Les sorties de la semaine

lundi 2 août 2021

Jungle Cruise

 

Synopsis :

Lily Houghton est à la recherche d'un artefact légendaire amazonien au pouvoir de guérison illimité. Son statut de femme en 1916 à Londres lui empêche d'avoir une équipe pour aller en Amazonie. Peu découragée, elle y va seule avec son frère et fait la rencontre de Frank, un marin quelque peu charlatan... 


Commentaire :

Mise en scène d'aventure version parc d'attraction

La mise en scène de Jaume Collet-Serra est réussie dans la mesure où elle répond parfaitement à la volonté de traduire une aventure exotique. Elle est bien aidée par le fait de ne souffrir d'aucune limite budgétaire, ce qui permet l'immersion totale dans une forêt luxuriante et sur un fleuve agité. Les plans larges sont nombreux et clairement en CGI sans que cela ne dérange. Au contraire, les larges espaces représentés et la colorimétrie avec des couleurs très intenses participent au voyage en terres inconnues. Les décors en dur, pour les intérieurs, sont également assez convaincants. La réalisation est sur mesure pour tout ce qui touche à la "croisière" sur le fleuve. En effet, le but est de retranscrire l'expérience de l'attraction Disney. La scène des rapides, très dynamique, correspond parfaitement à cet enjeu. Il y a d'ailleurs une petite mise en abime renvoyant à l'attraction avec la scène de visite des touristes sur le fleuve au début du film. Au-delà de l'immersion d'un visiteur sur le fleuve, le film est visuellement très satisfaisant à regarder, comme le montre les nombreuses transitions toujours pensées et travaillées avec soin. La fluidité de la narration tient à la mise en scène très léchée. A cela s'ajoute le travail de James Newton Howard à la bande musicale, toujours aussi doué pour accompagner l'image et favoriser l'immersion. 

 Dwayne Johnson, pour un rôle en décalage [Spoilers]

L'ensemble du casting est excellent avec une mention spéciale pour Emily Blunt. The Rock, toutefois, ne paraît pas correspondre complètement au rôle (la question se pose progressivement au cours du film). La stature du colosse interroge car Dwayne Johnson a un corps qui détonne, cinématographiquement impressionnant. Or il en est fait sous-usage. Dwayne Johnson sait rire de lui mais pour les différents rôles où il incarnait un personnage humoristique, il jouait contre son corps. Ici ce corps est oublié. Si Jungle Cruise se veut le nouveau Pirates des Caraïbes (les méchants renvoient tout de suite à cet univers), Dwayne Johnson n'est pas Orlando Bloom. Malgré toute sa bonne volonté, l'histoire d'amour qui se développe semble très artificielle (la faute en est le scénario - un personnage de 400 ans - et non l'acteur). Néanmoins, le corps de Johnson et son côté bulldozer participe à rendre la romance quelque peu farfelue.

Des thématiques justes mais trop évidentes [Spoilers]

Disney ne rate jamais l'occasion d'introduire des messages dans ces films et ces derniers sont très nombreux dans Jungle Cruise. Deux sont particulièrement bien traités. La première thématique est la plus évidente et centrale dans l'histoire : il s'agit du féminisme et de la place de la femme au début du XXème siècle. Lily va tout faire pour aller au bout de ses idées, même ci cela déplaît à une société régit par le patriarcat. Elle est une femme de science, érudit mais aussi une aventurière ; elle est la nouvelle Indiana Jones. Peu importe le qu'en-dira-t-on, elle fait ce qu'elle veut et s'habille comme elle le souhaite (porter un pantalon est presque révolutionnaire à l'époque). Le message est à propos pour le contexte et s'entend et se défend parfaitement. A l'opposé, l'homme blanc, dans le film, est par essence le personnage négatif. En effet, aucun homme blanc ne trouve grâce aux yeux du scénario (Anglais, Allemands, Brésiliens, Conquistadors). Le seul homme blanc positif est le frère de Lily mais avec une caractéristique forte : il est homosexuel et en cela il fait parti d'une minorité rejetée. Il fait toutefois très précieux et est assez inutile à côté de sa sœur, bien qu'il fasse parti des "bons" personnages. The Rock et les peuples indigènes sont évidemment dans le camp du bien. Une deuxième thématique moins importante dans le film mais chère à Disney est la considération pour les animaux. En effet, Lily essaye constamment de les sauver et questionne la place des animaux sauvages en captivité. Les seuls animaux négatifs sont : les piranhas car très dangereux pour l'homme (ils sont alors les seuls animaux mangés à l'écran) et les serpents qui sont en fait une extension du maléfice amérindien. Le jaguar Proxima a un rôle assez prégnant et est finalement dans la lignée des "animaux compagnons" très présents chez Disney.
La limite de cette recette Disney est toutefois la prévisibilité du scénario au regard des cases que cochent les protagonistes. L'homme blanc est et restera un personnage négatif alors qu'on ne croit pas une seule seconde que les indigènes représentent un danger pour les protagonistes. De même, à partir du moment où l'homosexualité de McGregor est révélée, il est peu probable que ce dernier retourne sa veste. Si le message est juste, l'ensemble est trop lisse pour que Disney puisse nous surprendre. La simplicité du message en fait un film avant tout familial ou pour enfant. Attention toutefois à ne pas constamment enfermer les personnages en fonction de leur genre et de leur couleur de peau : le scénario s'en retrouve cousu de fil blanc. 


En définitive, Jungle Cruise est une bonne aventure rythmée, signée Disney. Elle est toutefois sans aucune surprise. Par ailleurs, le corps de The Rock, si impressionnant, ne semble pas tout à fait à sa place, alors que l'acteur est lui même très impliqué. Emily Blunt est en revanche parfaite pour le rôle. 



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dimanche 1 août 2021

Kaamelott - Premier Volet

 

Synopsis :

Alors que le Roi Arthur a disparu dans la nature, Lancelot règne en tyran sur le royaume de Logres, pourchassant les derniers chevaliers de la table ronde... 


Commentaire : 

Une mise en scène dans la lignée de la série [spoilers]

Film attendu comme un messie dans le genre heroic-fantasy/Aventure comédie en France, Kaamelott cristallisait beaucoup d'attentes. La réalisation d'Astier reste toutefois contrainte par la tonalité et les moyens. Si la colorimétrie est particulièrement soignée avec un ton différent pour chaque lieu, et la photographie aboutie (à l'image d'un magnifique contre-champ dans le désert) le choix des valeurs de plan et le montage sont particuliers. En effet, le film est composé avant tout de plans rapprochés, ce qui est logique pour un film structuré autour des dialogues. Toutefois, la geste arthurienne demande des plans larges ; des plans d'ensemble plus nombreux, notamment pour introduire les différentes régions parcourues et donner de la profondeur à l'univers. A titre d'exemple, la scène dans le désert permettait d'ouvrir l'espace mais se contente d'un plan de demi-ensemble. Il n'y a guère finalement que le siège de Kaamelott qui donnera un peu de profondeur et d'ampleur visuellement à l'histoire. La mise en scène s'appuie encore fortement sur l'ancien format de la série (peu de mouvements de caméra et une forte importance donnée aux dialogues). Une des rares séquences à saluer visuellement est la chorégraphie des armes de siège avec une plongée totale. Le montage est également singulier à deux niveaux. Les transitions entre les scènes sont parfois assez abruptes, ce qui entraîne de petites ellipses. Seules les transitions vers le flashback sont vraiment travaillées. Les flashbacks sont d'ailleurs assez réussis bien qu'ils n'apportent que peu à l'histoire. Le montage du duel final est également un peu décevant. Le duel est en effet trop cuté, peut-être pour donner du rythme à une chorégraphie trop rigide.
La majeure partie du problème réside sûrement dans un budget limité puisqu'Alexandre Astier pense la comédie comme un genre sérieux. On sait par ailleurs que le film a pris du retard du fait de la recherche de financement. Astier n'aurait sûrement pas rechigner à donner de l'ampleur visuellement à son œuvre (bien que le ton du film soit aussi un facteur limitant pour le grandiose). La preuve de cette implication est sûrement la bande musicale composée par ses soins, qui est l'équivalent des plus grandes musiques orchestrales de film. Dans ce domaine, Alexandre Astier n'a pas eu à souffrir de limite pour un résultat impressionnant.

Un film de dialogue sans thème ? [spoilers]

Etonnamment le film n'a que peu de thèmes alors que son réalisateur loue la réalisation thématique. Le film, comme la série, est d'abord une succession de dialogues, autrement dit de joutes verbales en continue. Ces dialogues sont le point fort du film, car toujours incisifs et portés par des acteurs brillants. A ce titre, le film devrait ravir les adeptes de la série et les amateurs du verbe utilisant un ton familier. Toutefois, d'un point de vue thématique, l'humour tourne toujours autour du même thème : l'incompétence des autres. Arthur est un génie, élu des dieux, entouré d'idiots. Cela explique sa lassitude à agir. En effet, dans cette situation où l'incompétence empêche la délégation, le choix se fait entre la résignation ou le contrôle total (comme Astier pour le film ?). Mais Arthur n'est pas Astier et un personnage sans conviction peut-il transmettre un message ? Le film peut être drôle à certains moments mais la quête d'Arthur ne transmet rien car le personnage (comme tous les personnages d'ailleurs) n'évolue pas ou peu. Il est résigné (même lorsqu'il reprend le trône). Ou faut-il comprendre que le seul digne à gouverner est celui qui ne souhaite pas gouverner (mais ce n'est pas l'explication officielle car Arthur est l'élu des dieux depuis toujours comme dans une tragédie grecque) ? Ainsi le film n'a pas réellement de thématique principale. La signature d'Astier semble résider dans une sous-intrigue de l'histoire : la puissance de la musique. Ainsi la musique peut être l'instrument de tous, même des idiots. Elle est la seule chose capable de rythmer, d'organiser l'attaque burgonde. Toutes les scènes impliquant les burgondes sont réussies ; de la blague au dénouement. Ce n'est pas un hasard alors si la scène de ballet des machines de guerre est la plus réussie également au niveau de la réalisation. 


En définitive, Kaamelott Premier Volet réussit à conserver son ton et ses dialogues percutants au cinéma. Les amateurs de la série seront probablement satisfaits alors que les autres auront peut être du mal avec un film d'heroic fantasy limité par son budget et contraint par son humour toujours aussi singulier.



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mardi 13 juillet 2021

Cruella


 Synopsis:

Estella a une double personnalité si bien qu'elle s'appelle parfois elle-même Cruella. Son caractère bien trempé (son côté Cruella) lui vaut d'être renvoyée de son école. Sa mère cherche alors un nouvel endroit où elle pourrait continuer ses études...


Commentaire 

Réalisation entrainante

Craig Gillespie réalise un modèle de film narratif, avec l'intention de raconter une histoire prenante à multiples rebondissements. En effet, le film est doté d'une réalisation dynamique, associant mouvements de caméra et travellings à un montage rythmé, sans pour autant que ce dernier ne soit trop saccadé. Si la mise en scène est fonctionnelle, elle est également esthétique dans un film qui a pour thème la mode, c'est à dire qui s'intéresse à la forme. Les cadres sont toujours travaillés avec soin, et enferment une belle composition du plan. Il faut également saluer la direction artistique, que cela soit pour les costumes époustouflants, variés et originaux, ou les décors grandioses pour la plupart en dur. Emma Stone et Emma Thompson délivrent par ailleurs toutes deux une prestation remarquable qui porte le film du début à la fin. Elles ont dû particulièrement apprécier jouer leurs personnages haut en couleur, et porter des parures fabuleuses. Le film bénéficie en outre de l'inclusion de plusieurs tubes musicaux des années 60-70 qui viennent dynamiser le rythme et la mise en scène, pour laquelle il possible de se demander si dans la conception, la musique ne précédait pas la mise en image. Nicholas Britell se charge de la bande musicale plus traditionnelle. Cette dernière est composée finement avec des thèmes identifiables mais doit s'éclipser face aux tubes qui donnent un ton pop à l'ensemble de l'œuvre. Ainsi sur l'aspect technique, le film ne fait aucune fausse note. 

Des thématiques au film ? [spoiler]

Il est assez compliqué de définir une thématique à Cruella. Le scénario à rebondissement est entrainant mais il est difficile de tirer un message de l'histoire. Il pourrait s'agir du thème de la famille et de l'héritage des traits de caractère. En effet, Cruella serait une facette héritée de la mère biologique d'Estella mais cette explication est peu satisfaisante car Estella a été élevée par une mère douce et aimante. Le film nierait ainsi le rôle de l'éducation. Toutefois, Disney cherche à s'en sortir par une pirouette incohérente puisque que ce préquel aux 101 Dalmatiens nous montre une Cruella gentille, certes avec certains côtés effrayants mais avec un bon fond. Le dénouement montre d'ailleurs qu'elle a choisit le côté du bien, ce qui rassure au passage Jasper qui craignait que son amie tourne mal. Toutefois le message de Disney n'est pas entendable car l'avenir de Cruella et sa personnalité sont connus. Le stratagème avait marché pour le personnage de Maléfique en prétextant un changement de point de vue, il était alors possible de faire de ce personnage un protagoniste positif. Toutefois, Cruella devient par la suite un des méchants iconiques de Disney et peu importe le point de vue. Elle a par ailleurs horreur des chiens et en particulier des Dalmatiens ce que le film semble introduire au début mais qu'il finit par avorter. Disney ne peut se résoudre à faire de son personnage un méchant... en contradiction avec l'avenir du personnage. Cela sert le propos pour le film : la fille n'est pas obligée de ressembler à sa mère et il reste donc une marge de liberté à l'individu. Mais le film des 101 Dalmatiens montrera bien une Cruella méchante, cela venant annuler le propos défendu ici. 


En définitive, Cruella est un excellent film de divertissement, rythmé et avec une direction artistique impeccable. Unique reproche : Disney n'arrive pas à rendre son personnage antipathique ; est-ce vraiment la future Cruella des 101 Dalmatiens ?



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vendredi 9 juillet 2021

Black Widow

 


Synopsis :

Après les évènements de la Civil War, les Avengers sont séparés. Natasha Romanoff est pourchassée pour son implication du côté des Avengers rebelles mais doit également faire face à la chambre rouge, l'organisation soviétique responsable de sa formation dans ses jeunes années... 


Commentaire : 

Rythme endiablé 

Cate Shortland s'attaque au genre du super-héros marvelien en essayant de respecter le style associé. La réalisatrice ne réussit que trop bien son défi en fournissant un film très riche en action, dans une intention narrative et fonctionnelle. Seule originalité : l'introduction-crédit musicale. Ainsi, la réalisation n'a pas de personnalité en tant que telle mais remplit un des impératifs donnés par Scarlett Johansson, à savoir éviter l'hypersexualisation de Black Widow. En effet, malgré des tenues avantageuses et moulantes, la caméra ne s'arrête jamais sur cet aspect du personnage. Pour le reste, la mise en scène est celle d'un film de super-héros avec énormément de scènes d'action : avec des scènes de combats au corps à corps, des courses poursuites, en passant par les scènes aériennes de super-héros. Toutefois, un effort a été fait pour travailler les combats au corps à corps, spécialités de Black Widow, dont les cascades sont impressionnantes. Il y a un véritable travail sur le corps, notamment de Black Widow qui subit tous les chocs et contusions possibles. Le fait qu'elle semble insensible (malgré les bleus) à toutes ces violences la pose comme super-héroïne. Si la chorégraphie des combats est léchée, il est toutefois regrettable que la réalisation ne s'inspire pas de la mise en scène hong-kongaise qui aurait laissé se développer la magie de la chorégraphie sans avoir recours aux cuts incessants. Plus généralement, le film semble s'imposer un rythme endiablé qui certes maintient le spectateur sous tension mais peine à travailler les émotions et le ressenti dans une histoire tragique. Logiquement, le film qui ne se permet pas de temps faible ne laisse que peu s'exprimer la bande musicale de Lorne Balfe, qui réussit une partition orchestrale dans la lignée des bandes musicales Marvel. 

Un féminisme d'apparence [Spoilers]

Le sujet de Black Widow est classique et d'une limpidité sans pareil : la libération des femmes face au patriarcat blanc. En effet, Black Widow est confronté à un père incompétent (un super héros mythique - le Red Gardian- qu'il aurait été plaisant de plus fouiller), à l'incompétent et têtu général Ross, ainsi qu'à Dreykov l'incarnation du patriarcat dans un style qui rappelle Harvey Weinstein. Ce dernier contrôle les femmes par le biais d'une substance chimique qui est censé rappeler la manière dont le patriarcat tisse sa toile autour du corps féminin et de la femme plus généralement. La soumission qu'il exige, la violence physique qu'il exerce et son contrôle sur les femmes par le biais de phéromones ne rendent le propos que plus limpide (voir la scène de confrontation entre Dreykov et Romanoff). Il manque toutefois les violences sexuelles, arme principale du patriarcat pour que le propos soit complet. La résolution du film est littéralement la libération des femmes du système mondial mis en place par Dreykov (autrement dit le patriarcat). Par la suite, les femmes se soutiennent dans une sorte de sororité. Le seul homme ayant un rôle positif est le sidekick de Romanoff qui a pour vertu de ne pas être blanc et du coup d'être symboliquement meilleur que l'ancienne génération. Si le message est hautement d'actualité et efficace, il reste consensuel sans être révolutionnaire. En effet, Romanoff ne propose pas une vision du monde radicalement différente des autres Avengers. Le film est avant tout une succession de scènes de combat. Faut-il comprendre que subissant ce système, elle est obligée d'exercer autant de violence que les hommes ? Romanoff est rusée, elle utilise un stratagème face à Dreykov mais l'ultime alternative reste la violence. De même, d'un point de vue méta, la mise en scène de Shortland reste super dynamique, on pourrait presque la qualifier de virile, peut-être pour se fondre dans le monde marvélien. Mais est-ce qu'une vision radicalement féministe n'impliquerait pas une révolution du genre qui va au-delà du simple mimétisme des codes masculins ?


En définitive, Black Widow bénéficie enfin de son film solitaire. Elle y mène un combat ouvertement féministe qui manque toutefois de profondeur sur le sujet. Le tout reste distrayant de part son rythme très (trop ?) soutenu. 



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mardi 22 juin 2021

Sans un bruit 2

 

Synopsis :

La famille Abbott est encore sous le choc de la mort du père. Toutefois, elle doit quitter les lieux pour garder un espoir de survie. Evelyn emmène alors ses enfants en des lieux inconnus, avec toujours le souci de ne faire aucun bruit … 

Commentaire : 

Ne pas changer ce qui a marché

John Krasinski reprend la mise en scène ayant fait le succès de son premier épisode avec autant d'efficacité. L'attention est toujours habilement portée sur la dimension sonore dès les premières scènes, dans lesquelles chaque son du quotidien est amplifié et donc déjà oppressant. Dans la lignée du premier film, la mise en scène prend le point de vue de la fille d'Evelyn (sourde) pour quelques scènes, rajoutant encore à la tension. Il y a toutefois une évolution dans la réalisation pour coller aux côtés road movie de ce film. En effet, Krasinski incorpore de longs plans en travelling grue ou sur charriot (en non plus en steady cam) pour suivre le périple des personnages. Le point de vue est semi-subjectif puisque la caméra suit le personnage de derrière en ne laissant apparaître pas plus de champ que le personnage ne le voit lui même. La mise en scène donne ainsi l'impression au spectateur d'être un personnage suivant au plus près les protagonistes. Autre élément de mise en tension : le montage. En effet, le film se structure autour de plusieurs montages alternés, en particulier sur les deux enfants. L'ensemble des protagonistes est en danger mais dans des lieux différents, ainsi les scènes se succédant maintiennent la tension du thriller. A la musique, Marco Beltrami propose une partition plus proche du film d'horreur que de celui du thriller. Ceci fait écho à la typographie du titre et des crédits se référant au genre horrifique ainsi qu'à certains éléments de mise en scène comme les jump scares. Toutefois, l'ensemble de l'œuvre se rapproche par son ton plus du thriller que de l'horreur, bien que la réalisation joue un peu plus sur le hors-champ que dans le premier film. En effet, les aliens ne sont pas mis en image de manière effrayante et sont déjà connus du public.

Les thématiques : du survival au passage de relais 

Si dans le premier film, le genre du survival écrasait toute thématique possible, ce second volet traite du passage de relais des adultes aux enfants concernant les responsabilités. Du point de vue du scénario, c'est assez logique puisque le père meurt à la fin du premier film. De manière surprenante pour le spectateur, Emily Blunt est moins mise en avant et laisse progressivement la place à ses enfants au cours de l'histoire, alors qu'on aurait pu penser qu'elle garderait la tête d'affiche. Ce choix est cohérent lorsqu'on comprend la thématique choisie, celle de la transmission. La thématique est pleinement assumée et mise en valeur dans la dernière scène dans un montage alterné. Si l'écriture du personnage de la sœur est plutôt bien aboutie, le personnage du frère est un moins attachant, voire un peu agaçant. Certains de ses actes (sortir du bunker sans raison, et la mère ne lui donnant aucune consigne par rapport à la bouteille d'oxygène) sont forcés, dans le but de le mettre en avant et de coller à la thématique, sans pour autant que le scénario ne le justifie. 


En définitive, Sans un Bruit 2, est un thriller tout aussi haletant et efficace que le premier, avec ici la thématique bien amenée de la transmission. 




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mardi 1 juin 2021

Falling


Synopsis :

John envisage de ramener son père Willis en Californie, ce dernier devenant de moins en moins autonome. Toutefois, John et sa sœur n'ont jamais vraiment apprécié leur père ; trop dur et trop dominant. Malgré le grand âge, il est toujours aussi compliqué à vivre, de part ses idées réactionnaires et son attitude outrancière... 


Commentaire : 

Viggo Mortensen, un premier passage dernière la caméra réussie

Si Viggo Mortensen est connu pour son interprétation magistrale de l'emblématique Aragorn, il est avant tout un acteur du cinéma d'auteur à l'instar de ses rôles avec David Cronenberg. Sa réalisation s'inspire donc des réalisateurs avec qui il a tourné. Toutefois, Viggo Mortensen se tourne également vers d'autres metteurs en scène spécialisés dans le drame familial comme Yosujiro Ozu, visant au réalisme par le minimalisme (plan fixe intégrant l'ensemble des protagonistes). Le résultat est réussi, le film étant doté d'un réel travail visuel. Cela est notable dans ses cadres et dans l'organisation des plans. Plus encore, le montage est le point fort du film, du fait de flashbacks en montage parallèle pour comprendre les relations Père-fils. Toutefois, l'état du père étant critique, la réalisation avait également un autre objectif : rendre sensible la démence et les absences du père. Ainsi, Mortensen a également recours à des similis de flashback avec parfois des plans très courts ou simplement des flashbacks sonores, le plan restant lui sur le père de John au présent. Il est alors parfaitement possible de ressentir les absences de l'âme qui voyage et se perd dans le passé. A la musique, nous retrouvons...Viggo Mortensen qui prouve qu'il a de multiples talents, avec une bande musicale principalement au piano, tout à fait à propos pour le genre. Le fait que le réalisateur s'occupe également de la bande musicale montre à quel point ce projet lui était personnel. 

La famille ; un lien dépassant la raison [spoilers]

Il est assez aisé de déterminer la thématique centrale du film : la famille. Toutefois, le film pose la question de savoir jusqu'à quel point la famille est une valeur sacrée, autrement dit jusqu'à quel point John doit aider un père ne faisant rien pour se rendre sympathique ou simplement supportable. Le lien familial est-il si sacré qu'il ne peut être rompu ? C'est ce que semble dire le film pendant une longue période même si John finit par se résigner dans une scène très touchante. Les idéologies étaient irréconciliables, John étant le portrait même du progressiste alors que son père coche tous les critères du réactionnaire. John finit par le comprendre alors que le spectateur l'a déjà compris depuis longtemps. Toutefois, le génie du film est de montrer que le constat est simple d'un point de vue extérieur mais presque impossible à accepter lorsqu'il nous concerne. Les liens amicaux et familiaux sont tisser sur le temps long et participent à la formation de notre identité. Couper ses liens, c'est alors renier une partie de soi, parfois pour le meilleur, mais le choix est terriblement difficile. Ainsi, la famille peut-être compliquée ; lorsque les choses tournent mal, il s'agit des liens les plus difficiles à rompre. Viggo Mortensen nous le fait comprendre parfaitement.


En définitive, Viggo Mortensen réussit son passage derrière la caméra dans un drame familial, nous montrant qu'il n'y a pas plus compliqué que de rompre avec sa famille. Ce film d'auteur, hautement personnel, est à éviter en période morose! 




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jeudi 20 mai 2021

Le dernier voyage


 Synopsis :

Paul est le dernier espoir de l'humanité. Sa mission: détruire la lune rouge qui avance inexorablement en direction de la Terre... 


Commentaire :

Une réalisation riche 

Romain Quirot fait le choix audacieux du genre de la science-fiction pour le cinéma français. La photographie fait beaucoup pour l'encrage de l'histoire dystopique et est le point fort du film, avec des plans particulièrement soignés dans leur composition. A elle seule, la photographie témoigne de l'ambition artistique du film. Ce futur apocalyptique adopte un style étonnant alliant le futur numérique que l'on pourrait imaginer aujourd'hui à celui imaginable dans les années 80. C'est donc un film personnel référencé avant d'être un film d'hard science-fiction. Le montage est lui dynamique, avec certaines scènes très réussies à l'image du crash de la voiture qui alterne les plans noirs/vides et l'action. Ce rythme est d'ailleurs un choix assez étonnant puisque le ton de l'histoire auraient laissé suggérer un montage plus posé, pour une contemplation poétique d'un monde visuellement abouti. Les effets spéciaux sont en effet à la hauteur de l'histoire de SF, avec des paysages, des décors et des véhicules convaincants. De même, certains costumes sont particulièrement réussis à l'image de ceux de la police. Saluons enfin le choix de jeunes acteurs peu connus avec une réelle beauté cinématographique (Hugo Becker, Lya Oussadit-Lessert) associés à des poids lourds du cinéma français tel Jean Reno. La musique d'Etienne Forget, très présente, dénote aussi l'ambition du projet. Romain Quirot a donc mis toutes les chances de son côté pour faire son Blade Runner français.

Un scénario manquant de profondeur

Malgré tous ces éléments techniques en la faveur du film, il manque peut-être ici une science hollywoodienne de la narration. En effet, le scénario peut manquer de prise du fait d'une histoire défilant à toute vitesse et d'explications floues. Cette impression de flottement donne une dimension poétique à l'œuvre, cela renforcé par certains éléments comme la décision d'inclure Philippe Katerine dans le rôle du présentateur. Ces choix empêchent au film d'avoir un ton bien arrêté, oscillant entre le sérieux et le détachement face à son sujet. Toutefois, l'impact des évènements sur les personnages montrent un réel souci du réalisateur pour son histoire. Ainsi, ce détachement peut également être le fruit d'un scénario ne prenant pas assez de temps pour expliquer ses enjeux (volonté de la lune rouge ?) et travailler les relations entre ses personnages (Paul, Eliott, Elma). Les flashbacks très présents n'apportent pas d'éléments véritablement pertinents pour travailler les relations entre les deux frères et le dénouement laisse dubitatif quant à l'intérêt de travailler cette proximité. 

D'un thème scientifique à un traitement poétique 

La thématique est claire et sans nuance dès la scène l'introduction du film, cela étant expliqué par un enfant. L'explication ne dépassera pas cette présentation qui peut se résumer en une phrase : l'humanité a exploité au maximum ses ressources et continue dans cette voix, peu importe l'apocalypse arrivant. La Lune rouge serait ici la nature vengeresse que l'Homme essaye d'exploiter puis de détruire. Toutefois, l'histoire brouille progressivement cette piste sans que cela ne creuse la thématique. Ainsi pourquoi Eliott, un serviteur de la Lune rouge (semble t-il?), veut-il faire échouer Paul dans sa quête d'épargner la Lune rouge ? La cohérence se met progressivement en suspend jusqu'au dénouement. Il y a de la beauté dans l'acte final de Paul mais il est difficile de comprendre pourquoi cela résout le problème. L'acte final de Paul est symbolique, tout autant que la lune rouge. L'ensemble n'a pas de fondement scientifique ce qui fait tomber le film définitivement dans le genre poétique pour l'éloignée de la science-fiction. Il reste de ce genre la thématique de l'exploitation à outrance des ressources. Au spectateur de mettre sa cohérence et culture de côté pour pouvoir adhérer au message théorique. Mais c'est aussi ça la poésie : faire comprendre par effleurement et sans explication. 


En définitive, Le Dernier Voyage est un essai français audacieux de science-fiction qui s'apparente en réalité plus à un essai poétique, tant chaque élément est symbolique avant d'être scientifiquement crédible. Amateurs de hard SF, soyez avertis! 


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