Les sorties de la semaine

lundi 6 décembre 2021

Animal

 


Synopsis :

Le rapport des Hommes aux animaux n'a jamais été aussi violent de part l'ampleur de la domination de l'Homme sur son écosystème. Deux jeunes occidentaux engagés contre le changement global cherchent alors à comprendre comment l'Homme a pu en arriver là...


Commentaire : 

Cyril Dion à la recherche du point de vue de la nouvelle génération

Cyril Dion cherche à comprendre le point de vue d'une génération de jeunes militants, ainsi c'est les réactions de ses deux jeunes protagonistes Bella et Vipulan que Cyril Dion met au cœur de la mise en scène. Ils bénéficient régulièrement de gros plans pour que le spectateurs puissent comprendre leur état d'esprit lorsqu'un intervenant qui agit contre la cause la animal leur explique son parcours et son mode de fonctionnement. Leur jeune âge fait qu'il est assez facile de lire sur leur visage la peine (plutôt que la haine) et l'incompréhension face au monde. Toutefois, la mise en scène finit également par s'intéresser aux "participants" du système (éleveurs notamment) pour que le spectateur remarque également la peine sur leur visage, ces derniers étant pris au piège par les dettes et les contrats. Certains souffrent également de la mort de leurs animaux, notamment quand ils ont des pratiques d'élevage extensif. Les plans se focalisent judicieusement sur leurs réactions poignantes. La réalisation cherche à montrer ainsi l'absurdité du système dont même les participants sont perdants. La mise en scène de Cyril Dion ne cherche pas nécessairement à mettre le spectateur dans des conditions agréables et les réunions de ces jeunes militants avec des acteurs du système peut parfois créer un sentiment de malaise. Par ailleurs, les premiers plans du film visuellement très choquants, viennent directement déranger le spectateur. Heureusement, le film n'a que peu recours à cet artifice. Il est nécessaire de montrer des plans durs mais pas de les généraliser pour que l'émotion puisse laisser place à la réflexion. Cyril Dion arrive parfaitement à tenir cet équilibre. La dernière partie du film, pendant laquelle Bella et Vipulan rencontrent des acteurs engagés, est plus consensuelle et cherche à laisser le spectateur avec une lueur d'espoir. 

La 6ème extinction de masse

Un documentaire est nécessairement thématique et ici c'est la 6ème extinction de masse qui est le cœur du sujet, un des aspects et une des conséquences du changement global. Le film aborde le sujet sous différents angles. Les jeunes militants abordent la question sous l'angle éthique en démontrant que l'humain n'a pas plus le droit à la vie que n'importe quel animal. Il est agréablement surprenant que ça soit les représentants de la jeune génération qui abordent la question sous l'angle philosophique. Le reste des intervenants adultes cherchent à montrer que la 6ème extinction est une question scientifique et ainsi que les humains ne peuvent vivre sans biodiversité. C'est évidemment vrai mais les raisons de l'action et de la lutte seraient ici égoïstes, pour notre propre intérêt, et non pour l'éthique et les idéaux comme le prône les jeunes militants. C'est ainsi la jeune génération qui a les raisons les plus nobles de lutter. Toutefois le film a la qualité de montrer que la 6ème extinction de masse est une catastrophe, peu importe la manière dont on aborde la question.


En définitive, Animal est un film documentaire prenant et d'utilité publique. Il pourra offrir aux militants un nouvel angle de réflexion tout comme informer les novices sur la question de la 6ème extinction de masse.  



 

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vendredi 3 décembre 2021

Ghostbuster : l'héritage

 


Synopsis :

Presque 40 ans après les évènements "fantomatiques" de New York des années 80, les fantômes refont leur apparition dans une petite ville du Midwest. C'est dans cette ville que Callie emménage, dans la maison de son défunt père, accompagnée de ses deux enfants... 

Commentaire : 

Une mise en scène des années 80

Jason Reitman s'attache à respecter et à retranscrire l'esprit du premier film des années 80. Le rythme général du film assez lent en est le premier avatar. La place des enfants avec des rôles bien définis (dont celui du petit génie brillamment interprété par Mckenna Grace) rappelle aussi les années Spielberg. Toutefois, c'est avant tout par l'environnement que l'ambiance nostalgique se confirme. L'histoire se déroule certes en 2021 mais l'action a lieu dans une petite ville du Midwest dans laquelle le temps semble s'être arrêté. Le scénario en est conscient et le justifie ou fait réagir les personnages qui s'étonnent en même temps que le spectateur. Cela permet de remettre le spectateur dans l'ambiance des deux premiers films de manière cohérente pour une histoire de 2021. La mise en scène à proprement parlé épouse aussi cet objectif puisque les plans (gros plans qui insistent sur certains éléments) et le montage rappellent les scènes des années 90. Seules les scènes d'action restent modernes pour gagner en dynamisme. Le décor en dur faisant ressentir la pesanteur et les animatroniques pour certains monstres tranchent avec le tout numérique et apportent de la texture, signe des effets spéciaux des années 80-90. Par ailleurs, les effets numériques présents ne sont là que pour perfectionner et non remplacer les design des années 80. Pour parachever l'hommage à une époque révolue, Rob Simonsen compose une musique conforme aux années 90, plus travaillée et plus marquante que les musiques de la mode zimmerienne. Plus qu'un rôle d'accompagnement, la musique s'impose à l'image. Toutefois, il n'y a pas véritablement de thème qui se détache. Dans l'ambition première de reproduire un film des années 80-90 avec une touche de modernité, l'objectif est pleinement atteint. Jason Reitman a fourni un travail sérieux. Peu étonnant lorsqu'on sait qu'il est le fils d'Ivan Reitman, réalisateur des premiers films.

La nostalgie, force et faiblesse 

Le thème de la nostalgie semble s'imposer pour le film et pourtant il n'est pas si évident. Le film est nostalgique par la réalisation et des objets emblématiques de la saga montrés mais le film ne traite pas de la nostalgie en tant que telle. Il est nostalgique sans en parler. Un spectateur ne connaissant pas la saga remarquera la mise en scène sans comprendre forcément cet angle du film. En effet, le thème de la nostalgie n'est pas questionné ; il n'y a pas de réflexion ou de questionnement sur le rapport au monde qu'implique la nostalgie. C'est donc un film pour les amateurs de la saga, qui a recours dans une certaine mesure au fan service. Le film tire ainsi une partie de sa force des autres films. Cet aspect constitue une faiblesse de ce long-métrage qui se trouve être plus anecdotique pour ses qualités intrinsèques.  Au-delà du scénario, il n'y a donc pas réellement de thématique au film. 

S.O.S Fantômes l'Héritage est plutôt drôle et divertissant, c'était le but recherché. C'est donc un bon film de divertissement. Il est également touchant voire poignant (à la fin) pour les fans, en tant qu'hommage à une époque, à la saga et au regretté Harold Harris, acteur et scénariste des premiers films. Le film a une dimension méta dans le traitement de son personnage, Spengler ; c'est peut être le tour de force de ce dernier épisode de la saga. 


En définitive, S.O.S Fantômes l'Héritage est un très bel hommage aux deux premiers films autant dans la mise en scène que par le scénario. Il joue de manière assez facile mais en même temps réjouissante sur la nostalgie. 




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samedi 27 novembre 2021

Amants

 

Synopsis :

Simon et Lisa sont deux jeunes amants vivant à Paris. Alors que Lisa poursuit ses études, Simon a investi le monde obscure de la nuit parisienne. Lisa sent que ce mode de vie finira par mettre leur relation en danger...

Commentaire :

Une mise en scène du film noir

La qualité du film de Nicole Garcia est avant tout formelle. En effet, le film est soigné du premier au dernier plan, dans son cadre mais également dans son étalonnage. Le genre du film noir, par l'image terne au niveau des couleurs mais contrastée dans l'opposition noir/blanc, s'impose très vite. Le ton du film est directement décelable par teinte de l'image, nous faisant comprendre que la romance montrée et narrée sera un drame voire une tragédie. Les mouvements de caméra sont également extrêmement travaillés comme le signal plusieurs petits plans séquences au cours du film. La photographie est pensée avec soin et le principal point fort du film, celle-ci étant aidée par des environnements visuellement marquant (l'environnement de la haute bourgeoisie). La musique est distinguée mais n'exploite pas toute la puissance orchestrale, cela correspond toutefois plutôt bien au genre. Grégoire Hetzel choisit ainsi habilement une certaine retenue. C'est donc un film techniquement irréprochable. Les acteurs, et Benoît Magimel en premier lieu, délivrent tous également une grande performance.

Les thématiques, d'un classicisme ennuyant [spoilers]

Le schéma du trio amoureux tragique ne permet pas de rendre le fond véritablement intéressant. Le film est avant tout un exercice de style mais n'a pas grand chose à raconter ou de sujet sur lequel faire réfléchir. La description tout au plus de la très haute bourgeoisie naviguant à travers l'archipel métropolitain mondial est à saluer. Toutefois, la thématique de l'argent et notamment la question de savoir si l'argent peut véritablement tout à acheter est très banale. Le film répond naïvement ou peut-être angéliquement par la négative ; l'amour et ses corolaires (passion et haine) n'étant pas perméables à la Raison. Une réponse inverse, plus cynique, aurait pu faire gagner en âpreté (réalisme du pouvoir de l'argent) plutôt qu'à travailler le tragique (romanesque mais peu intéressant dans la description du pouvoir). Le film parait finalement assez artificiel au-delà de son scénario fonctionnel, celui-ci ne nous disant fondamentalement rien. Le film manque d'un point de vue novateur sur l'argent et l'amour. 

En définitive, Amants est un film noir réussi dans l'exercice formel mais sans réel propos de fond ou point de vue original sur la question de l'argent et de l'amour. Loin d'être transcendant. 



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vendredi 5 novembre 2021

Les Eternels

 


Synopsis :

Les Eternels sont des êtres immortels envoyés sur Terre par les Célestes afin de défendre les humains de créatures particulièrement dangereuses appelées les Déviants... Eliminées il y a plus de 500 ans, ces créatures refont leur apparition de nos jours...


Commentaire :

Une mise en scène neuve dans le MCU

La réalisatrice oscarisée Chloé Zhao renouvelle l'image et le rythme chez Marvel, pour le plus grand bien de la série cinématographique. La réalisatrice de cinéma indépendant apporte son sens du rythme ainsi qu'une ambition visuelle plus naturaliste. En effet, ce blockbuster a la qualité de travailler des temps faibles, importants ici pour introduire de nombreux personnages. Si certains sont plus mis en avant que d'autres, tous ont une personnalité bien définie et des pouvoirs identifiés. Cela est dû à un équilibre réussi entre temps forts (action) et temps faibles (travail sur les personnages et leurs relations aux autres). Le film Les Eternels évite ainsi l'écueil de nombreux blockbusters qui est une surenchère d'action. Chloé Zhao impose aussi son style par sa réalisation favorisant la lumière naturelle et faisant place le plus possible aux décors réels ou en dur. La photographie cherche toujours à replacer les personnages dans leur environnement, ce qui en plus d'être esthétique, sert la narration qui parcourt plusieurs espaces et époques. Notons l'incroyable représentation de Babylone et de ses jardins suspendus. A noter également, les magnifiques plans dans l'espace qui donne une impression de gigantisme à l'œuvre et concourt à son ambition mythologique. Visuellement, ce film se distingue ainsi assez fortement des autres films du Marvel Cinematic Univers, ce qui en fait un film avec une réelle personnalité et presque autonome vis-à-vis de la série. A la musique, Ramin Djawadi a tout le loisir de s'exprimer avec une mise en scène laissant la dimension sonore s'exprimer. Le thème principal est plutôt efficace en alliant héroïsme et solennité (orgue et chœur), ce qui est tout à fait approprié à des personnages divins.  

Le film sérieux de grand spectacle par essence

Certaines critiques trouvent un certain côté DC à ce film Marvel et nous pouvons leur donner raison. En effet, ce film est assez sérieux pour une production Marvel bien que l'humour ne soit pas absent et que certaines scènes héroïques ou dramatiques soient désamorcées. Toutefois, ce n'est pas systématique, ce qui préserve certains moments sérieux et donc intenses. La réalisation a le courage d'assumer l'ambition démesurée du film qui possède une dimension cosmique et sacrée (il s'agit d'une Genèse). Marvel s'empare du côté mythologique avec une certaine réussite comme le démontre l'ouverture du film. Par ailleurs, les super-héros sont d'essence divine et renvoient aux différentes mythologies humaines. Ce n'est pas un hasard si des personnages de DC sont cités dans le film car le super-héros - Dieu est leur marque de fabrique. Ce nouveau ton est un renouveau dans une série toujours contraint par son humour. Si DC n'arrive pas à faire ses films, Marvel fera alors des films à la façon de DC. Dommage que l'original n'ait jamais attiré le public.

De nombreuses thématiques et quelques incohérences  [Spoilers]

Les thématiques sont nombreuses et variées. Elles restent néanmoins internes à l'œuvre dans le sens où elles servent avant tout la narration sans qu'elles ne puissent la dépasser. La thématique principale qui structure l'ensemble du film est celle de la Foi. En effet, les Eternels sont les serviteurs et les envoyés du Dieu primordial Arishem. Ils sont ainsi totalement dévoués à leur maître. La question qui se pose est alors celle du libre-arbitre vis-à-vis de ce Dieu dont les desseins dépassent l'entendement humain et même des Eternels. Il est encore plus dur de perdre la Foi en en ce Dieu qui lui existe et répond en partie aux interrogations. Le principal dilemme se porte alors entre la Foi en ce Dieu et la Foi dans l'humanité. Incapable d'imaginer la conséquence de leur désobéissance, c'est donc leur ressenti et leur instinct que les Eternels utilisent pour faire leur choix. La Raison n'est d'aucun secours ici. C'est le cas de Sersi l'héroïne principale qui suit ce qui lui semble juste. Même d'Ikaris, le plus fidèle serviteur d'Arishem choisit le voie du cœur (lui n'a pas Foi en l'humanité) plutôt que celui de la Foi en Dieu. Dans un sens, les Eternels adoptent une posture nietzschéenne puisqu'ils choisissent le présent (et l'Humanité) plutôt que le futur et les mondes nouveaux promis par Arishem. Il y a néanmoins quelques incohérences de fond, notamment sur la méthode utilisée par les Célestes. En effet, la non intervention des Eternels dans les guerres de l'humanité se justifie par le fait que les humains doivent apprendre de leurs erreurs. Il n'est donc pas possible de les guider. Ils doivent apprendre par l'expérience afin de devenir autonomes (maîtriser la technologie mais aussi l'éthique). Cela est jusque là compréhensible. Toutefois, si l'objectif final est de faire des humains du bétail à Célestes, il n'était pas nécessaire de les faire passer par tant de souffrances et les Eternels auraient très bien pu les guider. La justification d'Arishem ne tient pas ici. Le grand Dieu s'en trouve presque sadique. 
Une thématique plus secondaire est celle de l'inclusion, qui n'est pas explicitée mais simplement montrée. En effet, les personnages de Comics étaient tous blancs. Ils sont ici beaucoup plus représentatifs de la diversité humaine, ce qui est logique pour des envoyer divins. Les différents espaces et temporalités (civilisations) visités sont également représentés avec beaucoup de respect. Deux autres éléments pour l'inclusion sont à saluer (bien que plus incohérents). La première relation homosexuelle est enfin clairement montrée dans la série Marvel. Celle-ci est évidente tout en étant amenée très naturellement. Toutefois, il est un peu étrange que les Eternels soient concernés par l'amour qui est un impératif d'une espèce ayant besoin de reproduction. Il pourrait demeurer un amour pleinement platonique, de Raison, mais cela ne semble pas le cas ici. Sersi, Sprite, Ikaris, Phastos (voire Druig et Makkari ?) ont plus ou moins des raisons / passions amoureuses. Cela n'en fait pas de grands sages pour des êtres divins ayant des millénaires. Ils sont en fait très humains dans leur comportement. Partant de ce principe, quitte à les faire sensible à l'amour, montrer une relation homosexuelle est une idée pertinente. Autre idée intéressante d'inclusion ; montrer un personnage héroïque handicapé (Makkari). Le film va au bout de la démarche puisque l'actrice est véritablement sourde et communique donc dans la langue des signes, apprenant au passage la langue aux autres acteurs. La limite de la démarche est que nous imaginons mal un Dieu créer et envoyer un serviteur handicapé (qui certes a développé d'autres capacités à côté). Par ailleurs, les Eternels ont tous à un don de guérison. Toutefois, si on omet de pousser la logique jusqu'au bout, ce qui n'est pas nécessaire à l'histoire, les différentes inclusions apportent un réel plus à ce film. Cela est surtout fait avec finesse comme si l'inclusion était un acte naturel et non un impératif de marché. 


En définitive, Les Eternels est un film ambitieux et abouti. La mise en scène de Chloé Zhao apporte un nouveau souffle à la série de films Marvel. Elle arrive par ailleurs à apporter du sérieux à un univers dont le tragique était toujours désamorcé par l'humour.   



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lundi 25 octobre 2021

Venom : Let There be Carnage

 


Synopsis :

Eddie Brock est toujours associé à Venom avec qui la relation oscille entre amitié, complicité et agacement. Toutefois, il faudra que les deux comparses soient parfaitement en osmose pour affronter un nouvel ennemi : Carnage... 


Commentaire :

Montage trop dynamique

Andy Serkis opte pour un montage au service du rythme ou est-ce le studio qui a remonté ou élagué le film ? En tout cas, le montage ne fait place qu'à l'action en faisant le minimum pour travailler les personnages et le enjeux. Les relations entre les personnages sont très peu mis à l'honneur si bien que le film, très court, se retrouve être une succession de scènes d'action. Ainsi, le film n'est constitué que de temps forts mais sans réelle tension puisque aucune scène ne travaille vraiment leur venue. Pourtant le film avait beaucoup de relations à travailler ; entre Eddie et Venom, Eddie et Anne ou encore Eddie et Cletus, pour ne citer que les relations où Eddie est impliqué. L'origine de Carnage est également peu compréhensible, comme le fait qu'il soit rouge ce qui est censé vouloir signifier quelque chose. Rien n'est expliqué. Le scénario manque donc globalement de développement et de finesse. Aucun arc narratif n'est réellement conclu ou concluant... La petite dose d'humour dans le "couple" Eddie-Venom fonctionne plutôt bien mais c'est très peu pour sauver l'ensemble. Au-delà du scénario, on sent qu'Andy Serkis avait l'ambition d'utiliser quelques éléments de la mise en scène horrifique (l'origine de Cletus Kasady, l'apparition de Carnage), mais le film n'est pas assez posé pour que les éléments horrifiques prennent. Un ou deux plans se détachent sans que l'ensemble ne paraissent véritablement travaillé. C'est donc un film assez décevant. Seule la scène post-générique a un intérêt. A la musique, Marco Beltrami est assez effacé et ne se signale que pour certains éléments rappelant le film d'horreur. Toutefois, aucun thème ne se détache, et pour cause, le film n'offre pas d'espace à la musique du fait de son rythme infernal.

Film sans thématique

Si l'histoire est rudimentaire, les grandes thématiques sont absentes. Le déterminisme (l'origine de Cletus), la peine de mort ou les relations de couple ou d'amitié ; toutes ces thématiques étaient pourtant exploitables. Mais là encore, la durée et le rythme du film n'offrent aucune possibilité de développement. Un film sans thématique ne peut être un bon film. 


En définitive, Venom 2 est un film dont le scénario manque de développement, ce qui était évident étant donné la durée du film. Une succession de scènes d'action sans grand intérêt.



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lundi 18 octobre 2021

Le Dernier Duel

 


Synopsis :

Les anciens amis Jean de Carrouges et Jacques Legris s'opposent dans un procès dans lequel Jean accuse Jacques d'avoir violer sa femme Marguerite alors qu'il était absent. Sans témoin, l'affaire débouche sur un duel judiciaire dont le résulta dépendra de la volonté de Dieu et révèlera si Marguerite a menti ou bien subit un viol portant atteinte à la famille Carrouges...


Commentaire :

Minutie et réalisme de Ridley Scott

Ridley Scott sait raconter des histoires grâce à son sens de la narration fluide. Il sait également rendre crédible l'univers dépeint par la minutie qu'il met dans le détail. Que cela soit les paysages, les décors, les costumes (quelques libertés sur les armures) ou la description de la société féodale, tout témoigne d'un travail approfondi cherchant à restituer de la réalité ou pour le moins produire un sentiment de réalisme. Il faut dire que le film s'appuyait déjà sur des fondations solides avec l'œuvre de l'universitaire Eric Jager comme matériau d'origine. Toutefois, aucun des choix artistiques n'est laissé au hasard et ce travail minutieux et rigoureux distingue le Dernier Duel de bien des films sur la période médiévale. La mise en scène est en elle-même académique, soignée, parfois symbolique par certains plans (le monde chrétien de l'époque offrant de nombreuses possibilités) mais sans originalité notable. La singularité du film, qui est sa force et sa faiblesse, est sa structuration en 4 actes, dont les 3 premiers sont les points de vue des trois protagonistes principaux sur l'affaire (effet Rashômon). Le spectateur est mis à la place du jury écoutant les différentes versions de l'histoire. Si l'intelligence du spectateur est convoquée pour analyser les nuances de chaque version, le procédé amène nécessairement un sentiment de répétition tout autant que de mise en tension des versions. Néanmoins, malgré la durée conséquente du film, cette structure réussit habilement à maintenir l'intérêt pour l'histoire. A la musique, Harry Gregson-Williams réalise un joli travail en incorporant une bande-musicale inspirée par la musique baroque pour renforcer l'impression d'authenticité. Toutefois, les moments de musique orchestrale sont tout aussi réussis. 

La féodalité et la femme objet 

La puissance du film réside dans sa description de la société féodale : les pouvoirs des seigneurs, les liens de vassalité, le rôle de l'Eglise. Il y a presque une vertu pédagogique au film (ici l'interview d'un conseiller historique du film). C'est dans ce contexte qu'est décrit le patriarcat médiéval dans lequel Marguerite n'a pas plus d'importance qu'un bien ou qu'un animal. La comparaison est indirectement faite avec une jument dans le film. Jean de Carrouges n'est d'ailleurs pas choqué par le viol en lui-même ni le traumatisme de sa femme, il est hors de lui pour le tord que cela lui fait. Son rival lui a pris une terre, il lui prend maintenant sa femme. De l'autre côté, Jacques Legris n'a que peu de considération pour la femme et le consentement. Les institutions des hommes viennent par dessus douter constamment du non-consentement de Marguerite, la femme étant une tentatrice par nature. La femme, sans statut juridique, n'a donc pas le droit à la parole ; elle n'a aucun moyen de se défendre. Le film prend habilement fait et cause pour Marguerite grâce à son montage faisant succéder les points de vue, en soulignant que la version de Marguerite n'est pas seulement un point de vue, mais la vérité. Paradoxalement, c'est bien la version la moins écoutée par les hommes et les institutions. Le film dénonce et critique avec une résonnance contemporaine.
Toutefois, Le Dernier Duel se distingue par la finesse avec laquelle il traite le sujet. Le film questionne avec nuance car la vérité n'est pas toujours une valeur absolue. La vérité vaut-elle la vie ? Vaut-elle à un enfant de grandir sans mère ni père ? La tension des questionnements reflète la complexité du monde.
 

En définitive, Le Dernier Duel est une plongée crue et sans concession dans le monde féodal. Ridley Scott décrit minutieusement la société française de l'époque et montre le sort peu enviable réservé à la femme.  



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dimanche 10 octobre 2021

Mourir peut attendre




Synopsis
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James Bond essaye d'oublier le passé et de profiter de la vie en compagnie de Madeleine. Toutefois, lorsque qu'on fut 007, le passé peut toujours venir troubler le présent... 


Commentaire :

Mise en scène entre le dynamisme de l'histoire et la travail des plans [spoilers]

Fukunaga arrive sur la saga en reprenant le travail des plans des derniers épisodes. Si le travail sur la lumière est moindre que chez Sam Mendes, de nombreux plans, notamment d'introduction aux scènes, bénéficient d'un beau travail de composition, avec pour cadre des paysages naturels grandioses. Les différents lieux parcourus et montrés ainsi que l'intensité de l'action font de ce James Bond un blockbuster classique au sens noble du terme. La volonté de relancer l'action, dans un film d'une durée conséquente, est palpable, pour éviter semble t-il tout ennui au spectateur. Par certains aspects, le film offre même trop d'action, trop de temps forts, alors que le film avait le potentiel de travailler plus en finesse les personnages et les relations entre eux. En effet, ce film s'intéresse plus à l'homme qu'à l'agent secret et il a manqué des temps faibles pour travailler l'émotion du spectateur en prévision du climax final, qui n'en aurait été que plus émouvant. Il était possible notamment, d'insister sur la relation entre Bond et 007 et la relation entre Bond et sa fille, à l'image de la relation entre Bond et Mathilde bien menée. La scène finale de la mort de James Bond, évènement unique puisque James Bond ne meurt jamais, aurait gagné aussi à ralentir pour laisser monter l'émotion, soit en insistant sur le dernier plan de Bond, soit en accentuant les plans sur les réactions des personnages autres que Mathilde. Toutefois à l'image des différentes scènes, le film se conclut un peu abruptement, comme si un James Bond se devait d'être rythmé, sans temps faible. A la musique, Hans Zimmer est à la direction avec une musique efficace mais peu originale, qui rappelle par exemple les thèmes de la trilogie Batman de Nolan. Il reprend toutefois habilement à certains moments le thème de la saga, avec un certain effet car Fukunaga ménage des scènes qui vise à ré-iconiser le personnage. 

Les thèmes : un héros du passé ?

Le film est avant tout un film d'action et son rythme n'est que peu propice à la réflexion. Toutefois, certaines thématiques finissent par apparaître. Il y a bien évidemment la question des armes biologiques gouvernementales dévoyées par des terroristes, ce qui souligne la dangerosité des projets à l'éthique douteuse développés en secret par les gouvernements. Toute innovation doit être pensée dans ses pires applications, même si l'objectif était acceptable au début (éviter les morts collatérales ici.). Un personnage assez passéiste comme James Bond voit d'un mauvais œil cette nouvelle technologie bien que le méchant lui rappelle que James Bond est également un tueur mais avec des méthodes anciennes. Le film ne rebondit pas sur cette argumentaire. Il nous invite à conclure qu'une espèce si peu enclin à l'éthique doit garder des moyens rudimentaires pour tuer, ne pouvant assumer la responsabilité de posséder des moyens mettant le génocide à portée de main de n'importe qui. Il s'agit de la longue question de la science sans conscience. Toutefois, la question du passé est plus large qu'une réflexion sur la façon de tuer. Tout dans le film rappel à James Bond sa place d'homme blanc approchant la cinquantaine. La nouvelle 007, une jeune femme noire sûre d'elle est là pour marquer la différence. Toutefois, le film n'arrive pas clairement à rendre le personnage dépassé (au contraire du dernier OSS 117). Il est au contraire toujours aussi doué dans ce qu'il fait et ré-iconisé régulièrement par la mise en scène. L'acte final montrant le sens du sacrifice et le combat homérique de Bond laisse à penser que le monde avait besoin de ce type de personnage. Loin d'être un personnage ringard, c'est ce James Bond non destructuré qui conclut la saga Craig. Il faut dire que le rapport aux femmes est plus apaisé dans les derniers épisodes et que rien de ce que fait James Bond n'est moralement choquant. Toutefois, cette conclusion surprenante, allant un peu à contre-courant du mouvement est intéressante. Il restera en effet toujours une certaine fascination pour les mythes qui peuvent servir tout autant de modèle que de contre-modèle.


En définitive, Mourir peut attendre est une conclusion réussie à la saga Craig. Un des épisodes qui s'intéresse le plus au personnage et qui aurait gagné peut-être à ralentir pour encore plus travailler le personnage de James Bond et ses relations aux autres.


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