Les sorties de la semaine

mardi 22 mars 2016

Divergente 3


Synopsis :

Les habitants de Chicago savent désormais la vérité; au-delà du mur, un nouveau monde les attend. Néanmoins, Evelyn, la nouvelle dirigeante proclamée de Chicago, se montre tout aussi autoritaire que Jeanine et empêche les habitants de quitter la ville...


Commentaire :

Troisième épisode rythmé 

Un des défauts des deux premiers épisodes étaient principalement le rythme, ralenti par les états d'âmes des personnages. Divergente 3 est lui un film prenant. La subjectivité des personnages est sacrifiée au profit de l'histoire, particulièrement intéressante. En effet, les grandes questions en suspend pendant les deux premiers épisodes sont enfin abordées. Le spectateur accède finalement à la compréhension de ce monde et comprend les enjeux des protagonistes. La réalisation quant à elle, est narrative mais léchée. L'histoire est moins propice à la créativité de la réalisation du fait que les scènes de simulations soient absentes pour cet épisode. Toutefois certaines scènes méritent quand même d'être signalées. L'une d'entre elle présente un personnage perdant la mémoire en nous montrant son univers mental partir en braise. La métaphore est inventive et réussie. Voici le genre de petite scène donnant de la force à la réalisation. 
Si les acteurs (particulièrement Shailene Woodley) sont mis en valeur, la réalisation va également s'attacher à présenter de nouveaux lieux superbement réalisées, du désert toxique aux villes futuristes. Le passage dans le désert gagne à certains moments des airs de Mad Max! Il est toutefois dommage que l'on ne s'attarde pas plus dans les villes futuristes qui sont montrées principalement en plan général. De plus, les plans en intérieur de la nouvelle ville sont bizarrement assez proches des anciens décors de Chicago, ce qui donne une impression de redondance. 

L'impasse éthique franchie

Nous disions lors de la critique du second épisode que le message du film serait contestable si les Hommes de l'extérieur n'étaient pas remis en question pour la transformation de Chicago en ville test. Effectivement, le film prend cette direction : les Hommes de l'extérieur ne sont pas les anges qu'ils prétendent être, malgré leur grande avance technologique. Pour le personnage de David (directeur de la ville futuriste), la fin justifie les moyens; il est l'incarnation du savant fou. Mais au-delà de la résolution de l'impasse éthique du second épisode, l'intérêt de ce film est que sa critique est plurielle. Il critique tout autant l'attitude despotique d'Evelyn qui se transforme en nouvelle Jeanine, montrant qu'une révolution est bien un mouvement revenant au même point, que le pouvoir du peuple avec les sanglants tribunaux populaires. Finalement, peu importe quelle entité détient le pouvoir si elle n'agit pas avec raison. De même, le film dénonce autant l'attitude de la firme génétique voulant rendre l'humanité parfaite que leurs adversaires souhaitant purifier l'humanité des améliorations obtenues par la firme. Ces parties sont finalement les deux faces d'une même pièce souhaitant pratiquer un humanisme évolutionniste. Saluons cette complexité bienvenue alors que les anciens épisodes présentaient des situations assez stéréotypées. L'héroïne, Trist, va apporter ici la voie de la raison en affirmant qu'on ne peut juger un humain sur sa seule nature.
Même si la saga n'est pas terminée, les grandes questions de fond ont été soulevées et en partie résolues.  Le message de la saga devient clair et il est éthiquement correct. La seule question qu'il reste à résoudre est celle de la gouvernance de Chicago : quelle va être la réponse du film concernant la détention du pouvoir (qui doit le détenir ? quelles doivent être les qualités de l'entité le détenant ?). Nous avons un début de réponse avec Trist qui n'aime pas le pouvoir et qui semble donc destinée à le détenir. Cela serait une résolution satisfaisante du problème. Néanmoins, la difficulté en creux que nous voyons surgir ici est la pertinence du quatrième épisode, qui ne risque d'être qu'action pour conclure l'histoire alors que les messages sont déjà passés.
Notons que les questionnements philosophico-politiques sont véritablement intéressants et qu'ils se retrouvent traités régulièrement dans les films populaires à destinations des jeunes adultes (Hunger Games). Bien que les situations présentées soient souvent assez caricaturales, ces fictions dystopiques ont le méritent de proposer une réflexion politique de fond, souvent absente désormais du reste du paysage cinématographique.

En définitive, ce troisième épisode est une bonne surprise. Rythmé, riche en révélations avec des questionnements de fond intéressants. Divergente 3 redore le blason d'une saga qui en avait bien besoin. 





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mardi 16 février 2016

Deadpool


Synopsis :


Wade Wilson est un mercenaire sans réel but jusqu'au jour où il rencontre Vanessa. Il décide alors de fonder une famille avec elle. Malheureusement, il apprend qu'il est atteint d'un cancer grave avec des métastases dans plusieurs organes. Destiné à mourir dans un bref délai, il est abordé par un agent mystérieux lui promettant une guérison miraculeuse. Deadpool est sur le point de naître... 


Commentaire :

Original, non révolutionnaire

Deadpool arrive au bon moment dans le déferlement de films de super-héros à grand budget. Il est à l'image d'un Batman, un anti-héros, ce qui déjà le singularise sur le fond de bon nombre de héros Marvel Disney et qui en fait un héros apprécié. De plus, le format s'émancipe également des autres films avec le cassage du 4ème mur. Cela est pour le coup inédit pour les films inspirés de comics et même pour les blockbusters en général. Attention néanmoins, la mise en scène reste narrative, nous ne sommes pas face à un film de la Nouvelle Vague. Enfin, le film finit de se singulariser par le public visé, qui cette fois n'est plus le grand public mais un public mature, dans le sens pouvant supporter la violence graphique et un humour noir. Les scènes d'action sont superbes et l'humour décalé est efficace. Deadpool apporte donc un bol d'air frais bienvenue à l'heure des franchises de super-héros très normées. Précisons que le film se moque des codes mais les reproduit tout de même. Il reste un film de comics et ne révolutionne pas le genre. Son originalité est de montrer qu'il connaît les codes du genre et les pointe du doigt au spectateur. Deadpool le film est donc exactement la transcription de Deadpool le comics qui reste... un Comic Book. En ce sens, sur le fond un deuxième épisode n'aurait pas nécessairement beaucoup d'intérêt car les codes ont déjà été dénoncés. Resterait alors simplement le côté divertissant et un public cible différent. Dans la pratique, le succès de Deadpool prouve néanmoins qu'un film de comics pour un public plus restreint peut aussi engranger de l'argent.

Culture pop

Deadpool a la bonne idée de s'inscrire directement dans l'univers partagé Marvel de la Fox. Cela apporte tout de suite une sensation de grandeur et de la complexité à cet univers partagé. Le monde des X-men est donc de la partie et Wolverine et son interprète en prenne pour leur compte. Néanmoins, le film s'inscrit dans son époque au-delà des X-Men en motionnant des films de l'ère du temps comme Taken. Le cinéphile amateur appréciera beaucoup cet humour car chaque référence et donc cassage de mur est l'occasion d'une critique humoristique. Pour les connaisseurs, peut-être que les moments les plus amusants resteront les critiques sur le Deadpool de X-Men Origins, sur Green Lantern ou les références à l'acteur Ryan Reynolds lui-même. Le film part du principe qu'il s'adresse à un public connaisseur. Si le spectateur est effectivement le public cible, les blagues fonctionnant sur l'autodérision des codes du genre et de la culture pop sont jouissives. 

Les thématiques 

Un film décomplexé et léger comme Deadpool n'a pas fonction à délivrer des messages. Et en effet, les messages de fond restent survolés mais sont néanmoins très agréablement pertinents. Le film aborde la question du sens de la liberté (le laboratoire crée non pas des super-héros mais des "super-esclaves", c'est donc la question du pacte faustien). Il est également et majoritairement question de l'amour : est-ce qu'après avoir été défiguré, Deadpool peut retrouver l'amour de Vanessa ? Ou la question de la place de l'esprit et du physique dans l'amour. Enfin, il est également question du choix, c'est à dire de la justice ; Colossus étant le Jiminy Cricket de Deadpool et ce dernier faisant les mauvais choix en tant qu'anti-héros. Ces thématiques au regard du film peuvent paraître anecdotiques, elles sont néanmoins ce qui permet à l'intrigue d'avancer et d'accrocher au parcours du personnage. Les enjeux ne nous laissent pas indifférents.

En définitive, Deadpool apporte de l'originalité à l'heure de l'invasion des super-héros au cinéma. Sans révolutionner le genre, il le critique. Son autodérision sur lui et sur la culture pop fera certainement mouche pour peu qu'on soit un amateur du cinéma mainstream. Merci à Ryan Reynolds d'avoir porté le projet!





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samedi 30 janvier 2016

The Boy


Synopsis :

Greta cherche à prendre du recul sur sa vie. Pour cela, l'américaine part en Angleterre et trouve une famille qui habite dans un beau manoir isolé et qui recherche une nounou. Job rêvé pour Greta, elle découvre alors que l'enfant qu'elle doit garder n'est qu'une simple poupée...


Commentaire :

Mise en scène à propos

William Brent Bell se révèle ou plutôt confirme être un excellent réalisateur de film fantastique et d'épouvante et rejoint ainsi les maîtres contemporains du genre comme James Wan. Le film d'épouvante demande un réel savoir faire de mise en scène pour installer le malaise autant par les sons, les angles de caméra, l'éclairage que le rythme du montage. The Boy installe très rapidement une atmosphère de malaise qui ne fait que se renforcer jusqu'au climax insoutenable. Le film est très maîtrisé et n'est pas dans la surenchère d'effets, d'où son côté appréciable. Quelques jump-scares très bien placés, légèrement en contre-temps suffisent à faire sursauter aux moments fatidiques. En effet, le genre fantastique a d'abord pour objectif de produire le malaise et non la peur, il s'agit donc d'un film à ambiance. Les acteurs sont très justes et leurs rôles bien écrits : réalistes et septiques au début comme l'est ou devrait l'être le spectateur.

Genre intéressant (spoilers)

Ce film est une réussite notamment parce-qu'il a compris ce qu'est le genre du fantastique. Le fantastique est le genre du doute, où le paranormal n'est jamais complètement confirmé et pourrait toujours se révéler être un réel, peu probable néanmoins du fait de l'accumulation des éléments. Les seuls événements relevant du merveilleux ont lieu dans le rêve, ce qui est bien pensé. Le film prend intelligemment l'initiative d'ouvrir plusieurs pistes afin que le doute soit constant et afin d'offrir plus de surprises. L'excellent choix de la poupée est également un élément permettant de comprendre que l'équipe a compris le genre du fantastique, Celle-ci n'a pas besoin d'être effrayante ou moche. C'est justement parce-qu'elle semble innocente mais placée dans un contexte scénaristique particulier qu'elle va déranger. Ici, le réalisateur joue sur le décalage entre réalité et notre monde monde mental. Il a également compris le genre dans le dénouement de son oeuvre. Le fantastique ne dure pas indéfiniment, la situation tend toujours à résoudre le doute pour faire apparaître la vérité de l'oeuvre. Très souvent, ce genre de film se conclue en faisant le choix du merveilleux mais ici The Boy prend le chemin de l'étrange (terme littéraire). C'est à dire que tout va trouver une explication rationnelle et en ce sens, ce film est original. Peut-être même un peu décevant pour les habitués du genre au cinéma. En définitive, le film nous plonge réellement dans le genre littéraire populaire du XIXème siècle où la limite entre la rationalité et notre imaginaire délirant n'est jamais claire. 

Les thématiques : fragilité psychologique et croyances (spoilers)

Le choix de l'étrange permet finalement de donner à ce film un fond thématique intéressant qui n'aurait pas été possible avec le choix du merveilleux. The Boy montre qu'une fragilité psychologique issue de traumatismes divers favorise un état d'esprit enclin à croire tout et son contraire. Evidemment, ce qui arrive à Greta sans être paranormal relève de l'exceptionnel mais son état psychologique explique une certaine crédulité. 

En définitive, cette réalisation se révèle être un très bon film fantastique (au sens littéraire) d'épouvante, autant bien pensé artistiquement que bien ficelé scénaristiquement. Original dans le formatage contemporain du genre.


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vendredi 8 janvier 2016

Les Huit Salopards



Synopsis :

Le chasseur de prime John Ruth emmène Daisy Domergue à la potence. Sur le long chemin jusqu'à Red Rock, il croise le commandant Warren puis le soit-disant Shérif Chris Mannix. Pris dans un blizzard, ils doivent passer quelques jours dans une auberge en compagnie d'inconnus...


Commentaire :

Le retour en grâce de Tarantino

Tarantino signe avec Les Huit Salopards un excellent film. Le réalisateur star avait tendance depuis quelques productions (Django Unchained, Inglourious Basterd) à caricaturer son cinéma, notamment dans la dernière partie de ses films. On retrouve ici un film qui tout en étant incontestablement de Tarantino reste très contrôlé et appliqué. Certes le côté pop corn est moins présent, mais on gagne grandement en cohérence globale et en finesse. D'abord apparenté au western, le film quitte les codes du genre pour se rapprocher du thriller en huis-clos. Le final quant à lui, emprunte aux codes des films d'horreur. Parfois violent comme dans tout film de Tarantino, un humour noir, cynique, permet toujours de rendre la vision supportable. En tant que huis-clos, le film propose des dialogues remarquables capables à eux seuls de maintenir une grande tension et de rendre tous les personnages passionnants et intriguants. Les conversations sont la spécialité de Tarantino; le film repose pour notre plus grand plaisir sur un scénario imprévisible qui se dévoile tout doucement au gré des conversations. Le film est rythmé malgré que l'action ne se déroule presque exclusivement que dans un lieu et que les dialogues soient la chair de l'oeuvre à la manière d'une pièce de théâtre. En effet, ce sont les dialogues qui entraînent les changements de ton : tension, relâchement, humour. Les dialogues et le découpage prennent le temps de travailler en profondeur les personnages, ce qui est particulièrement jouissif à l'heure des blockbusters aux personnages archétypés. Cela est appuyé par un casting excellent. La mise en scène est également remarquable en s'appuyant sur l'univers des westerns des années 60 pour poser le cadre général : plans iconiques, le grain de l'image. Les paysages magnifiques et rappelant la grandeur des espaces sont typiquement ceux de westerns avec la particularité d'un environnement enneigé. Par exemple, les plans de paysages présentant une petite barrière de bois traversant le cadre revoient explicitement au genre. Le mixage sonore est particulièrement réussi et contribue à ancrer le récit; les sons d'ambiance, de vent et de tempête sont incroyables. Il est également nécessaire de souligner l'excellente bande musicale de Ennio Morricone qui lorsqu'elle se fait entendre déploie toute sa puissance.

Un huis-clos où les thématiques importent peu

Les thématiques sont présentes mais non centrales. L'enjeu du scénario n'est pas particulièrement de les mettre en avant mais de rester concentrer sur l'histoire. Néanmoins, il est possible de souligner deux thématiques. La première est le soupçon puisque en effet le film repose sur la mise en présence des huit individus. Certes, ils discutent énormément mais chacun garde sa part d'ombre. Tout le scénario fonctionne sur ce mystère ambiant. 
La deuxième thématique plus secondaire est celle du racisme. Cette thématique est plus contextuelle, deuxième partie du XIXème siècle aux Etats-Unis, qu'un élément prépondérant pour comprendre l'avancement de l'intrigue. 
Aucun des personnages en présence n'étant réellement bons, ce sont huit salopards, aucune morale ou éthique ne se dégage vraiment. Certains personnages essayent d'avoir des discours sur des concepts compliqués comme la justice mais étant donné leur caractère, ils ne vont pas bien loin sur le fond. Les dialogues servent l'histoire, pas un message.

En définitive, Les Huit Salopards est un excellent film de Tarantino. Son style est prégnant mais non caricatural contrairement à ses dernières réalisations. Les dialogues font mouche tout au long de l'histoire dans ce thriller se déroulant en huis-clos où rien n'est prévisible.




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samedi 2 janvier 2016

Joy



Synopsis :

Joy est l'espoir de sa famille et particulièrement de sa grand-mère. Cette dernière voit en sa petite fille une future femme forte qui sera la fierté de sa lignée. Malheureusement, les vicissitudes de la vie ne mènent pas toujours là où l'on souhaite et Joy doit se battre sur tous les fronts pour simplement tenter de joindre les deux bouts....


Commentaire :

David O.Russell, une mise en scène réfléchie

Avec David O.Russell, on est toujours loin de la mise en scène purement fonctionnelle. Cette dernière est complexe si bien qu'il est impossible de faire une analyse poussée en sortie de séance. Néanmoins, il est toujours plaisant de regarder un film qui préfère les mouvements de caméra aux cuts. Le film commence presque à la manière d'un Joe Dante avec une mise en abîme par le biais de fictions télévisées. Symbole de la vie parallèle et artificielle dans laquelle vit la mère de Joy, l'écran dans l'écran disparaît lorsque celle-ci arrête de vivre dans une fiction. La mise en scène est toujours au service des personnages, soit pour insister sur leur visage et leur place dans l'environnement avec des travellings avant, soit pour nous mettre au cœur de leurs émotions avec des plans subjectifs, allant jusqu'aux scènes dans l'imaginaire des personnages. Le scénario est l'histoire d'une Cendrillon moderne sans prince et très combative qui lutte pour se faire une place dans une société qui ne croit pas en elle. L'histoire est particulièrement prenante, le combat de Joy étant constant. Après le décevant American Bluff, David O.Russell retrouve un scénario plus simple et épuré dans lequel on peut se projeter, à l'instar de l'excellent Happiness Therapy. A chaque palier passé par l'héroïne, non sans mal, l'univers rock de David O.Russell resurgit comme à son habitude avec une bande-sonore dans laquelle on retrouve notamment les Bee Gees. 

Jennifer Lawrence sous les projecteurs

David O.Russell excelle dans la mise en valeur de ses personnages. Lorsque c'est Jennifer Lawrence qui est au centre de ses préoccupations, le résultat est époustouflant. Elle crevait l'écran dans Happiness Therapy, lui valant très justement l'oscar, mais elle devait partager la vedette avec Bradley Cooper. Dans American Bluff son second rôle était plus que remarqué, mais là plus encore, son temps d'écran était limité. Dans Joy, Jennifer Lawrence est le seul et unique personnage principal et son interprétation est à couper le souffle. Sur 30 ans, son personnage passe par tous les états imaginables. A la juste limite de la théâtralité dans les précédents David O. Russell, elle délivre ici un jeu plus doux et d'une justesse renversante. Jennifer Lawrence est définitivement meilleure dans les films faisant une large place aux personnages plutôt que dans les films à histoire (Hunger Games). Les autres acteurs coutumiers de David O.Russell, Bradley Cooper et Robert De Niro sont évidemment excellents mais quelque peu éclipsés par JenLaw. 

Les thématiques du film, du féminisme à l'illusion du rêve américain

Mis en avant textuellement par le film, le féminisme est présenté comme le thème central. Concrètement, la première partie du film insiste en effet sur le rôle des femmes et notamment sur la lignée matriarcale dans la famille de Joy. Une femme moderne à l'image de Joy, n'aura besoin de personne, pas même du prince charmant. Néanmoins, Joy n'est pas tant arrêtée dans son parcours par son statut de femme que par un ensemble d'institutions : famille et monde formaté du travail, en un mot un système qui brime et brise toutes les tentatives du personnage. Il y a en effet une rupture dans la représentation de la femme forte entre la grand-mère de Joy, qui souhaite que sa petite fille épouse quelqu'un de bien, et Joy qui se dit et se veut autonome. Néanmoins, dans le monde dans lequel se bat Joy, sa qualité de femme ne semble pas être un obstacle. Le personnage se singularise plus par sa classe sociale proche du prolétariat et par son caractère fort que par son sexe. D'ailleurs, à aucun moment sa qualité de femme ne lui sera formellement reprochée ou ne constituera en elle même un obstacle. 
Cela nous amène donc au sujet principal du film : la combativité en société. Ne pas perdre de vue ses rêves d'enfant, progressivement écrasés par la vie, donne à Joy la force de continuer le combat. Le personnage développe une forme de résilience face aux déboires de la vie. Comme dans Happiness Therapy, l'idée de devenir acteur de son destin est central. Cela s'oppose frontalement à l'attitude de la mère de Joy qui vit une vie imaginaire par le biais de la télévision. En revanche, il s'agit ici de trouver sa place dans la société alors que Happiness Therapy était une recherche du bonheur personnel. En ce sens, le message de Joy est moins universel et romantique mais plus pragmatique et matérialiste. Le combat de Joy est un combat contre la réalité, un combat contre le déterminisme social. Chose intéressante à noter, alors que le monde des affaires est décrit comme un milieu hostile, la famille est tout autant un obstacle qu'un marche-pied pour réussir. 
Enfin, nous dirons quelques mots du concept du rêve américain qui paraît traverser les deux derniers sujets. Il pourrait être facile de penser que David O.Russell mette en avant cette qualité du monde sociétale étasunien, qui factuellement est d'ailleurs toute relative. En vérité, jamais nous ne savons comment le combat de Joy va se terminer. Les obstacles sont tels que le personnage dira lui même que ce système n'offre pas d'opportunité ou d'occasion d'exprimer son être et sa créativité, bien au contraire. En définitive, le parcours de Joy tient plus à sa combativité qu'aux soit-disant qualités intrinsèques du système américain. Son parcours étant un exploit contre-nature (contre système), il est donc impossible de dire que David O.Russell fasse l'apologie du rêve américain. Il s'agit presque autant d'une illusion que les fictions de la mère de Joy. En cela, le message est presque subversif. 

En définitive, David O.Russell relève la tête après American Bluff. Il offre à Jennifer Lawrence un rôle de premier rang pour déployer toute sa justesse interprétative. Le film est prenant, le message est fort.  



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vendredi 25 décembre 2015

Au Coeur de l'Océan


Synopsis :

L'Essex, baleinier du XIXème siècle, part à la recherche d'huile de baleine. George Pollard est le capitaine du navire mais c'est le commandant en second, Owen Chase qui prend en main toute la navigation. Pendant quelques mois, la chasse est peu fructueuse mais l'aventure va s'animer lorsque le chasseur devient la proie... 


Commentaire :

Ron Howard toujours solide à la réalisation

Ron Howard réalise ici un film très prenant. La réalisation est rythmée tout en limitant les scènes de pure action. En effet, le but est de mettre sur écran "l'histoire vraie" et non le roman de Moby Dick. Ron Howard propose des scènes d'action comme dans tout film de divertissement mais ménage des pauses, cela renforçant l'effet de réalisme. L'histoire est racontée a posteriori par un personnage ; il y a donc également des retours entre les deux époques. De plus, au sein de l'histoire principale, Ron Howard s'attarde énormément sur le contexte et les relations entres les personnages. Le rythme est dynamique mais l'élément qui peut laisser un goût étrange à la sortie du film est le fait qu'il n'y ait pas vraiment de climax. Néanmoins, on expliquera cet élément ultérieurement par le fait que l'aventure de la chasse à la baleine n'est en fait pas le cœur de l'histoire. Les décors sont eux magnifiques, la ville mais surtout le baleinier d'époque. Les baleines dont le cachalot blanc sont d'un réalisme stupéfiant. Tout en étant fonctionnel, l'esthétisme des plans est très travaillé et l'étalonnage des couleurs renvoie constamment au bleu de la mer. Les plans de dérive dans l'Océan Pacifique ne vont pas sans rappeler de temps en temps Le Radeau de la Méduse, d'ailleurs il s'agit de deux tragédies de la même époque. Notons également que de nombreux plans ont une réelle profondeur de champ rendant la 3D très immersive. La musique de Roque Banos est mise à l'honneur par la mise en scène de Ron Howard, celle-ci laissant la bande musicale s'exprimée lors de séquences descriptives.

Le travail des personnages (Spoils)

Les personnages sont travaillés et notamment les relations entre eux. Les acteurs sont excellents, portés par le charismatique Chris Hemsworth (Chase). Certains pourront faire le reproche de la relégation de Moby Dick au second plan, car il est vrai que le cachalot, tout cristallisant l'attente des personnages et des spectateurs, n'est pas tant le sujet du film. Néanmoins, il faut rappeler qu'il ne s'agit justement pas de Moby Dick mais du cachalot blanc ayant inspiré la légende et qui malgré tout est déjà bien singulier pour un cachalot. Les personnages centraux de l'intrigue sont donc le capitaine (Pollard) et son second (Chase) dont Ron Howard s'attache à décrire leur état d'esprit et à filmer leur physique meurtri dans la deuxième partie du film. 

Thématiques intéressantes (Spoils)

Il y a, tout au long du film, le sentiment que Ron Howard veut aborder énormément de sujets traitant à la société, d'où la "pale" figure du cachalot. Le premier élément à noter est que malgré l'enthousiasme des personnages, le sujet central du film, c'est à dire la chasse à la baleine, est montré comme une activité brutale et sanguinaire . Ron Howard nous montre des cachalot se faire harponner et il insiste plus sur leurs tentatives de débat et de fuite que sur l'effort des marins. Le film insiste également lors d'une scène sur le fait que c'est une mère protégeant son petit qui est prise pour cible. Lorsqu'un cachalot agonisant est achevé, le personnage de Chris Hemsworth (Chase) et le narrateur personnage semblent tristes. Le découpage de la bête est également filmé de manière à répugner. D'ailleurs le film montrera en conclusion le personnage de Chase changeant d'activité ; peut-être la morale de l'histoire. Le cachalot blanc est lui traité à la manière d'un Godzilla venant rétablir les équilibres naturels, bousculés par l'avidité et la perte de raison de l'homme (le film le dit explicitement). Alors que les personnages se pensent les créations supérieures de Dieu, le cachalot vient les remettre à leur place. Il ferra même preuve de compassion. C'est le seul "personnage" qui montrera une attitude positive que l'on attribut habituellement à l'homme. Ironiquement, cette compassion est absente chez les hommes : une scène montre un vaisseau croisant les naufragés et ne leur portant pas secours du fait que ces derniers ait dû tomber dans le cannibalisme.
Les armateurs de chasse à la baleine sont eux traités comme des figures du capitalisme. Ils ne se soucient ni des hommes ni de l'honneur. Il est d'ailleurs fait un lien intéressant entre l'huile de baleine et le pétrole qui va lui succéder. 
L'autre thème particulièrement important, si ce n'est le plus important, est la question de classe. Le capitaine Pollard est de sang "noble" et cherchera toujours à imposer sa vision à Chase qui est lui d'origine sociale modeste et fils de criminel. Ron Howard ne laisse pas de doute quant au traitement du sujet : Pollard prend constamment les mauvaises décisions alors que Chase est iconisé. Pollard finira par reconnaître au fil de l'aventure que Chase, malgré son sang, est plus compétent que lui : et là est bien la seule chose qui compte dans l'adversité. 

En définitive, Ron Howard se sert de l'histoire ayant inspiré Moby Dick pour traiter de grandes thématiques sociales, le sujet étant un peu déplacé en conséquence par rapport à l'attente. Néanmoins le fond et la forme y sont et le tout est divertissant. Un bon film! 



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samedi 19 décembre 2015

Star Wars, Le Réveil de la Force


Synopsis :

30 ans après la chute de l'Empire, une organisation à l'idéologie semblable prend progressivement le contrôle de la galaxie. La République et la Résistance sont débordées et Luke Skywalker est introuvable... 


Commentaire :

Divertissant : Dynamique et Nostalgique

Abrams sait y faire en mise en scène narrative et en effets spéciaux. La mise en scène est globalement plus dynamique en terme de plans et d'action que les anciennes trilogies. Hormis la première demi-heure qui iconise le grand méchant Kylo Ren et prend le temps de présenter la nouvelle héroïne Rey et son environnement (la planète Jakku), le film est un flot continue d'action. Les scènes s'enchaînent à une vitesse folle ce qui rend l'ensemble très dynamique et fluide. Il n'y a pas de fulgurance dans la mise en scène, cela rendant par contraste le dernier plan encore plus marquant avec le mouvement circulaire typique de la prise de vue en hélicoptère. La mise en scène, assez fonctionnelle, n'est pas formellement marquée par Abrams si ce n'est le flash back dans la scène de la cave et le cliffhanger, des procédés plutôt sérials. Cette nouvelle touche est certes originale pour la saga mais plutôt simpliste comme procédé de mise en tension. On note par ailleurs quelques transitions héritées de Lucas ainsi que certains plans hommages comme pour les X-Wings. Concernant l'envergure du film ; autant les lieux que les personnages délaissent le monumentalisme shakespearien pour un environnement moins foisonnant (à l'image de la première trilogie et en opposition à la prélogie et son monumentalisme antique) et des personnages au traitement plus naturaliste, c'est à dire moins théâtraux. Finn a un côté pragmatique le rattachant plus à un Han Solo, franc avec une touche d'humour qu'à un personnage sérieux de la prélogie (si on omet Jar Jar). Le monumental disparaît dans la bande musicale, Williams s'adaptant au style d'Abrams : résultat, moins de thèmes marquants mais un travail sur la finesse de la mélodie. Concernant les effets spéciaux, le bon point est le retour aux animatroniques pour un résultat plus réaliste et plus organique. En terme de design, BB-8 et Maz sont de très bonnes trouvailles. Le design de Kylo Ren, grand nemesis, est également un succès. Ainsi, le film fonctionne très bien en tant que divertissement autant du point de vue de la mise en scène narrative, très dynamique que d'un point de vue esthétique.

Copier et tuer le père

L'amour déclamé pour la première trilogie est telle qu'il est tout de même problématique. La nostalgie fonctionne plutôt bien avec le retour des personnages stars (Han Solo, Leia & Chewbacca) mais beaucoup moins avec l'hommage scénaristique. L'épisode se trouve être un condensé des épisodes IV, V, VI, (Jakku - Tatooine, Nouvelle étoile noire, Luke - Rey, Han Solo - Finn, Maz - Yoda, BB-8 - R2D2, Résistance - Rébellion, Empire - Premier Ordre) ce qui explique en partie son dynamisme mais qui provoque une négation des accomplissements scénaristiques précédents. Luke et Leia ont échoué à éliminer le côté obscur, l'accomplissement politique de la rébellion est fortement amoindri. L'accomplissement de la prophétie autour d'Anakin est nié : bien qu'il s'égare pendant un certain temps de sa voie, il finit tout de même par éliminer l'Empereur et à ramener l'équilibre dans la Force. Or on apprend ici qu'il n'en est rien. On est si loin de ce but que l'épisode s'appelle le Réveil de la Force, ce qui montre parfaitement qu'il n'y avait nul équilibre. La volonté d'Abrams et des scénaristes de refaire la trilogie entraîne aussi des contradictions dans le système politique présenté. La Rébellion (Résistance) et la République ne peuvent pas coexister, la République est le prolongement politique de la Résistance; ce ne sont pas deux systèmes parallèles. Néanmoins l'hommage d'Abrams obligeait le retour de la Résistance : c'est cette situation de lutte contre un pouvoir fort qui l'intéresse. Il a vite fait de rayer de la carte la République grâce à sa grosse étoile de la mort, histoire de pouvoir faire son reboot. Pourtant, le groupe anti-système dans l'épisode VII n'est pas la Résistance mais bien le Premier ordre, qui aurait pu être qualifié d'ailleurs de "Groupe terroriste" (pour montrer que la qualification de résistants ne dépend pas seulement de sa place par rapport au système mais de l'objectif idéologique de la lutte). A ce titre, notons que Kylo Ren rassemble plus à un jeune radicalisé en rupture avec ses parents se réfugiant dans une idéologie violente et totalitaire (une fois le masque tombé) qu'à un grand méchant de Lucas.

Les messages entre modernisme et redites

Un des majeurs problèmes de l'épisode VII est qu'il n'apporte pas de nouveaux questionnements étant une redite de la première trilogie. C'est d'ailleurs pourquoi de nombreux fans ont conspué la prélogie car elle apportait des questionnements nouveaux et donc différents. La prélogie est un questionnement sur l'homme délaissant la raison pour les émotions et la pulsion. En toile de fond, il y a un questionnement sur la philosophie politique (le passage d'une république à un empire, traduit par les arguments de Platon ou Kant -Anakin- contre Aristote -Padmé). La première trilogie est un questionnement sur l'homme et sa filiation et la place du choix (Luke décide ne pas suivre son père). Le questionnement politique est plutôt absent de la première trilogie. L'épisode VII reprend le thème de la filiation père fils avec Kylo Ren et Han Solo dans un jeu de miroir inversé. Néanmoins, il n'y a rien à redire fondamentalement sur ce thème : Kylo Ren fait simplement le mauvais choix. Cela en devient donc juste un élément narratif. Cependant, il reste deux épisodes, peut-être que des questionnements nouveaux vont se poser. 
En revanche, il y a potentiellement un contre-sens fait à Lucas concernant la Force. Pour ce dernier, l'effort et l'éducation sont des clefs pour cultiver son être. La notion de maître et donc de savoir est fondamentale. Malheureusement, l'aptitude Jedi est presque autodidacte dans l'épisode VII chez Rey (voire Finn), celle-ci réussissant à tenir tête à un adepte entraîné du côté obscur. La Force n'est plus le fruit d'un travail. Cela entraîne un relativisme plutôt déplacé. Néanmoins, le message pourrait encore empirer si Rey se revèle être "une fille de", fille de Luke ou Leia par exemple. Cela voudrait dire que les hommes n'ont un destin exceptionnel que s'ils sont par nature exceptionnels, autrement dit de sang bleu. Les hommes ne sont donc pas tous égaux : comme message il y a mieux. Certes pour Lucas, il y a des petites différences de naissance mais il précise bien qu'Anakin ne fera jamais quelque chose d'exceptionnel s'il reste avec sa mère, c'est pour ça qu'il est pris en tant qu'étudiant. Si la saga s'engouffre dans cette voix, elle prônera une philosophie profondément fausse : les hommes ne sont pas égaux par nature mais l'éducation est relative. 
Ce qui est intéressant en revanche dans la nouvelle trilogie est le choix d'une femme et d'un héros principal de couleur. Cela est concrètement un choix moderne. Néanmoins, cela reste factuel car ces éléments ne sont pas pour l'instant un moteur de l'intrigue. Bref, concernant le travail sur les messages, ce film est peu pertinent à l'image d'un Jurassic World au regard de son original. 

En définitive, Lucas a tout compris lorsqu'il dit que "ce film devrait plaire aux fans" lorsqu'on connait son rapport avec ces derniers. Pour les autres, c'est un bon divertissement tenant beaucoup plus du fan-film que d'une réappropriation de la saga. Abrams est plus à l'image de son méchant, un fétichiste de la première trilogie qu'un nouveau maître... I have a bad feeling about this. 



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