenant, le message est fort.  



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mardi 22 septembre 2015

NWA - Straight outta Compton


Synopsis :

Biopic du plus connu des groupes de rap NWA. Fin des années 80, E-Eazy, Ice Cube et Dr Dre décident de se lancer dans un hip-hop cru, décrivant la réalité de leur vie. Juger trop violent dans ses propos, le groupe NWA va tout de même exploser et conquérir l'Amérique...


Commentaire :

Biopic rythmé 

Ce biopic de plus de 2h30 présente un rythme soutenu, abordant la période d'E-Eazy petit dealer au début, à sa dernière bataille contre le sida. Le contexte américain autour des gangs fait que la tension reste constante au cours du film, d'autant plus si on ne connait pas l'histoire des membres de NWA. Ainsi, la soundtrack tout comme le récit font que le spectateur est complètement pris dans l'histoire, peu importe son intérêt pour le rap. Concernant la mise en scène, elle est tout à fait classique et fait parfaitement son travail de narration. 

Acteurs au top

Pour ceux connaissant un peu les membres de NWA, la ressemblance avec les acteurs au casting est flagrante. Ce soin esthétique est particulièrement poussé. Notons que l'interprète d'Ice Cube, n'est autre que le fils d'Ice Cube, cela aidant beaucoup à faire correspondre les physiques. Néanmoins, au delà des acteurs au demeurant très bons, la géographie et les lieux sont parfaitement fidèles, la partie se déroulant à Compton par exemple ayant été tournée à Compton même. 

Peindre un homme dans toute la vérité de sa nature

Le film a le grand avantage d'intégrer l'apparition du gangsta rap aux crises de la société américaine. Le côté militant des membres de NWA est parfaitement appuyé et peut même raisonner avec l'actualité des bavures policières aux Etats-Unis. Au-delà de retranscrire la réalité d'une époque (non-achevée), sachons quand même garder une certaine distance avec le film puisque celui-ci est produit par Dr Dre et Ice Cube. Sans remettre en cause la véracité de leurs personnages dans le film, il est nécessaire de prendre en compte cette information car l'objectivité sur soi-même est une tache compliquée, qui même lorsqu'elle est recherchée peut être discutable y compris lorsqu'on s'appelle Rousseau...Nul doute que ça l'est aussi pour nos rappeurs.

En définitive, ce film plaira aussi bien aux fans de rap qu'aux autres. Néanmoins, bien garder en tête qu'il ne peut être totalement impartial au vu des producteurs.


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lundi 23 mars 2015

Big Eyes


Synopsis :

Margaret est une mère divorcée élevant seule sa fille. Elle est peintre ayant pour particularité de représenter des enfants, souvent sa fille, avec des yeux immenses. Toutefois, son art ne rencontre pas le succès avant qu'elle ne rencontre Walter. Peintre également, il essaye à tout prix de faire connaître les tableaux de celle qui deviendra sa femme. Pour mieux vendre les peintures de Margaret, il s'en attribue la création...


Commentaire :

Un surprenant Tim Burton

La pâte de Tim Burton n'est pas aussi manifeste que d'habitude dans ce biopic artistique. Le simple fait que le film soit un biopic réduit grandement la possibilité du développement de cette atmosphère gothique si singulière à Burton. Toutefois, les yeux disproportionnés des tableaux rappellent très vite les films d'animation de Burton. Ce dernier concède d'ailleurs adorer les tableaux de l'artiste peintre. La caméra subjective de Margaret permet également à Burton de faire surgir l'imaginaire dans la réalité. Néanmoins, de manière générale, la mise en scène est plutôt sage et fonctionnelle tout en restant élaborée. Le film ne tente pas de dénaturer ce qu'a pu être la vie de Margaret Keane, il paraît plutôt être réalisé de manière consciencieuse afin de restituer au plus près l'histoire de cette femme. Amy Adams est excellente dans le rôle de Margareth Keane, et Christopher Waltz est comme à son habitude admirable. Le film arrive donc bien à retracer la vie de cette artiste et à expliquer les enjeux autour de l'art.

La société patriarcale

Les messages présentés dans ce biopic sont clairs. Il y a d'abord la thématique centrale concernant la place de la femme dans la société américaine - périodes 50 - 60 - 70 et de la difficulté d'être une femme artiste. Le film présente une société où le patriarcat est encore central, la femme pouvant tout au plus être l'assistante du maître peintre, avec la scène édifiante où Margaret est réduite à faire le service lors de l'exposition de ses tableaux. Il est donc refusé à la femme tout rôle moteur dans la famille et dans la société. Cette donnée sociale est renforcée par les enseignements de l'Eglise qui pousse Margaret à se laisser dominer par Walter, elle qui a déjà peu de caractère. La critique envers la religion n'est toutefois pas si poussée car, c'est un fait l'histoire de Margaret, ce sont les Témoins de Jéhovah qui finissent par donner à celle-ci la force de s'opposer à son mari. On note toutefois de manière générale que la société civile et religieuse sont encore réticentes à accorder à la femme toute sa place.  

Art ou Marchandise

Il y a également toute une série de réflexions sur l'art: notamment la question de l'art et de la reproductibilité, de l'art et du phénomène de mode, de l'art et de la société de consommation. En définitive, il y a un questionnement sur l'art de notre temps et sur la forme de l'art contemporain. On constate que la notion d'art est facilement manipulée dans cette société mais le film, qui a avant tout pour but de raconter la vie de Margaret Keane, ne donne pas son avis sur ces questions. D'ailleurs dans le domaine de l'art, y a t-il une vérité universelle ? Il semble que non puisque l'art est avant tout personnel, d'où la souffrance de Margaret dans le film. 

Bonus : Un message caché de Tim Burton ?

Cela serait sûrement de la sur-interprétation de faire un rapprochement entre la vie privée de Tim Burton et l'enjeu du film mais risquons nous à émettre une idée en ce sens. Tim Burton s'étant séparé d'Héléna Bonham Carter récemment, cette dernière n'étant pas pour une fois dans le film de son compagnon, y'aurait-il un écho du film au-delà de son histoire en présentant un homme qui est moindre sans sa femme ?  Il s'agit après tout du plus faible démarrage d'un film de Tim Burton sur le territoire américain...  

En définitive, ce dernier Burton, plutôt sage, arrive parfaitement à retracer la vie de Margaret Keane.



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mercredi 11 février 2015

Imitation Game



Synopsis :

Alan Turing est un mathématicien hors pair, approché par les services secrets britanniques pour lutter contre l'Allemagne nazi. Avec ses collègues, sa mission est de déchiffrer les messages allemands codés par la redoutable machine Enigma. Tâche impossible pour l'homme, Alan Turing pense que seule la machine peut battre la machine...


Commentaire :

Un biopic passionnant

L'histoire de ce personnage longtemps cachée de la grande Histoire est passionnante. La personne d'Alan Turing est intéressante et intrigante et correspond parfaitement au génie incompris, ce génie dont l'esprit est au-dessus de toutes les futilités du quotidien mais aussi des codes sociaux. Toutefois, son inscription dans l'Histoire est encore plus passionnante car c'est l'originalité de sa personne qui va permettre la résolution d'un problème que n'importe quelle personne normale aurait jugée d'insolvable. Ce film permet de redonner à ce mathématicien oublié toute sa place l'Histoire. Bien que le commun des spectateurs ne puisse comprendre concrètement les recherches de Turing, le film arrive à montrer leurs importances fondamentales dans la guerre et plus globalement dans l'ère informatique.

Le biopic est somme  toute classique, au sens premier du terme, c'est à dire excellent. Aucune fulgurance ou originalité dans la forme, mais la mise en scène purement fonctionnelle est d'une efficacité redoutable. Le montage parallèle qui fait le lien entre trois périodes de la vie de Turing permet parfaitement de comprendre le personnage dans son époque. La musique d'Alexandre Desplat fait son oeuvre en mettant pleinement en relief les moments d'émotion. 

L'importance des acteurs

Les films américains comptent beaucoup sur les acteurs, les studios osant peu innover sur la forme. Ce biopic, comme beaucoup d'autres, est donc un film d'acteur. Toutefois ici, ils sont particulièrement bons, c'est à dire justes et efficaces. Leur interprétation est remarquable, Benedict Cumberbatch en tête. Il est à juste titre nominé pour l'oscar du meilleur acteur, confirmant tous les espoirs qui étaient placés en lui. Keira Knightley délivre également un jeu d'une grande force et mérite sa nomination dans la catégorie meilleure actrice dans un second rôle. Tous les acteurs sont généralement excellents mais le duo de tête est particulièrement impressionnant. Ils rendent leurs personnages intéressants et touchants et font donc du film une réussite.

Des messages bien soulignés

Ce biopic va au-delà de son rôle informatif et délivre de véritables messages. Ces idées étaient plutôt compréhensibles dans l'histoire, mais le film choisit de mettre les points sur les i à la fin, à l'aide de voix-off et de textes avant les crédits. C'est peut-être un peu trop poussé car l'histoire se suffisait à elle-même mais le film remplira ainsi clairement son ambition pédagogique. Les messages sont les suivants : Dieu ne peut sauver l'homme, dans le sens où l'homme est maître de son destin et c'est ainsi qu'il a pu surmonter l'épreuve de son époque. Deuxièmement, ce film souligne le droit à la différence, d'autant plus si la norme n'a pas de réel fondement logique et raisonnable. L'homme, pur esprit de raison, est définitivement libre, brisant l'idée du déterminisme divin (Dieu guide notre chemin) et naturel (la nature nous impose une conduite). 

En définitive, il s'agit d'un biopic très efficace qui rend hommage à des personnages longtemps marginalisés au regard de leur rôle dans l'Histoire. 



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mardi 4 février 2014

Dallas Buyer Club


Synopsis :

Ron est un cowboy texan homophobe, dont la vie tourne autour du rodéo, des filles et de la drogue. Après un accident, Ron est emmené à l'hôpital où ses analyses de sang révèlent qu'il est atteint du sida. Après s'être renseigné sur les médicaments possibles, ils décident de partir au Mexique où une médecine moins agressive et plus efficace est prodiguée...


Commentaire :

Dallas Buyers Club est avant tout un film porté par deux acteurs extraordinaires : Matthew McConaughey et Jared Leto. Ces derniers sont transcendés par leur rôle, à tel point qu'ils ne sont presque pas reconnaissables. Ce biopic trouve son intérêt dans le combat plutôt méconnu de Ron Woodroof, contre le gouvernement américain et les lobbys pharmaceutiques afin d'autoriser une nouvelle approche dans le traitement du sida. A ce titre, nous pouvons parler d'un film utilitaire, voire dénonciateur. Au delà du message, le film est intéressant car intense et rythmé, rythme qui baisse néanmoins d'intensité dans la seconde partie du film. La mise en scène est fonctionnelle, peu formelle mais remplie très bien son rôle. Elle arrive particulièrement bien à traduire la nausée et les malaises du personnage de Ron en jouant sur les effets sonores.

En définitive, Dallas Buyers Club est un film à voir pour sa description d'une époque et de ses absurdités, un film à voir pour le fond plutôt que pour la forme.

15/20



dimanche 26 janvier 2014

Le vent se lève


Synopsis 

Jirô est un jeune garçon passionné par l'aviation et rêvant de voler. Doté d'une mauvaise vue, il choisit la voie de l'ingénierie afin de créer l'avion parfait. Jamais, il ne renoncera à la réalisation de son rêve, quitte à se refermer sur lui même et à oublier un monde courant à sa perte. L'important est de "tenter de vivre"...


Le commentaire

Du merveilleux au réalisme 

Après avoir réalisé dix films emprunts de magie, le faiseur de mondes oniriques, Hayao Miyazaki délaisse les rêves pour se consacrer au monde réel. Ce biopic et drame de l'ingénieur japonais Jirô Horikoshi permet à Miyazaki d'aborder un thème qui le passionne et qui transparaît dans un grand nombre de ses long-métrages : le vol et les avions. Pourtant, si Miyazaki inscrit son histoire dans un cadre réaliste, c'est avec sa vision qu'il choisit de traiter le sujet.  Ainsi, si les actions et réactions des personnages sont réalistes et les faits avérés (historiques), visuellement, il s'agit d'une interprétation du monde autour du vent, à l'image de la représentation du tremblement de terre de Kobe. Pour ce dernier, Miyazaki en grand amateur du mouvement, nous représente graphiquement un tremblement de terre par son essence même : une onde de choc, avec pour seul bruit le vent. Le vent est souvent invisible, représenté comme faisant bouger des objets, des vêtements, des cheveux... Néanmoins, de temps en temps, grâce aux nuages et aux fumés, le vent est représenté comme une masse en mouvement. Nous comprenons que le vent est alors une masse en mouvement mais qui ne se voit pas. En jouant sur les différents plans du dessins, le maître organise et explique le déroulement des choses. En fait, Miyazaki redessine le réel pour qu'il n'en soit que plus clair.
Epuré de toute magie foisonnante, Le Vent se lève est sans doute l'oeuvre la plus poétique, lyrique et émouvante du vieux maître japonais. Par la même, il s'agit de la quintessence de son art. Le titre du film provient du poème de Paul Valéry Le Cimetière Marin. Plusieurs fois, le vers "Le vent se lève, il faut tenter de vivre" est prononcé dans le film et cela en français même dans la version originale. Tout était déjà présent dans le titre : le sujet (l'aviation ou plus largement le domaine aérien) et la manière de le traiter (la poésie). Un autre poème est complètement inclus dans le film, il s'agit de Qui a vu de le vent de l'anglo-italienne Christina Rossetti. Pour cause, le vent est éminemment un sujet poétique, doux, fort, violent, tranchant et imperceptible, cela sublimé par la musique de Joe Hisaishi. Le vent est finalement un des personnages principaux du film, il est tout autant l'élément qui nourrit le grand incendie de Kobe que l'élément qui provoque la rencontre (par deux fois) entre Jirô et sa bien-aimée Naoko. Le vent est également l'élément qui fera définitivement s'envoler l'image de Naoko dans le rêve de Jirô, métaphore de la tragédie vécue dans le monde réel. Néanmoins, le vent est avant tout le support du film de Miyazaki à l'image du support qu'il est pour les avions de Jirô. Qui n'a pas les grilles de lecture pour aborder ce film, trouvera surement ces métaphores lourdes. D'autant plus, qu'en tant qu'occidentaux, nous sommes habitués au schéma narratif hollywoodien, schéma très dense en action où les temps morts et les temps poétiques ont presque disparu. Heureusement, pour ceux désarçonnés par l'absence d'épopée magique, Miyazaki met en scène également les rêves du héros, ce qui palliera quelque peu à l'âpreté du monde réel.
Il faut également voir dans ce film, le point final d'une filmographie incroyable. C'est souvent la ponctuation d'une phrase qui en donne tout son sens, et c'est ce que produit Le vent se lève avec la filmographie de Miyazaki. Le manga Nausicaä de la vallée du vent qui fut par la suite adapté pour être l'un des premiers long-métrages de Miyazaki se terminait par "il faut tenter de vivre". Ainsi, c'est par son oeuvre ultime que Miyazaki explicite cette phrase et sa passion pour le vent (auparavant, il l'avait simplement montrée). Le vent est poésique et Miyazaki est un poète visuel. La création n'a que plus de sens lorsque le créateur se dévoile. Miyazaki ne dépeint plus les rêves mais le rêveur. 


Un film de Miyazaki sur Miyazaki

"Ce qui compte pour un ingénieur, c'est l'inspiration" nous dit Giovanni Caproni (ingénieur d'avion italien) dans le film. Après avoir présenté le jeune Jirô comme un rêveur, Miyazaki nous donne donc un indice phare pour comprendre qui est ce jeune homme. Il s'agit d'un ingénieur mais pour Miyazaki, il sera un artiste, rêveur et passionné. A vrai dire, ce jeune homme binoclard et fumant devant sa planche de dessins, n'est pas n'importe quel artiste : après deux minutes de réflexion on reconnait rapidement Miyazaki lui-même, le créateur de rêves, celui toujours à la recherche de l'inspiration. Toutefois, l'intimité de l'oeuvre ne s'arrête pas là : Jirô est un ingénieur japonais travaillant sur l'avion "Zéro", marié à Naoko, une jeune femme atteinte de la tuberculose. Le père de Miyazaki était directeur de Miyazaki Airplane chargé de construire les avions "Zéro" et sa mère a été atteinte par la tuberculose. Ainsi, Miyazaki ne se met pas seulement en scène, il met également en scène ses parents. En se mettant à place de ses parents, cherche t-il à les comprendre ? Cherche t-il a comprendre leur vie et leurs décisions ? Difficile de l'affirmer, nous en faisons ici l'hypothèse. Dans tous les cas, il s'agit du film le plus intimiste de sa filmographie. Le vent se lève révélera ceux passionnés par Miyazaki au sens premier du terme, non pas par son travail mais par sa personne même. Avec toute la grâce et la maestria qu'on lui connait, Miyazaki a décidé de quitter la scène mondiale par un film personnel.


Au-delà de toute polémique

Il est nécessaire de traiter le sujet de la polémique, de nombreux journalistes et journaux bien-pensants ayant critiqué le pauvre Miyazaki. Miyazaki, en représentant un ingénieur poursuivant coûte que coûte son rêve de créer des avions, qui plus tard sèmeront la terreur en Asie, est -il militariste ? Au vu de la filmographie du vieux maître répondre par l'affirmatif relève de l'ineptie. Néanmoins, en se limitant à ce film, qu'en est-il ?
Pour ceux reprochant à Jirô d'être un personnage pour lequel on n'a que peu d'empathie (et c'est subjectif), la raison est là. Miyazaki prend une certaine distance avec son personnage. Le personnage lui même ne fera pas de réel commentaire sur les conséquences de son action. Il remettra en question le fait que les militaires veuillent armer son avion mais n'ira pas plus loin. En fait, Miyazaki fait lui-même le commentaire de l'époque par le biais de l'histoire du héros et de la représentation des personnages environnants : le résistant allemand dit que l'Allemagne et le Japon vont "éclater", les allemands sont représentés comme peu sympathiques et méprisants, la police secrète japonais recherche Jirô, les militaires japonais sont représentés comme de petits caporaux aigris et surexcités.
Par ailleurs, dans une interview le vieux maître dit "il est facile d'accuser quelqu'un plusieurs années après les faits". Si Miyazaki cherche dans ce film à représenter ses parents (hypothèse de la partie précédente), c'est pour essayer de les comprendre. Il y a néanmoins une différence entre comprendre et accuser. Son combat pour la paix, Miyazaki l'a mené tout au long de sa filmographie, mais peut-être ici voulait t-il d'abord comprendre avant d'accuser.
Enfin, si Miyazaki est résolument un pacifique, il ne peut pas dire à son personnage de ne pas rêver. Le rêve et la capacité de créer des oeuvres complexes sont des caractéristiques qui distinguent l'homme du règne animal et qui distingue et distinguera l'homme des machines intelligentes. Le propos de Miyazaki est que si l'on interdit à l'homme de rêver, il ne lui reste plus rien. D'ailleurs, ce n'est pas l'ingénieur qui fait la guerre, il n'a pas créer une arme de mort mais réalisé une machine pour voler. La folie des hommes ne les auraient-ils menés dans tous les cas à la guerre ? "C'est ce monde qui est maudit" nous dit Jikô dans Princesse Mononoké. Le propos reste le même ici. Jirô continuera égoïstement son rêve, tout en avouant cet égoïsme. Les génies / rêveurs sont dévorés par la malveillance du système alors qu'ils sont des êtres pures et naïfs. 
Si nous faisons le parallèle entre Jirô et Miyazaki, une autre idée surgie également. Le vieux japonais ayant dit dans une interview que son film était d'actualité, nous pouvons aussi penser qu'il critique par là même, la politique militariste (avis de Miyazaki) de Shinzo Abe (Premier Ministre japonais). Ainsi, Miyazaki contribue lui même contre son grès à la politique du softpower japonais, c'est à dire, à la bonne image du Japon pour le compte d'Abe. Miyazaki affirme que l'époque actuelle lui rappelle les années 30 dans certains aspects. Pour autant, cela doit-il l'arrêter de rêver ? Il répond égoïstement que non. Et puis s'il critique la politique militariste de Shinzo Abe, Miyazaki est-il militariste ? Alors que certains voudrait qu'il évoque les erreurs du passé, Miyazaki nous dit de ne pas en commettre pour l'avenir.

Un maître est reconnaissable lorsqu'il n'est pas dans son élément : ici pas d'héroïne, un monde réel (sans magie et par voie de conséquence triste) et une oeuvre destinée aux adultes. Il ne lui reste que du vent, sa passion certes, mais sorti de tout repère. Il en fait son oeuvre ultime.

19/20



dimanche 29 décembre 2013

Le Loup de Wall Street



Synopsis :

Jordan Belfort, ancien courtier de Wall Street, raconte son ascension dans le monde de la finance pendant les années 90, puis son inexorable chute, aussi bien professionnellement que dans sa vie privée...


Commentaire :

Martin Scorsese revient sur grand écran avec son acteur fétiche, Leornardo DiCaprio. A noter que ce dernier est également producteur exécutif du film. La mise en scène et tout particulièrement le montage de Martin Scorsese sont très travaillés et donnent du rythme à ce long-métrage d'une durée "jacksonienne".  Il s'agit peut-être d'une limite du film car le scénario est bien vite compris: il est question de l'ascension et de la chute d'un homme. Bien que les 3h défilent plutôt rapidement, le film tire un peu sur la fin. En effet, si l'ascension du courtier est très rythmée et passionnante (découverte du monde de la finance malhonnête), la chute est moins intéressante car prévisible mais longue à venir et à se dérouler. Le film est de qualité par le jeu d'acteur qui retranscrit à l'écran la folie et l'inconscience des courtiers présentés. Si le film possède énormément d'effets comiques, on ne peut toutefois être pleinement touché au vu des gags utilisés. En effet, le film est comique dans l'excès de ses protagonistes. Néanmoins, Martin Scorsese arrive à la suite de films comme Very Bad Trip, voire Projet X, qui montraient des personnages déjà dans un excès absolu dans leur monde respectif. Ainsi, bien que l'histoire du Loup de Wall Street soit basée sur une histoire vraie, le comique du film, se voulant excessif, n'a pas toute sa puissance au cinéma. Pour le moins, le ridicule des personnages de ce film montre la folie d'individus tombés dans la drogue et rongés par l'argent. Leonardo DiCaprio joue parfaitement son rôle, ce qui lui permet de dévoiler un jeu dans l'outrance et la démesure en phase avec un personnage ayant perdu pied dans la réalité. La limite, néanmoins, est que ce personnage étant présent dans pratiquement toutes les scènes, et cela pendant 3h, le jeu poussé de L. DiCaprio peut entrainer un sentiment saturation. Son compère, Jonah Hill, est excellent dans un rôle plus ou moins similaire mais moins important. Pour terminer sur le jeu d'acteur, nous pouvons citer la prestation de Jean Dujardin dans un petit rôle, très amusant pour un public francophone (à voir en version originale). 

Les thématiques présentées par Martin Scorsese sont très clairement exprimées. Il s'agit en effet d'un film qui marque par ses thèmes et moins par son histoire. Il existe à Wall Street des malfaiteurs sans scrupule et n'ayant aucune conscience de la réalité. Ce film nous dit qu'il en existait avant les scandales des années 2000. Néanmoins, le film se garde d'être véritablement moralisateur en ne montrant pas les conséquences des actions de ces hommes. Un parti pris intéressant qui permet de provoquer le dégoût en exposant simplement le mode de vie de ces hommes.

Conclusion :  le film est intéressant mais assez long pour faire passer son message, Leonardo DiCaprio, bien qu'excellent, nous laissant peu respirer.


14/20




samedi 31 décembre 2011

The Lady


Aung San Suu Kyi est jeune lorsque son père, le Général Aung San, héros national de l'indépendance birmane, est assassiné lors d'un punch. Des années plus tard, la Birmanie est toujours oppressée par la "Junte" militaire mais des mouvements de protestations se forment. Aung San Suu Kyi qui est alors mariée au professeur Arris, vit avec ses fils en Angleterre, sans nulle prétention. Mais, la santé de sa mère et les horreurs en Birmanie vont finir par la ramener sur ses terres...


L'histoire vraie du femme courageuse. Le film a pour vocation de faire prendre connaissance du sujet birman plus largement que par les simples médias. En effet, si ces derniers relaient partiellement la situation de ce pays plutôt méconnu, ce film nous livre aussi l'histoire personnelle de cette femme, ses choix, ses sacrifices dans la lutte pour la démocratie. Si le message passe bien, c'est peut-être la longueur qui est critiquable pour une durée de plus de deux heures. Pour ce type de film, on en attend un peu moins, surtout que le film nous tient en haleine pendant un bon bout temps. Ce rallongement est peut-être explicable par le fait que la situation de Aung San Suu Kyi ait évolué pendant le tournage même et que cela ait été inclu. La travail de Luc Besson est a salué. Film à voir, ne serait-ce que pour le sujet.


15/20